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Création => Ecriture => Discussion démarrée par: Jyôka Ryu le 14 mai 2016, 16:30:35

Titre: Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 14 mai 2016, 16:30:35
Konnichiwa à tous !

Dans ma présentation, j'avais déclaré que j'aimais bien écrire, et on m'avait tout naturellement dirigé vers cette section...
Donc, je partage cette fanfiction que j'ai écrite (avec comme héros Kagamine Rin et Len, puisque ce sont mes préférés...  :jumro: mais d'autres chanteurs virtuels viennent (viendront) les rejoindre par la suite)
J'ai attendu d'avoir fini les deux premiers chapitres, car l'intrigue commence réellement au chapitre 2...
J'ai aussi mis tout ça sur un petit blog, parce que c'est plus simple pour m'organiser... (et j'espère aussi que ce sera plus facile à lire pour vous... ;D ;D)

Donc voilà, je partage et j'espère que ça vous plaira...

Sur Facebook : https://www.facebook.com/Sekai-Les-%C3%A9crits-de-Jy%C3%B4ka-Ryu-1641742506153565/ (https://www.facebook.com/Sekai-Les-%C3%A9crits-de-Jy%C3%B4ka-Ryu-1641742506153565/)

Sekai

Première partie

Sekai - Chapitre 1 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/14/sekai-chapitre-1-l-arrivee/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/14/sekai-chapitre-1-l-arrivee/)
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Chapitre 1 : L'arrivée

Le vent soufflait extrêmement fort en cette nuit noire. Au milieu des lampadaires qui éclairaient les rues de la ville fatiguée, une frêle silhouette se hissait un chemin vers l’un des entrepôts qui se trouvaient au fond d’une rue sombre. L’homme était relativement rapide, et se retrouvait bientôt avec son objectif en vue. Il s’agissait d’un petit bâtiment gris et sale, qui ne se démarquait aucunement des autres édifices alentours. Le jeune homme s’introduisit dans le bâtiment et referma discrètement la lourde porte en fer.

Le bâtiment était constitué d’une seule énorme salle, éclairée par de larges spots de lumière blanche. Le mystérieux individu était entré et s’était approché tellement discrètement du vieil homme présent dans la pièce que ce dernier n’eut aucun moyen de le voir venir. L’ancêtre se tenait au pied du mur du fond d’un blanc immaculé. Quand le jeune ne fut plus qu’à quelques mètres de lui, il commença à entendre le bruit de ses pas. L’intrus avait remarqué qu’il ne pouvait plus passer inaperçu, et se mit donc à lancer calmement la conversation.

- Monsieur Rimo

Rimo fut aussitôt pris d’un léger sursaut. Même s’il avait remarqué la présence de son visiteur. Il venait seulement de le reconnaître, et cette révélation provoqua la terreur en lui. Le vieil homme savait pertinemment la raison de sa présence en ces lieux. Il devait enfin faire face au moment qu’il redoutait depuis un certain temps.

- Il est temps. Il faut me laisser y aller, annonça le jeune homme.

- Je ne peux pas… J’ai fait une erreur… rétorqua Rimo.

- C’est trop tard. Laisse-moi y aller !

- Pas question !

Juste après avoir terminé cette phrase, Rimo sortit un petit poignard de la poche de sa veste blanche et tenta de l’enfoncer dans la poitrine de son assaillant. Celui-ci fit un pas en arrière afin d’éviter l’assaut. Il recula encore de quelques mètres afin de pouvoir dégainer son pistolet. Le vieil homme n’eût juste le temps que de pousser un léger cri avant que la détonation provoquée par l’arme se fit entendre. La balle projetée venait se loger juste en plein cœur, et la victime mourut pratiquement sur le coup. Face à son cadavre, le jeune homme rengainait son arme à feu dans son fourreau personnalisé, tout cela d’un air impassible.

Ensuite, il se dirigea vers la partie gauche de la salle, où se trouvait sur le mur un imposant bouton rouge sur lequel il appuya. Un étrange bruit parcourait l’espace vide pendant quelques secondes avant qu’une étrange lueur bleuâtre ne vienne envahir le centre de la pièce. L’homme ne parut pas étonné par sa présence. D’un seul saut, il se précipita au centre de la lumière et disparut en un éclat.

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Le lendemain matin, le calme était revenu près des énormes entrepôts. Les quelques clochards qui avaient élu domicile à cet endroit n’avait remarqué aucun changement par rapport à la veille. Il faut dire que le jeune homme à la frêle silhouette avait fait preuve d’énormément de discrétion et avait pris soin de ne pas réveiller les quelques personnes qui dormaient dans la rue, afin de ne pas perturber ses plans.

Parmi les « habitants » du coin, on pouvait compter deux orphelins aux cheveux blonds. Âgés de 14 ans, ils répondaient aux noms de Rin et de Len. Ils étaient bien connus de la population, puisque, abandonnés depuis l’âge de trois ans, ils n’avaient jamais réussi à s’extirper de leur condition. Heureusement, les quelques SDF qui vivaient là prenaient soin d’eux, et s’étaient même pris d’affection pour eux. Finalement, ils avaient fini par grandir au sein de la communauté. Les deux enfants avaient même fini par devenir des génies de la débrouille, et, malgré leur pauvreté, ils étaient toujours parvenus à trouver à manger et à survivre dans cet endroit hostile. Cette vie difficile avait créé un étrange lien entre eux. Ils étaient frères et sœurs, et par conséquent, ils étaient naturellement proches, mais il s’agissait d’encore plus que cela. En effet, ils avaient déjà observé tous deux la mort de près et étaient devenus complètement inséparables depuis. En outre, ils forçaient l’admiration de la communauté de sans-abris qui les avaient recueillis. Effectivement, et ce malgré toutes les difficultés auxquelles les deux frères et sœurs avaient dû faire face lors de leur courte vie, aucune personne ne pouvait se vanter de les avoir vus pleurer une seule fois. Les deux jeunes croquaient la vie à pleines dents, et se satisfaisaient de ce qu’ils avaient, même si ce n’était pas grand-chose.

Ce jour-là, comme lors de beaucoup d’autres jours, ils s’étaient mis à traîner autour des énormes entrepôts sales qu’ils connaissaient bien. Les lieux étaient peu fréquentés, ce qui leur permettait de se promener là-bas sans causer trop de problèmes. Rin poursuivait donc Len qui se faufilait entre les différents édifices.

- On fait la course, lança Len à sa sœur.

- Oh, attends, tu ne vas pas commencer, rétorqua Rin.

Len prenait de la vitesse et sa frangine peinait à le suivre. Après quelques minutes, Len décida de corser un peu le jeu et il finit par ouvrir une énorme porte en fer qui menait dans une salle qu’il pensait vide. Il avait pris assez de distance d’avec sa sœur, et tentait alors de se cacher. Rin le suivait quelques mètres derrière et l’aperçut au loin entrer dans l’immeuble gris. Elle marqua une pause et continua sa progression en marchant. Puisque Len était bloqué derrière la porte, plus aucune raison de se presser. Rin s’approchait donc de la porte en fer, et l’ouvrit assez difficilement. En rentrant dans la pièce, la jeune fille n’aperçut pas immédiatement son frère figé devant le mur blanc du fond de la salle.

- Qu’est-ce que tu fais encore. Viens, on sort de là !

Plus elle avançait vers lui, plus elle apercevait son frère prostré, silencieux et immobile dans l’obscurité. Mais elle ne vit pas encore ce qui l’avait mis dans cet état-là. Au fur et à mesure qu’elle s’approchait de Len, son regard se posa sur le cadavre de Rimo, et ses yeux affichèrent une expression de terreur. Rin se mit alors à courir en sens inverse et se redirigea vers la porte. Cependant, Len ne le suivait pas et resta figé devant le corps.

- Viens vite ! s’écria Rin. « Il faut appeler la police ! »

Len tourna sa tête vers sa sœur et se dirigea d’un pas lent vers elle, l’esprit encore troublé par sa récente vision. Sur son chemin, son regard croisa cet énorme bouton rouge situé sur la gauche de la pièce. Le garçon marqua un arrêt et alla analyser cet étrange objet. La pièce était désespérément vide, en dehors de quelques lumières et de ce gros bouton. A quoi cela pouvait-il bien servir ? Len ne put s’empêcher d’essayer d’appuyer dessus, ne fut-ce que pour voir ce qu’il se passait, par pure curiosité. Alors que ses doigts effleuraient à peine l’objet, Rin se mit encore à crier « Arrête et viens ! On n’a pas de temps à perdre ». Rien à faire, la curiosité de son frère fut plus forte et il pressa le bouton.

Soudain, l’énorme reflet de lumière bleuâtre apparut. Rin vit son frère aspiré par cette réminiscence, et disparaître petit à petit… Le regard apeuré de Len fixa la jeune fille une dernière fois avant de partir dans le néant, le tout dans un bruit assourdissant qui avait envahi l’ensemble de la pièce.

L’esprit de Rin fut tout à coup pris de panique. Elle venait de perdre son frère. Le seul être qu’elle n’ait jamais aimé venait de partir, et elle ne savait pas où. Était-il mort ? Ou autre chose ? La lumière bleue était toujours présente, mais commençait peu à peu à faiblir. Rin devait prendre une décision rapidement. Devait-elle suivre son frère dans l’inconnu ? Le bruit sourd se mettait également à faiblir. Néanmoins, Rin ne put se retenir d’éclater et sanglots et de tomber sur le sol, pleurant la perte soudaine de son frère. Et pourtant, il fallait agir. La lumière était toujours là et celle-ci représentait un lourd mystère. Se pourrait-il que Len soit encore présent et vivant quelque part ? Plus de temps pour l’hésitation, Rin décida de se lancer vers la lumière, toujours en pleurs, la réflexion ayant laissé sa place à l’action. Durant les quelques secondes qui suivirent, on pouvait voir l’ombre de l’enfant blonde disparaître du mur immaculé du bâtiment. Quelques dizaines de secondes plus tard, la lumière bleue s’éteignit doucement et l’endroit reprit son calme habituel, comme si rien ne s’était passé.

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Au milieu d’un sentier de sable, deux corps inconscients jonchaient le sol. Le vent faisait se soulever la poussière qui recouvrait doucement leurs enveloppes inanimées. Tout autour se dressait une immense forêt d’arbres verts, le pourtour du sentier étant parsemé de buissons. Le temps était très sec et le soleil brillait, provoquant une chaleur relativement étouffante.

Au loin, on pouvait voir une petite charrette tirée par deux poneys bruns arriver. Aux commandes se trouvait une jeune fille aux cheveux bleu foncé. Elle devait être âgée d’une vingtaine d’années et scrutait l’horizon. Elle vit au loin les deux jeunes gens couchés à terre. Juste avant d’arriver à leur hauteur, elle tira les rennes d’un coup sec afin d’arrêter la progression de son véhicule, et descendit de celui-ci. Elle se mit à examiner les corps inconscients assez prudemment, lorsque la main de l’un des deux êtres se mit à bouger. La fille fut prise d’un sursaut de stupeur avant de se calmer.

La jeune fille blonde qui se trouvait devant elle se leva tout doucement et difficilement, se retint la tête et fit la grimace. La fille aux cheveux bleus continuait à la fixer d’un regard prudent sans prononcer un seul mot. L’inconnue, dont les vêtements étaient parsemés de poussière, continuait à émerger tout doucement. Sa vue était encore trouble, sans doute perturbée par le soleil brillant au zénith. Peu à peu, elle aperçut la jeune femme qui l’observait, et essaya de prononcer quelques paroles :

- Bonjour, lança-t-elle dans un murmure.

- Qui êtes-vous ?, demanda doucement la dame.

- Mon nom est Rin, rétorqua simplement la jeune fille. « Où suis-je ? »

- Sur la route qui mène au village d’Uchi.

Cette dernière révélation eut l’effet d’un électrochoc dans l’esprit de Rin. Uchi, mais où était-elle encore tombée ? Elle n’avait encore jamais entendu parler d’un tel endroit. Elle se retint encore la tête entre ses deux mains, et fit les cent pas autour de son frère Len, encore inconscient. Quelques secondes plus tard, elle finit tout de même par poser la question à la personne qui venait de la sauver.

- Mais, qu’est-ce que c’est, Uchi ?

La jeune fille aux cheveux bleus, dont le chat venait de descendre de l’embarcation aux deux poneys pour venir se réfugier près de ses jambes, répondit simplement :

- C’est mon village. Je m’appelle Alys.

Puis, remarquant la solitude et la détresse dans les yeux de Rin, Alys ne put se résoudre à ne pas proposer son aide.

- Vous avez l’air d’avoir faim. Venez chez moi, je vous préparerai un petit quelque chose. Et puis, vous avez l’air d’avoir besoin de vous reposer. Ramassez votre compagnon, il semble mal au point aussi.

Devant tant de gentillesse, Rin ne put rétorquer qu’un simple « Merci ».

Rin et Alys éprouvèrent quelques difficultés à porter Len pour l’installer à l’arrière de la charrette. Après quelques minutes, les deux filles reprirent leur souffle et se dirigèrent vers le centre du village d’Uchi, situé juste à l’orée de la forêt.
Sekai - Chapitre 2 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/14/sekai-chapitre-2-deux-inconnus/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/14/sekai-chapitre-2-deux-inconnus/)
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Chapitre 2 : Deux inconnus

La charrette continuait sa progression à travers le chemin de terre sec et tortueux. Les roues du carrosse sommaire provoquaient un nuage de poussière juste derrière lui. Alys et Rin se trouvait à l’avant du véhicule, la jeune fille aux cheveux bleus tenant toujours fermement les rennes de ses deux poneys bien dressés. Len était toujours installé à l’arrière, somnolent, en compagnie de Lupin, le chat d’Alys, qui s’était blotti près de son flanc. Rin, elle, était toujours perdu dans ses pensées, réfléchissant sans arrêt à l’endroit où elle et son frère avaient atterri. Tous deux n’étaient arrivés que depuis quelques dizaines de minutes, et pourtant, elle ressentait au fond de son esprit le sentiment de mal du pays. Elle était loin de la maison, elle en était certaine. Néanmoins, la jeune blonde était bien incapable de mettre un nom sur l’endroit dans lequel elle se trouvait. Alys lui avait bien annoncé qu’elle les emmenait à son domicile, à Uchi, mais Rin pouvait fouiller aussi loin qu’elle le pouvait dans sa mémoire, elle fut dans l’incapacité de se souvenir d’un tel nom de lieu à sa connaissance. Rin perdit son regard au travers de la forêt d’un vert pur qui s’étendait à perte de vue. Elle n’osait pas encore adresser formellement la parole à Alys, craignant la réaction de cette dernière à l’une de ses éventuelles questions.

Finalement, quelques instants plus tard, c’est bien la conductrice du char qui ouvrit la bouche et annonça qu’ils allaient sous peu arriver en vue du village. Rin s’impatientait de découvrir celui-ci. La forêt qu’elle venait de traverser lui avait laissé une étrange impression, comme si elle avait fait un bond de mille ans en arrière. Il faut dire également que les vêtements portés par Alys n’aidaient en rien. Celle-ci portait en effet un kimono bleu marine, fermé par une ceinture gris foncé. Rin ne se doutait même pas qu’il était encore possible de porter une telle tenue. Cependant, elle n’effectua aucune remarque et tint son silence. Le convoi continuait de progresser à travers le chemin poussiéreux et arriva enfin au sommet d’une colline. De ce promontoire, on pouvait observer la vallée au sein de laquelle se trouvait le village d’Uchi.

Sa vue provoqua chez Rin un deuxième électrochoc. Pour sûr maintenant, elle se trouvait loin de chez elle. La jeune fille se demandait même si elle n’était pas en train de rêver. En effet, le village était relativement petit, mais surtout, il n’était composé que de quelques maisons en bois, rangées en quartiers bien rectilignes (de leur perchoir, il était aisé d’analyser la structure générale du hameau). Quelques maisons étaient cependant pourvues de toits en tuiles rouges, mais Rin remarqua surtout l’immense tour en briques qui se dressait à l’est du village. A côté de cet édifice se trouvait une grande cour entourée de barbelés.

Alys emprunta un petit chemin descendant vers la vallée. Len était toujours inconscient au fond de la charrette et n’avait pas pu profiter de la vue. Rin se trouvait toujours en pleine réflexion, encore plus depuis qu’elle avait posé les yeux sur le village. Elle ressentit soudain l’impression d’avoir atterri dans un décor de cinéma. Elle tentait de trouver des explications logiques à ce que les deux frères et sœurs étaient en train de vivre. Alors que le groupe pénétrait dans le village, Rin pouvait réellement s’apercevoir à quel point ce « monde » était éloigné du sien. La modernité de sa ville d’origine aux grands buildings était bien loin et avait fait place à une petite bourgade. Des deux côtés de la rue qu’ils avaient empruntée, Rin prenait le temps d’observer l’allure des autochtones. La plupart portait une tenue semblable à celle d’Alys, même si la couleur différait. Au loin, elle vit des enfants vendre des œufs à la sauvette aux passants, alors qu’ils passaient devant un petit bar où l’on pouvait observer deux hommes d’un certain âge déguster tranquillement une boisson alcoolisée, semblait-il.

Après quelques minutes de trajet, le groupe s’arrêta devant une maison de taille moyenne, et Alys s’écria simplement :

- Voilà, bienvenue chez moi !

La maison était en bois, comme toutes les autres. On pouvait également remarquer une porte glissante qui permettait d’entrer dans l’habitation. Celle-ci était précédée d’un petit escalier de quelques marches, puisque la maison était totalement surélevée.

Alys invita Rin à entrer, mais celle-ci posa un regard malheureux sur Len, toujours couché à l’arrière du chariot. Les deux filles n’avaient plus qu’à se résoudre à le porter afin de le mener à l’intérieur de la maison et de le laisser se reposer dans une pièce, avant qu’il ne reprenne connaissance.

Alors qu’elles venaient toutes les deux de poser le jeune homme dans un futon bien douillet, la mère d’Alys fit irruption dans la chambre et lança un timide « bonjour », très peu amical. Alys prit immédiatement la parole face à sa mère, afin de l’informer de la situation :

- J’ai trouvé ces deux personnes inconscientes sur la route depuis la capitale. Il fallait les aider !, se justifia-t-elle.

La mère ne prononça pas un seul mot. Alys, quant à elle, lança tout d’abord un regard désapprobateur en direction de sa mère avant de se tourner vers Rin et de s’excuser pour son inhospitalité. Rin répondit d’un signe signifiant que tout cela n’avait que peu d’importance, et qu’elle était déjà reconnaissante envers Alys de les aider, elle et Len. De toute façon, l’adolescente était encore trop souvent plongée dans ses pensées pour s’attarder sur de tels détails. Les deux jeunes filles se dirigèrent ensuite vers la plus grande pièce de la maison. Celle-ci était équipée d’une grande table en son centre, et était également pourvue de plusieurs bibelots. Rien de luxueux cependant, mais suffisamment d’objets pour vivre correctement. Un beau feu de bois s’échappait de la cheminée située au fond de la pièce. La jeune fille à la tresse bleutée informa Rin qu’elle allait lui préparer quelque chose à grignoter, et lui proposa de l’attendre quelques instants et de se détendre un peu. Alys avait bien remarqué le visage de plus en plus paniqué de sa nouvelle amie au fur et à mesure qu’elles progressaient de la rue principale du village, et elle se doutait que celle-ci aurait certainement besoin d’un petit moment de pause afin de reprendre ses esprits. Il serait toujours temps d’engager la conversation pour de bon plus tard.

Rin restait donc là, à genoux devant la table basse, et continuait à réfléchir. Le silence qui régnait dans la maison (en dehors d’Alys qui faisait la cuisine) était le bienvenu pour faire le point. Alors, où était-elle ? Serait-elle en train de rêver ? Ou était-elle morte ? Plusieurs hypothèses traversèrent son esprit, mais elle ne put pas s’arrêter sur l’une d’entre elles. Elle tenta aussi de se remémorer les instants qui précédaient son arrivée ici : cette lumière bleue, la disparition de son frère… Tout était allé tellement vite qu’elle n’eut même pas le temps de se réjouir d’être encore aux côtés de Len, et que visiblement celui-ci n’était pas mort. Puis vint le temps des questions : que répondre aux éventuelles interrogations qu’Alys pourrait lui poser ? Est-ce que Rin devait jouer la carte de l’honnêteté ou devait-elle coudre une sorte de tissu de mensonges pour se protéger ? Pendant plusieurs minutes, elle continuait à se triturer les méninges, le regard posé sur le gros pot en terre cuite posé à la droite de la cheminée.

Quelques instants plus tard, Alys revint de la cuisine en apportant un énorme bol de riz garni aux légumes qu’elle déposa sur la table devant la place de Rin. La jeune fille, qui mourait de faim, se lança vers la nourriture en murmurant quelques mots en guise de remerciements. Après avoir avalé quelques bouchées de riz, Rin ralentit le rythme, ce qui permit à Alys de commencer la conversation.

- Alors, vous venez d’où comme ça ?

Rin déglutit difficilement à l’évocation de cette question. Sa bienfaitrice attaquait directement par le point sensible, et il lui fallait trouver rapidement une parade pour éviter de lui dire la vérité, car elle voulait finalement à tout prix éviter de lui parler de quelque chose qu’elle-même ne comprenait pas.

- Euh, je ne sais plus…, répondit timidement et machinalement Rin.

L’adolescente n’avait pas songé à d’autre éventualité. Elle avait pris l’excuse de l’amnésie, et s’était lancée sur un chemin glissant. D’ailleurs, elle avait un peu honte de cette réponse. Il s’agissait tout de même d’un ressort très éculé. De plus, elle venait de s’embarquer dans un tas de difficultés et n’était même pas certaine qu’Alys allait croire à son histoire. Finalement, elle décidait de continuer dans cette voie, principalement parce que c’était sa seule idée.

- Malheureusement, je n’ai aucun souvenir d’avant mon malaise. Nous avons dû être attaqués, se justifia-t-elle.

Alys, gênée par sa question, poussa un léger « Ooh », et ne dit plus rien, se contenant de fixer la table, la tête baissée.

- Et, où sommes-nous en fait ? demanda Rin.

Alys regarda Rin et observa la détresse dans ses yeux. Elle remarqua qu’elle allait devoir tout lui expliquer sur son village, son pays, tout. La jeune fille s’éclaircit la voix et commença son discours :

- Comme je te l’ai déjà dit, nous sommes dans le village d’Uchi. La route sur laquelle je vous ai trouvé tous les deux menait à Kyoû, la capitale de Kuni, la plus grande île de Sekai.

Rin interrompit son amie d’un geste de la main. Sur deux phrases, elle était parvenue à prononcer trois mots qu’elle ne comprenait aucunement. Kyoû, Kuni, Sekai : tout cela sonnait comme du charabia pour elle. Ce devait être des noms de lieux, mais aucune de ces appellations ne faisait référence à un endroit qu’elle connaissait. Plus le temps passait, plus elle se sentait perdue. La jeune blonde prit un instant pour une nouvelle fois reprendre ses esprits, puis fit un signe en direction d’Alys pour qu’elle continue son explication. Celle-ci préféra toutefois ne pas poursuivre en raison de l’état de son invitée.

- Ça va ?

- Oui, oui, on va dire que ça fait beaucoup d’informations d’un coup…, expliqua Rin. « On pourrait aller faire un tour à Kyoû ? J’aurai bien envie de voir à quoi ça ressemble.

- Ça serait pas mal, je dois y retourner bientôt. Vous pourrez venir avec moi…, proposa Alys.

- Oh, avec plaisir !

Cette proposition avait présenté l’avantage de détendre l’atmosphère lourde. Au final, Rin était relativement satisfaite. L’excuse de l’amnésie, bien que très grosse, avait semblé passer, et quelqu’un se proposait en outre de lui faire découvrir ce monde inconnu. Pour l’instant, la préoccupation principale restait encore son frère Len, toujours alité dans la chambre d’à côté. Après le repas, elle partit le rejoindre.

La chambre à coucher était relativement vide. Elle n’était en effet décoré que des quelques meubles minuscules sur lesquels étaient posées des bougies, éteintes pour l’instant. Le futon sur lequel était installé Len occupait la majeure partie de la pièce. Le jeune homme dormait encore profondément, alors que Rin se mettait à observer la rue extérieure par la fenêtre. Elle y vit la vie suivre son cours : elle observa de nouveau les enfants vendeurs d’œufs qu’elle avait aperçu auparavant, et posa son regard pendant un moment sur un groupe de trois hommes en train de jouer aux cartes sur le parquet en bois situé à l’entrée de la maison d’en face. Une idée saugrenue lui passa par la tête : et si elle se trouvait dans un autre monde, un monde parallèle. Elle avait déjà lu des histoires à ce sujet, mais cela restait de la science-fiction, rien d’autre...

Soudain, elle entendit un grognement derrière elle. Elle se retourna et vit Len en train de se réveiller. Celui-ci ouvrit tout doucement les yeux et parcourut la pièce du regard. Il semblait quelque peu perdu, et puis vit Rin près de la fenêtre. Il ne put s’empêcher de poser la question évidente :

- Où sommes-nous ?

- A Uchi, rétorqua Rin

- … et c’est où Uchi ?

- Bonne question !

Rin laissa encore quelques secondes à son frère pour bien se réveiller. Vu son regard, il ne s’était pas encore rendu compte de la complexité de la situation, mais cela n’allait pas tarder. Il se releva doucement de son futon, et fit quelques pas en direction de la fenêtre où il put avoir un aperçu de la rue en contrebas. Tout à coup, il se retourna sur Rin et lui demanda ce qu’il se passait. Celle-ci ne put apporter comme réponse que :

- Je ne sais pas, je n’ai aucun souvenir d’après le moment où tu as couru comme un dératé vers la lumière bleue dans le hangar.

- On aurait donc voyagé, conclut Len. « Mais où est-ce qu’on peut bien être ? »

- D’après Alys, la fille qui nous a recueillis. Nous sommes à Sekai.

- Ça ne ressemble à rien que je connais. Mais qu’est-ce que ça veut dire, où est-ce qu’on est ? On est en train de rêver ?, s’interrogea Len.

- Et nous sommes tous les deux en train de faire le même rêve en même temps… C’est un peu gros, argumenta Rin

- Alors, on s’est tous les deux retrouvés dans un lieu inconnu.

Rin ne prit même pas la peine de répondre à cette dernière affirmation. Elle non plus n’avait aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient. Elle avait pu tout au plus faire semblant pour éviter de les mettre dans une situation encore plus dramatique. Rin se mit à faire le tour de la pièce sous le regard inquiet de Len, qui s’était rassis sur le lit. Après une légère réflexion, elle annonça :

- Au point où on en est, autant continuer à faire semblant. J’ai raconté à Alys que nous n’avions aucun souvenir d’avant notre évanouissement. Nous n’avons qu’à continuer comme ça, et nous finirons bien par avoir des informations sur cet endroit.

- Pas bête, confirma Len. Sinon, il y avait toujours cet homme mort dans l’entrepôt. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à ça ?

- On ne peut pas faire grand-chose pour l’instant. Quand on sera sorti de ce pétrin, on appellera la police.

Alors que Len continuait à observer la vie quotidienne des habitants d’Uchi à travers la fenêtre (peut-être espérait-il glaner quelques informations par ce biais ?), Alys fit irruption dans la chambre :

- Ah, vous êtes réveillé ? Vous allez mieux ? Si vous voulez, je vous ai aussi préparé de quoi manger.

- Ah, très bien, merci, répliqua Len devant tant de gentillesse.

Alors que Len prenait son repas, Alys lui posait encore quelques questions sur leur origine, mais elle se heurta à l’ignorance feintée de son interlocuteur. « Ce plan marche deux fois », s’étonna même le jeune blond. Mais il refusa de se plaindre. L’après-midi touchait doucement à sa fin, et Alys laissa ses deux invités se reposer encore un peu dans la chambre adjacente.

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La nuit n’allait plus tarder à tomber, mais Alys décida tout de même d’emmener ses deux nouveaux amis dans le centre du village, là où il y avait davantage d’activité. C’était une bonne occasion pour les deux inconnus de découvrir de plus près cet endroit mystérieux dans lequel ils étaient susceptibles de demeurer un bon moment.

- Vous allez voir, la place du village est très animée à cette heure-ci. Vous pourrez même voir la maison de notre chef !, s’enthousiasma la jeune fille à la tresse.

- Ça a l’air chouette, ajouta Rin.

Le groupe empruntait une rue en pente descendante qui menait un peu plus loin dans la vallée, la maison d’Alys étant située sur les sommets du village. En route, Len ne put s’empêcher de lancer la conversation avec son hôte, et commença directement par une question délicate :

- Et ton père, Alys ? Est-ce qu’on aura l’occasion de le voir

La jeune fille baissa la tête en signe de tristesse.

- Malheureusement, il est mort…

Len fit la grimace, mais ce n’était rien à côté du regard assassin que Rin venait de lancer à son frère. Elle profita du fait que leur nouvelle compagne s’était mise plus en avant de groupe pour le gronder silencieusement. Rin bouscula son frère :

- Tu n’aurais pas pu te taire ?

- Comment je pouvais deviner, moi ?

Rin ne répondit pas et s’approcha d’Alys pour présenter ses excuses. Len suivit à son tour pour faire de même.

- Excuse-moi… C’était il y a longtemps ?

A peine cette phrase terminée, Len sentit le choc de la main de Rin sur sa tête. Il n’osa même plus lui adresser un regard. Cependant, Alys lui répondit poliment :

- Il est mort pendant la Grande Guerre Magique, il y a 15 ans.

Len observa la réaction de sa sœur, dont le regard désapprobateur d’il y a quelques secondes avait fait place à une expression de surprise. Les deux frères et sœurs avaient-ils bien entendu ? Alys venait-elle réellement de parler d’une « guerre magique » ? Elle leur avait annoncé ça d’une manière si simple et sans arrière-pensée qu’il ne pouvait pas s’agir d’un mensonge. Ce qu’elle disait ne pouvait être que la vérité… Rin et Len laissèrent Alys prendre les devants du groupe, alors qu’ils arrivaient en vue de la place du village. Celle-ci était en effet bien animée. Plusieurs boutiques étaient encore ouvertes, éclairées par les quelques petits feux qui se trouvaient sur le bord de la route. La jeune fille à la tresse bleue proposa à ses deux invités de s’installer en terrasse d’un petit bar. Rin accepta sans hésiter ; cela pouvait être une occasion d’observer la vie des habitants d’Uchi au plus près. Alys laissa les deux adolescents s’attabler, tandis qu’elle partit leur chercher de quoi boire. A ce moment-là, Len ne put s’empêcher d’interpeller sa sœur. Tant qu’Alys étaient encore là, il n’avait pas osé en rajouter :

- J’ai bien entendu ? Elle a parlé de « grande guerre magique » ? Mais c’est pas possible, se demanda Len.

- Qu’est-ce que tu veux que je te dise, lui rétorqua Rin. « On n’est bien loin de chez nous, c’est sûr, et la logique de cet endroit m’échappe complètement. »

- Tu penses qu’on est toujours en train de rêver ?

- C’est trop précis pour être un rêve… Et puis, on ne dormait pas quand tu t’es mis à te lancer vers la lumière bleue dans l’entrepôt…

- Tu veux dire qu’on a voyagé, en conclut donc Len.

- Ben, si on part du principe que l’appareil du hangar était une sorte de téléporteur (si on va très loin), on aurait peut-être voyagé ailleurs. Le problème, c’est qu’on ne reconnait rien ici. C’est comme si on se trouvait dans un autre monde.

- Un autre monde, n’importe quoi !

- Tu as une meilleure hypothèse, peut-être ? lui demanda Rin

- Je dois bien t’avouer que non…

Ils furent interrompus par le retour d’Alys qui leur avait rapporté deux verres de jus, estimant sans doute qu’ils n’avaient pas encore l’âge de boire de l’alcool. Rin et Len ne bronchèrent pas et acceptèrent cette gentille attention avec le sourire. Alors que tous les trois dégustèrent leur boisson, les deux blonds en profitèrent pour jeter un coup d’œil sur la place d’Uchi. Celle-ci était dominée par un énorme bâtiment en briques rouges (celui-ci même que Rin avait remarqué en arrivant), qui selon Alys, constituait la demeure du chef du village, Oji. Devant leur nouvelle interrogation, la jeune femme expliqua à ses deux compères que le rôle de chef de village était très important dans le pays de Kuni. Ils s’occupaient non seulement des affaires de leur village, mais avaient aussi une place au Conseil des Sages, qui prenait les décisions importantes sur l’avenir de l’île, en discussion avec la Reine Luka. Len posa ensuite les yeux sur le terrain sablonneux, situé à la droite de l’habitation du chef Oji. On pouvait observer au fond de celui-ci ce qui pouvait s’apparenter à un centre d’entraînement pour archers. C’est en tout cas ce que Len en déduisit en observant les quatre cibles situées au loin. A côté de ce terrain se trouvait un autre édifice imposant, en bois cette fois. Il demanda donc à son guide (Alys avait en effet peu à peu acquis cette fonction) ce qui pouvait bien se passer dans cet endroit. En fait, ce bâtiment abritait la garde d’Uchi, chargée de maintenir l’ordre dans le village. Cela servait également de terrain d’entraînement, c’était donc pour cela que Len avait remarqué les cibles pour les archers. La soirée continua ensuite dans le plus grand calme, ponctué cependant par les interventions des quelques artistes qui animaient la place du village, et que Rin et Len appréciaient grandement.

La nuit était tombée depuis quelques dizaines de minutes lorsqu’une énorme détonation se fit entendre depuis la tour de la demeure du chef Oji. Tous les passants situés sur la place du village se figèrent tous sans exception à cet instant, les yeux rivés vers le donjon. Ils virent par la suite un corps tomber lourdement sur le sol argileux et découvrirent avec stupeur que leur chef venait d’être très sauvagement assassiné.

----------------------------------------------------------

Alors qu’une partie de la population avait pris peur et s’était rapidement échappé de la place, quelques citoyens s’étaient rassemblés et observaient en pleurs la dépouille de leur bien-aimé chef. Rin, Len et Alys étaient également restés là. Cette dernière paraissait même extrêmement choquée par ce qui venait de se passer (c’était compréhensible), ce qui poussa Rin à aller la consoler. Len, de son côté, observa de près et silencieusement le cadavre du chef et remarqua l’impact de balle qu’il avait reçu en pleine tête. Il n’avait pu être tué que par une arme à feu.

Peu après, une jeune fille aux cheveux bleu clair accompagnée par ses deux lieutenants, un homme et une femme, ainsi que par ce qui devait constituer une bonne partie de la police d’Uchi, arriva à hauteur du groupuscule qui s’était formé autour du chef décédé. La jeune fille qui semblait mener le groupe de représentants de l’ordre portait de longs cheveux séparés par deux longues couettes bleues. Elle portait un kimono qui paraissait de bien meilleure qualité que ceux que Rin et Len avaient vus jusqu’à présent, mais les deux adolescents remarquèrent surtout le grand katana posé dans son fourreau qui trimballait sur le flanc gauche de la demoiselle. Alors que Len avait toujours les yeux rivés sur l’impressionnante arme blanche, Rin demanda à Alys si elle connaissait cette personne :

- Bien sûr !, répondit-elle « C’est Miku, la patronne de la garde royale. Tout le monde la connait ici. »

La prestance naturelle de Miku, ainsi que sa célébrité, lui avaient en effet permis de faire disperser très rapidement le groupe de citoyens présents autour du chef. Seuls restaient donc les forces de l’ordre, dont Miku et ses deux lieutenants, ainsi qu’Alys, Rin et Len, qui n’étaient pas encore partis.

Miku observa la dépouille de Monsieur Oji et semblait désemparée par la plaie béante sur sa tête. Interpellé par l’expression de son visage, Len s’exprima :

- Mais c’est évident qu’il a été tué par balle !

Miku tourna rapidement la tête vers son interlocuteur, et lui adressa une mine sévère :

- Tué par quoi, tu dis ?

Len prit quelques secondes de silence et reprit son calme.

- Ben, ça se voit, non ? On lui a tiré dessus ! On voit même l’impact de la balle sur son crâne…

- Tu veux dire que tu sais comment on l’a tué ?

- Oui !

- Dans ce cas, tu pourrais me suivre ?, lui exhorta Miku

Len resta prostré à sa place, ne sachant plus prononcer un seul mot. Il n’allait pas être considéré comme un suspect, tout de même, alors qu’il avait juste remarqué une évidence ? Devant le silence de Len, Miku se décida à demander à ses deux lieutenants :

- Gumi, Yuma, vous pourriez l’accompagner jusqu’à la caserne d’Uchi ? J’aurai besoin de lui poser quelques questions…

Les deux subalternes s’exécutèrent. Len ne savait pas comment réagir, et décida finalement de se laisser prendre en charge par les deux gardes. Tout le contraire de Rin, qui s’élança vers eux en les sommant de ne pas arrêter son frère qui n’avait strictement rien à voir avec cette affaire. Elle fut cependant rapidement remise à l’ordre par la garde qui accompagnait Miku, chaque membre étant armé d’un katana de taille moyenne.

Rin n’eut donc d’autre choix que de laisser partir son frère vers la caserne. Elle se retourna ensuite vers Alys :

- Qu’est-ce qu’on peut faire ? On ne peut pas les laisser l’emmener !

- Il vaut mieux rester calme, confia Alys. « Peut-être serait-il préférable de les suivre de loin jusqu’à la caserne. Apparemment, Miku veut juste lui poser des questions…

- Mais pourquoi ? demanda Rin.

- Il a bien dit qu’il savait comment on avait tué Monsieur Oji ?

- Ben oui, tu n’as pas vu la blessure sur sa tête. On lui a tiré dessus, ce n’est pas difficile à comprendre.

- Justement, on n’a jamais vu ça ici. C’est impossible de faire ça avec une épée ou un sabre…, informa Alys.

- Tu veux dire que vous ne connaissez pas les armes à feu ?, en conclut Rin.

- Les quoi ?

Cette dernière réponse éclaira l’esprit de la jeune blonde. Visiblement, personne ne connaissait les pistolets, les revolvers et autres armes à feu dans l’endroit où son frère et elle avaient atterri. Par conséquent, il n’était pas étonnant que Len se soit fait arrêter s’il était en possession d’une quelconque information. Et comme il n’arrive jamais à se taire…

Alys et Rin se décidèrent donc de suivre de loin le convoi qui emmenait Len vers le bâtiment d’entrainement de la garde, et d’attendre de voir comment la situation évoluerait.
Sekai - Chapitre 3 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/23/sekai-chapitre-3-confessions-et-decisions/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/05/23/sekai-chapitre-3-confessions-et-decisions/)
Sekai - Chapitre 4 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/06/03/sekai-chapitre-4-la-tour/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/06/03/sekai-chapitre-4-la-tour/)
Sekai - Chapitre 5 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/08/sekai-chapitre-5-kyou/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/08/sekai-chapitre-5-kyou/)
Sekai - Chapitre 6 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/18/sekai-chapitre-6-the-raising-fighting-spirit/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/18/sekai-chapitre-6-the-raising-fighting-spirit/)
Sekai - Chapitre 7 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/08/05/sekai-chapitre-7-genshine-kyuu-et-roku/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/08/05/sekai-chapitre-7-genshine-kyuu-et-roku/)
Sekai - Chapitre 8 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/sekai-chapitre-8-le-premier-suspect/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/sekai-chapitre-8-le-premier-suspect/)
Sekai - Chapitre 9 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/sekai-chapitre-9-the-shawshank-redemption/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/sekai-chapitre-9-the-shawshank-redemption/)
Sekai - Chapitre 10 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/25/sekai-chapitre-10-revelations/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/25/sekai-chapitre-10-revelations/)
Sekai - Chapitre 11 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/10/21/sekai-chapitre-11-le-conseil-des-quatre/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/10/21/sekai-chapitre-11-le-conseil-des-quatre/)
Sekai - Chapitre 12 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/11/11/sekai-chapitre-12-leora/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/11/11/sekai-chapitre-12-leora/)
Sekai - Chapitre 13 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/12/04/sekai-chapitre-13-owari/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/12/04/sekai-chapitre-13-owari/)
Sekai - Chapitre 14 : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/12/20/sekai-chapitre-14-la-porte-vers-l-autre-monde/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/12/20/sekai-chapitre-14-la-porte-vers-l-autre-monde/)
Sekai - Chapitre 15 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/01/14/sekai-chapitre-15-the-servant-of-evil/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/01/14/sekai-chapitre-15-the-servant-of-evil/)
Sekai - Chapitre 16 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/02/05/sekai-chapitre-16-fade-to-black/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/02/05/sekai-chapitre-16-fade-to-black/)
Sekai - Chapitre 17 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/04/27/sekai-chapitre-17-un-litre-de-larmes/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/04/27/sekai-chapitre-17-un-litre-de-larmes/)
Sekai - Chapitre 18 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/05/21/sekai-chapitre-18-si-vis-pacem-para-bellum/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/05/21/sekai-chapitre-18-si-vis-pacem-para-bellum/)
Sekai - Chapitre 19 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/06/23/sekai-chapitre-19-love-is-war/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/06/23/sekai-chapitre-19-love-is-war/)
Sekai - Chapitre 20 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/07/11/sekai-chapitre-20-espoir/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/07/11/sekai-chapitre-20-espoir/)
Sekai - Chapitre 21 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/07/22/sekai-chapitre-21-jumeaux/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/07/22/sekai-chapitre-21-jumeaux/)
Sekai - Chapitre 22 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/08/05/sekai-chapitre-22-secrets/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/08/05/sekai-chapitre-22-secrets/)

Deuxième partie

Sekai - Chapitre 23 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/09/24/sekai-chapitre-23-le-debut-du-voyage/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/09/24/sekai-chapitre-23-le-debut-du-voyage/)
Sekai - Chapitre 24 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/10/21/sekai-chapitre-24-seisui/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/10/21/sekai-chapitre-24-seisui/)
Sekai - Chapitre 25 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/11/08/sekai-chapitre-25-world-domination-how-to/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/11/08/sekai-chapitre-25-world-domination-how-to/)
Sekai - Chapitre 26 : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/12/17/sekai-chapitre-26-boukoku-no-nemesis/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/12/17/sekai-chapitre-26-boukoku-no-nemesis/)
Sekai - Chapitre 27 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/01/19/sekai-chapitre-27-uso/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/01/19/sekai-chapitre-27-uso/)
Sekai - Chapitre 28 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/03/06/sekai-chapitre-28-des-flammes-sur-les-vagues/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/03/06/sekai-chapitre-28-des-flammes-sur-les-vagues/)
Sekai - Chapitre 29 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/05/25/sekai-chapitre-29-les-fugitifs/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/05/25/sekai-chapitre-29-les-fugitifs/)
Sekai - Chapitre 30 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/07/20/sekai-chapitre-30-lile-tokai/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/07/20/sekai-chapitre-30-lile-tokai/)
Sekai - Chapitre 31 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/10/13/sekai-chapitre-31-children-of-the-damned/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/10/13/sekai-chapitre-31-children-of-the-damned/)


Sekai Chronicles

Série de bonus racontant le passé des personnages dans l'univers de "Sekai".

Bonus #1 : Alys : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/01/02/sekai-chronicles-1-alys/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/01/02/sekai-chronicles-1-alys/)
Bonus #2 : Genshine Kyuu et Roku (1ère partie) : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/03/12/sekai-chronicles-2-genshine-kyuu-et-roku-1ere-partie/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/03/12/sekai-chronicles-2-genshine-kyuu-et-roku-1ere-partie/)
Bonus #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ère partie) : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/03/12/sekai-chronicles-3-genshine-kyuu-et-roku-2eme-partie/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/03/12/sekai-chronicles-3-genshine-kyuu-et-roku-2eme-partie/)
Bonus #4 : Hatsune Miku (pour son 10ème anniversaire ^^) : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/08/31/sekai-chronicles-4-hatsune-miku/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/08/31/sekai-chronicles-4-hatsune-miku/)

Chapitre bonus pour l'anniversaire des jumeaux Genshine : https://jyokaryu.wordpress.com/2017/09/06/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2017/09/06/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku/)

Le guide des personnages (avec Spoilers) : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/30/sekai-guide-des-personnages-spoilers/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/07/30/sekai-guide-des-personnages-spoilers/)
La carte du monde : https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/bonus-la-carte-de-sekai/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2016/09/05/bonus-la-carte-de-sekai/)

Détective ALYS

Nouvelle fiction mettant en scène ALYS et LEORA.

Chapitre 1 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/01/01/detective-alys-chapitre-1/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/01/01/detective-alys-chapitre-1/)
Chapitre 2 : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/04/02/detective-alys-chapitre-2/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/04/02/detective-alys-chapitre-2/)

One-shots et autres fictions

Alys et Kibo : https://jyokaryu.wordpress.com/2018/02/10/alys-et-kibo/ (https://jyokaryu.wordpress.com/2018/02/10/alys-et-kibo/)

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Kyomi/Memory le 15 mai 2016, 13:21:32
Salut! Au lien de mettre des liens pourrais-tu tout simplement faire copier coller et sous spoilers? Merci pour la commu' des mobiles pourris!

sinon sache que le nombre de gens qui viennent lire sont vraiment peu x'D quand tu aura remi sous spoilers ta fan'fic' je te donnerai mon avis franc et directe et si je te suivrai ou pas.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 15 mai 2016, 13:43:23
Salut !

Voilà, j'ai mis les deux chapitres sous des balises spoiler... Je craignais que ça soit un peu long du coup, et pas très facile à lire, je n'avais pas pensé aux mobiles  :-\

Citer
sinon sache que le nombre de gens qui viennent lire sont vraiment peu x'D quand tu aura remi sous spoilers ta fan'fic' je te donnerai mon avis franc et directe et si je te suivrai ou pas.

Oh, je fais ça par plaisir, donc s'il y a peu des gens qui viennent lire, ce n'est pas bien grave... Je me disais que ça valait peut-être le coup de poser la fic là, plutôt que de la laisser sur mon pc...

Thanks  ;)
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Kyomi/Memory le 15 mai 2016, 15:03:20
J'aime beaucoup les détails du debout meme si je trouve quelque chose de flou car j'ai du mal a rentré dans ton univers. (meme si j'ai connu une autre fanfic qui commençait pareil avec l'histoire d'un mec qui se retrouve accuser et tout, amnésique avec des voix qui parle dans un univers vocaloid et heroic fantasy, dommage que l'auteur s'est déserté et qu'il a effacé ses traces sur le forum)

ça me fait egalement penser à pleins d'autre fanfic' non vocaloidienne.

Le petit clin d'oeil avec Alys m'a fait énormément plaisir x)

mais je t'avoue que peut etre que je ne suivrai pas plus que ça :/
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Hakuro-Kaoru le 15 mai 2016, 15:17:10
C'est pas mal du tout ! En fait, tu écris vraiment bien, tu es bien plus doué pour faire des descriptions que moi. Il y a beaucoup de vocabulaire aussi, tu as un bon français.
Concernant l'histoire (en spoiler pour les gens qui n'ont pas encore lu):

Spoiler
Déjà, avec Rin et Len en personnages principaux, et ALYS, tu avais de fortes chances que j'accroche. Et j'ai bien accroché :p
Il y a juste un passage que j'aurais quelque chose à redire, c'est au réveil de Rin. C'est à peine si elle jette un coup d'oeil à son frère, alors que je crois que vu l'inquiétude qu'elle a eu pour lui juste avant, la première chose qu'elle aurait fait aurait été de s'assurer qu'il allait bien.
Sinon il se passe déjà pas mal de choses. Il y a des morts, on découvre un nouveau monde... Rin et Len sont fort déboussolés, mais ça ira mieux après x)
Il y a déjà quelques Vocaloids aussi. J'ai été surprise par "La Reine Luka", elle est reine dans ma fiction aussi XD

Voilà, tu as au moins une lectrice de sûr, j'ai hâte de lire la suite ^^
Titre: Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 17 mai 2016, 16:32:10
J'aime beaucoup les détails du debout meme si je trouve quelque chose de flou car j'ai du mal a rentré dans ton univers. (meme si j'ai connu une autre fanfic qui commençait pareil avec l'histoire d'un mec qui se retrouve accuser et tout, amnésique avec des voix qui parle dans un univers vocaloid et heroic fantasy, dommage que l'auteur s'est déserté et qu'il a effacé ses traces sur le forum)

ça me fait egalement penser à pleins d'autre fanfic' non vocaloidienne.

Le petit clin d'oeil avec Alys m'a fait énormément plaisir x)

mais je t'avoue que peut etre que je ne suivrai pas plus que ça :/

Pas grave, merci pour ton avis déjà  ;)

C'est pas mal du tout ! En fait, tu écris vraiment bien, tu es bien plus doué pour faire des descriptions que moi. Il y a beaucoup de vocabulaire aussi, tu as un bon français.
Concernant l'histoire (en spoiler pour les gens qui n'ont pas encore lu):

Spoiler
Déjà, avec Rin et Len en personnages principaux, et ALYS, tu avais de fortes chances que j'accroche. Et j'ai bien accroché :p
Il y a juste un passage que j'aurais quelque chose à redire, c'est au réveil de Rin. C'est à peine si elle jette un coup d'oeil à son frère, alors que je crois que vu l'inquiétude qu'elle a eu pour lui juste avant, la première chose qu'elle aurait fait aurait été de s'assurer qu'il allait bien.
Sinon il se passe déjà pas mal de choses. Il y a des morts, on découvre un nouveau monde... Rin et Len sont fort déboussolés, mais ça ira mieux après x)
Il y a déjà quelques Vocaloids aussi. J'ai été surprise par "La Reine Luka", elle est reine dans ma fiction aussi XD

Voilà, tu as au moins une lectrice de sûr, j'ai hâte de lire la suite ^^

Merci  ;D ;D
J'ai commencé à écrire le chapitre 3, mais je ne sais pas encore quand je l'aurai terminé (puisqu'en plus, il risque d'être plus long que le deuxième, vu comment je suis déjà démarré...  :-X

En tout cas, j'essaierai de prendre toutes les remarques en compte pour la suite^^
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 03 juin 2016, 20:49:25
Bonjour !

Juste pour signaler que j'ai posté le chapitre 3 (je dis, vive les week-ends et jours de congés  ;D )

Il a été posté sur le blog, le lien est sur le premier post du sujet^^ et ci-dessous sous balises spoiler pour ceux qui veulent (je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à le mettre sur le premier post...)

Spoiler
Chapitre 3 : Confessions et décisions
Le convoi de gardes qui escortaient Len quittait lentement la place du village. Le jeune garçon blond était entouré par les deux personnes de confiance de Miku, ses lieutenants Gumi et Yuma, celle-ci préférant prendre la tête du cortège. Len ne pipa mot pour ne pas aggraver sa situation. Pourtant, il ne savait toujours pas sur quel pied danser. Était-il considéré comme un suspect ou allait-il être entendu comme simple témoin ? Vu la pression qui lui était mise, il penchait davantage pour la première option. Gumi et Yuma ne le lâchaient pas d’une semelle, leurs mains droites respectives posées continuellement sur le pommeau de leur sabre. Len prit le temps de les analyser de fonte en comble. Gumi portait une tenue militaire légère, un peu dans le genre de celle de Miku même si elle était de moindre qualité. Une longue robe orange et blanche s’arrêtait juste à ses chevilles, de sorte à ne pas la gêner durant ses manœuvres de combat, sans doute. Yuma était vêtu d’une armure en cuir noire, bordée de quelques teintes de blanc. Tous quittèrent la place par l’est pour rejoindre la caserne située quelques dizaines de mètres plus loin.

Rin et Alys patientaient un moment. Elles avaient décidé de suivre le mouvement de loin (un peu sous l’impulsion d’Alys, il est vrai, qui avait dû calmer sa nouvelle amie).

- Ils vont certainement l’emmener à la caserne, déclara Alys. « La meilleure chose à faire à de l’attendre près de cet endroit ».

Rin éprouvait quelques difficultés à être d’accord avec la jeune fille aux cheveux bleus, mais elle dût se rendre à l’évidence : il s’agissait certainement de la meilleure solution, et mieux valait ne pas se faire remarquer davantage. Néanmoins, elle ne pouvait pas s’empêcher de se faire du souci pour son frère. Tous deux se trouvaient déjà dans une situation compliquée, et voilà que Len venait de se faire arrêter par la commandante de la garde royale, ni plus ni moins. Alors que l’escorte de Len prenait de plus en plus ses distances, les deux filles se mirent en marche vers le terrain d’entraînement de la police. Elles n’avaient pas réellement de plan ; tout au plus pensaient-elles attendre là un moment et voir comment tout évoluerait.

Miku et son groupe arrivèrent quelques minutes plus tard devant le bâtiment principal de la caserne. Celui-ci était entièrement construit en bois, de très bonne qualité cependant, et se révélait relativement immense une fois que l’on se tenait à côté. La commandante ouvrit la lourde porte en métal qui marquait l’entrée et ordonna à tous les gardes de retourner à leurs postes, exception faite de Yuma et Gumi qui pénétrèrent dans l’enceinte de la caserne avec elle, Len étant toujours mis aux arrêts. Tous les quatre parcouraient le long couloir central de l’édifice, alors que leurs pas résonnaient sur le parquet. Ils passèrent ainsi entre autres devant une salle d’armes, les dortoirs et ce qui semblait être une cantine avant de rejoindre la salle du fond. Miku ouvrit doucement la porte et s’installa sur le bureau, tandis que Gumi et Yuma ligotaient Len sur la chaise située juste en face. Puis, Miku demanda à ses lieutenants de quitter la salle :

- Gumi, tu peux aller voir la fin de l’entraînement de la garde, si tu veux… Yuma, tu peux rester devant cette porte, s’il te plait ? demanda-t-elle en montrant le point d’entrée à la pièce.

Les deux soldats suivirent les ordres, et Yuma se posta juste derrière la porte en bois qu’il referma en ressortant. Il ne restait donc plus que Miku et Len dans une pièce assez petite, composée d’un bureau en son centre (celui-ci était rempli de divers papiers rangés de manière assez chaotique). Quelques cartes ornaient également les murs peints d’une couleur sombre.

- Ah, ce bureau est vraiment minuscule, je préfère largement le mien à Kyôu, au moins il y a plus de place…

Len, qui, après cette réplique, avait compris que Miku ne se trouvait à Uchi que pour une unique mission, était toujours attaché à une petite chaise lorsque sa geôlière entama l’interrogatoire.

- Bon… Autant être directe, tu sais comment Oji a été tué ?

Len fut surpris par l’aisance avec laquelle Miku avait abordé le sujet. Il pensait qu’elle allait lui poser quelques questions générales avant de passer aux choses sérieuses, mais, visiblement, elle n’avait pas de temps à perdre. Il garda le silence quelques instants, puis répondit :

- Oui… Je pense qu’il a été tué par arme à feu, vu sa blessure…

Len se retrouva soudain face au faciès interloqué de Miku, et allait se rendre compte du problème, celui-là même que Rin avait remarqué quelques instants auparavant.

- Qu’est-ce que c’est une arme à feu ?, s’interrogea-t-elle.

L’adolescent en vint donc à la même conclusion que sa sœur. Visiblement, personne dans ce monde ne connaissait les pistolets ou les revolvers. Ils ne se battaient qu’avec des armes blanches, comme les sabres. Len comprit peu à peu que son discours près de la tour du chef l’avait mis dans cette situation. Directement, il sentit qu’il s’était lancé lui-même dans un engrenage délicat. Il pouvait toujours jouer le coup de l’amnésie (cela avait bien marché avec Alys), mais, cette fois, il était bien moins certain que cela fonctionnerait. Au final, il ne disposait que de peu de choix, et finit par attendre la prochaine question de Miku.

- Pourquoi tu ne veux pas répondre ? Qu’est-ce que tu sais ?

- Rien d’autre que ce que je n’ai déjà dit, répliqua Len.

Miku marqua une pause. Elle devait de toute évidence changer de stratégie afin d’obtenir des réponses de son prisonnier.

- Tu sais, je ne te soupçonne pas. J’ai bien remarqué que tu étais à l’extérieur de la tour quand le chef est mort. C’est juste ta réponse de tout à l’heure qui m’a décidée à t’emmener ici…

Len fut finalement rassuré, un peu tout du moins. De toute évidence, il n’était pas suspecté, mais il se doutait bien que Miku ne lui faisait pas totalement confiance. Il devait rapidement trouver une réponse cohérente à lui fournir, même si celle-ci omettait quelque peu la vérité.

- J’ai un peu perdu la mémoire. Ma sœur et moi avons été agressés sur la route qui menait au village, et nous avons été recueillis par Alys, la fille à la tresse que vous avez vue.

Miku considéra Len un moment. Amnésique, tu parles ! Elle savait pertinemment que le garçon lui cachait quelque chose. Malgré son jeune âge, la jeune fille aux couettes bleues possédait déjà assez d'expérience pour déceler les mensonges. Elle en avait déjà suffisamment vécu dans sa courte vie. Pourtant, elle ne releva pas l'affirmation de son prisonnier, préférant rester silencieuse. Elle ne pouvait pas le faire parler en le torturant, il était un témoin bien trop précieux. Miku sortit de la pièce, toujours sans prononcer un seul mot, et partit rejoindre Yuma dans le couloir.

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Pendant ce temps, Rin et Alys attendaient le dénouement de l'interrogatoire de Len à l'extérieur. Elles avaient tout d'abord patienté devant l'immense porte d'entrée de la caserne, puis s’étaient éloignés de quelques dizaines de mètres pour observer le terrain d'entraînement des unités de la garde d'Uchi. Ils devaient s'agir là de leur dernière session de la journée, vu l'heure déjà tardive.

La cour comportait différentes cibles pour les archers, ainsi que des zones de combat pour les sabreurs. Les katanas et les arcs à flèche constituaient en effet les armes les plus importantes dans tout Sekai. Toutes les gardes devaient donc suivre un entraînement rigoureux au maniement de celles-ci.

Les deux filles observaient donc de loin, accroupies, les hommes répétant leurs mouvements de combat. Elles virent également quelques archers tentant de décocher quelques flèches. Quelques minutes plus tard, elles aperçurent un visage relativement familier : l'acolyte aux cheveux verts de Miku, Gumi, était venue superviser l'entraînement des troupes. Celui qui semblait être le chef interrompit alors ses hommes, et leur présenta leur invitée. Il leur affirma qu'ils disposaient ici d'une énorme chance de pouvoir profiter des conseils d'une combattante aguerrie. Elle était finalement la numéro deux de la garde royale, la plus prestigieuse du pays de Kuni, chargée personnellement de la protection de la Reine Luka.

Soudain, un homme de la garde se détacha du groupe bien rangé, et vint se tenir devant Gumi :

- J'aimerais bien voir de quoi vous êtes capable, Madame !

L'homme venait de la provoquer en duel, devant ses coéquipiers médusés. Gumi ne bougea pas d'un cil et observa le garde, qui pourtant n'avait pas l'air bien différent des autres. Il portait en effet le même uniforme brun, et était armé du même type de sabre que ses congénères. Rien ne le prédisposait à s'avancer comme tel, et à être aussi irrespectueux. Le guerrier était pourtant relativement grand, environ un mètre quatre-vingt-cinq, ce qui contrastait avec le mètre soixante de Gumi. Cependant, celle-ci ne détacha pas son regard de celui qui l'avait défié, et répondit, alors que le chef de la garde s'inclina comme pour présenter ses excuses :

- Bonne idée… Ça me permettra de me dégourdir les jambes un peu !

Les deux duellistes se déplacèrent donc vers la zone de combat centrale de la cour. L'homme prit une allure rapide, mais fut toutefois rattrapé par son supérieur, qui lui demandait une nouvelle fois de renoncer à cette folie, et de s'excuser. Il ne fallait en aucun cas manquer de respect à une personne si importante. Gumi, quant à elle, rejoignait sa place à une allure lente. Elle ne paraissait pas tendue, mais son regard trahissait une certaine concentration. Elle prenait toujours ses combats au sérieux, qu'il s'agisse d'un simple entraînement ou d'une mission cruciale. Contre son gré, le patron de la troupe dût faire office d'arbitre pour ce combat, et espérait que celui-ci ne se finisse pas trop mal. Il faisait partie des seuls ici à avoir déjà vu la fille au sabre en plein combat, et savait parfaitement de quoi elle était capable. Et cela n'allait pas calmer ses inquiétudes. Les deux combattants se situaient de part et d’autre du terrain de combat quand le chef donna le signal de départ.

L'homme dégaina donc immédiatement son sabre et se lança à une vitesse vertigineuse vers son opposante. Gumi n'avait pas encore défait son sabre de son fourreau, et effectua quelques pas en ligne droite. Arrivée à hauteur de son adversaire, elle vit celui-ci lever son katana dans le but de lui asséner un coup sur la tête de haut en bas. Gumi surprit alors tout l’auditoire en effectuant un pas sur la gauche avec une rapidité déconcertante. Cette manœuvre lui avait permis d’astucieusement esquiver le coup. Le combattant était alors déséquilibré par le coup puissant qu’il venait de tenter (il devait certainement penser qu’il ne disposerait que d’un seul essai afin de battre la lieutenante, et avait donc tout donné dans cette prise, de peur de devoir s’engager dans un combat trop long). La fille aux cheveux verts profita de ce moment de répit pour enfin dégainer son arme. Elle tourna sur elle-même de façon à faire face à son adversaire et lui asséna directement un coup dans le dos. L’homme blessé se retrouva donc genoux au sol. Une plaie béante commençait également à se former au milieu du dos ; les traces rouge écarlate qui tapissaient son vêtement de service pouvaient en attester. Après quelques secondes de souffrance, celui-ci s’effondra ventre au sol, devant ses coéquipiers et spectateurs médusés. Gumi essuya alors lentement le sang qui s’écoulait de la lame de son épée à l’aide de l’uniforme de son adversaire, puis rangea son arme.

L’arbitre de la courte rencontre ne pouvait prononcer un seul mot, et attendait une réaction de la lieutenante. Celle-ci garda son calme, et se dirigea vers son auditoire :

- Il faudrait l’emmener à l’infirmerie. Je n’ai pas touché de points vitaux, il devrait s’en sortir mais il faudra rapidement le soigner… En attendant, quelqu’un d’autre veut essayer ?

Elle se heurta à un silence absolu. Le chef de cohorte s’approcha alors doucement vers elle, et lui présenta une nouvelle fois ses excuses pour le comportement outrancier de son soldat. D’autres gardes s’étaient empressés de ramasser le corps de leur collègue inconscient et se dirigèrent directement vers l’infirmerie. Gumi n’effectua aucune remarque et retourna à l’entrée du camp d’entraînement.

De loin, Rin et Alys avaient attentivement observé la scène. Comme tous les soldats, elles avaient été impressionnées par la dextérité de la jeune fille, mais également par son comportement impassible. Les membres de la garde royale étaient-ils tous de tels combattants ? Rin éprouvait même quelques difficultés devant un tel spectacle, et détourna les yeux plusieurs fois. Même si elle avait vécu auparavant des conditions difficiles, elle ne s’était jamais retrouvée confrontée à un tel combat. Alys, par contre, ne laissa rien transparaître, comme si elle avait déjà vécu pareille expérience. Cette absence de réaction réveilla en outre la curiosité de Rin. Sa nouvelle amie avait certainement vécu quelque chose de dur dont elle n’avait pas encore parlé. C’était la seule explication que la blonde pouvait apporter. Elle ne voulut toutefois pas encore lui demander directement, et garda cela en tête pour plus tard. Sans doute encore sur l’effet de la scène dont elles venaient d’être témoin, les deux filles demeurèrent au même endroit durant quelques minutes, toujours bien cachées. Puis, voyant que l’entraînement avait pris fin (les soldats commençaient à se mettre en rang avant de rentrer dans leurs dortoirs respectifs), Alys tentait déjà de trouver une porte d’accès à l’intérieur du bâtiment. Rin et elle ne pouvait agir qu’une fois la cour totalement vide, mais il fallait rester vigilant (particulièrement face à Gumi), et préparer un plan d’action. Alys et plus particulièrement Rin ne voulaient pas laisser Len entre les mains de la garde royale, surtout après ce à quoi elles venaient d’assister. Malheureusement, Rin dût s’en remettre quasiment exclusivement à Alys, car elle seule connaissait bien le coin, et était à même de trouver la meilleure manière de pénétrer dans la caserne.

Quelques minutes après que tous les soldats soient rentrés, Alys et Rin se décidèrent à sortir de leur cache et se faufilèrent discrètement dans la cour. Elles arrivèrent tout d’abord à la porte menant aux dortoirs, mais celle-ci était bien évidemment fermée.

- Tu as un plan ? demanda Rin.

- Là-haut, tu vois cette fenêtre ? Je pense que c’est notre meilleure chance d’entrer là-dedans, répondit Alys.

- Et comment on fait pour arriver jusque-là ?

- On peut essayer de grimper sur le toit du préau de la cour, et puis de se frayer un chemin jusqu’à la fenêtre…

- Mais elle pourrait être fermée aussi, souligna justement Rin.

- Pour l’instant, je n’ai pas d’autre solution, rétorqua Alys. « On n’entre pas dans une caserne comme ça, même dans un village ! ».

La conversation entre les deux filles fut soudainement interrompue par le bruit aigu d’une lame. Surprises par le bruit, les deux amies se retournèrent et firent face à Gumi, qui se tenait devant elles le sourire aux lèvres.

- Tiens, comme on se retrouve, plaisanta Gumi, qui tenait en joug Rin et Alys.

Les deux jeunes gardaient le silence.

- Je suppose que vous êtes venus pour récupérer le prisonnier. Ne vous inquiétez pas, vous allez vite le rejoindre.

Elle exhorta ensuite ses deux prisonnières à avancer et à se diriger vers l’entrée principale de la caserne. Le trio entra donc dans l’édifice, et emprunta le même couloir que Len avait parcouru quelques dizaines de minutes plus tôt. Gumi fermait toujours la marche, son sabre bien levé devant elle. Peu après, le groupe arriva en vue de Miku et Yuma, qui étaient en train de discuter au bout du couloir, devant la porte de la pièce où était enfermé Len. La patronne demanda à Gumi de stationner ses deux nouveaux prisonniers dans une pièce adjacente, et puis de revenir pour prendre part à la conversation, afin la commandante dévoile son plan à ses deux lieutenants.

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Gumi avait donc emprisonné les deux prisonnières dans une chambre sommaire, qui se situait à la gauche du couloir principal. Elle vint ensuite rejoindre ses deux compagnons. Miku, qui avait déjà commencé à étendre son plan à Yuma, fit un petit résumé à son autre lieutenant :

- Voilà, je crois que nous devons demander à Len, le prisonnier, de nous accompagner et de s’engager dans la garde royale, lâcha-t-elle.

Gumi exprima sa surprise par le biais d’une vilaine grimace :

- Mais, vous êtes certaine de votre choix ? On ne sait même pas d’où il vient… D’ailleurs, on ne sait rien de lui. Comment il a su pour le meurtre ?

- Je ne sais pas, et c’est bien pour ça que je veux le garder près de nous… Pour le surveiller… Et puis, j’ai comme l’impression qu’il pourra nous être utile, approuva Miku. «Tu as vu comment il a réagi face au corps. Je pense qu’il sait quelque chose, et je compte bien découvrir ce que c’est… »

Après avoir mis un terme aux protestations de Gumi, Miku continua son explication :

- Je veux que toi, Yuma, tu t’occupes de son entraînement et que tu deviennes son maître de sabre. S’il vient avec nous, il devra pouvoir se battre. Ça nous permettra aussi de garder facilement un œil sur lui. Je ne pense pas qu’il ait tué Oji, mais il sait quelque chose, j’en suis certaine… C’est pourquoi je veux que tu viennes me signaler tous ses faits et gestes. On en peut en aucun cas le lâcher. Et à part vous deux, j’ai bien peur de ne pouvoir faire confiance à personne.

Yuma marqua son accord d’un signe de tête. Gumi n’approuvait pas forcément les idées de Miku sur ce point, mais obéit aux ordres. La commandante retourna alors calmement dans le bureau où Len était toujours ligoté, pour lui faire part de son plan.

Elle s’assit doucement sur la chaise située juste derrière le bureau et fixa Len quelques instants avant de commencer son explication :

- Voilà, j’ai une proposition à te faire…

Le jeune blond fut surpris par cette première phrase. Vu la manière dont on l’avait emmené jusque ici, et la façon dont il avait été traité, il s’attendait plus à se retrouver en prison, voire pire. Toutefois, il laissa Miku continuer sans dire un mot.

- Je veux que tu nous rejoignes dans notre enquête, que tu nous aides. En gros, je te propose d’entrer dans la garde royale.

Len aurait bien éclaté de rire s’il ne s’était pas retrouvé dans une situation si délicate. Mais que pouvait bien manigancer cette fille pour lui proposer une idée aussi saugrenue ? A cet instant, il ne put s’empêcher de réagir.

- Vous me demandez d’entrer à votre service, juste après m’avoir arrêté ? Mais je n’y connais rien moi, à toutes ces histoires de combat ! En quoi je pourrai vous aider ?

Puis, Len posa une question, même s’il avait déjà une petite idée de la réponse :

- Et, qu’est-ce qui m’arrive si je refuse ?

La jeune fille aux couettes bleues répondit à toutes ses interrogations en même temps, sous forme d’un petit exposé. Finalement, mieux valait lui expliquer toute la situation directement :

- Le meurtre auquel tu as assisté tout à l’heure… En fait, c’est le troisième du genre en quelques semaines à Kuni. Deux autres chefs de village ont déjà été assassinés, de la même manière. Jusqu’à maintenant, nous n’avions trouvé aucun indice, que ce soit sur le tueur, ou sur son mode opératoire. Et voilà que toi, un inconnu qui passait par là, parvient à nous fournir une explication sur ces meurtres, même si cela reste un mystère pour moi. Gumi, Yuma et moi avions été envoyés ici pour cette enquête, et je pense que tu peux nous aider, parce que tu sais comment ces trois personnes sont mortes.

Puis, elle poursuivit, comme pour finir de le convaincre :

- De toute façon, c’est ça ou la prison. Je peux t’envoyer croupir dans les geôles d’un simple geste de la main.

D’habitude, Miku n’était pas aussi directe. Mais elle voulait enrôler Len à un tel point, persuadée qu’elle finirait par découvrir ce qu’il cachait, qu’elle fit fi des bonnes manières et privilégia l’efficacité. Il ne fallait absolument pas perdre ce garçon de vue, puisqu’il représentait le seul semblant de piste dont elle disposait jusqu’à maintenant.

Len était pris au piège. Au final, il n’avait pas vraiment le choix et devait accepter la proposition de Miku. Il lui demanda pourtant quelques secondes pour réfléchir, et demanda à voir sa sœur pour lui en parler.

- Ça tombe bien ! Ta sœur et son amie sont justement dans la pièce d’à côté, annonça Miku. « Je peux t’emmener les voir tout de suite ».

La jeune femme défit alors les liens qui attachaient Len à sa chaise. Celui-ci put alors s’étirer quelque peu, assez satisfait de pouvoir bouger après tout ce temps. Il fut ensuite accompagné par Miku, qui agissait toujours avec vigilance, jusque dans la pièce adjacente. Miku avait demandé à ses deux lieutenants de se poster dans des endroits stratégiques de la caserne afin d’empêcher toute tentative d’évasion. On n’était jamais trop prudent.

Elle laissa donc Len entrer de la pièce exigüe où se trouvaient Rin et Alys, et verrouilla la porte derrière lui à double tour.

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A peine fut-il entré que Rin se plongea directement dans les bras de son frère. Celui-ci l’enlaça chaleureusement, et posa son regard par-dessus l’épaule de Rin sur Alys, qui était attablée au centre de la pièce, et le gratifiait d’un petit sourire satisfait.

- Alors, ils t’ont relâché ? demanda rapidement Rin.

Len ne sourit pas, et demanda à Rin de s’asseoir calmement, histoire qu’il puisse tout leur expliquer, à elle et à Alys. Le jeune homme baissa le son de sa voix, de peur que Miku ne l’écoute à la porte.

- Ils m’ont demandé de rejoindre la garde royale, murmura-t-il. « Ils veulent que je les aide à trouver le tueur du chef Oji. »

Rin était surprise mais demanda immédiatement à son frère de ne pas accepter la proposition. Selon elle, ils avaient d’autres chats à fouetter, et c’était bien trop dangereux. De plus, les deux frères et sœurs étaient déjà suffisamment dans le pétrin pour se permettre d’aggraver davantage leur situation. Pourtant, la jeune blonde ne s’attendait certainement pas à la réponse de son frère :

- Je pense que je vais accepter… De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix… C’est ça ou je vais en prison. Miku sait que je cache quelque chose, et elle ne reculera devant rien pour savoir quoi… J’ai bien dit que j’étais amnésique, mais elle ne me croit pas, c’est sûr…

Rin laissa échapper quelques larmes, sans doute sous le coup de la pression qu’elle avait subie depuis l’arrestation de son frère. En outre, elle se rendit compte que, peu importe ce qu’elle disait, la décision de Len était prise (même si c’était à contrecœur).

- Et puis, c’est une bonne occasion de savoir où on est tombé. Avec un peu de chance, on réussira peut-être à rentrer chez nous, continua Len.

Cette dernière affirmation commençait à convaincre Rin, qui s’essuyait le visage. En effet, si les armes à feu n’existaient pas dans ce monde, il y avait de grandes chances pour que leur utilisateur, le meurtrier d’Oji, vienne de leur monde. Enquêter sur lui constituait donc la meilleure option pour trouver un chemin de retour. Même si Rin avait du mal à l’accepter, son frère avait raison, et son raisonnement était on ne peut plus logique.

Leur discussion à peu près terminée, Rin et Len tournaient leur regard vers Alys, qui avait suivi leur conversation en silence jusque-là. Les deux frangins sentaient qu’ils devaient des explications à la jeune fille à la tresse bleue, et s’assirent autour de la table pour tout lui expliquer. Les deux adolescents blonds savaient qu’ils pouvaient lui faire confiance, mais ils n’étaient pas certains qu’Alys ne les croit. Le moment des vérités était venu :

- Comme tu l’as sûrement remarqué, nous ne sommes pas de ce monde, commença Rin, en observant les réactions d’Alys.

Celle-ci écouta le discours de Rin et Len paisiblement, ne les interrompant en aucun cas. Ils lui expliquèrent donc leur histoire de bout en bout. Ils lui parlèrent du hangar, du corps de Monsieur Rimo, ainsi que de l’étrange lumière bleuâtre, qui, de toute évidence, les avaient amenés ici. Puis, ils se mirent à lui éclaircir le concept des armes à feu. Ce type d’armes existaient dans leur monde ; ce qui justifiait la réaction de Len devant le cadavre du chef Oji. Finalement, les deux jeunes étaient prêts à tous les sacrifices pour retrouver leur maison.

- Et voilà pourquoi je dois accepter la proposition de Miku, conclut Len.

Alys prit cependant quelques instants pour digérer ce nouvel afflux d’informations. En quelques heures, la jeune femme venait de se faire arrêter par la garde royale, et de découvrir deux personnes qui clamaient venir d’un monde parallèle. Même pour un habitant de Sekai, un monde qui connaissait la magie, cela faisait beaucoup. Durant leur explication, la jeune femme leur avait posé quelques questions sur leur monde, principalement pour voir si leur discours était cohérent, malgré le fait que le postulat de départ était complètement fou. Pourtant, Alys sentait au fond d’elle que Rin et Len lui disaient la vérité. Il n’y avait aucun soupçon de mensonge dans leurs voix, et puis, le fait qu’ils voulaient absolument cacher cela à Gumi, Yuma et Miku signifiait certainement que tout ceci était loin d’être faux. Alys ne pouvait rien prouver, mais elle était prête à leur accorder sa confiance. Et puis, elle ne pouvait pas laisser ses deux jeunes ados sans aide dans un monde qui leur était parfaitement inconnu. Ainsi, Alys leur rétorqua à tous les deux :

- D’accord, je vous crois… et je veux vous aider, je vais vous accompagner, leur annonça-t-elle.

Len interrompit néanmoins Alys :

- Attendez, le but est que j’y aille seul. Pas besoin de mêler tout le monde à ça !

- Parce que tu crois qu’on va te laisser sans aucune aide, lui répondit directement Rin. « Toi et moi, on est dans le même bateau, on doit s’en sortir ensemble… Et si Alys est disposée à nous aider, je nous vois mal refuser. Je préfère avoir une personne de confiance avec moi. En plus, elle connaît bien ce monde… »

Len marqua une pause pour réfléchir. Il avait bien réalisé qu’il lui serait impossible de faire fléchir les deux filles. Quand elles avaient décidé de quelque chose, c’était définitif.

- Ok, je vous laisse venir avec moi… Mais au moindre danger, vous fuyez et vous partez d’accord ?

- Oui, oui… rétorquèrent timidement les deux filles.

Len frappa alors deux fois à la porte pour signifier à Miku qu’ils avaient terminé et qu’elle pouvait les délivrer. Alors qu’ils entendirent le cliquetis du verrou, Rin se retourna vers Alys et la gratifia d’un large sourire. La jeune blonde avait encore un atout dans sa manche.

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Miku accueillit donc les trois personnes dans son bureau. Elle resta cependant debout, la main toujours posée sur le pommeau de son sabre. Cette pose la gratifia d’une certaine prestance, et inspirait la méfiance chez ses adversaires.

- Je t’écoute, qu’as-tu décidé ? demanda-t-elle à Len.

- C’est d’accord, je vous suis… Mais je veux que Rin et Alys restent à mes côtés. Je ne voudrais pas me retrouver totalement seul…

Miku n’appréciait pas forcément de se retrouver avec deux personnes supplémentaires sur le dos. Mais Len ne lui laissait pas véritablement le choix :

- C’est ma seule condition. Je veux que ces deux filles restent avec moi.

- Parce que tu penses être en position pour négocier ? Je peux toujours t’envoyer en prison, s’énerva Miku.

- Vous avez trop besoin de moi, lui répondit Len, qui avait subitement acquis une énorme confiance. « Sinon, vous ne m’auriez pas proposé de vous rejoindre. En plus, je suis votre seule piste. A votre place, j’éviterai de la gâcher. »

Miku grommela. Il lui avait joué un bien vilain tour, ce petit jeune ! Cependant, elle dut se ranger du côté de la raison. Ce que disait Len était vrai : il était leur seule piste dans cette enquête qui était en train de la rendre folle, et elle ne pouvait pas lâcher le seul indice qu’elle avait réussi à obtenir depuis des semaines. Ainsi, elle finit par accepter.

- D’accord, elles peuvent venir avec nous, hurla Miku.

Puis, elle reprit son calme.

- Viens, je vais te présenter à Yuma. C’est lui qui s’occupera de ta formation. Tu as de la chance ; je t’ai choisi l’un des meilleurs.

Mais Miku fut à nouveau coupée, cette fois-ci par Rin :

- Je veux m’engager aussi !

La jeune guerrière aux couettes frappa son poing contre le mur, pour laisser échapper son énervement.

- Qu’est-ce que c’est encore que ça ? Ça va encore durer longtemps toutes ces blagues ?, lança-t-elle.

- Je ne veux pas suivre mon frère sans rien faire. Moi aussi, je veux me rendre utile. Vous pourriez m’enseigner aussi, se justifia Rin.

La blonde jeta un œil à son frère Len, passablement courroucé lui aussi (principalement parce qu’elle ne l’avait pas mis au courant de son choix, mais il l’aurait de toute façon probablement refusé). Elle passa également son regard sur Alys, qui lâcha un petit rictus, amusée par la réaction de Len et de Miku.

- D’accord, aboya Miku. « Je vais demander à Gumi de s’occuper de toi. Mais apprête toi, elle n’est pas tendre. Il est encore temps de faire marche arrière. »

- Pas question, proclama Rin.

- Comme tu veux… , conclut la patronne. « Et toi, tu veux aussi devenir membre de la garde ? », demanda-t-elle en se tournant vers Alys.

- Pas vraiment, réfuta la jeune femme. « Je préfère les accompagner dans le calme, je pourrai aussi vous apporter votre aide si vous en avez besoin ».

- A la bonne heure !, conclut Miku.

Le quatuor quitta alors la pièce pour rejoindre le terrain d’entraînement. Miku en profita aussi pour récupérer Yuma et Gumi qui étaient restés à leurs postes respectifs. La nuit était tombée depuis un moment, lorsque les six personnes se retrouvèrent au centre de la cour. Un léger vent faisait se soulever le sable présent sur le sol. Miku positionna devant elle Rin, Len et Alys, alors que Gumi et Yuma se situaient à sa gauche. Elle exposa alors à ses deux subalternes le fruit de ses tractations.

- Finalement, ces trois personnes vont venir avec nous jusque Kyôu, commença-t-elle. « Yuma, tu seras en charge de la formation de Len, qui a accepté de s’engager ».

Le jeune homme à la tenue blanche et noire approuva simplement d’un signe de la tête.

- Gumi, tu seras responsable de Rin ! annonça Miku.

Contrairement, à son collègue, la fille aux cheveux verts sortit de son silence.

- Comment ça ? On doit la former aussi ? Mais, je n’ai pas que ça à faire, moi ! objecta-t-elle.

- C’est un ordre ! hurla Miku.

- Oui chef ! grommela Gumi dans ses dents, puis elle se retourna quelques secondes pour râler.

Rin, Len et Alys étaient restés silencieux et attendaient patiemment les instructions de Miku. Rin fut étonnée par la réaction de son nouveau maître de sabre. Mais elle ne regretta pas sa décision : cela allait être difficile, mais elle avait fait le bon choix, elle ne pouvait pas laisser son frère essayer d’arranger les choses seul. Elle se devait d’agir !

Enfin, Miku reprit la parole afin de décrire à tous la journée du lendemain :

- Demain soir, nous repartirons pour la capitale. Rin et Len, vous allez dormir ici. Demain matin, on vous remettra tout ce dont vous aurez besoin. On aura également besoin de vous quand nous irons visiter la tour du chef. Alys, tu peux retourner chez toi cette nuit… On se donne rendez-vous demain après-midi pour le départ, si tu veux toujours nous suivre.»

- Sans aucun doute, répondit-elle.

- C’est compris pour tout le monde ? demanda Miku.

- Oui ! répondirent en cœur tous les autres.

Quelques minutes plus tard, Alys s’apprêtait à retourner chez elle en compagnie d’un garde du village, pour sa sécurité. La jeune femme s’inquiétait de la réaction de sa mère à l’annonce de son départ, mais son choix était acté, et rien ne la ferait changer d’avis. Rin la prit dans ses bras une dernière fois, et lui murmura à l’oreille « Merci pour tout », tandis que Len agit de façon plus timide en lui serrant simplement la main.

- Faites attention à vous, murmura Alys. « On se revoit demain ».

Quitter ses deux nouveaux amis s’avéra être plus difficile qu’elle ne le pensait pour Alys. Même s’ils se connaissaient depuis à peine une journée, elle se sentait responsable d’eux, et ne voulait pas les laisser prendre des risques seuls. De plus, les deux frères et sœurs lui avaient avoué leur secret. Elle représentait leur seule personne de confiance, et cela la touchait au plus profond de son être. C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons qu’elle avait insisté pour les accompagner. Rin et Len observèrent Alys s’éloigner dans l’obscurité pour rejoindre les hauteurs du village d’Uchi où elle résidait. Juste avant de quitter la caserne, elle leur adressa une nouvelle fois un salut de la main.

Demain serait un autre jour… Rin et Len s’étaient lancés dans une série d’événements dont ils n’avaient encore pas la moindre idée.

Bonne lecture
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 03 juin 2016, 21:59:53
Bonjour !

Le chapitre 4 a été publié !

Spoiler
Chapitre 4 : La tour

La nuit avait été particulièrement calme, et pourtant Rin et Len n’avaient que très peu fermé l’œil, et avaient peiné à trouver le sommeil. Les deux adolescents étaient encore sous le choc de la journée précédente et de toutes ses péripéties. Cependant, ce long moment de calme leur avait permis de faire le point chacun de leur côté (ils ne voulaient pas s’empêcher l’un et l’autre d’essayer de dormir). Miku leur avait trouvé une chambre où ils avaient la possibilité de dormir juste à deux. Elle préférait en effet ne pas les mêler au reste des soldats ; la fille aux cheveux bleus considérait toujours Len comme son témoin principal, et ne lui faisait en outre pas totalement confiance. Le jeune blond était bien trop secret à son goût, cela cachait forcément quelque chose. Comme la commandante était d’un caractère tenace, elle était certaine qu’elle finirait par découvrir le fin mot de l’histoire. En attendant, elle devait garder le contrôle sur les deux inconnus, puisqu’elle se méfiait tout autant de Rin. Tout compte fait, la décision de la sœur de les accompagner tombait à pic. Miku avait pu mettre Rin entre les mains de Gumi et disposait donc de deux options qui pourraient lui permettre de découvrir la vérité ; elle finirait bien par faire craquer l’un des deux.

Au petit matin, Len vit le soleil se lever lentement au loin par la fenêtre de leur chambre. Il ouvrit lentement les yeux et descendit subrepticement du lit superposé en tentant de ne pas réveiller Rin qui était couchée sur le lit inférieur. Il fit quelques pas discrets dans la pièce avant d’essayer d’ouvrir la veille porte en bois qui marquait l’entrée. Celle-ci était verrouillée. Len ne fut pas surpris : la patronne de la garde se méfiait certainement encore de lui, et n’avait pas pris le risque de le laisser s’évader durant la nuit. Il se retourna et observa sa sœur, qui était assise sur le lit et regardait la porte fixement.

- C’est fermé, annonça Len.

- Ça t’étonne ? rétorqua malicieusement Rin.

- Non… attends, je vais essayer de frapper… Il y a peut-être quelqu’un à l’extérieur…

Len frappa donc doucement trois fois sur la porte, et entendit par la suite un léger « oui » du garde posté juste à droite de l’entrée.

- Vous pourriez nous ouvrir, s’il vous plaît ? On aimerait bien faire un petit tour dans la cour, demanda gentiment Len.

S’en suivit un léger cliquetis du verrou, la porte s’ouvrit, et Len vit devant lui un garde d’assez petite taille, affublé de l’uniforme réglementaire de la police d’Uchi.

- On aimerait bien se dégourdir les jambes dehors… C’est possible ? ajouta Len.

- Oui, mais je dois vous accompagner ! répondit le garde.

- Comme vous voudrez !

Le blondinet fit ensuite un geste en direction de sa sœur pour lui signifier de venir avec lui. Rin se leva alors lentement de son lit et suivit son frère pieds à talons. Ils traversèrent ensuite le petit corridor qui les menait vers la cour principale de la caserne, le même lieu où, la veille, Rin et Alys avaient pu observer l’entraînement et surtout la superbe démonstration de force de Gumi. Len avait réussi à soudoyer le garde pour que celui-ci reste à l’entrée du terrain d’entraînement encore vide, et il put donc s’éloigner de quelques mètres avec sa sœur.

- Bon, j’ai à te parler, commença-t-il directement.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Rin.

- Rien de spécial, mais je pense qu’on doit établir une sorte de stratégie en ce qui concerne Miku et les deux autres. On ne peut pas tout leur dévoiler, et donc il faudra rester prudent.

Rin marqua un instant de silence, interloquée. D’habitude, c’était elle qui était en quelque sorte la tête pensante du duo. Mais, depuis qu’ils étaient arrivés à Sekai, Len avait pris suffisamment d’assurance, et n’avait pas hésité à prendre ses responsabilités. Son comportement lors de son interrogatoire en était la preuve : il n’hésiterait pas à se mettre en danger, si c’est pour sauver sa frangine. Rin avait finalement compris tout cela, et lui signifia cependant qu’ils étaient ensemble dans cette situation, et qu’ils devraient s’entraider. C’est pourquoi elle avait tant tenu à l’accompagner jusqu’à la capitale et dans son entraînement.

- On ne peut pas leur donner toutes nos informations trop tôt, c’est notre seul moyen de pression, argumenta Len. « C’est déjà une chance qu’il ne me considère plus trop comme un suspect. Mais je sais que Miku ne me fait pas confiance et me surveille. »

- Qu’est-ce qu’on peut faire, une fois qu’on ira dans la tour ? On sait bien qu’Oji a été tué avec un pistolet, mais qu’est-ce qu’on peut le dire de plus ? ajouta astucieusement Rin.

- On verra une fois là-bas, mais on ne leur dit surtout pas qu’on vient d’un autre monde… D’ailleurs même nous, on n’en est pas sûrs… rétorqua son frère.

- De toute façon, personne ne nous croirait. Je ne suis même pas certaine qu’Alys nous croit, elle.

- Bon, d’accord, il va falloir improviser. Quand on sera à la tour, reste bien près de moi… On se fera un signe discret quand on aura quelque chose à se signaler… proposa Len.

- D’accord !

Leur conversation fut interrompue par le garde qui se trouvait à l’entrée, et qui les avaient exhortés de se rendre auprès de la commandante Miku, qui venait de les appeler, et qui, visiblement, n’aimait pas trop attendre. Les deux jeunes s’exécutèrent donc dans les plus brefs délais et se dirigèrent vers le bureau de la fille aux couettes bleues, non sans s’être échangé un dernier regard complice.

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Miku avait rapidement reçu Rin et Len dans son bureau, accompagnée de ses deux fidèles lieutenants, Gumi et Yuma, qui restaient à ses côtés, impassibles. Elle signifiait aux jumeaux qu’il était temps de se rendre à la tour de Monsieur Oji, histoire de faire une dernière vérification des lieux du crime. Ceux-ci avaient déjà été passés au peigne fin par une équipe spéciale, qui par ailleurs avait déjà fait son rapport auprès de la garde royale, mais Miku appréciait particulièrement voir les choses par elle-même. Elle voulait donc s’y rendre une dernière fois, avant de rejoindre directement Kyôu, la capitale. Elle informa Rin et Len qu’une fois là-bas, tous les deux seraient enrôlés dans le programme de formation de la garde royale. Elle ajouta en outre, qu’en raison de leur statut « spécial », en plus d’être formés par Gumi et Yuma, ils seraient certainement amenés à rencontrer la reine Luka, et qu’ils devraient apprendre les us et coutumes en vigueur pour s’adresser à la souveraine. Ils ne suivraient pas non plus le même entraînement que les autres recrues, car Miku voulait absolument les garder en permanence sous sa supervision. Rin, qui apparaissait de plus en plus stressée par les instructions de la patronne, demanda encore confirmation qu’Alys allait bien se joindre à eux. Il valait toujours mieux avoir plusieurs personnes de confiance à ses côtés quand on se lançait dans l’inconnu, et, mis à part Len, Alys était la personne la plus à même de remplir cette fonction. De plus, elle connaissait désormais la vérité sur les jumeaux. Elle avait donc gentiment accepté de les aider à découvrir ce monde si mystérieux.

- Oui, c’est ce qu’on avait décidé, et je ne reviens jamais sur ma parole, confirma Miku.

Sur ce, le quintet quitta la caserne et prit la direction du forum du village, déjà bien peuplé à cette heure-ci. Toutefois, la place demeurait définitivement très silencieuse. La population était en effet encore sous le choc du décès de son chef, et cela se sentait. Rin n’avait jamais vu un marché aussi calme. Là où d’ordinaire, les passants aiment parler de tout et de rien, personne ne pipait mot, et les seuls sons qui pouvaient être entendus étaient ceux des vendeurs qui réclamaient l’argent des courses demandées par les clients. Le groupe traversa une partie du marché, et passa devant un boucher et un marchand de légumes, ce qui donna faim aux jumeaux qui n’avaient pas eu le temps de manger. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent en vue de la tour du village, dont l’entrée était désormais gardée par deux soldats. De près, cet édifice était particulièrement imposant. Miku et ses sbires entrèrent et firent vite l’impasse sur le rez-de-chaussée pour se rendre directement dans la pièce la plus importante du bâtiment, les appartements de Monsieur Oji, là où il avait été tué. Len se rappela alors de l’énorme chute du leader d’Uchi qui avait provoqué l’effroi des personnes présentes ce jour-là. Lui-même avait ressenti un fameux choc. Juste avant de monter l’escalier en colimaçon qui constituait le centre de la tour, et qui permettait de voyager entre toutes les pièces de l’habitation, Len remarqua l’impact de balle sur la porte qui menait à cet escalier. Alors que Miku et Gumi commençaient déjà à monter, et que Yuma se tenait juste derrière eux, Len fit un petit signe à sa sœur et lui indiqua à l’aide de ses yeux sa découverte. Rin jeta un regard compréhensif à son frère. Ces deux-là n’avaient pas forcément besoin de mots pour se comprendre ; ils se connaissaient si bien qu’ils pouvaient communiquer uniquement par le regard, ou alors grâce à de petits signes discrets. Cette sorte de pouvoir qu’avaient les jumeaux leur était d’une énorme utilité dans le temps présent. Cela leur permettait de ne pas se faire comprendre par Miku, qui relâchait que très rarement son attention sur eux. Les deux frangins ne dirent pas un mot et suivirent Miku et les autres à travers l’escalier. Celui-ci était fabriqué en pierres jaunâtres et était assez étroit, juste assez pour laisser passer un homme, c’est pourquoi le groupe évoluait en file indienne. Rin et Len furent surpris par les taches de sang qui tapissait les murs à plusieurs endroits. Il était évident que ces meurtres n’avaient pas été commis au moyen d’un sabre. Pourtant, tous les corps avaient été déplacés. Len ne voulait pas encore demander où se trouvait les dizaines de cadavres des hommes qui avaient été tués sauvagement la nuit dernière et continua sa route en même temps que le groupe. Ils arrivèrent ensuite dans la chambre du chef Oji. Rin remarqua une fois de plus que la porte de la pièce avait été ouverte sauvagement au moyen d’une arme à feu. Elle se retourna vers son frère qui fit la même constatation. Miku laissa quelques instants à Rin et Len pour examiner l’endroit à la recherche d’éventuels indices qu’elle n’aurait pu voir. Le jeune blond commençait à hésiter sur ce qu’il pouvait lui dire. Il s’était en effet mis dans une situation particulièrement délicate. Il ne pouvait pas en dévoiler trop sur ce qu’il savait, de peur de trahir son secret personnel, et ne pouvait pas non plus ne rien dire. Miku savait qu’il cachait quelque chose, et allait user de tous les stratagèmes possibles pour que Len se dévoile. Celui-ci devait donc rester extrêmement prudent. Il prit quelques minutes pour faire le tour du propriétaire, toujours sous l’œil attentif de la commandante. En fait, il n’y avait plus grand-chose à observer. Il avait déjà pu voir le corps du chef quand il était tombé du haut de la tour la veille. A part quelques taches de sang par ci par là, rien n’était réellement digne d’intérêt. L’adolescent prenait cependant ces quelques instants de répit pour réfléchir à une stratégie à adopter contre Miku. Devait-il lui donner son avis sur les portes défoncées par les impacts de balle ? Finalement, il ne s’agissait que de la seule bribe d’information qu’il pouvait lui donner, et il ne pouvait pas sortir de la tour sans avoir été utile à la patronne. Peu après, Miku l’interrompit dans sa réflexion :

- Est-ce que tu as trouvé quelque chose ?

- Oui, peut-être… hésita Len

- Vas-y ! Qu’est-ce que c’est ?

- Le tueur s’est aussi servi de son arme pour ouvrir les portes. Il a tiré dans les serrures. J’ai pu observer cela sur cette porte, et aussi sur celle du rez-de-chaussée, poursuivit le jeune enquêteur.

Len dut prendre quelques secondes pour expliquer sommairement le fonctionnement d’une arme à feu à Miku. Pour éviter d’éveiller trop les soupçons, il adoptait un discours assez décousu, hésitant plusieurs fois, faisant mine de chercher ses souvenirs.

- Comment tu sais tout ça ? interrogea tout de même Miku.

- Je ne sais pas… Mes souvenirs sont assez confus pour l’instant… Len se toucha le front en simulant une céphalée.

- Tu ne vous rien d’autre ?

- Non, finit-il.

Miku lui lança alors un regard sombre. Elle savait que Len ne voulait pas tout lui dire. Toutefois, il s’agissait de son seul témoin, et elle ne voulait pas prendre le risque de lui faire subir un interrogatoire par la torture. Il était bien trop précieux. La commandante resta fidèle à sa stratégie et ne releva pas Len. L’origine de ses connaissances restait pour elle un mystère, qu’elle finirait par découvrir, au fil du temps. Elle se dit qu’il arriverait bien un moment où le jeune homme (ou sa sœur) se trahirait, et elle en profiterait. Le groupe finit par redescendre à l’étage inférieur. Miku voulait encore voir quelque chose. Ils entrèrent quelques secondes plus tard dans une immense pièce, où étaient entreposés les corps des personnes tuées la veille. Rin déglutit difficilement à cette vision d’horreur. Une bonne dizaine de cadavres gisaient à même le sol, des draps sombres recouvraient chacun d’entre eux. Il régnait également une odeur pestilentielle à travers toute la salle. Gumi souleva une des couvertures sur ordre de sa supérieure. On pouvait voir un corps totalement inanimé et nu, frappé d’un impact clair en plein cœur. Le même genre que celui qui avait foudroyé Monsieur Oji. Miku se retourna une nouvelle fois vers Len, qui lui annonça qu’il n’avait rien de plus à dire que ce qu’il n’avait déjà observé auparavant. Tout le monde sortit alors rapidement de la pièce, Rin la première ne pouvant plus supporter l’atmosphère nauséabonde. Miku lança de nouveau un regard suspect vers les jumeaux. Elle ne leur faisait toujours pas confiance. La commandante les laissa prendre quelques mètres d’avance, toujours avec prudence toutefois, et se réunit quelques secondes avec ses deux lieutenants.

- Qu’est-ce que vous pensez d’eux ? demanda Miku.

- Ils nous servent à rien, glapit Gumi. « Ils ne nous sont d’aucune utilité, on a rien appris de plus ici… »

Yuma prit la parole, plus calmement :

- Comme vous l’aviez dit, je pense qu’ils ne nous disent pas tout, effectivement. Vous avez bien fait de le garder à l’œil…

- Mais est-ce que ça valait vraiment la peine de les emmener avec nous, et de leur donner un entraînement ? On n’aurait pas pu les faire parler par la force ? demanda Gumi

- C’est trop risqué… fit Miku. « On prendrait le risque de perdre le seul témoin qu’on a. Non, je préfère agir discrètement. Pendant leur entraînement à Kyôu, essayez d’apprendre des choses sur eux. Gagnez leur confiance... »

Miku s’interrompit :

- Oui, même toi, Gumi…

Celle-ci fit la moue. Elle était en effet assez solitaire et égocentrique, et n’aimait pas forger des relations avec d’autres individus. Les seules personnes qui trouvaient grâce à ses yeux étaient ses deux compères. De plus, elle n’avait pas spécialement envie de perdre son temps à entraîner une nouvelle recrue (c’était d’ailleurs là pour elle l’un des avantages d’être l’un des lieutenants de Miku, elle pouvait avoir la paix, et s’entraîner dans son coin).

Yuma était plus calme et calculateur. Il avait compris les intentions de sa commandante, et, même s’il pouvait s’agir d’un plan risqué, il pensait également que cela pouvait valoir le coup. Et puis, il ne pouvait rien refuser à Miku, pas après tout ce qu’elle avait fait pour lui.

Plus loin, les Kagamine profitaient de la distance que leur avait laissée le commando de la garde royale pour discuter plus librement.

- Alors qu’est-ce que tu en dis ? demanda Len.

- C’est horrible… gloussa Rin, encore dégoûtée par ce qu’elle venait de voir.

- Oui, mais sinon, tu n’as rien remarqué de plus ?

Rin prit un instant pour reprendre ses esprits, puis donna sa réponse à son frère.

- C’est évident : celui qui a fait ça vient de chez nous… Mais il y a un truc qui me fait réfléchir : les munitions. Avec tout ce qu’il a tiré, il devra bien arriver un moment où le tueur tombera à court de balles. Je me demande ce qu’il va faire dans ce cas-là… Mais je pense qu’il a déjà prévu ça…

- Tu veux dire qu’il serait capable de rentrer dans notre monde ? rétorqua Len.

- S’il veut faire le plein de munitions, oui, ou alors il en a emporté un sacré paquet ! Mais, de toute façon, il doit faire tout cela avec un objectif en tête… Combien de chefs de village ont déjà été tués ?

- Trois, d’après Miku… répondit le frère.

- Combien il en reste ?

- Je ne sais pas, je n’ai pas demandé ! s’attrista Len. « Je poserai la question »

- Faudrait essayer de deviner où le tueur frappera la prochaine fois… Si on arrive à mettre la main dessus, on trouvera à coup sûr un moyen de rentrer chez nous… conclut Rin.

Sur ces mots, les jumeaux rejoignirent les trois soldats, qui avaient également terminé leur conversation et tous les cinq retournèrent ensuite vers la caserne d’Uchi, pour se préparer à partir pour la capitale.

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Alys, de son côté, avait tenté de passer une nuit correcte. Elle aussi était encore choquée par les évènements de la veille. Elle était rentrée assez tard dans la nuit, de telle sorte que sa mère dormait déjà lorsqu’elle fut arrivée chez elle. Le garde qui l’avait accompagnée avait bien attendu qu’elle pénètre à l’intérieur de l’habitation en bois avant de rebrousser chemin. La jeune femme à la tresse patienta quelques instants dans le petit hall d’entrée dans la maison et reprit son souffle. A gauche de l’entrée, elle vit encore la lueur du feu de la cheminée. Son frère, qui venait également de rentrer, l’attendait attablé au centre de la pièce. Il s’était préparé un thé vert bien chaud qu’il était en train de boire doucement, et avait également installé une tasse vide sur la table en prévision de l’arrivée de sa sœur. Quand il vit Alys se diriger vers l’entrée du salon, il commença à engranger la conversion doucement :

- Où étais-tu ? demanda-t-il.

- Euh… bafouilla Alys. « C’est compliqué ».

- Viens t’asseoir, et prends une tasse de thé…

La jeune femme s’agenouilla doucement sur le tapis devant la table, s’empara délicatement de la théière et se servit une tasse.

- Maman m’a déjà expliqué pour les deux personnes que tu as recueillies, où sont-elles ?

- Euh, à la caserne du village, annonça timidement Alys.

L’homme s’interrompit brusquement. Sur quelques heures, ces deux inconnus avaient déjà réussies à se faire arrêter par la garde ? La sœur ne lui laissa pas le temps de commencer une nouvelle phrase, qu’elle tenta de se justifier.

- Tu as peut-être entendu que le chef Oji vient d’être tué ? fit-elle.

- Bien sûr, tout le monde ne parle que de ça au village. J’ai entendu l’alerte en revenant ici.

- Et bien, les deux inconnus, Rin et Len, doivent être interrogés comme témoins. J’ai été emmenée aussi parce que j’ai vu ce qu’il s’était passé. C’est pour cette raison que j’ai tant traîné à rentrer…

Le grand frère mima un geste d’acquiescement en direction d’Alys, et continua à siroter sa boisson chaude, toujours d’un calme olympien.

- J’ai l’impression que tu ne me dis pas tout, continua-t-il.

- C’est long à expliquer… Il va falloir que je parte un moment pour la capitale, annonça la fille aux cheveux bleus.

- Et pourquoi ça ?

- Je dois accompagner mes deux nouveaux amis jusque-là. La garde royale les a réquisitionnés, et je ne voulais pas qu’ils restent seuls. Maman t’a sûrement dit qu’ils étaient amnésiques…

Alys cachait bien évidemment la vérité qu’elle avait appris quelques dizaines de minutes auparavant de la bouche de Rin et Len. Elle-même avait parfois du mal à accepter que ces deux-là viennent d’un monde parallèle, et que, selon toute vraisemblance, le meurtrier de Monsieur Oji, venait du même endroit. Le grand frère, quant à lui, ne s’énervait toujours pas et reprit :

- La garde royale, hein ? Tu es certaine que tu n’y vas que pour eux… Ca n’aurait rien à voir avec Papa ?

- Papa est mort, rétorqua-t-elle. « Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? »

- Tu pourrais avoir envie de te rapprocher de lui… Il était aussi dans la garde royale… Qu’est-ce que tu crois, que tu pourras marcher sur ses traces ?

- Je ne compte pas m’engager, je veux seulement aider des amis ! confirma Alys.

- Tu viens seulement de les rencontrer !

- Ce n’est pas une raison !

Le grand frère calma vite le jeu. Le ton commençait à monter et il ne voulait pas réveiller leur mère qui dormait quelques pièces plus loin. Après quelques secondes de silence, il conclut :

- Tu sais… Ce n’est pas moi que tu vas devoir convaincre… Je sais comment tu es. Quand tu as une idée en tête, impossible de te faire faire marche arrière. Tu lui ressembles trop…

- A Papa ?

- Oui, il était aussi comme ça… Impossible de l’empêcher d’aider son prochain.

- …

Le jeune homme se releva et emmena sa tasse de thé dans la cuisine adjacente. Puis, il revint dans le salon avant de se diriger vers sa chambre, où il comptait tout de même passer une bonne nuit de sommeil.

- En tout cas, sache que, si tu as un problème, je serai toujours de ton côté. Tu peux compter sur moi, mais fais bien attention à ce que tu fais et méfie-toi toujours des gens de la garde royale… Et puis, bonne chance pour annoncer ça à Maman !

- Ne t’inquiète pas, j’y arriverai, finit Alys.

La jeune femme resta encore quelques instants attablée devant la cheminée à siroter son thé. Elle réfléchissait déjà à sa stratégie pour annoncer la nouvelle à sa mère. Cela n’allait certainement pas être simple. Depuis la mort de leur père, la matrone avait largement tendance à surprotéger ses enfants, puisqu’ils étaient tout ce qui lui restait. Bien sûr, Alys s’était déjà rendue à la capitale, mais pas plus d’une journée, et le comportement qu’adoptait la vieille femme une fois que sa fille était rentrée à la maison n’était pas équivoque : elle s’inquiétait beaucoup. Par conséquent, la fille à la tresse savait pertinemment qu’il n’allait pas être simple de convaincre sa mère, voire même qu’elle n’y parviendrait pas. Mais sa décision était prise, elle partirait pour aider ses nouveaux amis, Rin et Len. Et puis, il était grand temps qu’elle s’émancipe et qu’elle quitte le cocon familial quelques temps ; elle venait tout de même d’avoir vingt-et-un ans et cherchait sa place dans ce monde. Dorénavant, elle avait un objectif, temporaire certes, mais elle y trouvait une grande motivation. Alys cessa de ressasser toutes ces problématiques, et partit dans sa chambre, où elle commença déjà à dresser son petit barda afin de partir pour son voyage. La jeune femme trépignait, elle savait très bien que ce voyage vers Kyôu allait s’avérer bien plus intéressant et aventureux que tous ceux qu’elle avait faits jusque-là, et cette perspective la mit en joie. Finalement, elle finit par se coucher dans son futon, et parvint difficilement à trouver le sommeil.

Le lendemain, Alys se réveilla très tôt, mais comme à son habitude, sa mère était déjà levée. La jeune fille s’était déjà habillée dans sa chambre, et se dirigea d’un pas hésitant vers sa mère. Elle ne savait toujours pas comment aborder le sujet. Elle avait envisagé diverses possibilités pendant la nuit, espérant que celle-ci allait lui porter conseil, mais aucune d’entre elles ne lui semblait parfaite.

- Bonjour Maman, commença-t-elle timidement.

- Bonjour… Déjà habillée ? se demanda la matriarche.

- Oui… Dis, j’ai quelque chose à t’annoncer…, poursuivit Alys.

Le visage de la mère afficha alors une mine assez sombre et sérieuse. Elle connaissait bien sa fille : quand elle commençait une conversation d’une manière telle, cela n’augurait rien de bon.

- Vas-y, qu’est-ce qui se passe ?

Alys lui expliqua alors sommairement ce qui s’était déroulé la veille en compagnie des jumeaux Kagamine. Elle commença par le meurtre d’Oji, ce qui provoqua d’emblée un choc chez sa mère qui n’en était pas encore informée, puis enchaîna sur toutes les péripéties avec la garde royale, et, en particulier, Miku, Gumi et Yuma.

- Et donc, Rin et Len doivent partir à Kyôu avec la garde royale, finit-elle.

La mère acquiesça, et se reconcentra sur le bout de pain qu’elle était en train de couper pour son petit déjeuner. Elle ne parvenait toujours pas à comprendre en quoi cela la concernait.

- Et j’ai décidé de partir avec eux… Ils sont assez perdus, et ne connaissent rien de ce pays, ils ont besoin de moi ! annonça Alys.

La matrone s’arrêta net, et posa son couteau violemment sur la table de la cuisine.

- Tu comptes d’embrigader dans la garde royale ? demanda la mère.

- Non, non, je veux juste être à leurs côtés au cas où ils ont besoin d’aide, répondit Alys.

- Et tu vas revenir quand ?

- Je ne sais pas…

La femme ne dit pas un mot durant quelques secondes, et puis finit par conclure :

- Je refuse, j’ai besoin de toi ici !

- Pourquoi faire ? Mon frère est encore là, lui. Il pourra t’aider.

- Non, c’est trop dangereux… Tu ne dois pas te mêler à la garde royale.

- Mais pourquoi, c’est à cause de Papa ?

Cette dernière réplique finit par tirer les larmes des yeux de la mère d’Alys. Son mari était en effet mort durant la Grande Guerre Magique, alors qu’il combattait dans les rangs du Roi de l’époque. Depuis, elle avait engrangé une haine viscérale dans tout ce qui concernait l’armée ou la royauté, et elle refusait plus que tout voir sa seule fille se rapprocher de cette organisation. Réveillé par le vacarme, le grand frère d’Alys apparut doucement dans la cuisine. La mère alpaga alors son fils, croyant trouver en lui un allié de poids.

- Tu sais ce qu’elle vient de m’annoncer, mon fils.

- Oui, elle m’en a parlé hier soir… rétorqua le frère.

- Dis-lui de ne pas céder à cette folie, je t’en prie…

Le dernier homme de la maison retourna les yeux vers sa mère, après avoir observé une nouvelle fois la détermination dans les yeux de sa sœur.

- Tu ne pourras rien y faire, maman… Sa décision est prise, lança-t-il.

Un sourire satisfait s’afficha alors sur le visage d’Alys. Son frère acceptait sa décision, et était prêt à s’occuper de sa mère en son absence. Celle-ci quitta la pièce en pleurs pour se rendre quelques temps dehors, sans même jeter un regard vers sa fille.

- Elle s’en remettra, confia le frère.

Alys partit donc prendre son baluchon. Elle s’était déjà apprêtée en vue du voyage, de telle sorte que tout ceci fut relativement rapide. Juste avant de partir, elle enlaça son grand frère une dernière fois, puis se dirigea vers l’extérieur pour tenter de dire au revoir à sa mère. Celle-ci était assise sur une terrasse en bois située à l’arrière de la maison, et fixait l’horizon d’un air perdu. Sans dire un mot, Alys s’approcha d’elle par derrière et la serra dans ses bras.

- Ne t’inquiète pas, je reviendrai…

La mère laissa échapper encore quelques larmes. Elle dût se rendre à l’évidence : il était grand temps pour sa fille de prendre sa vie en main, de s’émanciper et de suivre ses propres objectifs. Ne désirant pas la quitter en mauvais termes, la mère se retourna vers Alys et la gratifia d’un sourire timide.

- Fais bien attention à toi…

- Compte sur moi ! lui rétorqua joyeusement la fille à la tresse.

Peu de temps après, les trois membres de la famille se rejoignirent sur le devant de la maison. Alys leur fit un dernier signe avant de se rendre vers la caserne pour retrouver Rin et Len. Peut-être finirait-elle par en apprendre davantage sur l’histoire de sa famille, et sur ce qui était arrivée à son père pendant la guerre ? Elle ne l’avait pas dit directement, mais il s’agissait là d’un des éléments qui l’avait poussé à suivre Miku et la garde royale.

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Rin et Len étaient assis côte à côte face au bureau de Miku, qui elle se tenait debout accompagnée de Yuma et Gumi. Les paquetages des cinq futurs voyageurs étaient quasiment prêts dans un coin de la pièce, et la commandante était déjà partie saluer le responsable de la caserne d’Uchi avant son départ. Chaque lieutenant tendit à son élève un sac de taille moyenne.

- Voici vos uniformes de recrues. Vous me ferez le plaisir de les enfiler dès notre arrivée à Kyôu. Il faudra vous présenter correctement devant la Reine Luka, répéta une nouvelle fois Miku.

- Parce qu’on va vraiment rencontrer la Reine ? s’étonna Rin.

- Oui. D’habitude, les nouvelles recrues n’ont pas ce privilège. Mais vu votre statut un peu… particulier, on va dire, je pense qu’il serait de bon ton de vous présenter à elle. Elle suit de très près l’enquête sur les meurtres des chefs de village, vous savez… continua la patronne de la garde royale.

- En quoi ils sont si importants ? demanda Len.

Miku eut soudain le visage marqué par l’étonnement. Bien sûr, les jumeaux lui avaient indiqué être amnésiques (et encore, elle n’était pas encore véritablement certaine de cela, mais avait décidé de jouer le jeu), mais comment pouvait-on oublier quelque chose comme ça ? Pourtant, elle se décida tout de même à leur fournir quelques explications.

- Les sept chefs de village de Kuni sont les personnes les importantes de l’île. Ce sont eux qui siègent au Conseil des Sages, et prennent les décisions pour le pays, en concertation avec la Reine, bien sûr. S’attaquer aux chefs de village, c’est s’attaquer au pouvoir en place, lança Miku.

Rin et Len s’échangèrent un regard. Ils venaient de comprendre pourquoi une personne de leur monde se mettait à assassiner ces leaders locaux. Cette perspective ne les enchantait guère. Celle-ci pourrait les mettre dans une situation encore plus délicate : si leur secret était dévoilé, et que l’on découvrait l’origine supposée du tueur, les responsables de la garde pourraient vite céder aux amalgames. Ils choisirent donc de rester prudents, et de ne pas tout dévoiler d’entrée de jeu. Leur enquête pourrait éventuellement encore leur faire d’énormes surprises.

L’entretien terminé, chacun récupéra son bagage, et rejoint la grande diligence, tirée par quatre chevaux noirs et stationnée devant la caserne. Alys attendait le groupe à cet endroit. A la vue de son amie, Rin ne put s’empêcher de lui sauter dans les bras, comme si elles ne s’étaient pas vues depuis des mois. Dans cette atmosphère difficile, il était agréable pour les Kagamine de retrouver leur amie, même si elle l’était depuis peu de temps. Len lui adressa une fois de plus un salut timide, contré cependant par un large sourire qui trahissait son bonheur. Il était particulièrement heureux de la voir aussi, et il se réjouissait également de compter une amie dans cette aventure.

Le groupe monta alors un par un dans la diligence, les deux lieutenants de Miku fermant la marche, alors que leur patronne était montée en premier. Celle-ci était assez imposante pour six personnes, et était composée de sièges en cuir rouge. Le confort était assez rudimentaire, mais c’était le cas de la plupart des véhicules de ce monde. Le soleil se trouvait encore haut dans le ciel, lorsque la carriole quitta le village d’Uchi. Alys, de son côté, jeta un dernier regard vers son hameau d’origine, et se retourna ensuite, l’esprit fixé vers l’avenir.

Bonne lecture !

PS: Désolé pour les doubles posts, mais, apparemment les chapitres sont trop longs pour tenir dans les balises spoiler d'un seul post, ce qui fait que la fin est toujours coupée... Bizarre...
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Hakuro-Kaoru le 29 juin 2016, 19:58:24
Voilà, j'ai lu les chapitres 3 et 4 ! J'ai bien aimé, c'était agréable à lire, tu as toujours un bon vocabulaire et très peu de fautes d'orthographe. Je remarque juste qu'il y a souvent des répétitions. Comme dans le chapitre 3, Miku hésite à torturer Len puis se dit que c'est un témoin trop important, et dans le chapitre 4, elle refait exactement cette même constatation. Pareil avec le fait qu'Alys soit la seule personne de confiance pour Rin et Len par exemple. C'est sans doute parce que tu laisses du temps avant d'écrire un nouveau chapitre et donc tu rappelles certaines choses, mais pour moi il n'est pas utile de rappeler trop de choses qui se sont produites dans le chapitre juste avant.
Sinon j'aime bien l'idée que Rin et Len apprennent à se battre, ça promet pour la suite ^^ Je me demande ce que va faire Alys, ça m'étonnerait qu'elle ne reste que spectatrice. En plus il y a cette histoire avec son père... Enfin, on verra bien. Je sens que je vais adorer Gumi dans ta fiction, elle est classe :p Et je suis contente de voir Yuma aussi, il n'est pas souvent utilisé dans les fictions.
Bonne continuation ! ;)
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 08 juillet 2016, 18:35:12
Ah content que ça t'ait plu !
Merci pour tes commentaires ! Oui, j'étais arrivé à la même constatation en ce qui concerne les répétitions quand j'ai relu mes chapitres après... Ça vient sans doute du fait que j'ai enchaîné l'écriture des chapitres 3 et 4 assez vite et donc j'avais pris moins de temps pour relire les chapitres précédents (et j'ai fini par répéter des choses sans le vouloir). Ici, j'ai commencé l'écriture du chapitre 5 et j'ai relu tous les chapitres précédents, pour éviter les répétitions... Je suivrai tes remarques et j'y prêterai encore plus d'attention...
Si tout va bien, le chapitre suivant devrait arriver à la fin de la semaine prochaine ou dans 2 semaines (je suis pris ce week-end et je ne pourrai pas avancer...) mais teaser: plusieurs nouveaux personnages seront introduits dans ce chapitre (suspense...)


EDIT: Voilà, j'ai terminé le chapitre 5 ! Il m'aura pris plus de temps que les autres... (au début, je pensais le faire plus court, et au final, il est de la même taille que les autres  :-X :hh:

Bonne lecture !
Spoiler
Et encore merci à Hakuro-Kaoru pour m'avoir permis d'utiliser Genshine Kyuu et Roku  :) ;)


Chapitre 5 : Kyôu

Spoiler
La diligence quittait lentement le village d'Uchi pour se lancer sur le chemin de terre qui marquait la sortie du hameau. Miku avait suggéré au cocher de ne pas se rendre vers la capitale à un rythme trop rapide ; la route vers Kyôu n'était en effet pas très longue, et la commandante préférait se méfier des embuscades qui pouvaient se dresser devant le convoi le long des étendues sauvages. Uchi était effectivement assez retiré du reste de l'île de Kuni, ce qui rendait le village relativement difficile d'accès. De plus, les alentours étaient propices aux pièges tendus par de petits brigands. Pas de quoi faire peur aux trois combattants les plus solides de la garde royale, mais Miku restait prudente, car elle ne savait pas encore comment allaient réagir Rin, Len et Alys en cas de pépin. Il était évidemment plus compliqué de se sortir d'un guet-apens lorsque l'on était accompagné de trois poids morts. Si la patronne avait proposé aux jumeaux Kagamine de s'engager dans la garde, c'était davantage par intérêt personnel (pour l'enquête et les mystères qui les entouraient) que pour leurs aptitudes au combat. Elle nourrissait cependant l'espoir d'être surprise par les adolescents, surtout en les confiant à ses lieutenants de confiance, Gumi et Yuma. Ces deux-là avaient la capacité de transformer n'importe quel homme en combattant aguerri, bien qu’ils n’avaient pas beaucoup officié en tant que formateurs. Quant à Alys, elle ne savait pas véritablement à quoi s’attendre. La fille aux cheveux bleu foncé s’était en quelque sorte imposée, et la commandante la voyait comme un excellent moyen de « contrôler » les jumeaux. Miku ne relâcha donc pas sa vigilance durant le voyage, observant d'un œil exercé tous les buissons et les rochers qu'elle croisait de son regard. Le trajet se déroula cependant sans embûche et le sextet arriva en vue de la capitale alors que le crépuscule commençait à tomber.

Lorsque le cocher leur annonça leur arrivée à Kyôu, Rin et Len ne purent s'empêcher de passer leurs têtes par la fenêtre de la diligence. Ils avaient largement observé le paysage qui séparait Uchi de la capitale lorsqu'ils se trouvaient dans le véhicule à cheval, mais rien de bien palpitant à se mettre sous la dent. Ils n'avaient vu que des forêts et des plaines. Ici, le spectacle qui se présentait à eux était tout autre. Ils se trouvaient face à face avec la plus grande ville de l'île, et celle-ci était sans commune mesure avec ce qu'ils avaient pu observer auparavant. La carriole passa tout d'abord le portique d'entrée de la ville – celle-ci étant entourée d'énormes remparts en pierre jaune, munis de huit portes d'entrée (quatre dans les coins et quatre au nord, au sud, à l’est et à l’ouest) – et pénétra dans ce que l'on pourrait appeler le quartier populaire de la ville. Miku interloqua immédiatement le cocher, en lui signifiant qu'il aurait été plus judicieux de passer par l'entrée nord de la ville, plutôt que par le sud. Elle désirait en effet rester prudente à propos des personnes que le convoi transportait, et il aurait mieux fallu passer directement par le quartier noble, plus proche du Palais Royal, que de visiter les faubourgs. On ne savait, en effet, jamais à quoi s'attendre dans ces quartiers. En tout cas, pour la discrétion, c'était raté ! Les jumeaux s’étaient déjà mis à admirer la cité par les fenêtres de la diligence et observaient les grands édifices de la capitale. Ceux-ci s'avéraient très  impressionnants (et contrastaient avec ceux qu'ils avaient déjà vu à Uchi), à tel point qu’ils en étaient époustouflés. Les habitations étaient toutes fabriquées en pierres beiges, et s'élevaient de plusieurs étages, la plupart s’étendant sur quatre niveaux. N'importe lequel de ces édifices pouvait sans contexte rivaliser avec la tour du chef Oji dans laquelle le groupe avait débuté son enquête le jour précédent. Voyant la réaction de ses nouveaux compagnons, Gumi lança d’un ton dédaigneux : « Et encore ! Ce n'est rien à côté du quartier noble… Qu'est-ce que vous allez dire quand vous serez devant le Palais Royal ? » Miku souffla également, tandis que Yuma restait impassible. Alys, quant à elle, ne bougea pas, mais se mit à sourire. Elle avait déjà eu l'occasion de se rendre à la capitale de nombreuses fois, et donc elle n’était plus étonnée par son architecture, mais elle pouvait comprendre que celle-ci pouvait impressionner les étrangers (et surtout dans le cas des Kagamine, se disait-elle). Voyant les réactions des autres passagers, les jumeaux décidèrent de concert de se rasseoir calmement sur leur siège, et de ne pas se faire remarquer davantage. Ils restèrent prostrés, alors que le véhicule s'apprêtait à entrer dans le quartier noble, là où se trouvait le quartier général de la garde, ainsi que le Palais Royal de la Reine Luka.

La ville de Kyôu était donc séparée en deux parties bien distinctes, comme si l’on avait à faire à deux cités différentes. En effet, le quartier noble et le quartier populaire étaient complétement isolés l’un de l’autre, et rares étaient les habitants du « bas peuple » à pouvoir entrer dans les beaux coins de la capitale. La carriole  transportant les six passagers s’avançait devant la porte d’entrée où étaient stationnés deux gardes, chacun équipé d’une armure en cuir rouge. Miku passa discrètement sa tête par la fenêtre de la diligence et ordonna à l’un des vigiles de faire lever l’énorme porte en fer. Celui-ci reconnut immédiatement à qui il avait à faire et s’exécuta aussitôt. Derrière la porte se dressait un immense pont en bois qui traversait le fleuve, et qui marquait encore plus la séparation entre les deux quartiers. De loin, les jumeaux pouvaient déjà observer la différence de niveau de vie qui régnait entre les deux parties de Kyôu.

-   Ah, ça fait quand même du bien de rentrer chez soi… lança Gumi. « J’en avais marre de passer mon temps dans des villages paumés ».

Yuma alpaga directement sa collègue à la suite de sa remarque et lui signifia de surveiller son langage en compagnie de leurs invités. L’homme était bien trop poli pour froisser qui que ce soit, et il se souvenait qu’Alys était originaire d’un des « villages perdus » précédemment évoqués par la fille aux cheveux verts. Toutefois, Gumi fit complétement fi de sa remarque, et alla même plus loin.

-   Ne me dis pas que ça ne te fait pas plaisir de revenir ici ! De toute façon, les voyages, ça n’a jamais été mon truc…

Yuma ne souleva pas cette dernière réplique et esquissa une expression d’excuse à l’encontre d’Alys, qui lui rendit un sourire furtif. Les Kagamine, quant à eux, étaient encore bien trop occupés à contempler la splendeur des lieux (ils restaient toutefois bien assis) pour se préoccuper d’une quelconque remarque. Ce qu’ils étaient en train de voir différait réellement avec tout ce qu’ils avaient déjà pu voir non seulement depuis leur arrivée à Sekai, mais aussi dans leur propre monde. Ils venaient également d’un quartier pauvre, et étaient peu habitués au luxe. Contrairement au quartier populaire, où les bâtiments étaient certes immenses mais abritaient plusieurs dizaines de familles, les maisons du quartier noble ne servaient de domicile qu’à un ménage à la fois. Par conséquent, là où les édifices destinés au bas peuple se ressemblaient tous, toutes les maisons des nobles étaient personnalisées. En résultait un véritable kaléidoscope de couleurs à travers toutes les rues, qui, en outre, étaient garnies de plusieurs arbres (dont des cerisiers). Alors que la diligence continuait sa route en empruntant la voie principale, les jumeaux pouvaient déjà apercevoir la magnificence du Palais Royal qui se dressait au loin. Celui-ci était également précédé d’une sorte de torii aux côtés duquel se tenaient deux gardes qui avaient directement reconnu la carriole de la patronne de la garde et qui laissèrent donc passer le convoi sans objection. A ce moment-là, Rin commençait pour de bon à remarquer le fossé qui séparait son monde de celui de Miku. La commandante était en effet une personne très respectée (la jeune fille blonde le savait déjà), mais elle avait son ticket d’entrée pour se rendre absolument partout. Personne dans cette ville n’aurait osé la contredire. Rin se plaça de nouveau aux côtés de son frère qui était toujours en train d’observer le Palais. Celui-ci était composé de trois parties, la centrale étant la plus impressionnante. Les murs étaient d’un blanc immaculé, mais les décorations nombreuses qui ornaient ceux-ci apportaient un certain faste à l’ensemble. Les colonnes qui marquaient l’entrée du palais étaient rouges, et de nombreux bibelots couleur or ou argent complétaient le tout. Le toit, quant à lui, revêtait un gris sombre. Les deux autres parties adjacentes étaient assez semblables, si ce n’est qu’elles comportaient un étage de moins. Plus à l’est se trouvait le grand quartier général de la garde royale. Miku annonça aux jumeaux qu’ils allaient devoir tout d’abord rencontrer la Reine Luka, et que, par la suite, ils allaient apprendre à connaître cet endroit. De l’extérieur, celui-ci s’avérait assez cossu, tout en briques rouges, et équipés de remparts solides en pierre noire. On pouvait aussi entre-apercevoir l’immense terrain d’entraînement de l’armée. Quelques minutes plus tard, la diligence s’arrêta juste devant la porte d’entrée de la partie centrale du Palais. Une servante vint ensuite accueillir le groupe et leur ouvrit la porte du véhicule, alors que d’autres serviteurs s’étaient déjà affairés à décharger les bagages de tout le monde. Miku sortit la première, ensuite vinrent Rin et Alys, suivis de près par Gumi qui passait encore son temps à les surveiller d’un air suspicieux. Puis vint le tour de Len, alors que Yuma ferma la marche et claqua la porte de la diligence.

-   Bienvenue Madame, dit calmement la servante en direction de Miku.
-   Bonjour Meiko, la Reine va bien ? répondit la commandante.
-   Très bien, elle vous attend par ailleurs.
-   Parfait, laissez-nous cinq minutes et nous arrivons…

Miku fit alors un signe de la main en direction des membres de son groupe, et tous se dirigèrent vers le hall d’entrée du Palais. A peine furent-ils entrés depuis quelques secondes que les jumeaux blonds marquaient une pause, immobilisés par la splendeur et la beauté des lieux. Le hall était en réalité un long et large couloir de plusieurs dizaines de mètres. Des deux côtés, on voyait plusieurs portes qui menaient vers différentes pièces. Plusieurs domestiques vaquaient à leurs occupations, et passaient d’une pièce à une autre via ce couloir, qui constituait le véritable centre du château. Rin et Len furent happés par les tableaux et les bibelots en or massif (ou autres métaux précieux) qui décoraient tout le hall. Il était certain que tous les notables étrangers ne pouvaient être qu’impressionnés une fois entrés dans le Palais Royal de Kuni. C’était également un moyen de montrer sa richesse aux yeux du monde. Le plafond était également très haut, et paré de dorures gravées du plus bel effet. Alors que les jumeaux restaient immobiles, Miku interrompit leur concentration pour les mener vers l’une des pièces de droite. Il était temps pour eux de s’habiller avant de rencontrer la Reine. Alys devait également les accompagner. Alors qu’ils étaient occupés à enfiler leur nouvelle tenue de service, Miku passa en revue les principales règles du protocole :

-   Comme vous l’avez certainement déjà remarqué, la marche à suivre est très stricte lorsque l’on se trouve devant la Reine. Tout d’abord, vous devez vous avancer d’un pas vers son trône et lui faire un salut. Puis, vous attendez qu’elle vous adresse la parole. Cela ne devrait pas durer, mais ne prononcez pas un mot avant elle, c’est bien compris ?
-   Oui, chef ! répondirent Rin et Len ensemble.
-   Et puis, vous êtes priés d’utiliser le terme « Majesté » lorsque vous vous adressez à elle. Tout autre mot est considéré comme malpoli. Alys, je suppose que tu connais déjà tout cela ?
-   Oui, Madame… rétorqua calmement la jeune fille à la tresse.

Len lança alors un regard en direction de sa sœur, et lui glissa subrepticement : « Ils n’en font pas un peu trop, là… Elle est coincée à ce point, la Reine ? ». Rin émit un léger gloussement de rire, mais se ravisa très rapidement en voyant l’air sérieux et austère affiché par Miku.   

Quelques minutes plus tard, les jumeaux et Alys étaient enfin prêts. Rin et Len furent obligés de porter leur nouvel uniforme de recrue de la garde royale. Celui-ci existait en deux versions : Len portait une armure en cuir rouge clair garnie d’épaulettes noires. L’attirail de Rin était assez semblable, si ce n’est que le version féminine était un rien plus légère, et comportait une jupe à la place d’un lourd pantalon.  Meiko avait fourni un joli yukata bleu marine et noir à Alys.  Elle avait enfilé ce vêtement très précautionneusement, et s’était également recoiffée. La jeune femme allait rencontrer la Reine pour la première fois, et elle savait à quel point ceci était un privilège. Il ne fallait donc en aucun cas gâcher cet instant. Les Kagamine étaient loin de ses préoccupations et se regardèrent l’un et l’autre en souriant pendant quelques instants, avant que Meiko ne leur demande à tous de sortir de la pièce. Les trois personnes s’exécutèrent de suite et rejoignirent la servante dans le grand hall.

-   La salle du trône se trouve juste derrière la grande porte du fond. La Reine vous attend. Suivez-moi,  dit-elle.

Meiko se tenait à l’avant, Rin, Len et Alys suivaient, tandis que Miku, Gumi et Yuma fermaient la marche. Le groupe progressait à travers le long couloir avant de parvenir à une immense porte en bois sculpté. On pouvait y observer les armoiries de la famille royale, représentées par les plus grands artistes du pays. Meiko frappa trois fois à la porte avant d’actionner l’imposante poignée en argent. Ils entrèrent ensuite tous dans la salle du trône. Celle-ci était particulièrement lumineuse. Les murs étaient encore peints en blanc, et de nombreux tableaux présents sur ceux-ci représentaient les heures de gloire de l’histoire de Kuni. Au centre de la pièce se tenait la Reine Luka, silencieuse, et assise sur son trône. Celui-ci était d’assez simple facture. Il était construit en bois de chêne noble, et comportait quelques sculptures caractéristiques, mais rien de plus. Cependant, le baldaquin qui se trouvait au-dessus du trône palliait grandement ce manque d’allure. Il comportait de longues tentures de soie bleue et le haut était paré d’or et d’émeraude. L’ensemble donnait énormément de prestance à la personne qui avait la chance de s’asseoir à cet endroit. La Reine Luka accueillit ses hôtes avec un large sourire, alors que les Kagamine observaient en long et en large la salle. Même Alys ne put s’empêcher de contempler la richesse des lieux. Quelques secondes plus tard, Meiko prit la parole, alors que Miku et ses lieutenants restaient dans le fond de la pièce, muets :

-   Voici les trois personnes que vous avez quémandées, Majesté.
-   Bienvenue à vous, répondit directement la souveraine.

Meiko fut ensuite heurtée au silence profond des jumeaux, qui avaient pourtant bien pratiqué leur rituel de salut à la Reine, et dût leur signifier dans un murmure de décliner leur identité. Len se lança :

-   Euh… Je m’appelle Len Kagamine… euh… Majesté…

Le manque d’assurance de son frère, dont les yeux parcouraient encore l’immensité de la salle, provoqua chez Rin un fou-rire qu’elle eût du mal à contrôler, mais elle fut rapidement rappelée à l’ordre par Meiko, qui lui demanda de se présenter également. La jeune blonde  reprit alors son calme et annonça :

-   Je m’appelle Rin, je suis sa sœur… C’est un honneur pour moi de vous rencontrer, Majesté.
-   Quant à moi, je m’appelle Alys, ajouta la jeune femme.

Rin afficha ensuite une expression de satisfaction en direction de son frère. Elle avait bien mieux géré cette première rencontre que lui, qui cherchait encore ses mots.

-   Tout l’honneur est pour moi, répondait Luka. « J’ai bien reçu les messages de Miku. Apparemment, vous pourriez lui être d’une grande aide dans l’enquête sur les meurtres des chefs de village. »
-   Nous ferons de notre mieux, Majesté, rétorqua gentiment Rin.

A l’arrière, Miku arborait un sourire satisfait. Cette rencontre s’annonçait sous les meilleurs auspices. Rin répondait pour l’instant parfaitement aux interventions de la souveraine. Après s’être présentée devant Sa Majesté, Rin frappa son coude vers le flanc de Len afin d’obtenir une réaction, celui-ci étant toujours perdu dans ses pensées.

-   Oui… Nous ferons notre possible, Majesté…

Derrière, Gumi commençait à fustiger l’attitude du garçon, et demanda à sa supérieure ce qu’il lui avait pris à l’emmener ici, celui-ci ne sachant visiblement pas se comporter correctement devant une personne de haut rang.

Peu après, la Reine reprit la parole :

-   Je me demande juste comment vous connaissez toutes ces informations. Dans les rapports de la commandante, cette partie n’est pas très claire…
-   C’est parce que… commença Rin.
-   Vous êtes pris d’amnésie, je sais, interrompit Luka. « Mais je dois vous avouer que je trouve ceci quelque peu bizarre… ». La Reine reprit son souffle et ajouta après quelques instants. « Quoi qu’il en soit, vous constituez la seule piste que nous ayons, et cette affaire m’inquiète pour l’avenir du pays. »

Un silence encombra la salle un petit moment, les deux jeunes adolescents ne sachant pas quoi répondre à ces dernières remarques, puis la Reine s’adressa à Alys.

-   Vous me rappelez quelqu’un…
-   Je viens du village d’Uchi, répondit Alys qui tenait d’aiguiller la Reine dans ses recherches.
-   Uchi, vous dites ? Vous ne seriez pas parents avec Monsieur Vo ? demanda-t-elle.
-   C’était mon père…
-   Ah, c’est pour cela. Je me disais que vous aviez un air de famille. En tout cas, votre père était un héros. Je l’ai un peu connu, mais sa réputation n’est plus à faire. Toutes mes condoléances en tout cas.
-   Merci, Majesté ! conclut Alys, visiblement émue.

Rin et Len regardèrent alors fixement leur amie. Elle leur avait caché tout sur son père, et visiblement il était très connu dans le pays. Les jumeaux commençaient à se dire que la jeune femme ne les avait pas forcément accompagnés dans le seul but de les aider. 

Quelques instants plus tard, la Reine Luka conclut :

-   Vous pouvez disposer, j’en ai assez entendu. Encore une fois, merci pour votre collaboration.

Les sept personnes présentes devant la Reine exécutèrent un nouveau salut dans sa direction. Tous s’apprêtaient à partir lorsque Luka demanda à Miku de rester avec elle quelques instants pour un petit entretien. Celle-ci signifia donc à Gumi et Yuma de s’occuper des Kagamine et de les emmener dans la caserne.

-   Je vous rejoindrai dès que je peux, finit-elle.

Miku s’avança donc devant le trône alors que tous les autres quittèrent la salle en silence. Meiko referma doucement la porte derrière elle.

-   Qu’y a-t-il, Ma Reine ? demanda Miku. 

Luka se retira de son siège et descendit lentement les quelques escaliers qui se trouvaient devant celui-ci. Elle se retrouvait par conséquent à hauteur de Miku.

-   A quel point leur fais-tu confiance ?

Miku marqua un temps d’hésitation, cherchant à produire la meilleure réponse à cette question.

-   Je sais qu’ils nous cachent des choses, mais ils ne sont pas particulièrement dangereux, selon moi. Et puis, je les ai confiés à Gumi et Yuma : il ne devrait donc rien se passer de grave avec ces deux personnes dans les parages. Je leur ai également demandé de me rapporter leurs moindres faits et gestes. Quant à Alys, je me charge de garder un œil sur elle.
-   Tu as bien fait, admettait Luka. « Je sens que des heures sombres approchent pour notre pays, et ces deux personnes pourraient s’avérer bien utiles. Mon sixième sens n’a jamais tort ».
-   Le pouvoir que vous avait hérité de votre mère ? Vous avez eu une vision ?, demanda Miku.
-   En quelque sorte… Et peux-tu parler plus discrètement ? Tu es la seule à connaître mon secret…
-   Pardonnez-moi, Majesté.
-   Bien, ça me rassure de voir que tu t’occupes personnellement de cette affaire. Tu es la seule personne en qui j’ai confiance, ici… confia la Reine.
-   Merci beaucoup, répondit simplement la commandante. « Et ne vous inquiétez pas, je les surveille de près. »

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Alors que Miku s’apprêtait à prendre congé de la souveraine, et à retrouver ses chers appartements situés dans le bâtiment de la garde, Gumi et Yuma accompagnaient Rin, Len et Alys au même endroit afin de les installer là-bas. Quelques minutes après être sorti du Palais, le groupe arriva à un portique en fer (une nouvelle fois gardé par deux soldats). Devant cette porte s’étendait un long sentier de sable fin qui menait au quartier général de la garde royale. Il était constitué d’un seul bloc, construit en briques, dans lequel se trouvaient différentes salles. Tout ce qui était nécessaire à l’armée de Kuni et à la formation des soldats se trouvait dans cet endroit, ce qui expliquait sa taille imposante. L’intérieur du bâtiment restait par ailleurs assez sommaire, en dehors de l’entrée et de quelques pièces importantes. Ici, il ne fallait pas forcément impressionner les diplomates étrangers, par conséquent la décoration n’avait que très peu d’utilité dans un centre d’opérations militaire. Le groupe entra par le bâtiment par la porte centrale. Ensuite, les deux lieutenants conduisirent Rin, Len et Alys jusqu’à leur chambre au troisième étage.

-   Vous avez de la chance, commença Yuma. « La commandante Miku a refusé que vous ne vous mêliez aux autres recrues. En plus d’avoir un entraînement personnalisé, vous pouvez vous installez dans cette chambre personnelle. En ce qui vous concerne, Alys, nous avons pensé que vous préféreriez rester avec eux… »
-   Merci grandement, fit Alys.
-   C’est chouette ça ! compléta Rin.
-   En quoi consistera notre entraînement, au fait ? demanda Len.

Gumi coupa alors Yuma, qui s’apprêtait à répondre, dans son élan.

-   Tu le verras bien assez tôt ! Mais, ça ne sera pas une partie de plaisir pour vous, ça je peux vous l’assurer. Vous allez regretter de ne pas vous retrouver avec les autres !

Rin et Len ravalèrent leur salive. Depuis leur rencontre, Gumi n’avait pas adopté un ton très commode envers eux, et s’était révélée assez directe. Len se trouvait même chanceux d’avoir  écopé de Yuma comme maître de sabre, alors que sa sœur allait devoir supporter la jeune femme. Yuma était d’un naturel calme, et s’était montré réservé et silencieux jusqu’à maintenant, mais il n’avait pas l’air particulièrement sévère, tout le contraire de sa collègue.

Les trois nouveaux arrivants se mirent donc à déballer leurs bagages dans leur nouveau lieu de vie. Miku fit alors irruption dans la chambre :

-   Rin et Len, tenez-vous prêts, votre entraînement débute dès demain matin. Je vous conseille de ne pas vous coucher trop tard aujourd’hui, vous aurez besoin de toute votre énergie. Gumi, Yuma, suivez-moi jusqu’à mon bureau, pour qu’on discute de leur formation, exigea-t-elle.
-   On peut savoir à quoi on va avoir droit ? demanda Rin.
-   C’est quand même mieux d’avoir la surprise, non ? rétorqua malicieusement la commandante aux cheveux bleus.

Gumi se mit à rire discrètement à cette dernière remarque, ce qui ne rassurait pour le moins du monde les jumeaux. Finalement, ils continuèrent à ranger leurs affaires lentement, alors que les trois hauts-gradés partirent pour le bureau de Miku.

La soirée fut particulièrement calme, les Kagamine préférant suivre les conseils de la patronne de la garde royale. Cependant, ils éprouvèrent des difficultés à trouver le sommeil. Ils ne savaient pas encore réellement dans quelle galère ils venaient de s’embarquer. Rin et Len finissaient même par se demander s’ils allaient parvenir à rentrer chez eux. Pour la première fois, le mal du pays se faisait ressentir pour de bon, tandis qu’ils fixaient la pleine lune par la fenêtre. Alys, qui était restée avec eux tout ce temps, tentait de trouver les mots pour leur remonter le moral. Heureusement avait-elle un don pour ce genre de discours. Elle avait donc réussi à trouver les mots justes pour apaiser ses amis, et leur donner un regain de motivation avant d’affronter les difficultés de l’entraînement du lendemain.

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La nuit venait de tomber. La seule lumière disponible dans les quartiers populaires de la capitale était celle reflétée par la pleine Lune qui brillait. A travers les rues étroites se glissait un homme à la frêle silhouette. Celui-ci prenait énormément de précaution quant à ses déplacements et veillait à ne pas être suivi. Finalement, il s’arrêta devant une petite maison située dans l’une des rues étroites qui bordaient l’une des nombreuses places de ce quartier de la ville. Il chercha ses clés dans sa poche, puis ouvrit une petite porte et entra. La maison était composée d’une pièce à vivre, où l’homme passait clairement le plus clair de son temps, au vu de l’état de celle-ci. Plus loin se trouvait une seconde salle, pratiquement vide. Les murs demeuraient gris et vierges de tout ornement. L’étrange jeune homme poursuivit son chemin jusque-là et fit face au mur du fond. Ensuite, il tira sur une petite corde qui fit coulisser le mur jusqu’au sol. Derrière celui-ci se trouvait un petit écran, accompagné de l’un de ces vieux combinés téléphoniques. L’homme s’empara donc de celui-ci, et l’écran s’alluma, mais il n’émit pour l’instant qu’une lumière verte. Quelques instants plus tard, le visage d’un jeune homme aux cheveux rouges s’afficha :

-   Yohio, au rapport, Monsieur Fukase.

Fukase, bien installé sur un énorme fauteuil Voltaire, répondit d’un air enjoué :

-   Bonjour, mon cher Yohio ! Que me vaut ce si charmant appel de ta part ? Comment vas-tu ?
-   J’ai un problème…
-   Qu’est-ce qu’il y a ? Parle donc ! demanda Fukase vigoureusement.
-   Le plan est toujours en marche pour l’instant, mais je n’ai plus de munitions…

Yohio vit le visage de son chef s’assombrir soudainement. La nouvelle qu’il venait de lui annoncer ne lui avait certainement pas fait plaisir.

-   Comment ça ? Tu as déjà tout utilisé ? Mais qu’est-ce que tu crois ? Toutes ces armes ne sont pas si faciles à trouver, tu sais ? Je t’avais pourtant dit de les utiliser avec parcimonie, déblatéra Fukase dans une colère noire.
-   Je sais, mais le meurtre du troisième chef à Uchi s’est révélé plus compliqué que prévu et j’ai donc dû m’employer davantage…

De l’autre côté de l’écran, on pouvoir voir le jeune homme tenter de reprendre son calme tant bien que mal. Puis, Yohio décida de reprendre la parole :

-   Et, en plus, je pense que la garde royale est sur mes traces… glissa-t-il doucement.

Fukase se leva de son siège, se prit la tête entre les mains et se mit à faire les cent pas en émettant quelques cris d’énervement. Quelques instants plus tard, il retrouva son calme et se rassit sur son fauteuil :

-   Bon, tu en as tué combien déjà ?
-   Trois chefs, rétorqua Yohio.
-   Il t’en reste encore quatre ?! Et en plus le temps presse, lança Fukase.

Celui-ci se mit à réfléchir encore pendant un long moment. Yohio n’osa pas interrompre sa concentration et resta donc parfaitement silencieux. Un peu plus tard, Fukase releva son visage.

-   Nous allons donc passer au plan B… Je t’envoie les Genshine, je n’ai pas d’autre choix…
-   Les Genshine, vous êtes sérieux ?
-   Tu vois une autre solution ?

Fukase lâcha donc des yeux son écran et appela les jumeaux :

-   Kyuu, Roku, vous pouvez venir, mes chéris ?

Deux jeunes garçons aux cheveux verts sortirent donc lentement de la pénombre qui entourait le fauteuil de Fukase. Les deux frères portaient sensiblement la même tenue, à savoir un tee-shirt (de couleur rouge pour Kyuu et jaune pour Roku),  un pantalon noir, et un gilet vert. Ils avaient également chacun en leur possession un grand sabre, rangé dans un fourreau blanc. Alors que Kyuu, l’aîné, arborait un air grave et blasé, Roku affichait un léger sourire.

-   Depuis quand il nous appelle « mes chéris », celui-là ? lança Kyuu.
-   Ne t’occupe pas. Monsieur Fukase a toujours été un peu bizarre, rétorqua Roku. 
-   Ce n’est pas une raison.

Les jeunes hommes s’installèrent de part et d’autre du siège de Fukase, qui se fit une joie de les présenter à Yohio :
-   Voici Kyuu et Roku Genshine ! Ce sont mes meilleurs éléments. Je vais te les envoyer afin qu’ils puissent t’aider dans ta tâche… Pour les munitions, je ne pourrais pas t’en fournir pour l’instant, et donc, tu devras te débrouiller avec eux.
-   Merci beaucoup, Monsieur, répondit l’homme blond.
-   Kyuu, Roku, préparez-vous, s’il vous plaît, et rendez-vous au téléporteur, demanda Fukase. « Et Yohio, je n’accepterai plus aucun échec, surtout avec ces deux-là de ton côté, c’est bien compris ? »
-   Oui, Monsieur.
-   A bientôt, mon cher Yohio.
-   Au revoir, Monsieur.

Fukase mit ainsi fin à la conversation. Il eût ensuite un regard satisfait envers les Genshine, et se mit à leur sourire, mais il fut vite refroidi par les protestations de Kyuu.

-   Et on ne nous demande pas notre avis à nous ?

Roku tenta alors de faire taire son frère, mais rien n’y fait. Celui-ci aurait bien aimé être mis au courant avant de partir dans l’inconnu, dans un autre monde. Finalement, Roku parvint à calmer son jumeau, et Fukase put prendre la parole.

-   Je n’ai pas vraiment le choix, tu sais ? Vous seuls pouvez aider Yohio, confirma le chef.
-   Qu’est-ce qu’on y gagne, à la fin ? demanda l’aîné.
-   Une place de choix dans mon organisation quand le plan sera terminé. Et je peux augmenter ta paye aussi… Et enfin, n’oublie pas tout ce que tu me dois déjà. Sans moi, vous deux serez déjà morts… termina Fukase.
-   Oui, oui, on a bien compris, fit Roku, qui voulait calmer le jeu. « Nous allons nous préparer ».

Quelques dizaines de minutes plus tard, trois personnes se tenaient devant un portique émettant une forte lumière bleue. Kyuu continuait de pester alors que Roku fermait simplement les yeux. De loin, Fukase observait les jumeaux qui se tenaient par la main avant de se lancer vers le halo, et disparaître dans un bruit assourdissant. Il quitta ensuite la pièce le sourire aux lèvres en émettant un rire narquois.

Les Genshine venaient de faire leur entrée dans Sekai.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 18 juillet 2016, 21:51:31
Salut !

En tant que prince du double-post, je mets ici le chapitre 6.

Bonne lecture !

N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires ou vos remarques !

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Chapitre 6 : The Raising Fighting Spirit

- Debout là-dedans, on se bouge !

Le trio qui dormait dans la petite chambre fut bien surpris par ce réveil brutal. En effet, la voix forte de Gumi avait levé de leurs lits Rin, Len et Alys assez prématurément (sans compter le fait qu'elle tambourinait sans arrêt sur la porte en bois). Les jumeaux savaient bien que leur programme d’entraînement débutait ce jour même, et que celui-ci s’annonçait particulièrement ardu. Toutefois, ils s’étaient mis à l’idée que les formateurs leur laisseraient leur dernière nuit tranquille, et qu’ils allaient pouvoir se reposer jusqu’à l’aube. Or, le soleil ne s’était pas encore levé. Les trois personnes, encore somnolentes, commençaient à peine à entrouvrir les yeux difficilement.

- C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? insista Gumi.

Rin finit tant bien que mal par se lever du lit inférieur, et partit doucement ouvrir à la jeune guerrière énervée. Len se retourna vers le mur en soufflant, tandis qu’Alys s’asseyait tranquillement et observait le pas de la porte. Elle y vit le visage rouge écarlate de Gumi, puis Yuma un peu plus en retrait, calme comme à son habitude.

- Vous êtes encore là ?! On vous avait pourtant bien demandé de vous tenir prêts pour l’entraînement ! hurla la lieutenante.

- C’est que… On ne pensait pas que vous viendriez si tôt… murmura Rin, encore dans les vapes.

Cette dernière phrase provoqua la fureur de Gumi.

- Mais vous vous croyez où ? C’est la garde royale, ici, pas un camp de vacances. Il n’est pas question que je vienne vous réveiller tous les matins.

Devant la colère mal contenue de sa collègue, Yuma se vit obligé d’intervenir.

- C’est bon… dit-il. « C’est leur premier jour, ils n’ont pas encore l’habitude. Laisse-leur du temps… », conseilla-t-il.

- Ouais, mais ils ne partent pas gagnants, rétorqua la jeune femme.

Elle posa ses yeux sur Rin et Len, qui s’étaient maladroitement réfugiés dans un coin de la pièce.

- Bon, bougez-vous, je vous attends dans la cour intérieure dans vingt minutes. C’est bien compris ?

Cette dernière réplique à peine sortie de sa bouche, Gumi retourna sur ses pas, et rejoignit le lieu de rendez-vous, le visage toujours marqué par l’impatience. Yuma avait jugé bon de rester quelques instants supplémentaires, afin de ne pas paraître trop rude auprès de ses nouveaux disciples.

- Ne vous inquiétez pas, elle est très impulsive, ça va lui passer.

Rin et Len appréciaient beaucoup les tentatives de consolation de Yuma, mais peinaient encore à trouver leurs mots.

- Par contre, il va tout de même falloir vous y faire. La discipline est très importante ici, annonça-t-il. « Je vous laisse vous préparer. Dépêchez-vous si vous ne voulez pas vous attirer l’ire de ma charmante collègue une nouvelle fois. »

Les jumeaux ne purent que répliquer un simple « merci », et exécutèrent tout de suite les ordres. Len se dirigea vers un minuscule cagibi adjacent à la chambre pour se changer, alors que Rin préparait encore son équipement. Après quelques minutes, le frère Kagamine fut paré. Cependant, il fut interloqué par le visage inquiet de sa sœur.

- Qu’est-ce qu’il se passe ?

- Je pense qu’elle est inquiète par rapport à Gumi, suggéra Alys.

- C’est pour ça ? demanda Len.

Rin ne répondit que par un léger hochement de tête significatif. Elle avait tenté de rester forte depuis sa rencontre avec Gumi, mais elle ressentait une certaine crainte à l’idée de côtoyer sa formatrice au caractère imprévisible pendant un long moment. Len se rassit aux côtés de sa sœur, et lui murmura :

- Tu n’as pas à t’inquiéter, elle ne pourra pas te faire de mal. Miku lui a interdit.

La jeune fille blonde releva les yeux vers son frangin.

- Et puis, elle ne sait pas encore de quoi tu es capable… Je suis certain que tu peux l’étonner, argumenta le frère.

Ses derniers mots calmèrent légèrement l’inquiétude de Rin. Elle ressentait toujours une certaine appréhension à l’approche du premier entraînement, mais regorgeait d’envie de prouver sa valeur.

- Il y a aussi une autre chose dont je veux te parler, ajouta-t-il.

Rin ne répondit pas, et attendait sagement la suite du discours.

- On sait bien que Gumi et Yuma sont chargés de nous surveiller, et donc, il nous faut rester vigilant. En plus d'être concentrés sur l'entraînement, il ne faut pas nous trahir.

- Ça, je le sais bien, ajouta Rin.

- Je trouvais que ce n'était pas bête de le répéter.

Quelques dizaines de minutes plus tard, le trio descendit vers la cour, et retrouva Gumi et Yuma, qui étaient également accompagnés de Miku. Celle-ci s'avança vers eux, le sourire aux lèvres (ce qui était relativement rare) et s’adressa à eux :

- Enfin, nous y voilà, c'est le grand jour ! Je vous laisse entre les mains de Gumi et Yuma. Vous me ferez le plaisir de leur obéir au doigt et à l’œil. Vous êtes maintenant des recrues de la garde royale, et malgré votre statut particulier, vous êtes grandement priés de respecter les ordres, c'est compris ?

- Oui, chef ! rétorquèrent ensemble les jumeaux.

- Parfait, je retourne à mes affaires alors.

Miku leur lança un dernier regard et reprit la route de son bureau. Juste avant, elle demanda à Alys de quitter le périmètre de la caserne durant les sessions d'entraînement des Kagamine. Comme elle ne s'était pas engagée au sein de la garde, elle n'avait pas le droit de rester là.

- Malheureusement, vous n'avez pas l'autorisation d’assister aux formations. Vous avez toutefois le droit de sortir dans la ville. Cependant, faites attention, certains quartiers de la ville sont dangereux, et je ne suis pas responsable de vous.

- Je comprends, répondit Alys. « Je resterai vigilante ».

- J'essaierai de vous trouver quelque chose à faire d'ici les prochains jours.

Alys ne savait pas vraiment comment prendre cette remarque. Était-elle considérée comme une personne totalement inutile ? Elle s'était en quelque sorte imposée dans le groupe, et tentait encore d'y trouver sa place, en dehors de son rôle de soutien pour les jumeaux. Juste avant de partir, elle eût un dernier regard pour Rin et Len, et leur glissa quelques mots : « Bon courage ! Montrez leur ce que vous valez ».

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La cour intérieure de la caserne était vide. En effet, les autres recrues s'entraînaient sur le terrain officiel situé de l'autre côté du bâtiment. Miku désirait plus que tout que la formation des deux adolescents blonds se passe dans le plus grand calme, loin des autres recrues. En outre, cela ne pouvait que faciliter la mission de surveillance de ses deux lieutenants. Rin et Len se tenaient donc au milieu de la cour, juste en face de leurs deux maîtres. Gumi affichait déjà un sourire sadique. Elle était particulièrement satisfaite de ce qu’elle et son comparse avaient prévu pour les deux nouveaux. Le visage de Yuma restait grave et impassible. Après un simple « On va commencer », lancé par le samouraï, Gumi partit chercher quatre sabres en bois. Yuma apporta également un tonneau en métal de taille moyenne.

- Nous n'avons le droit qu'à des sabres en bois, demanda Len. « Quand allons-nous avoir une vraie arme ? »

Gumi s'apprêta à lui répondre violemment, mais elle fut arrêtée juste à temps par Yuma, qui lui stipula que le jeune homme était son disciple et qui lui incombait de répondre à sa question.

- Une chose à la fois, veux-tu ? Nous devons d'abord observer à quel point vous savez déjà maîtriser une arme blanche. Mais crois-moi, tu n'es pas au bout de tes surprises !

- Et ce tonneau, à quoi il sert ? demanda Rin.

- Très bonne question, ça ! compléta Gumi. « Tu veux y répondre, Yuma ? » La jeune guerrière à la tenue orange continuait d'émettre quelques gloussements de rire entre-temps. Ce qui ne rassurait pas le moins du monde les jumeaux.

Le lieutenant aux habits noirs avait en effet apporté avec lui un lourd tonneau, qu’il tenait à bout de bras. Celui-ci contenait un liquide verdâtre, dans lequel Gumi s’empressa de tremper les quatre sabres, avant de les ranger dans leurs fourreaux et d’en restituer deux à ses jeunes élèves. Puis, Yuma donna une explication.

- Gumi vient d’engluer tous nos sabres de poison. Une seule touche et vous êtes finis. Votre but, pour ce premier exercice, est de nous toucher au moins une fois. Rin, tu combattras avec Gumi, tandis que toi, Len, tu devras t’opposer à moi.

Les jumeaux sursautèrent soudainement. « Mais vous êtes fous ! On pourrait se tuer, vous et nous. », ajoutèrent-ils ensemble. « Je ne vois pas l’intérêt », conclut Len.

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Yuma se lança vers lui à une vitesse vertigineuse. Son sabre était déjà dégainé. Cependant, Len parvint à bloquer l’attaque grâce à ses bons réflexes. Un peu plus loin, Rin, qui avait observé son frère se faire attaquer, se tenait prête à endurer l’assaut de sa formatrice. Elle tremblait quelque peu, un mélange de peur et d’excitation. Elle-même, sur le moment, trouvait ce sentiment bizarre, car elle ne l’avait encore jamais vraiment ressenti. Pour la première fois, elle se trouvait réellement en danger. La jeunette essayait tant bien que mal de garder son calme, alors que son frère continuait à lutter contre les coups de sabre répétés de Yuma. Gumi avait adopté une stratégie différente de celle de son collègue : elle se rapprochait lentement de sa cible et attendait une réaction. Rin avait déjà pu expérimenter pendant quelques temps les méthodes de combat de la lieutenante de Miku, lorsqu’Alys et elle avaient tenté de s’infiltrer dans la caserne d’Uchi. Elle adoptait ici la même technique. Elle patientait. Rin se vit alors dans l’obligation de réagir, sans quoi le combat allait tourner court. Elle ne savait pas, en effet, quels autres tours Gumi pouvait lui jouer. La jeune blonde se lança alors vers son ennemie, en frappant verticalement le sabre vers elle. Gumi, comme toujours, esquiva plutôt facilement le coup. Et, de la même manière que l’officier d’Uchi, Rin perdit l’équilibre. Elle réussit pourtant à ne pas toucher la lame empoisonnée du sabre, et à se reprendre. Peu de temps après, elle refit face à son opposante qui ne bougeait plus d’un cil. La sœur Kagamine resta prostrée, réfléchissant à une autre stratégie. Pendant ce temps, Yuma attaquait toujours aussi violemment Len qui ne pouvait que parer ses attaques.

- Défends-toi, lui hurla le maître.

Le jeune garçon était complètement perdu. De plus, il était décontenancé par l’information qu’il venait de recevoir. S’il touchait son formateur, c’était pour le blesser, voire pire. Au final, il n’était pas encore préparé à cela. Ces hésitations se remarquaient dans son style de combat actuel, il n’essayait pas de riposter. De l’autre côté de la cour, Rin et Gumi s’observaient toujours dans le blanc des yeux, quand tout à coup, la première se décida à lancer une nouvelle attaque, similaire à la précédente. Gumi s’apprêtait à pratiquer la même esquive, mais, à cet instant précis, Rin laissa traîner sa jambe juste à côté de celles de Gumi. D’un simple mouvement, elle lui fit perdre l’équilibre et la guerrière aux cheveux verts tomba sur le sol. Alors que Rin s’apprêtait à la frapper à l’aide de son katana en bois, son adversaire retira rapidement son sabre de son fourreau afin de parer l’attaque. Rin continuait à pousser sur son épée pour atteindre Gumi, sans succès. Elle recula ensuite de plusieurs pas, laissant donc la possibilité à son adversaire de se relever. Len se trouvait toujours en difficultés dans son combat, Yuma ayant révélé au grand jour sa force ahurissante. Lors d’un instant de pause durant leur opposition, le blondinet se lança sans trop réfléchir vers le samouraï qui le désarma facilement, le fit tomber et mis rapidement fin à son assaut. Yuma tenait le jeune homme en joug. Pendant ce temps, Rin faisait une nouvelle tentative visant à atteindre la lieutenante. Prise par la hâte du combat, elle contrôla moins bien cette nouvelle attaque. Gumi parvint alors également à lui ôter son katana des mains. Son sabre englué de poison lui effleura le bras, provoquant chez la jeune fille une brûlure lancinante.

- Je pense qu’on va s’arrêter là, fit Gumi.

Len observa sa sœur gisant sur le sol, inquiet. Elle venait d’être touchée par le poison, et il ne savait pas encore ce qu’il allait advenir d’elle.

- Et qu’est-ce qu’on fait pour Rin ? demanda-t-il, affolé.

- Elle est hors de danger, lui rétorqua Yuma. « Le poison était un leurre. En fait, il ne provoque que des brûlures. »

Rin, qui s’était rassise dans la terre, fixa les deux formateurs d’un regard mélangé de soulagement et d’une once de colère. A quoi pouvaient-bien servir ces mensonges ?, se demanda-t-elle.

Les deux guerriers expérimentés avaient déjà anticipé cette interrogation, et s’empressèrent de répondre aux jumeaux, encore tétanisés par ce qui venait de se dérouler.

- Ce premier exercice vise à vous faire comprendre deux choses, commença Yuma.

- En fait, ces deux éléments sont liés, compléta Gumi.

- Len, en combat, tu dois prendre tes responsabilités. Ton adversaire sera sans pitié, lui. Tu ne dois pas hésiter à frapper si tu en as l’occasion. Durant notre passe d’armes, tu n’as fait que défendre, sans jamais chercher à contre-attaquer. Toi, ainsi que ton ennemi, vous battez avec des instruments de mort. Il faut que tu aies conscience de cette situation, et que tu passes outre tes hésitations. Sans quoi, tu ne survivras pas. C’est la dure loi du monde dans lequel tu viens d’entrer, analysa le guerrier aux cheveux roses.

- La deuxième remarque te concerne davantage, Rin, ajouta Gumi. « Comme Yuma l’a dit, tu tiens entre tes mains une arme mortelle. Tu ne peux donc pas te permettre de te lancer sans réfléchir aux conséquences, comme tu l’as fait. Sinon, tu risques de te blesser par ta faute. »

- En gros, il vous faut trouver un équilibre entre la prise de risques et la prudence, entre l’attaque et la défense. C’est là toute l’essence, la subtilité et le secret de l’art du combat au sabre, conclut Yuma.

Rin et Len s’étaient entre-temps agenouillés sur le sol terreux qui recouvrait toute la cour d’entraînement, écoutant attentivement les remarques de leurs maîtres. Ils éprouvaient également l’impression d’avoir énormément appris en à peine cinq minutes. Voilà donc ce que dégageaient deux guerriers de légende. Même si les jumeaux étaient toujours sous le choc de leurs récents combats, ils tombèrent d’admiration devant les deux nouveaux professeurs, et finirent même par les remercier chaleureusement pour tous ces enseignements.

La suite de la journée s’était tout de même passée plus calmement. Après une pause d’une demi-heure, durant laquelle les deux recrues purent partager un repas frugal avec Gumi et Yuma (ils commençaient en même temps à apprendre à connaître ces deux personnes, la jeune fille aux cheveux verts se montrant pourtant toujours aussi froide et directe), ils enchaînèrent par des exercices techniques jusqu’au crépuscule. Les Kagamine avaient tout d’abord besoin d’apprendre les bases du combat au sabre.

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Alys venait juste de sortir du quartier général de la garde royale. En partant, elle observait de loin l’entraînement de ses deux amis, et voyait clairement que celui-ci s’annonçait difficile. Cependant, elle savait très bien au fond d’elle-même qu’elle ne leur serait d’aucune utilité durant cette journée, et qu’il valait mieux profiter de ce temps libre pour découvrir la ville de Kyôu en détail, plutôt que de constituer une gêne à la fois pour les formateurs et les nouvelles recrues. Alys s’était déjà rendue de nombreuses fois dans la capitale, mais pas plus d’un seul jour. La plupart du temps, elle y allait sur ordre de sa mère pour lui rapporter quelques commissions. Finalement, elle ne connaissait que très peu cette cité, puisqu’elle visitait à chaque fois les mêmes endroits, et que ceux-ci se trouvaient en outre bien souvent à l’entrée de la ville. Et puis, pour la première fois, elle avait l’occasion de visiter le quartier noble, privilège très rare. Son père avait beau être un héros de la garde royale, sa famille n’étalait pas sa célébrité au grand jour, et préférait vivre dans l’intimité. Cette situation apportait quelques avantages (en grande partie, l’isolement dans le village d’Uchi leur permettait de vivre tranquillement sans pression), mais tous les membres du clan d’Alys avaient par conséquent dû faire une croix sur certains privilèges. La jeune femme déambulait tranquillement le quartier riche, s’arrêtant quasiment tous les dix mètres afin d’admirer les sakura en fleurs par cette saison. Elle s’assit quelques temps au pied d’un de ceux-ci, et fit une pause. Elle réfléchit quelques instants au sujet de la véritable raison qu’il l’avait poussée à suivre les jumeaux. Bien sûr, elle s’était attachée à eux très rapidement, mais elle ne pouvait nier que sa venue avait également un rapport avec le passé de son père. Elle ne l’avait que très peu connu, puisqu’il fut tué durant la Grande Guerre Magique alors qu’elle n’avait que six ans, mais elle en gardait un souvenir impérissable. Depuis des années, elle mourait d’envie de découvrir ce qu’il l’avait poussé à s’engager dans cette guerre, à abandonner sa famille. Ce sentiment s’était une fois de plus ravivé après la rencontre avec la Reine Luka. Alys savait parfaitement que le statut qu'avait acquis son père avait forcément un lien avec son secret de famille.

Elle finit par se relever et reprendre sa route vers le quartier populaire. En effet, si la partie noble de la ville était sans hésitation la plus jolie de toutes, l’essentiel de la vie de Kyôu se passait plus loin. Là-bas, on pouvait y trouver les marchés artisanaux, les artistes qui y donnaient quelques spectacles au milieu des rues. Bref, de l’animation ! Et c’était justement ce qu’Alys recherchait pour cette journée. Elle commença donc par franchir le pont qui reliait les deux parties de la cité, et passa dans le quartier populaire à l’aide d’un laisser-passer préalablement confié par Miku (en fait, celui-ci lui serait plus utile pour revenir à son point de départ). Elle présenta ce document au garde, qui la laissa passer en lui affichant un sourire radieux, et non sans la prévenir une nouvelle fois du danger que pouvait constituer cette partie de la ville. Il s’agissait là d’une habitude chez les sentinelles placées sur le pont, les habitants du quartier noble étant réputés relativement naïfs et peu prévenants. Et les brigands de la plus grande partie de la cité ne se privaient pas pour en profiter. Alys franchit l’immense portique en bois, et arriva en direction d’une petite place sur laquelle était amassés une petite dizaine de commerçants. Le bruit des conversations entourait tout le forum, et la jeune femme à la tresse était déjà enchantée par cette ambiance. Au milieu de la population grouillante, elle aperçut un groupe de jeunes enfants, apparemment menés par un jeune garçon aux cheveux rouges assez efféminé. Elle passa devant eux sans crier gare, alors que chaque membre du groupe s’était mis à l’observer attentivement. Tandis qu’Alys continuait sa promenade tranquillement, le groupe de jeunes s’approchait d’elle dans une sorte de formation en triangle. Ils étaient cinq : l’un d’entre eux s’empara de la tête d’Alys, après avoir effectué un splendide saut, et lui banda les yeux à l’aide d’un foulard noir. Dans le même temps, le leader du groupe, assisté d’un autre garçon, s’occupait à attacher Alys autour de la taille, tandis que les deux derniers lui prirent les jambes. La jeune femme perdit l’équilibre et tomba tête la première sur le sol. Les cinq malfrats eurent ensuite tout le temps nécessaire pour finaliser leur prise et l’emmener. Alys, inconsciente à la suite du choc, était fait prisonnière de manière assez déroutante.

Quelques heures plus tard, elle se réveilla en plein milieu d’une pièce sombre dont la seule lumière émanait d’une énorme bougie. La salle ne disposait d’aucune fenêtre, et il lui était donc impossible de deviner l’endroit où elle venait d’être enfermée. La villageoise ouvra lentement les yeux et aperçut progressivement deux silhouettes : la première était assez petite, elle reconnut rapidement le garçon qui venait de l’attirer dans un guet-apens. La deuxième ombre était clairement celle d’un homme adulte. La lumière jaune émise par la bougie faisait ressortir ses cheveux d’un bleu éclatant. Il portait majoritairement des habits bleus, mais une énorme veste blanche qui traînait presque sur le sol recouvrait le tout.

- Quelle bonne prise tu as eu là, Namine. L’homme mystérieux félicita grandement son disciple.

- Merci, Monsieur. Je l’ai vu sortir du quartier noble, et donc je me suis dit qu’elle devait posséder un bon paquet de richesses sur elle, répondit Namine Ritsu, le jeune garçon efféminé aux cheveux rouges.

- Sur ce point-là, tu t’es peut-être un peu trompé. Elle n’a aucun objet de valeur sur elle. Mais si elle provient du quartier noble, on devrait pouvoir lui soutirer pas mal d’argent, ne fut-ce que grâce à la rançon.

- Attention Monsieur, elle se réveille ! prévint le jeune garçon.

L’homme interrompit directement son discours et s’adressa directement à Alys, qui le fixait dans les yeux.

- Bon, tu vas me dire d’où tu viens tout d’abord, quelle est ta famille ? L’homme adopta volontairement un ton extrêmement direct.

- Vous pourriez au moins vous présenter, plutôt que de paraître malpoli. Et aussi en profiter pour me dire ce que je fais ici. Alys ne se montra absolument pas impressionnée et parvint à continuer de parler de manière très calme.

- Pardonnez mon impolitesse. Je me nomme Kaito, mais on m’appelle aussi « Le Parrain ». Je suis pour ainsi dire, le patron de cette partie de la cité.

- Enchanté. Mais qu’est-ce que vous voulez de moi ?

- Que tu nous dises d’où tu viens, pour qu’on puise savoir ce que l’on peut soutirer de toi ou de ta famille. Je suis certain que tu viens d’une des familles les plus importantes du quartier noble, non ?

- Vous vous trompez complètement. Je viens du village d’Uchi, à quelques dizaines de kilomètres d’ici.

Kaito lança donc un regard noir vers Namine. Ce qui s’annonçait comme une excellente prise en vue d’une rançon s'avérait finalement ne pas être une si bonne affaire que ça.

- Pourtant, Namine t’a bien vu sortir du quartier riche. Qu’est-ce que tu faisais là-bas ?

- Je venais de la garde royale, annonça Alys.

- La garde royale, dis-tu ? Ça c’est intéressant !

Namine Ritsu tira alors la manche de la veste de Kaito, comme pour intervenir.

- Monsieur, ce n’est pas un peu dangereux de se mêler à la garde royale ?

- Mais non, Namine. Si nous restons fins et intelligents, nous pourrions recevoir un bon paquet de pognon en échange de la fille ! Quel est ton nom par ailleurs ? demanda-t-il.

- Alys, rétorqua-t-elle simplement.

- Quel joli nom !

Kaito s’adressa ensuite à ses deux comparses qui étaient restés terrés à l’entrée de la cellule.

- Détachez ses liens, et enfermez là ici en attendant. Je vais de ce pas écrire une lettre pour la garde royale.

Les deux hommes s’exécutèrent, alors que Kaito s’éloignait paisiblement dans la pénombre. Alys, quant à elle, ne broncha pas et ne paniqua aucunement. Cependant, elle guettait la première occasion à sa disposition pour s’enfuir de cet endroit.

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Alys était toujours prisonnière dans sa cellule, et faisait les cent pas en cercle. Elle resta toutefois d’un calme imperturbable. Soudain, un sbire de Kaito frappa à la porte pour la prévenir qu’il venait lui apporter de la nourriture. Prudemment, elle s’approcha de la porte, et entendit très clairement deux voix différentes. Visiblement, Kaito n’était pas assez imprudent pour permettre à Alys de s’échapper en se défaisant d’une seule personne. Peu après, une jeune femme munie d’un plateau d’assez petite taille entra dans la cellule. Alys restait assise en plein centre de la pièce et ne bougea pas d’un cil. L’autre disciple de Kaito était resté posté à l’entrée de la salle. Juste au moment où la serveuse s’abaissa à hauteur de la jeune femme à la tresse, celle-ci lui asséna un coup tranchant à l’arrière de la nuque, qui la mit knock-out sur le coup. A cet instant, l’autre soldat se rendit compte du danger que constituait la prisonnière et se lança vers elle, uniquement armé d’un long couteau. Alys esquiva habilement son coup de couteau avant de lui passer un enchaînement de coups de pieds violents dans le ventre, et de lui faire perdre l’équilibre à l’aide d’un fauchage habile visant ses deux jambes. L’ennemi au sol, Alys put prendre facilement le contrôle et lui fit perdre connaissance en lui pratiquant un petit étranglement dont elle avait le secret. Toute cette manœuvre avait pu être exécutée sans le moindre bruit, si ce n’était le claquement du plateau de nourriture sur le sol sablonneux de la cellule. La porte toujours ouverte, la fille à la tresse s’extrayait subrepticement de sa prison. Elle progressa lentement à travers les couloirs sombres qui s’étendaient devant elle à perte de vue, toujours à l’affût de l’arrivée de l’un ou l’autre ennemi. Quelques secondes plus tard, Alys se retrouva nez à nez avec une énorme porte en bois qu’elle ouvrit prudemment. Elle se retrouva dans ce qui ressemblait vaguement à une salle de réunion où se trouvaient six personnes, dont Kaito, qui furent bien étonnés par sa présence. Ils hésitèrent un instant, mais les hommes se dirigèrent finalement vers la jeune femme étant donné que leur parrain avait donné l’ordre de s’emparer d’elle. Alys ferma les yeux un dixième de seconde, comme pour se concentrer, et se plaça en position de combat. Les cinq hommes de Kaito se rapprochaient toujours d’elle, munis de leurs armes d’une qualité lamentable. En effet, contrairement à la garde royale, Kaito ne pouvait trouver assez d’argent pour fournir à ses hommes un arsenal assez performant. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était lancé dans le kidnapping, les demandes de rançon et autres larcins. En quelques secondes, Alys désarma les deux premiers assaillants et parvint à les repousser de quelques mètres, lui permettant ainsi de se concentrer un moment sur les trois derniers ennemis. Ces derniers tentèrent de l’encercler. Toutefois, Alys les gratifia d’un saut impressionnant qui réussit à la placer juste derrière le malfrat qui se trouvait à se gauche. Elle se retourna et le prit par le cou, son avant-bras droit contrôlant sa trachée. Elle exerça une pression sur celle-ci, ce qui fit perdre connaissance à cet inconnu, tandis que les deux autres agresseurs n’osaient même plus bouger, pétrifiés par l’étonnante habilité au combat de leur prisonnière. Elle profita de cet instant de répit pour replacer une de ses techniques de combat spéciales. Elle fit de nouveau un saut, juste dans l'espace situé au milieu de ses deux derniers ennemis et leur asséna chacun un immense coup de pied en même temps, en pratiquant une sorte de grand écart à quelques décimètres du sol. Les hommes furent sonnés et mis hors d'état de nuire. Alors qu'Alys se débarrassait des derniers gêneurs, Kaito se réfugia dans la pièce d'à côté, où se trouvait son assistante.

- Yukari, où est Leora ? lança-t-il dans l’excitation. Il en profita également pour se dissimuler sous le bureau de la jeune femme.

- Partie en mission, vous l'avez envoyée dans le nord de la ville, vous ne vous rappelez pas ? répondit-elle en suivant son chef dans sa cachette.

Ils furent rapidement rejoints par Namine Ritsu, qui grâce à sa petite taille, avait pu étonnement échapper aux différents assauts d'Alys. Il faut dire aussi que celle-ci ne cherchait pas à semer la désolation à l’intérieur du repère ; elle voulait juste se débarrasser simplement des hommes qui se mettaient en travers de son chemin.

- Jamais là quand on a besoin d'elle, celle-là. Elle nous aurait bien été utile ici. Et toi, Namine, tu aurais pu me dire que cette fille maîtrisait le Koryu, l’art du combat à mains nues ! beugla le mafieux aux cheveux bleus.

- Je n’en savais rien ! regretta le jeune garçon.

- Oui, ben, informe-toi avant d'enlever quelqu'un alors. Si j'avais su, j'aurais rapatrié Leora ici !

Leur conversation fut interrompue par la guerrière à la tresse qui venait de pénétrer dans le bureau. Juste en entrant, elle remarqua la porte de sortie. Elle balaya ensuite calmement la salle du regard, et observa les trois personnes accroupies lâchement sous le bureau situé dans le coin de la pièce. Elle les fixa tout en restant d’un calme olympien, puis leur demanda avec le sourire.

- La sortie, c'est bien par-là ?

- Oui, répondit timidement Kaito.

- Merci bien !

Alys prit alors la direction du quartier populaire. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour retrouver son chemin, et pour retourner vers le quartier général de la garde royale. Cette journée s'était avérée bien plus animée que prévu, et la jeune femme avait bien envie de son reposer pour de bon.

Au repaire des mafieux, Kaito, Yukari et Namine étaient restés cachés plusieurs minutes sous le bureau de la secrétaire. Kaito reconnut ensuite les lieux et remarqua les dégâts causés par l'étonnante fille qu'il pensait avoir sous son emprise. Il serra les dents et se retourna vers Yukari.

- Appelle-moi Leora tout de suite ! Cette Alys va apprendre qu'on ne se moque pas impunément de Kaito !

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A plusieurs dizaines de kilomètres de là, le soleil venait de se coucher. Les lumières fournies par les lampions qui parsemaient le village de Furisato, situé tout à fait au nord de l'île de Kuni, venaient à peine de s'allumer. Le hameau regorgeait encore d'activité à cette heure-là. Trois ombres mystérieuses s'approchèrent de l'entrée du village, et s'arrêtèrent juste à l’orée de la forêt.

- Le quatrième chef est celui de Furisato. Comme tous les autres, sa demeure est située dans les environs du centre du village. C'est notre prochaine cible, annonça un blondinet.

De derrière lui sortirent de la pénombre deux jeunes garçons aux cheveux verts, leurs mains respectives posées sagement sur leur sabre.

- On y va quand ? vociféra Kyuu, qui commençait à s'impatienter. « Ça devient long là ! ».

- Tu ne peux pas patienter un instant, mon petit ? Yohio se montra particulièrement familier avec le frère Genshine. « On ira une fois la nuit tombée, les sentinelles du village seront moins sur les gardes ».

Le visage de Kyuu changea subitement. Lui, qui affichait un sourire discret il y a quelques secondes, arborait désormais une expression de colère. Il retira une partie de son sabre de son fourreau, et s'adressa vindicativement à Yohio :

- Tu m'as appelé comment ?

Le sbire blond avait déjà compris que sa dernière réplique n'avait pas plu à son collègue. La réputation des jumeaux Genshine, et plus particulièrement de Kyuu et son mauvais caractère, n'était plus à faire, mais Yohio était tout de même étonné de voir le jeune garçon aussi susceptible.

- Je suis désolé, rétorqua-t-il doucement, en essayant de calmer le jeu.

- Je préfère ça, conclut Kyuu, alors que Roku le prit par les bras pour l'éloigner et le calmer.

- Ce n'est peut-être pas le moment de se quereller, conseilla Roku.

Kyuu fit fi de la remarque de son frère. « Encore une réflexion comme celle-là, et je t'entaille ! ». Yohio commençait à montrer lui aussi une mine renfrognée, ce qui conduisit Roku à s'excuser de nouveau pour le comportement de son jumeau.

L'atmosphère s'apaisa après plusieurs minutes, alors que le trio guettait le meilleur moment pour entrer dans le village de Furisato.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Hakuro-Kaoru le 02 août 2016, 21:45:53
Spoiler
Et bien, elle se défend bien la petite ALYS ! Voilà qui donne un tout autre regard sur le personnage. Et ça promet de lui donner un rôle important ;)
Ca m'a fait rire comment Kaito passe pour un lâche, d'habitude je ne l'imagine pas comme ça x)
Pas mal le passage de l'entrainement, ça me fait penser à ce qui se passe généralement dans les manga (le faux poisons, la "leçon de morale". Je suis sûre que Rin et Len apprendront vite ;)
Au fait, je suis impressionnée par ta capacité d'adaptation. Tu as demandé l'autorisation d'utiliser mes jumeaux à la fin du chapitre 4, et ils apparaissent déjà dans le chapitre 5 (encore merci d'ailleurs ^^). Là, Leora apparait à JE, et elle est déjà mentionnée dans le chapitre 6. Tu improvises bien ^^
Titre: Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 05 août 2016, 17:54:42
Spoiler
Spoiler
Et bien, elle se défend bien la petite ALYS ! Voilà qui donne un tout autre regard sur le personnage. Et ça promet de lui donner un rôle important ;)
Ca m'a fait rire comment Kaito passe pour un lâche, d'habitude je ne l'imagine pas comme ça x)
Pas mal le passage de l'entrainement, ça me fait penser à ce qui se passe généralement dans les manga (le faux poisons, la "leçon de morale". Je suis sûre que Rin et Len apprendront vite ;)
Au fait, je suis impressionnée par ta capacité d'adaptation. Tu as demandé l'autorisation d'utiliser mes jumeaux à la fin du chapitre 4, et ils apparaissent déjà dans le chapitre 5 (encore merci d'ailleurs ^^). Là, Leora apparait à JE, et elle est déjà mentionnée dans le chapitre 6. Tu improvises bien ^^
Ah, ALYS peut chacher bien des choses  ;)
Oui, Kaito passe un peu pour un incapable, ça doit venir du fait que l'aime pas trop en temps normal, et du coup je suis plus méchant avec lui^^
Le passage de l'entraînement, c'est mon côté "dragonballesque". Mais bien vu, ce sont effectivement les références que j'avais x)
Merci encore pour le compliment. J'avais déjà l'idée avec tes jumeaux avant de te demander, c'est pour ça que j'ai pu écrire leurs parties assez vite. Et pour Leora, l'idée m'est venu comme ça, je peux pas vraiment l'expliquer haha... En tout cas, c'est très gentil !

Et voilà le chapitre 7... J'espère que ça vous plaira !

Spoiler
Chapitre 7 - Genshine Kyuu et Roku

Le village de Furisato était encore bien actif, même en cette heure tardive. Celui-ci était à peine plus étendu que celui d'Uchi, mais était particulièrement réputé pour son atmosphère maritime et pour son marché aux poissons, qui se tenait deux fois par semaine, du petit matin jusqu'au début de la nuit. Les touristes du monde entier se pressaient également en été pour profiter du climat agréable de la région. Grâce aux activités proposées aux visiteurs, la petite bourgade était devenue l'une des plus riches de l'île, et par conséquent, son chef profitait d'une place de choix au Conseil des Sages. Plus encore que les autres membres, son opinion était écoutée. Le village était entouré, comme les autres, d'énormes palissades de bois, sur lesquelles étaient postés à des endroits réguliers des sentinelles chargées de la surveillance des alentours. À l'extérieur du hameau, juste à l'entrée de la forêt se tenaient trois personnes, guettant le meilleur moment pour faire leur approche. Deux d'entre elles étaient des jumeaux aux cheveux verts, tandis que l'autre bénéficiait d'un physique élancé et de cheveux blond platine. Le trio restait dans la pénombre sur ordre de Yohio, le blond, qui ne voulait en aucun cas se précipiter.

- Cachez vos armes. Nous allons tenter d'entrer discrètement, conseilla-t-il.

Les jumeaux Genshine obéirent en silence. Kyuu, l'aîné, était bien trop impatient pour interrompre son collègue, même s'il n'appréciait pas recevoir des ordres. Roku, le cadet, était bien plus posé et faisait souvent office d'intermédiaire entre son frère et les étrangers. Souvent, il s'agissait de calmer les ardeurs de Kyuu et de présenter ses excuses à la personne d'en face. Cependant, Roku était l'unique personne au monde qui pouvait se permettre de dire n'importe quoi à son frère sans que celui-ci ne réagisse de façon impulsive. Même Fukase, leur chef, qui les avait pourtant recueillis alors qu'ils se trouvaient tous les deux dans une situation difficile, n'avait pas ce pouvoir. Les trois malfrats dissimulèrent alors leurs armes sous leurs vêtements. Yohio avait remarqué que les gardes du village se tenaient en hauteur, et n'avaient certainement pas le temps de descendre pour les fouiller. En outre, il pensait profiter de l'obscurité pour cacher au mieux ses mauvaises intentions. Le trio se dirigea alors vers la porte sud de Furisato. Celle-ci mesurait plusieurs mètres de haut, et deux soldats se tenaient en son sommet. A l'approche des trois ombres, l'un d'entre eux intervint :

- Halte ! Déclinez votre identité !

- Nous sommes juste trois voyageurs qui recherchons l'hospitalité pour la nuit. J'ai entendu dire que Furisato disposait des meilleures auberges du pays, en plus d'être un magnifique endroit, rétorqua Yohio très diplomatiquement.

Roku fut impressionné par l’étrange et efficace rhétorique de son comparse, alors que Kyuu, qui n'appréciait absolument pas Yohio, se contentait de l'imiter en grimaçant, faisant au passage ricaner son frère quelques secondes. Tandis que les deux gardes considéraient les nouveaux visiteurs, Yohio glissa aux jumeaux :

- Arrêtez, vous allez tout faire rater !

A la suite de cette remarque, Roku retint immédiatement la manche de son frère, craignant sa réaction. Celui-ci serra les dents en signe de protestation, mais n'alla pas plus loin. Il était assez intelligent et savait que ce n'était pas le moment de se faire remarquer. Sans plus de recherches, les deux gardes laissèrent le groupe pénétrer à l'intérieur de l'enceinte de Furisato. Yohio signifia aux jumeaux de l'accompagner par un petit signe, et dès qu'ils furent à sa hauteur leur murmura :

- Prenez garde, nous sommes entrés bien trop facilement. C'est louche !

- C'est peut-être votre « stratégie » qui a bien fonctionné ! argumenta Roku.

- Ça ne marche jamais aussi bien. Ils cachent quelque chose.

Après avoir passé la grande porte des remparts qui s'était ouverte lentement, le trio passa à travers quelques rues étroites avant d'arriver vers la place principale du village. C'était à cet endroit même que ce tenait le célèbre marché aux poissons. Les trois combattants purent alors observer le grand nombre de personnes qui visitait les nombreuses échoppes. Le tout dégageait une odeur particulière, sans aucun doute causée par l'amas des différentes espèces d'animaux marins vendus.

- Ça pue ! s'exclama Kyuu. « On doit vraiment se dépêcher ! Je ne veux pas passer une minute de plus dans un endroit pareil ! »

Yohio aurait bien voulu lui donner raison, mais l'homme était davantage concentré sur les hordes de soldats et de gardes supplémentaires qui patrouillaient dans l'ensemble du bourg.

- Ce n'est vraiment pas bon, tout ça ! Je n'ai jamais vu un village aussi bien gardé, murmura-t-il.

- Il va falloir être prudent, conseilla Roku.

- On va tout d'abord observer les alentours de l'habitation du chef, et on avisera après, finit Yohio.

Kyuu écoutait la conversation à moitié, le visage caché sous sa veste, davantage préoccupé par l'odeur que dégageait le lieu.

- Vous faites ce que vous voulez, Yohio. Du moment qu'on parte rapidement d'ici, lança-t-il.

Ils se dirigèrent ensuite vers une petite ruelle à l'écart, et firent une pause. Yohio sortit de sa poche un plan détaillé du village, qu'il avait préalablement préparé, et le déplia devant les Genshine.

- La maison du chef se trouve sur la côte, à l'extrême nord de Furisato. D'après ce que nous avons déjà vu, on peut supposer que celle-ci sera particulièrement bien surveillée. Je propose donc de se rendre discrètement là-bas dans un premier temps, et d'ensuite élaborer une stratégie.

Sa phrase terminée, il attendait une réaction des jumeaux. Se heurtant à un silence absolu, il fit une légère mimique sur son visage.

- Qu'est-ce que vous attendez ? demanda Kyuu quelque peu violemment. « On ne va pas acquiescer à chaque phrase. On y va, et vite ! »

Yohio rangea alors rapidement la carte et mena les Genshine vers le cap nord du village. De loin déjà, ils purent observer l'imposante demeure du chef O'Umi. Celle-ci trahissait sa richesse, ainsi que celle de sa région. Contrairement aux autres maisons du village, son habitation était construite en pierres jaunes, typiques du coin, et de nombreuses décorations rappelant pour beaucoup l'histoire maritime du pays de Kuni ornaient les extérieurs et les jardins. Cette maison ne pouvait toutefois pas rivaliser avec la magnificence du Palais Royal de Kyôu, mais possédait bien plus de prestance que toutes les demeures de chefs de village que Yohio avait observées jusque-là, et malgré le fait que celle-ci était de plain-pied. Mais le trio n'avait cure d'observer l'architecture du bâtiment, et se concentrait surtout sur les troupes dispersées autour de celui-ci, bien plus nombreuses que les autres fois. Yohio et les Genshine ne le savaient pas, mais Miku, la patronne de la garde royale, était parvenue à dégager de nombreuses unités de soldats supplémentaires qui furent affectés à la surveillance des villages où aucun meurtre n'avait encore été commis.

- Ils se méfient, dit Yohio. « Et ils emploient déjà les grands moyens. »

- On pourrait tenter d'entrer en force, vociféra Kyuu, avec courage.

Yohio n'eut même pas l'occasion d'intervenir.

- Mais tu as vu combien ils sont ? On ne s'en sortira jamais, lui rétorqua son frère.

- D'autant plus qu'il s'agit ici de troupes bien entraînées. Pas des fantassins habituels, compléta le jeune homme blond. « Le mieux est de tenter de trouver une entrée secrète, et de pénétrer discrètement dans le bâtiment. Ah, si seulement il me restait encore quelques munitions ».

- Fallait pas tout gaspiller inutilement, répondit Kyuu, à raison.

Il voulut rajouter une injonction du type « espèce d'imbécile », mais observa son frère qui lui faisait des signes et renonça à cette idée.

Le sbire de Fukase resta silencieux.

- Venez, on va faire le tour par la plage. Il y a peut-être un accès plus facile de ce côté-là.

Peu de temps après, le groupe arriva sur la plage de sable jaune de Furisato. D'habitude, celle-ci était très fréquentée par les visiteurs de passage, mais il commençait à se faire tard, et le trio ne croisa que quelques groupes de jeunes. Kyuu leur adressa un regard menaçant, comme de la défiance (et en même temps, c'est l'impression qu'il cherchait à donner à tout le monde), tandis que les deux autres compagnons ne faisaient que les ignorer. Tous les trois continuaient de marcher, alors que le soleil se couchait à l'horizon, présentant un spectacle assez appréciable. Cependant, le groupe ne s’en occupait guère et avait d'autres chats à fouetter. En outre, cela ne collait pas particulièrement à l'ambiance du moment. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent une nouvelle fois près de la demeure du chef. L'entrée principale qui donnait accès à la mer était gardée, mais Yohio décela un autre passage. Il vit, en effet, caché dans les dunes, une sorte de gros tuyau qui semblait mener à leur destination.

- Je pense que c'est là notre seul moyen d'entrée, annonça-t-il.

- Vous plaisantez, là. Ça va nous mener où, ce truc, dans les toilettes ? beugla Kyuu.

- Tu vois une autre solution ? Yohio s'excusa pour cette formulation un peu familière, lorsqu'il vit la main de Kyuu s'approcher dangereusement du pommeau de son sabre. « Excusez-moi, mais je ne vois pas d'autre manière de faire », reprit-il après quelques hésitations.

Les frères, et plus particulièrement l'aîné, durent se faire une raison. Il fallait éviter le plus possible de se faire remarquer. Dans le cas contraire, tout l’ensemble de leur mission était mis en péril. Roku rappela à son jumeau que Fukase les avaient chargés d'une mission à caractère furtif, et non pas un massacre. La discrétion devait rester une priorité.

- D'accord, nous allons encore patienter un peu, le temps que le soleil se couche pour de bon. Une fois, la nuit tombée, on pourra se mouvoir plus facilement, proposa Yohio.

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Il était presque une heure du matin lorsque les trois ombres s'approchaient de l'endroit qu'elles avaient auparavant désigné comme point d'entrée. Les guerriers progressaient prudemment et lentement dans les dunes afin de passer entre les mailles du filet dressé par les gardes autour de la maison. Finalement, ils étaient parvenus assez facilement au tuyau d'entrée. Il faut dire que Yohio et les Genshine (malgré leur jeune âge) disposaient de suffisamment d'expérience dans ce domaine.

- Bon, j’ai imaginé un ordre pour progresser, commença Yohio. « Roku, je propose que vous passiez en premier, je resterai au milieu, et vous, Kyuu, vous fermerez la marche. De cette façon, vous pourriez me protéger en cas de pépin, puisque vous êtes les meilleurs sabreurs. »

Le jeune blond avait bien saisi la manière de s'adresser aux jumeaux, afin de faire passer au mieux ses idées, surtout en ce qui concernait Kyuu. Son raisonnement était pratiquement sans faille. L'aîné esquissa même un petit sourire lorsque Yohio leur avoua qu’il les considérait comme des combattants d'exception. Pour la première fois, celui-ci venait de remonter dans son estime. Néanmoins, Kyuu eut une objection :

- Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je voudrais passer en premier, proposa-t-il

- Qu’est-ce que ça change ? demanda Yohio.

- Je préfère me trouver en première garde. Roku, tu te tiendras à l’arrière.

Roku s’exécuta sans prononcer un seul mot. Yohio, quant à lui, fut un peu déçu de ne pas voir sa stratégie appliquée au pied de la lettre. De plus, il ne saisissait pas vraiment ce que cela changeait. Pourtant, le cadet avait bien compris la raison de l’objection de son frère. Celui-ci voulait assumer son rôle d’aîné, comme il l’avait toujours fait. Pour Kyuu, Roku représentait la personne la plus précieuse au monde, et il ne voudrait en aucun cas le perdre. En conséquence, il agissait souvent de manière surprotectrice avec celui-ci, bien que ses talents au combat ne soient plus à prouver. Ils progressèrent lentement à travers le long tuyau sombre, celui-ci étant assez large, heureusement, pour faire passer les trois personnes. Quelques minutes plus tard, Roku informa les autres qu'il percevait une lueur blanche au loin, signe que la sortie était proche. Kyuu s'inquiétait déjà de savoir où ils allaient atterrir. Finalement, point de toilettes à la sortie, le tuyau faisant probablement partie d'une ancienne canalisation d'eau qui n'avait pas été condamnée. Personne ne gardait la sortie. Le sbire de Fukase s'auto-félicita donc d'avoir trouvé ce qui constituait sans doute la seule faille de la surveillance.

Ils se retrouvèrent donc dans ce qui semblait être une sorte de sous-sol, certainement d'anciennes oubliettes désaffectées. En effet, le village de Furisato avait été construit il y a longtemps et constituait l'un des premiers ensembles d’habitations du pays de Kuni. Les habitants étaient par ailleurs extrêmement fiers de leur patrimoine et n'hésitaient pas à en faire part aux touristes de passage. Mais, par conséquent, de nombreux bâtiments, dont la demeure du chef, étaient très anciens et certaines parties de l'architecture pouvaient parfois laisser à désirer, conduisant alors les propriétaires à abandonner certaines pièces. C'était le cas ici, au plus grand bonheur de Yohio et des Genshine. Ce sous-sol n'était absolument pas surveillé, ce qui laissa le temps au trio pour élaborer encore davantage leur stratégie. Roku souleva alors un problème de taille : même si les capacités de sabreurs des jumeaux n'étaient plus à prouver, il est bien plus compliqué de tuer un homme directement à l'arme blanche, plutôt qu'au moyen d'un pistolet. Yohio avait profité de cet énorme avantage sur ses ennemis lors de ses trois dernières attaques. Ici, non seulement ses capacités au sabre s'avéraient plus que basiques, mais la tâche qui les attendaient s'annonçait ardue, même pour des combattants aguerris.

- De toute façon, nous n'avons pas vraiment le choix, argumenta Kyuu. « Je ne trouve pas d'autre solution. Le mieux est de progresser furtivement à travers le bâtiment, en essayant de se faire repérer le moins possible, et d'arriver jusqu'au chef rapidement. Et là, on finit le travail. »

Yohio avait beau trouver Kyuu quelque peu présomptueux de nature, il devait bien avouer que son interprétation de la situation était plus que correcte. Heureusement avait-il bien étudié la structure de la maison avant de lancer son opération (c'était une habitude chez lui, mais pour cette fois, il y avait accordé encore plus d'attention). La maison ne disposait que d'un seul étage (en plus du sous-sol), mais disposait de nombreuses pièces, toutes séparés par des portes coulissantes. Selon Yohio, il serait très probable de trouver des soldats dispersés un peu partout. Par chance, l’exiguïté des salles de la maison empêchait la formation d'une horde de soldats à un endroit donné, ce qui laisserait aux Genshine tout l'espace pour faire valoir leurs talents au combat. Yohio proposa alors de tourner cette situation à leur avantage. Il avait tracé sur une feuille de papier un petit itinéraire menant à la chambre du chef, où celui-ci se trouverait sans aucun doute. Les jumeaux n'auraient donc qu'à progresser avec lui à travers l'habitation et d'éliminer les gêneurs au fur et à mesure.

- Oui, oui...opina Kyuu. « En gros, vous nous laissez faire tout le travail… Vous servez à quoi dans cette histoire ? »

- On peut dire que je fais office de stratège, rétorqua Yohio, laissant échapper un léger soupçon d'hésitation.

L'aîné laissa échapper un éclat de rire pendant quelques secondes, puis reprit son sérieux. « Je le sens mal, votre plan », avoua-t-il. « Nous ne pouvons pas en même temps nous occuper des gardes et veiller à votre sécurité. Pour être franc, vous nous gênez plus qu'autre chose. »

- Je peux vous aider pour les combats aussi. Je ne suis pas un novice, vous savez, se justifia Yohio.

- Oui, c'est ce qu'on va voir. En tout cas faites bien attention à vous.

Roku interrompit la conversation entre les deux hommes, en leur signifiant, qu'il était temps d'agir et qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de suivre les ordres de leur chef, Fukase.

- Oui, ben celui-là, il va m'entendre quand on sera rentrés, râla Kyuu.

Le petit groupe finit donc par emprunter le petit escalier qui menait au rez-de-chaussée de l’habitation. Une certaine excitation commençait à gagner les jumeaux, comme avant chaque combat. C'est à cela que l'on reconnaissait les véritables guerriers. Yohio, quant à lui, ne pouvait pas cacher une certaine inquiétude. Cette déferlante de sentiments se ressentait dans l’atmosphère et pouvait s'observer sur les visages des trois personnes. Arrivés en haut de l'escalier, Roku poussa la grosse porte en fer qui barrait le passage, suivi de Kyuu et de Yohio. Ils pénétrèrent dans une sorte de débarras, duquel ils purent entendre les quelques voix des gardes qui étaient postés dans la pièce d'à côté. Selon l'analyse du cadet Genshine, ils ne devaient pas être plus de quatre.

-Prenez ceci, fit Roku en tendant à ses deux compagnons une étoffe de tissu chacun. « Il vaut mieux dissimuler nos visages, on n'est jamais trop prudent. »

- Bien vu, frangin ! compléta Kyuu. « Vous n'aviez pas d'idée comme celle-ci Yohio », ajouta-t-il en signe de défiance.

Le blondinet ne prit pas la peine de répondre, et enfila le bout de tissu noir autour de son visage.

Les jumeaux retenaient leur respiration avant d'entrer dans la pièce. Leur opération avait définitivement débuté.

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Tout s'était finalement passé très vite. Les quatre premiers gardes croisés n'avaient été qu'une formalité pour les jumeaux, qui purent enfin user de leurs talents. Yohio s'était pour l'instant contenté d'observer la scène et se tenait dans un coin, par crainte de gêner les frères. Bien que le spectacle proposé fût pour le moins funeste, le sbire ne put s'empêcher d'admirer les splendides mouvements de combat des Genshine. Toute prise avait un but, et il ne put observer aucune démarche inutile. Les frères ne faillirent décidément pas à leur réputation. Ils continuèrent leur mission dans un silence absolu, si ce n'est le cri des gardes pétris par la douleur. Une seule chose à redire cependant : comme Roku l'avait annoncé auparavant, presque aucun garde n'était tué sur le coup, le but étant tout d'abord de se frayer un chemin jusqu'au leader du village, et de mettre hors champ tous les ennemis. Yohio s'attelait tout de même à achever quelques soldats, à l'aide de son sabre. Après être passés dans quelques pièces et éliminé plusieurs sentinelles, toujours en silence et sans s'être fait repérés, Roku s'arrêta net et se tourna vers Yohio ;

- Qu'est-ce que vous faites depuis tout à l'heure ?

- Je tente d'éliminer les témoins potentiels le plus possible. Vous épargnez beaucoup trop de personnes, objectiva Yohio.

- On nous a engagé uniquement pour tuer le chef, pas pour faire le plus de victimes possible.

Au fond de lui-même, Roku était embêté par la tournure de l'opération. Le cadet n'était pas d'un naturel malsain, et, s'il tentait d'effectuer au mieux sa tâche, il était d'avis que tuer tous les occupants du bâtiment ne lui était d'aucune utilité. Seul comptait le chef du village. Pour Kyuu, il fallait mettre ses opposants hors combat, sans se préoccuper du fait de savoir si ses attaques étaient létales ou pas. Cependant, l’aîné ne recherchait pas spécialement la mort de son adversaire. Roku, malgré son indéniable don de combattant, n'était pas une machine à tuer. Par conséquent, la manière de fonctionner de Yohio le gêna terriblement. Il n'était déjà pas bien utile dans le feu de l'action, se contentant simplement de passer derrières les frères. En outre, il poussait un soupir mêlé d'excitation et de satisfaction à chaque fois qu'il venait d'ôter la vie d'un garde. Et Roku n'éprouvait absolument pas l'envie de faire équipe avec un psychopathe.

- Plutôt que de satisfaire vos instincts meurtriers, vous pourriez nous aider à terminer notre mission, ajouta Roku.

Une fois n'est pas coutume, c'est Kyuu qui dût mettre un terme à l'animosité qui régnait entre les deux équipiers. Il n'appréciait pas Yohio plus que cela, et se tiendrait de toute manière toujours du côté de son frère, mais il avait conscience que, plus l'équipe traînait à l'intérieur de la maison, plus le danger serait présent. Le but premier de cette attaque était de tout finir très rapidement, et de ne pas s'interrompre pour des états d'âme. Le groupe aurait tout le temps d'en discuter après. Roku se rangea alors près de son aîné, non sans lui monter une expression du visage bien significative de son état d'esprit. Kyuu acquiesça et lui murmura qu'il le comprenait, mais qu'il ne fallait pas s'arrêter pour l'instant. Yohio se tenait toujours derrière les deux jeunes hommes aux cheveux verts, et tous s’avancèrent vers les pièces suivantes.

Quelques minutes plus tard, le trio pénétra dans une immense chambre située à l’extrémité est de la demeure. Au fond de la pièce se tenait O'Umi, entouré par cinq gardes. Trois d’entre eux se lancèrent donc respectivement vers Kyuu, Roku et Yohio. Ces soldats s’avéraient être d’un niveau bien supérieur à celui de ceux que le trio avait rencontré auparavant. Par conséquent, le combat s’éternisait quelque peu, alors que les deux derniers gardes restaient bien stationnés auprès du chef du village. Il fallait plus que tout éviter que celui-ci se fasse occire par une manœuvre habile de l’un des trois ennemis. Kyuu avait bien esquivé les premières attaques de son ennemi, avant de s’engager dans une lutte âpre au sabre avec lui. Durant tout le combat, il garda le sourire aux lèvres, son concurrent affichant perpétuellement une mine déconfite. Après quelques dizaines de secondes, Kyuu parvint à faire dévier la trajectoire de l’épée de son adversaire. Celui-ci déséquilibré, l’aîné des Genshine en profita pour l’assommer d’un coup de pommeau, puis le mit hors combat en lui assénant un coup tranchant dans le dos. Le garde balbutia quelques instants puis s’effondra sur le sol, juste devant O’Umi.

Roku s’occupa également assez rapidement de son ennemi. Celui-ci avait tenté l’épreuve de force avec le cadet, jugeant sans doute qu’il avait toutes ses chances vu le physique relativement frêle du cadet. Mal lui en a pris, car le combattant aux cheveux verts fit bien mieux que lui tenir tête. Leurs deux sabres s’étaient entrechoqués de façon assez violente, laissant échapper un bruit caractéristique. Roku approcha ensuite son arme dangereusement vers le visage de son adversaire, puis parvint à le désarmer. Il le mit finalement hors d’état de nuire, en lui donnant un furieux coup de genou dans le visage, ce qui le mit knock out sur le coup.

Yohio éprouva quant à lui d’énormes difficultés à se montrer au niveau du garde qui lui faisait face. Ses mouvements étaient particulièrement hésitants et désarticulés. Il n’avait, en effet, suivi que quelques cours de combat au sabre, et se montrait bien plus talentueux au tir. Malheureusement, son talent ne lui était d’aucune utilité dans la situation présente. Il ne pouvait pas non plus compter sur l’aide des jumeaux, bien trop occupés à combattre les deux soldats restants aux côtés du chef. Son adversaire réussit à le transpercer à l’aide de la pointe de son épée au niveau de l’épaule gauche. Yohio tomba à genoux, et hurla de douleur tout en se protégeant la plaie de sa main droite. Le garde profita de ce moment de répit (les Genshine étant toujours en train de se battre avec les gardes, sous les yeux paniqués du chef O’Umi) pour se rendre en courant vers une petite alcôve située à sa gauche. Cette petite pièce comportait trois cages dans lesquelles étaient enfermés des corbeaux. Le soldat prit un bout de papier et griffonna très rapidement un petit message : « Attaque en cours à Furisato. Le chef O’Umi est menacé ! ». Il attacha le message à la patte droite de l’oiseau, lorsque qu’il entendit la porte de derrière s’ouvrir violemment. Il vit ensuite apparaître Roku Genshine sur le pas, et entendit au loin les cris de douleur de son chef, achevé définitivement par Kyuu. Roku courut vers lui afin de l’empêcher d’envoyer ce message, mais il arriva trop tard ; le garde ayant déjà lancé le corbeau en lui donnant l’ordre d’apporter ce papier au quartier général de la garde royale, à Kyôu. Le cadet fit perdre connaissance au garde, en lui pratiquant un étranglement (cette prise fut assez facile à exécuter, le soldat étant déjà à bout de forces). Roku jeta ensuite un œil par la fenêtre, et vit arriver une nouvelle équipe, menée par un homme brun à lunettes, habillé d’un kimono noir. Aussitôt, il rejoignit son frère qui se tenait aux côtés de Yohio, toujours à terre.

- Kyuu, il faut filer ! Un nouveau commando arrive vers nous !

L’aîné se releva, mais fut subitement interrompu par Yohio, qui s’exprima avec difficulté.

- Vous n’allez pas me laisser ici ?

Les frères prirent quelques secondes pour réfléchir, se consultèrent d’un simple regard, puis Kyuu prit la parole.

- Désolé, Yohio, mais nous nous mettons en danger si nous restons plus longtemps ici.

- Vous n’allez pas me laisser aux mains de la garde ? répéta inlassablement l’homme blond.

- Vous préférez qu’on vous achève tout de suite ? proposa le grand frère.

Yohio poussa alors un cri de peur, tandis que Roku tira son frère par le bras, et lui demanda de ne pas perdre son temps. Finalement, les Genshine s’enfuirent par la porte du fond, laissant Yohio à son triste sort.

Quelques minutes plus tard, le nouveau commando fit irruption dans la chambre du chef. Le lieutenant à la tête de l’unité se dirigea directement vers la dépouille d’O’Umi pour l’analyser. Il confirma très vite son décès. Sa concentration fut ensuite troublée par l’un de ses subalternes :

- Lieutenant Hiyama, nous tenons un suspect. Il est vivant !

- Mettez le directement aux arrêts et enfermez le dans les geôles, ordonna le chef de l’escouade, Hiyama Kiyoteru.

Yohio fut alors emmené par plusieurs gardes vers la caserne du village de Furisato, alors que le lieutenant continuait d’observer lentement mais scrupuleusement les dégâts que venaient de commettre les trois assaillants, à la recherche d’éventuels autres indices.

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Quelques heures plus tard, au quartier général de la garde royale, le soleil commençait à émettre ses premiers rayons de la journée. Rin et Len avaient déjà commencé leur entraînement quotidien, en compagnie de leurs formateurs, Gumi et Yuma. Miku se trouvait dans son bureau, situé au plus haut étage du bâtiment, en compagnie d’Alys.

La jeune femme à la tresse était revenue très tard de son escapade en ville, et portaient encore les marques du combat mené pour s’évader du repère de Kaito. Miku et les autres avaient bien tenté d’obtenir des informations quant à ces blessures, mais Alys avait préféré passer sous silence toute son aventure, expliquant simplement s’être fait agressée par un malfrat dans une rue mal famée du quartier populaire. Elle avait ensuite déclaré que son assaillant avait été pris à partie par l’un des gardes de la ville. Elle avait volontairement passé sous silence son enlèvement par le plus grand mafieux de la ville, ainsi que sa maîtrise du Koryu, l’art du combat à mains nues. En effet, la jeune femme ne désirait pas que ses talents ne soient dévoilés pour le moment, craignant la réaction de la commandante de la garde royale.

Dans son bureau, Miku tentait toujours de lui faire avouer la vérité, sans succès. Soudain, un corbeau vint se poser sur le rebord de la fenêtre de la commandante. Celle-ci se dirigea immédiatement vers l’animal et retira le message qu’il tenait à sa patte. Son visage afficha subséquemment une expression d’étonnement et d’horreur. Elle se pencha vers la fenêtre qui donnait sur la cour où les jumeaux Kagamine continuaient de s’entraîner et hurla de vive voix :

- Arrêtez tout ! Le chef du village de Furisato vient d’être attaqué ! On se rend directement là-bas.

Gumi et Yuma se mirent au garde à vous, alors que Rin et Len levaient naïvement la tête vers Miku.

- Nous aussi, demandèrent-ils

- Bien sûr ! rétorqua Miku. « Préparez tous vos affaires au plus vite. On part tous les six pour Furisato ! »

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 05 septembre 2016, 21:02:23
Ohayo à tous !

Et je reviens avec deux nouveaux chapitres !

Voici le huitième :

Spoiler
Le soleil venait de se lever lorsque Miku reçut le message du corbeau venant de Furisato. Elle qui s'était prévue une journée relativement calme se vit dans l'obligation de changer ses plans. L'attaque de la demeure du chef O'Umi annonçait une nouvelle étape dans son enquête. Après avoir prévenu ses deux sbires ainsi que leurs disciples qui s'entraînaient dans la cour sablonneuse du bas, elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient vers le terrain d'entraînement, poussivement suivie par Alys, qui éprouvait du mal à suivre son rythme et son entrain. Dans le patio de la caserne de la Garde royale, Miku retrouvait Gumi, Yuma, Rin et Len.

- Que s'est-il passé ? demanda Yuma.

- Le chef de Furisato vient d'être attaqué ! C'est la première fois que nous recevons un message aussi rapidement. Vous préparez immédiatement vos affaires et on se rejoint dans une petite heure devant l'entrée de la caserne. Rin et Len, vous venez bien sûr avec nous, commanda Miku.

- Oui, chef ! répondirent les jumeaux, qui avaient appris bien rapidement les usages en cours dans l'armée.

Alors que les quatre soldats rejoignaient leurs quartiers, Miku se retourna vers Alys :

- Tu viens aussi avec nous, exigea-t-elle. « J'ai l'impression que tu pourras nous être utile. Et puis, tu auras tout le temps de m'expliquer ce qu'il t'est arrivé hier pendant le voyage ».

Alys ne put refuser les ordres de Miku. Bien qu'elle ne se fût pas engagée dans la garde, et que, par conséquent, elle n'avait aucun compte à lui rendre, sa situation était quelque peu spéciale vis-à-vis des autres. Et puis, Miku pouvait faire preuve d'énormément de persuasion. Par prudence, mieux ne valait pas la contrarier.

- Parfait alors ! Va préparer tes affaires aussi. Pendant ce temps, je vais informer la Reine de notre départ.

Hatsune Miku était une jeune femme prévoyante. Elle gardait toujours dans un coin de son bureau un sac contenant quelques vêtements et des produits de première nécessité, au cas où un voyage d'urgence comme celui-ci s'imposait. Elle était donc déjà prête, et put se diriger directement vers le Palais de Kyôu, afin d'informer la Reine Luka de l'avancée de l'enquête. Elle y entra par l'accès principal, celui-là même qui donnait sur cet immense couloir, où toute la ménagerie du château s'attelait au fonctionnement de la cour. Les serviteurs ne prêtèrent même pas attention à l'arrivée de la patronne de la Garde, même s'il s'agissait d'un personnage important. Miku en avait l'habitude et partit directement à la recherche de Meiko, la première servante, qui à cette heure-ci, devait certainement se trouver dans son bureau.

L'office de Meiko était adjacent à la salle du trône. Cette proximité permettait à la servante de satisfaire immédiatement la moindre demande de la souveraine. Par politesse, Miku frappa à la porte qui était déjà ouverte, alors que Meiko était tranquillement assise sur son siège, le bureau étant rempli de diverses paperasses qu'elle était en train de remplir déjà de bon matin.

- Excuse-moi, Meiko, glissa timidement Miku.

- Oh, commandante, entrez, entrez. La servante paraissait gênée par le désordre.

- Bonjour, dis, je peux voir la Reine quelques instants. Je dois l'informer de mon départ pour le nord de l'île. Une nouvelle attaque a eu lieu.

- Bien sûr ! rétorqua immédiatement Meiko. Puis un rictus serré apparut sur son visage. La multiplicité des attaques commençait à l'inquiéter. « Je vais la chercher de ce pas ! »

Quelques instants plus tard, la patronne de la garde fut invitée à entrer dans la salle du trône. En effet, elle faisait partie des personnes auxquelles la Reine ne refusait aucune entrevue. Mieux encore, Luka était même capable de bouleverser son emploi du temps pour Miku, surtout en cette période de troubles.

- Bonjour Miku, lança la Reine du haut de son trône. Ce matin encore, celle-ci portait une tenue très élégante, comme à son habitude. Cette robe bleu marine ornée de divers bijoux se mariait à la perfection avec ses longs cheveux roses. Cela contrastait avec l'uniforme de Miku, qui, même s'il était relativement seyant dû à son rang, n'en restait pas moins un habit militaire.

- Ma Reine, je viens vous informer que je pars pour le village de Furisato. Le chef O'Umi vient d'être attaqué. J'emmène avec moi Yuma et Gumi, bien sûr, ainsi que les jumeaux et Alys. Ne vous inquiétez pas, je vous ai affrété une garde spéciale pour votre protection en mon absence. Miku voulait avant tout rassurer sa souveraine.

- Ce n'est pas la peine, je pars avec vous ! lâcha Luka comme si de rien était, provoquant une expression de stupeur sur le visage de son interlocutrice. Celle-ci ne manqua pas de répondre soudainement.

- Mais c'est très dangereux ma Reine ! Nous sommes à la poursuite d'un tueur ! Et selon toute vraisemblance, il s'attaque au pouvoir en place, vous êtes certainement une de ses prochaines cibles. Nous ne pouvons pas prendre de tels risques, s'emporta Miku.

- Justement, en cette période difficile, je pense qu'il serait bon que je sorte un peu, histoire de donner un peu de courage à la population. Eux aussi doivent s'inquiéter. Je dois leur montrer que quoi qu'il arrive, la Reine ne tremblera pas. C'est mon devoir.

Miku appréciait la candeur de la Reine Luka. Mais, étant donné le danger, elle tenta par tous les moyens de faire fléchir sa patronne et amie. La commandante de la garde constituait sans aucun doute la seule personne du pays qui pouvait se permettre de se lancer de telle manière dans une discussion animée avec la Reine. C'était le résultat de leurs nombreuses années d'amitié, et de tout ce qu'elles avaient déjà vécu ensemble, et cela bien avant que Luka n'accède au trône.

- Je sais ce que vous pensez, vous ne vous sentez pas encore légitime pour le trône de Kuni, et tout cela est dû à votre secret, lança Miku.

- Chut ! On pourrait t'entendre, rétorqua Luka, paniquée.

La Reine se retira de son trône et descendit lentement les escaliers pour se retrouver à la même hauteur que la jeune femme aux couettes bleues. Son amie venait de taper juste, elle avait deviné ses intentions.

- Tu sais que je dois montrer plus que n'importe qui que je mérite ma place ici...lui avoua la Reine.

- Je ne vois pas pourquoi, vous êtes déjà légitime aux yeux du peuple, vous êtes la fille de l'ancien Roi de Kuni, et seule héritière à votre poste. Tout le reste n'a que peu d'importance.

- Si seulement tout le monde pouvait penser comme toi. Luka fit couler une légère larme, puis reprit son discours. « Je t'en prie. Laisse-moi vous accompagner. En plus, j'aurai la meilleure escorte possible, avec Gumi et Yuma, et leurs deux disciples prometteurs ». La Reine prit doucement la main de Miku, qui la fixa tendrement un moment dans les yeux.

- Bon d'accord ! Mais attention, ce voyage ne sera pas de tout repos, et nous ne pourrons pas emprunter le carrosse royal, afin de conserver notre discrétion, l'informa la commandante.

- Ce n'est pas bien grave ! Je vais demander immédiatement à Meiko de préparer mes affaires pour le voyage, finit la Reine. Puis, elle se dirigea vers l'office de sa servante par une porte située à la droite de la salle, alors que Miku prit congé, non sans exprimer un léger soupir d'agacement à la sortie.

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Pendant ce temps, Gumi et Yuma se tenaient à l'entrée de la chambre de Rin, Len et Alys, alors que les jumeaux s'apprêtaient pour le départ. Tout cela sous les soufflements répétés de la lieutenante aux cheveux verts, qui pestait à l'égard de sa disciple à cause de sa lenteur.

- Allez, grouille-toi ! hurla-t-elle. « Je ne t'ai donc rien appris depuis le temps que tu es ici ».

- En même temps, ils ne sont même pas arrivés depuis une semaine, prétextait Yuma.

- Ce n'est pas une raison ! Comment on peut être si lent ? hurla-t-elle.

Rin et Len accéléraient le moment alors que les cris de leur formatrice s'intensifiaient. Durant leurs quelques jours dans la Garde royale, ils avaient tout de même appris à ne pas la froisser, et avaient même commencé à supporter un peu son sale caractère. Même si elle ne le remarquait pas, il s'agissait pourtant là d'une belle évolution. En effet, beaucoup de soldats bien plus aguerris que les Kagamine n'osaient même pas s'approcher de Gumi. Alys, quant à elle, était déjà prête, et observaient les jumeaux se mouvoir dans tous les sens, un petit sourire en coin.

- Regardez ! Alys n'est même pas une recrue, et elle est déjà prête, elle ! Vous devriez en prendre de la graine, ajouta la guerrière.

La jeune femme à la tresse bleutée ne prononça pas un mot, de crainte d'encore aggraver le cas de ses amis. Elle ne fit qu'accentuer son sourire. Elle devait bien avouer qu'elle trouvait la situation pour le moins cocasse.

Miku entra alors soudainement dans la pièce. Immédiatement, ses deux sbires se mirent au garde-à-vous, et exhortèrent les Kagamine d'en faire de même. Alys se leva respectueusement, davantage par politesse que par us militaire.

- Changement de programme ! commença la patronne. « Nous avons un léger problème. La Reine nous accompagne dans notre voyage ».

Les cinq personnes qui se trouvaient face à elle eurent tous sans exception une expression de stupeur sur leur visage. Si celle des jumeaux et d'Alys n'allaient pas plus loin que le simple étonnement, Gumi et Yuma avaient déjà calculé toutes les conséquences que cette venue provoquait à leur mission, surtout en des temps aussi difficiles.

En colère, Gumi lança : « Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Elle est malade ? C'est bien trop dangereux ! »

- Un peu de respect, tu veux ! Tu parles de la Reine, là, demanda Miku.

- Ça ne change rien ! Si elle nous accompagne, ça complique tout ! Il faut déjà qu'on s'occupe de ces trois-là !

- Vous avez déjà appris pas mal de choses à Rin et à Len. Et puis, je pense qu'Alys pourra se débrouiller toute seule, et qu'elle n'a pas besoin de votre protection.

Miku jeta alors un regard suspect à Alys. Le même matin, la guerrière aux couettes n'était pas parvenue à déceler le secret de la villageoise, qui était revenue légèrement blessée du quartier populaire de la capitale. La commandante savait pertinemment qu’elle lui cachait quelque chose. Miku avait même un don pour ce type de déductions, et voulut lui signifier par ce regard qu'elle comptait bien tout découvrir, comme elle le ferait également pour Rin et Len.

Yuma prit alors la parole. Contre toute attente, il se rangeait plutôt du côté de Gumi, même s'il parvenait à rester posé :

- Je ne voudrais pas paraître négatif, mais il faut bien avouer que Gumi a raison.

- Et ben voilà ! ajouta Gumi joyeusement.

- Vous pensez bien que j'ai tenté de la soudoyer. Je ne suis pas satisfaite plus que vous de la tournure des événements, mais la Reine pense que c'est un bon moyen de rassurer le peuple après tous ces assassinats, et de montrer qu'elle ne ressent aucune peur. Elle était tellement décidée que je n'ai pas pu lui faire entendre raison. Je ne pouvais pas la mettre aux arrêts, quand même ! Et puis, pas de discussion, c'est un ordre !

- D'accord, soupirèrent les deux lieutenants.

Sur ces mots, Miku retourna sur ces pas et donna rendez-vous à ses cinq compagnons une demi-heure plus tard, devant la porte du Palais Royal. Gumi se retourna alors vers les jumeaux, et leur signala :

- Vous avez intérêt à vous tenir à carreaux, parce qu'on aura d'autres choses à faire qu'à jouer les nounous avec vous.

– ----------------------------------------------- –

Quelques dizaines de minutes plus tard, le sextet s'était réuni devant la porte du Palais Royal. Leur diligence, tirée par quatre chevaux bien entraînés, était déjà prête, le cocher aux commandes. De loin, ils virent arriver la Reine accompagnée de Meiko le long du sentier qui menait vers l'entrée du château. Miku s'inquiétait de voir Luka emporter bien trop de bagages pour un voyage aussi inattendu que celui-ci, mais il n'en était rien. Certainement sous les conseils de sa servante, la Reine ne s'était encombré que du strict minimum, et avec même pensé à se changer. Elle portait donc une robe cintrée de couleur sombre, ses cheveux longs et roses étaient relâchés. Son allure contrastait réellement avec tout le faste dont elle faisait preuve par temps normal, en raison de son statut. La commandante de l'armée n'y voyait que des avantages. Cela leur permettrait de ne pas trop attirer l'attention, non seulement pendant le trajet, mais aussi une fois arrivés à Furisato. Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys saluèrent la Reine respectueusement, les trois derniers étant très impressionnés à l'idée de passer plusieurs heures avec elle. Len, particulièrement, paraissait assez stressé à l'idée de devoir suivre le protocole en permanence, lui qui n'avait déjà pas fait forte impression lors de leur première rencontre. Il déglutit plusieurs fois avec difficulté, et dût subir les moqueries (gentillettes) de sa sœur qui avait parfaitement compris son problème.

Finalement, le voyage se déroula sans encombre jusqu'au village. Len n'avait que peu ouvert la bouche, par crainte de mal réagir, se contenant de répondre poliment aux questions de la Reine Luka. Par chance, celle-ci ne se révéla pas trop curieuse sur leurs origines, devinant certainement que les jumeaux n'auraient aucune envie de lui en apprendre davantage.

Dans Furisato, le petit carrosse se gara devant la maison de feu le chef O'Umi. Un groupe formé par plusieurs gardes du village, accompagné par quelques soldats de la Garde royale fournis par Miku les attendaient. A leur tête se trouvait le lieutenant Hiyama Kiyoteru, qui paraissait un peu stressé et sérieux sous ses grosses lunettes. Gumi et Yuma sortirent tout d'abord du convoi, suivi par Rin, Len et Alys qui furent tous salués calmement par le groupe. Suivit Miku, qui put bénéficier d'un splendide garde-à-vous de toute la compagnie. Quelques instants plus tard sortit la Reine Luka. Une expression de stupeur pouvait se lire sur tous les visages des soldats présents, sans exception. Tous rencontraient la Reine pour la première fois. Il était tellement rare que celle-ci ne s'aventure en dehors de son palais. Tous s'agenouillèrent devant elle, avant que la souveraine ne leur demande de se relever d'un simple geste. Ensuite, Hiyama s'avança vers elle :

- Ma Reine, c'est un honneur de vous recevoir ici. Votre visite, quoi qu'impromptue, me remplit de joie, commença-t-il poliment.

- Merci, lieutenant Hiyama. Mais ne perdons pas de temps voulez-vous ? Que s'est-il passé ici ? demanda la Reine.

Entre-temps, Miku s'était avancée afin de se mêler à la conversation, tandis que tous les autres restèrent à l'arrière, tenant de suivre la conversation de loin.

- Le chef O'Umi a été tué, comme vous le savez certainement.

Personne ne marqua d'expression de surprise après cette réplique. Miku ne s'attendait pas vraiment à une bonne nouvelle, et s'était déjà préparée au pire.

- Est-ce que je pourrais voir le corps ? interrogea la commandante.

- Oui, bien sûr. Venez avec moi.

Le groupe suivit et pénétra dans la demeure de l'ancien leader. Luka fut prise d'un léger choc à la vue de tous ces murs tâchés de sang et des corps de soldats décédés au combat qui gisaient sur le sol. Un si triste spectacle n'aurait jamais dû être montré à une Reine. Miku se posa à ces côtés comme pour la rassurer et la soutenir, tandis que la Reine reprit ses esprits et poursuivit son chemin. Pendant ce temps, Hiyama continuait ses explications :

- Comme vous pouvez le constater, la plupart des gardes ont été attaqués. Et pourtant, on ne dénombre que peu de pertes. La grande majorité des soldats présents souffrent de blessures graves mais leurs jours ne sont pas en danger. Dans le style, c'est un véritable travail d'orfèvre! Ils n'ont massacré quasiment que le strict minimum.

Miku interrompit le discours du lieutenant en lui signifiant d'éviter de glorifier le travail des malfrats. Mais, elle dût bien avouer qu'il avait raison en quelque sorte. Et cela l'ennuyait profondément. En effet, cette attaque ne ressemblait à aucune des trois précédentes, qui avaient particulièrement tourné au jeu de massacre ; il ne restait aucun survivant. Ici, elle eût l'impression que le tueur avait changé de mode opératoire, et ceci n'était jamais de bon augure. Elle garda pour l'instant ses réflexions pour elle, alors que le groupe arrivait devant la dépouille de l'ancien chef.

Gumi et Yuma, et même Rin et Len étaient désormais habitués à ce genre de spectacle d'horreur. Les jumeaux maîtrisaient maintenant davantage leurs émotions et réussissaient à cacher leur dégoût. Len parvint même à faire le tour des différentes pièces à la recherche d'éventuels indices. Finalement, c'était la raison pour laquelle il se trouvait là. Il en arriva à la même conclusion que Miku, le ou les tueurs n'avaient pas utilisé d'armes à feu cette fois. Mais pourquoi donc ? se demanda-t-il. Il se dirigea vers sa sœur pour lui demander son avis :

- Tu as remarqué, ils ont tous été tué au sabre. Plus de pistolet. C'est bizarre.

- Peut-être qu'ils n'ont plus de munitions, en conclut judicieusement Rin.

- Tu veux dire qu'ils sont assez stupides pour ne pas prévoir assez de balles pour boucler tous leurs assassinats ?

- Ben oui, c'est évident ! Ils ne sont peut-être pas aussi malins qu'ils en ont l'air. Ils peuvent aussi faire des erreurs.

- Ouais, mais ils ont quand même réussi leur coup. Ça veut dire qu'ils ont dans leurs rangs des personnes qui maîtrisent le combat au sabre. Et plutôt bien, vu ce que l'on voit ici.

Leur conversation fut soudainement interrompue par Miku.

- Vous pouvez vous taire deux minutes ! On se recueille ici !

En effet, les cinq autres membres du groupe s'était dispersés en cercle autour de la dépouille d'O'Umi, et observaient une minute de silence, la Reine Luka versa même quelques larmes, encore sous le choc du décès du chef. Une fois celle-ci terminée (les Kagamine ayant entre-temps rejoint le groupe), Miku s'adressa aux jumeaux :

- On va terminer la visite de la maison, mais après, il faut qu'on parle. C'est compris ?

- Oui, chef, répondirent militairement Rin et Len.

Le petit état-major de la Garde royale fit rapidement le tour de l'habitation, toujours accompagné des explications du lieutenant Hiyama. Au final, il n'y avait qu'à voir diverses traces de sang sur les murs, ainsi que les quelques cadavres de corps mutilés, les nombreux blessés ayant été transportés à l'hôpital. Ils arrivèrent enfin dans la salle principale du chef, à l'endroit même où il fut tué, et refirent rapidement un état des lieux.

- C'est ici que l'on a arrêté le suspect. Il est en ce moment même dans la prison du village, lança Hiyama Kiyoteru.

- Quoi ? fit Miku. « Vous avez un suspect et vous nous le dites que maintenant ? C'est la chose la plus importante ! »

- Mais quel débile ! se contenta de déclarer Gumi.

- Je veux le voir immédiatement, ordonna Miku.

- Bien, rétorqua Hiyama en baissant la tête.

La commandante fit une pause un instant afin de donner ses instructions à son groupe. D'une part, elle demanda à Gumi et Yuma de se rendre à l'hôpital interroger les victimes de la nuit, afin de savoir s'ils n'avaient pas pu apercevoir le visage de leurs assaillants. D'autre part, elle ordonna à Rin, Len et Alys de les accompagner, elle, la Reine et le lieutenant, pour aller interroger le suspect arrêté. Les deux sbires s’exécutèrent et quittèrent la maison immédiatement. La commandante n’appréciait pas spécialement devoir se séparer de ses deux subalternes (puisqu’en outre, il fallait assurer la protection de Luka), mais elle n’avait pas d’autre choix. Elle était certaine que les Kagamine pouvaient s’avérer utiles durant l’interrogatoire. Au final, elle se retrouvait seule pour protéger la Reine, mais ce n’était pas la première fois. Elle demanda cependant à Gumi et Yuma de faire vite, car elle aurait rapidement besoin d’eux. La commandante n’osait pas envoyer qu’un seul homme à l’hôpital, par mesure de sécurité, mais elle ne désirait pas non plus rester seule trop longtemps, afin de pouvoir gérer la protection de la Reine. Miku s'éclipsa un instant avec les jumeaux. Elle avait quelques questions à leur poser. Hiyama fut lui bien embêté de se retrouver seul avec la souveraine et une jeune femme qui lui était complètement inconnue, et ne savait pas vraiment comment réagir.

Miku, Rin et Len se réfugièrent dans le petit cagibi regroupant les corbeaux.

- Bon, il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi le tueur s'est-il mis à supprimer ses victimes au sabre maintenant ? Pourquoi n'a-t-il pas utilisé son ancienne méthode ? Je suis certaine que vous savez pourquoi !

Miku paraissait extrêmement directe. Rin et Len avaient bien une idée de la raison qui avait poussé le meurtrier à changer ses plans, mais comme toujours, les jumeaux tentaient de ne pas trop se dévoiler. Cela commençait à devenir difficile. Déjà dans la tour du village de Kuni, Len s’était attelé à fournir des explications assez sommaires, faisant mine de chercher dans ses souvenirs. Il adopta une fois de plus la même stratégie. Cette fois-ci, il prit comme référence ses anciens discours, et reparla des munitions. Selon son hypothèse, le tueur ne possédait plus de munitions et avait dû se lancer dans un plan B. Miku ne l’interrompit pas. Bien sûr, ce déferlement d'informations le rendait suspicieux, mais ce n'était pas le moment de se lancer dans une séance d’interrogatoire avec les Kagamine. Ils ressortiraient forcément les mêmes excuses qu'auparavant, et elle ne pouvait toujours pas se permettre d'être trop sévère avec eux. Secrètement, elle espérait que la suite de l'enquête les force à dévoiler leurs secrets petit à petit. Miku remercia enfin Len pour ses éclaircissements et tous les trois retournèrent dans la salle adjacente rejoindre la Reine, Hiyama et Alys. La commandante reprit immédiatement la parole, et donna ses ordres d'une façon pour le moins assurée.

- Bon, vous allez m'emmener voir ce suspect, et vous bloquez toutes les issues du village.

- D'accord, fit Hiyama. « Mais pourquoi restreindre l'accès au village ? »

- Je veux que personne ne sorte d'ici avant que j'aie fini d'interroger cet homme. De toute évidence, il avait des complices. Vu le niveau des hommes que j'ai envoyé ici, un seul combattant n'aurait jamais réussi à venir à bout d'eux.

- Oui, je comprends. Mais qu'est-ce qui vous fait penser que ses complices n’aient pas déjà quitté Furisato ? demanda judicieusement le lieutenant.

- Je n'en suis pas certaine, mais je pense qu'ils doivent s'inquiéter de la poursuite de leur plan. Quelque chose me dit qu'ils ne sont pas loin, et qu'ils surveillent les faits et gestes de l'homme qu'on a arrêté, de peur qu’il ne mette leur plan en péril. D'ailleurs, parlez-moi plus du prisonnier…

Alys s'approcha un instant de Rin et de Len, et leur demanda ce que Miku avait bien pu leur demander. Elle se méfiait des desseins de la commandante, surtout en ce qui concernait les jumeaux, qui s'empressèrent de la rassurer :

- Toujours la même chose, elle est persuadée qu'on lui cache des choses, et veut nous demander notre avis sur tout ce qui se passe ici, expliqua Rin. « Mais elle ne se montre pas menaçante, ne t'inquiète pas... ». Len approuva les dires de sa sœur d'un signe de tête, et Alys poussa un soupir de soulagement.

Le groupe quitta la maison et se dirigea à pied vers la prison du village. Ils passèrent devant la carrosse qui les avait amenés ici, lorsque Miku alpaga Rin et Len et leur demanda de la suivre encore quelques instants. Elle pénétra dans la diligence, et leur demanda de patienter. Quelques secondes plus tard, la patronne en ressortit munie de deux sabres officiels de la Garde royale, qu'elle donna aux jumeaux. En outre, elle leur glissa silencieusement :

- Je vous donne ceci en cas d'urgence. Faites attention, il ne s'agit pas ici d'un exercice. Je pensais pouvoir m'occuper seule de la protection de la Reine, mais les complices du tueur pourraient s'avérer plus gênants que prévu. Portez ça à votre ceinture, et restez sur vos gardes…

Les jumeaux avaient imaginé différemment le moment où on allait leur remettre officiellement leur sabre. De plus, ils pensaient que cet instant allait arriver plus tard. Ici, les événements se bousculaient. Ils durent effectuer pas mal d'efforts afin de supporter la pression. Ils jetèrent un regard quelque peu inquiet sur le reste du groupe, et plus particulièrement sur la jeune femme à la tresse bleue, qui les gratifia d'un sourire rassurant qui leur donna du baume au cœur. Ils rejoignirent les trois autres personnes et redoublèrent de concentration. Pendant ce temps, Hiyama retraçait à Miku l'arrestation de leur prisonnier.

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Gumi et Yuma arrivaient enfin à l'entrée de l'hôpital qui regroupait tous les soldats blessés lors de l'assaut de la veille. Les deux lieutenants spéciaux de la Garde s'adressèrent directement à une infirmière qui leur ouvrit la porte de la salle où se trouvaient les gardes blessés, une fois que les deux combattants eurent décliné leur identité. Elle leur expliqua que la plupart des soldats allait pouvoir s'en tirer ; en effet, ce type de blessures était assez courant dans leur corps de métier, et le service médical de Furisato était passé maître dans l'art de soigner les blessures de guerre. Pourtant, l'infirmière ne put s'empêcher de se laisser aller à une petite confession :

- C'est bizarre ! C'est la première fois que je vois ça. D'habitude, le nombre de morts dans les cas comme celui-ci augmente en flèche, même après leur arrivée à l'hôpital. Mais ici, on dirait que leurs ennemis ne voulaient que les mettre hors d'état de nuire, mais sans pour autant les tuer. Depuis hier, nous n'avons compté qu'un seul soldat mort suite à ses blessures, alors qu'on les compte par dizaines d'habitude.

- Merci beaucoup, lui rétorqua poliment Yuma. « Vous pensez qu'on peut se permettre de s'entretenir avec certains d'entre eux ? Notre but est d'obtenir le plus d'informations possible sur leurs assaillants... »

- Bien sûr ! Répondit l'infirmière. « Les soldats en meilleure santé sont ceux qui se trouvent à l'entrée de la pièce. Je pense qu'ils pourront davantage vous aider… », leur conseilla-t-elle. « Excusez-moi, mais je vais devoir vous laisser... »

- D'accord, encore merci ! lança Gumi.

Yuma regarda ensuite son équipière d'un air étonné. « Depuis quand tu es aussi aimable ? » s'interrogea-t-il en souriant.

- Je fais un travail sur moi, rigola-t-elle. « Comme quoi, il n'est jamais trop tard. »

Les deux sbires s'avancèrent ensuite vers le lit d'un soldat. Celui-ci était assis tranquillement et était plongé dans la lecture d'un livre de stratégie militaire, bien connu de Gumi et Yuma. Cet ouvrage faisait en effet partie des indispensables à connaître une fois que l'on voulait monter de niveau dans l'armée.

- Bonjour, fit Yuma. « Très bonne lecture ! Le passage sur les mouvements de cohorte est particulièrement intéressant ! On se présente : je suis Yuma, et voici ma coéquipière Gumi, lieutenants spéciaux de la Garde royale. » Gumi fit un signe de la main pour saluer le garde.

Celui-ci ne put cacher l'étonnement sur son visage. « Vous êtes Gumi et Yuma, les bras droits de la commandante Miku ?! Chargés de la protection de la Reine ! C'est un honneur pour moi de vous rencontrer. » Malgré sa blessure, le soldat afficha un large sourire qui trahit son enthousiasme. Puis demanda quelques instants après : « Mais pourquoi deux personnes aussi importantes que vous désirent me parler ? »

- Justement, nous travaillons à l'enquête sur l'attaque dont vous avez été victime hier. Nous aimerions savoir ce que vous avez vu. Toute information pourra nous être utile, expliqua le lieutenant à la tenue noire.

- Est-ce que vous avez pu voir le visage de vos ennemis ?, interrogea Gumi.

- Non, malheureusement, Madame. Ils avaient pris soin de dissimuler leur visage sous un bout de tissu. Tout s'est passé très vite, ils étaient très habiles, et avaient probablement bien préparé leur coup. Ils ne se sont pas lancés dans leur attaque sans réfléchir, et ont attaqué les pièces une par une, en silence, si bien que nous ne les avions pas entendus… Ils étaient trois : un grand homme longiligne avec les cheveux blonds. De ce que j'ai entendu, celui-ci a été arrêté.

- Oui, justement. La commandante Miku est en train de l'interroger. Qu'en est-il des deux autres ?

- Hatsune Miku est ici ?! s'étonna le garde. « J'aimerai tellement la voir ! », s'enthousiasma-t-il.

- Venez-en au fait ! coupa sèchement Gumi. « On est pressé ! » Visiblement, son élan de bonté n'avait duré que quelques instants, et la combattante aux cheveux verts avait repris ses bonnes vieilles habitudes.

- Oui, Madame. Donc, en plus de l’homme qui a été arrêté, il y avait deux jeunes hommes aux cheveux verts, courts. Ils se ressemblaient, je me demande si ce n’était pas des jumeaux.

- Oh, d’autres suspects ?! hurla Gumi. « Il faut vite prévenir Miku ! Est-ce que vous avez autre chose pour nous ? »

- Non, malheureusement, ajouta l’homme. « Il faut dire que… ».

Il n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que Gumi emprunta le chemin de la sortie. Même s’il était impatient, Yuma prit tout de même le temps de remercier leur témoin pour son aide, de sorte de ne pas passer pour une personne asociale et froide, comme sa collègue. Les deux combattants se dirigèrent ensuite vers la prison de Furisato, où Miku leur avait demandé de la rejoindre. Ils recroisèrent de nouveau l’infirmière qui les avait accueillis à l’entrée, mais Gumi ne fit pas preuve de davantage de familiarités, et gronda Yuma, qui selon elle perdait trop de temps à saluer tout le monde.

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Cachés dans la pénombre provoquée par les arbres, deux jeunes hommes observaient une scène au loin. Ils virent un étrange cortège de personnalités se déplacer vers la prison du village, tous d’un pas décidé. Ils portaient toujours leurs masques de fortune, et seuls leurs cheveux verts trahissaient leur identité.

- Tu es certain qu’ils l’ont enfermé ici, Roku ?

- Oui, c’est la prison. A mon avis, ils veulent l’interroger…

- Mais, attends, la fille aux cheveux roses là-bas, ce ne serait pas la Reine Luka ? s’étonna Kyuu Genshine.

- Cela m’étonnerait, rétorqua son frère. « Ils ne se permettraient pas de transporter une personne si importante sur le lieu d’un crime… »

- Et pourtant, je suis certain d’avoir vu un portrait d’elle chez Fukase. C’est elle ! Pas de doute possible.

- Mais qu’est-ce que ça change, demanda Roku. « Ce n’est pas comme si elle était sans défense, des gardes sont là pour la protéger ! »

- C’est quand même une bonne occasion ! En plus, il nous faut être sûr que Yohio ne lâche rien sur nos plans. Il vaut mieux aller surveiller. On va s’infiltrer en douceur dans la prison. », ordonna l’aîné.

- S’infiltrer dans une prison… Mais tu es un grand malade !

Kyuu n’écouta même pas les remarques de son frère, et se dirigea directement vers l’arrière du bâtiment. Roku n’eut d’autre choix que de le suivre. Peut-être arriverait-il à refroidir ses ardeurs, et à le faire entendre raison…
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 05 septembre 2016, 21:04:24
Et voici le chapitre 9, avec une petite surprise à la fin  :hh:

Bonne lecture !

N'hésitez pas à me donner vos retours, je cherche toujours à m'améliorer, et je suis ouvert à tout^^

Spoiler
Chapitre 9 - The Shawshank Redemption

Hiyama Kiyoteru menait tranquillement le groupe composé de Miku à sa tête, suivie de près par la Reine Luka, alors que Rin, Len et Alys marchaient quelques mètres derrière. Ces trois derniers étaient encore impressionnés par les pensionnaires de l'endroit. Il s'agissait en effet de la première fois qu'ils pénétraient dans une prison. Après avoir traversé le petit hall d'entrée, le lieutenant Hiyama avait ouvert une lourde porte en fer qui menait vers les geôles. La prison de Furisato n'était pas bien grande, tout au plus servait-elle à mettre aux arrêts quelques petits bandits qui erraient dans la région. En grande majorité, les plus grands criminels du pays séjournaient dans la Prison royale, qui se situait un peu à l'écart de la ville de Kyôu. Cette prison était bien connue de la commandante Miku, car, en plus de sa tâche de protectrice attitrée de la souveraine, elle représentait également le bras armé de la justice du pays de Kuni. Et même si elle avait déjà eu à faire à de nombreuses responsabilités, Miku dût bien avouer que c'était la première fois qu'elle se retrouvait confrontée à une affaire aussi mystérieuse et sordide. Elle, d'habitude si assurée, commençait à douter de sa propre capacité à résoudre ces meurtres, et ne parvenait pas à deviner de quoi l'avenir serait fait. Ces moments de doutes ne lui arrivaient pas souvent, et tout au plus, duraient-ils que quelques secondes, mais elle s'efforça tout de même à garder bonne figure, car, cette fois, la Reine, qui avait toute sa confiance, avait décidé de l’accompagner. L'échec n'était pas acceptable.

Le groupe progressait donc à travers un long couloir sombre, à peine éclairé par quelques bougies placées çà et là. Rin, Len et Alys sursautèrent parfois à cause des injonctions des prisonniers, qui s'exclamaient devant la beauté de la jeune femme à la tresse en des termes peu élogieux. Il arrivait même que quelques malfrats eurent des mots tendancieux à l'égard de Rin (souvent ces remarques étaient très gênantes et glauques). Len serra les dents pendant quelques instants pour contenir sa colère. Il ne supportait pas que l'on dise quoi que ce soit sur sa sœur. Bien sûr, Rin était bien loin d'être une fille faible, il en avait conscience, mais c'était plus fort que lui, le lien qui l'unissait à sa jumelle était si fort, qu'il ne supportait aucune remarque envers elle, surtout des mots aussi lubriques. Et, quand il s'agissait de protéger Rin, le jeune garçon était capable de tout.

Heureusement, le sextet ne demeura pas très longtemps dans ce couloir. Le suspect, Yohio, avait en effet été placé à l'écart des autres détenus, sans doute à cause de sa dangerosité, et de son caractère précieux. Il disposait donc d'une cellule spéciale, un peu plus grande que la moyenne, et composée d'un petit lit, d'une table, d'une chaise, et de toilettes installées dans un coin. Lorsque le groupe entra tout à tour dans la pièce de la cellule, Yohio était assis tranquillement sur son siège, ligoté, et observait d'un regard sombre tous les arrivants. A cet instant, Hiyama commença :

- Pour l'instant, il nous a juste dit son nom, Yohio, mais nous n'en savons pas plus. Mes subalternes ont bien essayé de le faire parler, mais sans succès.

- Peut-être n'y êtes-vous pas allé assez fort… suggèra Miku.

- Je ne sais pas… Je pensais faire une tentative par moi-même, plutôt que de laisser cela à mes collègues, si cela ne vous dérange pas.

- Faites donc, confirma Miku. Derrière elle, la Reine approuva d'un signe de tête.

Alors qu’Hiyama pénétra dans la cellule, Miku s'approcha des Kagamine :

- Faites attention, essayez d'observer le prisonnier, et de déceler n'importe quel comportement suspect. Non seulement, cela fait partie de votre formation de la Garde royale, mais j'ai aussi le sentiment que vous pourriez découvrir quelque chose…

La commandante laissa planer le doute dans ses mots, et pourtant elle était assurée de la véracité de son discours. Elle savait précisément que quelque chose liait les jumeaux à Yohio. Elle piétinait d'impatience de recoller les pièces du puzzle. Pour l'instant, l'urgence se situait à cet endroit même, alors que tout le groupe se trouvait devant le suspect principal des meurtres commis dans tout le pays. Pour Miku, le mystère des Kagamine était devenu quelque peu « secondaire », bien que celui-ci ne quittât pas totalement son esprit. Finalement, tout ceci allait bien finir par se décanter tout seul, au fur et à mesure de l'enquête ; elle en était persuadée.

Le lieutenant Hiyama avait pris place sur une chaise en bois, juste en face de Yohio, à l'autre bout de la petite table. Le malfrat ne regardait jamais le policier dans les yeux et garda tête baissée. Kiyoteru avait établi une stratégie : il était contre la torture et pensait qu'elle ne menait à rien, et pensait pouvoir négocier avec Yohio.

- Nous avons quelques propositions à vous faire : vous collaborez avec la police de Furisato, et nous abandonnons les charges contre vous.

Yohio ne répondit pas, garda le silence quelques instants, puis laissa échapper un immense éclat de rire.

- C'est donc là votre idée ? Vous pensez pouvoir me soudoyer en me proposant un tel chantage ? lança-t-il avec un sourire à faire glacer le sang. « Vous pouvez continuer à vous amuser de la sorte, mais je vous le dis tout de suite, cela ne fonctionnera pas. Il n'y a aucun moyen que vous ne me proposez davantage que ce que me donne déjà mon patron ! »

- Donc, vous travaillez quelqu'un, vous n'êtes pas le cerveau du réseau… Merci, ça nous fait déjà une information, ajouta ironiquement le lieutenant.

Hiyama agissait de manière plus fine qu'il n'en avait l'air. En homme intelligent, il avait saisi qu'il ne possédait certainement aucun moyen de faire fléchir son suspect. Toutefois, après l'avoir observé quelques temps, il avait remarqué que celui-ci n'était pas doté d'une grande intelligence, il pouvait donc jouer un peu avec lui.

Le groupe observa tranquillement la scène. Malgré son tour de force de la première question, Hiyama ne parvint plus à faire parler Yohio, qui se méfiait. Miku devenait de plus en plus impatiente. Selon elle, ce n'était pas la bonne méthode. Ce genre d'hommes était irrécupérable, et il n'existait aucun moyen de négocier correctement avec eux. La commandante de la garde n'était pas une adepte de la torture, mais devait parfois se résoudre à l'employer en cas d'extrême nécessité. Cela lui était déjà arrivé (et elle détestait ça), et elle s'était promise à elle-même d'éviter le plus possible ce genre de pratiques, mais la situation était grave. Elle cogna alors sur les barreaux de la cellule à l'aide de son katana, et ordonna au lieutenant de lui laisser la place. Celui-ci s'exécuta, il était bien trop à cheval sur la hiérarchie pour refuser quoi que ce soit à la guerrière aux couettes bleues. Les deux soldats se croisèrent à l'entrée de la cellule, lorsque Miku se retourna :

- Len, tu viens avec moi !

– ---------------------------------------------- –

Les frères Genshine se trouvaient toujours devant la prison. Ils observaient avec attention l'entrée principale de celle-ci, cachés chacun derrière deux gros chênes. La porte était gardée par deux soldats. Roku profita de ce petit moment de calme afin de raisonner son aîné, qui s'était selon lui lancé dans une mission bien trop périlleuse :

- Kyuu, c'est de la folie ! Cet endroit doit être super sécurisé ! En plus, il y a toute l'escorte de la Reine à l'intérieur. On ne pourra pas s'en défaire juste à deux.

- Oui, tu as certainement raison, rétorqua l'aîné. Kyuu pouvait faire preuve d'une grande impulsivité, et il lui arrivait souvent de se lancer sans trop réfléchir. Heureusement, la seule personne qui pouvait le faire changer d'avis était toujours à ses côtés, son jumeau Roku. « N'empêche que je ne suis pas à l'aise avec Yohio là-dedans. Quel imbécile! Je n'ai pas confiance en lui, il pourrait cracher le morceau, et je voudrais m'assurer qu'il ne dise rien ! »

Le cadet devait bien avouer que son frère disait vrai. Lui non plus n'avait pas d'atomes crochus avec l'homme aux cheveux blond platine (c'était peu de le dire), et il ne se réjouissait pas à l'idée de devoir aller le sauver, mais il fallait protéger leur secret. Roku était pourtant légèrement satisfait : son frère semblait avoir renoncé à l'idée de prendre la Reine en otage. Il avait tout de même pris quelques minutes pour revoir son jugement. Il n'empêche que leur petite escapade dans la prison restait potentiellement extrêmement dangereuse. Il fallait donc établir un plan d'action.

- Bon qu'est-ce qu'on fait ? Demanda judicieusement Roku.

- Je ne sais pas… On ne peut pas se lancer comme ça, c'est trop risqué. Il faudrait d'abord savoir où se trouve Yohio, et puis on voit… conclut Kyuu.

Le duo se mit donc à faire le tour du bâtiment, à la recherche d'éventuels indices sur sa disposition. N'importe quoi pouvait leur donner une quelconque information, de la forme des murs à l’emplacement des fenêtres équipées de barreaux. L'aîné des Genshine faisait complètement confiance à son frère sur ce coup-là, Roku ayant déjà prouvé ses capacités d'analyse de nombreuses fois. Ils arrivèrent vers l'arrière de la prison quand ils entendirent une voix familière. C'était Yohio, qui venait de répondre au lieutenant Hiyama et qui refusait son marché. Ceci rassura les Genshine : d'une part, il semblait bien que le guerrier blond ne voulait aucunement collaborer avec l'ennemi, et d'autre part, ils avaient enfin découvert sa geôle. Le seul hic résidait dans le fait que celle-ci se trouvait tout à l'arrière de la prison, et qu'il fallait donc traverser tout le bâtiment sans être repéré, avant d'éventuellement pouvoir le libérer. Leur petite escapade commençait tout doucement à ressembler à une mission-suicide. « Qu'importe ! », lança Kyuu. « Nous n'avons pas vraiment le choix, il faut bien nous résoudre à le libérer, sinon Fukase nous en tiendra rigueur ». Le grand frère marqua un instant de pause « Il commence vraiment à me casser les noix, celui-là ! Qu'est-ce qui a pris Fukase d'engager un débile pareil ? » Roku se contenta de rire discrètement sous sa tunique, mais il devait bien avouer qu'il était assez d'accord avec son jumeau.

Les Genshine finirent donc leur tour de la prison, et commençaient déjà à réfléchir à un plan.

- Notre seul moyen, c'est de faire diversion… On crée la pagaille chez les prisonniers, en espérant que ça dérange leur interrogatoire, et on s'infiltre en douceur, en espérant qu'il n'y ait pas assez de monde vers Yohio pour qu'on puisse le libérer…

L'idée de Kyuu n'était certainement pas la meilleure du monde mais c'était la seule dont ils disposaient. Au grand dam de Roku qui se rendait bien compte de la problématique, mais qui trouvait toujours cette opération bien trop risquée pour le résultat qu'elle pouvait apporter, à savoir libérer une ordure de la pire espèce, qui en plus, pouvait de nouveau les déranger dans le cadre de la suite des opérations. Cependant, Fukase leur avait bien stipulé de collaborer avec lui, et il fallait obéir aux ordres. Ils se rendirent donc vers l'entrée de la prison et firent rapidement perdre connaissance aux deux gardes présents.

- Bon, allons-y !

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Miku entra dans la cellule de Yohio, auréolée d'une prestance sans pareille. Len la suivait plutôt discrètement, se demandant encore en quoi il pourrait l'aider. Il n'avait en effet aucune connaissance de ce type de pratiques, il se retrouvait même pour la première fois face à face avec un criminel. Il ne se sentait pas à l'aise et cela se remarquait sur son visage. Par contre, Miku faisait preuve d'une aisance à toute épreuve : elle s'installa tranquillement sur la chaise située en face de Yohio, et le gratifia d'un sourire ponctué de malice. D'un geste, elle signifia à Len de se placer à sa droite. Puis, elle s'empara d'un petit couteau qui était placé dans un fourreau situé à sa cuisse gauche et commença à jouer avec sur la table, toujours sans adresser un seul mot au suspect, le sourire aux lèvres de façon permanente. Afin d'apporter encore plus de tension, elle commença même à murmurer entre ses lèvres l'air d'une célèbre chanson du pays. Len observait la scène, désemparé, il ne saisissait pas à quoi rimait tout cela. Toutefois, il n'adressa aucune remarque à la commandante, pensant qu'elle avait sans doute une idée derrière la tête, tant elle avait l'air sûre d'elle-même.

Miku continuait tout son petit jeu un petit instant, tandis que Yohio ne bougeait pas d’un poil. Puis, la patronne s’arrêta soudainement, et lui posa sa première question :

- Alors, on sait très bien que c’est toi qui as tué les chefs de village… Tu pourrais nous apprendre plus sur tes objectifs ? demanda-t-elle, en jouant avec son couteau.

- Vous pensez me faire peur ? Vous ne me ferez jamais parler ! hurla le jeune blond, en y ajoutant un rire narquois.

La commandante garda le silence, et se dirigea vers l’arrière de la chaise sur laquelle le prisonnier était assis. Elle sectionna d’un coup les liens qui attachaient ses mains. Yohio fut un peu plus libre de ses mouvements, bien que son tronc soit toujours attaché au siège. Il posa alors calmement ses mains sur la table. Miku reprit sa place, juste à côté de Len qui s’interrogeait toujours sur la stratégie de son chef, mais il ne bronchait pas. Sa sœur et lui avaient tout intérêt à laisser faire Miku. Si Yohio lâchait quelques informations, cela pourrait peut-être leur permettre de trouver un moyen de rentrer chez eux. Cela restait toujours leur objectif, et même si les évènements s’étaient enchaînés rapidement, ils ne l’avaient jamais perdu de vue.

Miku se rassit lentement, et reposa sa question :

- Une nouvelle fois, quel est votre objectif ? La chute de l’Etat ?

Yohio continua à faire la sourde oreille, et pourtant la jeune femme aux cheveux bleus continuait à sourire. Derrière, le groupe composé de Rin, Alys, la Reine Luka et le lieutenant Hiyama observait la scène avec attention.

- Une dernière fois, tu vas répondre à ma question ?

- Pfff… souffla Yohio.

Soudainement, le couteau de Miku vint se planter dans le plat de la main du malfrat, ce qui causa chez lui une douleur lancinante. Il émit quelques gémissements (lui qui était déjà blessé), alors que Miku se mit à pousser un rire sadique.

- Bon, on va passer à l’étape suivante, alors ! Len, j’ai besoin de toi, tu peux le tenir le temps que je continue l’interrogatoire ?

Len s’exécuta. Le dernier mouvement de Miku l’avait surpris, ainsi que toute l’assemblée, et il ne voulait en aucun cas la contrarier. La commandante s’empara alors de la main droite du prisonnier et la posa à plat sur la table en bois.

- Bon, je t’explique… A chaque question sans réponse, c’est une phalange en moins… Fais attention, tu n’en as que vingt-huit ! Alors, je commence, que cherchez-vous à faire ?

Yohio continuait à hurler et gesticuler, pendant que Len luttait pour le tenir tranquille et pour éloigner sa vue de cette scène, de la même façon que Rin et Alys, qui ne tenaient pas spécialement à assister à pareille torture. Luka et Hiyama restaient, quant à eux, concentrés. Le prisonnier ne répondait toujours pas à la question, alors Miku enchaîna :

- Tu préfères quel doigt en premier ? L’index ? Le majeur ?

- Vous êtes complètement folle, rétorqua Yohio.

- Mauvaise réponse !

Et Miku lui sectionna la première phalange de l’index. Le sang coulait abondement sur la table en bois et tâchait quelque peu les vêtements et le visage de la jeune femme. Mais elle n’en eût cure et continua ;

- Plus que vingt-sept chances ! Qu’est-ce que vous cherchez ?

De l’autre côté des barreaux de la prison, Rin et Alys exhortaient Miku d’arrêter ce massacre. La femme à la tresse bleutée supplia même poliment la Reine pour arrêter ce massacre. Celle-ci l’ignora simplement, puis, quelques instants plus tard, ajouta pour se justifier :

- Cela ne me plaît pas plus qu’à vous, vous savez, mais nous n’avons pas d’autre choix, malheureusement. L’expression de son visage montrait qu’elle était sincère. « Je veux protéger mon pays, et, croyez-moi, je ne suis pas fière de ce que nous sommes en train de faire là ! J’éprouve énormément de difficultés à rester impassible devant une telle scène mais il le faut… ». Puis, la souveraine crût bon d’ajouter : « Pour Miku non plus, ce n’est pas facile… Elle joue la comédie pour cacher son dégoût de ce genre de pratiques, vous savez… »

Alys tint son silence, subjuguée par la réponse de la Reine. Ces personnes avaient dû déjà voir pas mal d’horreurs pour réagir de la sorte. Les histoires que l’on racontait un peu partout au sujet de leur rôle dans le Grande Guerre Magique, alors qu’elles n’étaient que des enfants, seraient donc vraies ? La villageoise d’Uchi rejoint ensuite Rin dans un coin. La fille blonde ne pouvait pourtant défaire son regard de son frère, qui lui devait supporter tout cela aux premières loges.

Miku coupa ensuite la première phalange du majeur de Yohio, puisqu’il n’avait de nouveau pas daigné répondre.

- Qui vous commande ? Quel est son but ?

Au milieu des cris de douleurs, Yohio finit par lâcher « Fukase, son nom est Fukase ! »

- Ah, ben voilà, on avance ! lança Miku avant de se rasseoir calmement. Elle rappela ensuite Len à ses côtés. Le jumeau était particulièrement satisfait de ce moment de calme. Il avait tenté de garder son calme et de faire bonne figure devant tout le monde, mais ceci ne s’avérait pas évident. Quoi qu’il en soit, Miku continua ses interrogations, plutôt satisfaite du déroulé de l’entretien.

- Qui est ce Fukase ? Où peut-on le trouver ?

- Ah, il se trouve bien loin ! Il est hors de votre portée… Vous devriez demander aux deux blonds là, je pense qu’ils pourront vous dévoiler pas mal de choses, ajouta-t-il en fixant Len puis Rin dans le blanc des yeux. « Vous savez de quoi je parle ! Je me demande bien comment vous êtes arrivés jusqu’ici, vous deux… »

Miku se retourna alors rapidement vers les jumeaux, alors que soudainement, des cris horribles et forts se firent entendre de la prison, mettant un terme à l’interrogatoire.

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Les frères Genshine venaient de blesser chacun à leur tour les deux premiers prisonniers qui se tenaient près de l’entrée. D’un seul coup, Kyuu transperça la cuisse gauche de l’homme plutôt bien bâti qui était situé à sa gauche. Roku, quant à lui, s’était occupé du criminel de droite en lui entaillant l’épaule. Leur plan avait fonctionné, le but étant de créer la pagaille chez les prisonniers afin de faire diversion, et de forcer le groupe qui était en train d’interroger leur collègue, à sortir.

Les jumeaux s’étaient dissimulés dans un coin sombre, bien aidés par la lumière tamisée qui régnait dans l’endroit et ils attendaient patiemment. Ils virent ensuite la poignée de la porte bouger, puis Hiyama Kiyoteru sortir, suivi de près par Hatsune Miku, la Reine Luka, Rin, Len et Alys, dans cet ordre. Le lieutenant se rendit immédiatement près des deux premières cellules et remarqua les prisonniers blessés. Miku s’écria ensuite :

- Rin, Len, protégez la Reine à tout prix, on a un problème !

Dans l’ombre, Roku se faufila discrètement dans la pièce où se trouvait Yohio, à l’abri des regards, tandis que Kyuu s’engagea dans un combat avec la commandante de la Garde royale. Selon le comportement des autres personnes présentes, il avait remarqué qu’elle était celle qui présentait le plus de danger, les Kagamine se contentant de se tenir près de la Reine Luka.

Il tenta une manœuvre par derrière, qui ne trompa aucunement Miku, qui dégaina son sabre à une vitesse vertigineuse pour parer le coup de l’aîné aux cheveux verts.

- Vous êtes donc le complice de ce Yohio… Enchantée ! Par contre, ce n’est pas très noble de votre part de venir m’attaquer dans le dos.

- Au diable la noblesse ! Seul le résultat compte ! lança Kyuu.

- Alors, venez ! défia la guerrière aux couettes.

Kyuu se lança alors vers la commandante, tandis que les cris des prisonniers continuaient de retentir dans tout l’endroit. Contrairement aux autres ennemis qu’elle avait déjà eu à affronter, celui-ci s’avança plutôt prudemment. Il était rapide, certes, mais il ne se précipitait pas pour autant. C’était signe d’une très belle habilité au combat. De plus, ce garçon était plutôt agile et parvenait à esquiver les coups de Miku sans utiliser son sabre, ce qui lui donna alors l’occasion de contre-attaquer immédiatement. Le combat dura plusieurs minutes, au milieu des bruits de fracassements des lames entre elles, et des kïais poussés par les combattants. Plus le combat avançait, plus Miku se montrait dubitative par rapport au style de combat de Kyuu. On aurait dit que son but n’était que de gagner du temps, rien de plus. En effet, aucune attaque de sa part n’était accompagnée de suffisamment d’implication pour blesser son adversaire. L’aîné avait tout calculé : il savait pertinemment qu’il n’avait pas le niveau pour se mesurer à la patronne de la Garde royale, bras droit personnel de la Reine Luka, et avait donc axé son combat dans un sens précis. Il s’agissait pour lui de sa seule façon de s’en sortir. Il n’avait qu’à espérer que son cadet ne traîne pas trop à libérer Yohio, puisque toutes les autres personnes potentiellement gênantes étaient occupées.

De son côté, Roku avait réussi à pénétrer dans la cellule de Yohio sans être vu. Bien sûr, le lieutenant Hiyama avait pris soin de refermer la porte à barreaux qui retenait le garçon blond en cage.

- Ah, vous voilà, comment vous allez-faire pour me sortir de là, maintenant ? Fallait réfléchir avant ! pesta Yohio méchamment, et ce, malgré ses blessures.

- Taisez-vous ! s’écria Roku. « Et laissez-moi faire »

Roku sortit alors de sa poche un revolver six coups qu’il avait pris le soin de charger auparavant.

- Ça vous étonne, n’est-ce pas ? Fukase nous a procuré la dernière arme pour l’instant en sa possession. Mais comme on ne dispose de quelques balles, il vaut mieux l’utiliser avec parcimonie. C’est pour cette raison qu’on ne vous en a pas parlé, à vous, l’espèce de psychopathe.

Yohio ne protesta pas, assez satisfait de voir là une issue à son calvaire. Roku tira ensuite trois fois dans la serrure (vidant de ce fait le chargeur), détruisit celle-ci et fit sortir son collègue de sa prison. Le cadet eût juste le temps d’envelopper la main de son collègue (avec deux phalanges coupées) dans un petit linge avant de filer. La détonation avait eu pour effet de prévenir Miku, Rin, Len, Alys, Luka et Hiyama du pot-aux-roses.

- Qu’est-ce que c’est encore que cela ? Ah, zut, il y en avait un autre ! s’écria la patronne. Puis, elle se retourna vers Kyuu : « C’était juste une diversion, ton petit cinéma ? »

Kyuu ne lui répondit que par un large sourire. Toutefois, il devait garder sa concentration puisque Miku ne baissait en aucun cas sa garde. L’aîné se contentait juste de lui bloquer le chemin pour que Roku et Yohio puissent s’enfuir tranquillement. De son côté, Miku poussa plusieurs fois quelques cris de colère, étant donné l’évolution de la situation. Son principal suspect était en train de s’enfuir, mais elle ne pouvait pas abandonner son poste. Elle devait continuer à protéger la Reine, car Kyuu n’allait pas manquer l’occasion de s’emparer d’elle si la commandante baissait sa garde. Il en était de même pour les Kagamine, qui accomplissaient plutôt bien leur mission pour l’instant, mais ne pouvaient pas bouger non plus.

Alys se tenait alors dans un coin. Elle pouvait agir, mais cela signifiait également trahir son secret. Elle hésitait… Sa famille, et surtout son père, avaient déjà tellement souffert. La jeune femme à la tresse craignait de subir le même sort. Pendant ce temps, Roku laissa Yohio près de la sortie, et retourna près du groupe de combattants pour s’occuper du duo de jumeaux blonds qui protégeaient la Reine avec le lieutenant Hiyama. La situation devenait critique : tous étaient en train de lutter, alors que Yohio se dirigeait tranquillement vers la sortie. C’est alors qu’Alys fit un bond majestueux dont elle avait le secret pour s’élever au-dessus des combats en cours et se lancer à la poursuite du jeune blond. Elle le rattrapa finalement très vite, et lui asséna un coup de pied retourné en pleine tête qui le mit hors d’état de nuire. En une seule série de mouvements, la jeune femme avait réussi à retourner la situation en leur faveur. Les Genshine avaient échoué dans leur mission, puisqu’il leur était impossible de traîner un corps inconscient dans cette situation.

En outre, deux autres guerriers attendus depuis longtemps firent leur apparition sur le pas de la porte de la prison. Gumi et Yuma revenaient de leur tour à l’hôpital, et se retrouvèrent directement nez-à-nez avec un petit champ de bataille en puissance. Ils identifièrent les jumeaux gêneurs et dégainèrent leurs sabres respectifs simultanément, puis se dirigèrent vers les combattants aux cheveux verts, afin de prêter main forte à Miku.

- Ca sent mauvais ! lança Roku à son frère. « Je crois que nous devrions battre en retraite ! Tant pis pour Yohio ! »

- Je suis d’accord, répondit l’aîné. « On file ! »

Les jumeaux arrêtèrent immédiatement le combat, et profitèrent de leur excellente pointe de vitesse pour s’extirper de la prison. Gumi, Miku et Yuma s’attelaient bien sûr à tenter de les suivre, mais les trois combattants durent se mettre à l’évidence : ils n’étaient pas aussi rapide qu’eux.

Quelques minutes plus tard, le calme était revenu. Tout le groupe était encerclé autour du corps inconscient de Yohio, et reprenait son souffle.

- Bon, on a un suspect, ce n’est pas si négatif ! dit Gumi.

- Oui, mais je ne suis pas rassurée avec ces jumeaux dans la nature, ajouta Miku. « Yuma, une fois à la capitale, tu lanceras un avis de recherche dans tout le pays pour ces deux frères aux cheveux verts. »

- D’accord, répondit-il simplement.

- Quand à celui-ci, il vient avec nous à Kyôu, finit la commandante en pointant du doigt leur prisonnier allongé sur le sol.

Miku se retourna ensuite vers le trio formé par Rin, Len et Alys. Son expression de visage reflétait bien son état d’humeur, si bien qu’aucun des trois n’osa prononcer un seul mot.

- Vous trois, on aura des choses à se dire une fois rentrés à la capitale.

-- -------------------------------------------------- --

Les frères Genshine venaient de quitter le village, et s’étaient réfugiés dans la forêt. La nuit commençait à tomber et Roku venait de remplir leurs gourdes d’eau dans la rivière située tout près d’eux.

- Ca va Kyuu ? Tu n’es pas blessé ?

- Non et toi ? demanda le frère.

- Je n’ai rien.

Kyuu souffla plusieurs fois, et pesta sur son échec. Bien sûr, son plan était risqué mais les jumeaux était passés tellement près de l’exploit que la chute n’en était que plus dure. De plus, les deux frères allaient devoir en informer Fukase, leur chef, et ils savaient à quel point celui-ci pouvait se montrer de forte méchante humeur dans des cas comme celui-là.

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A Kyôu, la capitale, la nuit tombait également. Le quartier populaire de la ville avait retrouvé son calme après l’agitation habituelle de la journée. Dans le centre se trouvait une maison assez imposante, près de laquelle peu de personnes osaient s’aventurer. Pourtant, une jeune femme aux cheveux rouges se dirigeait avec fermeté vers la porte de cette maison et y entra sans même frapper. A l’intérieur, elle fit face à un bureau en désordre derrière lequel se trouvait une autre jeune femme au milieu de sa paperasse.

- Bonsoir Yukari ! Il paraît que Kaito m’a demandée ?

Yuzuki Yukari se releva et afficha un large sourire à sa visiteuse.

- Bonsoir Leora ! Oui, le boss t’a demandée. Il dit avoir une mission spéciale pour toi.

- Qu’est-ce qu’il me veut encore celui-là. J’espère qu’il me paiera bien cette fois !

- Il te l’expliquera bien mieux que moi, s’excusa Yukari. « Il est dans la pièce d’à-côté. Ta présence va le réjouir. Il n’a pas le moral au beau fixe pour l’instant. »

Leora poussa la porte qui menait vers le bureau de Kaito, et s’écria directement :

- Salut Kaito ! Qu’est-ce que tu me veux cette fois-ci ?

Elle s’arrêta immédiatement lorsqu’elle vit l’état dans lequel se trouvait la pièce. Tables cassées, murs tâchés de sang, tel était le spectacle qui s’offrait à elle.

- Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? demanda Leora.

- Une bourde de notre cher ami Namine ici présent, rétorqua le mafieux en désignant son petit associé. « Il pensait nous apporter une proie facile, et cette fille a mis tout mon repère dans cet état. »

Leora laissa Kaito continuer son discours.

- C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait appel à toi. D’après ce que cette fille nous a révélé, elle venait de la Garde royale, dans le quartier noble. Je veux que tu la retrouves et que tu la ramènes. Je veux lui apprendre les bonnes manières. Elle finira par me respecter.

La femme aux cheveux rouges marqua son étonnement :

- Mais, tu as toute une équipe à ton service. Pourquoi tu voudrais me payer juste pour chasser une seule femme ? Tu connais pourtant mes tarifs.

- Il y a une chose que je ne t’ai pas dite. Cette fille maîtrise le Koryu.

Leora s’asseya sur le siège disposé juste en face du bureau de Kaito, un large sourire aux lèvres.

- Ça devient intéressant tout ça ! Je serai ravie de t’aider dans ce cas. Cela m’intrigue, nous sommes plus beaucoup à pratiquer le Koryu ces temps-ci…

- Si tu me la ramènes, je te paierai deux fois plus que d’habitude. Marché conclu ?

- Bien sûr, avec plaisir ! rétorqua Leora, avant de pousser un rire sadique.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Hakuro-Kaoru le 09 septembre 2016, 18:23:49
Je viens donner mon avis ^^
Spoiler
En fait, je me disais qu'il n'était pas si nécessaire que ça de poster les deux en même temps. C'est vrai que l'action est un peu coupée, mais d'un autre côté, ça met du suspens entre les chapitres x) Enfin voilà, je voulais juste donner mon avis à ce sujet mais c'est ta fiction, tu gères la publication de tes chapitres comme tu veux.
Je trouve ça marrant la reine qui s'incruste au voyage x) En soi, je comprends ses raisons, même si je comprends aussi que ça n'arrange pas Miku et les autres :p
J'ai bien aimé aussi le petit passage où Gumi semble plus gentille, et puis finalement ça n'a pas duré longtemps :p Je l'apprécie de plus en plus, j'aurais dû la mettre plus haut dans le classement.
Quel boulet Yohio, mes jumeaux font tout ça pour le sauver et il arrive encore à se faire assommer XD Mes doigts me démangeaient n'empêche pendant l'interrogatoire. Je comprends que Kyuu et Roku ne l'apprécient pas, mais d'un côté moi ça va, il tient bien son rôle dans la fiction quoi ;)
Je suis curieuse de voir comment Fukase va réagir...
Ouiii, l'arrivée de Leora à la fin ^^ Ca promet une belle rencontre avec ALYS ;)
Voilà, j'ai dit un peu tout ce qui me passait par la tête :p Bonne chance pour la suite !
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 11 septembre 2016, 20:43:03
Spoiler
Merci pour ton avis !  ;) ;)

Ben, en fait, pour la sortie des deux chapitres en même temps, c'est parce que j'ai toujours le même problème, je ne sais pas gérer ce que j'écris justement  :hh: Ici, je voulais tout mettre dans le chapitre 8, sauf que ça aurait été très long, du coup... Donc, j'ai préféré scinder, mais j'aurai peut-être pu sortir le 8 une fois fini... (en tout cas, c'est bon à savoir pour la suite^^)

Ah, Gumi, je m'amuse bien à l'écrire ^^ D'un côté, elle sait qu'elle a un sale caractère mais elle ne peut pas s'en empêcher haha (et puis, je pense que j'aime écrire les personnages un peu "associaux"... En plus, J'ai trouvé une story-line qui me plaît bien avec elle...) Et la scène de l'interrogatoire, je l'ai écrite super vite en plus, c'est mon côté sadique^^'

Arigatô gozaimasu pour ton avis !
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: EkushiDonisu le 11 septembre 2016, 20:53:13
Citer
c'est mon côté sadique
*commence à lire toute la fanfic*
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 25 septembre 2016, 17:30:47
Eeeeet, le chapitre 10 est sorti !

Spoiler
Chapitre 10 : Révélations

Après une journée bien agitée à Furisato, le retour à la capitale s'était plutôt bien déroulé. Le voyage s'était passé sans encombre, comme l'aller en somme, Miku ayant préféré faire bande à part et s'était lancée à cheval chargée du corps inconscient de Yohio. En effet, cet homme lui avait déjà joué assez de mauvais tours pour qu'elle puisse se permettre de prendre davantage de risques inconsidérés. Le reste du groupe, composé des deux lieutenants, Gumi et Yuma, de leurs deux disciples Rin et Len, mais aussi d'Alys et de la Reine Luka s'étaient serrés dans la diligence. L'ambiance était extrêmement calme, à cause des récents événements. La souveraine s'était juste permise de remercier et de féliciter les jumeaux pour leur mission d'escorte réussie lors de l'attaque des Genshine. Toutefois, aucune allusion au récent interrogatoire de Yohio ne sortit de la bouche d'un des protagonistes.

Rin et Len s'observaient à intervalles réguliers. Ils avaient bien compris que l'allusion du prisonnier lors de son entretien forcé avec la commandante ne resterait pas sans conséquence. Le moment était peut-être venu de révéler la vérité sur leurs origines. Bien sûr, aussi bien le frère que la sœur savaient que ce moment arriverait, et que leurs divers subterfuges ne dureraient pas bien longtemps, mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils doivent tout révéler dans de telles conditions. En outre, ils n'étaient pas certains que Miku allait tout accepter. Cela restait tout de même une histoire de fous. Quoi qu'il en soit, ils ne pouvaient rien faire à cet instant, si ce n'était attendre leur probable futur entretien avec la patronne de la Garde. De son côté, Alys observait l'horizon à travers la fenêtre de la carriole, en silence. Sa situation n'était finalement pas meilleure que celle des Kagamine, puisqu'elle allait aussi devoir s'expliquer sur ses récents exploits. Même si les adeptes du Koryu se faisaient désormais rares, nul doute que Miku s'empresserait de demander l'aide de la jeune femme à la tresse. Elle qui s'était jurée de ne pas tomber dans les mêmes travers que son père autrefois, prenait également le même chemin.

Le convoi pénétra à l'aube dans le quartier noble de la ville de Kyôu. La nuit en diligence avait été difficile, bien que tout le monde put s'assoupir, du fait de la fatigue accumulée. Miku descendit de son cheval, et s'empara de Yohio, qui était éveillé et fortement ligoté. Elle se dirigea ensuite vers la diligence, de laquelle sortirent tous les autres. Par la suite, la commandante donna ses instructions. Gumi et Yuma furent priés de conduire les jumeaux et Alys dans leur chambre, et d'attendre son retour, alors qu'elle irait déposer elle-même Yohio à la prison de Kyôu. La Reine Luka, quant à elle, se dirigea vers sa servante Meiko qui l'attendait à l'entrée du Palais Royal. Directement, elle lui donna un ordre: elle demanda de rapatrier les trois chefs de village restants dans la capitale, d'abord par mesure de sécurité, mais aussi pour une réunion spéciale. La servante retourna donc immédiatement à son bureau pour envoyer des corbeaux aux villages qui n'avaient pas encore été attaqués.

Luka rejoignit ensuite Miku et lui demanda de lui parler quelques instants en privé. La patronne confia donc Yohio quelques instants à Gumi, et les deux femmes s'éclipsèrent.

-   Que voulez-vous, ma Reine, demanda poliment Miku.
-   L'heure est grave ! Je veux que tu me donnes toutes les informations que tu auras obtenues des jumeaux. Les allusions du prisonnier ont forcément un sens... Mais ne sois pas trop dure avec eux, je ne pense pas qu'ils soient mêlés à tout ça...
-   Bien... Je pense que l'heure est venue pour eux de nous dire toute la vérité. Je viendrai vous faire mon rapport quand j'aurai terminé...
-   Parfait, finit la souveraine.

Tout le monde s'attela donc à la tâche qui lui était assignée, alors que Miku prit à pied le chemin de la prison, en compagnie de l'homme blond. Celle-ci était située à quelques centaines de mètres de la caserne de la Garde royale, un peu en dehors du quartier noble. Le but était d'allier la proximité des instances judiciaires du pays avec l'établissement, mais de ne pas gêner les habitants. Il s'agissait là de la plus grande prison du Royaume, qui abritait les criminels les plus dangereux. Un bon nombre d'entre eux avaient d'ailleurs été amenés là par Miku, Gumi ou Yuma lors de leurs missions. Cependant, la commandante devait bien avouer que se tenait à ses côtés son prisonnier le plus dangereux, ou tout du moins le plus énigmatique. Les deux personnes arrivèrent à l'entrée. Plusieurs gardes étaient postés le long des énormes murs en briques jaunes qui faisaient tout le tour du bâtiment. L'entrée était marquée par une énorme porte en fer, qui nécessitait plusieurs secondes à ouvrir, vu sa grandeur. Miku n'eût même pas besoin de prononcer un seul mot pour que la porte ne s'ouvre; la totalité des gardes connaissant son visage. Une fois à l'intérieur, elle se dirigea vers le bureau du directeur, Yohio étant toujours attaché et sonné à cause du coup d'Alys, même s’il était désormais éveillé.

-   Bonjour Yamato, je t'apporte un nouveau pensionnaire !

Le directeur, Ginsaki Yamato, était un homme d'une cinquantaine d'années, pourvu de cheveux gris et vêtu d'un costume argenté du plus bel effet. Son visage était toutefois marqué par les stigmates d'un passé tourmenté. Il s'était retrouvé en charge de la prison la plus importante de l'île et en était fort honoré. Il s'agissait en effet là d'un poste à responsabilités. Toutefois, il se trouvait loin du front militaire, qu'il avait fréquenté plusieurs décennies auparavant. Ce travail prenait des airs de retraite anticipée pour lui.

-   Bonjour Miku, alors, qu'est-ce qu'il nous a fait celui-là ? lui rétorqua-t-il joyeusement.
-   Justement, il faut que je t'en parle. Je voudrais que tu l'enfermes dans ta cellule la plus sécurisée. C'est important.

Yamato approuva directement, et exhorta un de ses subalternes de mener Yohio vers le département sécurisé. Les deux haut-fonctionnaires restèrent donc dans le bureau de Ginsaki, et discutèrent quelques instants. La commandante insista sur le caractère extrêmement important de ce prisonnier, non sans lui avoir donné quelques informations sur l'enquête, mais pas plus que le strict nécessaire.

Miku prit donc rapidement congé du directeur pour retrouver à la caserne de la Garde royale d'un pas décidé.

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Rin, Len et Alys avaient été raccompagnés dans leur chambre par les deux maîtres, Gumi et Yuma. L'ambiance était lourde; tous saisissaient parfaitement la gravité de la situation. Par chance, les deux sbires avaient fermé la porte, provoquant de ce fait une certaine intimité. Il était temps de mettre les choses au point. Mais par où commencer ? Rin commença par prendre la parole:

-   Avec les insinuations de Yohio, on est bien dans la mouise !
-   Ben, le moment que l'on redoutait arrivera plus tôt qu'on ne le pensait visiblement, répondit Len.
-   Parce que tu comptais lui dire toute la vérité ? questionna sa sœur.
-   Je m'étais fait à l'idée... De toute façon, ce petit jeu ne pouvait pas durer bien longtemps...
-   Et qu'est-ce qu'on fait ?
-   On lui dit tout, sans exception. C'est encore le meilleur moyen de s'en sortir... On vit une histoire de fous, là...

Alys interrompit la conversation entre les jumeaux:

-   Je pense que c'est la meilleure chose à faire en effet... D'un côté, Miku a appris à vous connaître, et vous avez passé quelques temps avec elle. Je pense que, vu ce qu'il s'est passé à Furisato, elle ne peut plus vous suspecter.

Rin pensait que son amie comptait plutôt se rallier de son côté, d'où son expression d'étonnement. Toutefois, elle devait se mettre à l'évidence: leur analyse, à son frère et à elle, était plus que correcte. Leurs révélations pourraient même permettre à l'enquête d'avancer, et soulageraient les jumeaux d'un énorme poids. La décision était prise, et les Kagamine se mirent également d'accord pour annoncer tout cela à Miku ensemble. Il n'était plus question que Len assume tous les risques seul.

Ce premier sujet évacué, il était temps de passer au second problème. Les jumeaux lancèrent donc un regard plein de questionnement vers Alys, en attendant qu'elle explique son exploit durant le combat contre Yohio.

-   Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Comment tu fais ça? demanda Rin.

Alys prit un temps de pause, assise sur son lit, et baissa la tête, comme par signe de honte.

-   C'est ce qu'on appelle le Koryu. C'est une technique de combat au corps à corps, mêlé d'une sorte de magie. Je l'ai appris de mon père, qui était l'un des plus grands praticiens de cet art.

Rin posa immédiatement sa question:

-   Mais pourquoi l'avoir caché ? C'est plutôt une bonne chose !

La jeune fille à la tresse répondit directement:

-   Rin, si tout le monde pouvait penser comme toi... Le hic, c'est que toute sorte de magie est particulièrement mal perçue à Sekai depuis la Grande Guerre... Vous en avez déjà entendu parler. De ce fait, tous les magiciens du monde ont été expulsés vers une île, Maho... En ce qui concerne les adeptes du Koryu, il ne s'agit pas de la même magie, mais nous préférons vivre cachés, afin de ne pas nous attirer des problèmes. De plus, mon père est mort durant la Guerre, alors qu'il s'était mis au service de l'armée, je n'ai pas spécialement envie de vivre le même type de tourments que lui....

Les Kagamine restèrent prostrés devant les informations d'Alys. Elle qui semblait pourtant si douce et si gentille, s'avérait être en fait une combattante redoutable. Comme pour rassurer, Len confia à son amie:

-   Je pense que dans la situation actuelle, Miku n'en a strictement rien à faire que tu maîtrises le Koryu. Ça tombe, ça l'arrangera même, tu pourras nous aider, et combattre à nos côtés...
-   C'est justement ce que j'essayais d'éviter... Les adeptes du Koryu sont mal vus dans l'armée. Je ne suis même pas certaine que Miku veuille de mon aide...

Leur conversation fut brutalement interrompue par l'arrivée de Yuma et Gumi, qui conduisirent les trois amis vers le grand bureau de la commandante, pour leur entretien crucial.

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Alys, Rin et Len entrèrent silencieusement dans la pièce constituant le bureau de Miku. Celui-ci était plutôt bien rangé: il était équipé de plusieurs étagères en bois, sur lesquelles reposaient divers livres militaires, ainsi que les distinctions de la commandante. Son bureau se situait au centre, dans le fond de la pièce. Il était fabriqué en marbre noir, et orné de quelques traces d'or. S'il ne possédait pas le faste de certains objets de la Reine, celui-ci témoignait néanmoins d'un certain luxe. Derrière le bureau se trouvaient, accrochées au mur, deux cartes, l'une représentant tout le monde de Sekai (que Rin et Len tentèrent d'analyser de façon très rapide, essayant de dénicher le plus d'informations possible), l'autre plan décrivant uniquement l'île de Kuni.

Miku restait tranquillement assise sur son siège, derrière son office. Elle demanda calmement aux trois personnes de s'asseoir sur les chaises disposées face à elle, Gumi et Yuma étant restés en-dehors du local. La commandante posa ensuite ses coudes sur son bureau, et dévisagea les jumeaux et Alys pendant quelques secondes. Elle chercha par quoi commencer, quel sujet aborder en premier.

Elle se décida finalement à commencer par Alys. Elle la regarda quelques secondes, en affichant un léger sourire:

-   Le Koryu, hein?  fit-elle « Pourquoi ne pas m'en avoir informé avant ? »

Alys baissa la tête en signe de dépit. Elle se doutait bien qu'après ses petits exploits, la commandante ne prendrait pas très longtemps à découvrir son secret.

-   Vous connaissez le Koryu? demanda Alys.
-   Je connais pratiquement toutes les formes de combat, même les plus ésotériques, au moins de nom, rétorqua Miku. « Je ferai un bien piètre commandante de la Garde Royale si ce n'était pas le cas. »

Miku n'effectua aucune autre remarque. Les raisons qui poussaient la jeune femme à la tresse à cacher ses aptitudes étaient évidentes.

Alys s'inquiéta directement:

-   Qu'est-ce que vous allez faire de moi maintenant ?

Le visage de Miku s'éclaira soudainement d'une expression radieuse.

-   Moi, rien du tout ! Je ne fais pas partie de ces personnes qui cherchent à éliminer tout ce qui concerne la magie par tous les moyens... Et puis, ce ne serait pas juste de ma part de t'arrêter alors que tu viens de nous permettre d'arrêter un témoin crucial dans notre enquête...

Alys poussa un soupir de soulagement.

-   Mais, par contre, je vais devoir te demander de rester avec nous, reprit Miku. « Je sais que les pratiquants du Koryu se font assez rares aujourd'hui, et je n'ai pas envie de te laisser filer dans la nature, surtout au vu des circonstances. »
-   Est-ce que je dois entrer dans la Garde? demanda Alys.
-   Non... Tes capacités au combat ne sont pas adéquates pour entrer dans l'armée. J'aimerais juste que tu restes avec nous pour l'instant. Tu t'es déjà montrée très utile, et je suis certaine qu'il en sera de même dans le futur.
-   D'accord... finit la jeune femme timidement.

Puis, d'un coup, comme un éclair, Miku se tourna vers les jumeaux. Elle se doutait que les révélations de Yohio forceraient les Kagamine à parler. La patronne devait cependant trouver les bons mots, afin que cet entretien se déroule sous les meilleurs auspices.

-   Bon, comme moi, vous avez entendu ce que le prisonnier a dit à Furisato. J'ai eu beau ruminer ces paroles durant tout le voyage, je ne parviens toujours pas à y voir clair, mais je pense que vous avez quelque chose à me dire, commença-t-elle en regardant les jumeaux d'un visage fermé et inexpressif.

Rin et Len s'observèrent pendant un instant, comme pour déterminer qui allait commencer le discours le plus important depuis qu'ils étaient arrivés à Sekai. Tous les deux avaient bien compris qu'il n'était plus question maintenant de se démener à cacher la vérité, même si celle-ci allait être particulièrement difficile à avaler. Ils se tinrent tous les deux la main pour se donner du courage.

Len débuta:

-   Euh, comme Yohio l'a justement dit, nous avons un secret... Le fait est que... Nous ne venons pas d'ici...

Devant la mine interrogative de Miku, Rin s'empressa d'enchaîner:

-   Quand on vous dit que nous ne venons pas d'ici, c'est que nous venons d'assez loin, d'un autre monde. Nous avons été téléportés ici par accident, à cause d'une grosse machine qui faisaient des éclairs, et nous essayons de trouver un moyen de rentrer chez nous...

Contre toute attente, la commandante n'exprima aucune émotion, se contentant simplement d'écouter le discours quelque peu décousu des jumeaux. Pour les Kagamine, passés outre l'inquiétude de vider leur sac, chaque mot sonnait comme une libération; ce petit jeu de cache-cache se terminait enfin. De plus, Len commençait à donner des détails sur leur monde qui pouvaient aider Miku dans son enquête. Par exemple, il lui annonça que les armes à feu étaient communes dans leurs univers, et que c'était pour cette raison que les tueurs avaient été aussi efficaces. Rin continuait à observer Len déblatérer son discours, et jeta quelques coups d'œil vers la patronne aux cheveux bleus, afin d'observer cette réaction. Celle-ci ne se mouvait point, toujours accrochée aux explications du frère. Lorsque les jumeaux eurent terminés, Miku se leva tranquillement de sa chaise, et leur annonça qu'elle partait s'entretenir avec la Reine. Bien qu'elle n'eût pas donné de plus amples détails, les trois amis avaient bien deviné qu'elle allait faire son rapport, et que les révélations ne resteraient pas secrètes bien longtemps pour la souveraine. Juste avant que Miku ne puisse ouvrir la porte, Rin lui posa une question qui lui taraudait les lèvres depuis un bon moment:

-   Et, vous croyez tout ce que l'on vous dit maintenant, sans émettre de réserves ?

Miku resta silencieuse un moment, puis rétorqua:

-   Rin, le monde de Sekai est bien plus mystérieux que tu ne le crois... Et il te réserve encore des surprises. Et donc oui, je crois à votre histoire, puisqu'il m'est déjà arrivé un bon paquet de fois d'observer des événements auxquels je ne comprenais rien dans ce monde...

Après cette phrase énigmatique, elle sortit de la pièce sans prononcer un seul mot, laissant les trois personnes dans l'inconnu.

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Rin, Len et Alys restèrent quelques minutes dans le bureau de Miku, désormais absente, pour digérer ce qu'ils venaient de vivre. Le fait de révéler la vérité avait agi comme un soulagement pour les jumeaux, même si une légère inquiétude subsistait quant à leur avenir. De toute manière, celle-ci ne s'était jamais estompée depuis leur arrivée à Sekai. Le cas d'Alys était un peu plus problématique. La jeune femme restait dans l'expectative, et cela ne lui plaisait pas. Quoi qu'il en soit, la dernière phrase prononcée par la commandante eut l'effet d'un choc chez les trois amis. Le monde de Sekai était jonché de secrets, et leur avenir était toujours aussi incertain.

Les trois personnes se dirigèrent tranquillement vers leur chambre, comme Miku l'avait demandé. Ils traversèrent la cour d'entraînement, toujours aussi sablonneuse, et profitèrent quelques instants de la légère brise qui tournait dans le patio. Puis, ils rejoignirent leurs quartiers. Leur chambre était située troisième porte à gauche en rentrant. Gumi et Yuma logeaient dans les deux premières chambres. La patronne de la Garde avait cru bon de les placer là pour assurer la surveillance des jumeaux suspects. Rin, Len et Alys marchèrent de manière automatique, leurs pensées tournées vers les difficultés qu'ils allaient bientôt affronter. Dans un élan d'inattention, Len ouvrit la deuxième porte à gauche, marquant l'entrée de la chambre de Gumi, et ce qu'il y vit le ramena sur terre.

Sur le lit du fond, deux êtres, un homme et une femme, étaient visiblement en plein ébats. Une longue couverture s'emmêlait autour de leurs corps nus. Len ne pouvait détourner ses yeux de la scène, alors que les deux amoureux continuaient à s'enlacer et s'embrasser langoureusement. Le jeune frère resta immobile, provoquant de ce fait la curiosité de Rin et d'Alys, qui rapidement, se pressèrent devant la porte. En observant la scène, les trois amis purent identifier les cheveux verts caractéristiques de Gumi qui dépassaient de la couverture. Peu après, les cheveux roses de Yuma firent leur apparition. Quelques gémissements et cris caractéristiques s'échappaient du petit lit en bois. Une fois que l'identité des amants leur fut révélée, les disciples furent pris de panique et se réfugièrent directement dans leur chambre. Trop tard, le regard de Gumi était passé par là, et avait identifié les jumeaux Kagamine et la jeune femme à la tresse.

Tous les trois étaient retournés dans leur chambre, ne sachant plus quoi penser, alors que Gumi se rhabilla en vitesse, non sans vociférer quelques critiques envers Yuma, qui se relevait lentement.

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Comme à son habitude, Miku était passée par l'office de Meiko afin de requérir une entrevue avec la Reine Luka, et comme d'habitude, la souveraine avait bouleversé son agenda pour la commandante. En outre, la situation était grave. Cette fois-ci, la Reine aux longs cheveux roses ne s'était pas assise sur son trône, mais attendait Miku assise à une table située dans un coin, qui servait entre autres à recevoir les dignitaires étrangers. La souveraine ne se leva pas, et, alors que la patronne de la Garde lui adressait un salut respectueux, lui demanda de prendre place.

-   Alors, qu'as-tu pour moi, Miku ? As-tu appris quelque chose concernant Alys et les Kagamine.
-   Par quoi voulez-vous que je commence, ma Reine ? demanda Miku.
-   Fais comme tu le souhaites...

La commandante n'avait pas pris le temps d'organiser ses idées. Elle réfléchit quelques instants, puis se décida de commencer par les révélations d'Alys. La Reine pourrait se trouver sous le choc de l'origine des jumeaux blonds, et mieux valait garder cela pour la fin, et avoir le temps d'en discuter. Miku expliqua alors que la jeune femme à la tresse maîtrisait le Koryu. Cela étonna sans plus la Reine. Elle connaissait en effet le père d'Alys, qui avait servi pendant la Grande Guerre Magique, et elle avait connaissance de ses aptitudes au combat. Bien sûr, elle ne se doutait qu'il s'était permis de transmettre ceci à ses enfants, principalement en cette période de troubles, mais il devait avoir ses raisons. La souveraine demanda à Miku ce qu'il allait advenir d'Alys. Heureusement, tombèrent-elles rapidement d'accord sur le fait de la garder près d'eux. Il n'aurait pas été de bon ton de l'expulser et de l'éloigner des Kagamine, surtout après ses exploits lors du combat contre Yohio et les Genshine.

-   Et les jumeaux ? Interrogea la souveraine.
-   C'est bien plus intéressant... Commença Miku. « Ils affirment venir d'un monde parallèle. »

Le visage de Luka se remplit d'inquiétude à la suite de cette révélation.

-   Un autre monde ?! Et qu'en penses-tu ?
-   Je ne sais pas vraiment quoi en penser, regretta la commandante. « Et pourtant, je ne vois pas ce qui les pousserait à mentir, et à sortir de telles insanités. Je pense donc que cela doit être vrai. En tout cas, cela expliquerait pas mal de choses, dont les insinuations de Yohio pendant l'interrogatoire, pourquoi Rin et Len ont pu nous aider dans cette enquête pour l'instant, et pourquoi ces suspects si mystérieux parviennent à faire déjouer nos défenses avec des armes inconnues... Si on prend cette hypothèse en compte, tout s'éclaire ! »

Luka se leva de son siège et se mit à faire les cent pas au milieu de la salle du trône. Les pensées se bousculaient dans sa tête, et elle essayait tant bien que mal de recoller les pièces de ce puzzle imaginaire. Une chose lui vint à l'esprit cependant: cette affaire s'avérait bien plus complexe que prévue, et les racines de ce mal pouvait remonter à bien longtemps. Elle tentait d'établir des connexions entre divers éléments.

-   S’ils viennent vraiment d'un autre monde... hésita la Reine. « Cela voudrait-il signifier que les Magiciens ont de nouveau réussi à ouvrir un passage, comme autrefois ? »
-   Je ne pense pas... D'un côté, les Mages sont bloqués sur l'île Maho grâce au Mur mis en place après la Guerre, et nous n'avons envoyé personne de l'autre côté, ce sont plutôt eux qui viennent à nous...

La Reine pressa le pas, c'était signe de son inquiétude. Elle qui était particulièrement sensible aux agissements de la Guilde des Magiciens. Depuis la fin de la Guerre, les relations entre les Sorciers et le reste du Monde s'étaient réduites à peau de chagrin, la Guilde étant réduite à vivre recluse sur l'île Maho, après que les autres pays se soient unis pour les repousser vers cet endroit et ainsi mettre fin à la guerre, il y a environ une décennie. Pourtant, Luka savait que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment.

-   On aurait donc ouvert un passage à partir de l'autre côté, proposa Luka.
-   Ça m'en a tout l'air. Si les Magiciens en ont été capables par le passé, qui dit qu'ils ne le peuvent pas de l'autre côté ?

La Reine fit silence, plongée dans ses pensées. Elle remercia Miku pour son aide, et lui demanda de retourner auprès des Kagamine. Ces deux jeunes gens pouvaient rester très utiles à leur cause, et Luka était d'avis, comme Miku, qu'ils ne représentaient pas un danger, mais plutôt une opportunité. La Reine chargea alors la commandante de poursuivre leur formation au combat, et renvoya Miku au Quartier Général de la Garde Royale. La jeune femme aux couettes salua de nouveau la Reine, et prit congé. Elle referma délicatement la lourde porte en bois décoré qui marquait l'entrée de la salle du trône, alors que Luka restait immobile au milieu de la pièce. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues, et elle laissa échapper quelques mots, seule au milieu de cette grande pièce luxueuse:

-   J'espère que tu n'es pas mêlé à tout ça...

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Les frères Genshine venaient également de rejoindre la capitale. Après avoir déposé les chevaux qu'ils avaient loués dans le relai prévu à cet effet, à l'entrée de la ville, ils se dirigèrent vers une petite maison du centre-ville, celle-là même par laquelle ils étaient arrivés à Sekai.

-   Tu sais déjà comment on va présenter tout ça à Fukase, Kyuu ?

L'aîné répondit du tac-au-tac:

-   Il n'y a pas de bonne façon de lui présenter ça ! On a fait ce qu'on a pu, c'est ce gros boulet de Yohio qui s'est fait reprendre. Fukase n'a qu'à s'entourer de personnes compétentes, râla-t-il.

Roku lui conseilla tout de même de mesurer ses propos. Il était en effet quasiment certain que leur patron se mettrait en colère à l'évocation de leur échec, et mieux ne valait pas en rajouter une couche. Kyuu regarda son frère quelques instants. Il savait au fond de lui qu'il avait raison, bien qu'il trouvât celui-ci trop gentil envers leur collègue blond. Yohio avait compliqué la situation par ses agissements, et Kyuu comptait bien en toucher un mot à Fukase.

Ils arrivèrent quelques instants plus tard en vue de la maison. De l'extérieur, personne ne pouvait se douter de ce que les habitants pouvaient y trafiquer. Et c'était bien là le but: cette demeure ressemblait à toute autre habitation du quartier populaire. Pourtant, une fois à l'intérieur, le mobilier y était plutôt de pauvre facture, le strict minimum. La pièce du fond abritait deux appareils différents: une grande arche qui pour l'instant ne fonctionnait pas, ainsi qu'un dispositif composé d'un écran et d'un clavier qui leur permettait de communiquer avec l'autre monde. Kyuu s'assit alors sur le siège situé juste devant, et commença à tapoter sur le clavier, son frère restant à ses côtés. L'écran s'alluma, et laissait apparaitre une couleur bleue pendant quelques secondes, pour laisser ensuite la place à un jeune homme aux cheveux rouges, assis sur un fauteuil luxueux. Fukase jouait sans cesse avec sa canne, mais ne prononçait pas un mot. Kyuu commença donc la conversation:

-   Bonjour, Monsieur Fukase, nous venons au rapport.

Le chef s'avança de plusieurs centimètres vers la caméra, laissant apparaître son visage, jusqu'ici dissimulé dans l'ombre.

-   Mon cher Kyuu, tu vas bien ? commença-t-il joyeusement. « Alors tu m'apportes de bonnes nouvelles, j'espère ». Puis, Fukase aperçut Roku dans le coin droit de son écran: « Et toi, Roku, comment vas-tu ? Et où est Yohio ? »

Le visage de Kyuu se tordit légèrement à l'évocation du nom de leur congénère.

-   Justement, on a un léger problème. Yohio a été arrêté par la Garde Royale...

L'aîné des Genshine patientait tranquillement, guettant la moindre trace pouvant lui donner un indice sur la réaction de son chef. Fukase ne bougeait pas et garda le silence quelques instants. Puis, soudainement, il entra dans une colère noire.

-   Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je vous avais pourtant dit de le protéger et de l'aider dans sa tâche, hurla-t-il. « Même à vous, je ne peux pas vous faire confiance, apparemment... Vous faites pourtant partie de vos meilleurs hommes ! Vous me décevez. »

Kyuu grinça des dents, mais ne rétorqua pas pour l'instant. Entre-temps, Roku tentait de justifier les actes des jumeaux, en informant Fukase du comportement de Yohio (en y ajoutant quelques piques au passage, ce qui était étonnant de sa part). Kyuu lui emboîta le pas, en adoptant un discours plus sévère, en qualifiant Yohio de psychopathe (le cadet l'avait sous-entendu, mais n'avait pas employé ce mot). Il confia également à son patron qu'il était difficile de travailler avec lui. Finalement, Fukase reprit peu à peu son calme, gardant toutefois une moue renfrognée sur son visage, témoignant de son exaspération.

-   Bon, et en ce qui concerne la première partie du plan, où en sommes-nous ? Demanda-t-il.
-   Le quatrième chef est mort, donc ce point de la mission est réussi. Il nous en reste trois...
-   Bien, bien...

Kyuu se vit aussi dans l'obligation d'informer Fukase de la tournure des événements:

-   Nous avons aussi croisé la Reine, ainsi que tout l'état-major de la Garde Royale. Ça m'étonnerait que la mission reste aussi facile pour les trois chefs restants. Ils vont se mettre à prendre des mesures...
-   Vous avez croisé la Reine Luka ? Demanda Fukase. « Quelle surprise ! Elle commence à paniquer », ajouta-t-il en poussant un rire sadique.
-   Selon ce que nous savons, ils sont également revenus à Kyôu.
-   Très bien...

Fukase patienta un moment devant son écran avant de donner ses instructions. Kyuu et Roku ne bougèrent pas de leur place, observant juste l’homme adopter des poses étranges sur son siège alors qu'il réfléchissait.

-   Bon, voilà ce que vous allez faire: je vous charge de vous infiltrer dans le quartier noble de la ville en quête d'informations. Essayez de deviner les agissements de la Reine. Elle a sûrement une idée derrière la tête... Et revenez me faire un rapport dans quelques jours. De mon côté, je m'occupe de préparer la seconde phase de notre plan. On ne change rien à ce qu'on avait prévu... C'est bien compris ?
-   Oui, répondirent de concert les jumeaux, ne sachant pas réellement quoi dire d'autre.
-   Parfait, je vais vous laisser... A bientôt, mes chéris ! finit Fukase le sourire aux lèvres.

Puis l'écran se coupa. Roku paraissait quelque peu soulagé, alors que Kyuu poussait des soufflements et des gémissements qui marquaient son agacement. Même dans une situation difficile, il ne pouvait s'empêcher de râler. Il ne supportait pas les changements d'humeur de Fukase, et par-dessus tout, les marques d'affection du genre "mes chéris". Le cadet s'y était habitué, puisque les jumeaux connaissaient leur patron depuis leur tendre jeunesse.

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L'écran coupé, Fukase se leva de son fauteuil. Il se trouvait seul dans son immense bureau d'un style moderne, quoique légèrement sombre. Son office était situé au dernier étage d'un immeuble de moyenne taille, situé près du ghetto. Même si le bâtiment ne bénéficiait pas d'un luxe certain, il marquait un contraste avec le reste du quartier très pauvre.

L'homme aux cheveux rouges descendit lentement l'escalier qui menait au rez-de-chaussée, et emprunta la porte de sortie, pour ensuite partir vagabonder au milieu des sans-abris. Une partie de la population s'était réfugiée dans ces quartiers industriels, et habitait dans des logements de fortune au milieu des entrepôts. Rin et Len, par ailleurs, avaient grandi dans un quartier semblable, à quelques kilomètres de là.

Fukase arpentait les allées dessinées par les différents bâtiments austères de la région, et croisait de temps à autres quelques clochards impressionnés par son allure. Il portait un costume blanc et rouge, particulièrement seyant, et qui faisait ressortir la couleur de ses cheveux. Il tenait de sa main droite une canne noire, ornée d'un pommeau en argent représentant un clown. On aurait dit un vrai noble qui s'était perdu au milieu du ghetto. Il était certain de se faire remarquer avec cet accoutrement. Le but était également de faire des émules, et de montrer sa richesse au plus grand nombre. Les autochtones du quartier l'avaient déjà croisé à plusieurs reprises. Au fil de sa marche, il s'arrêta près d'un trio de jeunes hommes, assis à même le sol.

-   Salutations, jeunes hommes, lança-t-il à leur attention.
-   Salut !  lui rétorquait de concert le groupe.

Le visage de Fukase se para d'un large sourire, avant qu'il ne continue son discours.

-   Je vous observe depuis un certain temps, et je pense avoir une bonne proposition pour vous. Cela vous intéresserait-il de sortir de ce bourbier et de venir travailler avec moi ?

Le leader du groupe, un dénommé Kyo, se leva et s'avança vers le riche homme:

-   Vous nous proposez un travail comme ça, sans rien connaître de nous ?
-   J'ai souvent une bonne première impression, je pense que vous pourriez m'aider..., répondit-il.
-   Et, qu'est-ce qu'on pourrait y gagner ?
-   Une deuxième chance, et une vie meilleure, rien de moins.

Kyo lança alors un regard rempli de moquerie envers ses deux compères, Yuu et Wil, qui riaient de bon cœur. Ce n'était pas la première fois que l'on venait leur proposer du travail, mais il s'agissait souvent de petits boulots dont la rémunération était bien faible. Le groupe se voyait, la plupart du temps, dans l'obligation de les accepter, ne fut-ce que pour manger. Mais, c'était la première fois qu'une personne s'avançait vers eux pour leur débiter un discours aussi perché.

-   Si vous voulez être convaincus, je vous invite à me suivre dans mes locaux, je vous expliquerai tout plus en détail. De toute façon, vous n'avez rien à perdre...

Kyo et son groupe se mirent à l'évidence, Fukase venait de marquer un point. Après avoir discuté quelques minutes, le trio se décida d'accompagner l'homme mystérieux dans son bâtiment. À l'entrée, Fukase exhorta un de ses employés de débarrasser le groupe de leurs guenilles et de donner des vêtements propres aux trois hommes.

-   C'est là un premier remerciement pour avoir accepté de me suivre, se justifia le jeune homme au costume blanc. « Vous pouvez patienter quelques instants dans la pièce d'à-côté, j'ai quelques affaires à régler dans mon bureau, et je vous rejoindrai après. »

Alors que les trois hommes furent pris en charge par les employés de Fukase et affichaient chacun un air médusé, étonnés par cet accueil, le jeune homme se retira quelques instants dans son bureau. Il s'affala quelques instants dans son fauteuil et dégusta tranquillement une boisson rafraîchissante. Il observa plusieurs minutes une peinture placée à la droite de son bureau, en affichant un immense sourire. L'œuvre représentait une jolie femme aux cheveux roses, habillée d'une splendide robe. Elle n'était autre que la Reine Luka, la souveraine du pays de Kuni. Fukase poussa alors un léger rire sarcastique.

-   Je pense que nous allons bientôt nous revoir, ma belle...

Bonne lecture, et n'hésitez pas à donner vos impressions^^
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Hakuro-Kaoru le 25 septembre 2016, 21:42:33
Ouiii, un nouveau chapitre ^^

Spoiler
Bon et bien, je crois que Rin, Len et ALYS sont morts là. Non mais Gumi va sûrement les tuer pour ça XD
En même temps quelle idée d'oublier de verrouiller la porte. En tout cas je ne m'attendais pas du tout à ce qu'ils soient en couple ! (Et la manière de l'annoncer est originale XD)
Donc voilà, un chapitre beaucoup plus calme, ce qui est normal après tout ce qui s'est passé. Il fallait bien que le trio principal s'explique à un moment ou un autre sur leurs secrets. On a aussi pu en apprendre plus sur la magie.
C'est cool qu'on ait pu voir un peu plus Fukase dans ce chapitre, c'est quand même le "grand méchant" de l'histoire :p C'est intéressant aussi cette allusion à une relation avec Luka, ça donne envie d'en savoir plus. J'étais contente aussi de voir les vocaloids du project Zola, je les aime bien ^^

Bonne continuation :3
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 21 octobre 2016, 20:19:07
Merci Hakuro pour ton avis, je le prends toujours en compte^^

Et voici le chapitre 11 !

Bonne lecture !

Spoiler
Chapitre 11 : Le Conseil des Quatre

Le lendemain matin, Rin, Len et Alys furent éveillés bien plus tôt qu'à l'habitude. Gumi et Yuma s'étaient pressés devant la porte de leur chambre, mais contrairement aux autres jours, la lieutenante aux cheveux verts ne prononça quasiment pas un seul mot, se contentant juste de leur demander de se préparer, puis de se rendre dans le bureau de Miku. Les trois amis lancèrent un regard méfiant en direction des deux maîtres, qui se trouvaient également dans l'embarras. La découverte de la veille avait laissé des traces, et personne ne trouvait le moyen correct de l'aborder. Les jumeaux s'étaient mis d'accord avec la jeune femme à la tresse: il valait mieux garder bouche close et attendre que l'un des deux mette le sujet sur le tapis. Au vu de l'ambiance pesante qui régnait dans la chambre, tous avaient saisi que les relations amoureuses entre collègues de l'armée ne jouissaient pas d'énormément de sympathie dans la Garde royale. En outre, les révélations sur les secrets d'Alys, d'une part, et des Kagamine d'autre part n'ajoutaient pas de joie en ce matin.

Quand ils furent prêts, Yuma et Gumi escortèrent les trois personnes vers le bureau de Miku. Le soleil venait de se lever, et peinait à se faire une place au milieu des nuages nombreux dans le ciel. Il faisait relativement froid, ainsi Rin fut régulièrement prise de frissons, sans doute également causés par le stress. Tout au long du chemin, Rin et Len se lançaient des regards complices et inquiets. Alys commençaient à s'habituer à les voir communiquer comme cela. De temps en temps, l'un des jumeaux se tournait également vers la jeune villageoise afin de s'assurer qu'elle allait bien. Finalement, elle ne se trouvait pas dans une meilleure situation que les Kagamine, et était également en droit de s'inquiéter.

À l'intérieur de la caserne, le groupe de cinq traversa le couloir tranquillement. Arrivée à la porte du bureau de la commandante, Gumi se retourna et s'adressa aux trois amis:

-   Il faudra qu'on parle de ce que vous avez vu hier... C'est important pour nous... En attendant, nous vous demanderons de ne pas dire un seul mot à Miku sur ce sujet...

Son ton s'avérait bien plus amical. La jeune femme ne prononça aucun ordre, mais avait plutôt présenté cela sous forme de requête. Yuma posait un regard grave sur Alys, Rin et Len, mais rien de bien menaçant non plus, sans doute en avaient-ils conclu que les admonestations ne constituaient certainement pas le meilleur moyen de s'adresser à ces trois personnes, surtout que les amants se trouvaient maintenant en position de faiblesse, en quelque sorte. Alys et les jumeaux opinèrent du chef lentement, tout en prenant soin de ne pas se gausser de l'ironie de la situation. Peu après, Gumi frappa doucement à la porte du bureau. Une voix connue lui répondit d'entrer, mais il ne s'agissait pas de celle à laquelle le groupe s'attendait.

Gumi poussa la porte et entra dans la pièce, suivie de près par Yuma. Rin, Len et Alys leur emboîtèrent le pas, et s'arrêtèrent net lorsqu'ils virent l'identité de la personne assise sur le fauteuil de Miku. La Reine Luka se trouvait là, les coudes posés sur la table devant elle. Les cinq personnes qui venaient d'entrer lancèrent un regard furtif vers Miku, debout dans un coin de son bureau en compagnie de Meiko, puis, comme le voulait le protocole, s'inclinèrent respectueusement devant la souveraine.

-   Je vous prie de prendre place, annonça-t-elle calmement, en désignant les sept sièges préalablement placés devant le bureau.

La souveraine prenait un air sérieux et grave. Elle n'était pas la personne qui souriait le plus d'habitude, mais son expression faciale laissait paraître que la situation actuelle de son pays l'inquiétait. Elle se devait d'agir le plus vite possible, et, à la voir, elle avait déjà son plan en tête. Lorsque tous les participants à la réunion furent assis à leurs places respectives, elle commença ses explications.

-   Dans l'état des choses, quatre chefs de village et membres du Conseil des Sages ont été assassinés. Il ne nous reste donc que les chefs des villages de Nozon, Enkan et Kyuuri.

Rin et Len observèrent furtivement la carte du pays de Kuni qui était accrochée derrière le bureau de Miku afin de visualiser l'emplacement des villages restants, eux qui ne connaissaient rien à la géographie de ces terres ne voulaient pas importuner la conversation. Luka, de son côté, poursuivit sa pensée.

-   Il nous faut agir vite ! Selon toute évidence, nous avons à faire à un ennemi commun... C'est pourquoi j'ai décidé de convoquer ce qui reste du Conseil des Sages pour une réunion, afin de décider de notre plan d'attaque. Et j'aurai besoin de vous, bien sûr. Le but de ce rapatriement est aussi de protéger les chefs restants le plus possible.

-   Vous ne craignez pas de les mettre en danger justement ? demanda Rin. « Pendant toute une période, ils se trouveront tous au même endroit... »

La Reine Luka avoua à la jeune fille qu'elle saisissait parfaitement son argumentation. Elle avait même déjà pensé à cette éventualité. Toutefois, la réunion apparaissait pour elle comme la meilleure solution, la sécurité étant plus forte dans la capitale que dans tous les villages réunis.

-   Et puis, ici, je peux compter sur vous justement... ajoutait-elle.

Miku approuva la Reine dans sa décision (de toute manière, elle n'avait pas vraiment le choix). Mais elle se doutait que la souveraine n'avait pas convoqué cette rencontre juste pour leur faire part de son plan. De ce fait, elle la laissa continuer, alors que tous les autres restèrent également parfaitement silencieux.

-   Lors de la réunion, j'aimerai que vous constituiez la garde rapprochée des chefs et de moi-même. Miku, j'aurai également besoin de toi pour organiser la protection de tout le bâtiment.
-   Oui, ma Reine, rétorqua simplement la commandante.

Miku prit ensuite la parole. Elle avait pris le temps de réfléchir à une stratégie juste après sa dernière rencontre avec Luka.

-   Voilà comment je perçois les choses. Le but est que chaque garde escorte le chef dont il a la responsabilité en tout temps, même pendant la réunion. Je m'occuperai personnellement de la Reine, Gumi du chef du village d'Enkan et Yuma du leader du village de Kyuuri.

Puis, la demoiselle aux couettes se tourna vers Alys, et lui sourit.

-   Alys, nous aurions besoin de tes compétences pour assurer la protection du chef de Nozon.

La jeune femme sursauta. Elle ne s'attendait pas à ce qu'on lui donne une telle responsabilité. Bien sûr, on lui avait dit que la Garde royale pourrait recourir un jour à ses services, mais en aucun cas elle n'aurait pensé être chargée d'une mission aussi importante, et surtout aussi rapidement. La villageoise ne prononça pas un seul mot, mais son expression en disait énormément, ce qui força Miku à s'expliquer.

-    Si je te demande ça, c'est parce que j'aurai besoin de Rin et Len pour une autre tâche...

Alys se retourna alors vers les jumeaux, la mine inquiète. Les Kagamine avaient les traits tirés, et attendaient de savoir à quelle sauce ils allaient être mangés. Puis, Miku reprit la parole:

-   Rin et Len, vous serez chargés de la surveillance générale du bâtiment. En effet, vous êtes les seuls ici à connaître les secrets des armes de nos ennemis. Et il est possible que les jumeaux que nous avons croisés à Furisato se décident d'agir, s'ils apprennent pour la réunion...

Les Kagamine devaient s'incliner devant un tel raisonnement. Miku avait parfaitement raison. Ils étaient les seuls à connaître les secrets de la technologie de leur monde. Quelques secondes plus tard, Gumi réagit:

-   Comment ça, ils connaissent les secrets de nos ennemis ? Ils sont de mèche avec eux ? Vociféra la lieutenante aux cheveux verts.
-   Calme-toi, Gumi, répondit Miku. « Les jumeaux m'ont avoué leur secret. Selon toute vraisemblance, ils proviennent du même endroit que nos ennemis. C'est pour cette raison que je leur ai donné cette mission. »

Gumi se tourna vers les jumeaux:

-   Et vous pensiez nous mettre au courant à quel moment ? Je déteste cette manie de tout vouloir garder secret !

Rin et Len ne répondirent pas. Néanmoins, la jumelle trouvait la réaction de son maître quelque peu exagérée. Avec sa découverte de la veille, elle n'était pas la meilleure personne pour venir reprocher aux autres de garder un secret. Sans prononcer un mot, Rin lança un regard suspect et très significatif vers Gumi. « Elle pouvait parler de secrets », se dit-elle. « C'est l'hôpital qui se moque de la charité », ajouta la jumelle dans sa tête, puisqu'elle n'était pas encore en mesure de se frotter à sa formatrice.

Miku se décida de calmer le jeu, avant que la Reine Luka ne mette fin à la réunion, non sans s'assurer une dernière fois que tout le monde avait bien saisi l'importance de son poste. Rin et Len sortirent les premiers, suivis par Gumi et Yuma. Alys resta quelques instants en arrière, la tête baissée. Elle n'avait pas eu la force de s'opposer à son implication dans cette affaire. C'était plus fort qu'elle, la jeune femme ne pouvait pas s'empêcher d'aider les gens dans le besoin. Et l'expression de la souveraine du pays de Kuni était tellement remplie de détresse. Alors que les autres s'avançaient lentement dans le couloir pour rejoindre leurs appartements, Miku et Luka remarquèrent le doute inscrit sur le visage d'Alys. La Reine s'avança alors doucement vers la villageoise.

-   Vous avez un problème, ma chère ?

Alys fut surprise que Luka lui adresse aussi facilement la parole. Ainsi, sa réponse fut quelque peu hachée...

-   C'est que... Je ne suis... pas certaine d'être à la hauteur...

Luka la gratifia alors d'un sourire rassurant:

-   Vous savez, je crois que nous n'aurions pas pu trouver meilleure personne pour cette mission... C'est aussi une façon pour nous de vous remercier après votre exploit de l'autre jour...

Alys hésita. Une façon de la remercier ? Elle avait surtout l'impression que la Reine et la Garde Royale avaient trouvé un excellent moyen de se servir de ses talents. De toute manière, elle était prise au piège. Elle ne pouvait pas s'enfuir de cet endroit, et ne pouvait pas non plus rester là à ne rien faire. Mieux valait se rendre utile, bien qu’elle aurait préféré ne pas se trouver en première ligne. En outre, une question lui taraudait les lèvres. Elle patienta quelques secondes, en laissant vagabonder son regard un peu partout dans la pièce. Celui-ci finit par croiser les yeux de Miku, qui avait parfaitement compris son problème, et l'invita à en faire part à la Reine.

-   Ma Reine, que pensez-vous de mon talent ? Celui-ci ne vous fait-il pas un peu peur ?

Luka expulsa un profond soupir.

-   J'ai connu votre père, lorsque j'étais enfant. Et c'était l'homme le plus intègre que je n'ai jamais rencontré. Et lui aussi maîtrisait le Koryu. Je n'ai pas peur de cet art, si c'est ce que vous voulez demander. Et je pense que dans une telle situation, n'importe quelle aide est la bienvenue. Si je peux vous donner un conseil, ne vous retenez pas ! Faites usage de votre talent, et n'en ayez pas honte. En tout cas, vous avez mon entière confiance.

Alys sourit. Ce petit discours avait réussi à balayer ses doutes, du moins pour le moment. La Reine avait réussi à trouver les mots justes pour s'adresser à elle. Au fond, tout ce dont la jeune femme à la tresse avait besoin, c'était d'avoir confiance en elle.

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Les frères Genshine venaient d'entrer dans le quartier noble de la capitale pour la première fois. Ils restèrent immobiles un instant devant l'immensité et le faste des bâtiments et de l'architecture qui s'offraient à eux. Les jumeaux ne s'étaient jamais retrouvés face à autant de richesses, eux qui avaient grandis dans un quartier difficile, avant d'être recueillis par Fukase. Le visage de Roku se para d'un large sourire, trépignant d’impatience à l’idée de visiter un lieu si vaste et inconnu. Finalement, les jumeaux n’étaient âgés que de seize ans et pouvaient encore se permettre de s’époustoufler devant des choses futiles pour les adultes. Toutefois, Kyuu resta plus calme et continuait de faire la moue, comme à son habitude. Il ne parvenait à ressentir la même excitation que son cadet à l’idée de découvrir l’inconnu. Il était bien plus à l’aise dans ce qu’il connaissait. C’est pour cette raison qu’il éprouvait des difficultés à accomplir cette mission. Celle-ci le sortait de sa zone de confort. Roku avait accepté plus facilement la proposition de Fukase, et avait considéré cela comme une nouvelle expérience. Le début de la mission avait été difficile, principalement à cause de la difficile collaboration avec Yohio, et les deux frères tentaient de savourer l’un des premiers moments de bonheur depuis qu’ils furent arrivés dans ce monde mystérieux, chacun à leur manière.

Roku agissait pour ainsi dire comme un enfant, examinant chaque échoppe ou édifice dans le moindre détail, et analysant la foule présente sur les différentes places du quartier. L’aîné des Genshine l’observait, pour l’instant sans prononcer un seul mot. Au fond de lui, il ne voulait troubler l’un des rares moments joyeux de son frère. Les jumeaux n’en avaient pas vécus beaucoup, leur vie ayant été particulièrement difficile par le passé. Cela avait conféré à Kyuu une sorte de carapace, il cherchait à s’éloigner du monde extérieur. Seul lui importait son jumeau, la seule personne à ne jamais l’avoir abandonné. Bien sûr, il était reconnaissant de ce que Fukase avait fait pour lui, mais son lien avec cet homme était différent. Il savait que son patron profitait du fait que lui et son frère devaient lui rendre des comptes, c'était pour cette raison qu'il avait fait d'eux ses sabreurs attitrés.

Les frères aux cheveux verts s'arrêtèrent sur la terrasse d'une petite taverne située le long d'une place. De loin, ils pouvaient voir les autochtones et les touristes de passage se rafraîchir à la fontaine placée au centre du forum. Cette petite pause leur permettait de discuter un peu de leur plan d'action. Afin d'obtenir des indices, il fallait se glisser dans les environs du Palais Royal et de la caserne de la Garde. Or, il s'agissait certainement des endroits les plus gardés du pays. Et si les Genshine étaient passés maîtres dans l'art de l'approche furtive, cette mission représentait un certain défi pour eux. Mais tout d'abord, alors que la serveuse de la taverne approchait, il fallait décider des consommations à prendre.

-   Je prendrai un jus de fruits, lança poliment Roku.
-   Un saké pour moi, glissa Kyuu avec le sourire (c'était assez rare pour le souligner).

La serveuse nota la commande et repartit vers le bar. Roku fixa son frère dans les yeux. Celui-ci avait bien compris son allusion, et répondit franchement :

-   J'ai bien raison d'en profiter ! Toi aussi tu profites des joies de la ville.
-   Tu ne penses pas qu'on est un peu jeunes pour boire de l'alcool, surtout avant une mission, rétorqua judicieusement le cadet.
-   A 16 ans, on est un homme ! lança Kyuu. « Bon, bref, qu'est-ce qu'on fait pour obtenir des informations ? Tu as une idée ? »
-   Il n'y a pas mille solutions. Le mieux est de traîner dans les environs, et d'observer s'il y a quelque chose de suspect. Si, comme nous le pensons, la Reine prépare quelque chose, ça finira bien par se voir.

L'aîné prit un instant de pause pour digérer le plan de son frère et tenter d'y apporter des améliorations. Mais il devait bien avouer que Roku avait pris pleine mesure de la situation, et avait réfléchi à la meilleure stratégie à adopter. Même s'il regrattait un peu de ne pas apporter sa pierre à l'édifice, il marqua son accord avec l'idée de son frère, tandis que la serveuse revenait avec les consommations.

 - J'espère que nous réussirons notre coup, cette fois-ci, dit Kyuu en levant son petit verre de saké.

Roku leva également son verre. « Oui, moi aussi... Santé ! »

L'aîné approcha les lèvres du bord du verre et fit glisser lentement le contenu alcoolisé dans sa bouche. Soudainement, son visage changea de couleur:

-   Pouaah ! C'est dégueulasse, ce truc !

Il se mit à proférer quelques râles à l'égard de la serveuse et de la taverne qui avait osé lui servir quelque chose d'aussi mauvais, tout cela devant le visage amusé du cadet, qui lui avait pourtant bien signifié de ne pas boire cette boisson.

-   Ça va, ça va, tu avais raison Roku, admettait Kyuu. « Madame, un autre jus de fruits ici » demanda-t-il en baissant la tête et en grommelant.

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Dans le quartier noble de la capitale, au milieu des cerisiers en fleurs, des rues pavées et des notables, Leora fouillait de fonte en comble tous les recoins de la région. Elle se trouvait déjà en position de combat: ses longs cheveux rouges étaient attachés, et elle portait sa tenue destinée aux missions les plus importantes. Son travail de mercenaire lui permettait de profiter d'un train de vie assez élevé. Elle travaillait souvent avec Kaito, le célèbre mafieux de la ville, même si elle devait bien avouer qu'il arrivait à celui-ci d'être en retard au niveau des paiements. Elle comptait lui en faire part, et le menacer un peu, mais le parrain avait réussi à étayer sa curiosité. Une adepte du Koryu se cacherait donc dans ce quartier ? Elle aurait bien accepté ce travail gratuitement, tellement ces combattants étaient rares, et qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion d'en affronter un dans une lutte acharnée, mais il fallait faire preuve d'une bêtise sans commune mesure pour refuser l'offre du brigand aux cheveux bleus.

La jeune femme finit donc par s'infiltrer dans le quartier du Palais royal, où sa cible devait se trouver selon son employeur. Pour l'instant, la mission semblait assez facile mais il ne s'agissait que du début; Leora savait que la situation allait certainement vite se gâter, surtout qu'elle s'approchait dangereusement de la caserne de la Garde royale.

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Miku se trouvait devant l'entrée de la caserne. Un groupe de soldats de taille assez imposante se tenait face à elle, en attendant ses ordres. Même si son devoir d'organisation était périlleux, la commandante ne ressentait pas énormément de pression. Pourtant, un certain doute pointait toujours le bout de son nez. Bien que les jumeaux Kagamine (qui tenaient le garde-à-vous à ses côtés, accompagnés de Gumi et de Yuma) lui aient donnés quelques informations concernant leur ennemi, Miku s'inquiétait toujours un peu de leurs prochaines actions. Et réunir les trois chefs de village restants comportait des risques: si cela venait à trop d'ébruiter (ce qui, selon elle, était inévitable puisqu'il fallait bien entraîner les soldats avant une mission si importante), il fallait se préparer à des tentatives des jumeaux aux cheveux verts. Par chance, il semblait n'être plus que deux, après l'arrestation de Yohio. Mais qui savait ce qu'ils pouvaient encore réserver, eux qui avaient déjà semé le chaos dans le pays en agissant juste en trio ?

Ce jour-là l'objectif était de répéter les manœuvres de garde, afin que chaque soldat connaisse correctement sa place, pour le jour où les chefs arriveraient. Les trois étaient déjà en route pour la capitale, et la population avait ouï dire de l'événement important que la Reine avait convié. Un groupe d'une trentaine de personnes restait debout de l'autre côté de la rue, en train d'observer la puissance et la grandiloquence de leur armée. Même en ces moments de doute, la population gardait confiance en leur puissance militaire, du moins dans la capitale, les habitants se sentaient toujours en sécurité. Au milieu de la foule, deux inconnus habillés de blanc se ressemblant comme eux gouttes d'eau étaient parvenus à se glisser et voyageait entre les personnes, tentant naïvement de découvrir ce qui se tramait là. Kyuu observait tranquillement les mouvements des cohortes vers le Palais royal, préférant laisser à son jumeau la "joie" de devoir s'adresser aux gens.

Le jumeau interrogea une jeune femme inconnue, qui restait concentrée sur la commandante de la garde en souriant:

-   Que se passe-t-il ici, Madame ? Demanda-t-il simplement.
-   Les soldats s'organisent... Puis, elle se rapprocha de l'oreille de Roku, et lui murmura: « Il paraît que les trois derniers chefs vont tous se réunir avec la Reine. Cela concernerait les meurtres, visiblement, en tout cas, c'est ce qui se dit dans la rue ».

Roku savait qu'il fallait parfois se méfier des racontars de la population. C'est pourquoi il partit interroger plusieurs autres inconnus, qui lui donnèrent peu ou prou le même son de cloche. Kyuu, de son côté, suivait toujours son frère, sans sourire, ne souhaitant simplement que quitter l'agitation de cette foule qui l'énervait.

Un peu à l'écart de cet attroupement, une jeune femme aux cheveux rouges observait également la scène, cachée à l'entrée d'une ruelle sombre. Elle ne cherchait pas à savoir ce qui se tramait en ce moment: son esprit était simplement concentré à retrouver une unique personne. Si, comme Kaito lui avait confirmé, sa cible provenait de la Garde royale, les chances de la trouver en cet endroit, en ce moment étaient assez importantes. Elle balaya alors toute la formation du regard, en ce compris les commandants et les lieutenants. Alys était invisible. Puis, Leora se surprit de regarder en l'air, par-dessus les remparts qui marquaient l'entrée de la caserne. De là-haut, une jeune femme observait l'organisation créée par Miku. Le visage de Leora se para alors d'un sourire sadique. Sa cible était désormais en vue. Pourtant, hors de question de l'attaquer ici et maintenant, cette entreprise s'avérait bien trop dangereuse. Il valait mieux attendre quelques temps, et revenir par la suite avant d'agir. Mais, au moins, son champ de recherche s'était estompé, et elle avait repéré le terrier dans lequel se terrait sa proie. Telle un renard, elle n'avait qu'à attendre que celle-ci ose s'aventurer en dehors de sa zone de sécurité. 

De leur côté, Kyuu et Roku avaient pris leurs distances d'avec la foule, et s'étaient réunis sur la place par laquelle ils étaient arrivés dans le quartier noble. Le cadet fit part de ses découvertes à son aîné, lequel prit le temps de réfléchir:

-   Je pense qu'il vaudrait mieux en informer Fukase, et de discuter avec lui d'un plan d'action, conclut Kyuu.
-   C'est le mieux, je suis d'accord... Nous n'avons pas le droit à deux échecs successifs, compléta Roku.

Les jumeaux Genshine retournèrent alors tranquillement vers leur pied-à-terre dans ce monde, en tentant désespérément de deviner les intentions et le plan qu'allait imaginer leur patron.

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Comme tous les soirs désormais, Kyuu se tenait devant son écran. Roku était placé à ses côtés, un peu plus en arrière. Fukase leur avait en effet demandé de lui fournir un rapport quotidien, dans le but d'éviter les errements et les erreurs inadmissibles, comme lors de l'arrestation de Yohio. Il ne disposait plus que de deux hommes dans Sekai, et comme ceux-ci étaient inséparables, ils n'avaient plus le droit à l'erreur. Kyuu alluma donc l'écran, laissant apparaître le petit homme à la canne de clown, assis sur son fauteuil. Il était encore particulièrement calme, mais les jumeaux savaient que cela ne pouvait s'agir que d'une façade. Fukase était connu pour ses sautes d'humeur, et sa capacité (légèrement dérangeante) de changer de ton en un quart de seconde. Cependant, aujourd'hui, les nouvelles étaient plutôt bonnes. Les Genshine avaient repéré le plan de la Reine et de l'état-major de l'armée de Kuni, et laisseraient le soin à Fukase de décider d'un plan. C'était là encore le meilleur moyen de limiter un éventuel échec.

L'écran allumé, Fukase s'écria:

-   Kyuu, mon petit chat ! Alors quelles sont les nouvelles ?

Kyuu grommela. Qu'est-ce que c'était que ce nouveau surnom ? Son patron avait pris l'habitude de l'affubler de divers sobriquets, qu'il détestait tous. Sa mère avait tout de même pris le temps de leur donner des noms, à lui et à son frère, alors la moindre des choses serait de s'en servir. Il essaya toutefois de reprendre son calme et poursuivit:

-   Nous avons de nouvelles informations, chef. Il semblerait que la Reine ait décidé de réunir tous les chefs de village restants au Palais Royal. Leur but serait de discuter de la situation actuelle et de trouver une solution.

L'homme aux cheveux rouges ne laissa même pas le temps à son subalterne de terminer sa phrase.

-   C'est excellent ça ! Voilà une nouvelle qui me remplit de joie.

Il sauta de son fauteuil et se mit à gambader un peu partout dans la pièce. Il passait parfois devant la caméra. On aurait dit un véritable enfant à qui on venait d'annoncer qu'il allait partir au parc d'attractions. Quelques secondes plus tard, Fukase reprit son calme, et dévoila son plan. Malgré tout, son esprit continuait à travailler, et il était déjà parvenu à élaborer une stratégie.

-   Voilà ce que vous allez faire. On peut dire maintenant que nous avons tous nos œufs dans le même panier. C'est l'occasion de frapper un grand coup ! Dans la cave, vous trouverez une réserve d'explosifs que j'avais spécialement préparée pour Yohio. Visiblement, cet imbécile n'a pas eu le temps de s'en servir. Je veux que vous vous en empariez et allez attaquer le Palais Royal. Vous avez maintenant la possibilité de laver tous vos échecs.

Kyuu et Roku restèrent immobiles devant l'écran qui montrait Fukase paré d'un large sourire. Le cadet prit ensuite la parole.

-   Vous nous demandez concrètement de commettre un attentat ?
-   Attentat. Quel vilain mot ! Rétorqua le chef. « Je dirai plutôt qu'il s'agit d'une opportunité. Nous comptons lancer une guerre, ne l'oubliez pas ! »
-   Mais, on ferait du mal à tout un tas d'innocents... compléta Roku.

Fukase restait froid. « C'est le prix à payer... Ne me décevez pas ! » Puis il coupa de lui-même la connexion.

Les Genshine gardèrent le silence pendant plusieurs minutes, ne se lançant que parfois quelques regard l'un à l'autre. Cet ordre commençait à semer le doute dans leur esprit.

-   On ne peut quand même pas faire ça, Kyuu !
-   On n'a pas vraiment le choix, répondit l'aîné en baissant la tête, lui aussi semblait quelque peu perdu. « Viens, on va voir ce qu'il y a à la cave... »

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Le quartier noble de la ville de Kyôu se révélait bien calme en cette nuit noire. La pleine lune éclairait les très jolies allées qui paraient les sublimes habitations des résidents les plus notables de la capitale. Contrairement au quartier populaire où l'on pouvait trouver n'importe quand un endroit où il régnait une certaine activité, la partie noble était ce qu'il y avait de mieux pour se reposer. Quelques convois de gardes citadins passaient de temps en temps durant leurs rondes pour garantir la sécurité, mais rien d'autre ne venait troubler la tranquillité du lieu. Deux jeunes hommes parcouraient alors les rues à une certaine vitesse et d'un pas décidé. Chacun portait un sac sur son dos dont le contenu demeurait secret. Même s'ils avançaient relativement rapidement, leurs visages étaient marqués par l'inquiétude et l'interrogation. Tout en poursuivant leur chemin, ils murmurèrent:

-   Kyuu, tu ne penses pas qu'on va un peu trop loin ?

Le grand frère ne répondit pas. Il traça sa voie à travers les ruelles étroites et peu éclairées, gardant l'attention sur les éventuels gardes qui pratiquaient leur surveillance.

-   Grand frère, je te le dis, je ne me vois pas capable de faire ça ! insista Roku.

Le cadet avait fait part de ses doutes de nombreuses fois depuis que Fukase leur avait confié cette mission. En sa qualité de sabreur, il était arrivé à Roku d'ôter la vie à plusieurs personnes. Cependant, d'une part, il essayait de repousser l'option létale le plus souvent possible, et d'autre part, ces personnes n'étaient pas spécialement exemptes de tout reproche. Cette fois-ci, le dernier des jumeaux était d'avis que son chef avait dépassé les bornes de ce qui était acceptable. Par amour et reconnaissance pour lui, les Genshine avaient accepté de se téléporter dans Sekai et d'attaquer les chefs de village pour que le patron puisse accomplir ses desseins. Les jumeaux tentaient plus que tout d'éviter un trop grand nombre de victimes. Mais ici, ils passaient de simples fantassins à terroristes. En proie au doute, Roku stoppa net, et Kyuu fut obligé de s'arrêter à son tour.

-   Roku, je te comprends, et plus que tu ne le crois. Mais nous n'avons pas le choix. Nous devons obéir à Fukase...
-   Mais, tu ne penses pas qu'il exagère ?
-   Si, bien sûr, mais c'est aussi la seule personne qui a été capable de nous sortir de notre galère... Tu veux retourner dans l'enfer de notre enfance ? Parce que c'est ce qu'il arrivera si nous ne répondons pas à ses ordres. C'est notre destin !
-   ...
-   Allez, continuons notre route. Et concentre-toi, il ne faudrait pas nous faire attraper !

Kyuu avait tenté de trouver les mots pour rassurer son frère. Malheureusement, il fallait bien avouer que les discours n'étaient pas son fort. L'esprit de Roku restait embrouillé alors qu’ils arrivèrent en vue du Palais Royal. L'aîné bloqua son frère de son bras droit à la sortie d'une petite ruelle.

-   Bon, l'entrée principale est gardée, forcément. Mais vu la grandeur de l'endroit, il y a certainement une autre possibilité de pénétrer à l'intérieur. Je me souviens avoir vu quelque chose vers l'ouest.

Ils se dirigèrent donc vers le côté du château. Celui-ci était entouré de sortes de remparts en briques, et l'entrée principale revêtait une allure particulièrement riche, et était gardée en permanence. Un groupe de gardes spéciaux de la Reine faisaient sans cesse le tour des remparts à la recherche d'éventuels intrus. Il fallait donc être rapide et attentif. S'il était quasiment impossible pour des personnes lambda de pénétrer à l'intérieur de l'enceinte, des sportifs entraînés comme Kyuu et Roku disposaient d'une légère chance, mais il fallait rester rapide et attentif. Ils parvinrent à l'ouest des remparts après quelques minutes, puis Kyuu escalada le mur de quelques mètres afin d'observer la position du convoi de gardes. Ceux-ci venaient de passer cette partie de la propriété, ce qui laissait le champ libre aux jumeaux pendant un léger laps de temps. Kyuu lança donc un signal à son frère, et les jumeaux purent entrer dans le parc du Palais. Ils se réfugièrent directement derrière une des nombreuses plantes qui décoraient le jardin, et Kyuu récapitula le plan.

-   Le but est de placer les explosifs à des endroits stratégiques, et de viser cette partie du bâtiment.

Sur une carte dessinée grossièrement, l'aîné indiqua la partie gauche du château.

-   C'est là que se trouve la salle du trône et la salle de réunion. Il y a gros à parier que le Conseil organisé par la Reine se déroulera à cet endroit. Et je ne vois pas l'intérêt d'attaquer ailleurs. L'explosion devrait déjà être assez puissante...
-   Je pense toujours que nous faisons une grave erreur... avoua Roku.
-   Reprends-toi! lança son frère d'un ton sec. « Tu ne veux quand même pas retourner à notre ancienne vie ? »
-   Si je dois faire des choses aussi horribles pour cela...
-   Non, on n'a pas le choix. Viens tout de suite...

Bien qu'il fût en désaccord avec son aîné, Roku refusa de le laisser tomber. Kyuu était la personne la plus importante pour lui. Par ailleurs, ils s'étaient promis de ne jamais laisser tomber l'autre. S'ils devaient faillir à quoi que ce soit, ils failliraient en duo. De ce fait, Roku était embarqué dans cette histoire dont il ne maîtrisait rien. Il se surprit lui-même d'espérer l'échec de cette mission.

Dissimulés derrière une des façades du Palais, Kyuu demanda à Roku de déballer la première partie des explosifs qu'il comptait placer à cet endroit, quand il fut brutalement interrompu par la voix d'une jeune femme qui venaient de poser sa main sur l'épaule du plus âgé des Genshine.

-   Qu'est-ce que vous trafiquez là ? dit la jeune femme, dont les cheveux rouges flottaient dans le léger vent.

Les jumeaux eurent un mouvement de recul, et ne savaient pas quoi répondre, complètement pris au dépourvu.

-   On dirait que vous projetez d'attaquer le Palais. Qu'est-ce que c'est que tout ce bazar? Vous pouvez m'expliquer ?

Kyuu dévisagea la femme:

-   Qui êtes-vous, d'abord ? lança-t-il d'un ton agressif.
-   Du calme, mon petit... rétorqua-t-elle, provoquant la fureur intérieure de Kyuu, qui ne supportait pas qu'on ne l'appelle en de termes si dégradants. « Mon nom est Leora, et ce que vous faites ici m'intéresse au plus haut point. »

Roku prit la parole, caché derrière l'épaule de son frère:

-   Vous n'avez aucune idée de ce que nous faisons là.
-   J'en sais assez pour prouver que vous menacez la sécurité du Palais Royal. Et si j'étais vous, je resterai prudente. Vous êtes plutôt en position de faiblesse, là.
-   Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? questionna Kyuu.
-   Le fait est, mon petit, que je n'ai qu'à appeler les gardes qui font leur ronde autour du château pour vous envoyer directement en prison, voire pire...
-   Mais vous êtes aussi entrée par effraction ! Les gardes vont vous arrêter aussi ! répondit Roku.
-   Oh, je pense qu'ils seront plus intéressés par des personnes qui ont tenté de faire péter le Palais plutôt que par une faible femme qui s'était en quelque sorte perdue...

Les jumeaux demeurèrent silencieux. Leora avait en partie raison. Ils courraient plus de risques qu'elle.

-   Mais qu'est-ce que vous voulez à la fin ? s'interrogea Roku.
-   Je pense que nous avons des intérêts communs, et que nous gagnerons à nous allier. Voyez-vous, je vous ai bien remarqués cet après-midi dans la rue, pendant les manœuvres de la Garde, et vous me sembliez déjà suspects. Je suis également d'avis que vous ne travaillez pas seuls. Ainsi, je demande à parler à notre chef.
-   Parler à Fukase ?! s'étonna Kyuu.
-   C'est donc ainsi qu'il se nomme. Menez-moi à lui, j'ai à lui parler.

Kyuu laissa échapper un léger sourire, au milieu de sa tension:

-   Ça ne va pas être possible...
-   Vous refusez ? Si vous voulez, je peux toujours hurler et alerter la garde... Leora ouvrit grand la bouche, et inspira profondément.
-   Non, arrêtez ! Murmurèrent les jumeaux.
-   Conduisez-moi à votre chef !

Kyuu et Roku s'observèrent un moment. Manifestement, leur plan avait échoué pour l'instant. Ils étaient pris au piège. Ils acceptèrent alors la proposition de la mercenaire et quittèrent l'enceinte du Palais Royal. Alors qu'ils retournèrent tous les trois vers le refuge des Genshine dans le quartier populaire, Roku ne pouvait s'empêcher de se sentir en quelque sorte satisfait de la tournure des événements. Pour l'instant, leur projet d'attentat était mis en suspens. Il disposait encore de temps pour faire changer Fukase d'avis, espérait-il. Un peu plus loin, il pouvait également observer son frère pousser un soupir de soulagement.

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 11 novembre 2016, 21:34:19
Coucou !

Je viens juste de terminer le chapitre 12 de "Sekai"...

Bonne lecture

Spoiler
Chapitre 12 : Leora

L'entraînement de ce matin-là s'était révélé encore plus difficile que ceux des autres jours pour Rin et Len. D'une part, les jumeaux ressentaient déjà une certaine pression principalement due à l'arrivée des derniers chefs de village dans la capitale, et d'autre part, l'ambiance qui régnait en ce début d'après-midi était assez pesante. Gumi et Yuma n'avaient en effet prononcé que peu de mots durant la session, se lançant souvent quelques regards à la fois complices et inquiets. Alys se tenait à l'écart et observait les Kagamine se faire quelques passes d'entraînement au sabre, et prêtait également son attention aux deux amants, et à leurs réactions.

La session se termina en début de soirée, toujours dans la même ambiance lourde. Alors que les jumeaux rangeaient leurs affaires dans leur chambre, les deux maîtres se serraient à l'entrée de la pièce et demandèrent respectueusement à parler aux trois personnes, la jeune femme à la tresse étant aussi présente. Depuis la révélation, le comportement de Gumi envers ses disciples avait considérablement changé. Elle, d'habitude si autoritaire et franche, s'était mise à tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de leur adresser la parole. Rin se gaussait de cette situation par moments. Non pas qu'elle voulait profiter de ce moyen de pression, mais il fallait bien avouer qu'il était amusant de voir une guerrière si franche et courageuse perdre ses moyens devant une gamine de quatorze ans.

- On peut vous parler de vous-savez-quoi ? demanda Gumi. Yuma se trouvait ses côtés et demeurait silencieux.

Rin esquissa un léger sourire, tandis que Len et Alys invitèrent les deux soldats à s'asseoir. Malheureusement, leur chambre ne disposait pas de chaise, ils ne purent alors leur proposer que de s'asseoir sur le lit de Len.

- Peux-tu fermer la porte s'il te plaît, Alys, supplia presque la dame aux cheveux verts.

La villageoise s'exécuta, encore étonnée par l'excès de politesse inhabituel de Gumi.

La lieutenante baissa la tête, ce qui sonna comme un signal pour Yuma qui prit la parole.

- Comme vous le savez, les relations entre soldats sont strictement interdites dans la Garde royale, même pour les hauts officiers, comme nous. On doit donc vous demander de garder tout cela secret.

Gumi pouffa. Au fond d'elle-même, cela l'ennuyait terriblement de s'abaisser à ce niveau. Cela ne lui ressemblait pas.

En voyant la détresse dans les yeux des deux tourtereaux, Rin, Len et Alys s'échangèrent quelques regards. Puis, Yuma embraya la conversation.

- Voyez-vous. Nous avons passé toutes les dernières années ensemble. Nous avons mené de difficiles batailles côte à côte, et avons fini par nouer des liens. Au bout d'un moment, on ne pouvait plus nier l'évidence, même si elle était difficile à accepter pour nous aussi.

- Après ce qu'on a vu dans votre chambre, on peut dire que vous l'avez finalement bien accepté ! plaisanta Rin. Len se cacha le visage derrière sa main droite pour dissimuler son air hilare.

Les jumeaux voulaient un peu profiter de leur "supériorité" par rapport à leurs maîtres. Cela n'arriverait pas souvent, et ils n'avaient pas vraiment trouvé les moments pour s'amuser depuis leur arrivée à Sekai.

- S'il vous plaît, ne dites rien à Miku, pria Gumi en fixant les Kagamine, Alys semblant déjà convaincue.

- Qu'est-ce qu'on y gagne ? demanda Rin. « En contre-partie de notre silence, il faudra être gentils avec nous désormais. » La jeune blonde appréciait encore ces petits moments de chantage.

- Si vous voulez, on fera de notre mieux, répliquèrent ensemble les deux guerriers.

Époustouflée par cette réponse, Rin se retourna vers son frère. Elle ne s'attendait pas à ce que Gumi et Yuma ne baissent leur garde aussi facilement. Les jumeaux n'avaient jamais eu l'intention de cracher le morceau, ne fut-ce que par respect pour tout ce qu'ils leur avaient appris jusque-là. Ils voulaient juste rigoler un peu. Finalement, Alys signifia aux jumeaux d'arrêter ce petit jeu qui avait assez duré.

- C'est bon ! On vous faisait marcher ! rassura Rin. « On ne dira rien, rassurez-vous... »

Un sourire se dessina alors sur le visage de Gumi, qui laissait apparaître pour la première fois une certaine sensibilité. Yuma se tourna vers Len, son expression traduisant sans aucun doute de la gratitude.

- Miku n'est pas au courant. Vous êtes souvent tous les trois ensemble pourtant, non ? se demanda judicieusement Len.

- On fait de notre mieux pour le cacher. Même si on connaît Miku depuis tout jeune, le règlement de l'armée est clair, elle n'aura d'autre choix que de nous mettre dehors si elle l'apprend, et même à contrecœur.

- Et on peut dire que la commandante est réputée pour sa droiture, ajouta Gumi.

- Je vois... fit Rin. Elle s'était mise un instant à la place de son maître et s'était rendue compte que sa situation ne devait pas être de tout repos, et que cela devait être difficile à vivre au quotidien.

La conversation continua pendant quelques dizaines de minutes. Gumi et Yuma prirent ainsi le temps de raconter à leurs jeunes disciples leur rencontre et les différentes difficultés traversées par leur couple. Finalement, cette discussion avait fait un bien fou aux cinq personnes présentes dans la chambre. Pour la première fois, Rin et Len avaient l'impression que les maîtres leur parlaient d'égal à égal. Alys éprouvait également ce sentiment. Au final, une véritable dynamique de groupe et une relation de confiance s'étaient créées.

 

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Kyuu et Roku accompagnaient Leora dans les différentes allées du quartier populaire de Kyôu. Le soleil brillait de ses premiers éclats. La nuit avait été longue pour les trois guerriers: les jumeaux baillaient à intervalles réguliers. Cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient pas pu profiter d'un bon sommeil revigorant. Ils n'avaient pas dormi la veille, ni le jour d'avant, trop préoccupés par leur opération et par le problème des explosifs. La jeune femme aux cheveux rouges était également en droit d'être exténuée, mais elle était trop excitée à l'idée de rencontrer le chef des Genshine qu'elle en oublia très rapidement la fatigue. Elle préparait déjà, par ailleurs, sa stratégie de commerciale. En tant que mercenaire, elle avait appris à se vendre de bien bonne manière. Il fallait que les clients potentiels soient assurés qu'elle représentait la meilleure option pour accomplir leur mission. Ici, elle avait subodoré un employeur intéressant. Elle devait le convaincre de l'engager. Au fond, elle ne cherchait qu’à travailler pour une autre personne que Kaito, puisqu’il lui arrivait souvent de ne pas payer en temps et en heure. Au mieux, elle pouvait lier les deux missions et ainsi obtenir une récompense de la part des deux hommes.

Quelques minutes plus tard, les jumeaux firent entrer la mercenaire au sein de la maison pitoyable qui leur servait de refuge. Le voyage s'était déroulé dans le plus grand silence, aucun d'entre eux n'ayant désiré s'adresser la parole. Finalement, Roku dût bien commencer:

- On vous aurait bien donné quelque chose à boire, mais, comme vous voyez, nous n'avons plus rien...

- Ce n'est pas bien grave, répondit Leora. « Mais où se trouve votre chef. La maison est désespérément vide ! »

Kyuu lâcha alors un petit rictus. La jeune femme n'était pas prête pour ce qu'elle allait voir.

- On lui montre, Roku ? lança-t-il.

- Il faudra bien...

Les jumeaux la menèrent vers la salle du fond, où était placé le petit ordinateur servant à la vidéoconférence avec Fukase. Comme toujours, Kyuu prit place sur le siège devant l'écran et se mit à tapoter sur divers boutons. Quelques secondes plus tard, un homme dans la trentaine apparût, toujours affublé du même sourire maléfique.

- Coucou, Kyuu, ricana-t-il. « Comment s'est déroulée la mission que vous avez confiée ? »

L'aîné baissa la tête comme par signe de honte. « Nous nous sommes fait repérés, nous avons dû suspendre la mission... »

- Comment ça ? Êtes-vous seulement capables de mener à bien une seule tâche que je vous ai assignée. Je ne compte plus vos échecs ! Qui vous a repérés ? La Garde royale ? hurla-t-il.

- C'est plus compliqué que ça. Cette personne est avec nous en ce moment.

- Ah bon ? Je veux la voir...

Leora observait jusqu'à présent la conversation d'un œil attentif. Elle ne s'attendait pas à discuter à distance avec un homme aussi extravagant et étrange. La technologie de ces hommes lui était également inconnue.

Roku lui expliqua brièvement que son frère et lui venaient d'un autre monde, celui-là même d'où leur parlait Fukase. Leora prit quelques secondes pour endurer la nouvelle. Heureusement, elle avait déjà entendu pas mal de choses bizarroïdes au cours de ses différentes opérations, et disposait d'une capacité à revenir rapidement à l'essentiel. Pour elle, peu importe d'où son client venait, elle ne cherchait même pas à comprendre tant qu'il la payait. Toutefois, elle garda toutes ses questions dans un coin de son esprit, et décida de ne pas les aborder pour l’instant.

- Tout ce qu'il dit est vrai, renchérît le chef derrière son écran. « Approchez-vous ! Nous allons discuter un peu... »

La pratiquante du Koryu s'exécutait, et prit place sur le vieux siège. Quand il la vit, le visage de Fukase se para immédiatement d'un large sourire.

- Oh, une guerrière aux cheveux rouges ! Exactement comme moi ! Quelle bénédiction ! Comment vous appelez-vous ma belle ?

Leora fut surprise par ce rapide changement d'humeur, mais déclina rapidement son identité. La discussion continua calmement, la mercenaire se chargeant de lui faire un état des lieux de la situation (ce qui irrita passablement Kyuu, qui patientait dans le fond de la pièce avec son frère), puis la jeune femme lui présenta ses atouts, son expérience de combattante et lui parla même de sa maîtrise du Koryu. Fukase se montra intéressé par toutes ses compétences, et lui proposa rapidement de l'engager. Il fut tout de même surpris lorsqu'ils abordèrent le point de vue pécuniaire, mais il fallait bien payer grassement les gens de talent. Puis, le patron demanda de parler de nouveau à Kyuu. Leora se retira donc de la chaise, l'air satisfait.

- Bon, Kyuu, la mission que je vous avais donnée n'est pas terminée. Vous avez une nouvelle équipière dès à présent. Je compte sur vous pour collaborer correctement avec elle. Je ne tolérerai pas une nouvelle bourde !

- Justement, Monsieur Fukase... commença Kyuu, en jetant rapidement un regard vers son petit frère. « Nous ne sommes pas certains qu'il s'agit là de la meilleure stratégie... »

L'aîné tentait d'aborder le sujet prudemment, les jumeaux ne voulaient pas se rendre coupable d'un acte terroriste, et préféraient essayer une autre option pour arriver au même résultat. Cependant, Fukase rougit de colère et se mit à vilipender:

- Tu oses remettre en cause ma stratégie. Dites tout de suite que vous manquez de courage ! Je peux aussi vous remettre à la rue, si vous préférez. Après tout ce que j'ai fait pour vous, je ne m'attendais pas à un coup aussi bas !

- Ce n'est pas ça, Monsieur... essaya de rétorquer timidement Kyuu.

- Écoute, mon petit, ton frère et toi n'avez pas le choix. Ou vous suivez mes ordres, ou je vous abandonne, et vous retournez dans l'enfer de votre enfance !

Kyuu baissa la tête, il ne savait plus quoi répondre. Heureusement, Leora se décida d'intervenir dans la discussion de façon assez habile.

- Si vous me permettez, Monsieur Fukase, je pense que les Genshine n'ont pas spécialement tort. Nous ne pouvons pas mener d'attaque à grande échelle pour l'instant. Nous ne sommes que trois face à toute la Garde royale. Je pense qu'il vaut mieux agir furtivement. C'est ce que Kyuu essaie de vous dire.

Fukase s'interrompit et réfléchit: « C'est vraiment ce que tu pensais, Kyuu ? »

Le grand frère sauta sur l'occasion, et fut également suivi par son jumeau. « Euh... Oui, c'est ça, nous en avons réfléchi sur le trajet avec elle d'ailleurs », ajouta-t-il pour ajouter plus de poids à son mensonge.

- Que proposes-tu donc, Leora ? demanda Fukase.

- Nous avons un objectif, la salle du trône. D’après ce que j’ai entendu hier, la Reine prévoit sa réunion à cet endroit. Et il sera plus facile d'y accéder à trois en se faufilant entre les sentinelles de la garde. J'ai remarqué que les jumeaux étaient doués pour ça aussi, commença-t-elle. Puis, elle prit plusieurs minutes pour élaborer son plan devant son nouveau patron.

- Parfait !  fit Fukase. « Ce plan me plaît ! Et en plus, il nous permet d'économiser les explosifs. Je vous laisse donc faire comme cela. Je vous attends demain pour le rapport quotidien, en espérant de bonnes nouvelles. » Ensuite, il salua un par un les intervenants. « Roku, bonne chance, mon chéri. Kyuu, mon petit chat, ne soit pas trop froid avec Leora s'il te plaît. Et vous, ma belle, quel plaisir de vous avoir rencontrée. » Puis, l'écran s'éteignit subitement.

Les Genshine poussèrent alors un ouf de soulagement en déposant leur réserve d'explosifs au sol. Ils remercièrent également Leora de les avoir aidés à soudoyer Fukase pour qu'il n'aille pas plus loin dans sa folie. Cette marque de respect n'était pas dans leurs habitudes, mais les jumeaux durent se mettre à l’évidence : elle leur avait sorti une sacrée épine du pied.

- Avec plaisir ! répondit-elle. « Maintenant, il faut se préparer pour la mission. »

Les frères se dirigèrent donc vers la pièce d'à-côté pour se changer. Leora resta encore quelques instants, et observa les sacs d’explosifs posés par terre. Elle ouvrit celui de Roku et s'empara d'une petite partie du contenu, qu'elle fourra rapidement dans son sac personnel.

- On ne sait jamais, ça peut toujours servir…

 

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Près du Palais Royal et de la caserne de la Garde, tout était en place. Hatsune Miku s’était attelée à toute l’organisation de la sécurité pour cet événement unique. En effet, le pays de Kuni avait rarement dû faire face à une crise aussi compliquée, c’était même la première passe difficile depuis la Grande Guerre Magique, et la première à laquelle fut confrontée la Reine Luka. Elle savait que le peuple du pays comptait sur elle et que le moindre de ses agissements serait jugé. Le Conseil des Quatre qu’elle avait convié revêtait des allures de Conseil de Guerre ; on allait y parler énormément de stratégie et de manœuvres de troupes militaires. Le problème le plus évident était que leur ennemi demeurait le plus souvent invisible, et qu’il était donc quasiment impossible de l’attaquer avant qu’il ne se montre. Luka réfléchissait à tout ceci, alors qu’elle attendait devant la porte de la salle du trône, au bout du long couloir où étaient également stationnés Miku, Gumi, Yuma, Alys, Rin et Len. Meiko, elle, patientait dehors près de la porte afin d’accueillir les trois chefs qui venaient d’annoncer leur arrivée. A l’extérieur, l’atmosphère demeurait calme malgré l’importance de la venue des leaders de village. Mis à part les gardes postés tout le long du château, personne n’était à signaler. Les civils n’avaient pas été conviés à l’arrivée des Sages.

Le premier chef s’arrêta juste devant le portail d’entrée. Au vu du blason affiché sur la diligence menée par deux splendides chevaux, Meiko put en déduire qu’il s’agissait de Lily, la patronne du village d’Enkan. Sa servante sortit la première, puis laissait place à cette jeune femme. Elle était pourvue de longs cheveux blonds, qui auraient pu rendre Rin jalouse, et était vêtue d’une tenue légère : un petit haut paré de noir et de blanc, au bas duquel on pouvait légèrement apercevoir son ventre, et d’une petite jupe noire. Elle portait également son sceptre, presque aussi grand qu’elle. Celui-ci était fabriqué en ébène, et disposait d’une pierre taillée en son sommet. Au final, malgré son âge relativement jeune, elle donnait l’impression d’être à la hauteur de son statut. Meiko se mit alors à lui présenter ses hommages comme il se devait, puis à l’accompagner à l’intérieur, où Lily s’inclina longuement devant la Reine.

- Ma Reine, c’est un honneur de vous revoir enfin. Dommage que cette réunion ne serve à s’entretenir à propos d’évènements aussi funestes… Je vous présente d’ailleurs toutes mes condoléances pour la perte de tous les autres chefs du Conseil.

- Merci, ma chère Lily, répondit Luka, avant de la présenter à Gumi, qui allait être chargée de sa protection durant tout son séjour à Kyôu.

Elle avait déjà eu l’occasion de croiser Gumi à plusieurs reprises, mais ne lui avait encore jamais adressé la parole. Il faut dire que, la plupart du temps, Miku, Yuma, et la guerrière aux cheveux verts étaient uniquement responsables de la protection de la Reine, et n’avaient pas de temps à perdre en bavardages.

- Au vu de la situation, je vous ai fourni une protection spéciale pour le temps que vous allez passer ici. Gumi est l’un de nos meilleurs éléments. Il ne devrait rien vous arriver avec elle, assura Luka.

- Votre réputation vous précède ! lança Lily en direction de Gumi. « C’est un privilège pour moi d’être protégée par une personne de votre rang ! »

- Tout le plaisir est pour moi, rétorqua Gumi en s’inclinant. De leur côté, Rin et Len restèrent bouche bée devant la politesse affichée par leur formatrice, provoquant un léger sourire moqueur chez Yuma.

L’entrée des deux autres chefs de village se déroula de la même manière. Tous furent accueillis d’abord par Meiko, puis par la Reine, qui se mettait ensuite à leur présenter leur protecteur pour la durée de la réunion.

Le deuxième chef, natif du village de Nozon, se nommait Takahashi. Assez jeune lui aussi, il était connu pour son comportement assez prétentieux. Il était le dernier à avoir été nommé au Conseil des Sages et aimait profiter de sa position. Pourtant, il restait pour l’instant relativement calme et salua la Reine avec respect. Luka lui présenta Alys, sa garde attitrée. Son visage changea alors subitement d'expression :

- C’est bien gentil ma Reine, mais je pense pouvoir me défendre tout seul. Je n’ai pas besoin d’une femme pour cela.

Alys, barrée par sa timidité, ne prit même pas la peine de répondre. Gumi, de son côté, serrait les dents, de sorte de ne pas s’énerver. Yuma s’avança vers le trio en discussion quand la Reine rétorqua à l’attention de Takahashi :

- Vous n’avez de toute façon pas le choix. C’est un ordre de votre Reine. Et puis, il me semble que vous n’étiez pas très à l’aise la dernière fois contre l’un de nos gardes pendant un tournoi. J’espère pour vous et pour le village de Nozon que vos capacités en combat se sont améliorées ! En attendant, je vous prierai de montrer davantage de respect envers les femmes de mon armée ! A moins que vous ne vouliez tenter un duel avec Gumi, Alys ou Miku ?

Takahashi se tût immédiatement. Il connaissait bien sûr le niveau de Miku et de Gumi, et savait qu’il ne tiendrait pas très longtemps en combat singulier. Il venait de rencontrer Alys, mais l’assurance de la Reine à son égard ne lui donna pas envie d’en apprendre plus sur les capacités de la jeune fille à la tresse. Il répondit donc calmement : « D’accord, ma Reine, comme vous voudrez », puis ajouta un mot d’excuse en direction d’Alys.

- C’est bien ce qui me semblait, conclut la Reine.

La troisième sage s’avança également quelques minutes plus tard dans le long couloir menant à la salle du trône en compagnie de Meiko. Il s’agissait de Kinzaki Koharu. Avec les meurtres des chefs des villages d’Uchi et Furisato, elle devenait la membre du Conseil la plus ancienne, du haut de ces cinquante ans. Son expérience de ce type de crises était grandement appréciée par la Reine. Koharu suivit par ailleurs le protocole à la lettre, avant d’être présentée à Yuma, qu’elle avait déjà croisé à plusieurs reprises.

- Oh, Yuma, ça faisait longtemps ! Vous n’avez absolument pas changé !

- Je peux en dire de même pour vous, Madame, répondit Yuma. « Je vois que le poids des années n’a aucune emprise sur vous… ». Il était vrai que Kinzaki ne paraissait pas son âge, elle portait toujours de longs cheveux noirs, et était vêtue d’un kimono blanc et rose du plus bel effet.

- Qu’il est gentil, celui-là…

Les trois chefs étant arrivés, la Reine s’empressa de les faire pénétrer à l’intérieur de la salle du trône afin de pouvoir commencer le Conseil. Chaque groupe composé du chef et de son garde entra à son tour et se plaça autour de la table. Miku resta encore quelques secondes dans le couloir en compagnie de Rin et de Len.

- Vous n’avez pas oublié votre mission ? Je veux que vous patrouilliez dans les moindres coins et recoins des environs. Toutefois, ne vous aventurez pas non plus trop loin dans la cour du château. C’est inutile, les gardes surveillent déjà toutes ces zones. Au moindre problème, vous courrez ici pour me prévenir…

Les jumeaux blonds marquèrent leur accord en même temps, et affichaient chacun sur leur visage le même air déterminé.

- Bonne chance !, leur murmura Miku avant de refermer la porte de la salle du trône derrière elle.

Rin et Len s’observèrent quelques instants en silence. Leur véritable première mission en duo allait commencer, et elle ne s’annonçait pas des plus évidentes. Pourtant, au-delà de l’inquiétude qu’ils éprouvaient, ils débordaient de motivation.

 

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Le crépuscule commençait à tomber. Les gardes présents autour du château pouvaient observer les lumières s’échappant de la salle du trône. Le Conseil des Quatre se trouvait encore en pleine réunion. Depuis plusieurs heures déjà, les Sages tentaient de trouver une solution à la série de meurtres, et puis de réunir le plus d’indices possibles sur leur ennemi commun.

Dehors, au détour d’une étroite ruelle, trois ombres agissaient, vêtues de vêtements sombres. Seules les chevelures rouges de la praticienne du Koryu et vertes des jumeaux Genshine s’extirpaient de leur capuchon. Les frères portaient chacun leur fidèle sabre à la ceinture, enfermé dans un fourreau bleu marine. Leora, quant à elle, portait un léger sac à dos, et était armée d’un long poignard. Elle n’avait pas besoin de davantage d’armement, sa spécialité étant le corps-à-corps. Les trois intrus observèrent pendant un petit moment le passage des gardes, en essayant de trouver la faille dans la surveillance. Comme ils s’en doutaient, Miku avait particulièrement accentué les sentinelles, rendant l’accès au Palais encore plus difficile que d’habitude.

- Bon je pense qu’il sera plus facile de passer par l’arrière. J’ai déjà eu l’occasion de faire plusieurs fois le tour du château. Une entrée permet de passer par le sous-sol, moins fréquenté, puis de se frayer un chemin vers l’aile principale. Ca ne sera pas facile, il faudra rester prudents… Vous me suivez ?, murmura Leora.

Les jumeaux acquiescèrent, et le trio entra en action. Ils se faufilèrent ainsi dans les petites rues qui jalonnaient les alentours du Palais Royal, afin de parvenir à l’endroit désigné par la guerrière. Les remparts qui se situaient derrière le château était moins élevés que les autres, ils furent par conséquent plus faciles à escalader. Après s’être assurés de l’absence des sentinelles au sommet, les Genshine grimpèrent à une vitesse digne de shinobis, alors que Leora parvint au sommet d’un unique saut. Ils purent ensuite se dissimuler derrière l’une des nombreuses plantes qui ornaient le jardin arrière. Quelques gardes se trouvaient là, heureusement fussent-ils légèrement isolés des autres. Si Leora et les Genshine agissaient furtivement et rapidement, ceux-ci n’auraient pas le temps de sonner l’alerte. Les trois guerriers se glissèrent donc le long des murs, bien aidé par les ténèbres qui envahissaient le lieu, et leurs vêtements sombres. Ils parvinrent alors à se retrouver juste dans le dos des gardes, et de les mettre hors d’état de nuire en quelques dixièmes de secondes. Kyuu, Roku et Leora n’avaient même pas dû dégainer leurs armes, un simple étranglement fit l’affaire pour leur faire perdre connaissance.

- Bien joué, nous n’avons plus qu’à passer par cette petite porte. Elle mène au sous-sol. Apparemment, un escalier conduit directement au rez-de-chaussée, dans le couloir précédant la salle du trône… Restez sur vos gardes !

Les jumeaux furent tout de même impressionnés non seulement par la technique de Leora, qui avait réussi à franchir le mur en un seul pas, mais aussi par la manière avec laquelle elle avait préparé leur expédition. Elle connaissait le plan du château par cœur. Ils progressèrent lentement dans le sous-sol et montèrent tranquillement l’escalier menant à l’étage supérieur. Puis, Roku entre-ouvrit la porte vers le couloir, et vérifia la présence de gardes. Il aperçut deux jeunes têtes blondes, un frère et une sœur, en train de patrouiller à cet endroit. Il referma la porte immédiatement.

- Ce sont les jumeaux que nous avons croisés à Furisato ! chuchota le cadet.

- Ce n’est pas bien grave ! rétorqua Kyuu « Ils n’avaient pas l’air bien dangereux la dernière fois. On s’en occupe », ajouta-t-il en direction de Leora avec une expression de défi. Selon lui, elle avait pris trop de place dans l’opération, et s’était même permise de s’attirer les faveurs de Fukase. Bien que Kyuu s’appréciait pas son patron plus que cela, cela l’ennuyait fortement de voir une novice prendre sa place dans l’organisation. Le moment était venu de réparer toutes leurs erreurs, à son frère et à lui.

Les jumeaux aux cheveux verts sortirent donc rapidement de la cave, et firent face aux Kagamine, Rin et Len furent tout d’abord surpris, puis reprirent leurs esprits et retirèrent leurs sabres de leurs fourreaux. Pour eux aussi, il était temps de faire leurs preuves, même s’il fallait avouer que, pour leur premier combat réel, ils auraient pu tomber sur des adversaires d’un moindre niveau.

D’un coup d’œil, Kyuu et Roku se partagèrent les cibles, l’ainé s’occupant de Len, tandis que le plus jeune s’attaqua à Rin. Les jumeaux blonds avaient déjà préparé leur parade de défense alors que les Genshine s’avançaient violemment devant eux, leurs épées disposées bien en avant. Les premiers coups n’atteignirent pas leurs cibles, provoquant de ce fait le bruit caractéristique du frottement entre les lames. De son côté, Len tentait de prendre le dessus sur son adversaire grâce à sa force appliquée directement sur son arme, répétant ainsi une technique bien connue que lui avait enseignée Yuma. Par contre, Rin fit preuve d’un jeu de jambes stupéfiant pour se démarquer de son ennemi. Ce style de combat n’aurait certainement pas déçu Gumi. Les Kagamine parvinrent à se défaire des attaques des Genshine et s’éloigner de quelques mètres. Ils tentèrent alors d’alerter les gardes présents aux alentours et dans la salle du trône de la présence d’intrus. Pendant ce temps, Leora restait bien à l’abri derrière la porte de la cave.

- A l’aide ! cria Rin « Des intrus ! ».

Les frères ennemis ne leur laissèrent pas le temps de réitérer leurs appels, et lancèrent une nouvelle salve d’attaques. Cette deuxième série était bien plus sérieuse que la précédente. Kyuu et Roku avaient en effet analysé le style de combat des Kagamine et avaient remarqué leurs progrès. Rin et Len contrèrent encore une fois les assauts de leurs adversaires. Cependant, Kyuu fit parler sa vitesse pour se projeter derrière Len, et lui asséner un coup de poing rapide dans la nuque. Le jeune blondinet perdit connaissance et s’allongea sur le sol. Rin se tenait encore debout, et se défendait plutôt bien contre Roku. Mais l’évanouissement de son frère la poussa une nouvelle fois à appeler à l’aide. Par conséquent, elle porta moins d’attention sur le combat en cours. Le cadet des Genshine en profita et trouva l’ouverture : il s’abaissa, et fit perdre l’équilibre à la jeune sœur en lui faisant un croche-patte dans les jambes. Rin s’écroula, puis Roku lui cassa la jambe, de sorte de la mettre hors combat. C’est à ce moment que Leora s’extirpa de la cave, son sac toujours sur le dos. Elle cria aux jumeaux :

- Achevez-les !

Les Genshine n’eurent pas le temps de réagir. Par le même temps, les appels à l’aide de Rin avaient enfin été entendus, ce qui poussa la Reine, les Sages, ainsi que leurs gardes à interrompre leur réunion. Ils se retrouvaient donc dans le couloir à quatre guerriers contre trois. D’un côté, Miku, Gumi, Yuma et Alys se tenaient devant le membre du Conseil à protéger. Les trois premiers maintenaient leur sabre devant eux, alors qu’Alys s’était mise en position de combat. Rin s’était retirée sur un côté du corridor, en traînant la jambe, hurlant de douleur, tandis que Len restait allongé.

- Rendez-vous !  lança Miku. « Vous ne pouvez plus rien faire. Vous êtes finis ! ».

Kyuu et Roku s’observèrent. L’opération avait pourtant tellement bien commencé. Ils commencèrent tous deux à baisser leur sabre. Ils se retrouvaient en infériorité numérique, et la mission avait selon eux définitivement capoté.

- Une minute, ma petite dame ! interrompit alors Leora.

La guerrière rouge se fraya un chemin au milieu des deux jumeaux encore debout, et tenait dans ses mains un objet circulaire.

- Je ne serai pas si certaine de votre victoire si j’étais vous ! D’ailleurs, vous allez nous confier la Reine, sinon, je vous annonce que je fais exploser cet endroit !

Kyuu et Roku restèrent immobiles, stupéfaits par l’alternative de Leora. L’aîné éprouva même un léger sentiment d’énervement. Ils avaient pourtant bien discuté et avaient tous décidé de ne pas faire usage des explosifs. Leora n’était donc pas digne de confiance. Il s’en était douté, mais avait été forcé de faire équipe avec elle. En outre, si son plan fonctionnait, elle recevrait les félicitations de Fukase. Il serra les dents. Roku, lui, demeurait silencieux, et observait la scène calmement, bien qu'il n'approuvait pas non plus le comportement de sa nouvelle collègue.

- Jamais ! répondit Miku. « Plutôt mourir ! »

- « Vous êtes sûre ? » questionna la pratiquante du Koryu.

Elle déballa un petit explosif de son sac, l’alluma et le lança en direction de Lily. Le projectile détonna juste aux pieds du chef du village d’Enkan et de Gumi, les projetant plusieurs mètres en arrière. Heureusement, elles n’étaient pas blessées, juste assommées, la déflagration n’étant pas encore assez forte.   

- Et ce n’était qu’un avant-goût de notre puissance de feu ! Vous voulez toujours négocier ? nargua Leora.

Miku pratiqua une battue destinée à se lancer en direction de l’ennemie pour l’attaquer. Juste à cet instant, elle fut ralentie par Luka, qui tira le tissu de sa tenue pour l’empêcher d’aller à l’assaut.

- Arrête Miku. Ca n’en vaut pas la peine… dit-elle.

- Mais, ma Reine. On ne peut pas les laisser vous enlever ?

- Et risquer la vie de toutes les personnes présentes ici ? Non, il vaut mieux accepter leur marché…

Les yeux de Miku commençaient à briller, écarquillés.

- Ma Reine, vous ne pouvez pas faire ça…

- Leurs vies valent bien plus que la mienne. Et puis, j’ai confiance en vous, je sais que vous parviendrez à me délivrer… confia la souveraine en se dirigeant lentement vers Leora et les Genshine.

Gumi, Yuma et Alys se préparèrent également pour un assaut.

- Ne faites plus un geste, invectiva Luka. « C’est un ordre ! »

Ils s’arrêtèrent nets, alors que Kyuu ligota la Reine, Roku reprit en main son sabre. Leora, quant à elle, gardait bien l’explosif en main. Ensuite, ils sortirent tous les quatre par l’entrée principale du château, provoquant par la même occasion le désarroi dans le chef de tous les gardes présents dehors. Miku, Gumi, Yuma, Alys, ainsi que les trois chefs les suivirent jusqu’à l’extérieur, sans agir. A la sortie du Palais, Miku vit la souveraine se retourner vers elle, et crût lire sur ses lèvres :

- Tu me sauveras ! J’ai confiance en toi !

Leora se retourna également juste avant de s’enfuir, et adressa un message à Alys :

- On se retrouvera, pratiquante du Koryu. Prépares-toi bien à notre prochaine rencontre.

Alys resta atterrée, interloquée par ces mots, tandis que les ennemis disparaissaient dans la nuit et les ténèbres, tenant la Reine du pays de Kuni en otage.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 04 décembre 2016, 17:28:26
Coucou !

Et voici le chapitre 13 :-)

Spoiler
Chapitre 13 : Owari


Leora et les frères Genshine ruisselaient à travers les petites ruelles qui menaient au quartier populaire de la capitale. La Reine Luka était posée sur les épaules de Kyuu, qui, même avec ce poids supplémentaire ne ralentissait pas. Malgré son apparence frêle et mince, l'aîné disposait d'une force redoutable. Cela avait déjà surpris de nombreux adversaires; le dernier, Len, fut étonné par la violence du coup porté par son adversaire quelques dizaines de minutes avant, le laissant knock-out sur le coup.

Le crépuscule était tombé, et il commençait à être ardu de s'orienter dans la ville. Heureusement, les trois associés connaissaient la route par cœur, et purent se rendre rapidement à leur refuge. Ils se tinrent alors devant la maison, le sentiment du devoir accompli. Luka, toujours ligotée, était pourtant parvenir à défaire l’un de ses bras et se tenait aux côtés de Kyuu et Roku. Leora fit immédiatement la remarque à l’aîné qui lui répondit, gêné : « On était pressé ! Et puis, elle n’a pas pu faire grand-chose… » Puis il gratifia la mercenaire de sa grimace traditionnelle, qui traduisait tout le bien qu’il pensait d’elle.

-   On a réussi Kyuu, lança le cadet. « Fukase sera fier de nous cette fois ».
-   Mouais, rétorqua le grand frère sans plus d'assurance. Puis, il se tourna vers Leora. « On s'était pourtant mis d'accord: nous ne voulions pas utiliser les explosifs ! On ne peut décidément pas vous faire confiance. Qui sait, la prochaine fois, vous nous préparerez peut-être un nouveau coup fourré ! »

La guerrière aux cheveux rouges le ravisa d'un air dédaigneux.

-   C'est le résultat qui compte ! se justifia-t-elle. « Et sur ce point, nous sommes allés au-delà des espérances. Et ce n'est pas grâce à toi, mon petit Kyuu... » défia-t-elle.
-   Comment ça ? s'énerva l'aîné.
-   Vous êtes trop justes, ton frère et toi, vous voulez toujours agir dans les règles. Ce n'est pas comme cela que vous arriverez à vos fins... En attendant, l'objectif est atteint, il vaut mieux s'en réjouir.

Kyuu ne pipa mot. Il était vrai que le plan de sa collègue avait fonctionné, bien qu'il eût du mal à l'admettre. Roku se rapprocha de son frère et le tint par les côtes, lui chuchotant de ne pas emmener la discussion plus loin. Il était temps de montrer leur trophée de chasse à leur patron. Pour une fois, Fukase allait certainement se révéler de très charmante humeur.

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Au Palais Royal, les chefs de village accompagnés de leurs gardes restèrent immobiles devant la grande étendue sombre du quartier noble. Ils n'avaient rien pu faire et s'étaient contentés de laisser la Reine partir. La souveraine avait préféré se sacrifier plutôt que de risquer la vie de ses collaborateurs, et tous se sentaient coupables de cette situation. S'ils avaient pu prévoir une telle attaque, les choses n'auraient pas aussi mal tourné. Miku, surtout, restait sous le choc. Elle-même avait orchestré toutes les manœuvres de garde et de sécurité pour ce conseil, qui s'était soldé par un échec cuisant.

-   Tout le monde, veuillez m'accompagner dans la salle du trône... Nous avons du pain sur la planche.

Il fallait réagir au plus vite, et adopter une stratégie de contre-attaque. L'expertise des trois membres du Conseil des Sages ne serait pas de trop. Miku comptait sur la coopération de tous. Le pays vivait sa crise la plus grave depuis quinze ans, et aucun leader n'était là pour contrôler les troupes. Naturellement, la femme aux couettes endossa son rôle, ne fut-ce que par respect pour sa souveraine et amie. Elle se devait de la retrouver. Les derniers mots prononcés par Luka au moment de son départ résonnaient encore dans l'esprit de Miku, et lui donnèrent une force insoupçonnée et une motivation sans pareille.

Au milieu du couloir menant vers la grande salle, on pouvait observer Len reprendre ses esprits, tandis que Rin était toujours couchée au sol, la jambe meurtrie. Le garçon prit quelques secondes pour se relever, puis aperçut sa sœur blessée, et fut soudainement pris d'un élan de panique.

-   Rin ! Que t'est-il arrivé ? hurla-t-il.

La jeune fille lui rendit un sourire. Elle ne put toutefois pas cacher la douleur lancinante qui lui traversait tout le bas du corps. Gumi demanda donc rapidement à un garde situé à l'extérieur du château d'appeler les secours au plus vite, et se rendit auprès de sa disciple.

-   Désolée, maître... Je n'ai pas été assez forte, s'excusa Rin.

Contre toute attente, Gumi se mit à enlacer la jeune fille. La blondinette s'attendait pourtant à recevoir une remontrance de la part de sa formatrice, c'est ce à quoi elle était habituée. Gumi se contenta de lui répondre:

-   Tu as fait tout ce que tu as pu. L'adversaire était trop fort pour toi... Le fait que vous ayez pu tenir aussi longtemps face à eux relève de l'exploit. Vous avez bien progressé tous les deux. Maintenant, pense à te soigner et reviens-nous plus forte encore. Nous aurons besoin de toi, finit-elle alors que Rin fut placée sur un brancard qui la mènerait vers l'hôpital militaire, situé à quelques dizaines de mètres de la caserne.

Peu après, les trois chefs de village restants retournèrent dans la salle du trône. Miku resta cependant encore quelques instants dans le corridor, et remarqua Alys, qui restait immobile devant la porte d'entrée du palais.

-   Tu te doutes de ce que je vais te demander, Alys, commença Miku en se dirigeant vers la villageoise.
-   Vous avez entendu ce que cette jeune femme a dit... Elle connaît mon secret... Cela voudrait dire que...
-   Est-ce que tu sais combien il reste de pratiquants du Koryu en vie ? interrompit Miku.
-   Plus énormément, c'est un art qui se perd... Dans mon village, nous étions la dernière famille à le connaître, elle doit donc venir d'ailleurs... expliqua Alys.
-   Quoi qu'il en soit, nous aurons besoin de toi. S'il est vrai que notre ennemie pratique aussi ce type d'art martial, tu es la seule capable de nous aider...
-   Justement, j'hésite...commença la fille à la tresse. « Je n'ai jamais combattu un autre pratiquant du Koryu, mis à part mon père, quand il m'entraînait... »

Miku comprenait les inquiétudes d'Alys. Cette jeune fille n'avait pas été élevée en tant que soldat, et elle ne parvenait pas à faire fi de ses doutes. La commandante devait trouver les mots justes pour lui faire reprendre confiance.

-   Tu sais, la réputation de ton père n'est plus à faire. Je pense que, de toute manière, il t’a bien formée. Ton niveau doit être plus élevé que celui de cette guerrière. Et puis, tu nous as déjà fait démonstration de tes talents, et tout le monde a été impressionné, même moi. Et je peux te dire que ce n'est pas facile, ajouta Miku sur un ton léger. C'était peut-être le meilleur point de vue à adopter.
-   Merci, commandante. Je me préparerai à ce combat, physiquement et mentalement, conclut Alys.
-   Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à venir me voir... proposa Miku avant d'accompagner la villageoise dans la salle du trône.

Elles passèrent ainsi devant Yuma et Len, qui s'étaient assis près du mur gauche longeant le couloir. Le jeune garçon blond s'était déjà posé là depuis quelques minutes, la mine renfrognée. Yuma l'avait observé, et s'était rapproché de lui petit à petit.

-   Qu'y a-t-il, Len ?
-   Vous pensez que je suis assez fort, maître ? interrogea le jumeau.
-   Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
-   J'ai été incapable de la protéger... Mon adversaire m'a mis hors combat en moins de deux minutes, et l'autre en a profité pour blesser ma sœur... Je n'ai rien pu faire... Je suis son frère, j'aurai dû me concentrer à la protéger, mais je n'en ai pas été capable.

Yuma prit quelques instants pour formuler sa réponse.

-   Ta formation n'est pas encore terminée. En fait, je pense que vous n'étiez pas encore prêts pour une mission aussi difficile.

Len regardait son formateur d'un œil étonné.

-   Vous voyez, vous dites aussi que je suis faible.
-   Ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit le guerrier aux habits noirs. « Ta sœur et toi avez accepté cette mission sans rechigner, bien que vous n'étiez pas prêts. Ce courage est à mettre à votre crédit. Je ne connais pas beaucoup de soldats qui auraient agi comme vous. »
-   N'empêche que je n'ai rien pu faire pour Rin. Elle devrait m'en vouloir ! s'apitoya Len.
-   Je ne pense pas, commença Yuma.
-   Qu'est-ce que vous en savez? hurla le jeune homme.
-   Le premier à avoir proposé d'entrer dans l'armée pour la protéger, c'est toi, Len. Tu accomplis parfaitement ton devoir de frère. Et puis, Rin est une jeune femme forte. Elle n'a pas besoin de toi sans arrêt pour la protéger. Va la voir à l'hôpital, et reste avec elle. C'est là-bas qu'est ta place pour l'instant.
-   Et pour l'opération ? Je pourrais y participer ? Je dois me rattraper...

Yuma sourit, charmé par l'abnégation de son disciple.

-   Bien sûr, chaque aide est la bienvenue. Je viendrai te chercher à l'hôpital quand tout sera prêt. Maintenant, va voir Rin, elle a besoin de toi...

Le maître de sabre prit finalement congé, et rejoignit tous les autres dans la salle du trône, alors que Len quitta le Palais Royal. Les paroles de Yuma lui avaient fait du bien. Le lieutenant était parvenu à lui remonter le moral, et à lui donner une certaine motivation. Le jeune Kagamine avait désormais un objectif, celui de se venger des frères Genshine, qui avaient osé blesser sa sœur.

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Dans la salle du trône, Miku prit place à l'extrémité de la table de réunion. Le temps était compté, il fallait retrouver la souveraine au plus vite. Les motivations réelles de l'ennemi étaient toujours inconnues, mais, en concertation avec les autres participants, la commandante s'accorda à conclure que les opposants n'en voulaient pas à la vie de la Reine. En effet, Leora avait eu l'occasion d'en finir, mais avait préféré prendre Luka en otage et fuir. Ce qui laissait un mince espoir. Quelques minutes plus tôt, la patronne de la Garde avait pris contact avec le chef de l'escouade de surveillance afin de quadriller le périmètre dans toute la ville. Les jumeaux et la praticienne du Koryu ne pouvaient en aucun cas quitter la capitale. Finalement, la superficie de recherche était déjà réduite, mais Miku préféra encore discuter stratégie avec le Conseil, dans le but de maximiser l'efficacité:

-   Donc, nous pouvons en conclure que l'ennemi n'a pas quitté Kyôu, commença-t-elle.
-   Mais où pouvons-nous le chercher ? interrompit Kinzaki Koharu. « Si vous me le permettez, j'ai une petite théorie... »

Kinzaki était la plus ancienne membre du Conseil, et son avis se révélait souvent très intéressant. Tous les participants autour de la table la regardèrent alors patiemment.

-   Je pense que nous pouvons limiter les recherches au quartier populaire. Selon moi, leur cachette ne se trouve pas dans le quartier noble, mais dans l'une des nombreuses petites ruelles mal famées de l'autre partie de la ville.
-   On devrait alors lancer toutes les troupes vers le quartier populaire ? demanda Yuma.

Miku répondit tout de suite à sa question:

-   Non, il ne faut surtout pas provoquer de mouvement de panique justement. Nous devons quadriller la zone par petits groupes, de sorte de ne pas inquiéter la population et surtout de ne pas se faire repérer...

Tous s'accordèrent sur la stratégie. A l'aide d'une carte de cette partie de la capitale, ils divisèrent la zone en sept parties. La recherche dans chaque section était placée sous l'autorité d'un des chefs de village ou de l'un de ses gardes. Chacun disposait également d'un petit groupe de soldats chargés de patrouiller en ville pour retrouver la Reine. Finalement, même en cette période de crise, le gouvernement du pays de Kuni restait solidaire.

L'organisation s’effectua assez rapidement et, dans l'heure, tous les groupes se retrouvèrent devant la Palais Royal prêts à accomplir leur mission.

Miku se tenait devant tout le monde, près du portique qui marquait l'entrée du château. Sa prestance naturelle faisait que, même les chefs de village, qui étaient pourtant d'un rang social supérieur à elle, se courbaient légèrement devant la commandante et attendaient ses ordres.

- On se retrouve ici toutes les deux heures. Je veux un rapport sur tous les éventuels indices que vous auriez trouvés. Toutefois, ne prenez pas de décisions hâtives, et n'entreprenez rien seul. Sur ce, je vous souhaite bon courage et bonne chance !

Alys, Gumi et Yuma, ainsi que Lily, Takahashi et Koharu approuvèrent d'une signe de tête et se saluèrent tous avant de prendre la route.

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Len venait d'arriver à l'hôpital de Kyôu. Sa mine était défaite, mais les derniers mots de Yuma résonnaient encore dans son esprit. Il serra les dents, encore sous l'effet de l'énervement. Son attitude démontrait également une forme de motivation. Il allait se donner encore plus à l'entraînement. Le but maintenant était de progresser assez vite pour pouvoir rivaliser avec les jumeaux aux cheveux verts. D'autant plus qu'il demeurait  seul désormais, Rin étant certainement hors-jeu pour un certain temps.

Au comptoir de l'accueil, le jeune garçon demanda poliment de le conduire au chevet de sa sœur. Il déclina son identité, puis l'infirmière le mena dans la grande pièce qui regroupait tous les blessés. Celle-ci était plus étendue que la salle de soins de l'hôpital du village d'Uchi, que Gumi et Yuma avaient visité après l'attaque de la tour, mais elle était bien moins remplie. Rin se trouvait dans l'un des lits du fond, et était en train de se faire soigner par une jeune soigneuse.

La jeune fille ne remarqua pas immédiatement la présence de son frère, encore sous l'effet de la douleur tenaillante qui lui parcourait la jambe. Elle l'aperçut alors qu'il ne lui restait que quelques mètres à parcourir, et son visage s'illumina, comme si elle avait oublié la douleur. Len était également extrêmement ému, et ne trouvait pas ses mots. Qu'importe, sa sœur se mit à parler en premier.

-   Alors, on s'évanouit en un seul coup? lui lança-t-elle, en référence à leur dernier combat. Rin pensait que l'humour ou la taquinerie représentaient le meilleur moyen de faire évacuer la pression. Elle avait en effet remarqué l’état de Len uniquement en observant les expressions de son visage quelques secondes.
-   Oui... murmura-t-il, en simulant un faux rire.
-   Ne reste pas là, assieds-toi près de moi, voyons...

Le frère s'empara alors d'une petite chaise qui se trouvait sur le côté du lit, et s'installa doucement. Il prit ensuite délicatement la main de Rin, comme pour l'accompagner dans cette épreuve difficile.

-   Il paraît que j'ai une fracture. J'en ai au moins pour un mois de soins. C'est dommage, je ne pourrais plus m'entraîner.

Malgré la mauvaise nouvelle, le ton de Rin restait relativement positif. On sentait dans sa voix qu'elle ne désirait qu'une chose: guérir rapidement et se rendre de nouveau utile. Finalement, elle ressentait la même chose que Len, une dose de culpabilité en moins.

-   Je m'entraînerai moi, confia Len. « Et je ne ferai qu'une bouchée de ces jumeaux... Je ne peux plus les voir... Comment peut-on être aussi cruel ? »

La jeune Kagamine analysa son frère quelques instants.

-   Justement, je ne pense pas qu'ils soient si cruels que ça...
-   Comment ça ? s'énerva Len. « Tu as vu ce qu'ils t'ont fait ? Et tu veux encore faire preuve de pitié ? »
-   Et s'ils étaient obligés de nous attaquer. Je ne pense pas qu'ils fassent cela de gaieté de cœur.
-   Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

Rin dévoila alors son argumentation:

-   Souviens-toi. A Furisato, tout le monde était étonné... Même si la maison du chef avait été attaquée, on ne dénombrait pas beaucoup de morts. Je pense qu'ils ne tuent que quand ils sont obligés. Tout ça me fait penser que quelqu'un d'autre tire les ficelles en cachette. Clairement, ce ne sont pas eux les cerveaux. Et je pense qu'ils doivent souffrir de leur situation, vu comment ils agissent.
-   Je ne vois pas vraiment où tu veux en venir... lui fit remarquer Len.
-   Ils ne sont peut-être pas si différents de nous finalement...

Son frère sursauta quand il entendit cette remarque, il n'avait pas encore fait de croix sur ce que ses ennemis avaient fait à sa sœur.

-   Tu veux dire qu'on ne devrait pas se venger, et les laisser faire ?
-   Non, rétorqua immédiatement Rin. « Mais on peut sûrement essayer de comprendre pourquoi ils font tout cela. Il suffit de réfléchir... »
-   C'est tout réfléchi... murmura le garçon dans ses dents.

Len marqua ensuite une pause et fixa un point lointain dans la pièce. Il laissa passer quelques secondes sans prononcer un seul mot.

-   Qu'est-ce qui se passe ? Je vois que ça ne va pas, interrompit Rin.
-   Rien, ça va...
-   Je te connais trop, Len. Quand tu fais cette tête, tu caches quelque chose. Qu'est-ce qu'il y a ?
-   C'est que... commença le jumeau. « C'est moi qui t'ai embarqué dans toute cette histoire... Je suis en partie responsable de ce qui t'es arrivé... Sans compter que je n'ai pas pu te protéger... »
-   Comment ça ? Depuis quand j'ai besoin de toi pour me protéger, rigola Rin. Puis, elle reprit son sérieux. « Et puis, c'est moi qui ai voulu te suivre, pas l'inverse... Tu n'as pas à te sentir coupable... »
-   Il n'empêche: on a quand même bien raté la mission...
-   Alors, on doit encore s'entraîner ! conclut la jeune sœur. « Ce n'est pas en remuant le passé qu'on va s'améliorer ! Bouge-toi et rends-toi utile pour l'instant. Je vous rejoindrai quand je serai prête. »
-   Justement, Yuma m'a demandé de continuer à participer aux opérations pour retrouver les jumeaux...
-   Tu vois ? Il te fait encore confiance... Montre lui ce que tu vaux.

Len sourit. Yuma avait raison: la seule personne qui pouvait le remettre d'aplomb après son échec était sa sœur. Le lieutenant avait remarqué le lien qui les unissait et avait conscience qu'il pouvait les faire bénéficier d'une certaine force mentale. Quoi qu'il arrive, ils ne se retrouveraient jamais seuls.

-   D'accord ! Mais ne traîne pas, sinon tu ne pourras pas rattraper mon niveau ! finit Len sous forme de boutade.
-   Cause toujours ! répondit-elle. « Essaie déjà te t'appliquer... Et bon courage ».
-   Merci Rin, répondit le jeune en se levant de son siège. « Merci pour tout... »

La jeune blonde était toujours couchée sur le lit, mais son visage se para d'un sourire radieux, cette conversation s’avérait très fructueuse. Len retourna sur ses pas quand il sentit une résistance dans le bas de sa veste.

-   Fais attention... Et prends soin de toi, Len, lui chuchota Rin avant de le lâcher.

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Le temps s'écoulait très rapidement. C'était déjà la fin de l'après-midi dans le quartier populaire de Kyôu. Les recherches pour retrouver la Reine avaient déjà débuté depuis plusieurs heures, chaque équipe étant partie de son côté. Les différents soldats et leurs chefs avaient déjà dû rendre trois rapports, comme prévu, mais ceux-ci n'avaient fourni aucun résultat valable. Une certaine inquiétude commençait à se faire sentir dans le chef de Miku. Elle ne s'était jamais retrouvée dans pareille situation. Jusqu'à présent, elle était présente à chaque fois que la Reine s'était retrouvée menacée. Mais ici, elle devait faire face à son incompétence non seulement à la défendre contre Leora, mais aussi à tenir la promesse qu'elle avait faite à Luka avant de partir. « Tu me sauveras, j'ai confiance en toi », ces mots repassèrent sans cesse dans la tête de la célèbre guerrière aux couettes. Cette crise était sans aucun doute la plus dure qu'elle n'eût jamais traversée depuis son arrivée à son poste. C'était également la première fois qu'elle doutait de ses capacités. Heureusement, l'aînée Kinzaki Koharu était parvenue à s'entretenir en privé quelques secondes avec la commandante lors du dernier rapport. Selon la Sage, Miku représentait le dernier symbole de pouvoir du pays de Kuni en l'absence de la Reine. Elle ne pouvait pas faiblir. Et puis, son passé parlait pour elle. Miku n'avait pas subi toutes ces difficultés pour craquer dans les moments difficiles. Elle était donc repartie en chasse dans le quartier populaire, plus motivée que jamais.

De l'autre côté de la ville, Lily parcourait à une vitesse vertigineuse les allées qui se trouvaient près de l'une des places du quartier. Sa silhouette fine lui donnait une certaine rapidité, si bien que certains soldats dont elle était responsable éprouvèrent des difficultés à la suivre. Pourtant, elle ne relâchait pas son attention, se concentrant sur chaque centimètre de terre dans l'espoir de trouver un indice. Au loin, elle finit par apercevoir un objet brillant. Elle stoppa net et ramassa cet artefact. Il s'agissait d'une boucle d'oreille en or sertie d'émeraude. Lily reconnaissait ce bijou : il appartenait à la Reine Luka. La cheffe de village aurait bien sauté de joie si elle le pouvait. Après toutes ces heures de recherche, et alors que l'espoir commençait à s'amenuiser, le premier indice était là !

-   Elle nous a peut-être laissé une piste. Elle doit être parvenue à défaire ses liens ! se dit-elle. Puis, Lily appela tous les gardes à sa disposition à la rejoindre à l'entrée de la rue.

Elle désigna le plus jeune pour se rendre près du Palais Royal lors du prochain rapport. La blonde ne pouvait pas quitter sa position et devait continuer à prospecter à cet endroit. Cependant, elle finirait sans aucun doute par avoir besoin de renfort.

-   Les autres, vous inspectez le reste des environs. A la moindre chose suspecte, vous me prévenez. Lily disposait déjà de l'aura d'un grand chef, malgré son jeune âge.

A la hâte, elle inspecta les moindres recoins des environs. Au bout d'une rue, elle aperçut un bout d'étoffe de la même couleur noire que celle de la robe que Luka portait juste avant son enlèvement. Le jeu du chat et de la souris commençait. Lily se mit également à réfléchir. Elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait rien faire seule: les ennemis étaient au moins trois, voire plus, puisqu'elle ne savait pas si ceux-ci avait noué d'autres alliances. Elle se trouvait dans l'obligation d'attendre les renforts. Pour l'instant, la jeune Sage au sceptre continuait son chemin, entourée par trois gardes. Dans l'une des rues adjacentes, elle repéra la deuxième boucle d'oreille de Luka. Celle-ci était placée juste devant la porte d'une maison modeste. De taille relativement petite, cette habitation ne disposait que d'une seule fenêtre au rez-de-chaussée, ainsi que d’une autre à l’étage, et revêtit une façade de couleur pâle. Lily se glissa doucement sous la fenêtre et tenta d'observer l'intérieur. Le carreau était très sale, de sorte qu'il était difficile d'y voir quoi que ce soit. La jeune blonde put tout de même y apercevoir quelques têtes. L'une d'entre elles avaient les cheveux rouges, tandis que les deux autres étaient d'un vert brillant. Elle reconnut directement le signalement des ennemis. Immédiatement, Lily fit quelques pas en arrière pour se dissimuler près de l'entrée de la rue, à l'abri avec les soldats qui l'accompagnaient. Puis, elle demanda à l'un d'entre eux de guider tous les renforts jusqu'à l'endroit désigné. Lily attendait, et plus les minutes passaient, plus la pression se fit ressentir. Pour elle, il s'agissait de la première véritable mission dangereuse, mais également de sa première véritable bataille, de son premier combat réel. Bien qu'elle dût faire face à de fortes responsabilités malgré son jeune âge, à cause de son poste, elle était loin de disposer d'autant d'expérience et de sang-froid que la patronne de la Garde royale, par exemple. Lily souffla alors plusieurs fois, et fermait les yeux, afin d'évacuer toutes ces pensées néfastes et négatives.

Au final, Hatsune Miku saurait quoi faire, et avait certainement déjà établi un plan, se dit-elle. Cependant, elle ne put s'empêcher de penser à la Reine Luka. Qu'était-il advenu d'elle ? Était-elle réellement en danger ?

Lily joignit les mains, et pria pour que le reste des soldats arrivât rapidement.

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A l'intérieur de la maison faisant office de repère, Kyuu Genshine tenait toujours fermement la reine Luka dans le dos. De son côté, Leora faisait preuve d'une décontraction impressionnante: bien qu'elle eût mené sa mission à bien, tout était loin d'être terminé, mais elle pensait déjà à négocier une petite augmentation de salaire. Finalement, elle avait accompli bien plus que l'objectif fixé, cela valait bien une petite récompense. Alors que les jumeaux se chargeaient de ligoter la souveraine du pays sur une petite chaise en bois (ils ne possédaient pas de meubles de meilleure qualité), la mercenaire écrivit déjà mentalement son argumentaire.

En voyant Leora faire les cent pas, Kyuu l'interrompait dans sa réflexion:

-   Hé, je vous préviens ! Je vous interdis de vous tailler tout le mérite de la réussite de la mission. Nous aussi, on a travaillé ! Et puis, nous étions les seuls à avoir combattu.
-   Mon petit Kyuu, quand vas-tu décider de me faire confiance ? Ce n'était pas du tout mon attention, rétorqua Leora en bombant le torse.

Roku écoutait la conversation un peu en arrière, et se joignit ensuite au groupe.

-   Je suis d'accord avec mon frère, dit-il, tandis que la jeune dame lui lança une expression feignant l'étonnement. « Vous nous avez roulé ! On avait bien dit "pas d'explosifs" ! »
-   Ça a marché, c'est ce qui compte !

Kyuu reprit ensuite:

-   Ça n'a rien à voir, nous sommes responsables de cette mission. Vous n'êtes là que pour nous aider, vociféra l'ainé, qui faisait preuve d'une certaine assurance pour une fois, la jeune guerrière avait bien dû l'énerver. « D'ailleurs, nous parlerons à Fukase, et nous lui présenterons nous-même toute la situation. »

Ceci ne réjouissait pas Leora pour le moins du monde. Les jumeaux voulaient la priver de son heure de gloire, et de l'argent supplémentaire qu'elle voulait négocier, en prime. Elle était bien disposée à se défendre et à utiliser la force. Cette idée parcourut son esprit un quart de seconde. Puis, elle se ravisa. Les Genshine avait pu faire preuve de leur force et de leur talent certain au combat pendant les luttes au Palais, si bien qu'elle n'était pas certaine d'être de taille contre les deux sabreurs aux cheveux verts. Ils avaient beau se révéler particulièrement naïfs, il ne fallait pas les sous-estimer. D'autant plus qu'elle était en infériorité numérique. La mercenaire déclara donc forfait, et accepta la proposition de Kyuu, sans abandonner pour autant l'idée de discuter avec Fukase plus tard ; elle finirait bien par l'obtenir, son augmentation !

Kyuu et Roku se regardèrent mutuellement quelques secondes, l’air satisfait. Puis, ils emmenèrent la souveraine du pays dans la pièce du fond. Elle était toujours ligotée sur sa chaise, les trois ennemis désirant ne pas prendre de risques. Les jumeaux l’installèrent donc devant l’écran, puis Kyuu tapota sur le clavier en face de lui pour appeler Fukase. Pendant un instant, il émit de petits rires de satisfaction, il allait pouvoir étonner son patron. Il imaginait déjà son expression quand celui-ci apercevrait directement Luka au travers de son écran. Roku se tenait de l’autre côté de la Reine, tandis que Leora demeurait plus en arrière, et observait la scène calmement.

L’écran fixé devant eux fut éclairé de différentes couleurs, jusqu’à laisser apparaître le visage sadique de l’homme aux cheveux rouges. Il était paré d’un large sourire. Fukase n’avait même pas encore pris la peine d’analyser ce qui passait devant lui qu’il s’écria :

-   Coucou, Kyuu. J’espère que tu m’apportes d’excellentes nouvelles !

Puis, il remarqua la présence de cette magnifique femme aux yeux azur, et à l’air mystérieux. Son expression changea soudainement : Fukase éprouva une foule de sentiments : tout d’abord de l’étonnement, puis de la joie, en passant par un léger moment de doute. Pendant un instant, il n’en croyait pas ses yeux. Ses sbires avaient donc réussi à aller plus loin que leur objectif, et lui avait même permis d’effectuer un énorme pas dans l’élaboration de son plan.

-   Luka, c’est bien toi ? lança-t-il d’abord en direction de la jeune femme. Puis, il se retourna vers Kyuu. « Mon cher, vous venez de capturer la Reine, félicitations. Cela me remplit de bonheur. Je ne trouve même pas les mots pour vous dire ce que je ressens. »

Kyuu et Roku bombaient le torse et se tenaient bien droits, particulièrement fiers. Derrière Leora restait silencieuse et attendait de voir comment les frères allaient présenter la situation à Fukase.

-   Oui patron, rétorqua simplement Kyuu. « Ce n’était pas facile, nous avons dû batailler dur, mon frère et moi… »

Dans le fond, la mercenaire se crispa. Ils n’allaient tout de même pas l’oublier !

-   Et puis, Leora nous a bien aidés, ajoutait Roku. « Nous n’étions pas d’accord avec ces méthodes, mais nous devons avouer qu’elle nous a sorti d’un sacré pétrin ! ».

Leora fut rassurée. Ils n’étaient finalement pas si mauvais que cela, ces jeunes jumeaux, se dit-elle.

-   Bien, bravo à tous les trois, donc. Je n’oublierai jamais cela, vous pouvez en être sûrs ». Les trois personnes exécutèrent donc un petit geste de victoire, chacun de leur côté. « Vous pouvez approcher la Reine un peu plus près de moi, s’il vous plaît. J’ai à lui parler. »

Luka restait silencieuse et n’avait pas prononcé un seul mot depuis le début de l’appel. La jeune femme semblait plongée dans ses pensées. Néanmoins, une tension certaine commençait à se faire sentir dans la petite pièce. Ce face à face pouvait s’avérer électrique.

La Reine était débraillée et encore sous le choc de son kidnapping. Ainsi, elle prit quelques secondes pour observer de près l’homme de l’autre côté de l’écran. Puis, on pouvait observer une légère larme couler le long de son œil droit, comme si elle ne voulait pas accepter cette personne devant ses yeux. Elle s’exprima ensuite d’une voie légère et hésitante :

-   C’est toi… ? Owari … ?

Fukase ne prononça pas une seule phrase. De leur côté, Kyuu, Roku et Leora ne comprenaient pas grand-chose à ce qu’il se passait, mais ils sentaient, dans le comportement des deux personnes en face d’eux, que leur histoire était bien plus complexe qu’ils ne s’en doutaient.

L’homme aux cheveux rouges sourit lentement, tranquillement assis sur son fauteuil luxueux. Il voulait savourer ce moment qu’il attendait depuis des années.

-   Oui, c’est bien moi… Cela fait longtemps, ma chère sœur. Comment te portes-tu ? Je ne t’ai pas trop manqué, j’espère ?

A la suite de cette révélation, Kyuu exulta et les interrompit : « Attendez, vous êtes frères et sœurs ? »

Luka le coupa rapidement : « Je suis sa demi-sœur… ». Elle insista particulièrement sur le « demi ».

-   Oh ! ajouta Fukase. « Maman ne serait pas heureuse que tu le prennes comme ça… »
-   Ne parles pas de Maman de cette manière. Pas après ce que tu as fait…
-   Je n’avais pas d’autre choix, tu sais…

La somptueuse Reine de Kuni éclata en sanglots, alors que Fukase restait impassible. « Pourquoi fais-tu tout cela ? » hurla-t-elle.

-   J’ai mes raisons… répondit-il sporadiquement.

La discussion fut ensuite interrompue par le bruit sourd d’un claquement sur la porte en bois à l’entrée de la maison. Puis, la voix familière de la commandante de la Garde Hatsune Miku s’écria.

-   Nous savons que vous vous cachez ici. Veuillez sortir en vitesse, sinon nous emploierons la manière forte !
-   Et zut, s’écria Kyuu.  « Comment ont-ils fait pour nous retrouver ? »

Roku s’éclipsa rapidement à l’étage de la demeure, et observa à travers une minuscule fenêtre la formation qui s’était établie tout au travers de la rue. De nombreux soldats étaient réunis en rang, avec à leur tête, en ligne, les trois chefs de village, Miku, Gumi, Yuma et Alys, ainsi que Len qui les avait rejoints entretemps.

-   On est mal, informa Roku en descendant quatre à quatre les escaliers.

Leora tentait de garder son calme et prit la conduite des opérations.

-   Pour l’instant, nous ne bougeons pas d’ici. Laissez-moi le temps de réfléchir à un plan…

De son côté, la Reine Luka reprenait espoir, tandis que Fukase hurlait de colère à travers son immense bureau ; la souveraine pouvait le voir de temps en temps passer devant la caméra.

-   Gardez courage, ma Reine, lança Miku. « Nous allons vous sortir de là ! »
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 20 décembre 2016, 20:16:46
Et voici le chapitre 14 !

Bonne lecture ;-)

Spoiler
Chapitre 14 : La Porte vers l'Autre Monde

La horde de soldats stationnait devant le repère des Genshine. Miku et ses sbires attendaient patiemment une réaction de la part de leurs ennemis. La commandante de la Garde réfléchissait par ailleurs encore à sa stratégie. D'une part, elle savait que le bataillon de l'armée de Kuni se trouvait en position de force, mais les frères avaient déjà fait preuve d'une telle ingéniosité quand il s'agissait de sortir de situations difficiles qu'elle se mettait en doute à chaque fois dorénavant. De plus, ils avaient été rejoints par la mercenaire Leora, qui avait également montré ses talents en matière de tromperie. En outre, Miku aurait bien aimé les avoir vivants. Ils cachaient encore beaucoup de mystères, et la patronne se disait que cette crise était encore loin d'être terminée. Sa conscience lui dictait que ce n'était que le début. Pour finir, elle ne devait pas oublier que son groupe pouvait à tout moment se retrouver dans une impasse; elle ne pouvait en effet pas prédire que les assaillants n'allaient pas s'en prendre à la Reine. Ils avaient là leur meilleur moyen de pression, et pourraient certainement s'en servir.

Aux côtés de Miku se trouvaient Gumi et Yuma, qui s'étaient furtivement effleurés la main, à l'abri des regards, comme avant chaque bataille désormais. A la droite du guerrier aux cheveux roses se tenait Len. Le jeune garçon serrait les dents, et émit de petits grognements à intervalles réguliers. Son maître de sabre remarqua rapidement son état et se décida à intervenir:

- Len, calme-toi. Tu n'arriveras à rien de bon dans cet état. La clé d'un bon combat est le calme et la concentration, ne l'oublie pas...

- Oui, maître, mais j'ai tellement envie d'en découdre ! D'un autre côté, le blondinet repensait au style de combat de son formateur, lui qui parvenait à passer du calme à la colère en une fraction de seconde, ce qui déstabilisait souvent son ennemi.

- Méfie-toi... Leur niveau n'a pas diminué, et tu ne t'es pas encore assez amélioré. Il faut que tu aies conscience de tes limites, sinon ça va mal finir... lui conseilla Yuma.

- Oui, j'ai compris... murmura Len.

Le frère Kagamine essaya par la suite de retrouver son calme, mais cela s'avérait particulièrement compliqué. A chaque fois, l'image de sa sœur meurtrie par ce sabreur à la tenue blanche et à l'air enfantin lui revenait en tête, ce qui provoquait chez lui une immense poussée d'adrénaline.

A l'extrémité du groupe, Alys observait l'horizon. Elle connaissait son objectif principal. Là où les autres membres pouvaient se partager les ennemis, le sien lui était tout désigné. Leora était sa cible. Miku lui en avait parlé, elle comptait sur elle. Pourtant, la jeune femme à la tresse était toujours rongée par le doute. Était-elle capable ? Sera-t-elle à la hauteur ? Elle fixait un point au sommet de la maison, lorsqu'une main familière vint se poser sur son épaule.

- Ça va, Alys ? demanda la guerrière aux couettes.

- Oui, je crois, hésita Alys.

- Chasse les pensées négatives. Je sais que tu es capable de rivaliser avec cette femme. Tu n'es pas la fille de Monsieur Vo pour rien. Ce talent coule dans tes veines. Combats naturellement et tout se passera bien.

- Merci, commandante.

- De rien, sourit Miku en reprenant sa place. Finalement, elle s'était attachée à la villageoise. Elle appréciait les guerriers plein d'humilité. Son opinion était qu’ils étaient souvent les plus doués, leur seul point faible étant leur manque de confiance. Mais lorsqu'ils parvenaient en en faire fi, ils devenaient des combattants pratiquement imbattables, et Alys était de cet acabit, elle le savait.

Après quelques minutes de silence qui parurent déjà durer des siècles, Hatsune Miku réitéra son ultimatum, et attendit une réponse de l'ennemi terré à l'intérieur de son refuge.

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Dans la maison, Leora parcourut toute l'étendue de la pièce dans laquelle se trouvaient également Kyuu, Roku et Luka. Fukase, bien à l'abri de l'autre côté de son écran n'était pas encore passé outre son moment de colère, et fustigeait dans tous les sens, prononçant çà et là des mots incompréhensibles. Par contre, la jeune guerrière restait relativement calme: lors d'un certain nombre de missions, elle s'était déjà sortie de situations désespérées, celle-ci ne ferait pas exception, se dit-elle.

- En tout cas, nous ne devons pas sortir, commença Leora. « Notre seule chance est de profiter de l'exigüité de ce lieu, ils ne pourront pas tous nous attaquer en même temps ici ».

- C'est pas faux ! Remarqua Roku. L'aîné restait avec Luka et ne tendit qu'une seule oreille vers la conversation. Kyuu n'était pas bon en stratégie, c'était surtout la force du cadet. Son patron l'avait déjà mis en garde contre sa propension à l'improvisation. Si elle pouvait constituer de temps à autres une force en combat, lors de manœuvres plus délicates, Kyuu était souvent à la traîne et se contentait de suivre le mouvement.

La mercenaire continuait de réfléchir, quand soudain, une idée pourtant simple lui parvint à l'esprit:

 - Mais, on pourrait utiliser les explosifs ! Il nous en reste.

Kyuu se retourna directement vers la jeune femme, et se plaça près de son frère. Puis, ils rétorquèrent ensemble:

- Oh non, il n'en est pas question. C'est trop dangereux ! Si on détruit la maison, on se réfugie où après ?

Leora vit rouge. Il s'agissait pourtant de la seule échappatoire qui lui venait en tête, mais elle devait une fois de plus se heurter à la trop grande "gentillesse" des jumeaux. Elle se tourna donc vers l'écran et chercha du soutien auprès de Fukase, mais celui-ci n'était même plus visible à l'écran, il était sans doute encore occupé à déverser toute sa colère dans un coin de son bureau.

Finalement, elle reprit: « Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas sortir, ou nous courrons à notre perte. Est-ce qu'on peut fuir par le toit ? » interrogea-t-elle en regardant Roku, elle savait qu'elle ne pourrait pas trouver réponse auprès de l'aîné.

- Oui, c'est possible. On peut passer par le grenier, et sortir.

- C'est notre seule chance. Si on emprunte les rues, nous sommes fichus.

Leora se lança donc dans un récapitulatif de sa stratégie:

- Donc, nous attendons qu'ils entrent et nous tentons de lutter contre les premiers assaillants, Comme la maison n'est pas grande, ils ne pourront pas faire entrer plus de quatre ou cinq combattants. Préparez-vous donc à affronter les commandants les mieux placés et les plus forts. Je ne pense pas qu'ils enverront de simples soldats. N'oubliez pas ! Votre objectif est la fuite, pas la confrontation directe. Et protégez la Reine... Maintenant, nous devons trouver un point de ralliement pour la suite...

Fukase, calmé, réapparut et interrompit la mercenaire:

- Nous pouvons nous retrouver devant la Porte. C'était également l'un des objets de mon appel. Nous sommes prêts à passer à la prochaine phase du plan...

Kyuu et Roku furent étonnés: « Déjà ?! » hurlèrent-ils de concert.

- Oui, rétorqua Fukase. « Vu les récents événements, j'ai décidé d'accélérer les choses. Tout est prêt de notre côté. Nous pouvons donc nous rejoindre dans la forêt, près de la Porte. »

Le chef donna ensuite les instructions à Leora qui n'avait aucune idée d'où se trouvait cet étrange artefact.

Dehors, la commandante Hatsune Miku lançait son dernier ultimatum, auquel répondit immédiatement Leora:

- Venez nous chercher ! Nous ne bougerons pas d'ici !

Puis, elle se tourna une dernière fois vers Kyuu et Roku: « Préparez-vous, il va y avoir du sport ! »

Les jumeaux se mirent ainsi aussi en position de combat, et dégainèrent leur sabre. Malgré une légère inquiétude, un sourire se dessina sur chacun de leurs visages. Ils aimaient se battre malgré tout, et ils appréciaient les défis. Celui-ci revêtit une toute autre difficulté.

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Dehors, Miku observait attentivement la lourde porte d’entrée en bois de la maison. Plusieurs fois, elle crût voir celle-ci s’ouvrir, mais dût rapidement se ramener à la raison.

- Je crains que nous n’allions pas avoir le choix. Il va falloir entrer. Mais en nombre limité… Si on fait usage de notre surnombre, ils n’hésiteront pas à s’en prendre à la Reine.

Elle prit quelques secondes pour se concentrer puis établit son plan :

- Je m’occuperai de conduire toutes les opérations. Gumi, toi, tu te charges de la Reine, elle faut qu’elle soit mise le plus rapidement possible en sûreté, et agis dès que tu penses que Luka est en danger. Yuma et Len, vous vous occupez des jumeaux. Yuma, je compte sur toi pour protéger Len, et toi, mon garçon, sois d’une grande aide pour ton maître ! Je ne sais pas à quoi m'attendre à l'intérieur, mais s'ils font usage d'une technologie de votre monde, tu seras le mieux placé pour la contrer.

- Oui, rétorqua simplement le jeune garçon, déjà concentré, le regard fixé sur la porte.

Puis, la patronne se tourna vers Alys : « Tu sais ce que tu as à faire. Prends confiance en toi et tout ira bien » sourit-elle.

- Merci, Madame, dit la jeune femme, le regard quelque peu perdu.

Miku se prépara donc à lancer son offensive quand les trois chefs de village, Lily, Takahashi et Koharu l'arrêtèrent dans son élan:

- On ne peut pas aider, nous ? lança Takahashi.

La commandante patienta avant de formuler sa réponse. Malgré son haut statut, elle ne pouvait pas se permettre de froisser un Sage.

- Nous ne pouvons pas prendre le moindre risque avec vous. Actuellement, vous êtes les trois derniers membres du Conseil, et donc les trois personnes les plus importantes pour l'avenir du pays. Nous ne pouvons pas vous joindre à toutes nos actions militaires. Vous nous avez déjà bien aidés jusqu'à présent, et vous n'y étiez pas obligé. Et puis, je pense que nous pouvons nous en sortir...

Le degré d'assurance dans la voix de Miku poussa les chefs à ne plus intervenir et à se mettre un peu sur le côté. Finalement, ils n'avaient plus qu'à admirer sa petite équipe en pleine action.

Elle se tourna ensuite vers les soldats placés dans la rue : « Vous restez ici. S’ils tentent de s’enfuir, je compte sur vous pour qu’ils ne fassent pas deux mètres ! Et n’oubliez pas qu’ils tiennent la Reine en otage… »

Miku donna alors le signal de l'assaut. Tous les guerriers qui avaient été désignés pour l'opération se lancèrent vers l'habitation, juste avant que Yuma n'enfonce l'énorme porte d'entrée en bois d'un seul coup.

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A l'étage de la maison, Kyuu et Roku s'étaient protégés à l'intérieur d'une petite pièce, gardant bien sûr en otage la Reine Luka. Ils entendirent le vacarme fracassant de la porte défoncée puis l'énorme série de pas lourds des soldats sur le parquet en bois du rez-de-chaussée.

- On reste ici, dit Roku à son frère. « Si on tente de s’enfuir maintenant, on sera directement pris en chasse par les soldats… »

En bas, Leora attendait ses adversaires, bien au centre du hall d'entrée. Le but étant également de bloquer le passage pour les empêcher d'accéder à la Reine. Bien sûr, la mercenaire savait qu'il allait lui être difficile de tenir longtemps, mais elle espérait les retenir pendant suffisamment de temps pour que les jumeaux aient le temps d'élaborer un plan de bataille (elle comptait par ailleurs sur Roku pour cela).

Yuma et Len étaient entrés tout d'abord, suivis pieds à talons par Gumi. Alys pénétra dans le hall quelques secondes plus tard, tandis que Miku fermait la marche. La commandante s'était désignée responsable de la coordination entre les deux équipes, à l'intérieur et à l'extérieur, et aurait par conséquent du mal à se joindre au combat. Les deux hommes, ainsi que la guerrière aux cheveux verts se retirèrent, et laissèrent le passage à la jeune fille à la tresse. C'était là son moment de vérité, son combat, la première véritable lutte contre une pratiquante de son art.

- C'est à toi, lui murmura doucement Miku à l'oreille. « Montre-nous ce que tu sais faire »

Suite à ces derniers mots, une expression de détermination se dessina sur le visage d'Alys. La jeune femme se mit alors en position de combat, alors que son adversaire en fit de même, le sourire aux lèvres. La tension était palpable.

- Voici donc le moment que j'attendais depuis longtemps... fit Leora. « Je vais enfin voir si les pratiquants du village d'Uchi méritent leur réputation. »

Alys fut interloquée quelques instants par les propos de la mercenaire. Celle-ci connaissait son origine, elle s'était bien informée sur sa cible. La villageoise reprit son calme.

- Trève de bavardages, viens te battre... lui lança-t-elle sur un ton de défi.

- Avec plaisir, rétorqua Leora.

Puis, la guerrière aux cheveux rouges se précipita vers son ennemie avec une fougue inouïe. Sa vitesse était impressionnante. En un seul pas, elle avait réussi à combler l'écart de plusieurs mètres qui se dressait entre les deux combattantes, et à se mettre à hauteur d'Alys. Leora décocha alors un lourd coup de poing qui envoya son adversaire sur le mur situé en face. Le corps d'Alys se fracassa sur la paroi, et elle retomba lourdement sur le sol. Elle dût prendre quelques temps pour se relever. De ce fait, Leora se tenait déjà prête pour sa deuxième salve d'attaques. Alors qu'Alys n'était pas encore parvenue à pratiquer ne serait-ce qu'une simple défense, la victoire de Leora commençait déjà à se profiler.

La mercenaire attendit patiemment que son adversaire se relève, puis la refit perdre l'équilibre immédiatement en attaquant ses jambes. Leora se tenait alors au-dessus d'Alys, qui était allongée sur le sol essayant de masquer sa douleur:

- Eh bien, j'espérais que ça aurait un peu plus longtemps ! Je suis très déçue. C'est donc tout cela que vous valez à Uchi ?

En voyant l'attitude menaçante de l'ennemie, Gumi se tourna vers Miku, et lui fit signe qu'elle partait aider Alys. La commandante retint directement sa subalterne par la manche:

- Gumi, tu ne bouges pas ! C'est son combat, c'est à elle de le terminer, lui ordonna Miku.

- Mais, Madame, vous voyez bien qu'elle ne s'en sort pas !

- Regarde un peu mieux, lui conseilla la commandante.

Gumi analysa donc le comportement d'Alys. Tandis que Leora croyait la victoire acquise, la villageoise avait fait un signe discret en direction de Yuma et de Len. Leora était bloquée dans un coin de la pièce et avait donc laissé le champ libre. Les deux sabreurs, absorbés par le combat, n'y avaient pas prêté attention. Ils virent le signe de la villageoise en se précipitèrent à l'étage.

La lieutenante sourit, et observa Miku, qui lui ordonna de suite de rejoindre ses deux collègues à l'étage.

La guerrière rouge vit passer les trois soldats, mais n'y prêta aucun intérêt. Le combat de sa vie était en cours. Elle comptait bien sur les jumeaux pour s'occuper de ces trois-là, d'autant qu'ils tenaient toujours la Reine en otage.

- Je n'ai que faire des autres ! C'est toi qui m'intéresse Alys, et la victoire est mienne !

- J'en n'en serai pas si sûre.

Soudainement, la femme à la tresse prit appui sur le mur avec ses bras et put repasser entre les jambes de son adversaire. Son corps parcourut plusieurs mètres pour se mettre hors d'atteinte de Leora. La combattante d'Uchi put donc se relever et de nouveau faire face à son adversaire.

- On dirait que Monsieur Vo n'était pas si incompétent que ça, après tout, soliloqua Leora.

- Tu vas voir ce qu'il m'a appris ! Le jeu est terminé !

- Viens te battre !

Les deux jeunes filles s'élancèrent alors l'une vers l'autre. La tension était encore remontée d'un cran, et la violence des coups portés pouvait se ressentir dans le claquement très particulier qui résonnait à travers la petite pièce. Miku observait toujours sa protégée: la commandante était impressionnée par un tel style de combat. Cela n'avait plus rien à voir avec la démonstration d'Alys lors du précédent combat contre Kyuu et Roku. Cette fois-ci, elle se donnait à fond.

Coup et parades continuaient des deux côtés. Leora découvrait enfin le vrai niveau de la femme à la tresse. Alys, elle, était parvenue à se débarrasser de son appréhension, et ne pensait plus qu'au combat. De temps à autres, l'une des deux combattantes valsait de l'autre côté de la zone de lutte, mais arrivait à se relever assez vite pour continuer à se battre. Après quelques minutes de combat incessant et éprouvant, les deux filles se retrouvèrent de nouveau face à face.

- Ah, pour une fois, je ne regrette pas que Kaito m'ait engagée. Ça faisait longtemps que je n'avais pas combattu de cette façon ! Lança Leora. « Mais c'est terminé désormais... »

Un halo de lumière jaune s'échappa ensuite de la main droite de la mercenaire. Elle préparait à asséner son coup avec toute la force qu'il lui restait. Alys resta immobile pendant quelques secondes, puis reprit sa position de défense.

- Cette technique. C'est le Koryu de l'île Tokai ! Tu n'es donc pas d'ici ?

- Bien vu, je vois que tu connais cette technique, Alys. Tu sais donc à quel point elle est dangereuse.

La villageoise ne semblait pas paniquée par cette prise. Elle garda son calme, et attendit patiemment son adversaire. Elle fermait également ses yeux et respirait lentement, comme si elle préparait elle aussi quelque chose.

Leora s'élança ensuite à toute vitesse sur Alys, qui gardait toujours les yeux clos. Alors qu'il ne restait plus que quelques décimètres à parcourir à Leora, les deux bras d'Alys s'illuminèrent de reflets mauves. La fille à la tresse put alors se saisir du bras reluisant de son adversaire, et lui fit perdre l'équilibre. Leora, prise par son élan, s'éclata sur le sol. Pour finir, Alys pratiqua une dernière technique. Un halo de lumière blanche s'extirpait maintenant de son poing gauche, qu'elle enfonça dans le sternum de Leora, provoquant ainsi sa paralysie.

Celle-ci restait écroulée sur le sol, et suffoquait:

- Ce n'est pas possible... Cette prise existe bel et bien ? Je pensais que ce n'était qu'une légende... chuchota la mercenaire.

- Non, rétorquait simplement Alys. "Il s'agissait bien de la technique d'annihilation des halos, la technique secrète de ma famille, qui permet d’annuler les effets du Koryu !"

Leora ferma les yeux, incapable de bouger. Pendant ce temps, Miku avait déjà demandé aux gardes à l'extérieur de s'emparer de la jeune femme et de la mettre aux arrêts. Alors que ceux-ci s'exécutèrent, la patronne de la Garde s'avança vers la praticienne du Koryu:

- Félicitations, Alys, mais il faudra que tu m'en dises plus sur cette technique secrète !

- Merci, Madame... murmura Alys, pleine de sueur, fatiguée par l'intensité de la lutte.

A l'étage, de nombreux bruits de pas se faisaient entendre, laissant présager là-bas aussi un combat acharné.

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Yuma et Len s'étaient déjà engagés dans un combat sans merci contre les jumeaux aux cheveux verts. Gumi restait, quant à elle, en arrière, et guettait le meilleur moment pour s'emparer de la Reine. Kyuu et Roku formaient une barrière devant Luka, de sorte que celle-ci reste inaccessible. Pour l'instant, leurs actions se réduisaient à défendre leur position.  Les jumeaux avaient bien tenté de menacer les deux lieutenants et leur disciples en prenant la souveraine en otage, mais ils avaient été surpris par la rapidité avec laquelle Yuma s’était lancé dans le combat.

Les deux membres de la Garde royale s'étaient partagés les ennemis: Yuma s'occupait de Kyuu, tandis que Len combattait le cadet. Peu avant d'entrer dans la maison, le jeune garçon avait insisté pour se frotter à cet ennemi: il voulait venger sa soeur. Son maître avait accepté, pensant que ceci ne changerait finalement pas grand-chose. Dès à présent, il regrettait ce choix. En effet, Len était désormais contrôlé par une rage terrible. Par conséquent, son attention n'était plus portée sur le combat. Pour quelqu'un de son niveau, c'était rédhibitoire. Le frère Kagamine avançait sans réfléchir en levant son katana et en poussant des cris stridents. En face, l'adversaire n'éprouvait aucun mal à parer ses attaques. Dans la hâte, Len se fit même contrer de bien pauvre manière et tomba sur le parquet en bois.

Alors que Roku s'apprêtait à donner le coup de grâce à son adversaire, Gumi s'interposa et dressa son sabre devant le frère Genshine pour stopper son attaque.

- Bouge-toi, vite, imbécile ! lui hurla la guerrière.

Len recula rapidement et se remit debout dans le fond de la pièce. De cet endroit, il pouvait observer Yuma aux prises avec Kyuu. Chaque frappe du guerrier noir s'accompagnait d'une force incommensurable, et pourtant, on pouvait sentir que chaque coup était parfaitement contrôlé. Contrairement à Len, Yuma parvenait à contrôler sa colère, sa rage ne s'échappait qu'aux moments propices. Alors qu'il était toujours en train de combattre, le maître s'adressa à son disciple:

- Len, reste concentré ! Ton objectif n'est pas la vengeance ici !

Le jeune homme balbutia, il ne savait pas quoi penser. Gumi avait entre-temps pris sa place et se battait contre Roku.

- T'énerver ne servira à rien ! Garde ton calme et agis comme tu sais le faire ! lui cria Yuma, toujours englué dans sa lutte.

- D'accord, signifia Len, qui reprit ensuite sa place dans le combat. « Allez sauver la Reine, je m'occupe de lui », annonça-t-il à Gumi d'un air déterminé.

En quelques secondes, le style de combat du blondinet changea du tout au tout. Il était bien plus appliqué, et fournit une belle résistance à Roku. Les attaques de l'un et de l’autre s'annihilèrent chacune à leur tour. De son côté, Gumi continuait à tenter de trouver un passage pour rejoindre la souveraine, mais la pièce était étroite et les jumeaux défendaient bien leur position.

Soudainement, Len parvint à pratiquer un des mouvements qu'il avait auparavant observé chez Gumi, il s'abaissa et fit balancer sa jambe droite dans les jambes de Roku, lui faisant perdre son équilibre. Celui-ci s'éclata sur le sol, faisant également tomber son sabre plusieurs mètres derrière lui. Le garçon blond se tenait au-dessus du cadet et prenait un air grave. Il s'apprêtait à s'emparer de la victoire, quand Kyuu s'avança vers lui, délaissant son combat contre Yuma.

- Non, cria l'aîné.

Il para l'attaque de Len juste à temps. « Je t'interdis de toucher à mon frère ! » lança-t-il. Puis, Yuma se précipita lui aussi vers son adversaire.

- N'oublie pas, je suis ton opposant, dit-il en approchant son katana de la carotide de Kyuu. L'aîné était maintenant pris en tenaille entre Len et Yuma, tandis qu'il demandait à Roku de reculer et de fuir.

Ce comportement étonna Len. Sa sœur avait-elle raison ? Kyuu venait d'agir comme il l’aurait fait. Cet ennemi a tout lâché pour venir sauver son frère. Dans sa réflexion, le jeune Kagamine relâcha sa garde, ce qui permit à l'aîne des Genshine de parer ensuite la prise de Yuma et de sortir de ce mauvais pas.

Pendant ce temps, Gumi était parvenue à se frayer un passage, puisque les quatre autres combattants s'étaient regroupés en un seul point, et à s'emparer de la Reine Luka.

- Venez avec moi, ma Reine. Vous êtes tirée d'affaire.

- Zut ! hurla Kyuu.

Roku avait entre-temps repris sa place. Les jumeaux faisaient de nouveau face à leurs deux adversaires.

- Je pense que nous n'avons pas le choix Kyuu, murmura le cadet.

- J'ai compris, Roku.

Immédiatement, les deux frères firent marche arrière et partirent en direction de la petite fenêtre située sur le toit. Très rapidement, ils s'échappèrent de la maison suivis aussi vite que possible par Yuma et Len. Une course-poursuite enragée débuta donc sur les toits du quartier populaire de la capitale.

Au rez-de-chaussée, Gumi ramena la Reine saine et sauve à la commandante Miku. La souveraine enlaça directement sa plus vieille amie.

- Je savais bien que tu réussirais Miku... Merci ! chuchota-t-elle encore sous le choc.

- De rien, ma Reine, c'est normal, se contenta-t-elle de répondre.

Gumi informa tout de suite la patronne que les jumeaux avaient fui, mais qu'il étaient pris en chasse par Yuma et Len. Miku lança donc les deux-tiers de sa troupe à leur poursuite dans les rues de la ville. Les soldats se dispersèrent donc à travers les rues, à la recherche des jumeaux.

Plus loin, le maître et son disciple poursuivaient toujours les Genshine. En se retournant quelques instants, ils purent observer le déploiement des soldats venus les aider. Pour eux, c'était malheureusement trop tard. Ils avaient pris trop de retard.

- On continue, Len ! Nous sommes les seuls à pouvoir les arrêter !

Les quatre hommes sautèrent par-dessus les toits des maisons habilement. Len disposait d'une bonne pointe de vitesse. Malheureusement, celle-ci était sans commune mesure avec celle des frères, qui continuaient à prendre de l'avance.

- Ils sont rapides, ces petits futés ! s'apitoya Yuma.

Ils arrivèrent ensuite en vue des remparts de la ville. Deux gardes se trouvaient là, légèrement armés.

- Arrêtez-les ! hurla le lieutenant dans leur direction.

Cependant, Kyuu et Roku avaient déjà dégainé leurs sabres respectifs, et, dans leur mouvement, assénèrent un coup aux soldats présents sur la muraille, puis continuèrent à prendre la fuite, en direction de la forêt bordant la capitale.

Yuma s'arrêta sur le rempart, et se mit à jurer. Len s'agenouilla, dépité.

Près du repère des ennemis, Leora était toujours mise aux arrêts, entourée par les quelques soldats restants. Elle vit par la suite sortir à tour de rôle Gumi, Miku et la Reine, suivis par Alys.

La jeune femme à la tresse s'écroula soudainement devant le pas de la porte. Gumi et Miku se précipitèrent à ses côtés:

- J'ai utilisé beaucoup trop d'énergie... Je suis désolée... dit-elle.

Leora n'aurait pas de meilleure occasion. La garde autour d'elle s'était considérablement réduite, et l'attention n'était plus portée sur sa personne. Elle sauta donc par-dessus les soldats qui l'entouraient, et pratiqua un salto arrière, pour se libérer.

- A plus ! lança-t-elle avant de prendre congé.

Miku pesta et envoya Gumi et le reste des soldats à sa poursuite.

- Elle en avait gardé sous le pied, la peste ! souffla la commandante.

Leora était passée maître dans l'art de la furtivité, de sorte qu'il était quasiment impossible de la retrouver dans une ville aussi étendue et dense.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Gumi  et la Garde revinrent à son point de départ, la mine renfrognée:

- Désolée, Madame, je n'ai pas pu la retrouver...

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Le ciel jaune-orangé bordait l'immense forêt située tout à l'ouest de l'île de Kuni. L'automne approchait, les feuilles des arbres commençaient à brunir. Le bois se révélait particulièrement calme, des petits animaux passaient çà et là, à travers les étendues feuillues.

Deux jeunes hommes approchaient et venaient perturber la quiétude de l'endroit.

- Je me demande ce qu'il a prévu... dit l'un d'entre eux.

- Oh, avec celui-là on peut s'attendre à tout, répondit l'autre. Il était difficile de les différencier, les deux garçons étant quasiment identiques, et avaient les mêmes cheveux verts.

Cela faisait une semaine que Kyuu et Roku avaient quitté la capitale, après leur défaite contre la Garde royale. Les jumeaux eurent ainsi le temps de digérer, et, surtout sous l'impulsion du cadet, d'analyser leurs faiblesses. Ici, il était arrivé à la conclusion que l'armée était trop forte pour eux. L'enlèvement de la Reine avait fait office de soubresaut, mais, si leur patron voulait mener son plan à bien, il leur fallait davantage de renforts. Durant la semaine, les Genshine étaient repassés par quelques villages, et avaient pu témoigner du branle-bas de combat qu'avait provoqué la disparition des Sages. Fukase voulait mettre la pagaille dans le pays, et il avait réussi.

Les jumeaux s'enfoncèrent petit à petit dans la forêt jusqu'à arriver à un étrange portique en métal gris, caché par la foule d'arbres qui l'entourait. Le dispositif mesurait plusieurs mètres de long et de large, en forme d'arche. Kyuu et Roku patientèrent calmement devant l'objet.

Soudainement, une nouvelle personne jaillit des feuillages alentours et vint se poser aux côtés des frères, qui ne furent pas surpris. Ils avaient directement reconnu la chevelure rouge et les habits blancs caractéristiques de Leora.

- Tiens, vous n'aviez pas été arrêtée, vous ? interrogea Kyuu d'un air moqueur.

- Mon petit, les soldats qui parviendront à me mettre les menottes aux poignets ne sont pas encore nés, tu sais ! rétorqua-t-elle dans un éclat de rire.

- C'est dommage, fit Roku. « On aurait pu se réunir un peu avant. »

- Je ne tenais pas tant que ça à la voir, moi, lança Kyuu. « Au moins, on a eu une semaine tranquille, en l'absence de cette folle ! »

Le cadet prononça immédiatement des mots d'excuses en direction de la mercenaire, qui faisait mine de n'avoir rien entendu. Au final, elle n'avait que faire de l'opinion de Kyuu.

- En tout cas, vous êtes très bon dans l'art de la fuite. Cela rattrape vos carences en combat... ajoutait-elle toutefois sur un ton de défi. La guerrière aimait toujours avoir le dernier mot.

Le visage de l'aîné rougit subitement. « Je vous signale que vous vous êtes fait battre, vous aussi, vous savez. Et cette fille ne fait même pas partie de la Garde royale, normalement ! »

- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, mon petit, déclara Leora.

Comme pour toutes leurs disputes, c'est Roku qui dût s'interposer et tenter de calmer le jeu. Mais, cette fois il fut interrompu par un énorme bruit qui s'échappa du centre de l'arche. De grands éclairs mauves parcouraient la voûte, puis une lumière bleutée prit place sur toute l'étendue de l'arc de cercle. En plein centre sortit de la lumière un petit homme aux cheveux rouges, portant fièrement son costume blanc et sa canne noire, au pommeau en forme de clown.

- Bonjour patron, s'écrièrent de concert Kyuu et Roku. « Et bon retour chez vous ! »

Fukase arborait un large sourire, et se mit à respirer à plein poumons. « Oh, que ça fait du bien de respirer cet air pur ! Cela faisait si longtemps ».

L'homme prit ensuite les jumeaux dans ses bras pendant quelques instants. La rage qui avait accompagné leur défaite à Kyôu une semaine plus tôt semblait avoir été oubliée. Ou alors, Fukase était-il submergé par l'émotion de retrouver Sekai. Il prit ensuite le temps de saluer respectueusement Leora, puis se retourna vers l'arche, le sourire en coin.

- Et regardez ce que j'amène. Maintenant, nous sommes prêts pour le grand final.


Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 02 janvier 2017, 14:21:08
Voici le 1er chapitre bonus "Sekai Chronicles", centré sur Alys, 16 ans avant le début de l'histoire principale:

Spoiler
Sekai Chronicles #1 : Alys

Sekai, 16 ans avant l'arrivée des Kagamine.

Dans la cour, les cerisiers se mettaient à fleurir abondamment et à revêtir leur belle couleur rose caractéristique. Quelques feuilles s'envolaient çà et là, et venaient délicatement se poser sur le sol argileux qui recouvrait toute l'étendue. Au milieu de l'espace se tenaient trois personnes, habillées en kimono traditionnel. Le premier, âgé d'une quarantaine d'années, s'était placé devant ses deux enfants. L'aîné, Syla, était âgé de sept ans. Le garçon écoutait attentivement le discours de son père, debout aux côtés de sa soeur, Alys. La jeune fille souriait ; elle appréciait ses moments de partage avec sa famille. Elle écoutait d'une oreille les conseils que prodiguait son père à son frère, en silence.

Ce même rituel se répétait tous les jours, durant une à deux heures. Monsieur Vo se chargeait de transmettre son savoir à ses héritiers. Si Syla commençaient déjà à se faire une idée de l'importance que cet entraînement avait pour sa famille, Alys se révélait encore naïve, du haut de ses cinq ans. En somme, elle assistait à ces séances plus par habitude, non pas qu'elle les détestait, elle ne comprenait pas encore tout à fait leur objectif.

Syla se lança ensuite subitement vers son père, en prenant appui avec son pied droit sur le sol. Lorsqu'il était en l'air, une lueur jaune s'échappa de sa main, et le jeune garçon tenta de frapper son paternel à la poitrine. Celui-ci se défendit: il joint les mains, puis un halo mauve annihila l'attaque de son fils. Les deux hommes continuèrent à s'affronter pendant plusieurs joutes amicales, sous le regard amusé de la jeune fille, qui jouait de temps à autre avec sa longue tresse.

-   Bien, Syla, tu as fait de bons progrès... Bravo ! lança le père.
-   Merci, se contenta de répondre le garçon.

Puis, la jeune fille interrompit soudainement leur conversation:

-   Papa, papa ! Quand est-ce que je serai capable de faire comme vous ?

Monsieur Vo éclata de rire, fier de voir autant de fougue chez sa progéniture.

-   Patience, Alys. Ton tour viendra. Tu es encore trop jeune pour que le Koryu n'apparaisse chez toi...
-   Oh, zut, alors, rétorqua-t-elle dans un caprice. «  J'aime bien observer les couleurs qui sortent de vos mains, je trouve ça joli. Je veux faire comme vous ! » ajoutait-elle naïvement.

Les deux hommes se gaussèrent ensemble, avant que le père ne prenne sa fille dans les bras et l'enlaça pendant quelques instants.

Soudainement apparut au fond de la cour, sur la petite terrasse en bois qui s'étalait devant la maison, la mère de famille, accompagnée d'un visiteur pour le moins surprenant. Monsieur Vo reposa immédiatement sa fille par terre et partit saluer respectueusement son hôte.

-   Monsieur Oji, bienvenue. C'est un vrai plaisir de vous accueillir ici.
-   Merci Vo, vous me flattez, répondit le chef de village.
-   Serait-ce indécent de vous demander l'objet de votre visite, si plaisante soit-elle.
-   Pas du tout, sourit Oji. « Je dois juste vous parler en privé. C'est important. Pourrions-nous nous éclipser quelque peu ? »
-   Bien sûr ! lâcha Monsieur Vo. Puis, il se tourna vers sa femme. « Chérie, tu veux bien nous préparer du thé, s'il te plaît ? »

La maîtresse de maison s'exécuta, tandis que le père dût mettre fin à l'entraînement de ses enfants. Ceux-ci furent déçus, mais surtout curieux de découvrir pourquoi le chef du village d'Uchi, l'un des plus importants Sages du Conseil, s'était invité chez eux.

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Les deux hommes s'étaient installés à genoux devant la table basse du petit salon. La mère d'Alys leur avait apporté une théière remplie, ainsi que deux tasses de leur plus beau service à thé. En effet, on ne recevait pas le chef du village tous les jours. Puis, la dame s'éclipsa et partit rejoindre ses deux enfants, qui jouaient calmement dans leur chambre à l'étage.

En bas, Monsieur Vo versa tranquillement le thé à son invité, qui n'avait pas encore prononcé un seul mot. Devant ce silence pesant, le praticien du Koryu se décida à entamer la conversation.

-   Bon, que voulez-vous me dire ?

Oji sirota tranquillement son thé, et complimenta la maîtresse de maison pour son goût exquis. Puis, il en vint au fait.

-   Vo, tu sais que nous sommes en guerre ?
-   Je sais que l'Armée royale cherche à écraser la rébellion de la Guilde des Magiciens, si c'est ce que vous voulez dire.

Le monde de Sekai était composé de plusieurs ethnies: l'une d'entre elles était ainsi porteuse de pouvoirs magiques. Cette population représentait une minorité dans ce monde, et était parvenue à se frayer une place au sein même de la société civile. Pour faire valoir leurs droits et pour pouvoir exercer une politique commune, la Guilde des Magiciens fut créée. Son chef était chargé de nouer de bonnes relations avec les pouvoirs en place dans chaque pays, afin que tout ce beau monde puisse vivre en harmonie.

Toutefois, quelques mois auparavant, un nouveau chef avait pris le pouvoir au sein de la Guilde. La politique de ce jeune homme, Utatane Piko, différait par de nombreux points avec celle de ses prédécesseurs. Plutôt que de travailler de concert avec les autorités en place, il était d'avis que les Mages devaient prendre leur destin en main, et prendre par conséquent le pouvoir. Son discours trouva écho auprès de quelques franges de la Société des sorciers, ce qui mena à une rébellion.

Le vieux Oji reprit ensuite la parole et posa une question particulièrement énigmatique à Monsieur Vo:

-   Dans quel camp te situes-tu, Vo ?
-   Voilà une façon bien directe de me poser la question, chef !  s'étonna l'homme.
-   Et donc ?

Vo prit une profonde respiration; sa réponse allait s'avérer bien plus compliquée que le vieux Sage ne le pensait.

-   Je suis un praticien du Koryu. Cet art repose sur une sorte de magie, donc on peut en déduire que ma famille, moi, ainsi que tous les autres adeptes de ce style de combat sommes des magiciens.

Le visage du chef changea subitement de couleur. Il n'appréciait pas le chemin sur lequel son interlocuteur s'embarquait.

-   Cependant, nous sommes un peu à part, continua-t-il. « La Guilde ne nous considère pas comme faisant partie de leur cercle... Pour eux, nous pratiquons ce qu'ils appellent une "Magie inférieure" ».

Cette dernière affirmation, bien que particulièrement sombre, rassura le chef du village, qui laissa le soin au combattant de continuer son explication.

-   Pourtant, le sentiment anti-mage augmente dans le pays, à cause de la guerre, et nous en souffrons aussi. De telle sorte que nous avons décidé, tous les adeptes de l'île de Kuni, de faire profil bas.
-   Vous vous cachez, en définitive ? conclut Oji.
-   Pour vivre heureux, vivons cachés, comme on dit... confirma Vo. « Notre objectif n'est pas de choisir formellement un camp, mais de protéger nos familles. Elles souffrent déjà bien assez comme cela... »

A ce moment, une petite fille fit irruption dans la pièce, troublant la tranquillité des deux hommes.

-   Papa, papa, qu'est-ce qu'il te veut le vieux monsieur ? demanda Alys.

Oji éclata de rire devant la gêne de son hôte, qui s'excusa plusieurs fois. Monsieur Vo tenta bien de renvoyer sa progéniture gentiment dans sa chambre, mais celle-ci ne voulait rien entendre, et désirait rester avec son père.

-   Laisse-la. Elle ne me dérange pas, avoua Oji.
-   Youpi !  cria Alys en se dirigeant vers les genoux de son père.

La discussion continuait. Vo fit état des épreuves auxquelles les membres de son clan devaient faire face chaque jour. Il en était même arrivé à la décision de cacher son pouvoir, même s'il était toujours heureux de l'apprendre à ses descendants. Il considérait cela comme une sorte d'héritage familial.

-   Justement, si je te donne la possibilité de faire changer tout ça. Qu'en penses-tu ? proposa Oji.
-   Je me demande bien comment faire.
-   Le Roi de Kuni pense à demander publiquement l'aide des adeptes du Koryu, pour l'aider à mener cette guerre. Une fois à nos côtés, tous les praticiens ne connaîtront plus ce problème de rejet. En gros, il vous demande de rejoindre son armée.

Vo sursauta, puis patienta quelques secondes. Il demanda aussi à Alys de rejoindre sa mère dans la pièce d'à-côté. La décision qu'il s'apprêtait à prendre allait être une des plus difficiles de sa vie.

-   Vous êtes bien naïf, cher leader. Qu'est-ce qui vous fait penser que vous pouvez changer l'opinion publique d'un seul coup ?
-   Ce n'est pas à moi de la changer, je n’ai pas ce pouvoir, rétorqua Oji. « Mais toi, tu peux le faire. Vous pouvez tous le faire. Il est temps de choisir votre camp. D'après ce que je sais, les adeptes du Koryu de l'île Tokai ont, en plus, déjà décidé de rejoindre les Magiciens dans leur lutte. »

Cette dernière révélation eut l'effet d'un électrochoc dans l'esprit du père. Cette décision n'allait pas être sans conséquences. Désormais, tous les praticiens allaient passer pour des ennemis, dans toute la société.

-   Laissez-moi le temps d'y réfléchir. Ce n'est pas une décision que je peux prendre à la légère, confia Vo.
-   Je comprends... Je te laisse pour aujourd'hui. Fais-moi savoir quand tu t'es décidé, lança le chef en se relevant. Puis il quitta tranquillement la maison, après avoir salué tous les membres de la famille respectueusement.

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L'esprit de Monsieur Vo était resté embrouillé toute la nuit par la proposition de son chef de village. Bien sûr, celui-ci disposait de solides arguments, et le père ne pouvait pas rester insensible à l'occasion qui lui été donnée de changer la réputation de tout son clan. Mais cela signifiait également qu'il devait abandonner sa famille, et par ces temps de guerre, cela était particulièrement déchirant pour lui.

Toutefois, comme à son habitude, il avait commencé l'entraînement de ses deux enfants en ce début d'après-midi. Il se disait que cela pouvait également lui permettre de se changer les idées, et de passer un bon moment en famille. Syla était déjà présent dans la cour, et pratiquait les mouvements que son père lui avait appris la veille. De temps à autre, on pouvait apercevoir une petite lueur s'échapper de ses mains ou de ses pieds.

Alys venait à peine de sortir de la maison, et se dirigea directement vers son père, le sourire aux lèvres.

-   On y va, papa ?
-   Oui, Alys. Tu peux commencer par pratiquer les mouvements de bras que je t'ai montrés la semaine passée. On va voir si tu t'en souviens, lui lança son père sur un ton de défi.
-   Bien sûr !

La jeune fille s'exécuta et pratiqua à la perfection toutes ses prises. Pour une fillette de cinq ans, ses mouvements étaient particulièrement précis, ce qui étonna beaucoup son père. A son âge, même Syla ne montrait pas de progrès aussi rapides.

Soudainement, un halo orange se mit à tournoyer autour de la main droite de la jeune fille à la tresse. Celle-ci s'arrêta tout de suite, quelque peu effrayée par ce phénomène. Son père accourut immédiatement auprès d'elle.

-   Ça alors ! Ton pouvoir s'est déjà réveillé ?
-   Et c'est bien ça, papa ? demanda la fillette.
-   Oui, bien sûr... Tu es une vraie guerrière de talent maintenant... lui annonça son père comme pour la rassurer.

Ensuite, alors que ses deux enfants avaient recommencé à s'exercer, Monsieur Vo s'écria soudainement :

-   On rentre ! C'est tout pour aujourd'hui.

Puis, il rentra à l'intérieur de son habitation la mine basse, sans dire un seul mot.

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Le dîner s'était déroulé de façon relativement calme, Vo n'ayant quasiment pas prononcé une parole durant tout le repas, et s'étant contenté de fixer un point non défini. Les évènements de ces derniers jours le travaillaient. Le discours du chef Oji commençait à le faire réfléchir: au fond, quel monde souhaitait-il pour ses enfants ? En tant que représentant de tous les adeptes du Koryu, il avait le pouvoir, même s'il en était incertain, de changer la perception de la population sur les Mages et les Koryuistes. La révélation d'Alys naviguait aussi dans son esprit. Elle aussi avait découvert son pouvoir, comment allait-elle supporter d'être une paria tout le long de sa vie ?

Le repas étant terminé, Monsieur Vo prit tranquillement une tasse de thé dans son salon, alors que la mère de famille avait raccompagné les enfants dans la chambre. Lorsqu'elle redescendit, elle se plaça directement aux côtés de son époux et le serra fort dans ses bras:

-   Je vois que quelque chose te tracasse, chéri...

Vo garda le silence. Son épouse l'observa quelques instants, puis lui fit comprendre qu'il était temps de se confier.

-   C'est ce monde... Quelque chose ne tourne pas rond... Nous sommes victimes de discrimination à cause de notre pouvoir... Les gens d'ici ont peur de nous...
-   Et que veux-tu faire ? Rallier la rébellion des Mages ? demanda sa femme en panique.
-   Non, absolument pas ! C'est à cause de ce malade de Piko que nous en sommes là. Le but était que tout le monde puisse vivre en harmonie. Non... Je pensais plutôt à l'autre option...

La mère d'Alys ne répondit pas, mais son silence se montra particulièrement révélateur.

-   Tu ne l'as pas vue... ajouta Vo. « Alys aussi a révélé son pouvoir... »

Il marqua un instant de pause, puis reprit:

-   Oji m'a fait une proposition. Le Roi veut que les adeptes du Koryu aident l'armée royale à combattre les Mages. De cette façon, selon lui, nous serons mieux vus dans la société...
-   C'est une façon bien naïve de voir les choses. On ne change pas le comportement des gens d'un claquement de doigts ! rétorqua la mère.
-   Tu as raison, mais si ça pouvait aider ? Cela permettrait au moins à nos enfants de vivre dans un monde moins pourri.

Il reprit ensuite une gorgée de thé, et déposa délicatement la tasse sur la table basse en bois.

-   Je pense que je vais accepter sa proposition... De toute façon, nous ne pouvons pas rester éternellement les bras croisés. En plus, ils ont besoin de nous: les adeptes de l'île Tokai ont officiellement rejoints les rangs des Mages.
-   Ces rapaces... gloussa la mère.
-   Je dois le faire, pour Syla, pour Alys, pour leur avenir...

Le silence marquait les ténèbres profondes qui recouvraient toute la maison. Dans la pénombre, Vo embrassa langoureusement sa femme, comme s'il s'agissait de l'une des dernières fois.

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Le lendemain, Monsieur Vo avait fait part de sa décision à son chef de village, lequel avait accueilli la nouvelle avec une grande joie. Il s'était d'ailleurs directement attelé à envoyer un message par corbeau au Roi.

Plus tard, le combattant avait convié tous les pratiquants de l’île au village d’Uchi  afin de leur exposer la situation et la majorité s'était ralliée à son avis. Il n'était en effet pas sûr pour l'avenir du pays de laisser un fou comme Piko diriger ce monde. Il fallait écraser ce coup d'état le plus rapidement possible. De plus, Vo avait également fait part à ses collègues de sa réflexion à propos des conditions de vie des Mages à Sekai. Selon lui, bien que les Koryuistes de l'île Tokai s'étaient rangés du côté de la Guilde des Magiciens, il valait mieux prêter allégeance à la royauté de Kuni, et ainsi envoyer un message fort à la population: « nous combattons à vos côtés, nous mettons nos aptitudes à votre service ». Au final, un escadron d'assez bonne taille, remplis de guerriers entraînés, s'était rassemblé dans le petit hameau du sud de l’île, et s'apprêtait à partir pour Kyôu, la capitale.

L'esprit de Vo était encore occupé par une ribambelle d'interrogations. S'il était maintenant persuadé d'avoir fait le bon choix, il se demandait encore comment expliquer cela à ses enfants. En effet, il était très ardu d'aborder une matière aussi difficile et délicate. En outre, il ne désirait pas que l'émotion prenne  le pas chez lui quand son départ arriverait, cela ne causerait que douleurs supplémentaires à Alys et Syla. Mais comment leur expliquer ?

L'heure était venue. Le groupe de pratiquants s'étaient rassemblé sur le forum du village où plusieurs diligences les attendaient pour faire route vers le Palais Royal, où le Roi leur avait accordé une audience exceptionnelle. Le but étant également de peaufiner leurs stratégies de batailles, et d'utiliser au mieux leurs aptitudes en combat.

Alys et Syla se tenaient de part et d'autre de leur mère, alors que Vo se trouvait juste devant eux. Il jeta un œil à la carriole et au cocher qui patientait. Ce moment s'était révélé encore plus difficile qu'il ne le pensait. Il s'agenouilla à hauteur de ses enfants, puis ferma les yeux, et attendit quelques instants. Durant plusieurs heures, il s'était imaginé pléthore de discours à exposer à ses enfants, mais aucun d'entre eux ne lui apportait entière satisfaction. Il décida donc de leur parler franchement, même si son message pouvait paraître décousu.

-   Les enfants, il faut que je parte. Le Roi a besoin de moi pour protéger le pays, contre une lourde menace...

Alys l'écoutait attentivement, mais Syla se mit déjà à l'interrompre. Il avait déjà saisi le sens de son message:

-   Le Roi a besoin de tes aptitudes, du Koryu, c'est ça ?
-   Oui, mon fils. Il faut que vous sachiez une chose. Je pense que le destin nous a fait cadeau de notre don, afin que nous puissions protéger les autres. C’est mon devoir d’aller là-bas.

Syla acquiesça. Puis, Vo se tourna vers Alys:

-   Ma princesse, ton don vient seulement de se réveiller. Je veux que tu t'entraînes avec ton frère, et ne sois pas trop dure avec lui, plaisanta-t-il. « Enfin... sachez que je fais cela aussi pour vous protéger, et que dans tous les moments difficiles, une seule image me viendra en tête : l'image de vous trois réunis. Tant que je pense à vous, il ne pourra rien m'arriver. »

Ensuite, le père serra ses enfants dans ses bras si fort qu'Alys parut étouffer. Et pourtant, elle en voulait en aucun cas se détacher de l'étreinte de son paternel, souhaitant même que ce moment dure des heures.

Vo se releva, et embrassa sa femme encore une fois: « J'essaierai de vous envoyer le plus de messages possible... Prenez soin de vous ! » Et il s'éloigna vers le carrosse qui le menait vers la capitale, vers l'inconnu.

La place du village était bondée de familles qui voyait un membre partir, sans savoir ce qu'il adviendrait de lui. De nombreux habitants anonymes s'étaient également donné rendez-vous à cet endroit, par soutien. Alors que les chevaux attelés quittèrent la place, puis le village, Alys fixa son regard sur les remparts d'Uchi, puis observa le ciel:

-   Courage papa, et fais attention à toi...

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La Grande Guerre Magique avait encore fait rage durant une année complète. Diverses alliances et trahisons avaient jalonné son cours, d'un côté comme de l'autre. De nombreux combats meurtriers avaient eu lieu. Le confit avait ensuite prit une ampleur mondiale, quand tous les pays avaient décidé d'y prendre part; la Guilde des Magiciens était en effet présente dans tout Sekai et menaçait l'intégrité de tous les pouvoirs en place.

Les Mages, par un habile jeu de conquêtes et d'alliances, étaient parvenus à prendre le contrôle de tout le Nord de la carte. Ils avaient pris l'ïle Yamanami, dont l'armée était faible et peu encline à se battre, et avaient finalement conclu un accord avec le gouvernement de l'île Tokai. La bataille finale prit finalement place dans la capitale de la grande île nordique, que les autres pays cherchaient à libérer, et où la Guilde avait établi son siège définitif. Les deux camps s'affrontèrent durant des jours. D'une part, les partisans de la Guilde, accompagnés par ce qui restait de l'armée de Yamanami et les traîtres de l'île Tokai, et d'autre part, les soldats des quatre autres pays de Sekai, qui s'étaient regroupés sous une seule et même bannière.

De son côté, le petit village d'Uchi, sur l'île de Kuni, avait plutôt bien résisté à la guerre. Sa position au sud du pays, en plein centre de la zone contrôlée par la coalition des quatre pays le rendait plutôt bien protégé. Quelques alertes parvenaient jusqu'au hameau de temps en temps, ravivant l'inquiétude des habitants. Appréhension qui n'avait jamais quitté la famille d'Alys, toujours préoccupée par le départ du père au combat. Monsieur Vo avait tenté tant bien que mal de garder le contact avec sa famille, mais cela faisait tout de même plusieurs mois qu'aucune lettre ou qu'aucun message n'était parvenu jusqu'à eux. La mère essayait de cacher son tourment à ses enfants, mais ceux-ci n'étaient pas dupes. Pis, ils avaient parfaitement connaissance du monde dans lequel ils vivaient. Le fait de grandir en temps de guerre leur avait apporté une certaine maturité, si bien qu'ils étaient totalement conscients du guêpier dans lequel se trouvait leur père. Syla avait toutefois continué à entraîner Alys, qui fournissait davantage d'énergie durant les sessions d'entraînement, comme pour exprimer un respect envers Monsieur Vo.

Au final, la nouvelle parvint au village. L'Alliance des quatre pays avait finalement remporté le conflit au prix de lourds sacrifices, et était parvenue à enfermer la Guilde des Magiciens sur l'ïle Maho. La Grande Guerre Magique était désormais terminée. De nombreuses scènes de liesse parcouraient toute l'étendue de Sekai. Les fêtes battaient son plein. Pourtant, dans un petit coin du village d'Uchi, la famille d'Alys ne se laissa pas entraîner par la joie, et attendait patiemment le retour du chef de famille. Plusieurs jours passaient, ravivant l'inquiétude de tous les membres. Jusqu'au jour où, dès l'aube, un étranger se mit à frapper à la porte de la maison.

Il s'agissait d'un homme plutôt bien bâti, équipé de cheveux turquoises, et affublé d'une armure de couleur sombre en cuir. Il avait bien fière allure, bien que son visage trahisse une envie de fondre en larmes soudainement. L'homme balbutia:

-   Vous êtes bien la femme de Monsieur Vo ? commença-t-il timidement.
-   Oui, Monsieur... Excusez-moi, mais qui êtes-vous ?
-   Je suis le commandant de la Garde Royale de Kuni...

Alys et Syla avaient entretemps rejoint leur mère sur le pas de la porte, et saluaient poliment l'étranger.

-   Je suis désolé de vous annoncer cela de cette manière. Mais, durant la dernière bataille, Monsieur Vo, votre mari, a malheureusement été tué...

Les deux enfants éclatèrent alors en sanglots. Toutefois, la mère voulut rester digne. Intrinsèquement, elle s'était habituée à cette idée. Le fait de n'avoir aucune nouvelle dans les jours qui avaient suivi la fin de la guerre était déjà un signe. Au fond d'elle, elle espérait revoir son époux franchir timidement la porte de la maison et prendre ses enfants dans ses bras, comme si de rien n'était. Mais la raison la poussait à considérer que cette idée n'était qu'utopie.

-   Votre mari était l'un des hommes les plus courageux que je n'ai jamais connu. Il a perdu la vie lors d'une mission visant à déstabiliser l'ennemi. Sans son intervention, nous n'aurons jamais pu remporter cette guerre.

Le fait que le commandant se mit de parler de son homme au passé fit couler quelques larmes sur le visage de la mère d'Alys, qui, par politesse, proposa au guerrier de prendre le thé dans le salon. Le commandant accepta, ne désirant pas laisser cette pauvre famille seule, directement après leur avoir annoncé cette terrible nouvelle. Il entra donc dans la maison, en silence, tandis que la matrone prépara sa boisson en compagnie de ses enfants.

-   Il m'a également chargé de vous remettre cette lettre. Malheureusement, il n'a pas pu vous l'envoyer juste avant de partir en mission.

Le commandant posa la lettre sur la table, patienta encore quelques instants, insistant encore sur la bravoure du pratiquant du Koryu qui venait de quitter ce monde, puis se vit dans l'obligation de prendre congé.

Quelques minutes plus tard, les trois membres restant de la famille se réunissaient au coin du feu, pour lire ensemble ce qui représentait le dernier message de Monsieur Vo:

"Ma famille adorée,

La lutte est âpre en ce moment. Les temps sont difficiles pour l'Alliance des quatre pays, et nous sommes sans arrêt mis sous pression. Pourtant, aucune douleur n'est plus lancinante que celle de me trouver loin de vous actuellement. De nombreuses choses me manquent sur le champ de bataille: les séances d'entraînement avec les enfants, nos batailles de boules de neige avec Alys quand l'hiver arrivait, nos moments calmes rien qu'à deux, ma chère femme. Que ne donnerai-je pas pour ne serait-ce que vivre une seule minute de ces moments ?

La Guerre devrait pourtant toucher bientôt à sa fin. Nous allons tenter une dernière stratégie, mais celle-ci s'avère très dangereuse. Par conséquent, je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi. S'il devait m'arriver quoi que ce soit, sachez qu'à chaque moment difficile, le simple fait de penser à vous, votre simple image dans mon esprit suffisait à me redonner du courage. D'un coup, je savais pourquoi je m'étais embrigadé dans cette guerre. Je voulais protéger l'avenir de nos enfants. A aucun moment, je n'ai regretté mon choix, car je l'avais fait en âme et conscience, pour vous protéger.

S'il m'arrivait de ne plus vous revoir (et cette idée me fait terriblement mal au cœur), je voudrai vous faire passer ce message, surtout à vous, Alys et Syla: ne vivez pas votre vie avec des regrets, et n'ayez pas honte de ce que vous êtes. Vous faites partie de la noble famille des Koryuistes et vous pouvez en être fier. Gardez courage, vous êtes assez forts pour vous en sortir dans ce monde, et vous avez le pouvoir d'accomplir de grandes choses.

A ma chère femme, sache que j'ai chéri chacun des instants passés avec toi. Je sais que, quoi qu'il m'arrive, tu parviendras à éduquer nos jeunes enfants de la meilleure des manières. Enfin, et je crains tellement que ce soit la dernière possibilité pour moi d'écrire ces mots: je t'aime, je vous aime tous...

Votre père, votre mari dévoué.

Vo."

Alys, Syla et leur mère avaient lu cette lettre, dernier témoignage de l'homme qu'ils considéraient comme le plus grand, dans le calme. Puis, les larmes coulèrent à flots une fois qu'ils eurent terminés. Pourtant, les mots écrits sur cette simple lettre résonnaient déjà dans leur esprit. La meilleure façon de rendre hommage au père de famille était de respecter ses souhaits.

D'ailleurs, ces mots refirent surface dans la tête d'Alys, le jour où elle se décida de partir pour Kyôu avec les jumeaux Kagamine, en suivant ainsi le vœu de son père. Jamais aucun regret.

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Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 14 janvier 2017, 17:56:01
On reprend le cours de l'histoire principale avec le chapitre 15  :hh:

Spoiler
Chapitre 15 : The Servant of Evil

Fukase se tenait devant l'imposante arche en métal, fier et droit comme un "i", et savourait ce qui lui paraissait comme sa toute-puissance. Des éclairs vrombissaient tout le long de l'arc de cercle. Puis, le petit auditoire vit sortir de la lumière bleuâtre trois hommes, tenant chacun une arme à feu différente entre les mains. Le chef de l'organisation, souriant, présenta immédiatement ces hommes à Kyuu, Roku et Leora.

- Voici Kyo, Yuu et Wil. Ils seront chargés de diriger mon armée.

Kyo s'avança en premier, tenant son fusil de type M16. Il salua respectueusement ses trois collègues. Puis, ce fut le tour de Yuu, qui lui était équipé d'une sorte de sniper, et enfin Wil. Les jumeaux remarquèrent que ce dernier ne possédait qu'un petit pistolet et commençaient à s'interroger sur la signification de tout ceci. Quel plan Fukase avait-il en tête ? Pourquoi avaient-ils tous une arme différente ? Et surtout, qui étaient ses hommes ?

Kyuu voulut directement poser la question, mais il fut interrompu. Quelques secondes après l'arrivée des nouveaux commandants, une cohorte d'une centaine d'hommes sortit de l'arche, et prenait position dans la forêt. Fukase se trouvait sur le côté et appréciait son œuvre. Il avait clairement le sentiment que la victoire lui était acquise.

Leora et les jumeaux s'approchèrent lentement de leur chef, alors que chaque groupe de soldats partit se poster devant son commandant désigné. La mercenaire souriait : selon elle, elle avait misé sur le bon cheval, et cette découverte la convainquit encore davantage de son succès. Kyuu et Roku étaient plus mesurés, et une foule de questions se heurtèrent dans leurs têtes.

- Qui sont-ils, ces trois hommes ? interrogea Kyuu en désignant Kyo, Yuu et Wil.

- Je les ai recueillis dans la rue. Ils me paraissaient très bons. Je les ai éduqués au maniement des armes, un peu comme ton frère et toi, mon petit Kyuu.

Une once de doute pouvait alors s'observer sur le visage de l'aîné. Il jeta un regard vers Roku qui paraissait tout aussi désorienté. En effet, avant leur voyage vers Sekai, Fukase avait promis aux Genshine une place de choix dans son organisation. Naïvement, les jumeaux y avaient cru. Dès à présent, ils avaient le sentiment d'être mis sur la touche. En outre, cela n'amusait pas Kyuu de voir que le patron s'était trouvé de nouveaux protégés. Au final, il s'était surtout servi d'eux, en dépit des services qu'il leur avait rendus. Il observa à nouveau son frère, puis ils décidèrent ensemble de discuter de cet aspect plus tard, le moment étant mal choisi.

Fukase se plaça ensuite sur un petit promontoire, qui lui donna une bonne vue sur toute sa petite armée. L'homme aux cheveux rouges s’appuyait sur sa canne, et s'imagina en véritable chef de guerre. Kyo, Yuu et Wil se tenait devant leur compagnie respective et regardèrent le patron en silence.

- Messieurs, nous sommes enfin arrivés à Sekai. Le moment est venu pour nous de prendre notre revanche !

Cette seule phrase réussit à créer des clameurs à travers tout le groupe d'hommes. Ce bruit saisissant et menaçant vint perturber l'habituelle quiétude de la forêt.

***

Dans le Palais royal de Kyôu, la tension était quelque peu retombée. La Reine avait demandé à se reposer et à passer outre ses émotions avant de poursuivre le Conseil des Quatre. Elle resta alors plusieurs jours cloîtrée dans sa chambre, encore sous le choc, et provoquait de ce fait des inquiétudes dans le chef de Miku et des chefs de village, qui logeaient dès lors au château. Seule la commandante de la garde bénéficiait du droit d’entrer dans la chambre royale. Pendant tout ce temps, Luka ne se décida pas à dévoiler les événements qui s’étaient déroulés durant sa détention, accentuant encore l’anxiété générale. Cependant, après insistance de Miku, elle se décida à cracher le morceau ; cinq jours étaient passés.

Ce jour-là, la patronne de l’armée s’était délicatement installée aux côtés de Luka, assise au milieu de son immense lit à baldaquin. La pièce était fastueusement décorée : la couleur dominante était le rose clair, mais quelques touches d’or, de blanc et de bleu ciel donnait un certain charme à l’ensemble, et apportait en outre une atmosphère paisible.

- Ma Reine, vous savez que vous pouvez tout me dire. Que s’est-il passé là-bas ? Qu’est-ce qui vous a mis dans cet état ?

- C’est compliqué, Miku…

La commandante était passablement excédée par le comportement de la souveraine. Dans ses souvenirs, elle cachait une force de caractère derrière son attitude douce. Mais ici, elle agissait comme si elle laissait tout tomber. En sus de l’agacement vint également s’ajouter une angoisse. La Reine avait dû faire face à quelque chose de particulièrement difficile émotionnellement pour se retrouver dans un tel état. Miku se décida alors à changer sa stratégie. Elle prit la Reine dans ses bras, un geste synonyme de sécurité.

- Ma chère amie, vous êtes la Reine de ce pays. Et cela ne doit pas être facile tous les jours… Mais sachez que, peu importe ce qu’il arrivera dans l’avenir, je serai toujours à vos côtés.

Luka laissa échapper quelques larmes et son visage devint écarlate :

- Je sais…

- Mais vous devez tenir, c’est votre rôle, votre destin, votre fardeau… Vous devez vous relever et continuer à vous battre…

Que devait rétorquer la Reine à ces mots pleins de bon sens ? Au fond, elle savait que Miku avait raison, mais la soudaine réparation d’Owari lui faisait rejaillir des souvenirs qu’elle préférait par-dessus tout oublier. Désormais, tout refaisait surface, et elle devait affronter ce passé qu’elle avait fui durant des années. La véritable identité de Fukase devait éclater au grand jour pour le bien du pays de Kuni. Toutefois, elle voulait en parler tout d’abord à sa plus proche amie, qui se trouvait à ses côtés. Sans doute l’épreuve en serait plus aisée. La souveraine reprit alors son souffle plusieurs fois, alors que la patronne de la Garde resserrait son étreinte.

- C’est le kidnappeur, le chef du complot… Je le connais, bafouilla-t-elle.

Miku évita de sursauter, malgré la surprise qui accompagnait cette nouvelle.

- En fait, c’est mon demi-frère, Owari …

- Vous avez un frère ? interrogea directement la femme aux couettes.

- C’est l’autre fils de ma mère. Il est mon aîné. Maman a eu cet enfant avant qu’elle n’épouse le Roi, mon père. Je pensais qu’il était mort, qu’il avait disparu…

Luka marqua ensuite une pause, puis s’étonna elle-même. Instinctivement, elle avait servi à Miku son excuse officielle pour expliquer sa relation avec Owari. Afin de protéger son passé et son trône, elle se devait de garder le secret, même à sa confidente. En outre, l’épreuve qu’elle avait traversée petite ne devait pas resurgir. Elle s’était donc décidée à distiller uniquement les informations capitales pour l’avenir du pays et la lutte contre cette menace, mais rien de plus. Tous les autres antécédents devaient rester secrets, il en allait également de la stabilité de Kuni.

- Que vous veut-il ? Pourquoi vous avoir enlevée si sauvagement si vous êtes de la même famille ? se demanda la commandante de la Garde.

- Owari a un caractère un peu spécial. Déjà quand nous étions jeunes, je me souviens qu’il désirait ma place, et pourtant je n’avais que trois ans. Mais j’étais la fille légitime du Roi. Il a toujours vécu cela comme une injustice. Finalement, ne supportant plus cette situation, il s’est enfui du château… Tout cela s’est déroulé un peu avant que tu ne naisses, Miku.

La guerrière aux cheveux turquoise avait en effet passé toute sa vie au Palais Royal. Fille du précédent commandant de la Garde, elle profitait de ses appartements au château, et avait par conséquent noué une amitié solide avec la princesse héritière, Luka, dont elle était de quatre ans la cadette.

- J’ai toujours eu du mal à accepter son choix… Depuis, je ne l’ai plus jamais revu… Jusqu’à maintenant !

- Et vous pensez qu’il revient pour vous chasser du trône, c’est ça ?

- Il y a des chances, il a tout de même mis au point un plan pour affaiblir le pays, et il s’est plutôt bien débrouillé. Il ne reste plus que trois chefs de village sur les sept. Et qui sait ce qu’il a prévu pour son prochain coup…

- Nous nous battrons, lui assura son amie. « Jusqu’au bout ! »

- Il a également parlé d’une Porte, il devait rejoindre les jumeaux aux cheveux verts, et l’autre Koryuiste à cet endroit. Apparemment, elle est située dans une forêt… C’est ce que j’ai entendu…

Miku exhorta tout de même la souveraine de faire part de ces informations au Conseil des Quatre, ainsi qu’à ses lieutenants Gumi et Yuma (ceux-ci possédaient toute la confiance de la Reine), mais aussi à Rin et Len, et indirectement à Alys. En effet, la commandante avait également une petite idée derrière la tête, et avait déduit qu’il était possible que Fukase, par un quelconque moyen, vienne du même monde que les Kagamine. Au début de ses opérations, il disposait d’une technologie qui n’était connue que des jumeaux. Même s’il n’était plus parvenu à en faire usage par la suite, cette donnée n’était pas à négliger. Quoi qu’il en soit, un petit entretien avec Rin et Len s’imposait.

Le lendemain, Luka prononça un discours devant les membres du Conseil, accompagnés par leurs gardes attitrés. Miku avait également convié les deux blonds à l’exposé. Entre-temps, Rin était sortie de l'hôpital mais restait condamnée à marcher à l'aide de béquilles pour les trois prochaines semaines. De plus, tout entraînement ou autre exercice physique était proscris.

La Reine tint également le même laïus que celui de la veille face à la commandante. Mais cette palabre était toujours cousue de fil blanc. Luka ne pouvait en aucun cas dévoiler la vérité sur son véritable passé. Pour l’instant, les Sages avaient dans leur main ce dont ils avaient besoin pour réfléchir à une stratégie afin de contrer les ambitions de Fukase. C’était tout ce qui comptait.

Toutefois, un doute parcourut l’esprit de Luka pendant quelques minutes à la fin de la séance. Et si son secret finissait par être découvert pour de bon…

***

Len était retourné dans sa chambre, accompagné de sa sœur Rin et d'Alys. Cela faisait déjà un petit moment que le jeune garçon et la fille à la tresse n'avaient pas pu profiter d'un moment de calme et de repos. Ces derniers temps, les événements s'étaient enchaînés très rapidement, de telle sorte qu'aucun d'entre eux n'avait pris le temps de se poser quelques instants et de faire le point sur leur situation. Peu importe ce qu'il arrivait, l'objectif premier des jumeaux était de retrouver un chemin vers leur monde. Le hasard avait fait que ce but était un peu passé au second plan, mais ils ne l’oubliaient pas.

Rin avait éprouvé des difficultés à monter les escaliers pour accéder à l'étage de leur chambre. Elle fut vite aidée par ses deux compagnons, et s'installa directement dans le lit du bas une fois entrée dans la pièce. 

- Bon, il faut qu'on parle ! admonesta directement Len.

- Qu'est-ce que tu veux qu'on dise, lui rétorqua sa sœur.

- Plein de choses ! D'abord, cette histoire de Porte... Si on met toutes les pièces en place, on peut déduire que Fukase vient de notre monde, et que cette porte est un bon moyen de rentrer chez nous !

- Oui, c'est vrai... hésita Rin.

Alys restait toujours silencieuse, se contentant d'observer la discussion entre les jumeaux. Quoi qu'il en soit, elle n'avait pas tellement son mot à dire. Elle connaissait leur objectif et se doutait qu'il ne leur était pas totalement sorti de l'esprit.

- D'accord, ajouta Rin. « Mais est-ce que tu es prêt à les abandonner comme ça. Vu la tournure des événements, on peut encore leur être utile. Tu penses vraiment que tu peux les laisser tomber ? » lança-t-elle en désignant Alys de sa main droite.

- C'est justement ça, Rin. C'est la question que je voulais te poser: si on trouve le moyen de rentrer chez nous, qu'est-ce qu'on fait ?

La jeune femme d'Uchi était toujours taiseuse, et pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait de se mêler à la conversation. Elle brûlait d'envie de leur dire: "Restez ici, nous avons encore besoin de vous, j'ai encore besoin de vous !" Mais elle trouvait également cette attitude égoïste, et ne voulait pas leur imposer un choix.

Puis, elle fut surprise quand les jumeaux se retournèrent contre elle, et attendirent son opinion. La jeune femme à la tresse bafouilla, étonnée, et tenta de leur donner une réponse qui traduisait le mieux possible ce qu'elle avait sur le cœur:

- Je pense que c'est à vous de voir. Personne ne peut prendre cette décision à votre place. Maintenant, si vous me demandez mon avis, sachez que je me suis particulièrement attachée à vous, et que je redoute un peu le jour de votre départ, même si celui-ci est inévitable...

- Oh, c'est gentil ! rétorqua affectueusement Rin.

- Et concernant notre rôle ici... Qu'en penses-tu ? poursuivit Len.

- C'est pareil. Personne ne peut décider de votre destin. Tout ce que je peux vous dire, c'est que, oui, on aura besoin de vous. Surtout si l'ennemi nous attaque avec sa technologie.

Les jumeaux s'observèrent pendant de longues minutes, sous le regard quelque peu inquiet d'Alys. Puis, Len conclut, comme si il avait également saisi l'opinion de sa sœur.

- Bon, ben, je pense qu'on va encore rester ici un moment !

- C'est vrai ? se réjouit Alys. « Vous comptez rester, même si il y a moyen pour vous de rentrer ? »

- Ce n'est pas dans notre caractère d'abandonner les gens auxquels on tient. Et puis, nous nous sommes embarqués dans cette histoire. Nous nous devons de rester jusqu'à la fin, compléta Rin, rapidement accompagnée par les acquiescements du blondinet. « Et, on est pas encore rentrés… »

Alys retrouva rapidement le sourire, mais fut brutalement interrompue.

- En voilà une bonne nouvelle, cria Miku de l'extérieur de la chambre.

La commandante disposait de son escorte de lieutenants, Gumi et Yuma.

- Bon dans ce cas, nous avons encore besoin de discuter, continua la commandante. « D'après ce que j'ai entendu, vous êtes du même avis que moi. Fukase provient de votre monde. J'irai droit au but: vous savez ce qu'il va nous préparer ? »

Rin et Len s'échangèrent un regard. Puis, la jeune fille prit la parole, toujours assise, la jambe dans le plâtre:

- S'il a trouvé du renfort, il est possible qu'il revienne ici avec encore plus d'armes à feu que la dernière fois. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à ça...

- Des armes à feu ?, maugréa Miku. « Du même genre que celle qu'utilisait Yohio ? »

- Oui, rétorqua Rin. « Et peut-être même des plus puissantes. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à subir une telle attaque... » regratta la jeune fille.

Miku avait auparavant demandé un rapport aux Kagamine sur ces armes inconnues. Les jumeaux s'étaient attelés à résumer leurs connaissances, précieuses quoique maigres, pour tenter d'aider au mieux la Garde royale. Malgré cette perspective peu réjouissante, la dame aux couettes gardait son air déterminé, comme si elle avait déjà son plan en tête. Elle fit quelques pas le long de la chambre, la tête baissée, en pleine réflexion, puis s'arrêta soudainement et s'écria:

- Alys, tu peux venir dans mon bureau ? J'ai besoin de te parler en privé... Gumi, Yuma, je pense que vous avez quelques mots pour ce cher Len, n'est-ce-pas ? Je vous laisse...

La villageoise accompagna la commandante d'un pas hésitant vers son office situé à l'étage d'en-dessous. Elle jeta également un dernier regard plein de compassion vers les jumeaux, qui lui rendirent un sourire, redonnant à Alys une certaine dose de courage.

 

***

La commandante ouvrit rapidement la porte de son bureau, et rejoignit vite sa place. Elle invita également Alys à s'asseoir en face d'elle. Durant le petit trajet qui séparait la chambre de l'office, Miku n'avait pas dit un mot, restant plongée dans ses pensées. Alys se doutait bien que la patronne avait un plan, et que celui-ci la concernait de près. Aussi voulait-elle parler de son combat contre Leora, et de sa fameuse technique d'annihilation des halos. Finalement, tous les derniers événements avaient besoin d'être débriefés, et c'était également le cas pour Len qui, dans sa chambre, devait faire face à l'ire de Gumi et Yuma par rapport à son comportement dans le repère des Genshine. Alys avait d'ailleurs déjà pu entendre les vociférations de Gumi à l'encontre du garçon, alors qu'elle était à peine sortie de la chambre.

Miku joignit les mains devant son visage, et en vint directement au fait, comme à son habitude:

- Alys, tu peux m'en dire plus sur la technique de ta famille ?

- Celle que j'ai utilisée contre Leora ?

- Oui...

- Il s'agit d'une technique familiale: l'annihilation des halos. Elle permet d'annuler les effets magiques du Koryu de l'adversaire. Mais, elle est difficile à maîtriser et assez pénible à mettre en place. C'est pour cette raison que je me suis évanouie après le combat.

Le regard de la commandante vagabondait dans la pièce, bien qu'elle restât attentive au discours de son interlocutrice. La femme à la tresse pensait que, d'une certaine façon, Miku cachait ses connaissances sur son art, à en observer ses réactions. De toute évidence, elle en savait plus qu'elle ne le faisait paraître. Ce qui était normal au final, pour le chef de la Garde royale. Alys continua cependant son explication.

- Il n'y a pas longtemps que je parviens à maîtriser cette prise... Cela demande énormément de travail, mais aussi de la chance. Par exemple, mon frère, Syla, n'y est jamais parvenu...

- Et ton père ? interrogea directement Miku, le sourire aux lèvres.

- Bien sûr, lui la maîtrisait. Il nous avait même appris avant de mourir les mouvements de base au cas où...

La dame aux cheveux turquoise prit une pause. Elle se leva de son siège et se mit à faire les cent pas dans son grand bureau, en tournoyant autour de la chaise d'Alys.

- Je vais être franche. Pour tout te dire, je connaissais déjà un peu cette technique ancestrale.

Alys voulut directement se lever de son assise, pour marquer sa surprise, mais elle ne se bougea point, de sorte de ne pas vexer Miku.

- Comment ça ? maugréa-t-elle toutefois.

- Je suis la commandante de la Garde royale. Tu crois bien que j'ai lu tous les rapports secrets de la Grande Guerre Magique, à laquelle ton père a participé !

- Vous savez des choses sur mon père ?

Miku se rassit à sa place, dans un grand éclat de rire.

- Nous y voilà ! Je savais que tu avais aussi tes raisons d'être ici. Tu ne voulais pas que suivre les Kagamine.

Alys baissa la tête. La patronne avait vu clair dans son jeu. Bien sûr, elle tenait aux jumeaux, même si elle les avait rencontrés il y a peu. Mais, elle disposait d'une opportunité de se rapprocher de l'armée de Kuni, et de découvrir la vérité sur ce qui ce qu'avait vécu son père quinze ans auparavant. Il avait participé à la Grande Guerre, et avait été réquisitionné en raison de ses compétences. Au cours de la dernière bataille, il perdit la vie, et l'ancien patron de l'armée en personne était venu annoncer cette funeste nouvelle sur le pas de la porte de la maison d'Alys. La jeune fille savait au fond d'elle que quelque chose clochait. En effet, le chef des armées ne pouvait pas se déplacer pour annoncer la mort d'un proche dans toutes les familles du pays. Et pourtant, il l'avait fait pour celle de Monsieur Vo. Cette attitude lui avait mis la puce à l'oreille. Elle se doutait que tout n'était pas blanc dans cette affaire, et voulait en avoir le cœur net. Dès qu'elle eût la possibilité de se rapprocher de la capitale et des hautes sphères du pouvoir, elle se jeta sur l'occasion.

Miku avait laissé le temps de la réflexion à la jeune femme pendant quelques secondes, puis reprit la parole.

- Tu as raison. Il y a quelque chose que tu ne sais pas sur ton père, et sur son rôle dans l'issue de la Guerre.

A cet instant, Alys se releva subitement, et frappa des points sur la table. Elle en avait assez de ces mystères et de ces secrets.

- Dites-moi ce qu'il s'est passé ! hurla-t-elle.

Miku demeurait d'un calme olympien. Elle avait beaucoup d'expérience, et avait dû faire face de nombreuses fois à des personnes qui perdaient leur sang-froid. Elle resta assise et continua:

- Tu sais que les Magiciens sont bloqués derrière une barrière magique, qui les empêche de s'échapper de l'île Maho.

- Oui, tout le monde sait ça. C'est même cette barrière qui a permis de mettre fin à la guerre.

- Et tu n'as pas une idée de comment on l'a construite ? demanda Miku.

Alys s'était toujours rattachée à la version officielle. Les ingénieurs de l'île Kuni avait réussi à trouver un moyen pour annuler les effets de la Magie, et s'en était servi pour créer cette barrière. C'est exactement ce qu'elle raconta à la commandante.

- Petite idiote ! Tu penses que nous avons les moyens de créer une telle technologie ? Surtout en temps de guerre ? vociféra la patronne.

La pratiquante du Koryu était quelque peu outrée par les réactions de Miku.

- Je vais te raconter la vérité. Je connaissais déjà, de nom, cette technique d'annihilation des halos. Puisque ton père a utilisé un dérivé de cette prise pour créer la barrière magique.

- Quoi ? sursauta Alys. « C'est mon père qui a créé la barrière magique ? »

- Oui, l'état-major de l'armée avait eu connaissance du don de ton père, et se demandait s'il était possible de l'améliorer. La base de cette technique est d'annihiler le potentiel magique du Koryu. De ce fait, il était logique de penser qu'elle pouvait aussi annuler les pouvoirs des Mages. On demanda donc à Monsieur Vo de perfectionner cette prise. Ce qu'il fit. Il était parvenu à détruire tous les effets commis par la Magie. Et donc, on a eu cette idée d'enfermer tous les Mages derrière cette barrière.

Quelques larmes commençaient à couler sur le visage d'Alys. Elle était partagée par un sentiment de tristesse - ce récit lui rappelant la mort de son paternel - mais aussi de fierté, non seulement envers Monsieur Vo, mais aussi pour elle-même. Elle avait raison, l'armée avait bien caché la véritable raison de la mort de son père, elle commençait à le comprendre.

- Monsieur Vo a donc construit cette barrière, en se servant du Koryu. Mais cette technique était tellement endurante pour son corps qu'il dût y laisser la vie...

Un silence pesant régnait désormais à travers le bureau de Miku.

- C'est pour cette raison que ton père est considéré ici comme un héros, ajouta la commandante. « Il est l'artisan de notre victoire il y a quinze ans. »

Alys tenta tant bien que mal de se remettre de ses émotions.

- Mais pourquoi ne nous avoir rien dit ? se demanda-t-elle.

- L'armée voulait éviter que l'affaire s'ébruite, et que quelqu'un de mal attentionné ne découvre la véritable origine de la barrière. Souviens-toi, les Koryuistes de l'île Tokai se trouvaient du côté de la Guilde des Mages. Il n'était pas impossible qu'un d'entre eux ne tente de détruire la barrière. Nous préférions éviter cela.

Miku laissa quelques instants Alys seule dans la pièce, face à elle-même. Elle avait conscience de l'épreuve mentale qu'elle venait de passer, et voulait surtout lui faire part de son plan pour le futur. Le fait de lui raconter la vérité sur la passé de sa famille ne visait qu'à la mettre en confiance. Deux ou trois minutes plus tard, la guerrière aux couettes réapparut dans la pièce, et se plaça à quelques centimètres à peine du visage de la villageoise.

- J'ai quelque chose à te demander, Alys. Et cela concerne le Koryu.

- Allez-y, rétorqua la jeune femme.

- Penses-tu pouvoir également mettre au point une technique faisant office de bouclier contre les armes de notre ennemi. C'est l'objet de notre entretien ici...

- Je ne sais pas. Il faudrait que je m'entraîne. Et je ne suis pas certaine de pouvoir faire cela seul. J'aurai peut-être besoin de l'aide de mon frère.

- Mais, ça serait possible ? sourit Miku.

- En théorie, oui. Mon père a fait quelque chose de semblable, visiblement...

Miku fit alors une confidence à son interlocutrice. Ces armes d'un genre nouveau, inconnues, lui faisaient terriblement peur. Elle voulait analyser n'importe quelle solution à sa disposition afin de contrer ces instruments. Et Alys venait de lui donner cet espoir.

- Bien... Un grand merci, ma chère. Nous partirons voir ton frère dès demain. Il faut que l'on mette en œuvre notre plan d'attaque, et tu en es la pierre angulaire !

Alys éprouva un instant le sentiment de suivre les mêmes traces que son père. Sans doute était-ce le destin ? Elle se rappela les dernières paroles qu'elle avait entendues de la bouche de Monsieur Vo, et espérait au fond ne pas connaître le même sort funeste.

- C'est décidé ! Demain, nous partons pour Uchi, lança Miku.

***

Fukase se tenait droit, debout sur un petit rocher, devant son armée aux allures de guérilla dispersée juste devant lui. Il appela ensuite à ses côtés ses lieutenants, les jumeaux Genshine, Leora, ainsi que Kyo, Yuu et Wil. Le temps était venu de mettre en place leur plan d'attaque. Désormais, ils pouvaient se permettre de rivaliser avec la Garde royale.

- Il faut frapper un grand coup, lança Fukase. « Les premières manœuvres consistaient à les affaiblir. Même si cela n'a pas eu tous les effets escomptés, nous avons tout de même réussi à liquider quatre chefs de village. »

Roku prit la parole, histoire de donner son analyse de la situation.

- Cette semaine, nous sommes passés avec mon frère dans quelques villages. Et on peut dire qu'ils sont un peu désorganisés.

- Voilà ! Merci, mon cher Roku. Le moment est venu de prendre possession d'un village, pour y établir notre base, renchérit le chef à la tenue immaculée. « Quel est pour vous la meilleure option ? »

Le groupe parcourut donc la carte du pays de Kuni que les Genshine avaient à leur disposition. Les villages d'Aza et de Hayashi étaient les plus proches de leur position, à l'ouest de l'île. De plus, ils demeuraient relativement difficiles d'accès en raison de la forêt dense qui les entouraient. Furisato, quant à lui, n'offrait que peu d'avantages. Il était situé trop à découvert. De plus, comme il s'agissait du dernier village à avoir été attaqué, un nombre assez important de militaires demeuraient à cet endroit. Cette hypothèse fut donc rapidement écartée, une fois de plus sur les conseils du cadet des Genshine, qui s'était érigé en stratège du groupe.

Leora interrompit soudainement tout le monde, dans son style caractéristique, assez brut de décoffrage:

- Vous ne voyez pas l'évidence. C'est le village d'Uchi que nous devons attaquer. Il est situé en bordure de forêt, et est en plus positionné non loin de la capitale. Pour la suite des opérations, c'est la meilleure stratégie à adopter !

Kyuu Genshine avait vu clair dans le jeu de la mercenaire. Il savait qu'Alys, son ennemie, était originaire de ce hameau, et se doutait bien qu'une certaine dose de vengeance s'était glissée dans l'envie de sa collègue. Il s'approcha donc de la guerrière et lui murmura:

- Je sais ce que tu cherches à faire ! Tu veux te venger d'elle, avoue-le !

Fukase fut interloqué par la remarque de l'aîné et demanda immédiatement des explications:

- Que cherches-tu, Leora ?

- Rien, je me dis juste que le village est bien placé ! Et puis, si ça peut aussi permettre de faire réagir cette petite peste d’Alys, ce n’est pas plus mal...

Le patron du groupe s'éclipsa quelques instants à l'écart. C'était à lui de prendre la décision.

- D'accord, nous allons prendre le village d'Uchi !

Kyuu pesta, et fit part de son dégoût à son jumeau. Une fois de plus, Leora avait fait valoir ses intérêts. Ce comportement l'agaçait de plus en plus. Et puis, il avait un mauvais présentement, il sentait que cette manœuvre pouvait mal se terminer. Il fit quelques pas de côté en compagnie de son frère, pour pouvoir discuter durant une poignée de secondes avec lui, alors que les autres établissaient déjà la stratégie de l'attaque.

- Roku, nous devons faire attention. La tournure des événements ne me plaît pas. Cette Leora n'en fait encore qu'à sa tête, et elle a trop d'influence sur Fukase. Qu'en penses-tu ?

- Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire. Je ne suis pas certain que c'était la meilleure stratégie à adopter, mais elle comporte des avantages, c’est sûr. Je n'ai pas vraiment confiance en Leora non plus mais nous ne pouvons pas abandonner Fukase, tu le sais bien...

- Oui...

Dépité, Kyuu retourna dans le groupe, en compagnie de son frère. Il ne prêtait que peu d'attention à la conversation, et ne détacha pas son regard de Roku. Intrinsèquement, il se jura une nouvelle fois de tout faire pour protéger son frère, peu importe ce qui allait se passer.

La formation guerrière de Fukase avait monté un bivouac en plein milieu de la forêt pour y passer la nuit. Le chef avait également chargé les jumeaux de lui trouver des montures avant d’effectuer le trajet. Dès le lendemain, l'armée se mettait en marche vers le village d'Uchi, avec à sa tête, Fukase, accompagné des jumeaux et de Leora, chevauchants à travers les petits sentiers forestiers. Derrière suivaient à pied les trois chefs de rang, Kyo, Yuu et Wil, en compagnie de la troupe dont ils étaient responsables.

Quelques heures plus tard, l'armée de Fukase se tenait sur l’une des collines qui surmontaient le village d'Uchi, et observait les remparts du village au loin.

Les gardes du village virent apparaître la horde de soldats au loin :

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Une armée ! brama un garde. « Donne l'alerte immédiatement, et envoie un corbeau à la Garde royale » oblitéra-t-il à l'adresse d'un collègue. « Je pense que nous sommes attaqués ! »

La première bataille de l'offensive de Fukase était sur le point de débuter.

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 05 février 2017, 14:37:04
Coucou !
Voici le chapitre 16 !

Spoiler
Chapitre 16 : Fade To Black

Le patron aux cheveux rouges et à la canne se tenait sur la colline, assis sur son cheval, faisant preuve d’une fierté exacerbée. Il s'imaginait déjà en chef de guerre, tel Jules César, Hannibal le Carthaginois ou encore Gengis Khan. Bien sûr, il savait que son armée n'était pas aussi puissante que celles précédemment citées, mais il disposait d'une arme secrète, et de ce fait la victoire lui était quasiment acquise. Au loin, il observait déjà la panique dans les mouvements des gardes présents sur les remparts du village, qui s'attroupaient en quelques endroits. Ils avaient l'air désorganisés, ne s'attendant pas à une attaque aussi immédiate. Fukase ne pouvait pas perdre de temps, il apprécia encore quelques secondes sa toute-puissance du haut du promontoire qui surplombait le hameau d'Uchi, puis se décida à lancer le premier assaut.

La première équipe, celle dirigée par Kyo et armée de fusils d'assaut, se dirigea en courant vers la porte d'entrée du village. La deuxième compagnie, menée par Yuu, profitait de ses snipers pour liquider les quelques archers disposés sur le rempart. Ils représentaient le plus grand danger pour l'instant. Wil et ses soldats étaient davantage spécialisés dans les missions d'infiltration, de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas se montrer très utiles lors d'une manœuvre comme celle-ci. Cela n'avait que peu d'importance pour le moment, ils se contentaient de rester en embuscade derrière Fukase, qui appréciait la scène d'un sourire sadique. Le chef était accompagné par Leora, qui eût à peu de choses près la même expression faciale, ainsi que Kyuu et Roku, qui restèrent silencieux. Les jumeaux éprouvaient déjà un mauvais pressentiment quant à la poursuite de cette opération. Ils se contentèrent pour le moment de rester inactifs, et de jouer leur rôle de gardes personnels de Fukase. De toute façon, les sabreurs étaient assez superflus lors d'une telle opération.

Soudain, quelques soldats menés par Kyo parvinrent à créer une brèche dans la porte d'entrée au village, et pénétrèrent dans les premières rues. Des coups de feu éclatèrent de toutes parts, dans un vacarme assourdissant, mêlés de cris et de pleurs. De leur point d'observation, Fukase, Leora et les jumeaux pouvaient remarquer quelques civils qui avaient flairé le danger et tentaient d’échapper à la tuerie. Ils furent cependant rapidement rattrapés par les soldats ennemis qui les exécutèrent de sang-froid. A ce moment, Roku déglutit. Une sensation étrange lui avait envahi la bouche, et il fut pris de nausées.

- Ça va, Roku ? demanda son aîné, paniqué.

Le cadet ne répondit pas, et baissa la tête, afin de cacher cette vue atroce. De leur côté, Fukase et Leora souriaient toujours et se décidèrent à rejoindre le champ de bataille à l'intérieur d'Uchi. La première équipe avait déjà dû bien avancer. Kyuu rapprocha son cheval de celui de son frère, et lui tapota le dos.

- Viens, nous devons y aller...

- Oui... murmura Roku « Je vous suis... »

Ainsi, ils descendirent la colline quatre-à-quatre, et arrivèrent devant la porte une poignée de secondes plus tard. Le spectacle qui s'offrit alors à leurs yeux fut pour le moins terrifiant: hommes, femmes et enfants gisaient sur le sol, inertes, plongés dans d'énormes mares de sang. La couleur écarlate avait remplacé la jolie teinture jaune de la terre argileuse. Plus loin, on pouvait encore entendre les cris des villageois paniqués. Le groupe progressa doucement dans les rues. Kyuu et Roku pouvaient alors observer la barbarie avec laquelle l'assaut avait été donné. De nombreux innocents avaient perdu la vie, simplement abattus parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, à en juger par les cadavres adossés simplement sur les pas des portes des maisons.

Fukase et son groupe se dirigèrent alors vers le centre du village, où se trouvait l'ancienne demeure du chef Oji. Ses soldats étaient toujours occupés à se battre contre les quelques gardes restants, qui se voyaient bien démunis face à une telle puissance de feu. Quelques minutes plus tard, les quelques soldats du pays de Kuni n'eurent d'autre choix que de déposer les armes devant Kyo, puis Fukase, qui arborait un rictus malicieux du haut de son cheval blanc.

Celui qui apparaissait comme le plus gradé des gardes se posta devant l'homme aux cheveux rouges, et se courba devant lui:

- Nous nous rendons, pouvez-vous s'il vous plait épargner nos vies ? Nous vous servirons s'il le faut.

Fukase restait silencieux, mais effaça le sourire de son visage. Il observa de haut le pauvre soldat qui transpirait abondamment et dont les jambes tremblaient à un rythme irrégulier.

Puis il éclata de rire: « Ha ha ha, vous lâchez votre mission aussi rapidement que cela. L'armée de Kuni n'est plus ce qu'elle était ! Mais j'entends bien votre requête... »

Le soldat semblait soulagé pendant un petit instant. Fukase se tourna alors vers Wil, qui était armé de son petit pistolet, et lui fit un signe de la main. Suivant ses instructions, Wil abattit directement le chef ainsi que ses subalternes.

L'homme à la canne de clown admira ensuite l'imposante tour d’Uchi.

- Voilà une base qui a de l'allure.

Sa première bataille s'était soldée par une immense victoire. Le calme revint peu à peu dans les rues. Une atmosphère lourde pesait. Les habitants s'étaient réfugiés et enfermés dans leurs maisons respectives, se demandant ce qu'il allait advenir d'eux. Peu importait à Fukase toutefois, qui se contenta de rejoindre le plus haut étage de la tour, accompagné par Leora, Kyuu et Roku. Il remarqua directement le petit trône destiné au Sage du village et s'installa directement dessus. Sa mine était particulièrement fière. Leora exprima également sa joie à son nouveau chef, tandis que les jumeaux Genshine se tenaient à l'écart, au fond de la pièce, l'esprit troublé.

***

Au Palais Royal, les préparatifs avaient été très brefs. Six personnes se tenaient dans le couloir, prêtes à partir au village d'Uchi comme prévu. Alys se réjouissait même à l'idée de revoir son frère Syla et sa mère Lysa. Elle ne pensait pas revenir dans sa maison natale aussi vite. Plus sérieux, Miku, Gumi et Yuma étaient déjà occupés à organiser le trajet. La guerrière aux cheveux verts pestait toutefois:

- Et voilà, on est repartis pour la tournée des villages paumés !

- Tu peux te calmer, Gumi, s'il te plaît. Ça ne sera pas long, nous devons juste chercher une personne.

- Pourquoi on doit se pointer ensemble alors ? Alys et vous, c'était bien suffisant, non ?

- Tu sais que j'aime bien vous avoir à mes côtés quand je pars.

Soudain, un garde se précipita vers Miku, l'air inquiet, un petit parchemin à la main. Il ne prononça pas un seul mot et se contenta de lui donner le message. Le visage de la commandante se para alors d'un seul coup d'une expression mêlée d'inquiétude et de surprise. Les autres personnes présentes furent pendues à ses lèvres, attendant de savoir de quoi il retournait.

- Le village d'Uchi a été attaqué. Apparemment, les assaillants possédaient des armes d'un genre nouveau.

Tous sursautèrent. Miku, de son côté, jugea bon d'en informer la Reine rapidement, puis de modifier l'établissement de son plan. Cette attaque avait changé la donne. Alys, quant à elle, se mit directement à genoux, et laissa couler quelques larmes. Sa famille était là-bas, prise sous le joug de cet ennemi inconnu. Rin et Len s'approchèrent d'elle pour la réconforter du mieux possible, alors que Gumi et Yuma avaient accompagné la patronne vers la salle du trône.

Luka était installée sur son trône. Elle avait le teint pâle et l'expression de son visage était vide. Plongée dans la lecture d'un livre, la souveraine fut surprise par l'arrivée inopinée de Miku.

- Ma Reine, j'ai le regret de vous annoncer que le village d'Uchi a été attaqué.

Luka marqua une pause, le temps d'endurer la nouvelle. Elle descendit ensuite de son trône posé sur une petite estrade, et vint se placer juste en face de son amie aux couettes, la mine baissée.

- C'est Owari, c'est ça ?

- C'est bien possible. Les gardes nous informent qu'ils ont été surpris par des armes inconnues...

- Alors, il met bien son plan à exécution... maugréa-t-elle en retournant sur ses pas.

- Je vais former un bataillon, afin d'aller analyser ce qu'il se passe là-bas. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

Puis Miku se tourna vers Gumi et Yuma.

- Vous deux, vous restez ici et vous veillez sur la Reine. En raison de la relation entre elle et notre ennemi, je préfère ne pas la laisser seule. J'emmène Alys, Rin et Len avec moi.

- Rin aussi ? interrogea Gumi. « Mais elle est blessée ! »

- Oui, mais elle peut nous informer sur les mouvements et la stratégie de notre ennemi. Je me chargerai personnellement de la protection des jumeaux.

- D'accord, acceptèrent les deux lieutenants.

Les préparatifs avaient déjà bien débuté, mais Miku prit le soin d’également mettre en place tout un bataillon. Jusqu’à présent, il s’agissait de terrorisme, mais désormais, leur ennemi avait lancé une guerre.  La diligence de Miku, accompagnée par les Kagamine et Alys, fit alors route rapidement vers le village attaqué, suivis par des hordes de soldats, tous installés sur des charrettes tirées par des chevaux, et prêts à l’assaut, malgré une légère appréhension. En effet, la dernière guerre qu’avait connu le pays remontait à plus d’une décennie, et nombreux étaient les combattants qui n’avaient jamais dû sortir leur arme en situation réelle. La commandante aussi s’inquiétait, même si elle restait forte devant les troupes. Il s’agissait également de son premier grand conflit. Et bien qu’elle eût déjà enduré quelques crises et résolu un bon nombre de mystères, la nature inconnue de l’armée de Fukase la perturbait, et elle comptait bien sur Rin et Len pour l’extirper de ses doutes.

- Rin, Len, si vous avez la moindre idée d’une stratégie à adopter pour contrer ces armes, c’est le moment, lança directement Miku, des trémolos dans la voix.

Les jumeaux s’observèrent. Même s’ils connaissaient les forces de l’ennemi, ils ignoraient pratiquement tout de la pratique militaire. Le fait même que Miku leur demande un conseil traduisait son inquiétude. La patronne était complètement perdue. Néanmoins, Rin, la jambe posée sur  la banquette située en face d'elle, juste à côté d'Alys, tenta de rassurer sa commandante:

- Nous avons certainement l'avantage du nombre. Cela m'étonnerait que l'ennemi ait pu parvenir jusqu'ici avec un grand nombre de combattants. Nous pouvons aussi bénéficier de l'effet de surprise, puisque je pense que vous connaissez bien le terrain. L'inconnu reste leurs armes, je ne sais vraiment pas ce qu'ils ont pu apporter.

Rin fut rejointe dans son analyse par Len, qui acquiesça. Miku écoutait attentivement, et tentait de mettre au point une stratégie.

-  D'accord, je vais y réfléchir, conclut la dame aux couettes en déballant une carte de taille imposante représentant la région.

Le voyage continuait tranquillement, alors que Miku tentait d’élaborer son plan d'attaque. Alys, de son côté, se préoccupait toujours du sort de sa famille. Syla et sa mère étaient certainement reclus dans leur maison, à l'abri. Mais qu'arriverait-t-il si l'ennemi venait à découvrir leur secret ? Rin gratifia la fille à la tresse d'un sourire rassurant, essayant de lui redonner de l'espoir. Pour le moment, c'était tout ce qu'elle pouvait faire.

Le convoi de combattants arriva en vue d'Uchi à la tombée de la nuit. Miku ordonna alors de ne pas s'approcher trop près du village, et de monter un bivouac dans la forêt avoisinante, histoire de ne pas se faire repérer.

La nuit tombée, la pleine lune brillait dans le ciel. L'astre reluisait sur les remparts en bois du village. On ne pouvait entendre que le souffle du vent. La plaine voisine du village se revêtît d'un calme reposant. Miku se tenait debout derrière un arbre situé sur la colline qui surplombait Uchi. Plongée dans ses pensées, elle s'imaginait déjà la bataille du lendemain. L'heure était venue. La guerre était déclarée pour de bon.

***

Du haut de sa tour, Fukase contemplait son œuvre. Ses soldats s’étaient dispersés dans toutes les rues du village et patrouillaient. Le chef n’éprouvait aucun regret concernant le massacre de la veille, et souriait naïvement, alors qu’il rejoignait le trône appartenant au chef du village. Kyuu et Roku se tenaient à ses côtés, et se lancèrent des regards à intervalles réguliers. Leora se trouvait de l’autre côté de la pièce, et s’approcha doucement du patron à la tenue blanche. Elle avait visiblement quelque chose à lui demander. Les Genshine, et particulièrement Kyuu, l’observaient avec méfiance et attention.

- Chef, j’ai une requête à vous demander, commença-t-elle directement.

Fukase fut à la fois curieux et surpris :

- Parle ! Que veux-tu Leora ? demanda-t-il d’un air supérieur.

- Je sais qu’il y a des pratiquants du Koryu ici. Je voudrais essayer de les retrouver.

Le chef prit un instant pour formuler sa réponse :

- Si tu veux, cela m’importe peu. Mais reviens vite ici, je finirais par avoir besoin de toi.

- Je peux emprunter quelques soldats avec moi ?

L’expression de Kyuu, qui se tenait debout à la gauche de Fukase, se para d’un air interrogateur. Il n’allait tout de même pas accepter tous ses caprices ?

-  Accordé ! lança le chef. « Je te donne trois soldats du groupe de Wil. Ils n’ont pas encore travaillé beaucoup. Cela leur dégourdira les jambes… »

-  Merci, chef ! Leora quitta la salle du trône improvisée le sourire aux lèvres. Son plan s’était déroulé pour l’instant comme elle l’avait prévu.

Les jumeaux aux cheveux verts s’échangèrent de nouveau quelques regards significatifs. Il était grand temps qu’ils aient une discussion.

-  Pouvez-vous nous excuser quelques minutes ? demanda Roku. « Mon frère et moi avons faim. Nous aimerions bien faire un tour aux cuisines… Nous serons de retour dans quelques minutes. »

Kyuu sourit furtivement. Son cadet était passé maître dans l’art de trouver des alibis.

- Faites donc, mes chéris. Mais faites vite, je me languis de votre présence, leur rétorqua le trentenaire.

Les Genshine s’éclipsèrent donc rapidement. Ils descendirent quelques étages et tentèrent de trouver une salle vide, à l’abri des regards. La tour étant assez imposante, ils découvrirent une ancienne chambre deux étages plus bas. Celle-ci disposait d’une petite table et de deux chaises. Roku se pressa de s’installer sur l’une d’entre elles et se mit soudainement à éclater en sanglots. Le cadet avait en effet retenu toutes ses larmes et sa pression pendant tout ce temps, mais il n’avait pas supporté le massacre auquel il avait assisté. Kyuu était plus impassible, mais n’en pensait pas moins. Tout cela avait assez duré.

-  Roku, calme-toi. Il est encore temps d’agir ! commença-t-il, en espérant apporter du baume au cœur à  son frère.

- Qu’est-ce qu’on peut faire, Kyuu ? On ne demandait pas ça !

- Tu sais qu’on ne peut pas se permettre de laisser tomber Fukase. Il est la seule personne à nous avoir fait confiance, à ne pas nous traiter comme des parias.

- Oui, mais est-ce que ça justifie tout ce massacre ?

- …

Kyuu se trouvait dans une impasse. Roku avait parfaitement raison. Il le savait. Mais il ne pouvait pas se réduire à abandonner son chef. Qu’allaient-ils devenir son frère et lui, seuls dans un monde qu’ils ne connaissent pas ?

- J’irai parler à Fukase ! se décida Kyuu. « Il est temps »

- Tu es certain ?

- Oui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te protéger, Roku, et pour que tu n’aies pas à subir ces horreurs.

Le plus jeune des frères sécha ses larmes, se releva et posa délicatement sa main droite sur l’épaule de son aîné.

 - Si c’est comme ça, j’irai avec toi. On doit se serrer les coudes, comme toujours. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

- Oui…

Les jumeaux restèrent ensuite plusieurs minutes dans la chambre sombre, pourtant dotée d’une tranquillité revigorante et inspirante, à ressasser certains souvenirs.

***

Leora arpentait les nombreuses allées argileuses du village d'Uchi. Son visage affichait une expression sadique mêlée de concentration. Telle une chasseuse, elle ne lâcherait jamais sa proie. La mercenaire était parfaitement au courant que des pratiquants du Koryu se cachaient dans ce village, Alys en étant originaire, et elle comptait bien mettre la main dessus. Les nombreuses rues du hameau, autrefois très animées, remplies de marchands et de passants, se révélaient désormais d'une quiétude presque inquiétante. Tous les habitants s'étaient recroquevillés dans leurs maisons, impuissants face à une telle force. Leora, accompagné de son groupe de trois soldats, se décida donc de piocher au hasard dans les maisons, afin de trouver ce qu'elle cherchait.

Pour chaque habitation, le processus était semblable. La guerrière aux cheveux rouges y pénétrait la première, suivie de près par ses trois sous-fifres, et inspectait la maison, avec une attention toute particulière sur les traits physiques des habitants qui pouvaient les rapprocher de près ou de loin à son ennemie jurée. L'inspection du village dura ainsi plusieurs heures, mais la détermination de Leora ne faiblissait pas. Les Koryuistes étaient dangereux, et il était de son devoir de s'en emparer. De temps en temps, des cris de peur s'échappaient de la demeure que le petit groupe était en train d'inspecter. De cette manière, le climat de terreur qui s'était déjà emparé de la bourgade tranquille du sud de l'île s'était encore intensifié. L'armée de Fukase avait définitivement pris le pouvoir.

Le crépuscule tombait quand Leora s'approcha d'une maison située en bout de rue. Celle-ci était fabriquée en bois de bonne qualité et était décorée de bien belle manière. La mercenaire demanda ensuite à l'un des soldats d'enfoncer la porte et entra par la force. Elle accéda d’abord dans un petit couloir. La maison paraissait désespérément vide. Leora avança ensuite vers le salon, et se retrouva face à face avec un jeune homme aux cheveux bleu marine en train de siroter un bon thé noir de sa préparation. L'homme, à genoux devant sa table, ne bougeait pas d'un pouce et termina tranquillement sa tasse. Alors qu'il la but jusqu'à la lie, une dame plus âgée sortit subitement de la cuisine et resta immobile devant le groupe de soldats:

- Qu'est-ce qui vous prend d'entrer chez les gens comme ça ? hurla la vieille dame.

- Du calme, maman, je m'en occupe, lui rétorqua le jeune homme en se relevant doucement.

Il se plaça juste en face du visage de Leora:

- Je pense savoir pourquoi vous êtes ici. Je m'étonnais même de ne pas vous avoir encore vu. Je me nomme Syla, et je suis le fils de Monsieur Vo.

La mercenaire à la tenue blanche afficha alors un large sourire:

- Monsieur Syla, je vous mets en état d'arrestation ! Vous, ainsi que votre mère.

La tension montait d'un cran. Syla parcourut tranquillement la pièce:

- Ha, sérieusement, vous pensiez que ça allait être aussi simple ?

Dès lors, deux énormes halos mauves s'échappèrent des mains de Syla qui se lança directement vers Leora. Celle-ci esquiva plutôt facilement l'attaque, tandis que les trois soldats s'emparèrent de Lysa, la mère. Soudainement, Leora se mit en position de combat et dévoila également ses atouts. Des reflets blancs s'échappèrent également de ses membres supérieurs. Syla en fut surpris.

- Si je m'attendais à ça... Une autre pratiquante !

-  Rendez-vous ! exhorta Leora.

Syla se mit rapidement en garde et tenta une nouvelle salve d'attaques. Malheureusement, le niveau des deux guerriers s'avérait être assez déséquilibré, de telle manière que Leora mit rapidement fin au combat, après un enchaînement de son invention qui avait fait perdre l'équilibre à son ennemi. Elle n'avait plus qu'à le tenir en joug et à le mettre aux arrêts. De son côté, le jeune homme regretta son manque d'entraînement.

- Qu'allez-vous faire de nous ? interrogea Lysa, la mère.

- Vous emmener à la tour, pour commencer. Pour la suite, nous verrons bien...

Leora sortit ensuite de la maison, particulièrement fière, tenant derrière elle ses deux prisonniers. Le bruit provoqué par le court combat avait fait sortir les voisins de leurs habitations. La mine fermée, ils observèrent l'un des derniers espoirs de lutte du village d'Uchi se diriger lentement vers l'ancienne tour du chef.

***

Le soleil venait de se lever sur la plaine verte et le bois situés aux alentours d’Uchi. Tôt le matin, Miku avait convié tous les soldats à une assemblée générale, au milieu de la forêt, dans un endroit relativement discret. L’assaut ne pouvait plus tarder. La commandante avait passé la nuit à essayer de trouver une stratégie d’attaque, mais se heurtait sans arrêt à une donnée inconnue. Elle ne connaissait pratiquement rien de l’armement de l’ennemi. Les Kagamine avaient bien tenté de lui donner des conseils, mais ceux-ci s’avéraient bien légers, en raison du jeune âge des jumeaux et de leur inexpérience. Finalement, la patronne de la Garde était contrainte d’envoyer ses troupes au casse-pipe. Toutefois, il s’agissait là de la seule carte qu’elle avait à jouer. Elle ne pouvait pas laisser Fukase agir indéfiniment.

Sa stratégie d’attaque se basait sur deux points : d’une part, l’objectif était de mettre la main sur Syla, le frère d’Alys, afin qu’il puisse rejoindre la Garde, et assister sa sœur dans sa mission. D’autre part, Miku désirait tout de même reprendre le contrôle du village. C’était là une question d’honneur, elle se devait de libérer la population. Elle scinda donc son bataillon en deux groupes. Le premier était dirigé par Alys, qui serait chargée de mener le plus vite possible le groupe de soldats vers sa maison, et d’escorter son frère et sa mère en dehors des remparts. Ceux-ci iraient par la suite rejoindre Rin, restée bien sagement au campement à cause de sa blessure. Le deuxième groupe serait mené par Miku elle-même, qui garderait également Len sous son aile, et se chargerait de reprendre le contrôle de la tour d’Uchi.

La guerrière aux cheveux turquoises avaient également analysé la géographie du hameau. La porte d’entrée principale se situait au nord du village. Mais, il existait également d’autres accès à l’est et à l’ouest, plus discrets. Alys avait informé sa supérieure que sa maison se situait du côté occidental du village, c’est donc tout naturellement que son groupe prendrait cette direction, tandis que Miku attaquerait par l’est. La commandante espérait ainsi provoquer une désorganisation des forces de l’ennemi, et bénéficier d’un effet de surprise.

Il n’y avait plus de temps à perdre. Il ne fallut qu’une petite dizaine de minutes pour que les troupes se mettent en place, de part et d’autre de la forêt et lancèrent un assaut simultané. Ainsi, les gardes de Fukase qui étaient principalement postés sur la face nord des remparts ne s’aperçurent pas de l’attaque. L’astuce de Miku semblait fonctionner. Ses soldats se pressèrent devant les entrées ouest et est, pratiquement pas gardés, et parvinrent à pénétrer dans l’enceinte d’Uchi.

Malheureusement, l’espoir ne fut que de courte durée. Les forces militaires ennemies ne prirent pas longtemps pour se réorganiser, et firent rapidement face aux troupes de Miku sur le forum du village, juste à côté de la tour. Tout en haut, Fukase, qui avait fulminé dans un premier temps, s’était calmé et observait la scène. En première ligne se trouvaient ses fantassins armés de fusils d’assaut, suivis par la compagnie de Wil, et leurs pistolets.

Len observa les armes ennemies, et fut soudainement pris de panique. Fukase possédait donc des armes de ce calibre-là ? Le jeune garçon s’approcha rapidement de Miku, et lui lança :

- Vite, nous devons fuir ! Nous ne pouvons rien faire contre eux !

La commandante se retourna vers le blondinet, et afficha une mine paniquée. Elle suivit le conseil de son subalterne et ordonna directement la retraite. Cependant, les hommes de Fukase se mirent à faire feu. Le vacarme était assourdissant. Les balles fusaient de toutes parts, les soldats tombaient les uns après leurs autres. Toute la compagnie de la Garde royale rebroussait chemin en zigzaguant, dans le but d’éviter les impacts des projectiles. Miku et Len parvinrent à sortir d’Uchi sains et saufs, et à se réfugier à leur point de départ dans la forêt, par miracle. Néanmoins, la commandante dût déplorer la perte de plus de la moitié de ses troupes, tombées au combat.

A l’entrée ouest, Alys et sa troupe durent faire face au même problème  que Miku. Si son groupe avait pu parcourir quelques dizaines de mètres à l’intérieur du village, ils se retrouvèrent rapidement nez-à-nez avec des soldats armés, qui ouvrirent directement le feu. La jeune fille à la tresse ne traîna pas à ordonner la retraite, et à sortir d’Uchi. Alors qu’elle et sa troupe se dirigeait vers la forêt, Alys fut interrompue par une interjection provenant du sommet d’un des remparts.

- Hé Alys ! J’ai une surprise pour toi !

La jeune femme leva les yeux, et observa Leora, entourée de snipers. A ses pieds se tenaient deux personnes à genoux, la tête enveloppée dans un linge sombre, les mains et les jambes ligotées. La mercenaire retira ensuite rapidement le sac recouvrant la tête de ses prisonniers et laissa apparaître le visage de Syla et Lysa. Alys fut désemparée : la situation dans laquelle elle se trouvait était inextricable. Elle ne pouvait absolument rien faire pour les protéger, et se retrouvait face à sa propre impuissance.

- Leora, relâche-les ! Ils sont innocents, et ils n’ont rien à voir avec toute cette histoire !

La guerrière aux cheveux rouges prenait un air supérieur, et rétorqua en direction d’Alys :

-  Si je me souviens bien, ton frère aussi est un pratiquant du Koryu. Ce qui fait de lui une menace…

- Leora, s’il te plaît… cria Alys en pleurs.

A cet instant, une lueur blanche en forme de sabre s’échappa de la main droite de Leora. N’ayant cure des lamentations de la fille à la tresse, elle approcha le halo de la carotide de Syla, puis d’un coup sec décapita le jeune homme.

Alys s’écroula à genoux, et se mit à hurler.

- Et ce n’est pas tout ! continua Leora.

La fille à la tresse releva difficilement la tête, et observa le regard perdu de sa mère. Toutes les deux se regardaient droits dans les yeux, désarmées, alors que Leora ôta la vie de Lysa d’un coup net, insensible, comme elle l’avait fait pour Syla. Ensuite,  elle ramassa les têtes de ses deux victimes et les exhiba fièrement devant elle.

Alys resta au sol et sanglotait. Un soldat de sa compagnie s’approcha d’elle, et lui rappela de prendre la fuite. Celui-ci la prit sous son épaule et l’aida à se relever.

- Elle me paiera ça… ruminait la Koryuiste, plongée dans ses larmes.

Le bataillon de la Garde fuit directement. Leora avait de son côté ordonné un cessez-le-feu.

L’armée de Kuni venait d’accuser une cuisante défaite, et c’est en silence que les troupes de la Reine Luka partirent se réfugier à l’abri dans la forêt, avant de repartir vers la capitale.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 12 mars 2017, 20:13:01
Coucou !
Comme je l'avais fait pour ALYS, j'ai écrit deux nouveaux chapitres bonus centrés cette fois-ci sur les personnages des jumeaux, Genshine Kyuu et Roku !

Merci à Hakuro-Kaoru, la créatrice de ces deux UTAUloids, pour sa collaboration^^

Bonne lecture !

Spoiler
Sekai Chronicles #2 : Genshine Kyuu et Roku (1ère partie)

12 ans avant le chapitre 1.

Le faste régnait dans cette demeure. La maison bourgeoise était composée d'une bonne dizaine de pièces, chacune étant décorée avec soin par la maîtresse de maison. On entrait dans ce foyer par un immense hall, qui donnait ensuite sur toutes les pièces du rez-de-chaussée: le salon, la cuisine, le bureau, etc. Dans le fond se trouvait un immense escalier en marbre permettant d'accéder aux deux étages supérieurs. Au dernier niveau se trouvait la salle de jeux des deux jeunes enfants de la famille. Les jumeaux, Kyuu et Roku, étaient surtout remarquables par leurs cheveux de couleur verte, assez rare, et par leur calme apparent pour de si jeunes garçonnets. Ils dessinaient en silence, à même le sol, sous l'œil attentif de leur mère, qui souriait. Cette femme était particulièrement fière de ses jumeaux, et avait arrêté toute activité professionnelle afin de s'atteler à leur éducation. Leur niveau de vie permettait cela. Son mari, le père des jumeaux, était un dirigeant de grande entreprise, et avait fait fortune dans l'électronique. Celui-ci avait pu flairer le potentiel de cette activité, et s'était dévoilé comme un précurseur. Kyuu et Roku étaient donc des fils de bonne famille, dont le destin était somme toute de reprendre l'entreprise de leur paternel. Le revers de la médaille était que celui-ci se trouvait dès lors rarement à la maison. Toutefois, leur mère bien aimée était toujours présente pour eux.

Kyuu se releva rapidement, et se dirigea d'un pas décidé vers le fauteuil de sa mère, suivi de près par son cadet:

- Regarde mon dessin, Maman, lança-t-il naïvement.

L'aîné s'était concentré à représenter sa maison, de bien belle manière il faut dire, et s'était attelé à dessiner son frère et lui en train de s'amuser dans le jardin.

- C'est très joli, mon petit Kyuu. Je vois que tu aimes bien dessiner ton frère !

Roku s'empressa donc de montrer également son œuvre. Quatre personnes se trouvaient sur le dessin, sous un ciel bleu et ensoleillé. Les parents se tenaient par la main, et de part et d'autre étaient placés lui et son frère. Une famille unie, en somme.

- Quel magnifique dessin Roku ! Venez, je vais les accrocher sur le mur là-bas. Il faut exposer vos œuvres, mes chéris.

Ils suivirent leur mère dans un coin de la pièce, où elle se décida à accrocher les différents portraits. Plusieurs dessins des jumeaux se trouvaient déjà à cet endroit. Sur le chemin, Kyuu adressa la parole à son frère.

- Pourquoi tu as dessiné Papa ? Il n'est jamais là, de toute façon, demanda-t-il.

- Maman dit juste qu'il doit travailler beaucoup... Tiens, on devrait l'attendre devant la porte, ce soir ! Ça lui fera plaisir ! proposa Roku.

- Moui, hésita Kyuu. « Ça tombe, il ne viendra juste pas... »

- Mais si, allez viens...

L'aîné éprouvait d'énormes difficultés à refuser quelque chose à Roku, surtout avec tant d'insistance. Bien que, selon lui, cette démarche s'annonçait inutile, il capitula et accepta d'attendre son père rentrer du travail.

Ainsi, ils se positionnèrent, fin prêts, devant l'énorme escalier du hall. L'après-midi touchait à sa fin, leur père n'allait certainement pas tarder à pointer le bout de son nez.

Le cliquetis incessant de l'immense pendule du hall donnait l’impression de faire s'allonger le temps. Les minutes paraissaient des heures. Cependant, cela n'annihilait en rien la patience de Roku, qui était toujours plein d'espoir de voir son père franchir le pas de la porte d'un instant à l'autre. Kyuu était plus mesuré, mais n'abandonnerait pas son frère. De ce fait, ils continuaient à patienter calmement, la main dans la main.

Les heures passaient. La nuit était tombée, si bien que les jumeaux avaient fini par tomber dans les bras de Morphée. Et pourtant, toujours aucune trace de leur père. Leur mère, qui les avait observés doucement et tendrement jusque-là, les prit dans ses bras et les emmena vers leur lit. En sortant de la chambre à coucher, elle poussa un soupir de dépit. Le chef de famille allait encore rentrer trop tard, et s'était une fois de plus montré absent.

***

Et la vie continua ainsi; la présence du père de Kyuu et Roku étant toujours aussi rare, les jumeaux passèrent leur vie en compagnie de leur charmante mère et des quelques domestiques engagés par la famille. Au final, les garçons s'y étaient habitués, même le cadet, bien qu'il semblait en souffrir davantage.

Puis, un jour, alors qu'elle déambulait au rez-de-chaussée de la maison en compagnie de ses précieux enfants, la mère s'effondra soudainement sur le sol. Roku fut paniqué, et se mit à crier. Kyuu, inquiet mais plus réservé, se pressa d'aller prévenir un des employés de la maison qui emmena la mère dans sa chambre qui appela un médecin sur le champ. L'auscultation paraissait durer des heures pour les jumeaux. Bien qu'ils n’aient que quatre ans, ils se rendaient bien compte de la gravité de la situation. Quelques instants plus tard, le docteur sortit de la chambre en compagnie de la gouvernante. C'était un homme mince d'une assez grande taille, qui impressionnait par son sérieux. Il salua les garçons aux cheveux verts d'un air grave puis prit congé. Les jumeaux n'osaient pas pénétrer dans la pièce où se trouvait leur mère alitée, et attendirent le retour de la gouvernante. Celle-ci leur fit signe d'entrer. Ils purent alors observer que leur mère avait repris connaissance. Elle avait cependant un teint blafard, des cernes énormes s'étaient formés sous ses yeux, et elle éprouvait des difficultés à parler. Toutefois, elle voulait plus que tout prononcer quelques mots à l'égard de ses garçons:

- Ne vous inquiétez  pas, mes chéris... Maman ira bientôt mieux...

Roku sourit. Ces paroles, quoique peu prolixes, lui avaient redonné espoir. Kyuu était plus mesuré, et se mit à poser des questions sur ce qu'avait annoncé le médecin quelques minutes plus tôt.

- Tout va bien, Kyuu... Je vais m'en remettre...

L'aîné acquiesça. Il était néanmoins difficile de dire si cette expression permettait juste de rassurer sa parente, ou s'il croyait réellement qu'elle puisse se remettre de sa maladie.

Les jumeaux demeurèrent plusieurs dizaines de minutes au chevet de leur mère, puis quittèrent la chambre, afin qu'elle puisse se reposer.

Dans le couloir, Kyuu pesta:

- Et Papa n'est toujours pas là... On ne l'a pas prévenu ?

- Il doit être occupé, excusa Roku.

- Ce n'est pas une raison ! Maman est malade, c'est plus important !

Dans la chambre, la gouvernante avait calmement refait le lit de sa patronne, et l'aida à s'installer:

- Pourquoi ne pas leur avoir dit la vérité, Madame ? Vous êtes atteinte d'une maladie grave !

- Ma chère, je ne veux pas les inquiéter... Si mon heure est venue, je veux passer mes derniers temps dans ce monde avec eux, tranquillement...

Cette situation perdura quelques mois. Selon les jours, l'état de la mère était plus ou moins bon. Elle s'était tout de même débrouillée pour organiser la plus somptueuse des fêtes pour le cinquième anniversaire de Kyuu et Roku. Elle pensait que c'était la dernière fois qu'elle pourrait les voir souffler ensemble les bougies de leur énorme gâteau, le sourire aux lèvres. Leur mère les observait, assise sur son fauteuil confortable. Plusieurs camarades des jumeaux étaient présents, l'ambiance était bonne; la matrone se délectait de cette atmosphère. A la fin de la fête, alors que tous les invités avaient pris congé, Kyuu et Roku s'approchèrent de la femme malade, et la serrèrent dans leurs bras, Roku laissant même échapper quelques larmes. Ils avaient passé une excellente journée, si bonne qu'ils ne furent même pas troublés par l'absence habituelle de leur père.

***

Ce jour-là, le ciel était paré de nuages nombreux et gris. Une fine pluie tombait sur les étendues vertes situées çà et là. Un petit groupe de personnes était rassemblé en ce cimetière. Les jumeaux se trouvaient devant toutes les personnes présentes, juste face à la tombe de leur mère bien-aimée. Malheureusement, elle n’avait pas pu survivre à sa maladie.

Ces derniers mois, elle s’était attelée à passer le plus clair de son temps avec ses fils, au sein de la maison familiale. Le paternel était toujours occupé aux affaires de la société, et demeurait absent. Cette situation irritait passablement Kyuu, malgré son jeune âge, mais il fit fi de ses sentiments, par égard pour sa mère. Néanmoins, le ressentiment et la colère qu’il éprouvait envers son père ne s’étaient qu’intensifiés en ce triste jour.

La cérémonie des funérailles se conclut tranquillement. Alors que les invités reprenaient peu à peu leur route, et que leur père avait déjà rejoint sa voiture de luxe, Kyuu et Roku restèrent immobiles devant la tombe de leur mère. Ils se tenaient main dans la main :

- Maintenant, nous sommes seuls, Roku, murmura l’aîné.

- Comment ça ? Papa est toujours là ! Nous devons tenir !

- Celui-là ? Il nous a abandonnés depuis longtemps déjà… Il n’était jamais là, même quand Maman était malade.

- Mais il s’occupera de nous maintenant ! espérait Roku.

- Je ne pense pas, regretta son frère. « Mais, moi… Je ne t’abandonnerai jamais, Roku. Tu es la personne la plus importante pour moi… ». Kyuu faisait preuve d’une maturité étonnante pour son âge.

- Toi aussi, Kyuu…

Puis, ils se retournèrent, toujours main dans la main, et rejoignirent la voiture dans laquelle se trouvait leur père. Ils s’installèrent lentement sur la banquette juste en face de lui, et ne prononcèrent pas un seul mot.

- Mes fils, commença le père. « Je ne peux malheureusement pas vous garder avec moi pour le moment. Je vais vous envoyer chez votre tante, qui s’occupera de vous, le temps que je termine quelques affaires. Quand je serai prêt, vous pourrez revenir à la maison ».

Kyuu gratifia Roku d’un regard empli de signification. Il avait vu juste ; leur père les avait abandonnés.

Pour le moment, les jumeaux rentrèrent à la maison familiale avec leur père. Il leur faudrait plusieurs jours pour rassembler leurs affaires, avant de partir pour la maison de leur tante, la sœur de leur père, située dans le nord du pays. Les domestiques s’affrétèrent donc aux bagages des deux garçons. La majorité d’entre eux étaient tristes de voir s’en aller les jumeaux. Au fil des années, ils s’étaient attachés à eux. De son côté, le père se montrait toujours aussi absent.

Pour leur dernière nuit dans leur maison de naissance, Kyuu et Roku avait décidé de partager un seul lit, comme s’ils voulaient passer cette épreuve ensemble. La nuit fut longue. Aucun d’entre eux ne parvenait à trouver le sommeil. La demeure entière était plongée dans un silence inquiétant.

Le lendemain, Kyuu et Roku partirent pour le nord du pays. Si leur père avait daigné leur dire un dernier au revoir avant leur départ, l’aîné se gardait bien de le gratifier d’un seul regard, gardant sa rancœur en son for intérieur.

***


Ainsi, les jumeaux s’étaient retrouvés pendant quelques mois chez leur tante. Même si elle restait un membre de la famille, cette femme n’éprouvait que peu d’affection pour ses neveux. Elle s’était surtout vue dans l’obligation d’accepter la demande de son frère, qui devait continuer de faire fonctionner l’entreprise familiale, dans laquelle elle avait également des intérêts.

Les jumeaux disposaient de tout ce dont ils avaient besoin, leur tante n'étant également pas à l'abri du besoin. Elle travaillait en association avec leur père, ce qui lui avait permis de pouvoir mettre un joli pactole de côté. Cependant, Kyuu et Roku venaient désormais à manquer de la chose la plus importante pour eux : de l'affection. C'est également à ce moment que les jumeaux se rapprochèrent davantage. Ils avaient toujours été proches bien sûr, mais ils se coupaient désormais presque totalement du monde extérieur, pensant que celui-ci les avaient rejetés. Ils s'étaient recroquevillés dans leur monde, à l'abri, où ils pensaient être en sécurité, rien qu'eux deux.

Plusieurs nuits durant, Kyuu avait surpris son cadet en train de pleurer la disparition de leur mère en plein milieu de la nuit. Lui-même éprouvait des difficultés à passer outre son deuil, mais se devait de rester fort pour Roku. Peu à peu, il s’édifia une certaine carapace autour de lui. Rien d’autre que le bien-être de son frère ne lui importait.

Une fois par mois, leur père leur avait permis de retourner dans la maison familiale, le week-end. Cela ne plaisait pas particulièrement à Kyuu, qui se considérait comme étant complètement lâché par son père. Toutefois, Roku éprouvait encore le besoin de se rapprocher de ses racines, même si, parfois, cela s’avérait  difficile, si bien que Kyuu acceptait d'y retourner tous les mois sans rechigner. Cependant, le père continuait à vaquer à ses occupations de chef d'entreprise, laissant la responsabilité des jumeaux aux domestiques. Cette façon d'agir ne servait qu'à faire bonne figure.

Les jumeaux rejoignaient leur ancienne chambre. Cette nuit fut particulièrement pénible pour Roku, le fait de revoir son ancienne maison, de raviver tous ces souvenirs de sa mère avait provoqué chez lui un choc, si bien que Kyuu l'invita à le rejoindre dans son lit, et le serra dans ses bras, pour le calmer. Le cadet sanglota sur le pyjama de son frère quelques minutes, puis trouva le sommeil.

La maison était particulièrement calme, les domestiques avaient rejoint leurs appartements au sous-sol, et le père des Genshine était une nouvelle fois sorti.

Soudainement, cette tranquillité fut troublée par le bruit de la porte d’entrée qui claquait. Ce vacarme réveilla les jumeaux, mais ils ne bougèrent pas de leur lit. Ensuite, ils entendirent deux voix distinctes se rapprocher de l’étage auquel ils se trouvaient. Kyuu entraîna donc son frère vers le couloir qui donnait sur leur chambre. Sa curiosité était titillée, il devait savoir qui avait provoqué ce bruit. Les deux garçons progressèrent alors dans la pénombre, et virent au loin deux ombres se diriger vers l’ancienne chambre de leurs parents. Kyuu tirait toujours son cadet par la main, et marchait furtivement. Il entrouvrit la porte de la pièce et surprit alors son père, placé au milieu de l’ancien lit conjugal en compagnie d’une jeune femme. Le couple était visiblement en plein ébats amoureux, si bien qu’aucun d’entre eux ne remarqua la présence des garçons. Kyuu cacha alors directement les yeux de son jumeau à l’aide de sa main droite, et le reconduisit calmement dans leur chambre. Roku n’avait eu le temps de ne rien voir, fort heureusement. L’ainé serrait les dents : ces derniers temps, tout son monde s’écroulait comme un château de cartes. Même s'il ne comprenait pas tout ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, il en devinait bien assez, sa confiance envers les adultes et les autres êtres humains était désormais complètement ébranlée. Son père les avait définitivement trahis, il était en compagnie d'une autre femme, et ce n'était pas sa mère. Seul comptait désormais son frère Roku, qu’il devait à tout prix protéger de ce monde corrompu. Surtout dans les temps difficiles à venir.

Roku se posait des questions sur les récents événements. Il n’avait pas eu le temps d’observer la même scène que Kyuu, et celui-ci se gardait bien de lui expliquer les détails. Pour lui, Roku était fragile, il n’aurait pas supporté une telle nouvelle. Même pour lui, c’était difficile. Il garda alors ce secret, et n’annonça rien à son cadet, préférant le laisser dans l’ignorance et l’innocence.

Mais cette scène travaillait l'aîné. Leur père était parvenu à se retrouver dans les bras d'une autre femme, peu après la mort de leur mère. Il en vint à en penser que cette relation datait d'avant le décès. Kyuu serrait le poing, comme pour maîtriser sa colère, et garda le silence jusqu'au lendemain, alors que les jumeaux repartirent pour la maison de leur tante, comme si de rien était.

***

Dans la grande maison du Nord, la vie quotidienne était relativement monotone. Les garçons n'étaient pas scolarisés, leur précepteur, engagé par leur père, se chargeait de leur éducation, exactement comme auparavant. C'était d'ailleurs l'une des seules choses qui n'avaient pas changé ces derniers mois.

Kyuu et Roku passaient le plus clair de leur temps en compagnie des domestiques de la maison, leur tante étant assez absente, ou tout du moins ne voulait-elle pas s'encombrer davantage de leur présence. Par conséquent, les jumeaux durent la plupart du temps se débrouiller seuls à la maison, et pouvaient faire une croix sur quelque forme d'affection.

Cette situation dura plusieurs mois, avant qu'un autre événement ne vienne bouleverser leur vie. Leur père, l'un des plus grands chefs d'entreprise du pays, se fit arrêter par la police et les services financiers pour malversation et corruption au sein de son entreprise. Il fut rapidement incarcéré en attente de son procès. Ce jour-là, la tante adressa la parole aux jumeaux en panique. Il était difficile de leur expliquer la situation simplement, mais Kyuu percevait quelque chose en plus. Cette femme cachait quelque chose. La voix tremblante, elle commença:

- Les garçons, je suis désolé... Votre père ne pourra plus vous voir pour l'instant...

- Pff, ça ne change pas de d'habitude, ça ! lança l'aîné.

- Tu ne comprends pas Kyuu, ton père vient d'être arrêté par la police... Il va aller en prison...

Roku sursauta, touché par cette nouvelle. Contrairement à son frère, qui n'avait pas bougé d'un pouce, le cadet éprouvait encore un certain ressentiment familial. Il ne vivait que pour les rares moments où il pouvait encore voir son père, où il avait le maigre sentiment de faire partie d'une famille unie. En dehors de son jumeau, peu de membres de sa famille lui montraient de l'affection.

Kyuu ne put cependant pas s'empêcher de dire ce qu'il pensait:

- Bon débarras ! Il le mérite bien !

Puis, il tourna les talons et retourna rapidement dans sa chambre, sous le regard désabusé de sa tante. Il fut rapidement suivi par Roku.

- Qu'est-ce qu’il t'arrive, Kyuu. Tu te rends compte, on ne verra plus Papa.

- Il n'était jamais là, de toute façon. Et puis, après ce qu'il a fait à Maman...

- Qu'est-ce qu'il a fait ? interrogea le petit frère.

Kyuu serra les dents, il ne voulait pas dévoiler la vérité: « Rien... Laisse tomber ».

Quelques heures plus tard, une brigade de police pénétra dans la maison. Décidément, cette journée ne serait pas de tout repos. La cible était la tante. Les jumeaux observèrent les forces de l'ordre fouiller la maison depuis le haut de l'escalier en marbre. Ils demeurèrent calmes, tout le contraire de leur tante, qui courait partout dans l'habitation, prononçant çà et là des paroles incompréhensibles. Puis, elle fut arrêtée par le commandant de l'unité, et quitta la maison. Le reste des hommes resta là, et expliqua la situation aux employés. Manifestement, leur patronne était complice des actes du père des jumeaux, et serait certainement condamnée à la même peine.

- Et les jumeaux ? demanda une jeune employée.

- Nous n'avons pas le choix... regretta un policier. « Ils n'ont plus de mère, ni d'autre membre de leur famille, nous devons les emmener à l'orphelinat. »

Kyuu et Roku entendirent cette nouvelle au loin. Leurs estomacs se tordirent. Leur vie allait une nouvelle fois être bouleversée. Juste avant que les policiers ne les emmènent, ils s'échangèrent un regard, et murmurèrent tous les deux simultanément.

- Je ne t'abandonnerai jamais...

***

A l'orphelinat, les mois passèrent tranquillement et se ressemblaient tous. Bien sûr, les jumeaux pouvaient profiter d'une tranquillité relativement bienvenue, surtout après tout ce qu'ils avaient vécu, mais ils ne se satisfaisaient pas de cette situation. Pire, ils se sentaient encore plus isolés qu'auparavant. De ce fait, ils ne parvinrent pas à s'intégrer parmi les autres enfants. Roku avait bien tenté de faire des efforts dans ce sens, ce qui n'était pas le cas de son frère. Kyuu était toujours rongé par la colère: envers son père, envers le monde parfois. Tout cela ne serait pas arrivé sans l’irresponsabilité de son paternel. Ainsi, il arrivait à l'aîné de se retrouver seul pendant plusieurs dizaines de minutes, à ruminer dans ses pensées. Pourtant, Roku avait bien tenté de deviner ce qui le tracassait et l'énervait à ce point, sans succès. Leur vie était déjà assez difficile comme ça pour que Kyuu ne vienne ajouter un fardeau supplémentaire sur les épaules de son cadet. Par conséquent, il lui passa sous silence la trahison de son père.                                                                                                                   

Les Genshine vivaient donc tant bien que mal à l'institution en compagnie d'autres enfants. La plupart provenaient de familles pauvres; certains avaient été abandonnés à la naissance, et d'autres s'étaient retrouvés là après de sombres affaires, mais ils étaient les seuls à être originaires d'une famille aisée. Ce qui rendait d'autant plus compliquée leur adaptation. Quelques camarades n'hésitaient d'ailleurs pas à les railler, en leur affirmant qu'ils étaient pourtant nés avec une cuillère en argent dans la bouche, et qu'ils n'avaient pas pu en profiter. Ce type de remarques irritait passablement Kyuu, qui, la plupart du temps, ne vit que la violence pour répondre à de pareilles calomnies. Ce qui lui valut une bonne dizaine de punitions. Roku était plus calme, et n'avait que faire de ces remarques. Il essayait même la plupart du temps, de calmer son frère, ce qui n'était pas une tâche aisée.

Toutes les semaines, le vendredi, se déroulait ce que les enfants appelaient "la foire aux visites". L'orphelinat était ouvert aux personnes de l'extérieur, désireuses d'adopter un nouveau chérubin. Les résidents de l'institution étaient alors appelés à se mettre en ligne, et à se montrer sur leur meilleur jour. Les visiteurs adultes passèrent donc entre les enfants, et pouvaient entamer quelques conversations avec eux. Le but, pour ces parents en herbe, était de trouver la perle rare, l'enfant qu'ils désiraient plus que tout. Pour les orphelins, il s'agissait surtout d'une sorte de loterie, dont le gros lot était de sortir de leur pénible condition, et de goûter à une vie meilleure. L'ambiance dans l'orphelinat était donc passablement tendue ces jours-là.

Un des vendredis, un couple semblant assez riche s'arrêta devant les jumeaux. L'homme, mesurant plus d'un mètre quatre-vingt, et coiffé de cheveux poivre et sel, était accompagné par sa femme, vêtue d'un vêtement de luxe du plus bel effet.

- Mais qu'ils sont mignons ceux-là ! s'écria la dame.

Roku sourit. Mine de rien, il appréciait que l'on remarque sa beauté. Le cadet n'était pas spécialement prétentieux, mais cela lui faisait un petit pincement au cœur, et lui rappelait les remarques des domestiques dans son ancienne maison familiale. Kyuu, par contre, baissa toujours la tête et ne prononçait pas un mot.

- Comment vous appelez-vous ? demanda l'homme.

- Lui, c'est Kyuu, répondit Roku avait de décliner lui-même son identité. L'aîné ne répondait toujours pas, et ne voulut même pas gratifier le couple d'un seul regard.

L'homme et la femme entamèrent alors la conversation avec le cadet. Celle-ci parlait de sujets relativement dérisoires, les adultes désiraient connaître les hobbies et les passions du jeune garçon, mais n'avaient posé aucune question sur son passé. « Tant mieux », se disait Roku.

Peu après, alors que tous les adultes étaient partis, et que la foire des visites était terminée, le directeur de l'orphelinat appela les jumeaux dans son bureau. Kyuu et Roku se retrouvaient donc face au bureau de cet homme, petit et à l'air austère.

- J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, mes petits, commença-t-il.

- Qu'est-ce qu'il se passe, interrogea Roku, curieux. Kyuu restait toujours terré dans son mutisme.

- Les personnes que vous avez rencontrées tout à l'heure sont intéressées par l'adoption.

Roku fit donc un large sourire, et se retourna vers son frère, dont le visage était marqué d'un air surpris.

- C'est une bonne nouvelle, Kyuu ! On va enfin pouvoir sortir d'ici et vivre comme avant.

Puis, le directeur interrompit cet élan de joie.

- Il y a juste un petit problème... Ils ne sont intéressés que par adopter un seul enfant. Et c'est toi, Roku...

Le sourire sur le visage du cadet s'effaça en un seul millième de seconde. Il n'était pas question qu'il abandonne son frère ! Ils se l'étaient jurés ! Pourtant, Kyuu se mit à réfléchir. Était-il prêt à faire obstacle à une vie meilleure pour son frère ? Même si cela signifiait qu'il ne pourrait jamais le revoir ?

- Réfléchis, Roku... C'est l'occasion pour toi de sortir d'ici... Ne t'occupe pas de moi... Le cœur de l'aîné se déchira à la simple énonciation de cette phrase, mais il ne pouvait pas être un frein pour son frère.

- C'est hors de question, Kyuu... Je reste avec toi, peu importe ce que ça coûte...

Le directeur leur annonça donc qu'il n'était pas surpris par leur décision. Il avait bien remarqué leur attachement mutuel. Pour lui, il était impossible de les séparer. L'homme leur avoua même avoir déjà reçu quelques propositions d'adoptions pour eux, mais personne ne voulait prendre les deux enfants à la fois. Et il dût toujours refuser.

Roku réaffirma sa position. Il ne quitterait en aucun cas son frère. Puis, les jumeaux quittèrent le bureau, main dans la main.

Peu après, Kyuu et Roku étaient assis dans la salle de la cantine. L'aîné était toujours plongé dans ses pensées. 

- Un problème, frangin, lança le cadet.

- Non rien...

- On ne dirait pas ! continua Roku, qui avait retrouvé le sourire. L'épreuve précédente et cette mauvaise nouvelle étaient désormais bien derrière lui.

- Dis, tu ne m'en veux pas ? confia Kyuu. « Si je n'avais pas été là, tu aurais pu sortir d'ici ».

- Et t'abandonner ? Jamais ! De toute façon, je n'aurais jamais pu être heureux si tu n'avais pas été là. Alors, arrête de t'inquiéter et mange, sinon je finis ton assiette, conclut Roku en dirigeant sa fourchette vers le plat de son frère.

- Ça, tu peux toujours courir, rétorqua l'aîné, qui avait retrouvé la forme, en protégeant sa nourriture.

Les jours passaient relativement calmement à l'orphelinat sans changement notable. Kyuu et Roku se trouvaient toujours passablement isolés du reste du groupe. Mais l'avantage d'être des jumeaux était qu'ils ne se retrouveraient jamais seuls. D'ailleurs, ils aimaient se le rappeler souvent. A deux, ils étaient bien plus forts que tous les autres.

***

Quelques temps plus tard, alors que les jumeaux s'endormaient lentement sur leur lit superposé situé dans un coin du dortoir du rez-de-chaussée, un des employés de l’orphelinat tambourina à la porte d’entrée. Kyuu réveilla son cadet en sursaut, et ils partirent observer tous les deux l'origine de cette agitation. La porte à peine ouverte, les jumeaux sentirent une chaleur suffocante s'échapper de la pièce d'à-côté. Les cuisines venaient de prendre feu, et l’incendie s’était étendu à tout le bâtiment à une vitesse étonnante. Les employés tentaient tant bien que mal d'aider les enfants coincés au premier étage et piégés par les flammes. Le directeur, dont le bureau était également situé au premier, tentait de prévenir les pompiers par téléphone, mais il apparaissait que la ligne était déjà coupée.

La priorité était bien sûr au sauvetage des enfants. Toutefois, en dehors de Kyuu et Roku et de deux autres enfants, qui logeait dans le plus petit dortoir du rez-de-chaussée, les autres orphelins dormaient à l'étage. Or, les flammes avaient déjà envahi les escaliers. Par conséquent, ces personnes n'avaient plus leur destin en main. La panique commençait à prendre le dessus. Les quelques adultes présents tentaient de se frayer un chemin pour partir sauver les enfants piégés, mais au prix de graves brûlures. Une atmosphère infernale commençait à régner dans le bâtiment.

De leur côté, Kyuu et Roku sortirent rapidement de leur chambre, pour se diriger vers l'extérieur, en sécurité. A peine fussent-ils sortis du dortoir qu'ils se retournèrent vers leurs camardes de chambrée. Une énorme poutre en bois s'était écroulée, bloquant la sortie. Les voilà également pris au piège.

- Qu'est-ce qu'on fait, Kyuu ? hurla Roku au milieu des flammes orangées, en panique.

- On n'a pas le choix, on doit se sauver ! Viens !

- Et on laisse tout le monde ici ?

- Je te le dis: on n'a pas le choix, sinon on va mourir.

Ils se frayèrent donc difficilement un chemin vers la sortie, en zigzaguant entre les flammes qui se faisaient de plus en plus étendues. Les jumeaux se protégeaient le visage d'une main, l'autre main tenant fermement la main de l'autre frère. C'est ainsi que Kyuu et Roku purent s'extirper de l'orphelinat. Leurs vêtements partiellement brûlés, ils ne purent assister de l'extérieur qu'à la destruction de leur nouvel habitat. Le bâtiment s'était écroulé quelques minutes plus tard, ne laissant que cendres et désolation.

Les deux garçons restèrent immobiles plusieurs minutes devant les restes de l’ancien édifice. Pendant un moment, ils avaient espéré remarquer un survivant. Mais il n'en était rien, le calme régnait dans les alentours ravagés de l'ancien orphelinat. Ils attendirent quelques instants, afin d’observer si qui que ce soit arrivait. Mais l’orphelinat était assez isolé, personne n'était capable de leur venir en aide.

- Et maintenant ? demanda Roku.

Kyuu garda le silence. Il ne trouva pas de bonne nouvelle, ni de bon plan à annoncer à son cadet.

- Je ne sais pas, Roku... On peut essayer d'aller vers la ville, et de voir là-bas... Je ne sais pas ce qu'on peut faire.

Kyuu baissa la tête, lassé par son impuissance. Puis, les jumeaux quittèrent l'endroit main dans la main. Les lumières de la ville brillaient au loin, les garçons se voyaient obligés de se lancer dans l'inconnu.

***

Plusieurs nuits avaient passé depuis l'incident. Kyuu et Roku ne parvenaient pas à faire échapper de leur esprit ces images d'horreur. Le cadet pleurait même à intervalles réguliers, se remémorant ces corps calcinés au milieu des cendres. Kyuu le prenait régulièrement dans les bras, mais ne prononçait pas un mot. Il le serrait fort, comme pour lui signifier que, malgré toutes les difficultés, ils resteraient toujours ensemble, et qu'ils finiraient bien par s'en sortir.

Pourtant ces derniers jours s'étaient avérés bien difficiles. Les jumeaux étaient parvenus à rejoindre les faubourgs de la grande ville, et s'étaient retrouvés dans les ghettos, déjà peuplés de centaines de sans-abris.

Leur existence ne se limitait plus qu'à quelques préoccupations vitales. Trouver à manger et à boire. Tout le reste leur paraissait superflu. Ils vagabondaient à travers le quartier, en espérant trouver quelqu'un pouvant les aider, ne fut-ce qu'en leur donnant un petit encas. Cela faisait plusieurs jours qu'ils n'avaient rien avalé, et ils commençaient à se sentir faibles.

- J'ai faim, Kyuu...

L'aîné ne rétorqua pas, et serra les dents. De plus, leur situation l'agaçait plus que tout. Dire que, quelques mois auparavant, son frère et lui se trouvaient encore dans la salle de jeux de leur immense maison, en compagnie de leur mère. Leur vie s'était détraquée à une vitesse vertigineuse. Plongé dans ses pensées, Kyuu nourrissait encore davantage de rancœur envers son père, qu'il considérait comme le responsable de tout cela. Sans son irresponsabilité, ni lui, ni son frère ne se seraient retrouvés dans cette situation indigne pour des enfants. Roku remarquait bien le comportement de son frère, et l'interrogeait à plusieurs reprises. Mais celui-ci ne répondit pas, il préférait garder tout ce fardeau pour lui. Il n'était pas nécessaire d'en parler à son cadet.

Plusieurs jours plus tard, les jumeaux étaient adossés à l'enseigne d'un ancien magasin. Leurs jambes étaient lourdes, ils n'avaient même plus la force de se lever. Ces derniers temps, ils n'avaient pu se nourrir que des quelques restes trouvés çà et là dans les poubelles, et s'étaient arrangés pour trouver un peu d'eau, qu'ils s'étaient partagée.

Cependant, ils sentaient que leur fin était proche. Tous leurs espoirs s'étaient complètement amenuisés. Complètement perdus, ils ne savaient même plus comment agir. Alors que le crépuscule commençait à tomber, Kyuu et Roku s'apprêtaient à s'endormir, passant une énième nuit au milieu de la rue. C'était alors qu'ils virent au loin un jeune homme au costume blanc s'approcher d'eux d'un pas décidé.

Recroquevillés, Kyuu et Roku l'observèrent s'approcher d'eux, les yeux à moitié fermés, à bout de forces.

- Bonjour, les garçons, lança-t-il.

Les jumeaux ne purent lui rétorquer qu'un timide "bonsoir" en guise de réponse.

Puis, l'homme leur tendit deux énormes sandwiches. Les yeux des garçons s'écarquillèrent, et ils se jetèrent directement sur le délicieux met. La dignité n'avait plus sa place à ce moment-là, ils ne désiraient plus que se remplir l'estomac. Quelques minutes plus tard, ils avaient terminé.

- Merci, Monsieur, c'était très bon, complimenta Roku, le ton empli de gratitude.

Kyuu, plus timide, se contenta de sourire à l'inconnu. Mais l'expression de son visage traduisait sa joie.

- Ça va faire combien de temps que vous êtes ici, dites-moi... interrogea l'homme en costume.

Kyuu reprit donc la parole: « Ça va faire une semaine... Ça commence à devenir très dur maintenant... »

- Je vois... répondit l'homme dans la vingtaine. Il prit quelques instants de réflexion puis se lança.

- Ça vous dirait de venir quelques temps chez moi ? Vous êtes les bienvenus ! J'ai une grande maison et je m'ennuie un peu...

Kyuu et Roku s'observèrent pendant un long moment, étonnés par cette proposition. Celle-ci leur tombait comme un cadeau du ciel. L'aîné se demandait déjà comment ils parviendraient à survivre deux jours de plus dans cette situation. Bien sûr, ils ne connaissaient rien de cet homme, mais avaient-ils un autre choix que de le suivre ? C'était dangereux, mais leur situation était tellement désespérée qu'ils n'en étaient plus à un risque près. En outre, ils n'auraient certainement pas deux occasions comme celle-là.

C'est alors que les jumeaux se mirent d'accord, puis ils annoncèrent tous les deux à leur nouvelle connaissance : « C'est d'accord ! On vous suit. »

- Merveilleux. Magnifique. Cette décision semblait ravir le jeune homme plus que de raison.

Tous les trois quittèrent alors le ghetto. Les Genshine se tenaient toujours fermement la main, et suivaient doucement leur bienfaiteur. Leur soulagement était inscrit sur leur visage. Enfin, une bonne nouvelle pour eux.

Sur la route, l'homme aux cheveux rouges remarqua qu'il avait oublié de décliner son identité:

- Au fait, mon nom est Fukase ! Enchanté de vous connaître !

***

Spoiler
Sekai Chronicles #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ème partie)

9 ans plus tard. 2 ans avant le chapitre 1

Les jumeaux sortaient calmement de leur salle d’entraînement. Depuis que Fukase les avait recueillis, Kyuu et Roku avait pris de l’âge, et ressemblaient maintenant à de biens beaux jeunes hommes. Malgré leur apparence frêle, ils se révélaient d’une sensible force physique et surtout, d’une rapidité à toute épreuve. A quatorze ans, ils avaient également acquis une bonne expérience dans le domaine de combat au sabre. Pendant neuf années, leur père de substitution les avait entraînés. Cela avait commencé par de petites séances de kendo, puis le niveau augmenta petit à petit, si bien que les garçons parvinrent dès leur adolescence à manier de véritables armes létales. C’est leur maître, ce mystérieux homme aux cheveux rouges qui leur avait demandé de s’entraîner avec une telle artillerie. Depuis leurs cinq ans, leur tuteur les avait encouragés à subir ces séances d’entraînement quotidiennes, et les Genshine n’en voyaient pas réellement le but. Au début, il s’agissait d’un bon moyen de les occuper, ils pratiquaient cette activité comme un sport, comme n’importe qui pratiquerait un art martial. Mais l’objectif de l’insistance de Fukase demeurait flou. De précieux sabres leur avaient même été forgés par un artisan de renom. De ce point de vue, Fukase les chouchoutait. Les jumeaux n’avaient d’ailleurs jamais eu à se plaindre. Il les avait extraits de leur sinistre condition, et leur avait redonné espoir.

Il arrivait à Kyuu de douter toutefois : il ne savait pas s’il pouvait complètement faire confiance à cet homme. Le jeune garçon s’était en effet déjà senti trahi par son père, et éprouvait des difficultés  à accorder sa  confiance aux autres facilement, d’autant plus si ces personnes se trouvaient être du sexe masculin. Or, là, il n’avait pas hésité longtemps lorsque Fukase apparut devant son frère et lui. Les jumeaux avaient accueilli cette aide à bras ouverts, sans trop réfléchir. Ils ne disposaient pas d’autre choix.  Mais, le jeune homme aux cheveux rouges avait dû user de beaucoup de temps pour s’accorder la confiance des jumeaux, ceux-ci restant pendant un long moment relativement craintifs. Il avait donc passé énormément de temps avec eux, que ce soit durant les entraînements ou en dehors, et de ce fait, une certaine affection s’était créée entre lui et les Genshine.

En effet, si Fukase était d’une grande aide, il s’avérait être une oreille attentive pour Kyuu et Roku. Les jumeaux le voyaient désormais comme la seule personne qui ne les laisserait pas tomber dans ce monde, et comme leur seul identifiant du monde extérieur. Au final, ces neuf ans passés en sa compagnie étaient certainement la meilleure chose qui pouvait leur arriver. L’adulte s’était affairé à leurs soins, leur donnait l’affection dont ils manquaient et leur avait également proposé un objectif, Kyuu et Roku se sentant doués à quelque chose lors de leurs entraînements au combat au sabre. 

Ce jour-là, l’entraînement s’était déroulé comme d’habitude, si ce n’est cet étrange sourire mêlé de concentration qui n’avait pas quitté le visage de Fukase de toute la séance. Une fois sortis, l’homme aux cheveux rouges demanda aux jumeaux de passer le voir un peu plus tard dans son bureau. Il restait énigmatique, leur communiquant toutefois avoir une bonne nouvelle à leur annoncer. Il s'éclipsa alors, laissant les deux jeunes en tête à tête.

- Qu'est-ce qu'il nous veut ? C'est quoi cette bonne nouvelle ? Qu'est-ce que tu en penses, Roku ?

- Je ne sais pas Kyuu... C'est peut-être un cadeau ? On ne sait jamais...

- Tu rêves un peu... rigola Kyuu. « Pourquoi il nous offrirait un cadeau ? »

- Peut-être parce qu'on a bien travaillé à l'entraînement !

- On travaille toujours très bien, et on n'a jamais eu de cadeau, remarqua judicieusement l'aîné.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, sourit Roku. « Allons-y ! Nous verrons bien. »

Les jumeaux se dirigèrent donc d'un pas hésitant vers le bureau de leur maître. A trente ans, celui-ci avait déjà amassé une belle petite fortune via l'entreprise qu'il avait créée dans le secteur bancaire. Fukase s'était donc hissé parmi les personnes les plus riches du pays. Le luxe de sa maison et de bureau surtout en était la parfaite illustration. Les Genshine ne se plaignirent pas: c'était également pour eux l'occasion de renouer avec leur niveau de vie d'antan. Ils craignaient plus que tout devoir revivre l'enfer de leur enfance, lorsque leur monde s'était écroulé, et qu'ils s'étaient retrouvés dans ce modeste orphelinat, puis dans le ghetto, ayant perdus tous leurs repères. Fukase avait agi comme un sauveur pour eux, et les jumeaux lui devaient en être redevables. C'est dans cet état d'esprit qu'ils entrèrent dans son bureau.

La teinte de l'office était assez sombre. Les murs et la plupart du mobilier étaient de couleur noire, même si quelques teintes d'or parsemées çà et là apportaient un peu de lumière à l'ensemble. Fukase les accueillit derrière son bureau taillé dans l'ébène, et les invita à s'asseoir sur les deux fauteuils en cuir situés face à lui.

- Kyuu, Roku... J'ai une faveur à vous demander, et j'espère que vous répondrez par l'affirmative...

Les jumeaux restèrent prostrés devant la formulation de leur tuteur. Comme si ils étaient en état de lui refuser quelque chose.

- Monsieur, vous savez que vous pouvez nous demander ce que vous voulez... Après tout ce que vous avez fait pour nous, annonça Kyuu.

- Et pourtant, ce n'est pas si simple, mon petit... (Kyuu serra les dents. Malgré toute la gratitude qu'il éprouvait envers cet homme, il n'acceptait pas qu'il l'affuble de tels sobriquets). « Vous savez que l'entreprise se porte particulièrement bien ? »

Les deux garçons acquiescèrent, ne sachant pas vraiment où Fukase voulait en venir.

- Nous avons cependant un concurrent gênant. Nous cherchons à reprendre une banque, et celui-ci fait tout pour nous la ravir.

Kyuu et Roku suivirent l'exposé attentivement. Cependant, le cadet se mit tout de même à interrompre son tuteur.

- Mais, en quoi ça nous concerne ? Et que pouvons-nous faire ?

- Justement, commença Fukase. « Vos entraînements au combat pourraient enfin s'avérer utiles. Je vais être direct. Je vous demande d'aller lui faire un peu peur, et de le convaincre d'abandonner la course. »

- Vous nous demandez de lui faire du chantage ? interrogea Kyuu.

- En gros, oui. Ne vous inquiétez pas ! Je suis certain que le fait de voir vos deux sabres le fera subitement changer d'avis.

- N'est-ce pas un peu déloyal, Monsieur ? La conscience du cadet reprit le dessus.

- Roku... Tu es l'être le plus pur que je connaisse, mais, sauf ton respect, ce n'est pas en étant loyal que je suis parvenu à ma position... Alors, vous acceptez, oui ou non ?

Les jumeaux furent surpris par l'ultimatum subitement lancé par Fukase. Ils s'échangèrent un regard un instant, mais ne formulèrent pas de réponse.

- N'oubliez pas que je vous ai sortis de votre misère. C'est un moyen de payer votre dette. Leur maître appuyait sur la corde sensible, les Genshine se retrouvaient en mauvaise posture.

- C'est d'accord, lancèrent les deux garçons de concert. « On veut bien essayer ». Ils baissèrent cependant la tête, ayant le sentiment d'être pris au piège.

- Magnifique, ponctua Fukase.

Il leur donna ensuite les instructions quant à l'emplacement de cet individu. Les jumeaux sortirent alors du bureau de leur maître dans le calme, et patientèrent quelques instants dans le long couloir.

- Ça ne me plait pas tout ça, Kyuu.

- Moi non plus, Roku. Mais est-ce qu'on a le choix ? Il l'a dit lui-même. Nous lui sommes redevables. Après tout ce qu'il a fait pour nous, on ne peut plus rien lui refuser.

- J'espère que ça ne tournera pas trop mal, et que ce Monsieur prendra vite peur.

- C'est tout ce qu'on peut espérer...

Dans le bureau, Fukase dégustait un petit verre de whisky, bien assis dans son fauteuil de style Louis XV, et observant la ville du haut de son building. Un proche collaborateur s'approcha ensuite de lui. Il portait les cheveux blonds, et était affublé d'un air particulièrement menaçant.

- Vous pensez qu'ils se montreront à la hauteur, Monsieur ?

- Ne t'inquiète pas, Yohio. Je ne leur ai pas tout dit. J'ai d'autres atouts dans ma manche... Quelque chose me dit que ces deux-là vont dépasser toutes mes espérances...

***

Kyuu et Roku se trouvaient dans leur chambre. Le nez dans leur dressing, ils se préparaient pour leur mission. Leurs regards respectifs manifestaient toujours une certaine détresse. Par conséquent, ils se mirent à se rassurer mutuellement.

- Il ne s'agit que de faire un peu peur à cet homme. Ce n'est pas si grave... commença Kyuu.

- Oui, c'est vrai. Quoi que je n'approuve pas trop cette manière de faire, renchérit le cadet.

- De toute façon, on n'a pas vraiment le choix. C'est ça ou on retourne à la rue...

Roku baissa les yeux à l'énonciation de cette phrase. Fukase avait, au fil du temps, tissé un lien très fort sur eux, dont ils peineraient à décrocher. A chaque fois, leur tuteur n'aurait qu'à leur rappeler tout ce qu'il avait fait pour eux. Pourtant, les jumeaux commençaient à penser que tout cela était quelque peu prémédité. L'homme à la canne ne leur avait certainement pas fait prendre des cours de combat au sabre pour le plaisir. Celui-ci avait certainement une idée derrière la tête. Et il s'apprêtait à la mettre à exécution.

Alors que les garçons descendirent l'escalier menant vers le grand hall où se trouvait la sortie, ils continuaient à murmurer que cela ne pouvait pas mal tourner. En tout cas, c'est ce qu'ils espéraient.

Fukase les attendait sur le pas de la porte, prêt à leur donner ses dernières informations et instructions.

- Comment allez-vous ? Vous en faites une tête !

- Ça va, Monsieur... assurèrent les jumeaux.

- Bon, tant mieux... Alors, d'après mes informations, votre cible se trouve dans un hôtel du quartier des affaires (Fukase déballa alors une carte de la ville pour leur désigner l'endroit exact). Il se trouve exactement dans la chambre numéro 42. Le but est que vous  pénétriez à l'intérieur de la chambre, et que vous lui fassiez un peu peur. Je veux qu'il retire son offre sur la reprise de la banque. Cachez vos armes sous vos vêtements amples.

- D'accord, Monsieur, maugréèrent Kyuu et Roku.

- Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance.

Les Genshine saluèrent donc respectueusement Fukase, avant de prendre la route. Le doute était toujours présent dans leur esprit. Au final, il s'agissait de leur première mission.

***

Kyuu et Roku avaient atteint cet hôtel du centre de la ville. Il s'agissait d'un énorme bâtiment en béton, d'un luxe certain. Les jumeaux étaient vêtus, contrairement à leur habitude, de vêtements sombres et amples. Cela leur permettait de passer relativement inaperçus, le crépuscule ayant déjà pointé le bout de son nez. De plus, ils pouvaient également se permettre de cacher leur katana sous leur large manteau. Kyuu se trouvait par ailleurs assez élégant. S'il n'était pas paralysé par la gravité de sa mission, il aurait pu se mettre à parader et à se prendre pour le héros d'un de ses films préférés. Roku, lui, était plus mesuré par rapport à sa tenue. Il portait le plus souvent des vêtements clairs, et la couleur de ceux-ci le dérangeait. Les garçons s'avancèrent alors vers le hall de l'hôtel.

Celui-ci était très faste. Ils venaient à coup sûr de pénétrer dans un établissement de luxe. Le hall était assez bondé, de nouveaux touristes venaient d'arriver et faisaient la queue devant la réception. Les employés s'attelaient à s'occuper de leurs demandes, et Roku put même remarquer quelques serveurs qui se mettaient à servir des verres d'alcool aux clients fortunés qui attendaient qu'on leur attribue une chambre. Cette animation était bienvenue pour eux. Ils n'eurent donc aucun mal à raser les murs, et à se rendre au quatrième étage du bâtiment. Ils passèrent par les escaliers (selon Roku, c'était plus prudent, quoi que plus physique), et arrivèrent rapidement devant la chambre que Fukase leur avait désignée.

La porte en bois était peinte d'une couleur rouge écarlate, et le numéro de la chambre inscrit en dorures. 42, c'était le numéro que leur avait indiqué leur mentor. Celui de la chambre dans laquelle se trouvait leur cible. Kyuu et Roku s'échangèrent encore un regard:

- Ça va bien se passer..., murmura Roku.

- Oui, confirma son frère comme pour se convaincre lui-même. L'atmosphère qui régnait dans ce couloir assez sombre se révélait assez tendue. « J'espère juste que ça ne tournera pas mal, et qu'il capitulera vite ».

- Fukase nous a dit qu'on pouvait le blesser, s'il ne coopérait pas...

- J'espère ne pas en arriver à une telle extrémité...

Naïvement, Kyuu frappa à la porte. Il n'avait pas réfléchi à comment entrer dans cette chambre, et son naturel revint au galop.

- Qu'est-ce que tu fais, Kyuu ?

- Ben, tu as une autre idée, toi ?

Soudain, une voix masculine se fit entendre. L'homme avait l'air assez essoufflé et agacé.

- Qu'est-ce que c'est, beugla-t-il du fond de la pièce.

Les jumeaux se regardèrent une fois de plus. Leur respiration se fit plus forte, puis Kyuu démontra ses talents d'improvisation.

- Euh... Room-service, cria-t-il. « Vous avez besoin de quelque chose ? »

Roku leva son pouce en l'air. Il appréciait la manière avec laquelle son aîné avait géré la situation. Pourtant, l'homme répondit, toujours embêté:

- Je n'ai besoin de rien... Allez-vous-en !

Les jumeaux baissèrent la tête. Comment avaient-ils pu croire que cela allait être aussi simple ?

-  Qu'est-ce qu'on fait Kyuu ?

- Attends... Je vais employer la manière forte !

Ne réfléchissant pas plus loin, l'aîné se décida à enfoncer la porte. Le cadet fut surpris. Ils pénétrèrent tous deux dans la chambre, mais la vue qui s'offrait à eux les laissèrent prostrés et immobiles.

Ils se retrouvèrent face à face avec cet homme d'une cinquantaine d'années, placé sur son lit. Une jeune fille qui devait avoir à peu près le même âge qu’eux lui tenait compagnie, et était en train de pleurer. L'homme se trouvait à cheval sur cette adolescente, qui, elle était à plat ventre. Kyuu et Roku hésitèrent un instant, outrés par ce qu'ils venaient de voir. Ce couple était en plein acte, en pleins ébats... Et cette fille ne semblait pas subir cela de son plein gré. Ses yeux bleus fixèrent les jumeaux d'un air triste et empli de détresse, et elle murmura.

- Aidez-moi, s'il vous plaît.

Si Roku, de son côté, restait paralysé et ne parvenait plus à bouger, soudainement, Kyuu entra dans une rage folle. La vue de cette fille dans le besoin provoqua chez lui une foultitude de sentiments. Il ressentait plus que tout l’horreur de cet acte. Pour lui, il ne fallait plus faire confiance à personne. Cette scène en était encore la preuve. Il observa pendant un léger instant l’expression sadique de l’homme se trouvant en face de lui, et son visage se parut d’une expression de dégoût. Pendant un instant aussi, il s’était mis à repenser à son père. Lui aussi était un sale type, même s’il ne s’était pas montré coupable d’un acte aussi odieux. Une pléthore d’images apparaissait alors dans l’esprit de Kyuu, montrant toutes les injustices auxquelles il avait dû faire face durant sa vie. La mort de sa mère, la trahison de son père, l’incendie de l’orphelinat, la rue… L’aîné pensa à la fille installée sur le lit. Elle avait certainement dû traverser des épreuves semblables à celles les jumeaux. D’un côté, il sentait proche de cette personne. L’esprit troublé, il voulait agir.

En outre, toute la colère qu’il avait retenue durant toutes ces années ne demandait qu’à s’échapper. L’aîné se lança donc vers l’homme nu, et dégaina son katana avec une rapidité ahurissante. Roku ne put rien faire d’autre que d’assister impuissant à la scène. Cependant, il hurla :

- Kyuu ! Non ! Arrête !

Rien n’y fait. Son frère  n’entendait plus rien, il n’avait plus aucune conscience du monde autour de lui. Pendant ce court instant, il ne subsistait que cet homme et lui-même. Tout le reste était entouré d’un lourd voile noir.  Puis, il ressentit la chair de cet homme blessé par sa lame, qui le transperça de part en part. Le vieux observa Kyuu ; son regard était teinté de surprise, de cruauté et de terreur. La tension retombait subitement. Pendant ce temps, la jeune fille était partie, apeurée, se réfugier dans un coin de la pièce, et se dissimula le visage derrière le rideau de couleur bleue. Roku s’approcha ensuite de son frère, et lui posa délicatement la main sur l’épaule droite. Puis, il le regarda d’un air empli de compassion.

- Qu’est-ce que j’ai fait, Roku ?

Le cadet n’était pas d’humeur à gronder son frère, ni à lui faire la morale. Plus que tout, il désirait le comprendre. S’il avait émis l’idée que Kyuu lui avait caché quelque chose sur leur passé, il n’était jamais parvenu à mettre la main dessus. Il ne s’était même jamais  douté que cela puisse être aussi grave, ni que cet événement avait pesé à ce point sur l’état psychologique de Kyuu.

- Viens, je crois qu’on a des choses à se dire… lui murmura doucement le cadet à l’oreille.

Ils furent toutefois interrompus par l’arrivée impromptue d’un nouveau protagoniste. Les jumeaux ne prirent pas longtemps pour le reconnaître. La lueur de ses cheveux rouges reluisait grâce aux lumières des rues de la ville environnante.

- Monsieur Fukase ? Vous ici ? lança Roku.

Kyuu était toujours à genoux, à même le sol, et séchait ses larmes grâce à sa longue tenue noire. Fukase s’approcha doucement de lui.

- Monsieur… Désolé… Je n’ai pas pu… hésita l’aîné.

- Ne t’en fais pas, je vais arranger ça… Retournez au manoir, et prenez une bonne douche. Je reviendrai vers vous plus tard.

Ensuite, les jumeaux s’avancèrent vers la porte de la chambre et prirent congé. Dans le couloir, ils croisèrent un mystérieux homme aux cheveux blonds, qui se dirigeait vers le même endroit. Roku, qui soutenait l’épaule de son aîné, toujours pétrifié par son récent acte, marqua une pause. L’homme entra dans la chambre, et les jumeaux purent entendre un bout de leur conversation.

- Ah, Yohio, bienvenue, je pense que tu connais ton travail. Je ne veux plus aucune trace d’effraction ni d’un quelconque crime dans cette chambre.

Les jumeaux s’éloignèrent lentement et quittèrent l’hôtel en prenant bien soin de ne pas se faire repérer.

Dans la chambre, les deux hommes restants firent face à la jeune fille. Fukase s’avança vers elle :

- Dis, je te propose un marché… Tu ne dévoiles rien de ce qui s’est passé ici, et je ferai en sorte que tu sortes de cette vie misérable.

Yohio l’interrompit : « Ca ne serait pas plus facile si je… »

- Pauvre sot, rétorqua Fukase. « Elle pourrait encore nous être utile. J’aime garder des atouts dans ma manche… »

- Et concernant les jumeaux, l’interrogea son homme de main.

- Ils se sont bien débrouillés, non ? Quelque chose me disait qu’ils avaient ça au fond d’eux…

- Vous êtes machiavélique, patron… Vous aviez donc tout prévu ? continua Yohio.

- Machiavélique, quel vilain mot ! Je dirai plutôt malin. J’ai appris à voir la véritable nature des gens. C’est plus joli, dit comme ça…

Kyuu et Roku étaient entretemps rentrés au manoir. Cette fois-ci, les  garçons étaient entrés ensemble dans la salle de bain, Roku ne désirant pas laisser son frère seul dans un tel état mental. Après deux bonnes douches, les frères rejoignirent leur chambre, et s’installèrent chacun sur leur lit, face à face.

- Je pense que tu as des choses à me dire, Kyuu…

Ainsi, l’aîné lui dévoila toute l’histoire. Les trahisons répétées de leur père. Et son ressentiment à son égard. Roku baissa à plusieurs moments la tête, comme si la vérité sur les événements qui avaient bouleversés sa vie s’éclaircissait enfin.

Kyuu était toujours troublé par son acte récent. Il ne savait pas comment Fukase allait réagir. Il ne leur avait pas demandé de tuer cet homme. Mais l’aîné des Genshine ne possédait plus le contrôle de lui-même à ce moment-là. Il s’était laissé envahir par ses sentiments confus.

Roku prit donc la parole, comme pour rassurer son frère.

- C’était quand même un sale type… Peut-être même que Monsieur Fukase nous a envoyés là-bas dans cet objectif. Il voulait que cet homme soit puni.

- Tu penses ? interrogea Kyuu,

- C’est possible… On pourra lui en parler de toute façon...

Malgré les tentatives de Roku pour le réconforter, Kyuu ressentait toujours une gêne au fond de lui. Et celle-ci ne disparaîtrait pas facilement. Il était trop tard. Il devait maintenant assumer les conséquences de ses actes.

Voyant son frère baissant la tête, le regard perdu, le cadet s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

En tout cas, je ne t’abandonnerai jamais Kyuu…

***

Ainsi, à la suite de cette mission, les jumeaux avaient acquis une place toute particulière dans l’entourage de Fukase. Il n’était pas rare de le voir accompagné de ces garçons aux cheveux verts. Conscient de leur force, le patron les avaient nommés gardes personnels. Ils  restèrent cependant relativement discrets, se contentant le plus souvent d’agir dans l’ombre. Ils continuèrent également à s’entraîner au maniement du sabre, et étaient toujours aussi bien traités par leur tuteur. Toutefois, il ne se passa pas un seul jour de leur existence sans que Kyuu et Roku ne se souviennent du jour de leur première mission.
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Kyomi/Memory le 15 mars 2017, 03:16:04
yup, depuis le temps que je me disais "bon je vais mettre un commentaire parce que là le milliard de double post (allala la section ecriture...)"

Me voila donc! Et je trouve vraiment que tu introduis bien les perso virtual singers dans tes intrigues
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 27 avril 2017, 21:41:49
Haha, oui, je commençais un peu à me sentir seul avec tous ces doubles-posts... x)

Merci pour ton commentaire, ça me fait très plaisir !

Je viens aussi de terminer le chapitre 17.

Bonne lecture~

Spoiler
Chapitre 17 : Un Litre De Larmes

Le convoi rassemblant ce qui restait du bataillon de l'armée de Kuni, dirigée par Miku, retournait vers la capitale, la mine renfrognée. La défaite d'Uchi fut cuisante. S'il fallait bien avouer que la commandante avait lancé son bataillon vers l'inconnu, sans rien savoir de l'artillerie dont disposaient les soldats d'en face, elle ne s'attendait pas à un tel massacre. Pire, les derniers événements de la bataille, et le meurtre du frère et de la mère d'Alys pesaient sur sa conscience. Elle ne s'était pas non plus attendue à un tel déferlement de haine de la part de leur ennemi. Cette fois-ci, il était certain que la guerre avait bel et bien débuté.

Alys restait assise dans le fond de la diligence, en observant l'horizon, le regard vide. Elle ne prononça pas un mot durant tout le voyage. Tout du long, elle se repassait sans cesse cette scène ignoble dans la tête. Les autres passagers pouvaient le remarquer quand elle serait les dents. Rin et Len étaient assis à ces côtés. La jeune fille avait passé un bras par-dessus son épaule, comme pour lui signifier qu'elle la soutenait tant bien que mal dans ce moment difficile. Len cherchait des mots de réconfort: malheureusement n'était-il pas suffisamment doué pour les discours. De plus, que dire dans pareille situation ? De temps en temps, une larme coulait doucement sur la joue rougeâtre de la fille à la tresse, accentuant encore cette ambiance pesante.

Le voyage continuait. Les différentes charrettes transportant les soldats, pour la plupart blessés, voyageaient entre les sentiers forestiers et se dirigeaient tranquillement vers la capitale. De son côté, Miku avait jeté un coup d'œil derrière elle, et avait ouï les lamentations et les cris de douleur de ses soldats. Jusqu'à maintenant, son rôle de commandante de la Garde royale se résumait à gérer les entraînements des soldats, et à enquêter sur certaines affaires ayant trait de près ou de loin à l'Etat. Elle n'avait jamais dû lancer une telle offensive sur un village, ni mener une véritable guerre. Si la patronne avait lu tous les récits des plus grands héros et chefs des temps anciens, histoire de lui donner de l'inspiration, elle s'était retrouvée soudainement face à la réalité. Et tout cela n'était pas beau à voir. Miku porta ensuite son regard vers Alys et son ressentiment négatif en reprit un coup: c'était elle qui l'avait convaincue de rejoindre la Garde royale, c'était elle qui lui avait conseillé d'utiliser son pouvoir. Une idée lui vint à l'esprit: la famille d'Alys serait-elle encore vivante si elle n'avait pas été là ? Cette idée la hantait. Pourtant, elle ne se sentit pas la force d'en parler à la jeune femme pour le moment: peut-être fallait-elle lui laisser le temps du deuil.

Le groupe arriva en vue des remparts de la ville de Kyôu, et le convoi se dirigea directement vers le Palais Royal. A l'entrée attendait patiemment la Reine Luka, accompagnée de sa servante Meiko, ainsi que de Gumi et Yuma. Tous furent désemparés quand ils aperçurent l'état général du bataillon, et les mines défaites de Miku, Rin, Len et Alys. La commandante s'avança vers le groupe, et s'adressa à la Reine, la tête baissée:

- Ma Reine, l'heure est grave... Nous avons perdu...

Au vu de l'expression de Miku, Luka réalisa que quelque chose la tracassait:

- Miku, suis-moi... Tu m'expliqueras tout cela dans la salle du trône.

La souveraine invita également les autres membres à se joindre à elle.

Juste avant de pénétrer dans le Palais, Alys retint les Kagamine par leurs tuniques respectives, au niveau des hanches :

- Leora... murmurait-elle. « Elle me paiera ça... »

Les jumeaux se regardèrent pendant un instant, ne sachant pas quelle réponse apporter à cette affirmation. Puis, Rin affirma, comme pour rassurer son amie:

- On est avec toi... Quoi qu'il arrive...

***

A Uchi, Fukase était toujours installé sur son trône. Il effectuait des allées et venues entre celui-ci et la fenêtre à partir de laquelle il lui était possible d'observer l'horizon. Leora se trouvait également à ses côtés. De loin, sur la place du forum, on pouvait voir deux tombes improvisées: les corps de Syla et de Lysa avaient été enterrés à cet endroit, la tombe était surplombée d'une pique sur laquelle étaient installées leurs têtes, comme un trophée, un signe de la victoire écrasante de l'armée d'Owari sur celle du pays de Kuni. Leora se félicitait: elle avait enfin parié sur le bon cheval. Tous deux savouraient ensuite un bon verre d'alcool, histoire de fêter leur puissance.  D'ailleurs, Fukase et Leora commençaient à réellement se rapprocher. Le patron était particulièrement fier d'être tombé sur une recrue de ce genre, et la jeune femme d'avoir enfin trouvé un employeur à sa mesure.

Alors qu'ils étaient toujours occupés à boire (personne n'aurait pu deviner qu'un véritable massacre s'était déroulé sous leurs yeux quelques heures auparavant), Kyuu entra discrètement par la porte arrière de la salle du chef. Il fut suivi dans son ombre par son jeune frère. Le visage des deux jumeaux était fermé, et ils restèrent immobiles devant l'estrade sur laquelle se trouvait leur chef, qui interrompit sa célébration. Fukase sentait que ces deux-là avaient quelque chose à lui dire. La mercenaire se recula de quelques pas et suivit la conversation de loin.

- Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? commença Kyuu.

- Fais donc, mon cher. Quand il s'agit de vous deux, je suis toujours toute ouïe.

- C'est que... L'aîné hésitait déjà, il éprouvait des difficultés à trouver les mots pour exprimer leur pensée, à son frère et lui.

- Vas-y, parle ! insista Fukase. Plus en arrière, Leora avait déjà sa petite idée sur le discours du garçon.

Puis, Kyuu prit son courage à deux mains, poussé par son frère qui lui murmurait des mots d'encouragements à l'oreille.

- Vous êtes certains que tout ceci est nécessaire ? Kyuu posa sa requête sous forme de question, peut-être passerait-elle mieux.

- Que veux-tu dire ? Va au bout de ta pensée. Fukase le poussait à bout.

- Tous ces massacres, ces gens n'ont rien demandé !

Le silence gronda soudainement dans la pièce. Le patron aux cheveux rouges était descendu de son trône, et faisait les cent pas sur l'estrade. Pendant tout un temps, il ne prononça pas un seul mot, si bien que Kyuu se demanda même s'il l'avait bien entendu. Puis, le trentenaire s'approcha d'un vase posé sur une petite table d'appoint, le saisit, et le fracassa d'un seul coup sur le mur de la salle.

- Comment ça ? Vous osez remettre en doute mes ordres !

Il entra alors dans une colère noire. De nombreuses répliques cinglantes à l'égard des jumeaux fusaient, Kyuu et Roku se reculèrent même vers la porte de sortie.

- Vous n'êtes que des esprits faibles ! lança Fukase, puis il se tourna vers Leora, comme pour trouver un soutien. « Regardez ça, ma chère... J'ai passé des années à être aux petits soins pour eux, et voilà comment on est remercié ! »

- Ce n'est pas ça, embraya Kyuu, espérant expliciter sa pensée au travers de ce ramdam. « On aimerait juste savoir pourquoi vous faites tout cela. Et est-ce que toutes ces morts sont vraiment nécessaires ? On se demande ce que vous recherchez... »

Fukase se rapprocha des Genshine. Il arborait toujours le même air menaçant. Des marques de doute pouvaient se lire sur le visage des jumeaux.

- Tu veux savoir, mon cher Kyuu, mais fais attention, tu t'embarques sur un terrain extrêmement glissant. Mais bon, voilà, si tu veux connaître mon objectif, je veux juste m'emparer de ce monde qui m'a rejeté !

Leora, qui suivait toujours la conversation de loin, resta coi. Les mots de Fukase trouvèrent un écho dans l'esprit des jumeaux. S’ils savaient qu'il venait de ce monde, ils ignoraient qu'il en avait été rejeté. Cette dernière information poussa les jeunes garçons à réfléchir. Fukase aussi avait été mis au ban de la société. Peut-être même qu’il les avait recueillis parce qu'il se retrouvait en eux. Pléthore d'idées se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.

- Mais si vous voulez m'abandonner, faites donc, défia le chef. « Mais ne comptez plus sur moi ! »

Kyuu et Roku se regardèrent quelques instants, puis l'aîné rétorqua à leur mentor: « Non, ça ira, excusez-nous pour cette intervention... »

En effet, les mots que Fukase avaient employés avaient un impact certain sur la conscience des Genshine. D'un coup, ils se reconnaissaient quelque peu en lui, même s’ils ne faisaient pas preuve d’une telle cruauté. Leur parent adoptif aurait donc vécu le même type d'expérience qu'eux, et avait aussi été abandonné par sa famille. Lui aussi avait tout perdu. En outre, le patron avait appuyé sur une autre corde sensible: si les jumeaux l'abandonnaient maintenant, que deviendraient-ils ? Kyuu n'était pas prêt à revivre la situation de son enfance, et voulait plus que tout protéger son cadet. Un autre espoir jaillit aussi en eux: et s'ils parvenaient à faire changer d'avis Fukase ?

Les jumeaux quittèrent donc la pièce calmement, et l’homme aux cheveux rouges reprit tranquillement son souffle, avant de se rasseoir sur le trône.

Une fois sortis, Roku attendit d’être à bonne distance de la salle pour s’adresser à son frère.

- Qu’est-ce que tu en penses, Kyuu ?

- Je ne sais pas, Roku. Fukase a peut-être bien une bonne raison de faire tout cela… Kyuu réagit immédiatement à la phrase qu’il venait de prononcer, et s’empressa d’ajouter : « Même si cela ne justifie pas toutes ces morts… »

- On pourrait s’enfuir aussi … lança le cadet, hésitant.

- Pour faire quoi ? rétorqua Kyuu. « Nous sommes dans un monde que nous ne connaissons pas, et le plupart des gens ici vont nous considérer comme des ennemis. Si on quitte Fukase maintenant, on ne pourra rien faire !                                                                                           

Le plus jeune des jumeaux baissa la tête, déçu. Il se rendait compte de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Pourtant, c’était plus fort que lui, il ne pouvait cautionner de tels actes. Observant le visage fermé de son frère, Kyuu ajouta :

- On peut aussi essayer de le faire changer d’avis, de le contrôler un peu, en quelque sorte. Il lui arrive de nous écouter parfois…

Roku releva la tête lentement et gratifia son aîné d’un léger sourire forcé.

- Oui, on peut toujours essayer… souffla-t-il.

- Et si ça ne fonctionne pas, on avisera sur le moment, selon la situation… rassura Kyuu.

- C’est-à-dire ? Tu serais prêt à prendre la fuite ? interrogea le cadet.

- Qui sait ?

***

Au Palais Royal, Miku se tenait en bout de table face à la Reine, accompagnée de Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys. Meiko se trouvait vers l’arrière. Elle prêtait tout de même une oreille attentive à la conversation. Au final, celle-ci concernait tout de même l'avenir du pays. La commandante de la Garde avait rapidement convoqué cette réunion, jugeant que la situation était excessivement grave. Il fallait en effet préparer la ville très rapidement à un assaut de l'ennemi. Fukase, après sa cinglante victoire, ne traînerait certainement pas à réorganiser ses troupes pour attaquer la capitale, et ainsi atteindre son présupposé objectif.

Luka observait les discussions calmement. Celles-ci impliquaient surtout Miku, Gumi et Yuma, qui tentaient d’élaborer les meilleures stratégies pour défendre la ville. Kyôu disposait d'un avantage: ses remparts étaient d'une solidité à toute épreuve, plus que ceux de tous les autres villages réunis. Ce qui permettrait d'obtenir assez de temps pour mettre la population à l'abri. Cependant, Miku se rendit rapidement compte d'un élément. S'ils avaient trouvé le moyen de protéger les civils temporairement, ils ne disposaient encore que de peu de chances d'arracher la victoire finale, et Kyôu ne pouvait pas se permettre de subir un siège long de plusieurs mois. Dans tous les scénarios, l'armée de Fukase triomphait et prenait le pouvoir, fort de sa puissance militaire.

Luka prit alors la parole, et vissa son regard vers Alys:

- Il nous faudrait un moyen de contre-attaquer, ou du moins de rendre leurs armes inutiles. Alys, n'aurais-tu pas une idée ?

La jeune fille à la tresse était encore perdue dans ses pensées. Ce moment précis où Leora décapitait les têtes des derniers membres de sa famille repassait toujours en boucle dans sa tête, de sorte qu'elle eût du mal à se concentrer aux tractations en cours. Elle fut donc soudainement interloquée par le silence pesant et les regards de tous les autres participants tournés vers elle.

- Je ne sais pas, ma Reine... Avec Syla, nous aurions pu trouver un moyen. Nous aurions pu partager nos connaissances, mais seule... Je ne sais pas ce que je peux faire...

A l'énonciation du mot "seule", Alys éclata en sanglots, comme si le poids des mots la rappelait à sa sinistre condition. En effet, elle était désormais isolée... Elle avait tout perdu, et la jeune femme finissait même par se demander ce qu'elle faisait encore là, l'armée de Kuni lui avait déjà bien détruit la vie.

Quand elle vit l'état de désespoir d'Alys, Luka demanda à tous les autres participants de les laisser seules à seules quelques minutes. Tous s'exécutèrent immédiatement. La fille aux cheveux marine restait assise, étonnée que la Reine puisse lui accorder un entretien personnel, même si elle n'avait rien demandé. C'était, là encore, un signe de l'extrême gentillesse de la souveraine.

Luka se mit à la hauteur d'Alys, et s'installa sur la petite chaise en bois située à sa droite. La jeune koryuiste se tenait la tête dans les mains, essayant le plus possible de sécher ses larmes. La Reine commença son discours calmement:

- Je suis... Désolée pour tout ce qui vous est arrivé...

La souveraine se rendait bien sûr compte de l'absurdité de ses excuses. Cela ne changerait rien. Cependant, Alys fut relativement touchée par sa sollicitude et releva la tête. Dans le même temps, elle tenta de lui rendre un sourire forcé.

- Je comprendrai tout à fait que vous ayez besoin de prendre du recul. Mais, je dois vous avouer que votre présence à vos côtés nous est d'une grande aide, poursuivit Luka.

- Je n'ai pas envie de vous abandonner. Et je ne veux surtout pas laisser Leora impunie... rétorqua Alys. La colère se ressentait de nouveau dans sa voix. « Toutefois, bien que je veuille aider, je me vois dépourvue. Notre plan est tombé à l'eau, et je ne vois pas ce que l'on peut faire pour nous défendre contre une telle puissance de feu. »

Luka se releva, et se mit à vagabonder dans la pièce. Elle garda le silence pendant plusieurs longues dizaines de secondes.

- J'ai un peu connu votre père, quand j'étais enfant. Un homme charmant. Il n'avait pas hésité à se donner corps et âme pour le bien du pays. Jusqu'à donner sa vie.

Alys ressentit un sentiment mêlé de fierté et de tristesse. Puis, soudainement, une idée lui vint à l'esprit:

- Mon père n'aurait-il pas pris des notes pendant la Grande Guerre ?

La Reine ravisa Alys. « Que voulez-vous dire par là ? »

- Si mon père avait écrit le résultat de ses recherches, il y aurait peut-être moyen de trouver quelque chose pour nous aider dans la lutte contre Fukase.

- C'est bien possible, renchérit Luka. « Monsieur Vo faisait partie des soldats les plus importants de l'armée, il y a quinze ans. Et il était réputé pour ses recherches et sa grande maîtrise de l'art du Koryu, qu'il avait continué à perfectionner ici. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a pu créer la grande barrière de l'île Maho. »

La souveraine reprit alors sa place à la tête de la table de réunion: « Je vais vous donner l'accès aux archives militaires. Il s'agit là de notre meilleur atout. » Puis, Luka fit rentrer de nouveaux les autres participants à la réunion et leur fit un petit résumé de la situation.

- Je peux encore vous demander une petite chose, ma Reine, quémanda Alys.

- Tout ce que vous voudrez, ma chère.

- Je peux emmener Rin et Len avec moi aux archives ? Ils me seraient d'une grande aide, et connaissent mieux que quiconque les armes de l'ennemi.

- Accordé !

La Reine fit de nouveau entrer les autres participants à la réunion à l’intérieur de la salle du trône.

Une fois n'était pas coutume, Luka prenait les décisions tel un véritable chef de guerre. La Reine fut suivie dans tous ses choix par Miku, qui opina du chef.

Ainsi, Rin, Len et Alys se dirigèrent directement en sortant du Palais Royal vers la Grande Bibliothèque de Kyôu, alors que Miku, Gumi et Yuma retournaient à la caserne de la Garde Royale afin de déjà se préparer au mieux à un nouvel assaut.

***

Alys et les jumeaux Kagamine furent donc rapidement conduits vers la Bibliohèque de Kyôu par un soldat de l'armée royale. Le somptueux bâtiment se trouvait en centre-ville. A peine arrivés au pied de l'édifice, les trois personnes constataient l'imposante majesté de l'endroit, qui s'élevait sur plusieurs étages. Il s'agissait là de la plus grande collection de livres du pays de Kuni, voire du monde. En outre, l'architecture de la bibliothèque était luxuriante. Le soleil reflétait de bien belle manière sur la façade jaune, qui donnait à l'ensemble un aspect légèrement doré.                                                               

Alys, Rin et Len entrèrent par la grande porte, gardée par deux hommes de moyenne taille, qui les saluèrent respectueusement. Ils pénétrèrent alors dans l'imposant hall d'entrée. Le plafond était très haut, et décoré de peintures de grands artistes représentant les grandes scènes de l'histoire du Pays de Kuni. La pièce en elle-même se trouvait être relativement vide, si ce n'est l'énorme comptoir situé au fond, à l'intérieur duquel les attendaient un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il portait des cheveux foncés et une épaisse paire de lunettes. La couleur blanche de ses vêtements le faisait ressortir dans la pénombre qui régnait dans la bibliothèque. Pourtant, il aborda les trois visiteurs de manière assez timide et hésitante.

- Bonjour à vous, commença-t-il.

Alys répondait calmement, tandis que les Kagamine n'avaient même pas remarqué cette marque de respect, encore sous l'effet de la beauté de l'endroit. Quelques secondes plus tard, les jumeaux virent Alys les dévisager, et s'excusèrent directement devant leur hôte.

- J'ai reçu les instructions du Palais Royal. Vous pouvez avoir accès à toute la bibliothèque, y compris aux archives militaires, qui sont d'habitude réservées aux commandants de l'armée.

- Merci ! lança directement la jeune fille à la tresse. « Où se trouvent les ouvrages d'histoire militaire. Je pense qu'il vaudrait mieux commencer nos recherches par-là ».

- Au quatrième étage. Mais je vous préviens, nous possédons de très nombreux livres. Si vous avez besoin d'un quelconque aide, n'hésitez pas à demander.

- C'est gentil, rétorqua Alys. Rin et Len, toujours quelque peu perdus, se contentèrent de saluer.

Les trois amis furent donc accompagnés à l'étage concerné par le sympathique employé. En passant, ils purent admirer l'énorme collection d'ouvrages divers dont disposait le pays de Kuni. Par le même temps, le bibliothécaire les gratifia d'un petit exposé. Ils apprirent donc que la grande majorité de ces ouvrages avaient été rassemblés par la Reine Luka elle-même, qui se trouvait être une lectrice avertie. Elle s'impliquait énormément dans l'entretien de la bibliothèque, et permettait à toute la population du pays à venir consulter les livres gratuitement. Seuls les ouvrages militaires étaient réservés à certaines personnes, sécurité oblige.

- Pour la Reine, la lecture est le meilleur moyen d'éduquer les gens.

Rin et Len appréciaient cette manière de fonctionner. Bien qu'ils aient un a priori plutôt positif par rapport à la Reine Luka, ils ne l'avaient jamais imaginé aussi proche et soucieuse de son peuple. Finalement, derrière son air timide, elle agissait en tant que véritable chef d'Etat, malgré son jeune âge.

Alys et les jumeaux arrivèrent donc au quatrième étage, et se retrouvèrent soudainement devant un nombre d'étagères impressionnant. Des milliers de livres retraçant toute l'histoire militaire du pays de Kuni étaient entreposés à cet endroit, et certains ouvrages dataient même de plusieurs siècles, selon les dires du bibliothécaire. Rin et Len restèrent quelques instants prostrés devant cet énorme amas de bouquins, eux qui n'avaient jamais réellement eu le temps de s'adonner au passe-temps de la lecture. La jeune fille à la tresse, elle, ne perdait pas son objectif de vue, certainement poussée par son ressentiment envers Leora, et s'informa immédiatement à propos des ouvrages traitant de la Grande Guerre Magique. Si les notes de son père existaient, elles devaient forcément se trouver à cet endroit.

Au milieu de l'imposante pièce se trouvaient un ensemble de trois tables en bois entourées de quelques chaises, qui servaient d'espace de lecture. Alys invita les Kagamine à s'installer, et ils se dirigèrent quelques secondes plus tard vers le lieu indiqué par le bibliothécaire. Les recherches allaient s'avouer pénibles et longues, les trois amis l'avaient vite compris quand ils se retrouvèrent nez à nez avec une bonne dizaine d'étagères remplies:

- Voilà, communiqua le jeune garçon. « Tous les livres ici traitent de la Grande Guerre... »

- Eh ben, on n'est pas sorti, souffla Len. « Comment on va s'y retrouver dans cet océan de papier ? Et puis, qu'est-ce qu'on cherche exactement ? »

Rin, quant à elle, restait sage et silencieuse.

- Nous devons fouiller tous les rapports militaires. D'après la Reine, mon père a travaillé de près aux stratégies martiales durant la Guerre, et il aurait perfectionné sa technique du Koryu. Le but est de trouver là-dedans quelque chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre notre ennemi. C'est pour cette raison que je vous ai emmenés. Si quelqu'un peut déceler une manière de se défendre contre ces armes à feu, c'est bien vous, analysa très judicieusement Alys.

Les jumeaux sentirent à cet instant une certaine sorte de pression. Comme si la défense du pays reposait sur leurs frêles épaules. Durant un petit moment, ils s'observèrent mutuellement, comme pour partager leur stress collectif, puis pour se rappeler qu'ils n'étaient tout de même pas seuls dans cette mission. Puis, ils suivirent Alys qui s'était déjà emparée d'un livre et s'était installée sur la table de lecture.

Elle fut cependant interrompue par le jeune employé de la bibliothèque, qui lui avait tiré subrepticement la manche de son haut.

- Excusez-moi, mais j’ai une question… hésita-t-il.

- Allez-y… Qu’est-ce qu’il se passe ? Alys se montra désarçonnée par la demande de son interlocuteur.

- Il paraît que vous maîtrisez le Koryu ?

- Comment le savez-vous ? Peu de personnes sont au courant, s’étonna-t-elle.

Le visage du jeune homme devint écarlate :

- On va dire… que j’aurai peut-être jeté un œil aux archives…

Alys sourit. La voix du bibliothécaire laissait transparaître son inquiétude de voir son secret révélé et, par conséquent, de perdre son emploi. Il était en effet interdit de consulter les archives secrètes de l’armée. Mais il ne pouvait s’en empêcher, et s’était plongé dans leur lecture. 

- C’est parce que, j’ai toujours été curieux d’observer l’art du Koryu. Je m’intéresse beaucoup aux éléments magiques à Sekai. Et j’aurai adoré avoir une démonstration, si ce n’est pas trop vous demander…

Alys n’éprouvait pas tellement d’envie de répondre à cette requête, surtout en ce moment. Elle avait tenté de cacher sa maîtrise du Koryu pendant toute sa vie. Il était difficile pour elle de tout révéler au grand jour. Mais le jeune homme possédait un air tellement serviable et gentil, qu’elle ne put se résoudre à le décevoir.

- Je ne sais pas quand le temps me permettra, mais on pourrait s’arranger… répondait-elle le sourire aux lèvres.

Devant cette réponse positive, le visage du bibliothécaire s’éclaira soudainement.

- Merci, merci ! répéta-t-il inlassablement. « Depuis des années, je rêve de pouvoir observer un koryuiste de mes propres yeux ! »

- Avec plaisir ! Alys ne savait pas quoi rétorquer d’autre.

- Au fait, mon nom est Shirosaki Yuudai. Je vais vous laisser, vous devriez avoir pas mal de travail.

L’homme se dirigea vers la sortie de l’étage mais rebroussa chemin rapidement.

- Vous ne direz rien, n’est-ce-pas ? J’aimerai que personne ne sache que je suis venu lire les ouvrages ici… s’inquiéta-t-il.

- Pas de soucis, rétorqua Alys. « Motus et bouche cousue ! » 

- Merci, à bientôt donc !

- A la prochaine !

Le jeune homme quitta alors l’étage en sautillant à travers les étagères remplies de livres et regagnait sa place à la réception. Alys fixa Rin et Len le regard un peu perdu. Quel homme intriguant ! La villageoise ne s’était jamais retrouvée face à une personne qui admirait les gens de son « espèce », et ne la voyait pas spécialement comme une menace. Les trois amis se mirent toutefois rapidement au travail.

Les recherches furent pénibles et excessivement longues. Si Len commençait à souffler après quelques heures et commençait peu à peu à somnoler au-dessus des livres, la détermination d'Alys n'était pas ébranlée. Comme depuis le début, elle avalait des centaines de pages de rapports militaires particulièrement indigestes, à la recherche d'un simple petit indice. Mais elle ne trouvait aucune trace de son père dans aucun des rapports, comme si son travail était gardé secret, même au sein des archives. La jeune femme refusait cependant de perdre espoir. Il ne lui était pas concevable que son père ait emporté dans sa tombe de tels secrets importants. Il avait dû laisser une trace, si infime soit-elle.

Le soir commençait à tomber, bien que les trois amis n'eurent pas l'occasion de s'en rendre compte, la bibliothèque ne comportant pas de fenêtres à cet étage. Ils se contentèrent donc d'un éclairage à la bougie. Len se montrait de plus en plus distrait, et faisait désormais régulièrement des pauses. Il allait se balader au travers des allées bordées d'étagères. Rien de bien fascinant l'attendait, mais il pouvait au moins se permettre de se reposer les yeux quelques instants. Peu après, il aperçut sa soeur plongée dans un ouvrage plutôt inhabituel.

- Qu'est-ce que tu lis, Rin ?

- Euh... La jeune fille se retourna, gênée. « C'est un conte. Ca s'appelle "La villageoise et les ours." »

- Tu n'as rien d'autre à faire que de lire des contes ?

- Je me suis surtout demandée ce que ça faisait là au départ... Et puis, j'ai ouvert le livre, et j'ai trouvé l'histoire passionnante.

Lorsqu'Alys entendit le nom du conte, elle se lança soudainement vers Rin.

- Attends, tu as bien dit "La villageoise et les ours" ? C'était mon livre préféré quand j'étais enfant ! Mon père me le lisait quasiment tous les soirs.

Les jumeaux restèrent sans voix.

- Je peux te l'emprunter, s'il te plaît. Je me demande bien ce que ça fait ici. C'est bizarre...

Alys inspecta alors chaque recoin de l'ouvrage. Le livre était en assez bon état, mais quelque chose lui semblait louche effectivement. Dans ses souvenirs, il n'était pas aussi épais.

- Tu es déjà arrivée à la fin ? demanda-t-elle à la jeune blonde.

- Non, Len m'a interrompue avant. Elle lui lança alors un regard accusateur.

La villageoise ouvrit alors directement les dernières pages.

- Ah, enfin ! Je le savais, j'ai trouvé !

- Quoi ? interrogèrent de concert les jumeaux.

- Ce livre... C'est exactement celui que j'avais quand j'étais petite. Mon père y a ajouté ses notes à la fin. Et il l'a caché ici.

- Ça signifie que... murmurèrent les jumeaux.

- Qu'il y a certainement un message dans son texte. Et que, selon toute vraisemblance, il m'est adressé ! Mon père a sans doute voulu me laisser un dernier message pour l'avenir, et ce livre s'est retrouvé ici par je ne sais quel hasard.

Alys laissait entrevoir un certain espoir dans son discours, également mêlée d’un sentiment de joie difficile à définir. Elle qui venait de perdre sa famille, remarquait que ses proches lui avaient laissé des traces, comme si ils veillaient toujours sur elle, ou du moins qu’ils avaient besoin de la petite dernière de la famille.

La jeune villageoise d’Uchi se mit donc à lire ce qui finalement constituait le dernier message de Monsieur Vo. Les mots utilisés étaient assez énigmatiques, de sorte qu’ils ne puissent être compris uniquement par un pratiquant du Koryu. L’ancien combattant évitait ainsi les fuites. Les Koryistes utilisaient en effet un jargon assez poussé lorsqu’ils parlaient de leur art. Il était donc très difficile pour un néophyte de suivre une quelconque conversation. Ainsi, n’importe qui pouvait tomber sur ce livre par hasard, il n’y aurait rien compris.

Alys resta plongée quelques longues minutes dans sa lecture, sous le regard attentif de Rin et Len, qui attendaient patiemment sa conclusion. Puis, la jeune femme se pétrifia soudainement. Elle fixa Rin et Len dans le blanc des yeux, et restait coi.

- On a un problème… balbutia-t-elle.

- Ce n’est pas nouveau. Ce pays croule sous les soucis pour l’instant ! lança Len, immédiatement rabroué par sa sœur. Ce n’était certainement pas le moment de faire des petites phrases. Alys paraissait particulièrement préoccupée.

- Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea alors Rin.

- C’est… la barrière magique…

- Quoi, la barrière ? Celle qui entoure l’île des Magiciens ? continua la blondinette

- Oui, d’après ses notes, elle n’est pas éternelle. Il avait prévu d’y laisser la vie quand il l’a mise en place. Il a dû sacrifier toute son énergie vitale à sa construction. De telle sorte que cette protection n’est que temporaire… balbutia Alys, sous le choc.

- Mais ce n’est pas logique… interrompit Len. « Quel est l’intérêt ? »

- D’après ce qu’il a écrit, mon père avait construit cette barrière afin de bloquer les ambitions du chef de la Guilde des Magiciens, Utatane Piko. Selon lui, le but était que les générations futures rétablissent un lien avec les magiciens, quand tout le monde serait prêt.

Alys poursuivit : « Et puis, c’était la seule manière de terminer cette guerre. La Guilde des Magiciens n’a eu d’autre choix que de capituler et d’accepter leur punition. Visiblement, il n’avait pas eu le choix, il fut obligé de créer cette barrière. »

- Je me demande si la Reine est au courant… réfléchit Rin. « Elle aurait donc caché tout ceci au peuple. »

- Il faudra lui en parler… insista Len, provoquant l’acquiescement de Rin et Alys. « En attendant, il y a quelque chose d’autre dans ces notes ? Quelque  chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre Fukase ? »

- Il y a bien des notes. Mon père a essayé de rassembler toutes ses connaissances sur le Koryu. Mais c’est très complexe. Je ne pourrai pas y arriver sans entraînement, hésita Alys. Puis, elle poursuivit : « Mais il y a un espoir… Si je parviens à maîtriser cette technique ici, je pourrai protéger une bonne partie de l’armée en cas d’attaque. La jeune fille à la tresse indiqua une page griffonnée aux jumeaux, qui ne comprenait pas un traître mot à ces inscriptions, mais retrouvèrent le sourire.

Alys tenait le livre entre ses bras, et ne semblait plus vouloir le lâcher, le conservant comme une relique. Les trois combattants novices restèrent en silence en plein milieu de la pièce pendant un moment. Ils venaient d’apprendre un assez grand nombre de nouvelles informations.

- Il faut avoir une discussion avec la Reine ! Elle doit être au courant. J’aimerai bien savoir pourquoi elle ne dit absolument rien, ça me paraît louche…

Les jumeaux rejoignirent Alys dans son argumentation.

Les trois amis sortirent alors de la bibliothèque pour se diriger directement vers le Palais Royal. Leurs expressions de visage traduisaient un sentiment mitigé, entre l’inquiétude, l’espoir et une certaine détermination retrouvée. Des heures sombres s’annonçaient pour le pays de Kuni, mais des perspectives positives pointaient également à l’horizon.

***
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 21 mai 2017, 17:45:55
Chapitre 18 publié !

Bonne lecture ~


Spoiler
Chapitre 18 : Si vis pacem, para bellum

Fukase se tenait près de la fenêtre située tout en haut de la tour d'Uchi. La hauteur de cet édifice lui permettait de disposer d'une splendide vue sur les alentours du village. Il se voyait comme un grand leader. L'homme aux cheveux rouges appréciait particulièrement le bâtiment. Comme ses bureaux dans l'autre monde, ce donjon avait une certaine prestance, et permettait, selon Fukase, de faire une démonstration de son pouvoir.

Mais le patron n'avait pas encore atteint son principal objectif. Il avait réussi la première phase de son plan avec brio, et devait maintenant assurer sa marche puissante vers la capitale du pays de Kuni. Il avait donc convié son état-major au sein même de la salle du trône afin de préparer plus précisément la suite des opérations. Leora occupait désormais une place prépondérante, juste à la droite du trentenaire. À leurs côtés se tenaient les trois généraux des compagnies : Kyo, Yuu et Wil. Les jumeaux Genshine avaient également été invités à la réunion mais s'étaient retrouvés un peu plus à l'arrière. Bien que le patron n'ait pas apprécié leurs dernières distensions, il pouvait encore avoir besoin d'eux. En effet, ils constituaient encore sa garde personnelle. De plus, outre Leora, ils étaient ceux qui avaient passé le plus de temps à Sekai, et pouvaient se montrer décisifs en stratégie, particulièrement Roku. Cependant, Fukase démontrait désormais une certaine méfiance envers eux, analysant de près tous leurs dires et leurs avis.

Kyo avait déballé une large carte du monde de Sekai sur la grande table disposée au centre de la pièce. Yuu avait, quant à lui, fabriqué plusieurs dizaines de pions destinées à représenter les troupes, afin de faciliter l'établissement d'une stratégie. Fukase prononça un petit discours, de sorte de lancer le début de la réunion.

- Bonjour à tous. Je vous félicite encore une fois pour cette brillante victoire et notre prise du village d'Uchi. Maintenant, nous devons déterminer la suite des opérations.

Tous saluèrent l'homme à la canne blanche très respectueusement, même si Kyuu et Roku s'abaissaient moins que les autres. C'était là pour eux l'occasion de marquer quelque peu leur désaccord avec les récents événements.

- Conformément à ce que l'on avait déjà discuté, le but serait de disposer d'un autre point de chute, lança Wil.

- Exactement, compléta Fukase. « C'est d'ailleurs la raison première de la mission de Yohio. On aurait bien sûr eu plus de facilité si tous les chefs de village avaient été assassinés. Mais, ce n'est pas le cas... » Il lança alors un regard noir vers les jumeaux.

- Comme options, il ne nous reste alors que les villages d'Hayashi, d'Aza et de Furisato, analysa Kyo.

- Aza est trop loin et n'offre que peu d'intérêt, ajouta Yuu. « La meilleure option serait Hayashi. Caché dans la forêt, il est assez difficile d'accès et permettrait de disposer d'une arrière-garde non loin de la capitale. De plus, leurs défenses doivent être déforcées. »

Fukase acquiesça, puis se tourna vers Kyuu et Roku.

- Qu'en pensez-vous, les petits ?

L'aîné serra les dents. Il détestait ouvertement ces sobriquets. Mais celui-ci revêtit une pique supplémentaire. D'habitude, Fukase les appelait "mes chéris", ou un dérivé, mais il s'agissait souvent d'un surnom affectueux, même si cela l'énervait. Ici, ces mots les remettaient à une position inférieure aux autres membres du groupe. Les jeunes jumeaux se contentèrent donc de secouer la tête en guise d'accord. Ils n'avaient de toute façon rien de bien important à ajouter.

Leora interrompit la conversation: « Pourquoi n'attaquons-nous pas immédiatement Kyôu ? »

Fukase éclata de rire. « Je reconnais bien là ta fougue, ma chère ! »

Puis, il se calma. « Je préfère prendre mon temps. Je veux profiter de ma supériorité, et plus que tout, je veux que Luka s'en rende compte... » Le patron laissait planer une aura de mystère dans son discours, mais la mercenaire préféra ne rien relever.

L’armée de Fukase se sépara, afin qu'une partie restât stationnée à Uchi (l’objectif étant tout de même de garder ce village en leur possession), tandis que l'autre se dirigeait vers le village d'Hayashi. Quelques heures plus tard, un cortège d'assez grande taille sortit des remparts en direction du nord-est.

Pendant tout le trajet, l'armée ne dépensait aucun effort à se déplacer de manière furtive. Les commandants étaient assurés de leur supériorité technologique et militaire, si bien qu'ils pouvaient faire face à n'importe quel imprévu.

À mi-chemin, l'avant-garde du convoi observa des mouvements suspects venant de quelques buissons situés à l'entrée de la forêt. Quatre hommes se lancèrent donc à pleine vitesse vers l'endroit incriminé et y délogèrent un soldat habillé de vêtements sombres. Ils ramenèrent le pauvre homme vers leur patron.

- Chef, je pense que nous avons capturé un espion, lança un des soldats.

- Un espion ? Chouette ! Cela signifie que la Reine se fait du souci ! Les autres membres de l'état-major se montrèrent étonnés par la réaction de leur chef.

- Je ne parlerai pas, lança le soldat noir.

Fukase ricana.

- Je n'ai pas besoin que tu parles. Tu ne m'es d'aucune utilité, mon pauvre. Le visage du soldat se para d'une expression de forte peur.

Le trentenaire dégaina son sabre, et le dirigea vers la carotide de l'espion. Celui-ci se tenait toujours debout, alors que Fukase était encore bien assis sur son étalon. Le soldat vit sa fin arriver au fur et à mesure que la lame se rapprocha doucement de son cou, mais le patron stoppa son mouvement à quelques millimètres du but.

- Pars. Enfuis-toi, dit-il

L'espion transpira et lâcha un énorme soupir.

- Je te laisse partir, renchérit Fukase. « Par contre, je te demande une seule chose... Préviens ta Reine. Dis-lui que je prévois d'attaquer le village d'Hayashi. »

L'homme au costume blanc retira son katana, et signifia à l'espion de s'enfuir d'un signe de la main. Celui-ci s'exécuta et partit en courant dans la direction opposée.

Le bataillon reprit alors sa marche en avant.

 

***

 

A Kyôu, Rin, Len et Alys avait quitté la bibliothèque, forts des informations qu’ils avaient glanées. Len et Alys retenait la jeune blonde, qui avait toujours la jambe dans le plâtre, et éprouvait encore des difficultés à se déplacer. Cependant, la douleur se faisait de moins en moins ressentir, et la combattante novice avait de bons espoirs en ce qui concernait son retour. La jumelle se rendait chez le médecin attitré de la Garde royale chaque jour, et celui-ci fut même étonné par ses progrès. Elle guérissait plus rapidement que prévu. Tant mieux, se disait-elle alors qu’elle commençait à s’agacer d’être mise sur le côté. Depuis que son frère et elle étaient arrivés à Sekai, les évènements s’étaient déroulés à une vitesse folle. Eux qui désiraient uniquement rentrer chez eux s’étaient retrouvés au beau milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à une véritable guerre. Toutefois, il n’était pas dans le caractère de la blondinette d’abandonner. Ainsi, elle rongeait son frein, attendant patiemment de pouvoir se montrer de nouveau utile.

Quelques dizaines de minutes plus tard, les trois amis arrivèrent devant la façade du Palais Royal. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de la servante Meiko. Ils quémandèrent urgemment un entretien avec la Reine, arguant disposer d’informations importantes pour l’avenir du pays. La jeune brune se sentait accablée par l’entrain des personnes en face d’elle. Alys, Rin et Len hurlaient. Un vacarme assourdissant s’échappait vers le couloir central du château. Au bout de quelques minutes, Luka sortit de la salle du trône et vint directement à eux.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle calmement, dans le but d’apaiser l’atmosphère.

- Ma Reine, nous devons absolument vous parler. Nous avons des informations cruciales pour vous… lança Alys, pleine d’entrain.

- Entrez, entrez…

La souveraine les fit donc pénétrer au sein de la salle du trône. Dehors, le ciel était gris et orageux, si bien que les ténèbres prenaient peu à peu place dans la pièce. Quelques bougies disposées çà et là donnaient quelques touches jaunâtres à la salle.

Luka, contrairement à son habitude, restait debout, face aux jumeaux et Alys.

- Donc, dites-moi… Qu’avez-vous trouvé ?

Alys fixa la Reine. Elle devait forcément savoir que la barrière créée par Monsieur Vo n’était pas éternelle. Et pourtant, elle avait gardé le silence. L’objectif de la fille à la tresse était de connaître les véritables desseins de la souveraine.

- Que savez-vous, ma Reine ? J’ai l’impression que vous nous cachez quelque chose. Il était difficile pour Alys de rester relativement respectueuse, et, en même temps, de mettre suffisamment de pression.

- Que voulez-vous dire ? Le jeu de dupes avait bien débuté.

- Nous avons retrouvé les notes de mon père… Et selon lui, la barrière magique de l’île Maho n’est pas éternelle. Je suis convaincue que vous le saviez… Ce que je me demande, c’est pourquoi n’avez-vous rien dit ?

Luka s’effondra sur son trône. Quelques légères larmes commençaient à coucher le long de ses joues rougeâtres.

- Oui… Je le savais… balbutia la Reine.

Alys et les Kagamine furent légèrement touchés par la réaction de leur interlocutrice. De cette façon, ils ne désiraient pas enfoncer le clou, mais se devaient d’obtenir des réponses à leurs questions.

- Je le savais, répéta-t-elle. « Je comptais agir petit à petit. Faire de mon possible pour trouver la meilleure solution possible, mais le peuple n’est pas prêt. Le ressentiment anti-mages est encore trop présent… C’est de ma faute, j’ai failli à ma mission, celle que m’avait confiée mon père et Monsieur Vo. »

Luka se montrait complètement perdue et déboussolée. Elle ne cessait de répéter des excuses devant les trois soldats. Alys, Rin et Len peinaient à trouver la réaction la plus appropriée.

- Mais pourquoi, ma Reine ? Vous craigniez pour votre place ? interrogea Rin. Mine de rien, la belle image dont jouissait la souveraine dans l'esprit des Kagamine venait peu à peu de s'étioler.

- Non... Ce n'est pas ça... Après cette réponse énigmatique et lacunaire, Luka se ravisa pendant un dixième de seconde, juste avant d'être interrompue par des tambourinements incessants provenant de la porte de la salle du trône.

Elle invita les visiteurs à entrer rapidement. Le pas de la porte laissait ensuite apparaître Miku, suivie de près par Gumi et Yuma. Juste derrière se tenait un messager en sueur, épuisé, qui après quelques secondes s'écroula violemment sur le sol.

- Ma Reine, l'heure est grave, lança Miku. « L'ennemi projette d'attaquer un autre village. Il est d'ailleurs déjà en route... »

Le visage de la Reine fut soudainement marqué par une expression de panique. Pendant un instant, elle crût s'évanouir, sous le choc des dernières révélations. Elle reprit cependant rapidement ses esprits. Ce n'était, en effet, pas le moment de flancher. Tel un roc, elle se devait de rester calme et lucide afin de prendre les meilleures décisions.

- De quel village s'agit-il, cette fois ?

- Hayashi... rétorqua doucement MIku.

Les jumeaux restèrent immobiles devant leurs maîtres de sabre, se sentant dépourvus. Alys, quant à elle, vit ressurgir soudainement dans son esprit les images de la bataille d'Uchi et refusait catégoriquement que cela se reproduise.

Luka eut alors un regard pour chaque visiteur de la pièce. Elle invita ensuite Gumi à fermer la porte de la salle du trône, et les autres à s'asseoir avec elle à la grande table de réunion.

 

***

 

Ce que l'on pouvait dès lors appeler l'état-major de l'armée du pays de Kuni était alors réuni autour d’une immense tablée. La situation avait encore empiré. Fukase avait très bien fait étalage sa toute-puissance lors de la première bataille, et comptait conforter ses ambitions néfastes et meurtrières. Surtout, il semblait vouloir faire durer son plaisir. En effet, au vu de sa puissance actuelle, il aurait très bien pu s'attaquer à la capitale immédiatement, remarqua Gumi.

 

- Peut-être prend-il des précautions, pensa Miku. « Il n'est peut-être pas certain de remporter la victoire... »

Rin s'exprima timidement: « Désolée, mais je ne pense pas. Il a clairement le dessus. Vu comme il est parti, il ne lui faudrait certainement pas plus de quelques heures pour prendre la capitale... » La jeune fille tentait de mettre les formes à son discours. Elle venait tout de même de contredire la commandante de la Garde royale ! Gumi et Yuma se montrèrent étonnés par l'audace de Rin. Il était excessivement rare qu'une jeune recrue ne mette en doute la parole de la commandante. Pourtant, il s'agissait bien ici de mettre toutes les idées en commun, et donc de révéler ses pensées. Rin l'avait compris. De son côté, MIku n'y vit aucun inconvénient, et accompagna même la remarque de Rin d'un léger sourire.

- Tu as raison, ma chère, lui lança-t-elle. « D'ailleurs, tu ferais certainement une très bonne stratège, mais on en reparlera... »

Le plus important à ce moment était de décider de la stratégie à adopter. Concrètement, l'armée disposait de deux choix: tenter d'envoyer les soldats à Hayashi pour défaire la guérilla d'Owari, ou rester à la capitale et préparer la défense. Hayashi étant le dernier bastion avant la capitale, il ne faisait quasiment aucun doute que Fukase préparait sa prochaine offensive vers Kyôu.

Yuma, contrairement à son habitude, désirait intervenir : « Peut-être, devrons-nous mettre toute notre énergie dans l’évacuation des citoyens du village ? »

Miku fut interloquée. Cette décision allait à l’encontre de ses idéaux ; elle détestait en effet fuir ses responsabilités. Son armée était complètement dépassée, et la seule issue qui lui restait – et elle ne supportait pas ce mot – était la fuite. Toutefois, elle devait se rendre à l’évidence, son subordonné avait totalement raison. Plus que tout, la commandante ne voulait pas risquer les vies de ses soldats une nouvelle fois, qui plus est avec la grande bataille qui se préparait. La patronne se rangea donc du côté de Yuma, rapidement rejointe par Gumi et Luka, qui avaient déjà adhéré à l’analyse de l’homme vêtu de noir.

La femme aux couettes turquoise eut cependant une objection :

- Ce qui me gêne… C’est que cette stratégie ne donne pas une bonne image de l’armée. Le peuple pourrait penser que nous sommes acculés, lança-t-elle devant la petite assemblée.

- Ce qui n’est pas totalement faux, analysa Len très justement, le ton empli d’ironie.

- Oui, mais nous ne devons pas le laisser paraître ! Miku regarda Luka : « Ma Reine, je pense que le moment est venu de vous adresser à la population. Vous devez faire un discours ! Leur dire que, peu importe ce qui arrive, nous garantissons leur sécurité. »

Les joues de la souveraine se parèrent immédiatement de couleur écarlate.

- Est-ce que je pourrais ? hésita-t-elle. « En suis-je capable ? »

- Le moment est venu de faire face à vos responsabilités de Reine. Mais vous n’êtes pas seule. Nous resterons là.

- D’accord…

Luka n’avait que très rarement discouru devant une foule immense. Elle avait toujours préféré agir dans l’ombre, en gérant son royaume tranquillement. A cet instant, il devenait important qu’elle apparaisse au grand jour. Kuni avait désormais besoin d’un grand leader.

Miku, de son côté, peaufinait sa stratégie. Elle demanda à Yuma de se rendre immédiatement vers le village d’Hayashi afin de superviser l’évacuation des habitants (de  plus, elle envoya directement un corbeau pour que les préparatifs commencent avant l’arrivée du lieutenant), tandis que Gumi, Rin, Len et Alys furent sommés de rester à la capitale et de continuer leur entraînement. Alys écopa d’une responsabilité encore plus forte que les autres, puisqu’elle devait maîtriser une nouvelle technique du Koryu qui permettrait à améliorer la défense de l’armée contre l’offensive de Fukase.

La réunion se terminait dans le plus grand calme, chacun étant conscient de sa mission. Les lieutenants quittèrent ensemble la salle du trône pour rejoindre le long couloir d’entrée. Yuma partit immédiatement vers Hayashi, non sans une discrète marque de tendresse envers Gumi. Alys tenait déjà en main le livre de son père.

- Len, je t’entraînerai durant l’absence de Yuma. Il ne faudrait pas que tu perdes le rythme, déclara Gumi. « Rin, quant à toi, je t’ai prévu autre chose… Même blessée, tu pourrais nous être utile ».

Tous quittèrent dès lors le Palais Royal, laissant seules Miku et Luka dans la salle du trône. Les deux femmes planchaient déjà sur la déclaration royale au peuple de Kuni.

 

***

 

Il ne fallut que quelques heures à Yuma pour atteindre les environs du village d’Hayashi. Le jeune guerrier approcha prudemment du petit hameau situé au milieu de la forêt. Celui-ci était en effet fourré au fond d’un bois dense. Yuma avait laissé son cheval à l’entrée de celui-ci et continuait à pied, en progressant doucement entre les fougères. L’objectif était de ne pas se faire remarquer par les éventuelles troupes de Fukase qui se rendaient au même endroit.

Alors que le lieutenant observa attentivement l’entrée du village, il fut interrompu par une main se posant subrepticement sur son épaule. Il se retourna de suite et dégaina son katana d’un seul geste. Il vit alors un soldat habillé de l’uniforme standard de la Garde royale, et remballa immédiatement son arme. Le militaire était accompagné par une petite vingtaine de personnes qui se tenaient un peu plus loin, à l’abri derrière plusieurs dizaines d’arbres.

- Que faites-vous là ? demanda Yuma.

Le soldat était plutôt de petite taille, et suintait de sueur. Il tenta de parler, sa voix étant légèrement étouffée :

- Je suis désolé… Je n’ai pu que sauver ces personnes… Ils sont arrivés très vite, nous n’avons rien pu faire.

- Fukase a déjà pris le village ?

- Oui, nous avions reçu le message de la commandante quelques dizaines de minutes avant qu’ils n’arrivent. Nous avons suivi les ordres et tenté d’évacuer le plus d’habitants possibles, mais c’était trop tard.

Yuma voyagea entre les villageois encore sous le choc.

- Et les autres soldats ? Où sont-ils ?

- Morts… Ou prisonniers…

- Je vois…

Malgré la gravité de la situation, Yuma gardait son calme, et réfléchit. Il avait été envoyé là pour superviser les évacuations, mais ne s’attendait certainement pas à ce que l’armée de l’ennemi soit si rapide. Pourtant, il ne voulait pas rester sans rien faire. Sa présence ici pourrait être utile. Il patienta, toujours entre les rangs d’habitants qui l’observaient le regard perdu et triste. La plupart avait perdu des membres de leur famille, qui avaient dû rester là-bas, et ne savaient pas si ce qu’il allait advenir d’eux.

- Vous connaissez la route de Kyôu ? interrogea soudainement Yuma.

- Oui, bien sûr, répondit tranquillement le soldat.

- Magnifique. Venez ici mon cher !

Yuma s’éclipsa avec le soldat quelques mètres plus loin.

- Voilà ce que vous allez faire, débuta Yuma. « Vous allez raccompagner ces habitants vers Kyôu. Une fois là-bas, rendez-vous à la caserne de la Garde et prévenez la commandante Miku. Je tente une mission d’infiltration. Je veux obtenir le plus d’informations possible sur leur armée ».

- Vous voulez vous rendre dans le village seul ? Vous êtes fou !

- Nous n’avons pas d’autre choix. La situation est grave, vous savez. Nous faisons certainement face à la plus grande menace que le pays n’ait jamais connue. Si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la défaite… Yuma marqua une pause, et eût un nouveau regard vers Hayashi, puis il reposa les yeux vers son subordonné. « Et puis, ne discutez pas ! C’est un ordre ! »

- Oui, chef. Le soldat se montrait circonspect. Mais si une personne pouvait mener cette mission à bien, c’était bien le lieutenant Yuma, sa réputation le précédait.

Le jeune homme repartit donc vers le groupe d’habitants. A mi-chemin, il se retourna et salua Yuma :

- Mon lieutenant, faites attention à vous. Et bon courage !

- Merci, et ne vous en faites pas, rétorqua l’homme aux cheveux roses, qui lui rendit rapidement son salut.

Tandis que les habitants quittèrent lentement la forêt, Yuma eût un dernier regard pour eux, avant de se retourner vers le village. Caché derrière un buisson dense, il guettait déjà une éventuelle entrée détournée pour accéder à Hayashi.

 

***
 

Dans le village sylvestre, Fukase avait déjà pris ses quartiers dans la hutte du chef. Son armée avait pris rapidement le contrôle du village, celui-ci manquait effectivement d’un leader, son chef attitré ayant déjà été assassiné par Yohio.

L’homme à la canne blanche avait déjà reconnu toutes les pièces de la maison, accompagné des trois commandants de ses compagnies, mais aussi de Leora, Kyuu et Roku.

- Oooh, je n’aime pas cette demeure. Elle est bien moins faste que celle d’Uchi, lâcha Fukase dans un caprice digne d’un enfant de six ans.

L’architecture du village d’Hayashi était en effet assez différente de celle des autres bourgs du pays. Sa superficie était assez limitée, et celui-ci était situé en plein milieu de la forêt. Les habitants s’étaient alors adaptés à leur environnement, et cela se voyait. Toutes les maisons du village, y compris celle du chef, étaient construites en bois et en matériaux simples. De ce fait, la plus grande habitation d’Hayashi ne disposait que d’un étage supérieur, bien loin des quelques étages de la tour d’Uchi. Fukase n'appréciait absolument pas ce bâtiment, mais il devait bien avouer que la position du village par rapport à la capitale lui était avantageuse. Il fut d'ailleurs un tant soit peu étonné de n'avoir rencontré quasiment aucune résistance lors de sa prise du hameau, mais avait fait passer cela sous le signe de son apparente supériorité. Sa confiance en lui, déjà exacerbée, augmentait encore. 

La maison du chef comportait toutefois assez de chambres pour pouvoir loger les plus proches collaborateurs du patron: Kyo, Yuu et Wil se partageaient une chambre, Leora prenait la pièce adjacente à celle de Fukase, alors que les jumeaux Genshine avaient pris place dans la pièce du rez-de-chaussée. La nuit commençait à tomber, et le chef ressentit le besoin de se reposer. Tous rejoignirent donc leurs appartements. Les soldats qui avaient établi un bivouac à l'extérieur furent priés de réduire le volume au minimum, il ne fallait absolument pas déranger Fukase.

La nuit était désormais tombée, les étoiles scintillaient dans le ciel ; un croissant de lune éclairait faiblement le village et les plaines alentours d'une couleur douce. Le calme régnait dans la maison du chef. Roku tentait tant bien que mal de dormir, encore sous le choc des récents évènements. Les questions continuaient à se bousculer dans sa tête. C'est alors que sa réflexion fut interrompue par le doux bras de son aîné qui vint se poser sur son épaule. Le cadet se retourna rapidement, Kyuu prit immédiatement la parole.

- Viens, Roku. C'est le moment, murmura-t-il.

- Le moment de quoi, répondit son frère naïvement.

- C'est l'occasion. Cette nuit, on fout le camp !

- Tu veux quitter Fukase finalement ? Pourquoi maintenant ? Il est juste à l'étage, ce n'est pas trop dangereux ?

- Justement, il dort... Si on parvient à se glisser furtivement en dehors de la maison, on peut s'enfuir sans trop de problèmes, j'en suis sûr.

Roku réfléchit quelques instants. Bien sûr, il éprouvait de plus en plus l'envie d'échapper à cette folie meurtrière venant de son mentor. Il n'approuvait absolument pas toutes ces actions. Mais, Kyuu était venu avec son plan de manière si imprévue, qu'il ne pouvait pas savoir si celui-ci l'avait préalablement préparé, et le cadet étant de nature prudente, il ne désirait pas se jeter dans la gueule du loup. Pourtant, son frère marquait un point. Ils devaient agir, et le moment n'était peut-être pas si mal choisi.

- D'accord ! On y va ! lança Roku.

- Prends ton sac, et suis-moi.

Les jumeaux s'étaient rhabillés dans un silence absolu, et progressaient désormais lentement sur le plancher en bois qui craquelait. Dans le couloir qui menait à la sortie, ils rasaient les murs et ils finirent par s'extirper de la maison relativement facilement.

Dehors, ils progressaient entre les tentes que les soldats de Fukase avaient installées tout le long du forum du village. Quelques recrues finissaient leur repas autour d'un feu de camp en buvant un coup, mais ne prêtèrent pas davantage attention aux jumeaux. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient leurs supérieurs, aucun soldat ne pouvait juger leurs actions. Ainsi, ils traversèrent rapidement la place du village pour se retrouver dans les rues étroites et sombres d’Hayashi.

- On ne pourra pas sortir par l'entrée principale, analysa Roku. « Cela éveillerait les soupçons. »

- Qu'est-ce que tu proposes ?

Le cadet avait déjà analysé la géographie du village, et, fort de ses compétences en stratégie, était parvenu à élaborer un petit plan.

- Le point faible des remparts se situe sur la partie sud. Là-bas se trouve un grand nombre d'arbres qui bouchent la vue des gardes pendant quelques temps. C'est risqué, mais c'est le meilleur endroit pour escalader le mur et sortir d'ici.

- Il n'y a pas d'autre issue plus facile ? se demanda Kyuu.

- Elles sont toutes gardées. Il faudra être prudent et progresser lentement quand on escaladera le mur. Par le sud, on peut également rejoindre plus facilement la forêt.

- D'accord. On y va! décida l'aîné.

Les Genshine se trouvaient encore vers le centre du village, en plein milieu d'une petite rue. À chaque coin, ils observaient rapidement les alentours, avançaient à un rythme assez lent et restaient très prudents.

Alors qu'ils s'approchaient de leur objectif, ils tombèrent, au détour d'une rue, sur des cris de personnes affamées qui se mettaient à hurler. Ils restèrent bien à l'abri derrière un mur. Ils venaient de tomber sur la prison improvisée servant à enfermer les soldats prisonniers de la bataille qui avait eu lieu quelques heures auparavant. Celle-ci était gardée par trois hommes qui se mettaient à frapper quiconque daignait passer sa main au travers des barreaux.

- Fermez-là tous, bande d'incapables, cria l'un des soldats, en pointant les soldats blessés avec son fusil M16.

Kyuu et Roku restaient immobiles devant la cruauté dont faisait preuve les soldats de Fukase. Finalement, cela les confortait encore davantage dans leur position. Ils ne pouvaient cautionner cela.

- Viens, on passe par l'autre côté, admonesta Kyuu. « On ne peut rien faire pour eux, malheureusement. »

Roku suivit son frère à reculons, ne pouvant détacher son regard triste de la prison.

Ils arrivèrent quelques minutes plus tard au pied du rempart sud du village. Les jumeaux analysèrent rapidement la hauteur de celui-ci et se préparèrent à le grimper. Kyuu eût à peine le temps de poser ses mains sur le mur qu'il fut interrompu:

- Hé !

Les jumeaux se retournèrent, figés par la surprise et la peur. Dans la pénombre, ils distinguèrent une silhouette fine, bordée de long cheveux rouges qui flottaient dans le vent. Leora se tenait devant eux.

- Qu'est-ce que vous faites là ?

- Vous nous avez suivis ? interrogea Kyuu.

- Ce n'est pas la question ! rétorqua la mercenaire. « Qu'est-ce que vous foutez là en pleine nuit ? »

Les jumeaux ne pipèrent mot.

- Vous vouliez vous enfuir, c'est ça ?

- Euh... Roku balbutia, et commençait à transpirer sous la pression.

- Ne dites rien à Fukase. Kyuu se décida de plaider coupable. De toute façon, son frère et lui avaient été pris en flagrant délit.

- Ça, je ne sais pas... Il faudra voir, sourit Leora. « Qu'est-ce que je gagne en échange ? »

Kyuu ne savait pas quelle réponse apporter. Il n'avait, en effet, rien à proposer.

- Cela ne se reproduira plus ! On vous le promet ! hurla Roku, cherchant des excuses.

Leora réfléchit. Elle disposait dorénavant d'un point de pression sur les jumeaux, et elle aimait plus que tout se sentir supérieure. En outre, elle se doutait qu'elle pourrait dans l'avenir profiter de cette position.

- C'est d'accord, je ne dirai rien pour l'instant, mais tenez-vous à carreaux désormais !

La guerrière insista sur l'expression "pour l'instant", en signifiant aux jumeaux que sa magnanimité ne pouvait être que temporaire. Le reste dépendait d'eux.

Dépités, Kyuu et Roku rentrèrent à la maison du chef. Leora ouvrait la marche quelques mètres devant eux, le regard satisfait. L'aîné observa la face déçue de son frère, le prit par la taille, et lui murmura à l'oreille:

- Ne t'inquiète pas, mon frère ! Nous trouverons un autre moyen...

 

***

 

Au Palais royal, la Reine Luka faisait les cent pas dans sa chambre, la tête abaissée. Elle tenait dans ses mains un petit carnet et un crayon, et réfléchissait à voix basse. Quelle tenure aurait le discours qu’elle tiendrait devant son peuple ? Devait-elle adopter un ton trivial, voire belliqueux ? Ou au contraire, un ton rassurant ? Toutes ces questions se bousculaient dans son esprit. La souveraine ne s’était jamais retrouvée face à pareille situation. Elle demeurait surtout une femme de l’ombre. Même si elle avait déjà accompli de bonnes choses pour le pays de Kuni, elle ne se mettait jamais en avant.

Soudain, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Peu de personnes pouvaient se permettre de se montrer ainsi dans ses appartements personnels. Il devait donc s’agir que de Meiko ou de Miku. La Reine ouvrit lentement la porte, et aperçut la longue chevelure turquoise de la commandante, et la fit entrer.

- Vous me paraissez bien perplexe, ma Reine. Qu’y-a-t-il ?

- C’est ce discours… Je n’ai jamais fait ça, je ne parviens pas à trouver les mots…

Miku tendit la main vers le carnet : « Puis-je y jeter un œil ? », demanda-t-elle calmement.

- Oui, bien sûr. Toute aide est bienvenue !

La patronne de la garde s’empara du cahier, et se mit à feuilleter les multiples pages blanches. Puis, elle se dirigea, toujours d’un calme olympien, vers la fenêtre, et jeta le carnet dans la rivière qui s’écoulait derrière le Palais.

- Mais qu’as-tu donc fait ? s’écria Luka.

- Je vous aide, ma Reine. Vous ne parviendrai à rien de cette façon.

Miku se dirigea vers sa plus proche amie, et lui posa la main sur la poitrine. « Votre discours, il doit venir de là. Dites-leur ce que vous pensez. La sincérité sera toujours plus forte que le poids des mots ».

Luka demeurait silencieuse, alors que Miku la gratifia d’un sourire rassurant. La Reine sourit également en retour, bien que son expression restât un peu forcée. Puis, la commandante quitta la chambre, sans prononcer un seul mot.

 

***

 

Dans la cour de la caserne de l’armée, l’agitation battait son plein. Len suivait un entraînement intensif en compagnie de Gumi, qui ne le ménageait pas. Tous deux pratiquaient des exercices d’opposition au sabre. Rin, quant à elle, était restée sur le côté, la jambe toujours en attelle.

- Comment Rin fait-elle pour supporter une telle rapidité ? pensa Len. « C’est tout bonnement inhumain ! »

Le jeune homme fut rapidement extirpé de ses pensées par une violente claque sur le dessus de la tête.

- Arrête de rêver ! glapit Gumi. « Reste concentré ! Je ne resterai pas sympa très longtemps ! »

Len fit ensuite quelques pas en arrière, de sorte de reprendre son souffle.

- Eh bien, mon pauvre ami, on n’est pas sorti du sable. Il va falloir te bouger si tu veux augmenter ton niveau ! »

Len fit mine de rien entendre. Il ne voulait pas répondre aux provocations de son instructrice. Gumi s’approcha donc du jeune blond, et le murmura à l’oreille :

- Tu veux protéger ta sœur contre ses sabreurs aux cheveux verts ? Parce que pour l’instant, tu es loin de leur niveau. Je me demande même si tu tiendrais plus de deux minutes face à eux…

Une lueur de rage se fit alors remarquer dans les yeux de Len.

- On dirait que j’ai touché un point sensible ! se réjouit Gumi. « Viens, maintenant, montre-moi ce que tu sais faire ! »

Un combat acharné débuta donc entre les deux combattants. Len se battait désormais sans la moindre retenue, blessé dans son amour propre. Cependant, le niveau de la lieutenante à la tenue orange était bien supérieur, mais celle-ci s’étonna tout de même devoir employer certaines techniques élaborées pour contrer les attaques répétées de son adversaire. Quelques minutes plus tard, la calme revint dans la cour. Le vent soufflait à nouveau, faisant se lever légèrement le sable présent dans l’arène.

- Tu vois quand tu veux ! Tu devrais me montrer ça plus souvent…C’est tout pour aujourd’hui, entraînement terminé. Demain, on refait la même chose !

Len esquissa un sourire de satisfaction. Il se dirigea ensuite vers sa sœur qui se leva avant de reprendre le chemin vers leur chambre.

- Minute papillon ! interrompit Gumi.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? sursautèrent les jumeaux.

- Rin, tu vas venir avec moi. Il est temps de t’apprendre les rudiments de la stratégie militaire.

- Comment ça ? s’interrogea la jeune fille.

- D’après Miku, tu as montré des signes d’excellence en ce qui concerne la stratégie. Elle veut donc que je t’en apprenne les bases sérieusement, afin que tu puisses nous aider dans la guerre qui s’annonce, malgré ta blessure.

Une expression de satisfaction mêlée d’une légère crainte parcourut le visage de Rin. Elle était honorée de ne pas avoir été laissée sur le côté, mais elle devait également prendre de nouvelles responsabilités, et elle ne savait pas si elle était prête.

- Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Allez, viens tout de suite. On n’a pas de temps à perdre.

 

***

La foule était amassée devant le balcon luxuriant du Palais Royal. De nombreuses affiches avaient été placardées à travers toute la ville, annonçant une allocution urgente de la Reine Luka l’après-midi. La population s’était donc pressée en masse devant le château. Les spéculations allaient bon train. Depuis le début de son règne, Luka n’avait à aucun moment jugé utile de s’adresser de cette façon au peuple. Les rumeurs avaient déjà fait leur chemin, de sorte que la plupart des citoyens présents savaient déjà pour le meurtre des chefs de village, et pour la guérilla qui était en train de se former dans leur pays. Mais ils en ignoraient l’origine ou les détails.

Dans un brouhaha assourdissant, la Reine se montra après quelques dizaines de minutes sur le balcon du Palais. Elle portait une robe de couleur rouge assez courte, loin de ses standards habituels. Son vêtement arborait un design excessivement simple, comme si elle voulait déjà signifier que l’heure n’était pas aux plus belles parures.

Elle se montra donc sur une petite estrade, et prit une profonde respiration. Le calme avait subitement pris sa place parmi l’assistance.

« Mes très chers sujets… », balbutia-t-elle. « L’heure est grave… »

Ces hésitations, ainsi que les premiers mots de la Reine avaient déjà semé le doute parmi le public. Luka observait de loin les visages défaits des personnes placées au premier rang, et resta ensuite murée dans son silence pendant de longues secondes. Elle se retourna ensuite vers Miku, qui posa sa main sur sa poitrine, comme pour lui faire passer un message.

Luka observa son amie, et lui signifia par un acquiescement qu’elle avait compris. Puis, elle s’avança de nouveau sur son promontoire.

« Mes chers amis et sujets ! Je ne veux rien nous cacher. Nous faisons aujourd’hui face à une menace, plus forte encore que celle que nous avons connue il y quinze ans. L’ennemi nous a déjà pris plusieurs villages, mais, je peux vous assurer qu’il ne nous mettra pas à terre. Et vous savez pourquoi ? Parce que je crois dans le courage des habitants du pays de Kuni, je crois en les capacités de la Garde royale. Je crois en cet esprit qui nous anime tous : nous ne laisserons jamais le champ libre à la cruauté. Alors, comme toujours, nous allons nous battre, montrer à cet ennemi d’un nouveau genre que rien ne nous fera tomber, que les barrières de Kyôu sont impénétrables, et que nous lutterons jusqu’à la dernière minute ! La commandante Miku et ses troupes sont déjà en train de préparer la défense de la ville et du pays, et de réfléchir à une contre-attaque. Je peux vous assurer que je ne laisserai plus le sang de mes sujets couler.

Je me souviens… Lorsque j’étais enfant, lorsque la Grande Guerre Magique a éclaté, personne n’aurait misé sur notre victoire, au vu de l’apparente supériorité des Magiciens. Et pourtant, quinze ans plus tard, nous sommes toujours là, debout et fiers. Alors, je veux passer un message à notre ennemi : vous voulez vous emparer de notre pays, le mettre à feu et à sang, mais préparez-vous, car ce ne sera pas une mince affaire. Les temps à venir seront difficiles, mais je suis convaincue, au plus profond de moi-même, que nous sortirons vainqueurs. Notre fierté et notre courage conduiront nos ennemis à la défaite ! »

La souveraine avait dissimulé une épée qu’elle dégaina rapidement à la vue de la foule, qui se mit à l’acclamer. Elle, d’habitude si calme et fragile, avait décidé de montrer un nouveau visage. Personne ne pouvait se permettre de s’attaquer à son peuple.

Elle salua la foule, puis retourna vers Miku, qui l’attendait le pouce levé. Son discours improvisé avait permis à la population d’oublier pendant un court instant ses craintes. En outre, le pays savait maintenant que l’état-major réagissait. La commandante de la Garde partit rapidement vers la caserne pour organiser les troupes de défense de la capitale, en prévision d’une prochaine attaque.

Partout dans la capitale, les soldats s’entraînaient d’arrache-pied, la motivation retrouvée. Rin et Len se trouvaient avec Gumi, tandis qu’Alys travaillait ses capacités au Koryu dans son coin, en tentant toujours de déchiffrer les notes de son père.

Au crépuscule, Miku s’empara également du sabre qui trônait fièrement dans son bureau :

- Maintenant, il est temps pour moi aussi de m’y mettre.

Toute la ville de Kyôu se trouvait désormais sur le pied de guerre, tandis qu’au village d’Hayashi, Fukase préparait sa prochaine attaque.

 

***
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 23 juin 2017, 19:29:55
Coucou !

Et voilà le chapitre 19 !

Spoiler

Chapitre 19 : Love Is War

Alys se tenait droite, au milieu d’une pièce sombre, éclairée par deux bougies déjà bien entamées. La salle d’entraînement qu’on lui avait attribuée était équipée d’une table et de deux simples chaises en bois. Le reste, d’une superficie de quelques mètres carrés restait désespérément vide. Sur la table basse était posé le livre de Monsieur Vo, ouvert environ à la moitié. On pouvait y voir de nombreuses notes manuscrites et quelques croquis. Les yeux clos, ses bras bringuebalaient le long de son corps. Elle tentait de reproduire les mouvements inscrits sur les schémas tracés par son père. Avant chaque prise fantôme, la villageoise prenait une longue respiration. Elle essayait de concentrer son énergie mais aucun résultat concluant ne ressortait pour l’instant de ses sessions d’entraînement. Elle finit donc par s’asseoir, la tête baissée, sur la minuscule chaise poussiéreuse, et se mit une nouvelle fois à feuilleter l’ouvrage.

Plusieurs fois, elle se remémorait l’épisode de la bataille d’Uchi, et la mort de ses proches. Puis, elle se rappelait qu’une grande partie du destin du pays reposait sur sa réussite. Souvent, elle essayait de rejeter cette idée, de peur qu’elle ne lui provoque un trop plein de pression, et se remettait au travail. Mais, après plusieurs heures de travail acharné sans la moindre issue, le moral était au plus bas.

C’est alors qu’une personne frappa lentement et délicatement à la porte. Alys sursauta. D’habitude, personne ne la dérangeait pendant son entraînement, de peur de venir troubler sa concentration. Cela la désolait d’ailleurs. Elle aurait bien aimé avoir une quelconque compagnie pendant les moments difficiles. Elle accusait encore le coup de la perte de sa famille. Rin et Len était bien présents le soir, mais eux aussi étaient préoccupés par leur entraînement avec Gumi. Ce qui résumait par conséquent leurs soirées à un sommeil relativement précoce.

La jeune femme à la tresse s’approcha prudemment de la porte d’entrée et l’ouvrit lentement. Elle aperçut ensuite dans la pénombre un jeune homme à lunettes familier, et poussa un soupir de soulagement.

- Désolé de vous déranger, chuchota le jeune homme.

Il bafouilla. Le bibliothécaire s’en voulait déjà de déranger l’apprentie guerrière durant ses mouvements et se cachait le visage par honte.

- Ce n’est rien... sourit Alys. « Entrez donc, Shirosaki. »

Le visage du garçon se marqua d’un sourire satisfait. « Elle se rappelle de mon nom ! » pensa-t-il, et il s’en réjouit. La Koryuiste remarqua l’expression de Yuudai, et lui fit la remarque :

- Pourquoi un tel sourire ?

- Euh… Pour rien, je suis juste heureux de vous revoir…

Il fouilla directement dans son sac, évitant par la même occasion le regard d’Alys, et en sortit un épais grimoire.

- Je suis venu vous apporter ceci. C’est un des rares livres sur le Koryu. Il était conservé dans la bibliothèque. Je me rappelais l’avoir lu, et je me suis dit que cela pourrait vous être utile.

La jeune femme fut très honorée par la sollicitude de Shirosaki. Celui-ci était d’ailleurs arrivé au meilleur moment, elle qui se sentait désespérément seule pour le moment. Ils s’installèrent donc à la simple tablée. Quelques gouttes de sueur perlaient le long du front d’Alys. Elle les essuya rapidement, puis lança un regard de désolation envers son invité.

- Ce n’est pas facile… commença-t-elle timidement. La villageoise n’était pas du genre à se plaindre, encore moins devant un homme qu’elle venait à peine de rencontrer, mais elle devait maintenant vider son sac.

- Je comprends, rétorqua Yuudai. « En tout cas, vous faites preuve d’un sacré courage pour vous embarquer dans cette mission. Cela force l’admiration ! »

Alys ne trouva pas quelle réponse apporter à son affirmation. A vrai dire, elle ne s’était jamais considérée comme une personne exceptionnelle, bien au contraire. Même si elle était l’une des dernières représentantes d’un art oublié, la ségrégation dont elle avait été victime dans sa jeunesse avait eu des répercussions sur sa confiance en elle. Et cela se ressentait encore à l’instant présent. Par ailleurs, Shirosaki était la première personne qu’elle rencontrait à faire preuve d’un véritable fanatisme envers les Koryuistes. Cela avait contribué à le rendre sympathique. La fille à la tresse croisait enfin quelqu’un qui ne la voyait ni comme un monstre, un être inférieur ou dangereux, ou encore une arme, Rin et Len mis à part.

Les deux jeunes adultes étaient installés de part et d’autre de la vieille table en bois. Alys s’était mise à consulter le grimoire fourni par le bibliothécaire, qui lui donnait par le même temps quelques compléments d’informations glanées au fil de ses lectures sur le Koryu. Puis, au fur et à mesure, la conversation gagna en profondeur. Tout d’abord, Alys en apprit davantage sur la vie et la personnalité de son nouvel ami, et également sur sa fascination pour le Koryu. Cela remontait à l’époque de la Grande Guerre Magique. Alors que son village était attaqué par la Guilde des Mages, et son père fait prisonnier, un pratiquant du Koryu l’avait sauvé des griffes de quelques magiciens qui voulaient attenter à sa vie. Pour le jeune garçon de cinq ans qu’il était, cela constituait une véritable révélation.

- Et votre père ? demanda Alys, quelque peu gênée.

- Malheureusement, il est mort durant la guerre, pendant une bataille. Ma mère ne s’en est jamais remise, et s’est éteinte à petit feu…

La jeune femme présenta directement ses excuses. Sous ses airs de garçon timide, Shirosaki cachait également un lourd passé. Comme la plupart des jeunes de Sekai dans la vingtaine, victimes collatérales du conflit. En effet, on ne comptait plus les familles qui avaient perdu un membre dans l’une des nombreuses batailles.

Shirosaki était d’assez frêle constitution. De ce fait, il abandonna rapidement l’idée de suivre les traces de son père et de rejoindre l’armée. Il était davantage passionné par l’art et les lettres. Alys découvrait devant elle une personne avec qui elle partageait étonnement énormément de points communs. Ainsi, ils passèrent plusieurs heures à discuter de choses et d’autres. La majorité de leurs sujets de discussion tournait autour de la musique et la littérature; deux domaines que les deux jeunes gens appréciaient particulièrement. Pendant plusieurs heures, Alys oublia la pression qui pesait sur ses épaules, mis de côté son rôle d’arme de la Garde royale, et retrouva tout simplement son statut d’être humain, avec ses passions, ses centres d’intérêt. Elle se retrouvait en face d’un homme particulièrement cultivé, et qui pourtant ne faisait pas étalage de ses connaissances. Yuudai restait en effet très modeste dans ses paroles.

Les heures passaient extrêmement rapidement. Absorbés par leur conversation, les deux nouveaux amis n’avaient même pas remarqué que le Soleil était déjà couché. Ce n’est que lorsque que les deux bougies de la pièce s’éteignirent qu’ils se rendirent compte du temps qu’ils avaient passé ensemble. Cette rencontre avait eu l’effet d’une bouffée d’air frais pour Alys, tandis que Yuudai paraissait très heureux d’avoir pu passer autant de temps en compagnie de la jeune femme.

Ils retournèrent ensuite dans le couloir silencieux de la caserne de la Garde royale. Face à face, ils se serrèrent tendrement et promirent de se retrouver rapidement.

Alys retourna dans sa chambre, en compagnie de Rin et Len, l’esprit encore dans les étoiles.

 

***

 

Dans la forêt qui bordait le village d’Hayashi, Yuma progressait lentement entre les fourrés. Il avançait en rampant, prenant soin de ne pas se faire repérer. Par chance, le village était entouré par de nombreux arbres d’assez grande taille, ainsi que de buissons. En outre, les hommes de Fukase n’avaient pas eu comme consignes d’agir de manière furtive. Ainsi, le lieutenant de la Garde royale pouvait les entendre approcher d’assez loin pour emprunter un autre itinéraire et donc, parvenir lentement à son objectif.

L’officier s’était mis dans l’idée de pratiquer une mission d’espionnage. Bien sûr, elle s’avérait particulièrement risquée, surtout qu’il se retrouvait seul. Mais, il espérait que Fukase et ses hommes soient davantage occupés par leur prise du village que par son éventuelle présence. Il pourrait ainsi obtenir plus d’informations sur l’organisation de sa guérilla, qui pourraient se révéler déterminantes pour la guerre qui s’annonçait. Cependant, ne disposant d’aucun renfort à proximité, il devait rester prudent. Son rôle dans l’état-major de la Garde était trop important pour qu’il prenne un risque trop important de se faire capturer. Il avait donc décidé de se faufiler dans le hameau en tant que simple observateur. Il éviterait ici les démarches un peu trop entreprenantes.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Yuma parvint au pied des remparts du village. Il était toujours couché sur le ventre (son équipement noir était d’ailleurs déjà bien marqué). Il s’accroupit derrière un large buisson et observa les environs. Le mur d’enceinte, si on pouvait l’appeler comme tel, était construit en bois, et disposait de quatre entrées situées aux points cardinaux, toutes gardées. Yuma patientait et réfléchit à une stratégie. Il ne pouvait pas attaquer l’un des postes de garde, il courrait le risque que celui-ci sonne l’alerte. Non, il devait se débrouiller pour entrer sans être vu. Sa seule solution était de forcer la muraille en bois. Pour ce faire, il partit se positionner au sud-est du village (alors qu’il se trouvait devant l’entrée est). Par chance, il remarqua que cette partie de l’enceinte était riche en végétation, et à peine surveillée. Comme les gardes de Fukase étaient postés aux quatre points cardinaux, même s’ils entendaient le bruit provoqué par Yuma quand il forcerait la muraille, ils prendraient un certain temps avant d’arriver sur les lieux. Le lieutenant dégaina donc son sabre et attaqua le mur en bois. Le bois utilisé était relativement ancien et commençait à pourrir, il put donc se permettre de ne pas trop forcer avant de s’ouvrir une brèche. Par prudence, il espaça de quelques minutes chaque coup de katana, pour éviter d’éveiller les soupçons. Après quelques instants, il parvint à se glisser à l’intérieur du village d’Hayashi. Première partie de la mission accomplie.

Yuma ne s’y était jamais rendu. Il progressa dans les rues du village, désertes, en rasant les murs. Au détour d’une rue, il croisa une patrouille armée, mais se dissimula derrière un tonneau placé là par le marchand de saké situé à proximité. Sans peine, il arriva à se frayer un chemin vers la place, où un spectacle bien funeste l’attendait.

Fukase se tenait debout, fier, malgré sa petite taille, devant la hutte du chef de village. A ses côtés, ses trois généraux, Kyo, Yuu et Wil restaient immobiles. En face d’eux étaient alignés ce qu’il restait de l’escadron de la Garde royale qui avait tenté de défendre Hayashi, une dizaine de soldats ensanglantés tout au plus.

Kyo tenait en joue le premier militaire de la file, et le persuada d’avancer en direction du chef.

Un large sourire s’inscrit sur le visage de Fukase :

- Bon, mon petit… On peut dire que tu te trouves dans une situation pour le moins désespérée...

Le soldat ne formula aucune réponse, mais expirait fortement. Des gouttes de sueur perlaient le long de son front.

- Je te laisse pourtant encore une chance de t’en tirer, poursuivit l’homme aux cheveux rouges. « Je me doute que la Reine Luka prépare en ce moment même la défense de sa capitale. Allons droit au but. Je veux toutes les informations en ta possession. Ni plus, ni moins. Ses stratégies de défense, tout ça… Tu dois bien savoir quelque chose ! »

Le silence régnait sur la plaine du forum. Le prisonnier restait cependant peu impressionné par son interlocuteur, et le fixa dans le blanc des yeux. Puis, il prononça calmement ces mots :

- Plutôt mourir...

Le sourire de Fukase ne s’était toujours pas effacé de son visage.

- Ça peut se régler !

D’un geste de la main, le chef ordonna à Wil de s’approcher du soldat. Le lieutenant approcha alors son pistolet de la tempe du prisonnier, et appuya sur la détente. Un immense flot de sang s’échappa du côté droit du crâne du soldat, qui s’écroula directement sur le sol poussiéreux, teinté maintenant de couleurs écarlates.

Wil retourna rapidement à sa place. Puis, Fukase s’écria :

- Quelqu’un d’autre est candidat au courage par ici ?

Yuma était resté caché derrière le mur d’une petite habitation située en bordure de la place, et observait l’exécution sommaire de loin. Au moment de la détonation, son ventre se mit à gargouiller. Il ressentait de la colère, de l’impuissance et du dégoût. Il déglutit difficilement. Pourtant, il se devait de rester à sa place. Pour l’instant, il se trouvait dans l’incapacité d’agir. Seul, il ne pouvait rien, d’autant plus qu’il s’agissait de la première fois qu’il voyait ce type d’armes être utilisé. Divers sentiments traversèrent son esprit, de la rage à la tristesse, en passant par la peur. Comment lutter contre un ennemi si puissant ?

A la suite passèrent les autres soldats. La même question leur était posée. Tous, par soucis de loyauté envers leur pays, refusèrent, et furent de la même façon sauvagement exécutés. Fukase et ses trois lieutenants avancèrent donc au travers des corps inertes et se posèrent fièrement devant le dernier soldat vivant. C’était un jeune homme de moyenne taille aux cheveux bruns foncés, coiffés en queue de cheval.

- Tu ne comptes pas faire la même bêtise que tes camarades, j’espère ? lui lança Fukase.

Les larmes coulaient le long des joues du jeune soldat.

- Non, Monsieur… Je viens de fonder une famille… Ma femme et mon fils m’attendent à la maison. Je veux les revoir… murmura-t-il lentement. Son discours était pétri d’hésitations.

L’interrogatoire fut soudainement interrompu par le retour de Leora, qui accompagnait les jumeaux Genshine. Kyuu et Roku baissèrent la tête. Le cadet observa cette macabre scène, et fut pris de nausées.

- Où étiez-vous passés ? Vous n’avez pas tenté de vous enfuir tout de même ? demanda Fukase.

- Nous étions parti faire une ronde dans le village… rétorqua Kyuu. Leora affichait une mine assez dérangeante, et eut un petit rictus malicieux à l’égard des jumeaux.

- Et qui vous a demandé de faire une ronde ? C’est le rôle des soldats, ça ! pesta le chef. « Je commence à en avoir assez de votre insubordination. On en reparlera quand j’en aurai terminé ici… Prenez place à mes côtés. »

Leora s’installa rapidement à la droite de Fukase. Kyuu prit place, en compagnie de son frère à côté de la mercenaire.

- Euh… Sommes-nous obligés d’assister à tout cela ? interrogea timidement Roku.

Le plus jeune frère éprouvait les pires difficultés à voir se faire massacrer des innocents. Même si leur tuteur les avait engagés comme gardes du corps personnels, et leur donnait de temps à autres quelques missions d’assassinat. Roku exécrait la violence. Il tenait le coup en évitant de tuer le plus possible les cibles. Et, dans le cas d’une mission létale, il se disait que cette personne ne devait pas être innocente. Mais là, c’en était trop pour lui.

- Mon cher Roku, tu es bien trop jeune et trop fragile. Aujourd’hui est une leçon, lui répondait Fukase. « Tu dois apprendre que rien dans la vie n’est juste. Et que la loi du plus fort prime ! Je t’ordonne de rester ici, les yeux grands ouverts. »

Le trentenaire se tourna ensuite vers le jeune soldat de la garde.

- Bon, reprenons, où en étions-nous ? Oui, c’est ça, en échange d’informations, je te garantis que je te laisse rejoindre ta famille. Qu’en penses-tu ?

Le prisonnier éclata en sanglots. Il ne voulait pas passer pour un traître, mais se remémorait le souvenir de la naissance de son enfant. Juste à ce moment, il tomba, le ventre contre le sol, et s’évanouit.

- Ils ne servent donc à rien, ces soldats ! Wil, liquide-le, il est inutile aussi !

Le lieutenant s’exécuta et braqua son arme à une quarantaine de centimètres au-dessus de la tête du soldat évanoui.

A ce moment, le sang de Yuma ne fit qu’un tour, mais il ne pouvait pas bouger d’un pouce. Dans son empressement, il se montra imprudent et marcha sur quelques branches d’arbres qui étaient déposées là. Le bruit attira l’attention de Fukase et ses hommes.

- Qu’est-ce qu’il se passe par là ? Un intrus !

Yuma était découvert. Wil s’empressa d’actionner la gâchette de son revolver. Alors que la détonation de l’arme à feu résonnait, Yuma prit directement la fuite, tandis que Fukase pesta violemment.

- Leora, poursuis-le, s’écria-t-il.

- A vos ordres ! Vous, venez avec moi ! lança-t-elle en direction de Kyuu et Roku.

Le lieutenant aux cheveux roses était connu pour sa rapidité. Si bien qu’avec les quelques mètres d’avance qu’il possédait, il était quasiment impossible pour quiconque de le rattraper. Les jumeaux Genshine s’avéraient être de bons coureurs, jeunes et rapides, mais leur état d’esprit n’était pas au beau fixe. Ils ne se montrèrent pas très efficaces. D’ailleurs, avaient-ils encore envie de poursuivre cet homme ? Depuis un bon moment, ils ressentaient l’idée d’appartenir au mauvais camp. Pourquoi encore s’échiner à assouvir les désirs de Fukase, vu son comportement actuel ? Toutes ces idées traversèrent l’esprit des deux frères, alors que Yuma prit rapidement la direction de la sortie d’Hayashi, avant de s’enfoncer dans la forêt. Leora avait bien tenté quelques techniques du Koryu pour le freiner. Sans succès.

Les trois subalternes retournèrent donc vers le forum du village, où Fukase les attendait, le visage rouge écarlate de colère.

- Désolé, patron. Il était bien trop rapide. Nous n’avons rien pu faire… s’attristait Leora.

- Mais qui était cet homme ?

- Je l’ai déjà vu, lors de notre dernière opération à Kyôu. Il s’agit d’un lieutenant de la Garde royale, l’un des assistants de la commandante. Un membre important de l’état-major…

Fukase dégaina un petit couteau, placé dans un fourreau situé à se cuisse droite. Il s’écria entre ses dents :

- Il ne paie rien pour attendre, celui-là.

 

***
 

A la caserne de la Garde royale, les jumeaux Kagamine traversaient les couloirs sombres en compagnie de Gumi. En l’absence de Yuma, la guerrière avait été chargée de l’entraînement de Len. Celui-ci en avait d’ailleurs accusé le coup. Sa nouvelle préceptrice se montrait encore plus sévère avec lui, il était d’ailleurs revenu de sa dernière passe d’armes avec elle trempé par la transpiration. De son côté, Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher, apprenait les rudiments de la stratégie militaire avec son ancien professeur. Gumi était moins un peu douée que Miku dans ce domaine, mais la commandante de la Garde était bien trop occupée à organiser les défenses de la capitale en prévision de l’attaque de Fukase que pour éduquer une recrue. Pourtant, elle avait décelé chez Rin une certaine intelligence stratégique qu’elle se devait d’utiliser. Couplée à ses connaissances sur les armes de l’ennemi, la jeune adolescente pourrait être d’une aide cruciale pendant les batailles.

Les jumeaux avaient d’ailleurs discuté de leur situation et de leur implication dans le conflit la veille. Ils étaient arrivés à la conclusion que, malgré leur inexpérience, participer au combat était la meilleure manière pour eux de trouver un chemin vers leur monde. Ils étaient désormais certains que Fukase et les Genshine étaient originaires de chez eux. Par conséquent, ils devaient disposer d’un moyen pour voyager entre les univers. C’était là leur objectif, au grand dam d’Alys d’ailleurs, qui devait se mettre à l’évidence. Ses deux nouveaux amis finiraient bien par la quitter.

Les jumeaux blonds et la guerrière à la tenue orange pénétrèrent donc dans la cour centrale de la caserne. Le Soleil venait de se coucher, tous les soldats étaient déjà rentrés dans leurs dortoirs respectifs, et on pouvait entendre le souffle du vent dans le patio. Tous les trois aperçurent soudain une silhouette familière gigotant dans tous les sens, pratiquant çà et là des mouvements relativement compliqués, et bondissant parfois majestueusement. La chevelure turquoise de la guerrière qui s’entraînait devant eux vagabondait au fil de ses déplacements. La lumière blanche de la Lune reflétait sur son visage. Rin et Len furent étonnés : il s’agissait de la première fois qu’ils voyaient Miku à l’œuvre, et il fallait bien avouer qu’elle se montrait impressionnante. Tout était juste. Ses mouvements étaient précis, sans fioriture, ni geste inutile. Gumi, elle, gardait un air sérieux, quoique légèrement inquiet.

Lorsqu’elle vit ses trois subalternes s’approcher d’elle, Miku s’arrêta net. Son visage restait fermé. Elle s’avança alors vers Gumi, sentant que celle-ci avait quelque chose à confier :

- Eh bien, ça fait longtemps que je vous ai vu vous entraîner avec une telle fougue.

Miku restait calme, et gratifia Rin et Len d’un léger regard.

- On ne sait jamais Gumi. L’heure est grave. On n’est jamais trop prudent !

- Ne me dites pas que vous vous inquiétez, vous ? s’interloqua la lieutenante.

- Je n’aime pas cette impression… Mais, je dois être honnête… Oui, je suis inquiète…

Les Kagamine restèrent cois. La commandante, qui était d’habitude si sûre d’elle, si entreprenante, paraissait maintenant complètement perdue. Rin réfléchissait. La jeune fille fit preuve de compassion. Miku avait dû faire face à la pression ces derniers temps. La défense et la sécurité de tout le pays reposait presque entièrement sur ses épaules. Elle représentait également une confidente pour la Reine Luka, qui lui faisait part de tous ses questionnements. Son rôle de commandante et de conseillère devait commencer à lui peser, d’autant plus qu’elle ne laissait jamais rien transparaître et restait en tout temps impassible.

Rin s’avança vers la patronne :

- Vous savez… Je pense que c’est normal de ressentir cette impression. Mais, soyez certaine d’une chose. Vous n’êtes pas seule. Le destin du pays ne repose pas uniquement sur vous, mais sur toute l’armée. Si nous agissons tous ensemble, nous pourrons trouver une issue à ce conflit.

La jeune femme retrouva subrepticement le sourire. Gumi éprouvait des sentiments contraires. En effet, personne n’avait jamais osé se montrer aussi proche de la commandante. Mais, d’un autre côté, c’était peut-être ce dont Miku avait besoin pour le moment.

- Merci Rin. Cela me fait chaud au cœur.

Les quatre guerriers furent soudainement interrompus par le bruit du galop d’un cheval qui s’immobilisa au centre de la cour. Yuma le chevauchait. Il descendit rapidement, et effectua un salut furtif en direction de Miku.

- Yuma ! s’écria-t-elle. « Déjà de retour ? ».

Le guerrier à l’armure noire ne perdit pas de temps. Il informa directement ses collègues de la fuite de quelques villageois, ainsi que de sa tentative d’intrusion dans Hayashi. Il aborda également le sujet fâcheux de la puissance de l’armée ennemie, ainsi que de la mégalomanie manifeste de son leader. Les mots de son discours laissaient transparaître également une certaine crainte.     

- Ce type est un malade… Si nous ne l’arrêtons pas, nous courrons à la catastrophe…

- Je vois… rétorqua Miku. « Notre seul espoir pour l’instant est qu’Alys parvienne à maîtriser les techniques de son père. Je suis allée la voir toute à l’heure. Elle m’expliquait avoir fait pas mal de progrès, mais avait encore besoin de temps. Cela risque d’être juste…

- Il y a une autre chose, interrompit Yuma. « Il me semble également déceler des dissensions dans son groupe. »

- Des dissensions ? Que veux-tu dire par là ? demanda Miku, alors que Gumi, Rin et Len restaient attentifs.

- Surtout avec les jumeaux que nous avions déjà croisés. Je pense qu’ils ne soutiennent pas totalement les actions de leur maître. Tout cela pour dire que cet homme ne sera peut-être pas suivi tout le temps par son armée… ajouta-t-il en faisant référence à la scène dont il avait était témoin quelques heures plus tôt.

Cette dernière remarque fit sursauter Rin et Len. Il y a quelques temps, les jumeaux avaient déjà eu une discussion à propos des frères aux cheveux verts. Rin se sentait relativement proche d’eux et ne pouvait l’expliquer. Elle semblait également émettre l’hypothèse qu’ils n’étaient pas si mauvais.

- De toute façon, occupons-nous d’abord de notre camp. Nous n’avons que faire du leur, conclut Miku.

Il faisait désormais nuit noire, et la tension était remontée d’un coup. Tous remontèrent tranquillement dans leurs quartiers : Miku la première, suivie par Gumi et Yuma qui s’effleurèrent rapidement la main, puis Rin et Len, plongés dans leurs pensées.

 

***
 


Quelques jours plus tard, les jumeaux reprenaient une nouvelle fois le chemin de leur chambre après leur session d’entraînement. Rin poussa directement la porte d’entrée et surprit Alys, qui était accompagnée de Shirosaki Yuudai.

Alys et Shirosaki étaient tranquillement assis sur le lit de la jeune femme à la tresse, et étaient en train de discuter.

- Désolée de vous avoir dérangés… Je pensais que tu étais seule, Alys, s’excusa Rin.

Le bibliothécaire restait muet, se cachant parfois le visage avec sa main.

- Ce n’est pas grave, rétorqua Alys. Elle ne savait pas trop quoi ajouter.

Shirosaki se leva alors, préférant laisser la place aux jumeaux, qui avaient bien besoin de se reposer.

- Je vais retourner à la bibliothèque, dit-il. « Pardonnez-moi pour le dérangement ».  Il salua ensuite respectueusement Rin et Len. Puis, il s’approcha d’Alys, s’immobilisa quelques secondes. Leurs regards se croisèrent. Puis, il la salua calmement et prit congé.

Rin attendit que le jeune garçon ait pris ses distances d’avec la chambre, et lança à Alys :

- Tu es souvent avec lui, ces derniers temps… commença-t-elle dans un sourire. « Il ne se tramerait pas quelque chose ? »

Alys restait pétrifiée, quelque peu gênée…

- Il m’est d’une grande aide dans mon étude du Koryu. Il est très érudit, se justifia-t-elle, avant de marquer une pause. « En fait, on a pas mal de choses en commun, et il est très gentil… »

La blondinette se retourna vers son frère, qui lui s’était couché dans sur sa paillasse, n’écoutant que peu ou prou la conversation.

- Je pense qu’elle en pince pour lui… lui murmura-t-elle.

- Rin ! s’écria Alys.   

- Ben quoi ? Ce n’est pas si grave ! Tu peux l’avouer !

- Ce n’est pas le moment de penser à ça… Je suis très occupée pour l’instant, et il m’aide beaucoup.

Rin préféra dès lors remettre cette discussion à plus tard. Len commençait à fatiguer et était proche de trouver le sommeil.

- D’accord, j’arrête de te taquiner… Mais on en reparlera !

Alys resta muette.

 

***

 

La nuit se déroula dans le plus grand des calmes. Toutefois, tôt le lendemain matin, tous furent réveillés par le son des cornes qui donnait l’alerte dans la cité de Kyôu. Quelques secondes plus tard, quelqu’un vint tambouriner à la porte des trois amis. Il s’agissait de Gumi et Yuma. Rin ouvrit la porte et découvrir les deux précepteurs le visage pétrifié.

- Levez-vous, c’est urgent. On signale des mouvements de troupes ennemies dans les environs de la capitale. Descendez vite !

Alys, Rin et Len préparèrent rapidement leurs affaires et se rendirent immédiatement au lieu de rendez-vous, devant la caserne de la Garde royale.

A quelques centaines de mètres de là, l’armée de Fukase progressait rapidement à travers la plaine qui entourait la cité. L’homme à la canne et aux cheveux rouges était posté sur une colline environnante, d’où il profitait d’un splendide point de vue, chevauchant un majestueux étalon blanc. Il était entouré par ses trois lieutenants, ainsi que par Leora qui surveillait de très près les frères Genshine.

- Let’s play now ! s’écria Fukase dans un rire sadique.

 

***




Bonne lecture~
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Youkoulélé le 23 juin 2017, 22:06:05
Ah ! Enfin la suite ! Je suis pas mécontent d'avoir lu tous les chapitres en trois jours pour ne pas louper la parution du dernier :3.

Spoiler
Je le savais qu'il y aurait un truc entre Alys et Shirosaki, ça se voyait à des kilomètres !
En tout cas c'est la grosse hype pour la bataille finale. Ça promet !  :D
Titre: Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 25 juin 2017, 20:22:02
Ah ! Enfin la suite ! Je suis pas mécontent d'avoir lu tous les chapitres en trois jours pour ne pas louper la parution du dernier :3.

Spoiler
Je le savais qu'il y aurait un truc entre Alys et Shirosaki, ça se voyait à des kilomètres !
En tout cas c'est la grosse hype pour la bataille finale. Ça promet !  :D

Merci ! (Ouaah, tu as lu tous les chapitres en trois jours, je suis impressionné  :D. En tout cas, ça fait plaisir !  ;D)

Spoiler
J'avoue que j'ai hésité pour cette partie, je ne sais pas si c'est bien amené...

Oui, les prochains chapitres, c'est la grande bataille. Je vais commencer à les écrire prochainement.
On arrive presque à la fin de la première partie (sur 3 prévues...) donc ça peut encore faire de la lecture xD
Titre: Re : Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Youkoulélé le 25 juin 2017, 22:32:15
Ahah, quand quelque chose me plaît je me lance à fond dedans ;).

Spoiler
C'est vrai que c'est un peu cliché le coup du "je vais resté avec toi pour t'aider à étudier mais au final on aura juste parlé pendant des heures sans voir le temps passer" mais ça permet d'introduire leur relation petit à petit et de s'attacher à Shirosaki. C'est un peu l'opposé de la relation Gumi/Yuma à laquelle, je pense, personne ne s'y attendait.
(sur 3 prévues...)
Ah oui quand même XD, t'as vu les choses en grand ^^. Bonne continuation, j'ai hâte de lire la suite ;D
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 11 juillet 2017, 19:10:19
En tout cas, ça fait vraiment plaisir d'entendre ça (et de t'avoir rencontré à Japan Expo aussi, soit dit en passant^^) Merci !

Et voici le chapitre 20 (que je devais sortir hier normalement, mais je n'ai pas eu le temps xD)

Spoiler
Chapitre 20 : Espoir

Alys, Rin, Len, Gumi et Yuma avaient rejoint Miku, ainsi qu’une partie de l’armée juste devant l’entrée de la caserne de la Garde royale. Partout dans la ville de Kyôu, on pouvait entendre les sirènes qui donnaient l’alerte aux habitants. La panique régnait. Les résidents du quartier noble se pressaient devant le Palais Royal, en espérant trouver davantage de sécurité à l’intérieur de la forteresse. Le chaos était de mise dans toute la ville. Des hordes de soldats déambulaient dans les rues en se dirigeant vers les remparts ouest, d’où venait l’attaque, au milieu des citoyens en panique.
 
Quelques minutes plus tôt, la commandante avait observé la dispersion de son armée. Malheureusement, elle n’avait pas eu le temps nécessaire pour établir une véritable stratégie de défense des citoyens. Ainsi, elle ne sût que faire pour contrôler la panique ambiante; elle avait, en effet, concentré tous ses efforts au maintien des murs de la ville. En aucun cas la guérilla ennemie ne devait pénétrer l’enceinte de Kyôu.
 
Cependant, la patronne devait bien avouer qu’elle ne s’attendait pas à une attaque aussi immédiate. Elle se retourna ensuite vers Alys, et lui posa une question, son regard cherchant un peu de réconfort, et espérant une bonne nouvelle:
 
- Où en es-tu avec la technique du Koryu ?
 
Alys baissa la tête.
 
- Malheureusement, je n’ai pas eu suffisamment de temps pour la perfectionner. Je fais des progrès, mais c’est extrêmement difficile, tentait-elle de se justifier.
- Tu peux protéger combien de personnes environ, demanda Miku dans un élan de logique. Elle essayait de rester impassible, faisant fi de ce qui se déroulait à quelques dizaines de mètres d’elle.
- Je peux étendre le bouclier de protection sur une dizaine de mètres… Donc, je dirai quinze à vingt personnes.
 
Miku réfléchit. Ce nombre était bien trop insuffisant que pour pratiquer l’idée initiale de son plan. Alys n’était pas en mesure de se poster devant les remparts, et de former son bouclier, annihilant par conséquent les attaques ennemies.
 
- Tu te rendras près de la Reine, dans ce cas… conclut la commandante. « Protège-là à tout prix. Elle est le seul espoir qu’il nous reste. Si l’autre taré la capture, c’est terminé. »
 
La jeune femme du village d’Uchi réagit à l’expression « à tout prix ». Dès à présent, elle ressentait tout le poids de la guerre sur ses épaules, ce qui lui apportait un regain de pression. Mais, elle avait accepté les ordres de Miku, et il s’agissait désormais de son fardeau.
 
La commandante se tourna ensuite vers les autres membres de son état-major. Elle ordonna donc à Gumi, Yuma et Len de se poster en gardes devant les entrées du quartier noble, et de sonner l’alerte en cas de comportement suspect. Elle fixa ensuite le jeune garçon blond.
 
- Ça ira, Len ? Tu es prêt ?
 
Le blondinet ne sut pas quelle réponse apporter.
 
- Il a fait pas mal de progrès. Et puis, il a déjà assisté à quelques combats. Il se débrouillera, interrompit Gumi.
- Je vois… fit Miku.
- Tu n’as pas été trop dure avec lui, pendant mon absence, hein Gumi ? demanda Yuma.
- Certainement plus dure que toi. Mais, ce n’est pas bien difficile et ce n’est pas plus mal. Ça lui apprend la vie. Maintenant, il est prêt. De toute façon, nous n’avons pas trop le choix. Nous ne l’avons pas entraîné aux manœuvres de groupe. Il ne pourra s’en sortir qu’en combat individuel, pour l’instant. Il vaut mieux le mettre à ce poste de garde.
 
Len, de son côté, pratiquait de longues et bruyantes respirations, trahissant son état d’esprit. Yuma s’approcha de lui et lui donna une légère claque sur l’épaule, puis lui fit un clin d’œil. Sans prononcer un mot, il parvint à instaurer un peu de confiance dans l’esprit de Len.
 
Miku eût ensuite un regard vers Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher.
 
- Rin, tu ne peux pas combattre dans ces conditions malheureusement… Reste au Palais Royal avec la Reine et Alys.
 
La sœur acquiesça gentiment. Elle n’avait pas d’autre choix. Puis, la patronne se rapprocha de son oreille droite et lui murmura:
 
- J’espère que ton idée va fonctionner… Nous avons déjà tout mis en place aux remparts ouest. J’ai hâte de voir ce que ça donne !
 
Rin sourit brièvement, puis prit le chemin du château de la Reine en compagnie d’Alys.
 
- Dispersez-vous, hurla Miku. « Et bonne chance ».
 
La guerrière aux cheveux turquoise prit ensuite la route vers la partie occidentale de la capitale. Arrivée aux murs, elle observa au loin l’armée de Fukase, et se tenait debout sur les remparts, la main droite posée sur son sabre dans son fourreau.
 
- Qu’ils viennent ! On les attend !
 
***
 
Jusqu’à présent, la plaine qui entourait la cité de Kyôu demeurait assez calme. Le Soleil venait de se lever, la rosée perlait encore sur les petites brindilles d’herbe, alors qu’un léger vent soufflait. Au loin, on pouvait entendre l’effroi dont souffraient les citadins derrière les murs. Fukase se tenait au-dessus de son armée, légèrement en retrait, sur une légère colline, et assis sur fidèle cheval blanc. Il souriait. Ce moment qu’il attendait depuis extrêmement longtemps était enfin venu. La bataille allait enfin débuter.
 
Pour l’instant, ses soldats ne bougeaient pas d’un pouce. Il leur avait ordonné de patienter et d’attendre une réaction de l’adversaire avant de lancer l’assaut. Quelques minutes plus tard, les deux armées se firent face. La Garde royale restait cependant à l’abri derrière ses murs. Elle n’avait aucun intérêt à commencer les combats. L’armée de Fukase était disposée de la manière suivante: les soldats équipés de fusils d’assaut formaient la première ligne, suivis de près par les soldats armés de pistolets. Les snipers étaient postés un peu plus vers l’arrière. Le but initial du chef était d’utiliser les tireurs d’élite pour liquider les soldats ennemis placés sur les remparts de la ville. Ainsi, le reste de sa troupe pouvait infiltrer relativement facilement Kyôu, et prendre le pouvoir. Cependant, il avait omis un léger détail. La géologie de la région ne se prêtait pas à une telle stratégie. En effet, hormis la petite colline sur laquelle il s’était installé en compagnie de Leora, Kyuu et Roku, la géographie du lieu se révélait assez plate. De ce fait, les snipers ne disposaient d’aucun point d’attaque satisfaisant, et devraient dès lors tenter d’attaquer l’ennemi en étant postés à l’arrière-garde. Ce qui ne s’avérait pas très pratique.
 
Alors que l’armée de Fukase patientait, la Garde royale se mit en formation. Comme prévu par l’homme aux cheveux rouges, la commandante Miku avait placé un certain nombre d’archers sur les remparts ouest de la ville. Toutefois, quelques minutes plus tard, l’ennemi vit apparaître une pléthore de catapultes. Miku ordonna le lancement du premier projectile, qui, en plus de sonner le départ de l’attaque, surprit grandement l’ennemi.
 
- Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria Fukase, du haut de son cheval. Son visage devint soudain écarlate.
 
Leora eût également une mine surprise, tandis que les frères Genshine restaient impassibles. « En tout cas, ils nous ont bien caché cela. Je n’ai jamais vu ces armes quand j’espionnais le Palais Royal » se justifia la mercenaire.
 
- Ils n’ont pas pu construire cela en quelques jours ! s’écria Fukase. « Décidément, vous n’avez pas réfléchi », ajouta-t-il en direction de Leora et des jumeaux.
 
Il tentait de faire passer la faute sur ses subalternes, ce qui énervait passablement Kyuu. « Il aurait également pu y penser… » jugea-t-il. Il ne réagissait cependant aucunement, tout comme Roku, et gardait sa colère pour lui. Les jumeaux ne faisaient désormais plus qu’acte de présence. Les derniers soucis connus avec leur tuteur continuaient à peser dans leurs pensées. Ils le suivaient, sans trop savoir pourquoi, peut-être espéraient-ils pouvoir encore mettre un terme à cette situation.
 
Sur un ton de colère, le leader de la guérilla ordonna aux snipers de liquider le plus de soldats possibles. Dans un deuxième temps, il exhorta la première ligne de pratiquer un assaut vers les murs de la capitale. Ses soldats se lancèrent dans un vacarme assourdissant. Si les snipers parvinrent à tuer quelques ennemis, la première ligne n’eut pas la même réussite. En effet, malgré l’aspect rudimentaire des catapultes (surtout en comparaison avec les armes de Fukase), ces machines se montraient les plus efficaces dans l’instant présent.
 
De son côté, Miku voyageait près du parapet, et observait le résultat des balistes. Elle sourit en voyant que les soldats ennemis faisaient marche arrière. Jusqu’à présent, l’espoir était de mise. La Garde royale faisait mieux que simplement résister face à un ennemi si puissant.
 
- Il faudra que je pense à remercier Rin. C’était une bonne idée, ces catapultes ! lâcha-t-elle.
 
Dans sa hâte, elle ordonna ensuite aux archers de se mettre en position d’attaque. Il ne fallait pas perdre cet avantage, et infliger le plus de dommages possible pendant qu’ils en avaient encore l’occasion.
 
La patronne leva le bras et donna le signal. En quelques secondes, plusieurs centaines de flèches traversèrent la plaine de part en part. Certaines vinrent se loger dans le crâne de plusieurs soldats de Fukase, qui s’écroulèrent alors sur le sol vert, en lâchant leur dernier soupir.
 
Le trentenaire descendit alors de son cheval en rage. Il n’eut cure de la vie de ses soldats, il considérait cette attaque comme une défaite personnelle, et cela touchait particulièrement son ego. Il se rendit près de ses troupes.
 
- Attaquez, bandes d’incapables! Qu’est-ce que vous attendez ? vociféra-t-il.
 
Un simple soldat prit la parole, au nom de tous ses collègues:
 
- Mais Monsieur, si nous attaquons dans ces conditions, nous courrons droit à la catastrophe!
 
Fukase se retourna brusquement sur son interlocuteur, et sortit de sa poche un six-coups en argent, qu’il braqua immédiatement sur lui. Il n’attendait aucune réponse, et appuya immédiatement sur la gâchette.
 
- Je ne veux plus jamais entendre de tels propos ! C’est bien compris ?! hurla-t-il à l’adresse des autres soldats.
 
Kyuu et Roku assistèrent au triste spectacle. Le cadet baissait la tête, ses yeux brillaient à cause de ses légères larmes, alors que l’aîné observait les remparts de la cité, comme s’il cherchait une issue.
 
L’homme au costume blanc retourna ensuite à sa place, encore sous le choc. Alors qu’il s’apprêtait à lancer un nouvel assaut, il fut interrompu par Leora.
 
- Attendez patron, je crois que j’ai une idée, déclara-t-elle le sourire aux lèvres en désignant le sac à dos qu’elle portait. « Si vous me laissez quelques minutes, je peux vous sortir de cette situation embarrassante. »
 
Fukase retrouva soudainement le sourire. Il ignorait le contenu du sac, mais avait toute confiance en la Koryuiste.
 
- Allez-y, ma chère. J’ai hâte de voir ce que vous avez prévu, rétorqua le chef d’un calme olympien, comme s’il ne s’était rien passé quelques secondes auparavant.
 
Leora descendit donc de son cheval, et se concentra. Elle retira le sac de son dos et l’ouvrit. Elle ferma ensuite les yeux. Un léger voile blanc se forma tout le long de son corps. Puis, elle se dirigea à une vitesse folle vers les remparts. Les catapultes de la Garde royale continuaient à lancer leurs pierres, mais Leora les esquiva facilement grâce au Koryu. Fukase et son armée assistèrent à la scène, impressionnés. La guerrière parcourut tout le champ de bataille en quelques dizaines de secondes. Les archers présents sur les remparts la visaient mais Leora zigzaguait sans cesse à travers la plaine, de sorte qu’il fut impossible aux soldats du pays de Kuni de se concentrer pour l’atteindre. Elle parvint finalement à accéder aux catapultes. Fukase ne voyait plus très bien ce qu’il se passait, mais, quelques instants plus tard, une violente explosion retentit, détruisant la première baliste, située le plus à gauche. Ensuite, Leora détruisit une à une les différentes catapultes, en y plaçant à chaque fois quelques bâtons de dynamite, après avoir calmement liquidé les soldats qui s’activaient au fonctionnement des engins. La panique régnait dans leur camp. La plupart n’eurent même pas le temps de dégainer leur sabre que la guerrière rouge les avait déjà attaqués. Les archers placés plus haut continuaient de décocher leurs flèches. Sans succès.
 
Miku pestait. Elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient au bas des remparts dans le but de se confronter à Leora. Toutefois, elle avait été surprise par cette stratégie. Si bien, que, quand elle se retrouva tout en bas, la mercenaire avait déjà fait son effet et avait disparu. La patronne poussa un énorme cri, maudissant cette armée ennemie, et surtout cette adepte du Koryu. Elle râlait également sur elle-même : peut-être qu’Alys aurait pu se révéler d’une grande aide dans la défense, bien qu’elle ne s’élevait pas au même niveau que Leora, à cause de son manque d’entraînement. Toutefois, elle avait préféré l’assigner à la défense de la Reine. C’était au final une erreur.
 
Leora rejoignit rapidement son camp, et vit Fukase reprendre soudainement le sourire aux lèvres. S’il n’était pas peu tactile, il l’aurait déjà serré dans ses bras.
 
- Bon travail, ma chère ! lança-t-il. « Ah, que je ne regrette pas de vous avoir engagée ! »
 
La mercenaire apprécia la remarque de son patron, mais avait encore l’esprit occupé par la bataille en cours.
 
Le chef se tourna ensuite vers Kyuu et Roku, qui restèrent immobiles, impressionnés. Même s’ils ne l’appréciaient pas, ils devaient bien avouer qu’elle s’était montrée efficace.
 
- Vous avez vu ça, mes petits ! dit Fukase. « Ce sont des choses comme ça que je vous demande ! »
 
Roku n’écoutait qu’à moitié les remarques de son tuteur. Depuis quelques temps, son esprit était embrumé. Il ne savait pas comment agir. S’il éprouvait toujours de l’attachement pour Fukase, il désirait également s’éloigner de lui, il ne voulait pas participer à de tels actes. En outre, la mégalomanie et la cruauté découverte de son maître commençait à peser énormément sur sa conscience et sur celle de Kyuu. Mais les jumeaux restaient prisonniers de leurs souvenirs et de leur inclination envers Fukase. Cette dichotomie avait des répercussions sur leurs actes récents. Preuve en est leur récente tentative de fuite. Sur un coup de tête, l’aîné avait décidé de quitter Fukase, même si cela ne pouvait être que temporaire. Il avait jugé que son frère et lui avait besoin de s’éloigner de lui quelques temps, ne fut-ce que pour se protéger. Même si les jumeaux désiraient plus que tout aider leur maître, ils souffraient de sa mauvaise influence. Mais désormais, c’en était trop. Il fallait agir. Ainsi, Kyuu prit la parole, pour faire ressortir ce que, son frère et lui, avaient à l’esprit depuis quelques temps.
 
- Si c’est de la cruauté pure que vous cherchez. On ne pourra rien pour vous ! On veut bien vous aider, mais à quoi cela rime-t-il ?
- C’est la guerre, mon cher Kyuu ! C’est comme ça. Je ferai payer à Luka et je suis près du but !
 
Ces dernières phrases prononcées, il urgea ses trois généraux de lancer l’assaut. Toutes les troupes de Fukase s’élancèrent donc vers la plaine et se dirigèrent vers la muraille. Après quelques secondes, les snipers disposaient d’un bon point d’attaque et commencèrent à liquider les archers. Quelques flèches blessèrent les soldats aux armes à feu, mais le nombre de pertes était relativement faible, surtout en comparaison du nombre de tués dans l’autre camp. L’espoir dont avait bénéficié la Garde royale avait été de courte durée. Leur stratégie de défense était pour l’instant vouée à l’échec. Miku, postée au bas de la muraille, priait pour que les solides murs de la cité tiennent le coup face à une telle puissance.
 
Quelques minutes plus tard, plusieurs dizaines de soldats se pressèrent devant la porte d’entrée de la ville. Celle-ci était construite en fer. Si elle pouvait facilement résister aux assauts des armées conventionnelles, elle n’était cependant pas conçue pour supporter ces armes d’un genre nouveau. Miku et Rin le savaient, c’était même pour cette raison que cette dernière avait élaboré la stratégie des catapultes. Ainsi, les soldats armés de fusils d’assaut ne traînèrent pas à détruire les gonds et à faire tomber la porte de la capitale, sous les yeux désabusés des Gardes royaux. Que faire maintenant ? Devaient-ils lutter jusqu’à la mort ?
 
Fukase venait d’entrer dans la capitale.
 
***
L’ouest du quartier populaire fut le premier attaqué. Les soldats ennemis envahirent les rues à une vitesse prodigieuse. Ils se dispersaient à travers les étroites ruelles aussi vite qu’une araignée tissait sa toile. Le massacre avait véritablement commencé. Les habitants innocents essayaient de s’enfermer chez eux, dans l’espoir que les ennemis passent devant leur maison sans y prêter attention. Mais les soldats de Fukase tiraient à tout bout de champ. Ils n’avaient cure de savoir si leurs cibles étaient des militaires ou des civils. L’objectif était de montrer qu’ils prenaient la ville. Les éclats de sang et les cris de détresse fusaient un peu partout. Çà et là, on pouvait voir des enfants pleurer à même le sol devant les corps inanimés des membres de leur famille.
 
Les soldats de l’armée de Kuni tentaient de résister. Certains parvenaient à toucher les ennemis grâce à leur sabre, mais il s’agissait souvent de leur dernière action. La plupart du temps, un autre soldat armé les exécutait sur place.
 
Miku observa cette scène atroce, toujours placée près des remparts. La commandante était complètement perdue. Elle ignorait les instructions à donner à ses subalternes. La patronne se dissimula derrière un mur quelques secondes et reprit ses esprits. Elle ne devait pas succomber à la pression. Après mûre réflexion, elle se dirigea furtivement vers l’entrée du quartier noble, où l’attendaient Gumi, Yuma et Len. Les habitants du quartier populaire tentaient également de rejoindre cette partie de la ville, plus sûre. Le dernier espoir du pays tenait dans le maintien de ce territoire. Si la Garde Royale parvenait à juguler l’avancée de Fukase à cet endroit, celui-ci ne  pourrait pas atteindre son objectif. Et puis, il fallait protéger la Reine. En outre, une partie de l’armée de Kuni était encore stationnée à cet endroit, en cas de coup dur.
 
Derrière, à l’entrée de la ville, le patron aux cheveux rouges observait sa toute-puissance. A ses côtés se trouvaient Leora et les jumeaux Genshine. La mercenaire fit un léger signe à son chef. Elle voulait participer plus activement à la prise de la capitale. Dans un sourire, Fukase lui permit d’avancer seule. Elle se dirigea alors vers les entrailles de la ville.
 
Kyuu et Roku, au contraire, restèrent cois. Ils observaient les expressions malsaines de leur tuteur, et s’échangèrent plusieurs regards.
 
- Monsieur ? murmura timidement le cadet.
 
Au début, Fukase ne l’avait même pas entendu, trop absorbé par le spectacle qui lui était fourni. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives que Roku parvint enfin à attirer son attention.
 
- Qu’y-a-t-il, Roku ?
- Vous êtes certains que tout cela est nécéssaire ?
- Voyons, Roku. C’est ce que j’ai attendu toutes ses années ! Je prends enfin ma revanche. Tous ces sacrifices ne sont pas vains finalement !
- Mais… continua Roku. « Votre but, c’est la Reine… Pourquoi un tel massacre ? Nous avons clairement le dessus. Pourquoi ne pas se rendre directement au Palais Royal ?
- Que veux-tu dire ? interrogea l’homme à la canne en forme de clown.
 
Le plus jeune des frères fit vagabonder son regard dans le vide pendant quelques instants. Puis, il eût un coup d'œil vers son jumeau. Il était temps de faire preuve de courage devant son maître.
 
- Monsieur. Je ne cautionne pas ces actes. Nous vous avons suivi pendant toutes ses années, parce que nous croyons en vous. Mais, ces derniers temps… Je ne vois pas en quoi tous ces massacres sont nécessaires ! hésita-t-il.
- C’est ma vengeance contre ce monde ! vociféra Fukase.
 
Il observa ensuite Kyuu, qui n’avait pas encore pipé mot, se contentant de regarder son frère, étonné.
 
- C’est également ton opinion, Kyuu ?
- … Oui, je suis d’accord avec mon frère. Nous n’avons jamais voulu ça.
 
Fukase marqua un instant de pause: « Vous me décevez… Énormément ! souffla-t-il. Puis, il reprit sa route vers le centre de la ville, seul, chevauchant toujours son cheval blanc.
 
A cet instant, quelque chose s’était définitivement brisé dans la relation entre Fukase et les jumeaux. Le patron avait préféré prendre la fuite, encore trop englué dans sa mégalomanie. Kyuu et Roku étaient complètement perdus. Dans leur esprit revenaient les souvenirs de ce qu’ils avaient vécu durant leur enfance. Désormais, ils se retrouvaient de nouveau seuls. Que faire maintenant ? L’esprit embrouillé, ils reprirent leur chemin vers l’avant.
 
- Qu’est-ce qu’on fait, Kyuu ? demanda Roku.
- Avançons…
- Tu ne veux plus t’enfuir ?
- Ben… hésita Kyuu. « Nous sommes en plein milieu d’une guerre que nous avons en partie provoquée… C’est un peu tard. J’avais décidé de m’enfuir d’Hayashi en pensant qu’il serait mieux de s’éloigner quelques temps de Fukase… Mais je ne sais plus ce qu’on doit faire… Je le perçois comme quelqu’un de très dangereux, et je veux fuir… Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas l’abandonner comme ça… Qui sait, il n’est peut-être pas encore irrécupérable…
- Tu penses qu’on peut encore l’arrêter ?
- Je ne sais pas. J’hésite beaucoup ces derniers temps… Il est complètement aveuglé par sa vengeance. Et ce n’est jamais très bon…
- C’est certain ! confirma le cadet.
- Allons jusqu’au Palais Royal. On verra après…
- D’accord, conclut Roku sans grande conviction.
 
***
 
Pendant ce temps, l’armée de Fukase continuait d’avancer dans la ville. Les pillages et destructions continuaient. La capitale était mise à feu et à sang. L’objectif de l’armée de l’homme aux cheveux rouges était de conquérir tout d’abord l’ensemble du quartier populaire, afin d’assiéger littéralement tout le reste de la ville, avant de s’attaquer à la partie du Palais Royal. En effet, quelques jours plus tôt, alors qu’il venait de prendre le village d’Hayashi, Fukase avait réuni toute son équipe afin d’élaborer sa stratégie d’attaque. Leora, qui connaissait parfaitement la ville de Kyôu, avait alors mentionné un point qui pouvait constituer une faiblesse pour eux.
 
La capitale était divisée en deux parties, chacune entourées de murailles. Les remparts extérieurs donnaient directement sur le quartier populaire, alors qu’une autre série de murs séparait encore celui-ci du quartier du Palais Royal. Les entrées vers celui-ci étaient relativement peu nombreuses, et assez étroites. Par conséquent, il leur était pratiquement impossible d’attaquer en nombre, l’armée se retrouverait littéralement bloquée à l’entrée du quartier. Pire encore, ces accès constituait une bonne opportunité pour la Garde royale de leur lancer une embuscade. Et nul doute que la commandante Miku ou un autre membre de son état-major n’hésiterait pas à exploiter cette faille. Pourtant, personne n’avait trouvé de solution satisfaisante à ce problème. La seule stratégie potentiellement passable était de rassembler les meilleurs soldats à l’entrée du quartier noble pour qu’ils se mesurent à la crème de la Garde royale. Pendant ces combats, le reste des troupes aurait certainement l’occasion de passer dans l’autre partie de la ville et de poursuivre l’invasion.
 
Désormais, tout la partie ouest et la partie sud du quartier populaire étaient contrôlées par Fukase. Les soldats de la Garde royale continuaient à reculer. Parfois, certains soldats tentaient de se mesurer à l’ennemi lourdement armé, sous les yeux emplis de détresse des citoyens, mais ceux-ci ne firent souvent pas illusion plus que quelques secondes. La technologie de Fukase était bien trop forte.
 
Alors que la guérilla avançait vers le quartier est, Leora aperçut un lieu qui la plongea dans des souvenirs pas si lointains. Au loin se trouvait une grande maison décorée de façon cossue. Celle-ci était située dans une ruelle sombre, et constituait le seul élément de richesse dans cette partie de la capitale. La mercenaire reconnut rapidement cet endroit. Il s’agissait des bureaux de son ancien employeur: Kaito. La jeune femme ne résista pas longtemps à l’idée de s’y rendre. Elle désirait plus que tout que son ancien patron se rende compte de sa soudaine montée en puissance. D’ici quelques temps, elle se retrouverait en haut de l’échelle sociale, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Même si elle n’en était pas encore à ce point, elle se montrait extrêmement vaniteuse.
 
Juste sous la fenêtre de la maison, elle aperçut Kaito, Namine Ritsu et Yuzuki Yukari, accroupis, immobilisés par la peur. Leora approcha le sourire aux lèvres, alors que les combats se poursuivirent de plus belle derrière elle.
 
Le mafioso admira son ancienne recrue:
 
- Leora, quel bonheur de te voir ici ! S’il te plait, tu peux nous sortir d’ici ? supplia Kaito, alors que Yukari et Ritsu secouèrent la tête.
- Kaito, vous ne m’avez toujours pas payée… je me trompe ? lança la mercenaire.
 
L’homme aux cheveux bleus resta interloqué:
 
- Je… Je te paierai immédiatement, une fois que je serai sorti d’ici ! confirma-t-il.
- Je suis au regret de vous apprendre que j’ai trouvé un nouvel employeur, et que je mets fin à notre contrat.
- Un autre employeur ? Qui ça ?
- Regardez autour de vous… On peut dire que j’ai participé à ce dont vous êtes en train d'assister, sourit-elle.
- Tu participes à la ruine du pays ?
- N’oubliez pas, ce n’est pas mon pays. Seuls m’intéressent l’argent et le pouvoir. Et Monsieur Fukase est en mesure de m’offrir tout cela. Ce qui n’est pas votre cas.
 
Kaito demeurait silencieux. Il en venait à s’en inquiéter pour sa propre vie.
 
- Que comptes-tu faire ?
- Je ne vais pas vous tuer, ne vous inquiétez pas… Quelque chose me dit que vous pourriez encore être utile. Mettez-vous à l’abri. Une fois que nous aurons pris le pouvoir, nous reprendrons contact avec vous.
- … Mais…
- Je pense que vous n’êtes pas en position de refuser, Kaito.
- … C’est d’accord, je ferai ce que vous voudrez !
- A la bonne heure. J’apprécie que vous sachiez vous montrer raisonnable !
 
Leora se retourna ensuite vers une triplette de soldats qui étaient prêts à attaquer le repaire de Kaito. D’un signe de la tête, elle leur signifia de protéger cette habitation. Elle ne devait en aucun cas être détruite. Les soldats se positionnèrent donc le long de la maison, sous le regard inexpressif de Kaito. Le criminel était pris entre le soulagement et la peur. Il avait bénéficié d’un sursis, mais qu’allait-on lui demander ? Il se retrouvait dans une situation inédite, lui qui avait l’habitude d’avoir le pouvoir sur tout dans le quartier populaire de Kyôu.
 
Une petite heure plus tard, le quartier populaire était complètement contrôlé par Fukase. Tous ses soldats se pressèrent devant la muraille qui menait au quartier noble, alors qu’il se tenait en arrière, droit sur son cheval blanc. Il observa l’ensemble de ses troupes. Au loin, il pouvait apercevoir son but final: le Palais Royal, dans lequel Luka était toujours terrée. Plus il s’approchait de son objectif, plus sa motivation augmentait.
 
Fukase donna son signal, et ses soldats commencèrent à attaquer les portes des murailles du quartier noble. Derrière patientait les derniers soldats de la Garde royale. Gumi et Yuma se trouvaient derrière une de ses portes, alors que Miku avait rejoint Len vers la seconde. L’adrénaline montait encore.
 
La lutte s’annonçait âpre et l’issue ne s’annonçait pas radieuse pour l’instant, mais tous tentaient de garder espoir.
 
***

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 22 juillet 2017, 11:21:14
Et hop ! Chapitre 21 ^^

Spoiler
Chapitre 21 : Jumeaux


Un solide escadron de la Garde royale se tenait derrière les murs et le fleuve qui marquaient la frontière entre le quartier populaire et le quartier noble de la capitale. La première partie de la ville était définitivement perdue par l’armée de Kuni. Leur dernier espoir résidait dans leur capacité à tenir ce dernier quartier. Qui prenait le Palais Royal, prenait le pouvoir dans le pays.
 
Fort heureusement, la muraille intérieure ne comportait que quelques portes permettant de passer d’un quartier à l’autre. Les ponts qui menaient au quartier noble étaient également relativement étroits. Dans les us de la ville de Kyôu, il n’était pas courant de voir les habitants se mélanger. La distinction était relativement nette, de sorte qu’un simple visiteur pouvait souvent penser, lors de sa première visite, qu’il s’agissait de deux villes différentes, imbriquées l’une dans l’autre. Derrière les quelques portes se trouvait ce qu’il restait de l’armée. Gumi et Yuma avaient pris le commandement d’une des unités, alors que Miku avait rejoint Len à l’autre extrémité pour lui prêter main forte. En outre, elle désirait également laver son échec. L’armée de Fukase ne s’était positionnée que d’un seul côté de la muraille, les autres portes -  moins dangereuses - étaient dès lors gardées par de simples soldats.
 
Bizarrement, un grand silence se fit. Le calme avant la tempête. Tout s’embrasa lorsque le chef au costume blanc leva la main et lança l’assaut. Ses soldats se dirigèrent vers les portes en métal protectrices et tentèrent de les faire tomber. Celles-ci ne devaient pas faire plus de deux mètres de large. Difficile pour une armée entière de passer. Quelques minutes plus tard, elles tombèrent, et les militaires aux armes à feu commencèrent à pénétrer au compte-gouttes dans le quartier noble.
 
Les grands généraux de Fukase, Kyo, Yuu et Wil s’étaient regroupés à une seule porte. Une fois celle-ci détruite, ils se retrouvèrent face à face avec deux lieutenants de la Garde royale. L’une des deux portait un uniforme orange et de courts cheveux verts, et arborait un visage de colère, tandis que l’autre était complètement habillé de noir, et gardait son regard inexpressif. Devant Gumi et Yuma, les trois généraux se mirent à rire de façon prétentieuse :
 
- À trois contre deux, vous n’avez aucune chance ! déclara Kyo. « Rendez-vous ! Cela vaut mieux… Qui sait, nous pourrions faire preuve de magnanimité ».
 
Alors que les autres soldats envahirent le quartier progressivement et se dirigeaient vers les deux lieutenants, Yuu et Wil leur firent un signe. Ces deux-là leur étaient réservés. Eux devaient s’atteler à prendre le reste de la ville et attaquer les autres soldats.
 
Les trois généraux continuaient de fanfaronner. Gumi et Yuma restèrent impassibles, quoiqu’outrés par autant d’autosuffisance.
 
- Vous croyez nous battre facilement ?! Comme c’est mignon…
 
Les deux amants se tinrent la main quelques instants, et s’échangèrent un regard.
 
- Tu es prêt Yuma ?
- Plus que jamais !
 
Soudain, les épéistes se lancèrent vers leurs ennemis. Kyo se mit à tirer dans tous les sens, sans la moindre logique. En quelques secondes, les plus grands combattants de la Garde royale avaient réussi à les déstabiliser. Afin d’éviter les balles ennemies, Gumi et Yuma demeuraient sans cesse en mouvement. Forts de leur rapidité, il était quasiment impossible pour leurs adversaires de prendre le temps de les viser. Wil tenta de décocher plusieurs balles de son pistolet, tandis que Yuu restait immobile, son sniper s’avérant bien inutile dans ce type de situations.
 
Les deux sabreurs s’approchèrent rapidement des ennemis. Leurs katanas étaient déjà dégainés. Ils lancèrent directement l’estocade et les trois généraux tombèrent rapidement sur le sol argileux.
 
Gumi et Yuma ne prirent pas le temps de savourer leur facile victoire. Ils se rapprochèrent de la porte d’entrée et essayèrent de juguler l’arrivée massive des autres soldats de Fukase. Cette mission était bien plus difficile. Le flux de combattants était ininterrompu, et ce malgré l’espace exigu. Si les subalternes de la commandante Miku parvenaient à en blesser mortellement un certain nombre, plus nombreux furent ceux qui passèrent tout simplement devant eux pour attaquer les places fortes du quartier noble et se diriger vers le Palais Royal. Autour d’eux, on pouvait donc observer de nombreux combats incessants, entre l’armée du pays de Kuni et cette guérilla. Si Gumi et Yuma parvenaient à s’en sortir, les autres soldats de la Garde ne possédaient pas un tel niveau. De plus, les deux lieutenants ne pouvaient pas à eux seuls contenir tout cette armée.
 
- Qu’est-ce qu’on fait Yuma, hurla Gumi, alors engluée dans un combat.
- On ne peut plus rien faire de valable ici… Replions-nous au Palais ! Il faut à tout prix les empêcher de s’en emparer !
 
D’un large geste, Yuma ordonna à toute l’unité de battre en retraite. Pour l’instant, il fallait éviter les pertes inutiles.
 
***
 
Quelques encablures plus loin, Len était placé à son poste de garde. La commandante avait rallié cet endroit après sa lourde désillusion au quartier populaire, et observa le jeune garçon qui, visiblement, restait paralysé par la pression. Pour lui, il s’agissait du premier grand conflit. Miku ne voulut pas lui avouer que, elle aussi, vivait une guerre d’une telle intensité pour la première fois. Cependant, la patronne s’aperçut que le blondinet avait besoin de quelques mots:
 
- Ça va, Len ? Cette réplique semblait inutile, mais c’était la seule chose qui lui était venue à l’esprit.
- Oui, oui… se contenta de répondre Len.
 
Miku laissa un moment de silence perdurer, puis poursuivit:
 
- Écoute, ne prends pas de risques inutiles. Tu n’es pas un soldat d’expérience. N’attaque que les plus faibles et contente-toi de parer les coups. Je te couvrirai.
 
Le jeune garçon considéra la guerrière aux cheveux turquoise d’un air rassuré.
 
Les soldats de Fukase commençaient également à attaquer les portes de la cité de ce côté. Il ne leur fallut que quelques minutes pour défaire les défenses de cette partie de la muraille, et entrer dans cette partie du quartier.
 
Directement, Miku lança ses nombreuses attaques. Comme prévu, les guerriers ennemis arrivaient relativement lentement, dérangés par l’étroitesse du passage. Elle put donc en éliminer quelques-uns. Toutefois, le flux de soldats demeurait sans fin, de telle sorte qu’une grande partie continuait son chemin vers le château de la Reine, sans se soucier de Miku. Les autres guerriers de la Garde royale, situés un peu plus loin, tentèrent également de lutter contre une telle puissance, mais de loin, on pouvait observer les troupes de Fukase avancer à vue d’œil vers le centre de la ville.
 
Alors que Miku continuait d’agiter son katana dans tous les sens, avec une certaine majesté, Len éprouvait bien davantage de difficultés pour garder le dessus. Plusieurs fois, la commandante vint le sortir de situations désespérées. Les ennemis étaient trop nombreux pour lui.
 
Quelques minutes plus tard, l’adolescent aperçut deux visages familiers juste derrière les remparts intérieurs. Il reconnut immédiatement cette chevelure verte caractéristique. Soudainement, l’esprit de Len ne fut plus préoccupé par les combats en cours et il se dirigea directement vers les frères Genshine. Enfin, il pouvait prendre sa revanche contre l’homme qui avait osé blesser sa sœur. Il quitta donc les combats et lança subrepticement une première attaque vers Roku. Ce premier assaut fut immédiatement contré par la lame d’un sabre. C’était celui de l’aîné, Kyuu.
 
- Comme on se retrouve ! lança-t-il.
- Depuis le temps que j’attends ça, rétorqua Len. « Je vais vous faire payer ce que vous avez fait à ma sœur ! »
- Ha, j’espère que tu t’es entraîné depuis la dernière fois !
 
Len répondit par une deuxième attaque, dirigée vers Kyuu cette fois. Le combat se poursuivit entre les deux jeunes hommes. Le niveau du frère Kagamine avait sensiblement augmenté, la lutte était davantage serrée que lors de leur première rencontre. Kyuu l’avait remarqué et s’était même permis de flatter son ennemi.
 
- Je préfère ça ! Au moins un peu de résistance !
- Tais-toi et bats-toi !
 
Les bruits de sabre résonnaient sans cesse. Plus loin, Miku tentait de faire revenir Len à son poste. Il n’avait aucun intérêt à s’embourber sans un tel combat. Seul comptait la défense de la ville. Mais, le jeune soldat faisait fi de toutes les remarques.
 
Pendant ce temps, Roku demeurait inerte. Il ne désirait plus se battre. « A quoi tout cela rime-t-il ? » pensait-t-il. De même, les attaques de Kyuu n’étaient pas destinées à blesser son ennemi volontairement, mais plutôt à assurer sa protection, sans plus. Durant un instant, Len observa une faille dans la garde de Kyuu, passa outre son adversaire et en profita pour balancer son sabre vers les jambes du cadet. Il réussit à lui toucher la cuisse gauche. Roku s’écroula sur le sol, et se tint rapidement la jambe meurtrie.
 
- Ça, c’est pour ce que tu as fait à Rin… vociféra Len.
 
Roku restait à terre. Il ne sut pas quoi rétorquer à cette interjection. D’un côté, il comprenait la volonté de son ennemi, celle de venger et de protéger sa seule famille. Finalement, les deux fratries n’étaient peut-être pas si différentes, pensait le jeune Genshine.
 
Kyuu entra soudainement dans une colère noire. Comme d’habitude, une fois que quelqu’un avait osé toucher à son frère adoré, il ne pouvait plus se contrôler. Si, auparavant, l’aîné se concentrait simplement à esquiver les assauts de son adversaire, désormais, il voulait lui faire payer. Complètement incontrôlable, il se mit à hurler et s’avança vers Len, qui para difficilement son assaut.
 
- Fini de jouer maintenant ! On ne touche pas à Roku, c’est bien compris ?!
 
La lutte qui s’ensuivit fut des plus épiques. Len n’avait jamais éprouvé autant de difficultés à résister à des assauts ennemis. Kyuu s’élevait au même niveau que Gumi. L’aîné des Genshine commençait peu à peu à prendre le dessus. Le frère Kagamine, malgré son entraînement intensif, ne pouvait que se défendre, au mieux. Son adversaire faisait preuve d’une rapidité et d’une force extraordinaire, comme s’il était contrôlé par une force supérieure. Finalement, quelques secondes plus tard, Kyuu parvint à effectuer un croche-pied à Len, qui s’effondra violemment sur le sol sablonneux. Il suffoquait et transpirait abondamment. Puis, son ennemi s’approcha lentement de lui. La terreur pouvait se lire dans le regard du jeune homme blond. Alors que Kyuu tentait une dernière attaque fatale, son sabre fut bloqué par une autre lame. Surpris, il leva la tête et aperçut Rin, qui avait contredit les ordres de Miku et avait rejoint son frère, fort heureusement.
 
- On ne touche pas à mon frère ! commenta-t-elle.
 
Kyuu effectua quelques pas vers l’arrière, et rejoignit Roku, qui se tenait toujours la tête entre les mains.
 
- Rin, et ta jambe ? demanda Len.
- Ça fait un peu mal, mais je ne pouvais pas te laisser seul… Et je vois que j’ai bien fait de venir…
 
Leurs adversaires ne bougeaient plus, encore sous le choc de leur récent combat. Des souvenirs pas si lointains se mettaient désormais à revenir dans l’esprit de Kyuu. La parade de Rin pour sauver son frère était très semblable à celle qu’il avait effectuée pour sauver Roku lors de l’attaque du Palais Royal avec Leora. Depuis quelques temps, les Genshine avaient émis l’hypothèse d’appartenir au mauvais camp, et que les Kagamine n’étaient peut-être pas si différents d’eux. Rin se tenait devant Len, toujours couché sur le sol et qui peinait à se relever. Intrinsèquement, elle espérait que les Genshine ne désirent pas s’engager dans un combat plus long. Elle était en effet parvenue à faire illusion pendant un instant, mais sa condition physique n’était pas encore suffisamment optimale pour un combat à grande échelle.
 
Heureusement, quelques instants plus tard, Kyuu passa son bras par-dessus l’épaule de son frère, et les deux jumeaux se retournèrent.
 
- Viens, Roku… J’en ai vraiment assez… On s’en va…
- D’accord, rétorqua-t-il simplement.
 
Les Genshine reprirent alors le chemin vers la sortie de la ville, au milieu des combats incessants. Désormais, ils ne se préoccupaient plus du tout de cette guerre. Pour la première fois depuis des années, ils se retrouvaient complètement seuls, et ne possédaient plus d’objectif. Mais d’ailleurs, en avaient-ils toujours possédé ? Le seul but de leur vie jusqu’à présent était d’assouvir les desseins de Fukase. Pour le résultat actuel, dans lequel ils ne se reconnaissaient pas. Ils quittèrent donc le champ de bataille, impuissants et perdus, mais dorénavant complètement libres.
 
***
 

Pendant ce temps, Fukase ne s’occupait aucunement des soucis moraux et intérieurs des jumeaux aux cheveux verts. Alors que le combat entre les Genshine et les Kagamine faisait rage, la conquête de la ville continuait à un rythme incommensurable. Les troupes continuaient d’avancer, annihilant çà et là les quelques faibles résistances qui la Garde royale pouvait bien leur proposer. Toutefois, l’écart de force et le fossé qui existait entre l’arsenal utilisé était bien trop fort. Gumi et Yuma avaient déjà ordonné la retraite à leur commando posté à l’entrée du quartier noble. Miku en avait fait de même, son unité s’était déjà réfugiée vers le Palais Royal.
 
L’armée de Fukase prit donc une bonne partie du quartier assez rapidement. Après quelques dizaines de minutes, plusieurs douzaines de ses hommes se retrouvèrent sur le forum principal du quartier noble. D’habitude, cette place représentait à elle seule toute la richesse et la culture de la ville de Kyôu, et symbolisait sa puissance. En temps normal, cet endroit grouillait de personnes, les marchands ambulants faisaient leur beurre grâce aux touristes nombreux qui appréciait la majesté des différents édifices alentours. De cet endroit, on pouvait observer l’immense bibliothèque de Kyôu dans le coin droit. Un autre bâtiment, l’hôtel de ville, était situé plus au centre de la place. Il était paré de quelques dorures et construit en pierre jaune, qui se reflétait au soleil. Au contraire des autres routes de la ville, qui étaient pour la plupart parsemées de sable, le sol de cette place était recouvert de pierre bleue. Néanmoins, alors que ce lieu était réputé pour son animation, à ce moment-là, on ne pouvait observer pas une âme qui vive dans les environs. Les soldats ennemis étaient tous regroupés en plein centre de la place, et inspectaient les rues adjacentes avec la plus grande inquiétude. En effet, leur méconnaissance du terrain pourrait causer leur perte. Toutes les rues du quartier noble menaient vers ce forum. Les guerriers de la Garde pouvaient dès lors surgir de partout. Si ce n’est que le faible bruit du vent qui soufflait, on ne pouvait entendre le moindre bruit. Passée l'excitation des combats et leur apparente supériorité, une légère crainte était de mise.
 
Soudain, plusieurs ombres se mirent à se mouvoir dans le haut des bâtiments. Les soldats de Fukase furent attaqués de toutes parts. La Garde royale avait lancé cette opération dans un dernier élan d’espoir, pour protéger leur pays. Plusieurs dizaines d’hommes avaient dégainé leur sabre, et frappaient à tout va. Fukase observait la scène légèrement reculé. Il aperçut alors les deux commandants de ces unités kamikazes.  Tous deux furent situés de part et d’autres du forum. L’une était reconnaissable par son sceptre caractéristique et ses longs cheveux blonds. C’était Lily, la cheffe de village d’Enkan. Elle hurlait à tout va ses instructions. De l’autre côté, plus calme, se tenait Takahashi. De temps à autre, les deux membres du Conseil des Sages se lancèrent de brefs sourires. Leur opération avait permis de mettre la pagaille dans les rangs ennemis. Ils savaient pertinemment que cet avantage ne serait que de courte durée. Il fallait donc être le plus efficace possible.
 
Dans son coin, Fukase grommelait. Ses trois commandants, Yuu, Kyo et Wil avaient été mis hors d’état de nuire, et les jumeaux Genshine avaient disparu. Seule lui restait Leora, mais celle-ci était partie dans son coin, et n’avait laissé aucune trace.
 
En observant les deux chefs de village, il sortit son splendide sabre de son fourreau, et descendit rapidement de son cheval.
 
- Il faut tout faire soi-même ici, décidément !
 
Lily avait remarqué le trentenaire qui s’apprêtait à lancer les hostilités. Elle lança un signe discret à Takahashi, qui acquiesça. Les deux jeunes Sages convergèrent donc vers la position de Fukase.
 
- Halte ! Vous êtes fait ! Takahashi avait retrouvé sa vigueur.
 
Le jeune garçon brandissait son sabre de très bonne facture, alors que Lily tenait son sceptre de façon menaçante.
 
- Écartez-vous, fit Fukase. « Je n’ai pas de temps à perdre avec des sous-fifres comme vous ! »
 
Lily gardait son calme.
 
- Au nom du pays de Kuni, vous êtes en état d’arrestation. C’est terminé !
 
L’homme au costume immaculé prit une pause, puis éclata soudainement de rire.
 
- Parce que vous croyez faire le poids ! Vous vous battez au nom d’une justice inexistante, vous savez ! Vous donnerez votre vie pour votre Reine, c’est ça ?
- C’est là le destin de tous les Sages, confirma Lily.
- Vous me faites rire, vous n’avez aucune idée de qui elle est réellement ! Vous lui obéissez juste, comme de charmants toutous… La vérité éclatera bientôt, grâce à moi !
- Il faudrait d’abord que vous passiez ! s’écria Takahashi.
- Pff… Aucun problème ! Je ne devrai même pas utiliser tous mes pouvoirs pour cela !
 
Pour la première fois, Fukase s’engageait dans un combat au katana. Il ressentait une vive excitation. De l’autre côté, Lily et Takahashi se mirent en garde, légèrement méfiants. Leur adversaire avait décidé de les attaquer à l’arme blanche, malgré sa technologie évoluée. Il semblait vouloir s’amuser, mais il fallait rester méfiant. Peut-être pouvait-il sortir un dernier atout dangereux de sa manche ?
 
Le combat s’engagea. Takahashi bénéficiait d’une expérience limitée dans ce domaine, en raison de sa récente nomination au poste de chef de village. De ce fait, ses mouvements s’avéraient relativement simples. Il se contentait de défendre sa collègue et lui-même contre les assauts répétés de Fukase. Lily bénéficiait, elle, d’une meilleure allonge grâce à son long sceptre. Elle tenta par plusieurs fois d’atteindre la partie inférieure du corps de l’ennemi afin de lui faire perdre l’équilibre. Sans succès. L’homme aux cheveux rouges se révélait d’un nouveau bien supérieur à eux. Chacun de ses mouvements était calculé au millimètre. Il donnait même l’impression de juste s’échauffer, alors que les deux membres du Conseil des Sages avaient déjà mis toutes leurs forces dans la bataille. De temps en temps, Fukase émettait de petits rires sadiques. Ce qui provoquait une certaine ire chez Takahashi, qui maudissait alors son piètre niveau, et repartait de plus belle. Malheureusement, c’est justement ce que l’ennemi cherchait. Le chef était parvenu à semer la zizanie chez ses adversaires.
 
- Maintenant, fini de jouer ! lança-t-il après quelques minutes de combat.
 
Lily et Takahashi reculèrent, légèrement pétrifiés par la peur. L’homme qu’ils avaient pris pour un simple chef d’armée, incapable au combat et se cachant derrière ses soldats s’était révélé être un combattant d’exception, à leur grand dam.
 
Au même moment, comme si le destin l’avait décidé ainsi, l’armée de Fukase recommençait à prendre le dessus sur la Garde royale, dans le champ de bataille que constituait le jadis magnifique forum animé de la ville de Kyôu. Le massacre recommençait. Les soldats tombaient les uns après les autres, impuissants face à une technologie si avancée.
 
Fukase se remit en garde. Ses deux adversaires en firent de même. Le trentenaire se lança donc vers eux, et attaqua Lily en premier. Arrivé à sa hauteur, il se baissa au niveau de ses jambes, et attaqua. Son sabre la blessa au niveau du mollet. Les jambes de la jeune cheffe ne tinrent plus, et elle s’effondra soudainement sur le sol. Immédiatement, l’homme se releva et se tourna vers Takahashi. Celui-ci brandit son katana devant lui par désespoir. Il était complètement dépourvu. L’adversaire frappa alors directement dans la lame de l’arme. Takahashi se retrouva en déséquilibre, et le commandant au costume blanc en profita pour lui asséner un coup violent dans la nuque, qui le rendit inconscient sur le coup.
 
Fukase avança alors vers son armée qui venait de prendre la victoire sur le camp ennemi. Le quartier noble était désormais en sa possession. Plus aucune résistance ne pourrait l’empêcher de mettre son plan en œuvre. Il se dirigea donc vers le Palais Royal, fier, traînant derrière lui son armée victorieuse. Sur le chemin, il croisa Leora.
 
- Ma chère, je croyais vous avoir perdue ? Qu’avez-vous fait ? demanda-t-il.
- Quelques petites choses à régler… Et puis, je me suis battue avec d’autres escadrons de l’armée !
- Très bien, résuma le chef calmement.
- Mais je ne voulais rater cela pour rien au monde
- Oui, l’heure est enfin venue… murmura-t-il, le Palais en vue.
 
***
 
Au Palais Royal, la Reine Luka se tenait, terrifiée, dans le fond de la salle du trône, en compagnie d’Alys et de Meiko, sa servante. L’adepte du Koryu inspectait régulièrement la porte d’entrée de la pièce, guettant l’arrivée d’ennemis.
 
Quelques instants plus tard, elle fut surprise par l’arrivée d’un quintet bien connu. Miku, Gumi, Yuma, Rin et Len pénétrèrent dans l’enceinte du château, paniqués, et demandèrent à entrer dans la salle du trône.
 
Alys s’exécuta, alors que la souveraine commençait à légèrement gémir, submergée par la pression.
 
A peine entrés, Miku lança:
 
- L’heure est grave. Nous avons perdu la ville. Je ne vois qu’une seule solution. La fuite… Elle se frappa de honte de prononcer ces mots.
 
Gumi et Yuma gardaient la porte d’entrée, alors que les jumeaux Kagamine se dirigeaient vers la Reine.
 
- Hâtez-vous, ma Reine. Nous n’avons plus de temps à perdre, dit Rin.
- Mais, je ne veux pas abandonner mon Royaume, et ses habitants, rétorqua-t-elle.
- Nous n’avons plus le choix. C’est cela ou la mort certaine. Retirons-nous dans l’espoir de reprendre notre ville par après, se résigna Miku.
- … D’accord…
 
Meiko s’empara d’une légère valise qu’elle avait préparée en cas de coup dur, et tous se dirigèrent vers la sortie, quand un immense ramdam se fit entendre à l’entrée du Palais.
 
- Luka, montre-toi !
 
Fukase venait d’entrer dans le Palais.
 
***

Rendez-vous bientôt pour le final de la première partie !
Titre: Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Youkoulélé le 22 juillet 2017, 12:06:26
Super chapitre ! Publié pile au moment où je commençait à m'ennuyer, quel timing ! Ohlala la première partie est presque finie, j'ai hâte de lire la suite ^^

Spoiler
et rejoignit Roku, qui se tenait toujours la tête entre les mains.

Il devrait pas plutôt tenir sa jambe ? Enfin je dit ça, je dit rein ^^
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 22 juillet 2017, 12:13:08
Merci ^^ (Ça, c'était pas calculé xD)

Spoiler
Oui possible... Enfin, on va dire qu'il bouge quoi...
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 05 août 2017, 17:03:27
Coucou,

Et voici le chapitre 22 ! On est à la fin de la première partie... J'espère que ça vous plaira...

J'en profite pour remercier les lecteurs, et toutes les personnes qui me donnent un feed-back sur la fiction, ça me fait super plaisir^^

Sinon, je commencerais bientôt le début de la deuxième partie, mais un petit chapitre bonus viendra avant (sur un personnage mystère...)

Spoiler

Chapitre 22 : Secrets

- Luka, montre-toi !
 
Ces mots avaient provoqué un soudain effroi dans l’esprit de la Reine. Après plusieurs années, elle entendait de nouveau la voix d’Owari. Bien sûr, elle l’avait déjà « croisé » lors de son enlèvement, mais uniquement via une communication vidéo - à laquelle elle ne comprenait pas grand-chose d’ailleurs. Ici, sa réapparition revêtait une impression tellement réelle. La peur commençait à monter en elle.
 
Sous les ordres de Miku, Luka partit se cacher dans une sorte de grand placard, adjacent à la salle du trône, en compagnie de Meiko. Fukase ne devait en aucun cas la voir. De son côté, la souveraine se sentait encore coupable. Toutes ses vies perdues par sa faute, et ses compagnons qui continuaient à se battre pour elle. Elle partit donc pour la pièce d’à-côté le cœur gros, alors que les six autres guerriers, Miku, Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys faisaient face à la porte qui tremblait.
 
Celle-ci s’ouvrit, laissant apparaître Fukase et Leora, ainsi qu’une quinzaine de soldats. Les autres membres de l’armée de Fukase continuaient de contrôler la ville.
 
Immédiatement, la mercenaire aux cheveux rouges se lança vers sa congénère koryuiste, qui para facilement son attaque.
 
- Ne crois pas que ça sera aussi facile que la dernière fois, lança Alys. « Je me suis entraînée ».
- Ooh, ricana Leora. « Mais, ça tombe bien. Je rêvais d’un peu de résistance. »
 
Le combat s’engagea. Les techniques affluaient de toutes parts. De nombreux halos s’échappaient des membres supérieurs des deux guerrières. Le niveau d’Alys avait sensiblement augmenté; son entraînement avec Shirosaki avait porté ses fruits, elle avait également grandement amélioré ses capacités en combat. Après quelques temps, Fukase s’impatientait, bien que cette lutte fût relativement plaisante à regarder. Mais Leora le coupa dans son élan.
 
- C’est mon combat, patron. Je n’ai besoin d’aucune aide. Laissez-moi faire, s’il vous plaît.
- Oh, tu sais que je ne peux rien te refuser. Alors, je vais me mettre à m’occuper de ceux-là, conclut Fukase, un regard vers les cinq sabreurs devant lui.
 
D’un geste de la main, il ordonna à ses soldats d’engager la lutte. Ceux-ci tenaient leurs ennemis en joug, et se mirent à tirer. À leur grand étonnement, les balles ricochèrent sur un mur invisible.
 
- Qu’est-ce que tu croyais ? Que nous n’avions pas pris nos précautions ? hurla Miku.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? maugréa Fukase.
 
Leora observa la scène, bien qu’elle fût engluée dans son combat contre Alys.
 
- C’est ton œuvre, hein ma petite, lança-t-elle en direction de la villageoise.
- C’est ça. Tu pensais que j’allais laisser mes amis en danger ?
- Leora, tue là immédiatement. Tout dépend de toi ! cria Fukase.
 
Les deux koryuistes se firent face de nouveau, pleines de sueur. Le combat avait été très exigeant pour leurs organismes, et la mercenaire ne s’attendait pas à une résistance aussi élevée. De rage, elle se mit à vociférer dans tous les sens et se lança de nouveau vers son ennemie.
 
Pendant ce temps, Luka était toujours enfermée dans la pièce d’à-côté. Elle regardait Meiko, et des larmes commençaient à couler le long de ses joues.
 
- Ça ne va pas, confia-t-elle. « Ils sont en train de se battre pour moi, et je ne fais rien. Quelle reine je fais ! »
- C’est comme ça, rétorqua Meiko. « Votre vie est trop importante pour que vous preniez part au combat ».
- Ce n’est pas comme ça que je vois mon rôle de Reine.
 
L’esprit perdu, elle analysa tous les recoins de la pièce, puis se tint la tête entre les mains. Elle remarqua alors la bague sertie d’une pierre bleue qu’elle avait toujours portée à son doigt et se releva, avant de se diriger vers la porte.
 
Le combat entre Alys et Leora était toujours en cours. Les autres protagonistes présents dans la salle du trône était réduits à l’immobilisme, les six combattants du pays de Kuni devant rester derrière la barrière dressée par Alys. La villageoise offrait une très belle résistance à la mercenaire. Même Fukase commençait à douter des capacités de son associée, alors que Miku reprenait espoir.
 
- Mais où as-tu appris tout ça ? lança Leora, étonnée.
- J’ai étudié le Koryu attentivement et je me suis entraînée. Je me hisse maintenant à ton niveau.
- C’est ce que tu crois !
 
Alys, toute motivation regagnée, lança alors une attaque foudroyante qui cloua Leora au sol.
 
- Ne pense pas que je me sois exercée uniquement à la technique de la barrière protectrice…
 
La guerrière ennemie pesta. Elle qui était tellement assurée de sa supériorité, était à deux doigts de se faire battre par une personne qui s’était remise à étudier sérieusement son art que depuis quelques mois. Pleine de rage, elle se releva rapidement. D’énormes reflets de lumière rouge s’échappaient de ses bras. Leora lança alors son attaque la plus destructrice directement sur Alys, qui ne pouvait pas parer. Cette prise était si rapide, si bien exécutée qu’elle pouvait l’envoyer directement au tombeau. La jeune femme à la tresse vit alors les moments importants de sa vie passer devant ses yeux: sa rencontre avec Rin et Len, les différents entraînements avec son père quand elle était enfant, ainsi que la mort de Syla et Lysa. Pétrifiée par la peur, elle ne pouvait plus bouger. Un sourire se dessina sur le visage de Leora. Elle allait gagner cette lutte, et mettre fin à cette lignée maudite de koryuistes.
 
Alys fermait les yeux, attendant son sort. Mais, elle ne sentit rien. Quelques instants avant l’impact, un corps s’était interposé. L’adepte reconnue la chevelure ébène de son ami Shirosaki, qui s’était contenté d’interposer son bras à l’endroit du choc. Celui-ci s’était arraché de son corps, et le jeune homme hurlait de douleur. Mais Alys était sauvée, c’était là l’essentiel. Le sang de Yuudai commençait à couler, la teinte écarlate patinait tout le sol environnant. Puis, le jeune homme s’écroula. Alys tenta au mieux d’arrêter l’hémorragie. Le Koryu lui permettait de stopper l’afflux de sang, sans plus. Il s’agissait d’une solution temporaire, mais le temps pressait.
 
Leora recula de quelques pas. Elle éprouvait des difficultés à reprendre sa respiration. La mercenaire avait en effet mis toutes ses dernières forces dans cette ultime attaque, de sorte qu’il lui fut impossible d’attaquer son ennemie alors qu’elle était occupée à administrer les premiers soins au blessé.
 
- Shirosaki… Mais pourquoi, murmura Alys.
 
Le bibliothécaire eût du mal d’articuler.
 
- Je… Je ne veux pas te perdre…
 
Alys restait immobile, tandis que Shirosaki s’effondrait de douleur. Dans le même temps, la barrière dressée par la koryuiste qui protégeait les derniers membres de l’armée de Kuni cessa soudainement son effet. La villageoise n’avait plus d’énergie.
 
Fukase observa ce moment et s’apprêta à donner l’assaut, lorsqu’il fut interrompu par une voix bien connue.
 
- Arrête, Owari ! hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
 
***

 
- Luka ! Enfin je te retrouve ! sourit l’homme aux cheveux rouges.
- Qu’est-ce que tu veux ? lui demanda la souveraine.
- Je veux récupérer mon dû.
- Le pays ne t’appartient pas !
- Maintenant si. Regarde ! Mes soldats ont mis la ville à feu et à sang. C’est terminé !
- Pas encore !
 
Luka sortit alors sa bague à pierre bleue, qui se mit à briller. Miku observa la scène: « Ma Reine, ne faites pas ça ! » cria-t-elle.
 
- Je n’ai pas le choix, Miku… Konaimu no nichi !
 
Une lueur aveuglante s’échappa du bijou. Puis, quelques instants plus tard, une meute de gigantesques lions apparut au beau milieu de la salle du trône. Miku ne prononça plus un seul mot, de même que le reste de l’état-major de l’armée qui était sous le choc. Luka leur lança alors un regard significatif.
 
- Oui, je suis une Magicienne. C’est l’héritage de ma mère !
 
La couleur jaune des trois lions se reflétait dans tous les murs de la pièce. Quelques secondes plus tard, ils émirent tous un énorme grognement et se rangèrent aux côtés de la souveraine. Les six membres de la Garde royale reculèrent, effrayés.
 
Fukase restait immobile, peu impressionné. A la vue des trois fauves devant eux, ses soldats firent mine de vouloir lancer une attaque, convaincus par leur supériorité technologique, mais le chef les arrêta d’un geste de la main. Il plaça ensuite sa canne en forme de clown devant lui. Le pommeau s’éclaira d’une lueur rougeâtre malfaisante.
 
- Akai piero… énonça-t-il calmement.
 
De nouveau, trois apparitions firent leur entrée dans la salle du trône. Les invocations de Fukase revêtirent une forme plus humaine. Elles ressemblaient à des marionnettes géantes. Par rapport aux lions, cette magie se montrait moins impressionnante. C’est ce que les spectateurs profanes pouvaient penser avant d’observer la vitesse à laquelle ces monstres de plusieurs mètres de hauteur pouvaient se mouvoir.
 
Soudainement, une énorme barrière de feu se dirigea vers les invocations de l’homme à la canne. Celle-ci provenait de l’un des trois lions, mais fut facilement évitée par les marionnettes. Immédiatement, les deux autres invocations de Fukase se lancèrent vers les lions restants de Luka. Contrairement à ceux-ci, les marionnettes pouvaient faire parler leur vitesse. Ils esquivaient de ce fait les attaques puissantes des fauves de la souveraine.
 
Alors que le combat magique faisait rage, Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys interrogèrent Miku avec attention:
 
- Vous étiez au courant ? demanda Gumi.
- Oui…
- Mais pourquoi l’avoir caché ? interrogea Yuma.
- C’est pourtant facile à comprendre, répondit Miku violemment, sans doute encore sous le choc. « Les Magiciens sont discriminés au pays de Kuni. Si la population apprenait que la Reine est liée d’une quelconque façon à cette guilde, elle risque sa place. »
- Mais alors, elle n’est pas la fille du Roi ? conclut soudainement Len.
- Si, elle tient ce pouvoir de sa mère. C’est une longue histoire…
- Et Fukase, qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? Rin essayait d’intervenir dans la conversation.
- Ça, je ne sais pas. Elle ne m’a jamais parlé de lui…
 
Miku restait dans l’expectative. La lutte entre Luka et Owari continuait. Tout le monde, y compris les combattants de Fukase, étaient absorbés par la magie qui s’opérait devant eux.
 
Les lions de Luka faisaient preuve d’une puissance indescriptible, mais ils ne parvinrent jamais à toucher les marionnettes de Fukase, trop rapides.
 
- Alors, tu fais enfin face à ce que tu es, Luka ?
 
La Reine ne répondit pas à ces provocations. Pourtant, et dès l’instant où elle avait révélé son secret, elle savait qu’elle pouvait tout perdre. Cet aveu, selon elle, allait lui coûter sa place.  Jamais les citoyens ne voudraient d’une Magicienne comme souveraine. Et qu’allaient dire les chefs de village ? Tous les doutes qui l’avaient forcé à ne pas dévoiler sa véritable face resurgissaient. Cependant, elle devait rester attentive à son ennemi. Il commençait à prendre le dessus. Le seul objectif de Luka en ce moment était de protéger le pays.
 
Peu après, Leora, qui avait repris ses esprits après son combat contre Alys, décida de faire fi des événements en cours, et de porter de nouveau des attaques vers la villageoise. Dans son entrain, les soldats de Fukase se lancèrent vers l’état-major de la Garde Royale. Tous furent donc forcés de participer au combat.
 
Yuma se lança rapidement vers la horde, et élimina quelques combattants. Gumi suivait juste derrière lui, ainsi que Miku. Alys avait contré les attaques de Leora et était prise dans un deuxième round de lutte. Rin et Len, eux, tentèrent tant bien que mal d’aider leurs amis et collègues, malgré leur plus faible niveau.
 
La salle du trône ressemblait dès lors à un immense champ de bataille. Les lumières créées par les incantations de magie et de Koryu côtoyaient les mares de sang des soldats tombés. Pour le moment, aucun blessé, hormis Shirosaki, n’était à déplorer dans les rangs de l’armée de Kuni. Mais Fukase prenait peu à peu le dessus. Soudainement, un impact de balle toucha la jambe gauche de Yuma, provoquant un coup d’arrêt sec dans la lutte en cours. Plusieurs soldats l’encerclèrent et le firent prisonnier.
 
Miku observa la scène:
 
- Ça sent très mauvais. Si nous restons là, nous filons vers la mort !
- Mais on ne va pas fuir tout de même, répondit Gumi
- Je pense que nous n’avons pas d’autre choix
 
Rin, Len et Alys acquiescèrent de leur côté. Ils avaient beaucoup trop puisé dans leur énergie, et menaçaient de s’évanouir d’un instant à l’autre.
 
- Et Yuma ? maugréa la guerrière aux cheveux verts.
 
Le samouraï à la tenue noire avait suivi la conversation de loin, tombé au milieu des soldats ennemis. Il fixa la guerrière dans les yeux.
 
- Pars, Gumi ! Nous ne pouvons plus rien faire !
- Mais, je ne veux pas m’enfuir sans toi…
- Tu n’as pas le choix. Sauve-toi et reste en vie ! Ne t’occupe pas de moi …
 
Miku tira sa lieutenante par la manche, non sans jeter un dernier regard vers Yuma. Gumi fixa son compagnon :
 
- Yuma, je t’aime…
 
Le guerrier sourit subrepticement. « Moi aussi… », murmura-t-il.
 
La commandante avait bien entendu les déclarations des deux amants mais était bien trop occupée par la guerre en cours. Malgré son inévitable surprise, elle décida rapidement de remettre ce sujet à plus tard.
 
- Ma Reine, dit-elle.
- Oui Miku…
 
Luka prononça une dernière formule: « Hikari ». Immédiatement, une énorme lumière blanche aveuglante envahit la salle du trône, aveuglant tous les ennemis. Les derniers combattants du pays de Kuni - l’ultime espoir du pays - en profitèrent pour prendre la fuite par l’arrière du Palais.
 
Quelques minutes plus tard, l’effet du sort était terminé, et Fukase observa la salle du trône vide, si ce n’est ses soldats et son prisonnier, Yuma.
 
- J’ai gagné… murmura-t-il. « Le pays de Kuni est à moi… »
 
Il partit directement s’installer sur le trône à baldaquin du souverain du Royaume.
 
- Plutôt pas mal… N’est-ce pas, Leora ?
- Oui, chef… Mais permettez-moi d’émettre une réserve… Ils se sont enfuis. On ne devrait pas se lancer à leur poursuite ?
- Bien sûr… Ma splendide victoire m’a fait oublier ce détail… ria-t-il. « Passe l’ordre à toutes les forces dans la ville. Il me faut la Reine, et vivante. Les autres peuvent être tués. »
- Comme vous voudrez, patron.
 
Leora sortit du Palais Royal et partit donner les instructions, tandis que Fukase fit le tour de son nouveau domaine, le sourire en coin. Il trouva Meiko, réfugiée dans le placard depuis le début de la bataille finale. Celle-ci l’observa. La peur s’observait sur son visage. Fukase la regardait de haut, et souriait:
 
- Je suis votre nouveau maître désormais.
 
***
Quelques minutes plus tard, Luka se retrouvait en compagnie de Miku, Gumi, Rin, Len, Alys et Shirosaki dans le souterrain secret qui se situait au détour d’une porte dérobée, près de la salle du trône. Tous les membres du groupe restèrent silencieux. On pouvait également entendre Fukase fanfaronner à l’étage du dessus. La souveraine tentait de réprimer sa colère. Elle venait de perdre le pouvoir et devait prendre la fuite, en laissant son peuple aux mains de cet être irresponsable.
 
- Dépêchez-vous, ma Reine, murmura Miku.
- Mon pays…
- Nous reviendrons… Plus forts… Pour l’instant, nous ne pouvons rien faire…
 
Pour la première fois, Gumi avait les larmes aux yeux. Rin et Len se trouvaient à ces côtés, et la soutenaient. Les jumeaux se remémoraient tous les moments passés avec leur maître de sabre. La guerrière n’était plus que l’ombre d’elle-même. La situation avait eu pour effet de faire avouer au public son amour pour Yuma, et les tourtereaux étaient désormais séparés.
 
Rin dévisagea Miku, l’air interrogatif.
 
- Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
- On essaie déjà de s’enfuir de la ville. Nous allons essayer de sortir par le Nord. Les troupes de Fukase devraient être moins nombreuses à cet endroit normalement.
- Et après ?
- Après, on verra…
 
La commandante n’avait pas d’autre option en tête. Dans l’immédiat, il fallait quitter cet enfer. L’ennemi n’avait pas encore pris tout le pays. Il était donc encore possible de trouver, quelque part, un endroit sûr.
 
Un peu plus loin, Alys retenait Shirosaki par son épaule encore valide. Le jeune garçon hurlait de douleur. Quelques larmes perlaient le long des joues de la villageoise. Peu après, Luka s’avança vers eux.
 
- Allongez-le. Je peux l’aider…
 
Alys s’exécuta.
 
- Vous pouvez le soigner ? demanda-t-elle, en pleurs.
- Je peux lui sauver la vie, si c’est ce que vous demandez. Par contre, pour son bras, il n’y a pas grand-chose que je puisse faire…
 
Shirosaki allongé sur le sol pierreux du souterrain, Luka s’agenouilla près de son flanc droit. Elle prononça une formule mystérieuse, et la bague qu’elle portait au doigt se mit à briller d’une lumière bleu électrique. Quelques secondes plus tard, le bibliothécaire se releva. Quelques gouttes de sueur coulaient le long de son front, et un moignon avait pris la place de son bras droit.
 
- Voilà, vous êtes hors de danger. Encore désolée pour votre bras !
 
Le jeune garçon salua la souveraine en guise de remerciement, mais restait silencieux. Alys eut un sourire pour Luka durant un léger instant. Puis, le groupe reprit la route.
 
Pendant leur progression, Len continuait à réfléchir. Il faisait le bilan des derniers événements :
 
- Mais pourquoi avoir caché votre pouvoir ma Reine ? demanda-t-il naïvement. « Et d’où cela vous vient ? »
- Cela fait beaucoup de questions, mon cher Len, répondit-elle légèrement paniquée. « Enfin, au point où on en est, je pense que je peux vous dévoiler mon secret… »
 
Tout son auditoire se montrait soudainement excessivement attentif, bien que personne n’arrêtât sa progression.
 
- Ma mère, la femme de l’ancien Roi de Kuni, était issue de la Guilde des Magiciens. J’ai donc hérité de son pouvoir. Et Fukase… Enfin, Owari… était son premier fils, issu de son premier mariage… Il est donc mon demi-frère.
- Mais pourquoi il cherche à prendre le pouvoir dans le pays ? se demanda Len.
- Il est d’un caractère impulsif… De plus, quand ma mère a dû quitter l’île Maho pour rejoindre mon père, la Guilde a refusé que le garçon aille avec elle. Il était donc resté sur l’île…Après ça…
 
Miku interrompit soudainement le récit de la Reine. Le groupe était parvenu à l’extrémité du tunnel. Une lumière vivace indiquait la sortie.
 
Les sept membres arrivèrent donc dans une ruelle. Plus loin, on pouvait observer les remparts nord de la ville. La patronne de la Garde parcourut quelques mètres en éclaireur, jusqu’à l’avenue principale, relativement déserte. Visiblement, le gros des troupes de Fukase n’était pas encore arrivé à cet endroit. Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre le groupe, elle fut interrompue par une vieille dame qui portait un châle noir sur la tête. Observant la mine surprise de la commandante, l’inconnue dévoila rapidement son visage.
 
- Madame Koharu ! s’écria Miku. « Que faites-vous ici ? »
- J’ai un moyen de mettre la Reine en lieu sûr pendant quelques temps…
 
La cheffe du village de Kyuuri se dévoila également au reste du groupe. L’aînée salua respectueusement la Reine Luka.
 
- Le pays est avec vous, vous savez…commença-t-elle. « Mais, pour l’instant, vous devez rester en sécurité. Vous n’êtes pas de taille à lutter contre cet envahisseur pour l’instant. Cependant, j’ai une petite idée… »
- Merci, ma chère Kinzaki, rétorqua Luka. « Quelle est votre idée ? »
- Nous en parlerons plus tard. Tout d’abord, nous devons fuir Kyôu.
- Mais…
- Suivez-moi ! conclut la doyenne, faisant fi des remarques de la Reine.
 
Le groupuscule avança lentement et prudemment. Au loin, on pouvait entendre les troupes ennemies avancer au fil des pillages et des massacres. Quelques dizaines de minutes plus tard, Luka et les autres franchirent la porte qui marquait la sortie de la ville, au Nord. La Reine portait un dernier regard vers le Palais, son Palais, qu’elle devait laisser aux mains d’un dégénéré. Elle répugnait son impuissance, ainsi que celle de son pays.
 
- Ne vous en faites pas, ma Reine. Nous finirons par les vaincre. Ici, vous ne faites que battre en retraite pour revenir plus forte.
- Mais quel est votre plan ? interrogea encore une fois la souveraine.
- Vous le saurez bien assez tôt…
 
Ainsi, les personnes qui représentaient le dernier espoir du pays de Kuni prirent place à bord d’une diligence discrète, spécialement affrétée pour eux par Koharu. Les chevaux galopaient, s’éloignant de la capitale.
 
***

La diligence faisait cap vers le sud. La vieille Kinzaki Koharu chevauchait son destrier à côté de la carriole, laissant quelques instants privés à Luka et son groupe. La cabine était de taille acceptable pour sept personnes. La Reine profitait de ce temps de pause pour étayer quelque peu ses propos sur son passé. Passé le choc d’apprendre que celle-ci était une magicienne, ses collaborateurs désiraient en apprendre davantage. Rin et Len étaient un peu perdus. S’ils avaient conscience que cette caste de la population était particulièrement rejetée dans le monde de Sekai, leur opinion sur la souveraine n’avait pas grandement changé. En effet, ils avaient tellement vu de choses et vécu tant d’événements étranges, qu’ils n’en étaient plus à cela près. Miku était déjà au courant de ce secret, depuis sa plus tendre enfance. En fait, les trois personnes les plus étonnées par cette nouvelle furent Gumi, Alys et Shirosaki. La villageoise, de son côté, avait déjà deviné les raisons d’un tel comportement. En tant que pratiquante du Koryu, elle avait déjà dû faire face à de telles discriminations. Elle savait parfaitement que la Reine mettait sa place en péril si elle dévoilait son secret. Shirosaki, quant à lui, avait l’esprit suffisamment ouvert et était davantage préoccupé par l’état de son bras, ou plutôt par son absence. De ce fait, il ne pavoisa pas outre mesure.
 
Gumi demeurait pensive. Luka avait remarqué la moue renfrognée de la lieutenante.
 
- Qu’en penses-tu, Gumi ? La souveraine avait décidé d’aborder directement le sujet.
- Honnêtement, que vous soyez une magicienne, je m’en contrefiche…
 
Luka sourit, soulagée d’entendre que le secret qu’elle portait comme un fardeau depuis de nombreuses années n’était sans doute pas si important.
 
- Cependant, je me demande pourquoi vous n’en avez pas parlé avant… C’aurait peut-être pu éviter tous ces incidents. Je me dis que vous aviez l’occasion de renouer des contacts amicaux avec la Guilde et que vous ne l’avez pas fait.
 
La Reine baissa la tête. Au fond, la guerrière avait raison, même si son discours était clairsemé de rancœur et de dégoût, surtout à la suite de la capture de Yuma. Le fait de perdre son amant transparaissait clairement dans son discours. Une partie de la confiance qu’elle avait dans la Reine s’était étiolée à ce moment-là. Elle la tenait comme une des responsables du sort de son amoureux.
 
- Gumi, veux-tu cesser ? ordonna Miku.
 
Luka l’interrompit.
 
- Non, Miku. Laisse-la dire ce qu’elle pense. Mon obscurantisme nous a tous mis dans cette situation. Le moins que je puisse faire, c’est de faire face aux critiques et y répondre.
- Je n’ai rien à dire de plus, conclut rapidement Gumi.
- Le fait est que… Je craignais plus que tout la réaction des citoyens. Je pensais en parler un jour, mais je repoussais sans cesse l’échéance, par peur… La dame savait bien que cela ne constituait pas une excuse valable aux yeux de sa subordonnée, mais elle ne pouvait rien dire de plus.
 
Au bout de quelques heures, la diligence s’arrêta. Rin et Len sortirent de la diligence les premiers, suivis par Alys et Shirosaki, ensuite Gumi et Miku. La Reine fermait la marche. Kinzaki Koharu était descendue de son cheval et se dirigeait vers un bateau spécialement affrété. Le groupe se trouvait maintenant le long de la côte sud de l’île de Kuni.
 
- Ma Reine, prenez ce bateau. Il voguera vers l’archipel Seisui. C’est un pays ami, il pourra certainement vous accueillir. Vous serez en sécurité là-bas, le temps de faire le point.
- Cela signifie quitter le pays ? s’écria Miku.
- Oui. Vous n’avez pas le choix. Si vous restez à Kuni, vous serez traqués sans cesse. Pour organiser la résistance, mieux vaut faire ça de l’étranger. D’autant plus que vous aurez certainement besoin de l’aide de vos alliés pour reconquérir le pays. Le temps des alliances est venu…
 
Luka éprouvait des difficultés à accepter cette décision. Toutefois, la sagesse de Koharu était telle qu’il s’agissait certainement de la meilleure stratégie à adopter.
 
- Et vous ? Qu’allez-vous faire ? demanda Luka.
- Nous nous en sortirons… Il faudra bien quelques personnes courageuses pour faire face à ce dégénéré… Vous, contenez-vous de vous mettre en sécurité et de nouer de bonnes alliances. Nous attendrons patiemment votre retour.
- Merci. Merci pour tout.
 
Fait extrêmement rare, la Reine se mit à prendre Koharu dans ses bras. Quelques larmes se mirent à couler le long de ses joues. Pendant ce temps, le reste du groupe se mit à embarquer sur le petit bateau. Malgré sa petite taille, il paraissait insubmersible. Miku salua le capitaine, ainsi que les deux matelots à bord. Rin et Len examinèrent les moindres recoins de l’embarcation, alors qu’Alys s’était assise dans un coin en compagnie de Shirosaki. Gumi observait l’horizon, pointant ses yeux dans la direction de la capitale, où Yuma était retenu prisonnier.
 
- Tiens bon. Je reviendrai te sauver, murmura-t-elle, avant de retourner dans son silence.
 
La Reine prit également place à bord du bateau, qui ne tarderait pas à voguer vers le sud. Un nouveau chapitre mystérieux allait désormais s’ouvrir dans l’histoire du pays de Kuni. Pour la première fois de son histoire, l’île comptait un souverain en exil, et devait faire face à un coup d’État.
 
Luka vissait les yeux vers le sud, et tentait de reprendre espoir, tant bien que mal, alors que Koharu observait l’embarcation prendre ses distances, avant de reprendre la route de son village, où de sombres heures l’attendaient.
 
***
 
À quelques dizaines de mètres de là, deux jumeaux aux cheveux verts caractéristiques avaient également pris la direction du sud après avoir fui la ville de Kyôu. Kyuu et Roku erraient pour l’instant sans but. Ils avaient définitivement quitté Fukase, et étaient dorénavant coincés dans ce monde inconnu. Le seul qui pouvait les ramener dans leur monde originel était leur ancien maître. De toute façon, les jumeaux n’étaient même pas certains de vouloir rentrer. Rien ne les attendait dans leur monde. Leur vie entière était quadrillée autour de leur patron.
 
Alors qu’ils chevauchaient tranquillement sur la plage, le regard perdu, ils remarquèrent l'étrange branle-bas de combat qui s’organisait plus loin. Ils reconnaissaient également les chevelures blondes de Rin et de Len, au loin, puis observèrent la présence de Miku. Puis, ils furent quelque peu étonnés par la présence de la Reine.
 
- Fukase a donc réussi son coup, analysa Kyuu.
- Visiblement, on dirait que la Reine fuit le pays…
- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda l’aîné à son frère avisé.
- Je ne sais pas…
 
Roku laissa alors vagabonder son esprit quelques secondes.
 
- Et si on les suivait ?
- Pourquoi faire ? interrogea Kyuu. « Qu’est-ce que ça nous apporterait ? »
- Je ne sais pas. Je me dis que ça pourrait toujours être plus intéressant que de rester ici. Ça nous permettrait de découvrir ce monde, et puis, j’ai bien envie de recroiser ces jumeaux. Je pense qu’on pourrait avoir une bonne conversation.
 
Kyuu réfléchit.
 
- D’accord. Je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre… Mais il nous faudrait un bateau.
- Rendons-nous au village le plus proche. Il y a certainement moyen d’en trouver un.
 
Les jumeaux rebroussèrent donc chemin, leur nouvel objectif en tête. Bien que celui-ci fût léger, il leur donnait une voie à suivre, et cette fois, il s’agissait d’une voie qu’ils avaient choisie. Pour la première fois de leur vie, ils avaient pris une décision pour eux seuls, sans se préoccuper des desiderata de Fukase. Une certaine excitation commençait à gagner leurs cœurs.
 
Kyuu et Roku se retournèrent encore quelques instants, observant le bateau de la Reine Luka s’éloignant lentement vers l’horizon.
 
 
 
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE
Titre: Re : Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Youkoulélé le 08 août 2017, 12:24:41
Hey,  comme la première partie est terminé je vais en profité pour donné mon avis général (un peu à chaud) sur la fanfic jusqu'ici.

Tout d'abord la narration est maîtrisé,  j'imagine sans peine les décors, les personnage et l'action. J'ai trouvé la lecture est simple et fluide avec un vocabulaire riche et adéquat.
Spoiler
Le commentaire du dernier chapitre qui confirme la règle :
hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
Alors je sais pas si c'est moi ou quoi, mais l'emploi du mot "placard" m'a un peu coupé du moment dramatique x), on dirait presque un gag, ça m'a fait penser d'ailleurs quand j'ai lu ça à cet épisode de South park où Tom Cruise s'enferme dans le placard de Stan, mais là je digresse, Grèce. Un truc du genre "qui fit irruption" aurait été plus approprié pour ce genre de moment fort que "qui s'était échappée du placard"... BREF
L'histoire est prenante, j'ai vraiment senti les enjeux de la situation, et le poids des forces en présence. Après j'ai trouvé que l'intrigue principale à mis un peu de temps à se mettre en place. Les personnage ont du relief (les principaux en tout cas) et sont attachant. J'ai aussi bien senti l'évolution des personnages au fil des chapitres et c'est quelque chose que je trouve très satisfaisant.

Pour conclure j'ai trouvé cette première partie très bonne, très plaisante à lire. Bon travail et vivement la deuxième partie !  ;D

Spoiler
Ça rien à voir mais je trouve que Fukase c'est tellement Roman Torchwick dans RWBY :0
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 09 août 2017, 20:37:27
Oh, merci pour ton avis !

Ouf, ça me rassure... Je me demande toujours si j'écris bien mes descriptions. Parfois, j'ai peur d'en faire un peu trop, et d'autres fois pas assez^^ (Oui, je suis quelqu'un qui doute énormément... x))

Spoiler
Le commentaire du dernier chapitre qui confirme la règle :
hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
Alors je sais pas si c'est moi ou quoi, mais l'emploi du mot "placard" m'a un peu coupé du moment dramatique x), on dirait presque un gag, ça m'a fait penser d'ailleurs quand j'ai lu ça à cet épisode de South park où Tom Cruise s'enferme dans le placard de Stan, mais là je digresse, Grèce. Un truc du genre "qui fit irruption" aurait été plus approprié pour ce genre de moment fort que "qui s'était échappée du placard"... BREF

Alors, autant je n'y avais pas fait attention en l'écrivant, autant maintenant, je ne vais penser qu'à ça xD
(Ou alors, je la fais sortir du placard pour de vrai... )

Oui, en relisant le début, je me rends compte que l'histoire prend quand même du temps à se mettre en place... Je pense même que ça peut me faire perdre des lecteurs. Mais d'un autre côté, j'ai essayé de décrire au mieux l'univers et le caractère des personnages dans les premiers chapitres avant de me lancer dans l'intrigue principale... Maintenant, ça aurait pu être mieux géré, certainement (a posteriori, je trouve le début un peu lent aussi, j'ai même déjà pensé à le réécrire un peu, genre les deux premiers chapitres au moins, mais je ne dois pas être doué pour les introductions, parce que je ne suis jamais vraiment satisfait^^-)...

Et puis, je préfère me concentrer sur la deuxième partie :-)

Encore merci, et j'espère que la suite te plaira aussi !

Spoiler
Ça rien à voir mais je trouve que Fukase c'est tellement Roman Torchwick dans RWBY :0

Alors ça, ce n'est pas volontaire, parce que je ne connaissais pas ^^' Mais je suis allé voir un peu et c'est vrai qu'il a un air de ressemblance en plus... Pour le caractère, je ne sais pas... Pour être franc, je me suis surtout inspiré du Joker dans Batman, parce que c'est mon méchant préféré, et j'aime ce genre d'antagonistes un peu psychopathes...
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 02 septembre 2017, 11:59:10
Coucou tout le monde !

J'ai oublié de le poster ici, mais pour l'anniversaire de Miku, j'ai écrit un chapitre bonus retraçant son passé (bon, il est publié ici avec trois jours de retard, mais sur le blog, je l'avais fait à temps^^)

Bonne lecture !

Spoiler
Sekai Chronicles #4 : Hatsune Miku

11 ans avant le chapitre 1.
 
La Grande Guerre Magique, le plus grand conflit qu’avait connu le monde de Sekai, s’était terminé quatre ans auparavant. Quelques stigmates de ce conflit pouvaient encore s’observer dans les recoins du pays de Kuni. Si la capitale, Kyôu, avait été largement reconstruite, les villages souffraient encore de l’effort de guerre, si bien que le niveau de vie de la population avait subi un sacré coup d’arrêt.
 
Le Roi de Kuni, Luki, était un homme d’une prestance incroyable. Il avait pris le commandement des armées unifiées durant les dernières batailles, son intellect stratégique ayant été d’une grande aide dans la victoire. Bien sûr, il avait été secondé par son fidèle lieutenant, ami, et commandant de la garde royale, Mikuo. De carrure relativement frêle, cet homme excellait dans les arts de combat, si bien que sa position à la tête de l’une des plus grandes armées du monde ne faisait plus aucun doute.
 
Les deux amis s’associèrent donc une fois de plus pour réparer les dommages de la guerre, Mikuo adossant alors un rôle plus politique, en sus de ses activités militaires.
 
Le Palais n’avait subi que peu de dégâts. Les milices ennemies, provenant de la Guilde des Magiciens et de l’île Tokai, n’étaient pas parvenues à se hisser jusqu’à cet endroit. Il restait donc au pays de Kuni un zeste de sa splendeur passée, un signe montrant que cette nation n’était jamais complètement tombée.
 
Au milieu des bibelots en métaux précieux disposés un peu partout dans la salle du trône jouaient deux jeunes filles âgées de sept et cinq ans. Leurs pères étaient attablés sur l’immense table placée dans un coin de la pièce. Les deux enfants avaient l’habitude d’être là, puisqu’elles se trouvaient êtres les propres progénitures du Roi et du commandant. Par conséquent, Miku et Luka avaient grandi ensemble. Comme leur famille ne quittait que rarement le château, les filles n’avaient pas l’occasion de nouer de relations sociales. D’ailleurs, Luka avait accueilli la naissance de Miku d’un très bon œil, comme si elle avait assisté à la naissance d’une petite sœur. En outre, elles possédaient plusieurs points communs. Leurs mères étaient décédées lorsqu’elles étaient assez jeunes, et leurs paternels s’étaient réfugiés dans leur travail. Les deux amies vivaient surtout en compagnie des servants du château, mais ces épreuves avaient renforcé les liens entre elles.
 
***
 
Les années passaient. Tandis que Luka se préparait à son rôle de Reine (elle assistait à des cours de bienséance, de diplomatie, et son père s’appliquait à lui apprendre les rudiments de la politique), Miku cherchait toujours sa voie. Cette jeune fille courageuse désirait plus que tout suivre les traces de son père dans la Garde royale. Cependant, elle se heurtait à plusieurs obstacles. Tout d’abord, elle devrait assurer l’héritage de son père. Nombreux étaient les lieutenants de l’armée qui n’étaient pas prêts à lui faire de cadeaux, et à la pousser dans ses derniers retranchements. Puis, et surtout, Miku avait rapidement compris qu’elle n’était pas du « bon » sexe.
 
L’armée de Kuni était entièrement masculine. Cela allait de pair avec la société largement patriarcale du pays. En conséquence, aucune femme n’avait jamais occupé ne serait-ce que le plus petit poste de la Garde.
 
Du fait de sa place privilégiée près de son père, il était arrivé à Miku de pouvoir assister, de loin, aux entraînements de la Garde royale. Elle y voyait alors son père donner fièrement ses instructions, et faire étalage de son immense technique. A chaque fois, elle ressortait impressionnée de la cour dans laquelle se déroulait l’entraînement. Mikuo s’était révélé le plus grand commandant de toute l’histoire du pays de Kuni. Son habilité stratégique avait permis aux alliés de triompher de la Guilde Magique. De plus, il était également très bien considéré en sa qualité de bras droit du Roi. Si Miku regrettait ses longues absences, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la fierté et de l’admiration envers son père. Plus que tout, elle voulait suivre ses traces.
 
Un jour, vers l’âge de sept ans, la jeune fille décida de prendre son destin en main. Toutes les nuits, elle sortit en douce du Palais Royal et se dirigeait vers un petit patio, situé non loin du centre d’entraînement de la Garde royale. Cet endroit n’était que très rarement surveillé, dissimulé, et relativement facile d’accès sans se faire repérer. Elle avait entreposé à cet endroit divers instruments de travail. Toutes les nuits, elle s’entraînait durant plusieurs heures, sans perdre du regard son objectif. Miku essayait de reproduire les mouvements observés pendant les sessions d’entraînement. Elle en avait également profité pour améliorer sa forme physique. Après quelques temps, on pouvait observer les résultats. En dépit de son apparence frêle, la jeune Miku disposait d’une incroyable force.
 
Toutefois, son père ne remarqua rien, sans doute trop occupé par ses fonctions avec le Roi. Il ne passait en effet que quelques minutes par jour en compagnie de sa fille, et était trop fatigué pour observer quoi que ce soit. Par contre, sa meilleure amie, la princesse Luka, avait, elle, noté le changement de comportement. Et la jeune fille aux cheveux roses était bien trop curieuse.
 
Une nuit, Luka s’extirpa également de sa chambre. La chambre de Miku était située à quelques mètres seulement de la sienne. La princesse avait guetté le moment où son amie s’échapperait. Comme elle l’avait prévu, Miku sortit alors que la pleine Lune brillait largement dans le ciel. Luka la suivit de loin à travers les couloirs du Palais. Après quelques minutes, la future Reine eut la confirmation de ses doutes alors qu’elle observait l’entraînement quotidien de l’apprentie. Luka était subjuguée par tant de technique, de force et de hargne. La détermination et l’envie de Miku transparaissait dans chacun de ses mouvements. La princesse resta cachée derrière un buisson, en silence, ne voulant pas perturber l’entraînement.
                                                             
Les nuits suivantes, Luka continuait à observer le rituel quotidien de Miku. Chaque nuit, la fille aux couettes sortait du Palais, se rendait au même endroit et y restait pendant plusieurs heures. Étonnement, elle ne s’était pas encore fait repérer par un membre de la Garde. Après quelques temps, Luka décida de se montrer au grand jour. Elle interrompit alors Miku en pleine session:
 
- Qu’est-ce que tu fais, Miku ? lança-t-elle discrètement alors que la jeune guerrière était occupée.
- Ah !  sursauta Miku. « Qu’est-ce que tu fais ici, Luka ? »
- C’est plutôt à moi de te poser cette question…
 
Miku baissa la tête, passablement gênée. Elle expliqua donc son objectif à son amie. L’envie de suivre les traces de son père, et de trouver sa place dans la Garde royale.
 
- Miku… commença Luka. « Tu dois montrer tous ces progrès à ton père. Il en serait fier, j’en suis certaine… »
- Non, je pense qu’il m’en voudrait de lui avoir désobéi… Je ne peux pas lui montrer maintenant. J’attendrai le moment venu…
 
Luka considéra Miku d’une mine suspecte. Visiblement, Miku n’avait pas réfléchi à la suite des événements, et s’était laissée portée par son envie. Selon la princesse, la jeune fille n’aurait jamais l’occasion de montrer ses talents à son père, les femmes n’étant pas acceptées dans la Garde. Plus Luka l’observait, plus elle était d’avis que le père de Miku devait connaître les talents de sa fille. Une combattante débutante qui avait atteint un tel niveau rien qu’en s’entraînant seule ne pouvait que devenir une grande guerrière dans l’avenir.
 
Un peu plus tard, alors que Miku continuait à agiter son sabre en bois devant un ennemi invisible, Luka s’éclipsa et se dirigea vers le couloir des chambres du Palais. Elle connaissait parfaitement l’emplacement de la chambre de Mikuo. Elle s’empressa d’y entrer. Sur le lit, le commandant de la Garde était plongé dans un sommeil profond, si bien que la princesse eût des difficultés de le réveiller. Ainsi, cette opération dura plusieurs minutes, l’homme paraissait extrêmement las.
 
- Princesse ? murmura-t-il, tandis que ses yeux étaient à peine ouverts. « Que faites-vous ici ? Retournez dans votre chambre. »
- J’ai quelque chose à vous montrer, commandant. C’est important !  Luka le tira du lit et le força à mettre une tenue plus décente que son léger pyjama.
- Mais, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Dépêchez-vous !
 
Le commandant protesta plusieurs fois, et ordonna à la princesse de retourner dormir. Cependant, le caractère têtu de Luka eut raison de l’homme. S’il voulait rapidement retourner dans son lit, le plus simple était de la suivre.
 
La princesse l’emmena donc vers le minuscule terrain d’entraînement improvisé de Miku. Si le commandant était encore somnolent, la vision de sa propre fille en train de s’entraîner eut l’effet d’un électrochoc.
 
- Miku, qu’est-ce que c’est que ça ! hurla-t-il.
 
La fille aux couettes se retourna, effarée, tenant le sabre en bois fébrilement dans sa main droite.
 
- Papa… Je peux expliquer…
- Il n’y a rien à expliquer. Il est interdit de sortir pendant la nuit comme cela !
- Mais…
- Rentre te coucher !
 
Miku lâcha le katana d’entraînement qui s’écrasa sur le sol terreux, puis passa devant son père et Luka, qui paraissait désolée pour elle. Elle ne se doutait pas de la réaction de Mikuo. Toutefois, alors que la jeune fille passait à hauteur de son paternel, celui-ci l’arrêta d’un geste du bras.
 
- Ceci dit… C’était plutôt pas mal… Tu as réussi à atteindre ce niveau seule ?
- Oui, répondit Miku qui ne savait plus où se mettre.
- Mmh, considéra le père. « Tu veux continuer à t’entraîner ? »
- Oui… rétorqua-t-elle timidement.
- Dans ce cas, rends-toi demain à sept heures sur le terrain d’entraînement…
- Je pourrai m’entraîner ?
- Je me débrouillerai…
 
Un sourire radieux se dessina immédiatement sur le visage de Miku. Luka arborait, dans son coin, également une expression de satisfaction. La jeune fille touchait enfin son rêve du bout des doigts.
 
- Miku… Rappelle-toi, ce sera très difficile, prévint Mikuo.
- Je sais… dit-elle.
 
Cette réponse provoqua une légère hilarité chez le père. « C’est bien ma fille. Ça ne fait aucun doute », pensa-t-il.
 
***
 
Le père de Miku avait finalement réussi à convaincre les instances dirigeantes de la Garde royale d’enrôler sa fille parmi les recrues. Ce ne fut pas une mission bien difficile, du fait de sa position et son influence auprès du Roi. La demoiselle avait donc été acceptée. Cependant, et Mikuo l’avait prévenue, le plus dur était à venir. Elle était désormais la première femme à accéder aux entraînements de la Garde royale, et devrait donc combattre les réflexions misogynes de ses congénères et supérieurs, en plus de devoir porter le fardeau d’être la descendance du commandant. De son côté, son père était assez satisfait. En effet, sa famille possédait une longue lignée de combattants aguerris, tous entrés au Panthéon de la Garde. Lui qui s’attendait à la fin de son héritage, du fait d’avoir une héritière femme, s’enorgueillissait. Au fond de lui, il avait confiance en Miku.
 
Ses excellentes capacités en combat avaient permis à la jeune fille de monter rapidement les échelons qui étaient encore à sa portée, malgré les fortes dissensions de ses supérieurs. Elle passa ainsi rapidement chef des recrues, le seul poste à responsabilités réservé aux combattants les plus jeunes. Son niveau étant très supérieur à celui de ses camarades, sa nomination n’aurait dû, en temps normal, faire l’objet d’aucune réclamation. Cependant, beaucoup de pontes de l’armée avaient déjà, à ce moment, émis quelques réserves. Au fur et à mesure de son avancée, Miku pouvait ressentir le malaise ambiant qui accompagnait souvent sa présence.
 
Devant les hommes, elle essayait de faire bonne figure. La guerrière se tenait toujours bien droite, fière, faisant fi de toutes les remarques, bien qu’elles l’atteignissent parfois. Intrinsèquement, elle caressait tout de même l’espoir que ses capacités et son entraînement suffiraient à prouver sa valeur, mais il n’en était rien. Les plus hautes sphères du commandement lui seraient à jamais interdites. Hormis son père, les autres membres importants de l’état-major n’accepteraient jamais sa nomination à un poste important, et les instances de la Garde étaient ainsi faites que le pouvoir de son père s’arrêtait là. Dans les heures difficiles, Luka s’avérait devenir la confidente de la jeune fille. Les deux amies ne s’étaient jamais quittées, même si l’imposant agenda de la fille aux couettes avaient systématiquement réduits leurs rencontres. Ainsi, Miku fut aux premières loges du couronnement de la Reine Luka. Elle s’était aussi montrée d’une oreille attentive après la mort subite de son père, terrassé par la maladie. Les deux filles se retrouvaient sur énormément de points : elles désiraient plus que tout montrer leur valeur au monde, et devait subir sur leur dos le poids du passé de leurs ancêtres.
 
L’état-major de la Garde était composé de trois têtes pensantes : Mikuo, le commandant général, était ainsi secondé par deux lieutenants. Le premier, compagnon d’arme qui avait toute sa confiance, se prénommait Al. Son style de combat lui avait rapidement fait gagner le surnom de Big Al, tant son envergure dans les luttes au sabre était impressionnante. Le troisième, plus jeune, répondait au nom d’Akasaki Minato. Ce jeune homme, très présomptueux, était ainsi le plus jeune membre de la Garde à avoir jamais atteint les hautes sphères de l’état-major. En effet, il se montrait bon dans tous les domaines. Sabreur redoutable, il rivalisait d’ingéniosité dans les manœuvres stratégiques, et s’avérait également être un excellent enquêteur. Il avait ainsi pu déjouer crimes graves perpétrés par la pègre de Kyôu.
 
Miku avait déjà rencontré ces deux personnes. Elle savait pertinemment qu’aucun des deux n’approuvait sa présence. Cependant, Big Al se rangeait davantage auprès des décisions de son ami Mikuo, même s’ils étaient en désaccord sur ce point. Minato se montrait bien plus prétentieux, ne manquant jamais une occasion de rabaisser Miku plus bas que son rang de chef des recrues. Pour lui, une femme n’était pas destinée à combattre ou à occuper une quelconque position militaire, et il ne se gênait pas pour le faire remarquer.
 
Ce lot était le quotidien de Miku. Son sexe lui était rappelé à chaque moment, et, hormis les hommes qui étaient sous sa responsabilité et sur lesquelles elle possédait un certain impact, tous les soldats de la Garde royale lui remémorait sans cesse qu’elle ne méritait sa place qu’à la position de son père. Ainsi, plusieurs fois, elle s’éclipsa dans la salle du trône pour y rencontrer Luka et vider son sac, plein de rage et de tristesse, et revenait le lendemain sur le terrain d’entraînement, le moral gonflé à bloc.
***
 

Quelques années plus tard, 2 ans avant le chapitre 1
 
Miku était assise tranquillement sur son lit. Le soleil venait de se coucher, les missions de la journée et les entraînements étaient terminés. Son front suintait de sueur. Ainsi, elle partit se laver dans la salle de bains qui se trouvait tout près, puis partit en direction du bureau de son père. Il lui arrivait souvent de passer le voir cinq bonnes minutes, histoire de lui signifier que tout allait bien pour elle, qu’elle supportait les difficultés afférentes à sa place dans la Garde. Cela lui permettait également de jeter un petit coup d’œil à son paternel, qui commençait à prendre de l’âge. Les rumeurs au sein des groupes de soldats allaient bon train. Le bruit courait selon lequel le commandant allait se chercher un remplaçant. De ce fait, quelques soldats de seconde classe s’étaient mis dans l’idée d’organiser des paris, en cachette des supérieurs. Les prédictions donnaient bien sûr Big Al gagnant, mais une minorité commençait à voir d’un bon œil l’avènement d’Akasaki Minato.
 
La guerrière se trouvait loin de tout cela. Elle désirait juste rendre visite à son père. Elle traversa le long couloir silencieux qui menait à son bureau, et remarqua la porte entrouverte.
 
- Papa, c’est moi Miku. En temps normal, elle devait l’appeler « commandant » en présence des autres soldats, mais pas une âme qui vive à l’horizon. Cela ne posait donc pas le moindre problème.
 
Aucune réponse.
 
Miku réitéra son appel, toujours sans réponse, puis poussa la porte du bureau.
 
La jeune fille fit trois pas rapides en arrière. Le corps de son père gisait sur le sol, au milieu d’une immense mare de sang. Directement, elle s’accroupit à ses côtés. Les larmes commençaient à couler le long de ses joues, comme si tout son monde s’écroulait soudainement. Elle qui était d’un caractère si solide ne put résister. Elle éclata en sanglots près du corps inanimé de Mikuo, la gorge tranchée.
 
Prévenus par les cris incessants de Miku, une horde de soldats, dont Al et Minato, s’étaient réunis au sein même du bureau, constant le décès du plus grand commandant que le pays de Kuni n’avait jamais connu.
 
***

Les funérailles de commandant Mikuo s’organisèrent dans le plus grand faste. L’objectif de la Reine Luka était de rendre hommage au grand combattant qu’il était. Ainsi, elle décréta également un jour de deuil national. Le cortège funéraire parcourut les rues principales du quartier noble de la capitale, où plusieurs milliers de citoyens s’étaient rassemblés, dans le plus grand silence. Miku, habillée de noir, suivait de près le cercueil de son père, la tête baissée. Luka la suivit, puis vinrent les deux lieutenants de la Garde, Al et Minato.
 
Dans le cimetière, un défilé de personnalités vint présenter leurs condoléances à Miku. Al lui prit les mains, présenta ses excuses, et partit dans un grand silence. Puis, vient le tour de Minato :
 
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Miku, n’hésitez pas à faire appel à moi…
 
Cette phrase provoqua soudainement une immense rage dans le chef de la fille.
 
- Akasaki, je sais que vous ne m’appréciez pas… Je préfèrerai encore mourir plutôt que de faire appel à vous… Allez-vous faire voir !
 
Minato regretta ses propos et prit congé.
 
Quelques jours plus tard, la fille aux couettes s’était rapidement réfugiée dans sa chambre, plongée dans ses pensées. Quelques dizaines de minutes plus tard, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Elle ne répondit pas.
 
La porte s’ouvrit soudainement, laissant apparaître la Reine Luka.
 
- Miku… murmura-t-elle.
 
Sans réponse.
 
- Ne reste pas cloîtrée ici… N’oublie pas ton objectif, continua la souveraine.
 
Miku se retourna vers son amie.
 
- Ma Reine, c’en est trop. Je sens quelque chose de pourri dans la Garde… Il y a quelque chose que je ne saisis pas…
- Tu veux parler de ton père ?
- Nous n’avons pas encore trouvé son assassin…
- Big Al est en train d’enquêter. Il est particulièrement touché par le décès de son ami. Il a même renoncé au poste de commandant pour le laisser à Minato, histoire de pouvoir se consacrer à temps plein à la recherche de l’assassin de Mikuo…
- Quelque chose cloche…
- Quoi ? Va au bout de ta pensée, Miku. Luka était impatiente.
- Je trouve bizarre qu’un tueur ait pu s’infiltrer dans l’endroit le plus gardé du pays, blindé de soldats. Une idée m’est venue… Si la menace était interne à l’armée…
- Tu veux dire que…
- Je pense que l’assassin de mon père est un soldat de la Garde, et je veux le trouver…
 
Ainsi, Miku demanda à la Reine de s’éloigner quelques temps de ses responsabilités militaires. Elle voulait se consacrer à plein temps à la recherche du tueur.
 
***

Toute la nuit, Miku était restée éveillée. Son esprit travaillait à plein régime. Convaincue que le coupable était interne à l’armée, elle décida de partir de son hypothèse. Qui avait le plus profité de l’assassinat de Mikuo ? Assurément Minato, qui avait pris sa place. Elle en fit donc rapidement son suspect numéro un. Seulement fallait-il encore prouver ses doutes, et elle ne disposait d’aucune preuve.
 
Soudainement, un servant vint frapper à la porte de la chambre de Miku. Alors qu’elle ouvrit la porte, elle aperçut un jeune homme de petite taille, chargé d’un énorme carton contenant divers objets.
 
- Madame Miku. Ce sont les objets de votre père. La Reine m’a demandé de vous les restituer.
- Oh… Merci, rétorqua sensiblement Miku.
 
Elle s’empara alors de l’imposante caisse, remercia encore une fois le coursier et déposa les objets au centre de la pièce. En fouillant un peu, elle retrouva, en plus de l’uniforme de commandant, quelques bijoux ayant appartenus à sa mère.
 
- Ah, fit Miku. « Il ne l’a jamais oublié… »
 
Puis, au fond de la caisse, la jeune fille aperçut une petite enveloppe dont le papier commençait à jaunir. Elle s’ouvrit précautionneusement et reconnut directement l’écriture de Mikuo.
 
« Ma Reine,
 
L’armée du pays de Kuni a besoin d’un chef d’exception. Une personne pouvant guider tous ces soldats vers le droit chemin. Quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance.
 
Depuis quelques temps, je me mets à réfléchir. Je commence à penser que, malgré mon expérience, mon âge avancé m’empêche d’assumer au mieux cette fonction. Par la présente, je souhaite vous présenter ma démission. Soyez cependant certaine que toute aide sera apportée au cas où vous en aurez besoin. Cependant, je pense que le temps est venu de passer la main à la jeune génération.
 
Toutefois, il m’est difficile de choisir un successeur. Mes deux lieutenants, Al et Minato, sont bien sûrs des personnes de confiance. Mais je ne pense pas qu’Al désire accéder à une fonction aussi importante, tandis que Minato pourrait se montrer trop arrogant.
 
Bien sûr, il est également possible de choisir une autre personne. J’ai d’ailleurs entendu dire que ma fille Miku possédait de très bonnes capacités en combat, en plus de son leadership naturel. Mais, elle est encore trop jeune pour assumer ces responsabilités. Dans l’avenir, elle pourrait devenir une commandante de tout premier ordre.
 
Le choix de mon successeur vous revient, comme le veut la Loi. Si vous voulez mon avis, il vous faut choisir une personne possédant toute votre confiance. Le secret de la stabilité du pays réside dans l’entente entre le souverain et le commandant de la Garde.
 
En vous remerciant de tout votre soutien.
 
Votre serviteur dévoué.
 
Commandant Mikuo. »
 
Miku replia la lettre et la plaça dans l’une de ses poches intérieures. Sa lecture lui faisait remettre tout la situation en perspective. Le fait de déconseiller ses deux lieutenants pour prendre sa place aurait pu causer la perte de son père. Si le contenu de cette lettre s’était ébruité, quelqu’un aurait certainement voulu agir. Dans l’état actuel des choses, cette découverte confirmait sa première hypothèse: le coupable ne pouvait être que Minato, le seul à avoir affiché ses ambitions, et celui qui avait le plus à perdre. Aujourd’hui, il avait été nommé Commandant de la Garde, un peu dans la précipitation, et alors que Big Al avait refusé le poste.
 
La jeune guerrière réfléchit. Elle devait informer la Reine Luka de l’existence de cette lettre, mais voulait tout d’abord s’entretenir avec Minato.
 
Soudain, deux recrues de la Garde se tinrent devant la porte de la chambre de Miku.
 
- Le commandant vous appelle à son bureau, chef.
 
Le destin frappait à sa porte. Elle se dirigea alors quatre à quatre vers le bureau qui, quelques jours auparavant, était encore occupé par son père. Alors qu’elle progressait dans le couloir, elle fut prise de nausées, en se remémorant ce jour funeste où elle découvrit le cadavre de Mikuo. Emprunter ce chemin était toujours aussi difficile. Elle parvint cependant jusqu’à la pièce, où Minato l’attendait, assis derrière le bureau.
 
- Asseyez-vous.
 
Miku s’exécuta. Le visage de Minato se para d’un large sourire malsain
 
- Vous savez, ma petite dame, le temps des cadeaux est terminé. Vous savez bien que vous ne devez votre place qu’à votre illustre père. Je vous informe que tout cela, c’est terminé. Je vous retire vos adjudications. Vous redevenez civile.
 
Miku serra les dents. Une telle injustice ne pouvait être tolérée. Puis, elle se rappela la lettre dans sa poche. Si elle pouvait prouver l’implication de Minato dans l’assassinat de Mikuo, c’en était fini de lui. Elle se leva donc, salua le commandant sans dire un mot, et prit congé.
 
Alors qu’elle était sortie de la caserne, Miku laissa éclater sa rage.
 
- Tu ne perds rien pour attendre, salopard.
 
Puis, elle se dirigea vers le Palais Royal, tenant précieusement la lettre de son père entre ses mains.
 
***
 
Dans la salle du trône, Miku s’était installée avec la Reine Luka sur la grande table de réunion. Elle se trouvait à sa droite, assez proche, et parlait à bas volume. Tout d’abord, elle l’informa de sa situation, de son récent licenciement, et lui montra la lettre de son père.
 
- Quelle honte ! s’écria la souveraine. « Attends, je vais arranger ça ! »
- Ce n’est pas la peine… répondit Miku, provoquant la surprise de Luka. « Le fait de ne plus avoir de responsabilités me permet de me concentrer à plein temps sur la recherche du meurtrier de mon père. Je ne pouvais pas rêver mieux. »
- Mais Big Al est déjà sur le coup…
- Je préfère mener mon enquête de mon côté…
- Tu ne fais donc confiance à personne ?
- Plus maintenant…La lettre de Papa est claire. Minato me voyait comme un obstacle. Je pense qu’il est lié à l’assassinat mais je ne peux pas encore le prouver. De plus, la soudaine disparition de Big Al m’inquiète aussi…
- Il est parti enquêter…
- Il aurait très bien pu faire ça depuis la caserne… Mais non, il a préféré tout quitter et ne plus donner signe de vie. Je trouve ça bizarre.
 
Miku était donc redevenue simple citoyenne. La guerrière sortit du Palais et se mit à réfléchir à voix haute, le regard tourné vers les immenses bâtiments de la ville.
 
Elle emprunta ensuite le chemin qui menait vers le forum du quartier noble. Sur la place, elle se trouvait au milieu de la foule bruyante, lorsqu’à un coin de rue, elle aperçut par chance un visage familier. Le lieutenant Al était habillé de vêtements sombres, et portait une large cape par-dessus. Il s’écarta dans les petites rues adjacentes, avec grande précaution. Miku se dit à cet instant que la chance était avec elle, et se mit à le poursuivre de loin. Un peu plus tard, Big Al prit la direction du quartier populaire de Kyôu par un des accès secondaires. Il continuait son chemin à travers les ruelles assombries pour arriver à une maisonnée en mauvais état. Il frappa à la porte. Une dame d’un certain âge vint lui ouvrir. Ils s’échangèrent quelques mots (Miku se trouvait bien trop loin pour entendre quoi que ce soit), et Al sortit de sa besace un énorme sac d’argent qu’il donna à la dame.
 
L’esprit de Miku se retourna dans tous les sens. Ses suppositions se montraient vraies. Il y avait bien quelque chose de pourri au sein de la Garde royale. Elle observa encore quelques instants les déplacements de Big Al, qui retournait simplement vers le quartier noble. Puis, elle partit en direction de la petite maison, et se mit à frapper à la porte. Pas de réponse.
 
Elle insista.
 
Toujours rien.
 
La guerrière aux couettes se décida alors de patienter dans les environs, jusqu’à la tombée de la nuit. Quelqu’un finirait bien par sortir et elle n’aurait alors qu’à l’alpaguer et l’interroger.
 
Quelques heures plus tard, la Lune brillait dans le ciel. Miku observait sans discontinuer la maison, et aperçut de loin la poignée de la porte s’actionner. Ensuite, plusieurs hommes, tous habillés et noir et masqués, sortirent et se dirigèrent vers le quartier noble.
 
Miku les suivait. Elle vérifia plusieurs fois le sabre qu’elle portait à sa ceinture, dernier cadeau de son père.
 
Les mercenaires continuaient d’avancer et prenaient la direction du Palais Royal.
 
***
 
Miku se pressait, sans avoir vraiment conscience de ce qu’il se tramait. Tout au plus avait-elle compris que ces hommes représentaient une menace. Cette horde de soldats qui se dirigeait vers le Palais était relativement rapide. Heureusement n’avaient-ils pas pris les accès secrets. Ainsi, la guerrière parvint à arriver avant eux à destination.
 
Elle se dirigea directement vers la salle du trône. Ses réflexes lui ordonnaient de partir protéger la Reine à tout prix. Miku poussa la porte de la pièce, et retrouva Luka, face à face avec Big Al et Minato Akasaki.
 
La fille aux couettes ne se pria pas pour couper leur conversation.
 
- Ma Reine, éloignez-vous d’eux. Des mercenaires projettent d’attaquer le Palais !
 
Big Al prit la parole, bien calmement.
 
- Que dites-vous ? Ce ne sont que des sornettes. Vous délirez, ma petite !
- Vous êtes derrière tout cela, Al. Je vous ai vu tout à l’heure dans le quartier populaire.
 
Al émit un rire sadique, puis se tourna vers son coéquipier.
 
- Minato !
 
Le commandant aux cheveux rouges s’empara alors de la Reine, et la menaça, un couteau sous la gorge.
 
- Vous êtes bien comme votre père, ma petite Miku. Toujours à vouloir fourrer votre nez dans les affaires des autres…
- C’était donc vous, Al. Vous avez osé tuer votre ami.
- Il n’y a pas d’amis qui tiennent quand on peut s’emparer du pouvoir absolu. L’amitié avec Mikuo ne valait rien pour moi. Juste un moyen d’assouvir mes ambitions. Honnêtement, vous voyez cette petite Luka supporter le poids de la gestion du Pays de Kuni. J’en doute. Il faut un homme fort pour cette responsabilité, et je suis celui dont la nation a besoin.
 
Les cinq mercenaires firent alors leur entrée dans la salle du trône. Miku avait déjà dégainé son katana. Les soldats avaient à peine eu le temps de passer la porte que la guerrière faisait déjà parler sa vitesse, les éliminant un par un avec une facilité déconcertante.
 
- Je dois avouer… Vous faites preuve d’une grande agilité.
- Contrairement à beaucoup, j’ai dû prouver plusieurs fois que je méritais ma place. Alors que vous vous reposiez allègrement, je continuais mon entraînement. Je ne vous crains plus désormais.
- Quelle présomption !
 
Miku restait concentrée,  levant son sabre vers ses ennemis, à moitié plongée dans sa réflexion.
 
- Il y a toutefois quelque chose que je ne comprends pas… Pourquoi avoir engagé des mercenaires ? Vous pourriez très bien prendre le pouvoir seuls, Minato et vous, maintenant que mon père n’est plus là.
 
Big Al baissa la tête.
 
- A moins que… réfléchit la guerrière. « Je vois… »
- Je pense que tu comprends maintenant, tu es bien plus maligne que tu en as l’air ! rétorqua Al sur un ton dédaigneux. « Je ne peux pas garantir que tous les soldats me suivent. Le seul moyen de garantir ma réussite est d’engager des mercenaires. Eux ne sont motivés que par l’argent. Une fois que j’aurai instauré la terreur, je pourrai prendre le pouvoir dans l’armée. »
- Vous craignez même vos subordonnées. Mon père avait raison, vous auriez fait un commandant exécrable !
- Trêve de bavardages ! D’autres troupes ne vont pas tarder à arriver. C’est terminé pour vous. Le trône de Kuni est à moi, hurla Al.
 
Minato fit preuve d’un moment d’égarement, si bien que Luka parvint à se défaire de son étreinte, et à se mettre à l’abri. Miku se retrouvait donc face à face avec les deux renégats.
 
- Je peux m’occuper seul d’elle, lança Minato.
- Allez-y donc, commandant !
- Je vous attends, fit Miku.
 
S’en suivit alors une lutte de haute volée. La réputation de Minato n’était en effet pas usurpée. Cependant, on pouvait voir dans ses techniques de combat que le guerrier prenait son adversaire à la légère. Une faible femme comme Miku ne pouvait en aucun cas rivaliser avec lui, pensait-il.
 
Miku profita de la situation. Elle avait rapidement observé les énormes latences que laissait Minato dans sa garde. Ainsi pouvait-elle lui asséner quelques coups aux bras et aux jambes.
 
- Battez-vous sérieusement, Minato. Sinon, c’est la fin pour vous, lui prévint la fille.
 
Le commandant relança alors plusieurs attaques, beaucoup plus sérieuses cette fois. Mais sa vanité avait déjà causé sa perte. Les légères blessures que lui avait infligées Miku se montraient rédhibitoires pour la suite du combat. Sans mal, la jeune femme parvint à lui lancer un coup de katana directement dans les jambes, annihilant ses mouvements, et le laissant gésir sur le sol. Son sang coulait abondamment. Il n’en avait plus pour longtemps.
 
- Perdre par manque de respect pour son adversaire. Définitivement, vous êtes pathétiques, maugréa Miku en guise de phrase d’adieu.
 
Elle s’avança alors vers Big Al. L’homme avait déjà retiré son sabre de son fourreau. Depuis longtemps, il avait compris l’issue du combat précédent.
 
- Ça ne sera pas aussi simple. Je ne suis pas comme Minato.
- Je sais…
 
Miku se lança la première vers son adversaire pour la première attaque. Al para celle-ci avec la lame de son sabre. Les bruits scintillants des katanas résonnaient à travers tout le château. Luka observait la lutte, priant pour la victoire de son amie. Mais, dans un premier temps, le traître parvint à atteindre le bras droit de Miku, qui lâcha son sabre.
 
- Ton bras droit est inutilisable. Tu ne peux plus m’attaquer… Il s’avança vers elle d’un air menaçant. « C’est terminé ! »
- Que tu crois…
 
D’un geste extrêmement rapide, Miku s’empara de son arme de la main gauche.
 
- Tu es ambidextre ?!
- C’est le résultat de mes longues heures d’entraînement… Mais, vous ne pouvez pas comprendre… La sensation de la sueur qui coule le long de votre front doit être bien lointaine, non ?
 
Le combat reprenait. Miku éprouvait toutefois des difficultés à se battre à un seul bras. Elle prit plusieurs instants pour régler son équilibre. Pendant ce temps, les attaques de Big Al ne diminuaient pas. L’idée de prendre définitivement le dessus et le pouvoir motivait encore davantage le traître. Mais l’espoir de Miku ne désemplit pas. D’un coup de jambe, elle arriva à atteindre la main droite d’Al. Celui-ci fut déséquilibré. Miku ne réfléchit pas plus loin et lui planta son sabre en plein cœur, par l’ouverture qui s’était créée.
 
Big Al cracha une large quantité de sang par la bouche, et s’écroula, inanimé, aux côtés de Minato, dont le souffle de vie avait déjà disparu.
 
Alors que Miku reprenait son souffle en observant les corps meurtris de ses ennemis, tentant de récupérer son calme, Luka s’approcha de son amie et la serra fortement dans ses bras.
 
- Merci, Miku…
 
Peu après, de nouvelles troupes de mercenaires fit irruption dans le Palais, décimant les gardes en service. On pouvait en dénombrer une centaine, tout du moins. Big Al avait certainement prévu de les faire arriver par vagues successives, et prendre le contrôle du Palais, puis de la capitale petit à petit. Les hommes pénétrèrent dans la salle du trône et observèrent directement le cadavre de leur employeur à même le sol. Miku n’eut même pas besoin de les éconduire. Les guerriers masqués repartirent aussi vite qu’ils furent venus, faisant définitivement une croix sur leur généreuse rémunération.
 
Luka et Miku restèrent immobiles en face du trône de Kuni, et se prirent dans les bras.
 
- Ma Reine, il ne sera pas simple de garder votre place… Il vous faut pour cela un commandant d’armée loyal et efficace, déclara la jeune fille aux couettes.
- Je pense l’avoir déjà trouvé, répondit la Reine en fixant son amie d’un regard significatif.
 
***
 
La nouvelle de la trahison des deux anciens lieutenants de Mikuo avait rapidement fait le tour de la capitale et des soldats de la Garde royale. Quelques jours plus tard, Luka fit une déclaration devant toutes les armées et nomma Miku nouvelle commandante de la Garde. Ses exploits et ses combats contre Al et Minato avaient déjà fait le tour de toutes les recrues. Désormais, son autorité était inébranlable, y compris parmi la population civile.
 
Juste après sa nomination, Miku prit possession de son nouveau bureau dans lequel trônait encore une vieille photo de son père, accompagné du l’ancien Roi de Kuni.
 
La jeune commandante versa alors quelques larmes.
 
- J’ai réussi, Papa…
 
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 24 septembre 2017, 14:30:09
Bonjour à tous !

Je reprends la publication de la fiction avec le début de la deuxième partie, et le chapitre 23 !

Bonne lecture !

Je ne l'avais pas encore publié ici, mais le 6 septembre, un chapitre est aussi sorti pour célébrer l'anniversaire des jumeaux Genshine Kyuu et Roku, créés par Hakuro-Kaoru^^ : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/09/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku.html (http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/09/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku.html)

Bonne lecture

Spoiler
Chapitre 23 : Le début du voyage

Le bateau voguait tranquillement dans les eaux de la mer qui séparait l’île de Kuni de l’archipel de Seisui. Hormis le capitaine de l’embarcation qui hurlait de temps à autres ses instructions à ses quelques matelots, l’ambiance était relativement lourde et pesante.
 
Alys était assise aux côtés de Shirosaki Yuudai et veillait sur lui. Le garçon avait plutôt bien récupéré de sa blessure, même s’il se sentait encore un peu faible, et observait souvent l’ancien emplacement de son bras et se retournait vers la jeune femme, l’air désemparé. Il devrait s’habituer à ce changement. 
 
Rin et Len observait l’horizon. En temps normal, les jumeaux se seraient ébahis devant la grandeur de l’océan et auraient manifesté bruyamment leur joie. Cependant, ils sentaient que l’heure ne s’y prêtait pas. De plus, les récents événements les avaient calmés. Les Kagamine étaient donc partagés entre la vision de ce monde magnifique et la menace à laquelle celui-ci devait faire face.
 
Miku avait pris la direction des opérations, toujours bien installée dans son rôle de commandante. Elle s’entretenait souvent avec le capitaine, et réfléchissait déjà à la stratégie à adopter, surtout dans le cadre de cette visite impromptue en pays étranger. Bien que Seisui fusse un pays ami, les fuyards avaient désormais le statut d’exilés, et personne ne pouvait deviner l’attitude de l’archipel vis-à-vis du nouveau pouvoir en place à Kuni. La guerrière préféra donc opter pour la discrétion dans un premier temps.
 
A l’autre bout du bateau, Luka rejoignit Gumi. La lieutenante n’avait pas pipé mot depuis le départ de l’embarcation, encore sous le choc de l’arrestation de son amant. Le fait même que cette relation soit interdite par les préceptes de la Garde royale était passé au second plan. La Reine, elle, était désespérée, mais tentait de faire bonne figure. Son rôle exigeait qu’elle ne montre aucune faiblesse. Et pour l’instant, elle n’y était pas franchement parvenue. Elle s’approcha doucement de la dame aux cheveux verts:
 
- Gumi…
 
Son interlocutrice n’y prêta même pas attention. Luka réitéra son appel.
 
- Si tu veux me parler, n’hésite pas… Oublie mon statut…
- Je vous ai déjà dit tout ce que j’avais à dire, ma Reine.
- Justement, laisse-moi répondre
- Qu’est-ce que vous allez dire ? Que vous aviez honte de vos origines ? Honnêtement, je me fous complètement que vous êtes une Magicienne. Tout ce que je vois, c’est que le pays était en danger, en partie à cause de votre silence…
- Gumi, hurla Miku, tentant de mettre fin à ce semblant de procès.
- Non Miku, laisse-là, ordonna Luka. « Oui, je craignais la réaction des citoyens. Tu sais à quel point les Mages sont discriminés dans tout Sekai, depuis la Guerre. Si j’avais joué franc jeu, le pays n’aurait plus de souverain.
- Au moment où le pays était en danger, et que vous aviez le pouvoir d’agir, vous n’avez rien fait, continua Gumi. « Résultat: Kuni est aux mains d’un malade, et Yuma est prisonnier. » Elle tenta de dissimuler ses accès de rage, avec difficulté.
- Mais… hésita Luka, peinant à trouver justification.
 
Les Kagamine avaient observé la scène de loin. Voyant que cela s’envenimait, Rin agit:
 
- Mais pourquoi ne rien avoir dit plus tôt, ma Reine. Sans vous juger, j’essaie de comprendre, demanda la jeune fille.
- C’est long à expliquer…
- Justement, on a tout notre temps.
 
Luka profita alors de ce moment pour révéler une partie de son passé. Elle rappela aux jumeaux, novices, les discriminations auxquelles devaient faire face la Guilde des Magiciens. Puis elle ôta le voile sur ses origines familiales. Elle était bien la fille de l’ancien Roi de Kuni, son sang magique provenait de sa mère, Sadame. Elle ne l’avait que peu connue. Concernant la rencontre entre le Roi Luki et sa mère, Luka ne connaissait que la version racontée par son père dans son enfance.
 
Le Roi était un grand voyageur. Si bien qu’il pouvait parfois passer plusieurs mois hors de Kuni, en gérant le pays depuis l’étranger. Durant l’un de ses voyages, il s’était alors entiché d’une jeune femme, rencontrée dans l’un des petits villages de l’île Tokai. Sa première femme venait de mourir de maladie, et cette rencontre lui avait permis de remonter la pente. Luki ne s’était même pas présenté à elle en tant que Roi de Kuni, il avait dès lors apprécié sa bienveillance à son égard. Pour une fois, quelqu’un avait oublié son statut. Quelques temps plus tard, il rapatria Sadame dans le Palais Royal, et la demanda en mariage. C’est alors qu’elle lui révéla son secret, et son lien avec la Guide des Magiciens. Les règles des Mages étant très strictes : en cas de mariage avec un non Mage, le membre concerné devait quitter la Guilde.
 
- Ouah, c’est dur, s’exprima Len, qui cassa un peu ce moment solennel. Tout le groupe s’était alors rassemblé vers Luka qui continuait son histoire.
 
Sadame avait alors accepté de quitter la Guilde, par amour réciproque pour le Roi Luki. Mais il subsistait un problème. Elle avait un enfant issu d’un premier mariage. La dame avait bien demandé de l’emmener avec elle, pour qu’il soit élevé au Palais Royal (ce que le Roi avait accepté, par ailleurs), mais le maître de la Guilde refusa. Selon les propos du Roi rapportés par Luka, le maître, Utatane Piko, ne voulait pas voir deux membres quitter la Guilde en même temps. L’enfant fut donc séparé de force de sa mère. Son nom était Owari.
 
- Cet Owari, c’est Fukase, demanda Miku pour s’en assurer.
- Oui… Je ne sais pas pourquoi il a changé son nom. D’ailleurs, ma mère ne l’avait quasiment plus jamais revu. Je ne l’ai rencontré que quelques fois en cachette avec ma mère, alors qu’il était entouré par les gardes de la Guilde.
- Mais pourquoi est-il devenu un tel psychopathe ? s’interrogea Alys.
- Il s’est toujours senti abandonné, et a blâmé le monde pour cela, répondit Luka. « Je pense que la prise de Kuni est la première étape de son plan. Pour moi, il ne va pas s’arrêter là. C’est pourquoi nous devons agir. »
 
Len intervint également dans la conversation.
 
- Mais comment Fukase a-t-il pu arriver dans notre monde, à Rin et à moi, s’il est originaire d’ici ?
- Je vous ai dit tout ce que je savais, rétorqua Luka. « Je ne sais pas ce qu’il est advenu de lui par après… »
 
La conversation avait permis d’éclaircir un peu plus les origines du conflit naissant, à défaut d’avoir aplani l’ambiance. Des heures sombres s’annonçaient encore à l’horizon pour le petit groupe, ils en étaient conscients. Mais ils restaient pieds et poings liés tant qu’ils n’étaient pas arrivés à Seisui.
 
***
 
À Kyôu, Fukase avait déjà fait le tour de tout le Palais Royal, sous l’œil désabusé des servants et des employés, qui n’avaient pas osé réagir. Plusieurs membres de son armée avaient également investi les lieux, ce qui accentuait encore plus cette aura de terreur. Leora le suivait comme son ombre, toujours à sa droite, alors que son employeur arborait un sourire malsain.
 
- Ah, quel plaisir d’apprécier cette victoire, lança Fukase.
 
Ils retournèrent ensuite tous les deux vers la salle du trône, où l’homme aux cheveux rouges s’installa fièrement sur le siège luxueux. La mercenaire se trouvait devant lui.
 
- Patron, que devons-nous faire maintenant ?
- Ah, Leora, je reconnais bien là ta fougue. Sache que nous n’avons réussi que la première phase de mon plan. Nous pouvons maintenant passer à la phase deux.
- Que voulez-vous dire ?
- J’ai pris le pouvoir. Je dois maintenant écraser toutes les rebellions. La première chose est de s’emparer une bonne fois de la Garde royale. Certaines personnes pourraient encore être loyales à Luka. Je dois y placer une personne de confiance.
- A qui avez-vous pensé ?
 
Fukase descendit du trône, toujours le sourire aux lèvres. Il s’approcha doucement de Leora, jusqu’à se trouver à quelques centimètres de son visage.
 
- Ça me paraît évident, Madame la Commandante.
 
Immédiatement, les deux renégats s’embrassèrent langoureusement. Leora poussa le nouveau chef du pays vers le siège royal, sans détacher ses lèvres de sa bouche. Fukase tomba sur le trône, alors que la mercenaire dirigea doucement sa main gauche vers l’entre-jambe de l’homme. Leurs respirations respectives se faisaient de plus en plus fortes. Par la suite, Leora emmena Fukase vers la table de réunion, où celui-ci s’allongea. La guerrière retira donc sa tunique, sous l’œil attentif et heureux de son nouvel amant. Doucement, elle monta sur la table et se mit à ramper lentement vers lui. Puis, leurs ébats continuèrent dans le plus grand silence. Pas une âme qui vive dans les environs. Seuls quelques bruits discrets s’échappaient de la salle du trône.
 
***

Le village d’Uchi demeurait relativement calme, même à la suite de sa prise par Fukase. Le trentenaire avait en effet emmené avec lui la quasi-totalité de son armée pour envahir la capitale. Dans l’esprit de l’homme aux cheveux rouges, Uchi n’était qu’une étape. Il aurait très bien pu prendre un autre village pour prouver sa supériorité. Mais Leora avait tellement l’air insistante que son choix s’était finalement porté sur ce hameau côtier.
 
Les stigmates de la bataille étaient encore visibles, bien que les habitants aient essayé tant bien que mal de reprendre le cours de leurs vies. Ainsi, si quelques gardes de l’armée d’Owari étaient encore présents, les seuls autres signes de la guerre récente étaient les quelques murs restants tachés de sang. La population, elle, continuait ses occupations habituelles, sans pour autant oublier que leur pays était lancé dans un conflit armé, et que leur village était occupé. Cette sensation régnait en filigrane au-dessus du village. Les habitants n’y faisaient pas spécialement allusion, mais on pouvait sentir une sorte de méfiance, de temps à autres.
 
Des jumeaux à la tenue blanche marchaient lentement en plein milieu de la rue principale, main dans la main, alors que le soleil se couchait. Ils venaient à peine de sortir d’une petite fête surprise, et cela les avait requinqués. Ils étaient dès à présent prêts à relever les défis qui se dresseraient devant eux.
 
Roku emmena son frère vers le forum du village, près de la tour de l’ancien chef Oji. A cet endroit, ils s’installèrent tranquillement sur un banc en bois rouge. Le cadet déploya sa carte de Sekai et observa quelques instants son aîné. Kyuu analysait chaque recoin du plan. Il n’était pas le plus futé en stratégie, mais il sentait que c’était le bon moment pour faire preuve d’attention et d’efforts.
 
- Bon, d’après moi, ils se dirigent vers l’archipel Seisui, commença Roku en abordant directement le sujet. « S’ils ont pris le bateau ici, c’est leur destination la plus probable, sinon je pense qu’ils seraient partis d’un autre endroit ? »
- Mais pourquoi partir spécifiquement là-bas ? demanda Kyuu.
- Ils doivent avoir leurs raisons. Peut-être s’agit-il d’un pays ami ? Je ne connais pas assez les relations entre eux.
 
Kyuu acquiesça. Il est vrai que les jumeaux n’avaient pas eu de temps à perdre avec la géopolitique de ce monde inconnu pour eux.
 
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? On se décide à partir à Seisui ? interrogea l’aîné.
- Est-ce qu’on a un autre choix ? On ne peut pas lutter à deux contre Fukase… Et puis, j’ai envie de revoir ces jumeaux… Les réactions de Rin et Len durant leur dernier affrontement avaient largement pesé dans la décision des frères Genshine de s’éloigner de leur tuteur.
- Mais, c’est un archipel ! Sais-tu au moins sur quelle île ils vont débarquer ? poursuivi Kyuu.
- Je pense qu’on ne prend pas trop de risques en se disant qu’ils partent vers la capitale. Le plus jeune pointa la carte de l’index. « Regarde ! La capitale de Seisui est Kabegami. Leur Palais Royal doit certainement se trouver là. Je pense que le premier réflexe de Luka sera de chercher refuge chez quelqu’un comme elle. Il me paraît logique de demander asile chez le Roi du pays, quand on a son statut…
 
Une fois de plus, l’aîné fut époustouflé par l’analyse et le sang-froid de son frère. Même en tentant de se concentrer un peu plus, il ne parviendrait jamais à atteindre son niveau.
 
Les jumeaux prirent alors la direction du port d’Uchi. Celui-ci était un simple port de pêche, par conséquent sa taille était relativement petite. Ainsi, il était facile de s’y orienter. Kyuu et Roku voyagèrent entre les quais, auxquels étaient attachées diverses embarcations, allant de la simple barque au bateau plus imposant. Ils s’arrêtèrent finalement sur un bateau de moyenne taille. Des marchands sans doute, au vu des diverses caisses que transportait l’un des matelots.
 
Kyuu interrompit alors le jeune homme en plein travail :
 
- Excusez-moi. Mais où allez-vous comme ça ?
 
Le garçon regarda les jumeaux d’un air circonspect. Il portait un petit chapeau blanc, sous lequel il dissimulait sa calvitie naissante. L’homme était habillé d’une simple chemise bleue et d’un pantalon beige. Kyuu n’avait pas l’habitude de s’adresser aux inconnus de cette façon, il avait donc pu se montrer trop direct.
 
- Euh, nous retournons vers Seisui. Nous aurions dû livrer toute cette cargaison, mais l’acheteur est décédé pendant la récente bataille. Du coup, nous repartons.
 
Les Genshine baissèrent la tête. Cette remarque leur rappelait qu’ils avaient participé à cette tuerie. Bien sûr, ils s’étaient trouvés là contre leur gré, et n’avaient aucunement cautionné les actes de leur ancien mentor. Pourtant, ils ne purent pas s’empêcher de ressentir une certaine culpabilité. Ils auraient peut-être dû parler à Fukase, ou alors le quitter plus tôt. Cela aurait pu le faire réagir. Les pensées néfastes se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.
 
Roku chassa tant bien que mal ces mauvaises réflexions, et rétorqua :
 
- Est-ce qu’on peut vous être utile ? Nous cherchons à rallier l’archipel… Si vous voulez, nous pouvons vous aider…
- Je vais chercher le capitaine…
 
Quelques minutes plus tard, le capitaine du bateau se montra. C’était un homme de grande taille, mesurant près de deux mètres. Il était habillé richement, bien que ses vêtements fussent adaptés au voyage. Il portait également un longue barbe grisonnante. Un véritable air de pirate !   
 
- Que voulez-vous ?
 
Roku prit la parole, et tint environ le même discours que celui qu’il avait prononcé quelques minutes auparavant.
 
- Je n’ai pas besoin de matelots supplémentaires ! Toutefois, si vous pouvez payer votre voyage, vous ne serez pas de trop…
 
Roku fit la grimace en entendant la proposition du capitaine. Celui-ci ne perdait pas le nord ! Tout profit était bienvenu. Pourtant, le cadet devait bien avouer que les jumeaux étaient quelque peu en manque de liquidités.
 
- C’est d’accord ! lança Kyuu. « Est-ce que ceci sera suffisant ? », compléta-t-il en jetant un petit sac d’argent qui atterrit  directement aux pieds du géant.
 
Roku observa son frère, étonné.
 
- Mais où as-tu trouvé tout cet argent, Kyuu ?
- On va dire que Fukase n’est pas le plus attentif des hommes. Et que je suis assez habile… ricana-t-il.
 
Le cadet sourit alors légèrement, quoiqu’un peu embêté.
 
- C’est parfait ! Bienvenue à bord ! hurla le capitaine.
 
Kyuu et Roku embarquèrent donc sur le bateau. Ils saluèrent silencieusement l’équipage, et s’assirent dans un coin, préférant rester discrets.
 
Quelques dizaines de minutes plus tard, le bateau levait l’ancre. Les Genshine observèrent alors le littoral de l’île de Kuni, non sans ressasser quelques souvenirs.
 
- Est-ce que nous sommes des traitres ? murmura Roku, le regard interrogateur.
- Non, pour la première fois, nous faisons ce que nous voulons, répondit Kyuu. « Et nous faisons quelque chose de juste. »
 
***
 

La traversée de la mer avait duré plusieurs heures. Rin et Len commençaient à se fatiguer. Si la vue de la côte de l’île Kuni avait quelque chose de reposant, seule l’eau s’était étendue à perte de vue durant le reste du voyage. Ainsi, les jumeaux étaient sagement restés assis sur le bateau, pratiquant parfois certains jeux privés, incompréhensibles du reste de l’équipage. Ces jeux n’étaient que leur pure invention, pendant toutes ses années où les deux frères et sœurs étaient restés seuls dans la rue.
 
Alys était également venue s’entretenir avec eux. Le rôle des jumeaux au sein de cet état-major de Kuni exilé restait très peu clair. Ils pouvaient toujours être utiles, et étaient toujours en mesure de donner quelques informations cruciales aux éventuels alliés de la Reine Luka. Pis, la jeune fille à la tresse se préoccupait aussi des informations qu’ils avaient glanées dans la bibliothèque de Kyôu. La barrière magique de l’île Maho n’étant pas éternelle, la Guilde des Mages pouvait débarquer à tout moment. La Koryuiste avait essayé d’en parler à la Reine Luka, mais celle-ci était encore bien trop occupée par son exil. Alys se tourna donc vers Rin et Len pour vider son sac.
 
- Cette barrière. On devrait prendre ça en compte non ?
- C’est sûr… Mais la Reine doit bien avoir une idée de ce que l’on doit faire… analysa Rin. « C’est une Magicienne, ça change tout… ». La jeune fille observa que les autres passagers se trouvaient hors distance d’écoute pour prononcer sa phrase.
- Oui… Justement, je pense qu’on ne sait pas encore tout à ce sujet. Ce Fukase doit avoir plus d’un tour dans son sac…, compléta Alys.
- De quoi vous parlez ? interrompit Miku qui surgit de l’ombre.
 
« Comment elle a fait ça ? » pensa Rin. Elle ne l’avait même pas remarquée. Len prenait, quant à lui, une expression de surprise.
 
Alys raconta donc toute l’histoire à la patronne. Ce qu’ils avaient trouvé dans l’un des livres de la bibliothèque, le sacrifice de son père, la barrière, etc. Miku écoutait tout cela bien attentivement. On pouvait la voir de temps à autres lever la tête vers le ciel, comme si elle réfléchissait à la bonne stratégie à adopter. Après quelques minutes, elle appela la Reine Luka, ainsi que Gumi à ses côtés. Une petite réunion d’urgence s’imposait.
 
- Bon, voyons, nous devons demander l’asile à Seisui, puis tenter de reprendre le contrôle de notre pays, commença Miku. « Et puis, il y a cette histoire de barrière. Nous devrons potentiellement faire face à deux menaces simultanées. »
- Et comment deviner les actions de Fukase ? compléta Rin.
- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda Alys.
- Ben, c’est un Magicien. On peut penser qu’il essayera de reprendre contact avec les siens. Dans ce cas, on pourrait avoir un sacré problème.
 
Luka observait tous les intervenants silencieusement. Cette attitude taiseuse continuait d’ailleurs à agacer Gumi. Malgré tout le respect qu’elle avait pour le rang royal de Luka, son comportement de laisser-aller les avaient en partie tous mis dans cette situation.
 
- Ma Reine, qu’est-ce que vous en pensez ? lança-t-elle plus ou moins poliment à Luka. « C’est vous qui le connaissez le plus… Donc c’est vous qui êtes le plus à même de deviner sa stratégie… »
 
La souveraine observait la lieutenante. Elle ne pouvait pas contredire un tel raisonnement. Néanmoins, elle devait se rendre à l’évidence, elle ne connaissait que très peu son demi-frère.
 
- Je ne sais pas… Il est assez imprévisible….  murmura-t-elle.
- Est-ce qu’il pourrait faire alliance avec la Guilde des Mages ? Shirosaki intervint soudainement dans la conversation, toujours assis sur le bord du bateau.
- Il n’a pas dû les voir depuis un moment, vu qu’il se trouvait dans notre monde, compléta Len.
- Ça se tient… rétorqua Miku. « Mais, dans l’absolu, on pourrait faire face à deux menaces. »
 
La patronne prit quelques instants pour réfléchir.
 
- Nous n’avons pas le choix. Il va falloir nouer des alliances. Miku observa Luka fixement. « Ce sera à vous de jouer, ma Reine. Il va vous falloir être persuasive. »
 
La Reine se montra quelque peu surprise par la tournure de la réunion. Son visage était tout de même marqué par une expression de détermination. Elle se devait de sauver son pays. Le destin de Kuni, voir de tout Sekai se trouvait entre ses mains et celles de ses amis.
 
Le groupe se dispersa sur tout le bateau. Rin et Len se parlèrent encore quelques secondes.
 
- Tu penses qu’on pourra bientôt rentrer chez nous ? interrogea le garçon.
- Je ne sais pas… En tout cas, si on lutte contre Fukase, on devrait trouver un moyen… Il vient bien de notre monde, il doit avoir une sorte de portail ou un autre moyen pour voyager.
- Sinon, il faut avouer que ce n’est pas si mal ici… lança Len en jetant un regard rapide vers Alys et Shirosaki. « On peut encore rester quelques temps ».
 
Rin fixa Len dans les yeux et lui prit délicatement la main droite. Les deux jumeaux fixèrent alors l’avant du bateau, qui arrivait en vue de l’archipel Seisui.
 
Plus loin, Luka et Miku se trouvaient encore en plein entretien. La fille aux couettes turquoise prenait désormais son rôle de conseillère très à cœur. La Reine n’avait encore jamais dû faire face à pareille crise. Comme Miku était dotée d’un caractère plus dur que celui de la souveraine, elle devait se montrer solide, et l’aider du mieux possible.
 
- Bon, il va falloir se montrer prudent. Surtout que nous arrivons à l’improviste. Luka, Seisui est un pays ami, donc nous bénéficierions certainement d’un bon accueil. Mais profitez de cette occasion pour négocier au mieux une alliance guerrière.
- D’accord… répondit simplement Luka.
- Aussi, je sais que le Roi de Seisui vient de mourir. Sa fille doit bientôt prendre sa place. L’avantage, c’est qu’elle est assez jeune, on pourrait jouer là-dessus. Mais elle n’est peut-être pas du même avis que son père en ce qui concerne les alliances. Il faudra rester attentif.
- Comment s’appelle-t-elle, cette nouvelle Reine ?
- IA…
***

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 21 octobre 2017, 19:37:57
Coucou !

Et voici le chapitre 24 !

Bonne lecture !

Spoiler
Chapitre 24 : Seisui

Le bateau embarquant Luka et les autres fuyards arriva en vue du port de Kabegami, la capitale de l’archipel de Seisui. Rin et Len se tenaient près de la proue, et observaient l’horizon. Alors qu’ils s’attendaient à être éblouis par de grandes constructions dignes de la ville de Kyôu, ils durent se rendre à l’évidence. Déjà de loin, on pouvait voir que l’architecture de cette cité différait de celle de n’importe quelle ville du pays de Kuni.
 
Cette impression fut encore accentuée lorsque l’équipage jeta l’ancre, et arriva au port. Le vent soufflait très fort, même si le soleil présent était assez agréable. Le port était en lui-même de grande taille, puisqu’il constituait l’une des richesses principales de l’archipel.
 
En effet, le pays de Seisui vivait surtout de la pêche et du tourisme. Il s’agissait d’un ensemble de neuf îles assez rapprochées, dont la principale abritait la capitale, Kabegami. Cette ville était surtout réputée pour son impressionnante population de chats, lesquels peuplaient chaque rue de la cité. Cette particularité attira les touristes de tout Sekai, le pays pouvant également compter sur les paysages paradisiaques qui sublimaient ses autres îles. Du point de vue de l’organisation politique, le pays avait adopté un système assez proche de celui de Kuni. A la tête du pays se trouvait un Roi, qui siégeait à Kabegami. Celui-ci était entouré par les responsables des huit autres îles. Quelques centaines d’années auparavant, le premier Roi de Seisui s’était échiné à réunir les neuf royaumes sous une bannière commune. « L’union fait la force », telle était la devise du pays. Quoiqu’il arrive, les chefs des neuf provinces restaient unis. Ainsi, bien que Seisui ne pouvait pas se targuer d’avoir des ressources infinies ou une armée forte, le pays se montrait un allié puissant. C’est d’ailleurs ce qui était passé par la tête de Miku. Les relations entre Kuni et Seisui étaient au beau fixe depuis des années. Kuni avait même défendu l’archipel lors de l’attaque d’Utatane Piko sur Kabegami, pendant la Grande Guerre Magique. Aujourd’hui, les descendants de Kuni avaient besoin d’aide, et ils se tournaient tout naturellement vers leur allié.
 
Le groupe composé de Luka, Miku, Gumi, Alys, Shirosaki, Rin et Len sortit rapidement du port. Ils atterrirent directement dans la capitale. Pourtant, Rin ne put résister à l’envie de s’éloigner du groupe, poursuivant un groupe de félins qui passait par là.
 
- Oh, j’adore les chats ! s’écria-t-elle. « Deux minutes ici, et j’adore déjà ce pays ! »
 
Len se retourna vers le groupe, et présenta ses excuses pour sa jumelle. Elle qui était plutôt sérieuse en temps normal perdait complètement ses moyens quand elle s’approchait d’un simple greffier.
 
Le jeune homme approcha doucement de sa sœur, et la tira par le bout de sa tunique :
 
- Allez, reviens, on n’est pas venu ici pour ça… lui dit-il d’un ton relativement calme, montrant qu’il avait l’habitude d’une telle situation.
- Mais, on pourrait en garder un, non ? J’ai toujours rêvé d’avoir un chat !
- Et qu’est-ce qu’on en ferait ? On est toujours en mouvement, je te signale…
 
Le visage de Rin se para alors d’une moue triste. Len essayait de rester impassible.
 
- Bon, peut-être qu’on pourra repasser en chercher un, plus tard…
- Tu es sérieux ?
- Enfin… On verra…
 
Rin retourna auprès du groupe, le sourire radieux. Alors qu’ils progressaient tous en direction du centre de la ville, Alys s’approcha de Len:
 
- Tu comptes vraiment lui prendre un chat ?
- Je ne sais pas… rétorqua le jeune garçon, embêté. « On verra bien, une fois que tout ceci sera terminé. Si j’avais su qu’il y en avait autant ici, j’aurai pris des précautions. Vous auriez pu me prévenir… »
- Je ne l’aurai jamais imaginée comme ça, signala Alys.
 
Len haussa rapidement les épaules, et eut un léger rictus en direction de la fille à la tresse.
 
Quelques minutes plus tard, le groupe passa le portique qui marquait la sortie du port. Ils observèrent alors les différentes habitations et étals qui s’éparpillaient dans toute la ville. L’architecture était bien plus sommaire que celle de Kyôu. L’immense majorité des bâtiments étaient construits en bois et étaient de plain-pied, y compris le Palais Royal qui se dressait un peu plus loin. Le sol était très argileux, et de nombreuses petites rivières coulaient à travers toute la ville. Au final, Rin et Len furent très intéressés par Kabegami. Les jumeaux n’avaient que peu voyagé. Ils éprouvaient dès lors l’impression de s’embarquer dans un véritable tour du monde, même s’il ne s’agissait pas du leur. Les jeunes avaient soif de découvertes, et ils étaient servis. Pendant quelques instants, ils omirent complètement la situation dans laquelle leurs amis et eux se trouvaient. Finalement, ce sentiment leur était plutôt agréable.
 
Au fur et à mesure qu’il progressait dans la capitale, le groupe remarqua une certaine ébullition. Naïvement, Luka s’arrêta à l’un des étals à légumes qui se trouvaient dans l’une des artères principales et s’informa:
 
- Que se passe-t-il ?
 
La vieille dame s’étonna soudainement.
 
- Vous êtes étrangers ? Vous n’êtes pas au courant ? Le couronnement de la Reine IA a lieu dans trois jours ! Il faut s’apprêter pour la grande parade et pour la célébration.
- Oh, c’est magnifique, répondit Luka en se tournant ensuite vers Miku. « J’ai hâte de voir ça ! »
 
Le groupuscule s’arrêta quelques instants plus tard au détour d’une rue.
 
- J’avais reçu un message nous informant que le Roi de Kuni était décédé, juste avant l’attaque de Fukase, informa Miku. « Mais je ne pensais pas que le couronnement de son successeur interviendrait aussi tôt. Ils n’ont pas perdu leur temps… »
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? interrogea Gumi.
 
Miku proposa son plan, en lançant plusieurs regards vers Luka, comme si elle recherchait son approbation.
 
- On continue comme on avait prévu. On se rend au Palais Royal, et on tente de nouer une alliance avec la Reine IA. Ce sera votre rôle, ma Reine.
- Oui, répondit simplement Luka.
- Par contre, on devrait s’accorder sur ce qu’on dit et sur ce qu’on ne dit pas… poursuivit la commandante.
- Comment ça ? fit Alys.
- Je crains qu’il faille être prudent avec IA. On ne la connaît pas vraiment, et on vient ici soudainement pour requérir son aide. Même si nous sommes des alliés, elle n’est peut-être pas prête à lancer son pays dans une guerre…
- Qu’est-ce que vous pensez ? demanda Len.
- On devrait peut-être aborder le sujet de Fukase, en premier lieu. C’est le plus important…
- Et la barrière de l’île Maho ? s’interrogea Alys. « On laisse tomber ? »
- Il vaut mieux d’abord régler le problème de notre pays avant de s’attaquer au suivant. Une autre chose : ma Reine… Je pense qu’il vaudrait mieux ne pas faire état de votre lignage, de vos capacités…
 
Cette dernière réplique provoqua soudainement l’ire de Gumi :
 
- Et voilà, on est reparti pour une série de mensonges ! Vous n’en avez jamais assez ?
 
La lieutenante aux cheveux verts était d’un naturel expansif. Mais pour la première fois, elle contredisait complètement Miku. La patronne de la Garde était l’une des rares personnes dont Gumi ne remettait jamais la parole en doute. Mais l’arrestation de son amant, Yuma, avait fait changer la jeune femme d’avis. Selon elle, il était temps de jouer franc jeu.
 
- Gumi, on ne sait pas comment les conseillers de Seisui pourraient réagir. Il nous faut rester prudents, argumenta Miku.
- Justement ! Ils prendraient certainement une meilleure décision en ayant tous les éléments en main.
 
Miku se tourna ensuite vers la Reine: « Qu’en pensez-vous ? La décision vous revient ».
 
Luka réfléchit plusieurs secondes.
 
- Je pense que Miku a raison… Entretenons-nous d’abord avec la Reine, et voyons comment les choses évoluent.
 
La décision de Luka avait jeté un froid sur le reste du groupe.
 
Gumi pestait intérieurement. Elle fut ensuite rejointe par Alys, qui n’était pas non plus satisfaite par la tournure des événements. Les deux femmes prirent leurs distances de quelques mètres, accompagnées par Shirosaki, qui était resté étonnement silencieux jusque-là.
 
- Elles sont mortes de peur, râla Gumi. « Ce qu’il s’est passé ne leur a définitivement pas servi de leçon ! »
 
Alys acquiesça, suivie par Yuudai. Depuis le départ de Kuni, la question du démembrement de la barrière magique n’avait été que peu abordée, à son grand regret. Pourtant, cela constituait une information de première importance, selon la fille à la tresse.
 
- Voyons comment ça tourne au Palais Royal, dit Gumi. « Mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! »
 
Divisés plus que jamais, les sept personnes s’approchaient lentement de la résidence de la future Reine de Seisui.
 
***
 
Au milieu des rues du quartier populaire de Kyôu, un escadron de soldats - qui ne faisaient pas partie de la Garde royale - se frayait un chemin à travers les rues étroites. Ils connaissaient parfaitement leur objectif. Ainsi, ils se retrouvèrent rapidement devant la maison que Leora leur avait précédemment mentionnée, une des plus belles du quartier, voire la seule maison digne de ce nom.
 
Le chef de l’escadrille tambourina frénétiquement à la porte. S’en suivit un ramdam constant. Plusieurs voix s’élevèrent, mélange de peur et d’appréhension. Après plusieurs tractations, un homme aux cheveux bleus se décida à ouvrir la porte d’entrée.
 
- Monsieur Kaito, dit le chef des soldats. « Veuillez immédiatement nous suivre au Palais Royal. »
 
Depuis la visite impromptue de Leora, durant la bataille de Kyôu, Kaito se doutait que ce jour allait arriver. D’autant plus depuis qu’il avait appris la victoire de Fukase et la fuite de la Reine (dans la capitale, les nouvelles s’éparpillaient vite). Il ne lui faisait aucun doute que la visite de son ancienne employée ne fut pas hasardeuse, elle devait avoir une idée derrière la tête. Kaito accompagna donc les soldats vers le Palais, en étant peu à l’aise cependant. En effet, la réputation de Fukase n’était plus à faire, et les habitants du pays de Kuni avaient déjà eu vent de son caractère difficile. Sa réputation, après la bataille d’Uchi, ne s’était pas améliorée. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que le parrain de la pègre se rendit à son rendez-vous forcé.
 
Kaito n’avait jamais pénétré au sein du Palais Royal, tout au plus avait-il pu l’admirer au loin. Pour lui, le fait même qu’un mafioso de sa trempe puisse entrer dans le bâtiment le plus important de Kuni était un signe que le pays changeait. Jusqu’ici, il évitait de se mêler des affaires d’état, et préférait se concentrer sur ses magouilles. En dehors de quelques altercations avec les gardes royaux, il avait toujours pu passer entre les mailles du filet.
 
En compagnie des soldats équipés d’armes à feu, Kaito traversa le couloir d’entrée décoré richement. Fukase n’avait pas encore eu le temps de changer la décoration, tout au plus avait-il apposé sa marque un peu partout. Ainsi, un drapeau rouge orné d’un cercle blanc en son centre était affiché sur les murs du Palais. L’idéogramme « Owari » se trouvait à l’intérieur du cercle, tracé à l’encre noire, comme pour signifier la fin de la Royauté à Kuni, ainsi que le début d’un nouvel ordre, en plus de rappeler les origines de Fukase. Kaito avait déjà pu remarquer que le drapeau renégat se dressait déjà au sommet du Palais. Le nouveau leader du pays avait certainement déjà voulu marquer sa présence.
 
Le parrain entra lentement dans la salle du trône. Les soldats qui l’avaient accompagné jusqu’à présent l’attendaient au pied de la porte. Kaito progressa doucement, et observa Fukase assis dignement sur son trône, un sourire sadique et malicieux aux lèvres. Une chose l’étonna encore plus. Aux côtés de Fukase était installée Leora, sur un autre trône plus petit. Un air surpris se dessina sur le visage de Kaito, mais il ne pipa mot. Ainsi, arrivé au centre de la pièce, il se tint droit, ne sachant pas comment saluer ce nouveau patron. Il attendit donc qu’on lui adresse la parole.
 
- Monsieur Kaito, commença directement Fukase. « C’est un honneur pour nous de vous recevoir ici ».
 
Kaito ne répondit pas. Il n’avait que faire des règles de bienséance. Il se demandait juste ce qu’on lui voulait.
 
- Je suppose que c’est un honneur pour vous aussi, interpréta Leora. « Vous êtes la première personnalité à être reçue par le nouveau Roi de Kuni. »
- Oui, je devrais prendre cela comme un honneur, même si je ne comprends pas réellement l’objectif de ma visite, rétorqua enfin le mafioso.
 
Fukase se leva alors de son trône et s’approcha de Kaito, toutefois sans quitter l’estrade sur laquelle les sièges royaux étaient installés.
 
- Je vais vous expliquer. C’est très simple. Vous savez que nous avons pris le pouvoir par la force. Je suis très heureux de notre victoire. Toutefois, il subsiste un petit problème quand on prend le pouvoir de cette manière.
 
Kaito écouta attentivement. Sans dire un mot, il fit signe à Fukase de continuer.
 
- Je me doute qu’il reste encore pas mal de partisans de la Reine Luka dans les rues de Kyôu, et même dans tout le pays. Kuni n’est pas encore stabilisé. Pour être honnête, je doute même de la loyauté des soldats de la Garde royale. Ils sont censés servir le Roi en place, mais accepteront-ils ?
- Qu’est-ce que cela a à voir avec moi ? demanda judicieusement Kaito.
- Vous êtes très présent dans les rues de Kyôu. Leora m’a assuré que rien ne peut se passer sans que vous soyez au courant, surtout dans le quartier populaire. C’est une capacité bien pratique pour quelqu’un comme moi.
- Oui, et…
- N’y allons pas par quatre chemins… lança l’homme à la canne. « Je veux que vous soyez mes yeux, dans toute la capitale. Je veux être informé de tout comportement suspect. »
 
Kaito réfléchit, lançant plusieurs regards interrogateurs vers Leora.
 
- Qu’est-ce que j’y gagne moi ?, interrogea-t-il.
 
Leora fut interloquée. Elle ne s’attendait pas à autant de courage et d’insubordination de la part du parrain.
Mais Fukase éclata de rire.
 
- Ha, je me doutais que vous me poseriez cette question. Je sais que pour un membre de la pègre comme vous, le plus important est votre sphère d’influence. En échange d’informations, je vous laisse le contrôle de la ville de Kyôu, y compris le quartier noble. Vous ne serez donc plus jamais embêté dans vos affaires par les soldats de la Garde royale. C’est plutôt un bon marché, non ?
 
Kaito restait calme.
 
- En effet, je dois bien l’avouer. Donc, pour résumer, je vous aide à empêcher tous les coups d’état et autres révoltes potentielles, et j’ai les mains libres ?
- Exactement, conclut Fukase.
 
L’homme aux cheveux rouges avança sa main vers le mafioso, qui la serra, en signe d’accord. Kaito eut également un regard pour Leora. Ils avaient beaucoup de choses à se dire.
 
- Très bien, vous pouvez disposer. Leora, tu peux l’accompagner à la sortie, s’il te plaît ?
 
La mercenaire quitta son siège, et accompagna Kaito vers le couloir du Palais. Ils atteignirent rapidement la sortie, et se retrouvèrent dans les jardins avant du château, lorsque Kaito s’arrêta subitement.
 
- Qu’est-ce que tu as fait, Leora ? interrompit-il.
- Quoi ? Je n’ai rien fait ?
- Ne te moque pas de moi. Je lis en toi comme dans un livre. Je sais que tu n’as pas pu obtenir une place à côté de lui comme ça.
 
Le silence de Leora fut significatif.
 
- Ne me dis pas que…
 
D’un coup, la guerrière entra dans une colère noire.
 
- Je fais ce que je veux. C’était juste pour s’amuser. On a enfin le pouvoir. Et puis, il en avait envie aussi. Ça se voyait.
 
Kaito resta calme, et laissa Leora s’exprimer.
 
- Oui, d’accord. Mais méfie-toi. Ce type est un psychopathe. Il n’est jamais bon de rester trop proche d’un homme comme lui. Il n’éprouve aucun sentiment. Ne l’oublie pas.
- Nous ne l’avons pas vraiment fait par sentiment. Juste parce que cela nous amusait. On a fêté notre victoire.
- Si c’est ce que tu penses…
 
Kaito prit alors l’avance, et quitta de lui-même les limites du Palais. Après avoir franchi le portique, il se retourna une dernière fois vers son ancienne employée:
 
- Attention, Leora. Le plus difficile n’est pas de conquérir le pouvoir, mais de le conserver.
 
***
Luka et les autres s’approchaient du Palais Royal de Seisui. Celui-ci était bien différent de celui du pays de Kuni. L’archipel était bien moins aisé, et cela se ressentait dans la construction de la demeure du souverain. Construit sur un seul étage, le bâtiment était quasiment entièrement en bois assez clair, et orné de quelques pierres grises et bleutées par ci par là. Ce qui frappait surtout, c’était les différents cours d’eau qui se rejoignaient au centre de l’édifice (par conséquent, les entrées étaient bardées de nombreux ponts). Kabegami, la capitale, était bordée par de nombreuses rivières. L’eau était absolument partout. Et cela se ressentait dans la construction du Palais. L’ensemble donnait un air bien moins riche que ce que Rin et Len avaient pu voir à Kyôu. Les relations entre les deux nations étant au beau fixe, il ne fut donc pas étonnant que Kinzaki Koharu choisit d’envoyer Luka dans ce pays. Il s’agissait certainement de l’endroit où on était le plus à même de leur venir en aide. Néanmoins, la Reine Luka ressentait une certaine appréhension. Aucun des deux pays n’avait déjà subi une telle crise - en dehors de la Grande Guerre Magique - et elle redoutait la décision de son homologue, IA.
 
Le petit groupe arriva rapidement face à un pont, gardé par deux soldats. Ceux-ci étaient assez légèrement habillés : ils portaient tous les deux un léger haut, et une jupette et étaient armés d’une épée recourbée, typique de la région.
 
- Halte ! Veuillez décliner votre identité ! Cria l’un des deux gardes.
 
Luka prit rapidement la parole, sous l’œil attentif de Miku, et présenta chaque membre du groupe. Elle avait bien sûr omis de parler de sa situation, et s’était présentée comme la souveraine du pays voisin - quoi qu’il en soit, elle en était toujours la représentante officielle et légitime. Les deux gardes s’abaissèrent directement en signe de respect, et souhaitèrent la bienvenue à tous. Ils s’étaient déjà réjouis de voir des représentants étrangers arriver pour le couronnement de leur nouvelle Reine.
 
Le groupuscule progressa dans la cour intérieure. Rin et Len furent surpris par la présence de plusieurs palmiers, disséminés çà et là. Ils n’en avaient jamais vu, et étaient finalement assez satisfaits de découvrir une nouvelle région, de nouvelles coutumes, une nouvelle mentalité. Alors qu’ils arrivaient en direction de la porte centrale, ils furent accueillis sur le seuil par une jeune dame qui les attendait. Elle portait des vêtements roses, et était parée de cheveux châtains, coiffés assez courts. Elle semblait relativement stressée, mais souhaita la bienvenue aux visiteurs.
 
- Bienvenue ma Reine. Je suis étonnée de votre arrivée aussi rapide. J’ai prévenu la princesse IA. Elle vous attend.
- Merci, répondit Luka, avant d’hésiter. La jeune dame n’avait pas donné son nom.
- Pardonnez-moi. Je m’appelle Mizki. Je suis la conseillère en chef de la future Reine de Seisui.
- Enchantée, conclut Luka, avant de laisser le soin à ses compagnons de se présenter.
 
Mizki les fit alors entrer dans le Palais. Contrairement au château de la Reine Luka, les visiteurs étaient directement accueillis dans une énorme salle pleine de boiseries. L’ensemble était assez sombre. Heureusement, quelques ouvertures placées au plafond permettaient à la lumière d’entrer dans la pièce. La conseillère fit signe au groupe de s’arrêter pendant quelques instants, le temps qu’elle aille vérifier si la princesse était prête. Plusieurs minutes plus tard, elle revint et proposa à ses visiteurs d’entrer dans la salle du trône.
 
La pièce suivante marquait véritablement un contraste avec l’entrée. Celle-ci était bien plus lumineuse, grâce à ses couleurs dominantes blanches, beiges et bleu ciel. Cependant, on ne pouvait distinguer que peu d’objets de valeur, pas de bibelots en or et en argent. La plupart des objets étant une nouvelle fois fabriqués en bois. IA se tenait assise sur son petit trône. Elle portait une robe blanche soyeuse, et de longs cheveux roses. Son sourire radieux charma immédiatement Len, qui ne put s’empêcher de rougir. Rin l’avait bien remarqué, et tentait de cacher son petit rictus moqueur.
 
Luka avait pris la tête du groupe, suivie à ses côtés par Miku et Gumi. Alys, Shirosaki et les jumeaux qui se tenaient derrière eux, et ne prirent pas la peine de prononcer un seul mot. De toute façon, Len en était bien incapable.
 
Près d’IA se trouvait une jeune fille, qui devait avoir quelques années de moins que la princesse. Miku murmura directement à l’oreille de Luka qu’il devait s’agir d’One, la sœur de la princesse. Elle avait les cheveux plus courts, coiffés en carré, et blonds. Elle portait une tenue orange, qui ressemblait un peu à celle de Gumi, en un peu plus court. Elle était également équipée de grandes bottes noires. Pas vraiment un look de princesse !
 
- Soyez les bienvenus, commença IA. « Nous ne vous attendions pas aussi rapidement, mais c’est un honneur de vous recevoir pour le couronnement. Nous ferions preuve d’hospitalité, mais veuillez nous pardonner. Nous sommes encore en plein préparatifs et tous les servants sont occupés. »
- Merci, rétorqua Luka. « C’est un honneur pour nous aussi. »
 
Mizki se plaça directement face au groupe, aux côtés d’IA et d’One. La petite sœur lança directement la discussion sur le sujet qui brûlait les lèvres de tous ceux présents dans la pièce.
 
- Vous êtes arrivés bien vite. Notre lettre d’invitation n’est partie qu’il y a quelques jours. Comment se fait-il que vous soyez déjà là ?
 
One dût alors faire face aux regards accusateurs d’IA et de Mizki. Si sa question était pleine de bon sens, ce n’était pas une façon de s’adresser à un chef d’état étranger.
 
Luka baissa la tête. Elle devait se rendre à l’évidence et raconter toute la vérité.
 
- C’est que… Nous avons été victime d’un coup d’état. La situation est difficile dans mon pays. Pour tout vous dire, nous avons été contraints à l’exil, et nous sommes venus trouver refuge dans notre pays ami.
 
La Reine se tourna directement vers Miku, qui lui fit signe de la tête pour lui signifier qu’elle avait bien présenté les choses. Luka avait insisté sur l’amitié entre les deux peuples.
 
IA fut cependant étonnée par la révélation de son homologue.
 
- C’est un choc pour moi d’apprendre cela. Bien sûr, nous vous offrons l’hospitalité. Mais pouvez-vous m’en dire plus sur la situation à Kuni ?
- Un ennemi est soudainement apparu. Il est équipé d’armes d’un nouveau genre, contre lesquelles il est difficile de lutter. Pour être franche, je crois que c’est tout le monde de Sekai qui est en danger. Il ne s’arrêta pas à Kuni, c’est certain.
 
Mizki intervint alors.
 
- Depuis combien de temps a-t-il pris le pouvoir ?
- Depuis une petite semaine, répondit Miku. « Nous avons pris la fuite dès qu’il a pris le contrôle du Palais Royal.
 
La conseillère réfléchit alors quelques instants, consulta IA en silence (alors que One gardait ses yeux rivés sur les visiteurs), et reprit sa place.
 
- Nous vous demanderons d’attendre la cérémonie du couronnement. Les préparatifs sont en cours. L’événement aura lieu dans trois jours. Nous discuterons par après de la situation et de ce que nous pouvons faire. De toute façon, vous êtes en sécurité ici pour le moment. Je ne pense pas que votre ennemi se soit déjà mis en route vers notre archipel, mais nous allons augmenter la défense de la frontière Nord.
 
Miku adhérait à l’analyse de Mizki. Fukase n’aurait pas suffisamment de temps pour organiser une nouvelle escouade et envahir Seisui en aussi peu de temps. De son côté, Luka se sentait quelque peu coupable. Elle espérait agir plus rapidement. Pendant que son peuple souffrait du joug d’un dictateur, elle profitait des petits soins de ses alliés de l’archipel Seisui. Mais, d’un autre côté, elle ne pouvait pas se montrer plus insistante, de peur de perdre leur appui. La souveraine s’inclina donc devant IA, et la remercia.
 
Le groupe fut alors conduit vers les chambres d’amis situées au fond du Palais, alors que Len ne pouvait toujours pas détacher ses yeux d’IA.
 
***
 
Les jumeaux Genshine se trouvaient toujours à bord du bateau commercial voguant tranquillement vers Seisui. Le confort de l’embarcation était relativement restreint. Les matelots en avaient l’habitude, et n’avaient donc même pas pensé à prévenir Kyuu et Roku. L’ainé commençait même à regretter d’avoir donné la totalité de la bourse d’argent au capitaine. Si c’était pour un tel résultat, il aurait au moins pu trier l’or avant. Les frères étaient donc assis tranquillement dans la cale du bateau. Celle-ci était très sale. Plusieurs déchets de nourriture jonchaient le sol, et l’odeur n’était pas des plus agréables. Pourtant, Roku était plus concentré par l’immense toile d’araignée qui s’était tissé dans un coin, tout près de lui. Plus que tout, le cadet détestait les araignées. Petit à petit, il avait tenté de gérer au mieux cette véritable phobie, il n’empêche qu’il ne se sentait pas à l’aise en compagnie de ces arachnides. D’instinct, il se rapprocha de Kyuu. L’ainé n’aimait pas particulièrement les araignées, mais il s’efforçait de rester digne pour son frère. Ainsi, les jumeaux passèrent le reste de la traversée collés l’un à l’autre. Kyuu avait passé son bras par-dessus l’épaule de son frère, comme pour lui donner un signe de protection.
 
Après, quelques temps, Roku murmura à l’oreille de son ainé :
 
- Kyuu, tu penses qu’on regrettera ce que nous sommes en train de faire ?
 
Kyuu fut étonné. Malgré le fait que Roku ait été celui qui avait le plus insisté pour quitter Fukase – du moins il était celui qui avait le plus souffert de son comportement -, il demeurait celui qui était le plus empreint aux doutes. Depuis quelques temps, Kyuu avait bien remarqué que ceci préoccupait l’esprit de son frère.
 
- Que veux-tu dire par là, Roku ?
- C’est que… Même si on ne peut pas cautionner les actions de Fukase… Comment va-t-il réagir ? On sait qu’il a une énorme puissance, et qu’il pourrait nous éliminer rapidement s’il en avait envie…
 
L’ainé avait ressenti la profonde peur qui gangrenait l’esprit de Roku. Fukase avait beau être leur ancien mentor, les jumeaux avaient clairement l’impression que l’homme aux cheveux rouges était plongé dans une telle mégalomanie, qu’il en devenait complètement imprévisible. Par conséquent, ils ne savaient pas comment celui-ci allait réagir, si jamais il les retrouvait. De plus, le plan des jumeaux était également établi un peu sur la comète. Ils pouvaient aussi s’interroger sur la réaction de la Reine Luka, de la commandante Miku ou des Kagamine.
 
- Ecoute, Roku. Nous avons passé quasiment toute notre vie à servir Fukase, en croyant que c’était la bonne chose à faire en plus. Et, dès qu’il en a l’occasion, il nous lâche… Crois-moi, on ne peut pas faire confiance à cet homme. C’est difficile à croire, mais il nous a eus depuis le début. Pour la première fois depuis seize ans, je me sens libre. Oui, on est perdus, mais on a tout entre les mains pour faire ce qu’on veut. Et je suis certain qu’on y arrivera, tant qu’on restera à deux…
 
Le discours de Kyuu avait quelque peu rassuré le cadet. Il avait également remarqué une différence d’opinion. Au fond de lui, Roku pensait qu’il y avait encore quelque chose de bon chez son ancien mentor, alors que Kyuu avait complètement écarté cette hypothèse.
 
Pourtant, l’ainé n’avait aucune idée du plan de Fukase. Le trentenaire était resté assez discret sur ce point, si bien que les jumeaux n’avaient connaissance de ses desseins que jusqu’à la conquête du royaume de Kuni. Ils continuèrent à discuter pendant un long moment. Roku paraissait plus calme qu’auparavant, et avait dès lors récupéré ses splendides capacités de déduction. Finalement, ils en arrivèrent tous les deux à la conclusion selon laquelle Fukase essayerait d’abord d’asseoir son pouvoir sur Kuni, avant d’agir ailleurs. Cela leur laissait un peu de temps pour réagir, bien qu’ils n’aient aucune idée de ce qui pouvait arriver par après. Leur fuite leur donnait du temps pour réfléchir.
 
Après quelques heures, les jumeaux débarquèrent finalement dans le port de Kabegami. Ils remercièrent rapidement les matelots et le capitaine du bateau pour le voyage (Kyuu ne put tout de même pas s’empêcher sur les conditions de voyage déplorables auxquelles ils avaient dû faire face), et ils avancèrent vers la sortie du port et l’entrée de la ville. Roku passa son regard absolument partout. La fuite des Genshine avait au moins eu un point positif. Le cadet avait toujours voulu voyager et découvrir de nouvelles choses. C’était le cas désormais. Roku fut subjugué par la beauté inconnue de l’endroit. Les petites rivières qui ruisselaient un peu partout dans la ville, ainsi que les petites maisons constituaient un spectacle grandiose pour lui.
 
Kyuu était bien plus terre-à-terre et avait immédiatement identifié un objectif. Après avoir rapidement demandé à un passant quel était le grand bâtiment qui se dressait au loin, il se rendit de nouveau vers Roku.
 
- Regarde là-bas ! C’est le Palais Royal de Seisui. Je pense qu’il serait intéressant d’y faire un petit tour…
 
***
 
Les domestiques du Palais de Seisui accompagnaient les visiteurs vers les chambres d’amis du château. Malgré son aspect pauvre et vieillot, le Palais disposait de nombreuses pièces, il était donc relativement facile pour la future reine IA d’accueillir tous les visiteurs étrangers venus pour le couronnement. Ainsi, Luka put disposer d’une chambre seule, en sa qualité de souveraine légitime de Kuni. Miku et Gumi durent se partager une chambre, de même que Rin et Len, et Alys et Shirosaki. Tous installèrent rapidement leurs affaires sur leurs lits respectifs. Peu après, Miku s’éclipsa dans la chambre de Luka. Gumi en profita pour rejoindre les autres dans la chambre des Kagamine.
 
- Il faut informer Mizki de la situation. Ils doivent savoir dans quelles conditions ils nous aident, déclara Gumi.
 
Rin et Len marquèrent directement leur accord. Alys, toutefois, était légèrement plus réticente. Bien qu’elle fût complètement en accord avec la décision de la lieutenante, elle rappela à Gumi que cette action pourrait s’apparenter à une trahison. Il fallait donc se soucier des conséquences. Shirosaki Yuudai approuva Alys.
 
- On n’a plus vraiment le choix, maugréa Gumi. « Il faut leur dire tout ce que l’on sait ! » Puis, elle marqua une pause. « Absolument tout ! »
 
Le visage des Gumi devint écarlate, trahissant son énervement. Elle, d’habitude si rebelle, avait suivi à la lettre les instructions de la Reine Luka, pour le résultat que l’on connaît. Elle ne pouvait se satisfaire de la situation et déplorait encore l’attitude de Luka et Miku, trop laxiste selon elle.
 
- D’accord, fit Alys. « Je voulais juste être certaine que nous savions tous dans quoi nous nous embarquions. »
 
Ils furent alors brusquement interrompus par le bruit tambourinant de la porte de la chambre. Rin se leva et ouvrit prudemment. Sur le pas de la porte se dressait Mizki, l’air sérieux.
 
***
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 12 novembre 2017, 20:45:48
Chapitre 25 publié !

Pour info, j'ai migré le blog vers cette nouvelle adresse : https://jyokaryu.wordpress.com/ (https://jyokaryu.wordpress.com/). Tout est maintenant plus ergonomique pour une lecture plus agréable !

Spoiler
Chapitre 25 : World Domination How-To

Le calme étonnant qui résonnait dans la cour de la caserne de la Garde royale accentuait l’atmosphère lourde qui régnait dans ce lieu. Une grande estrade en bois était placée au fond de la cour, près des bâtiments, et tous les soldats qui n’avaient pas succombé durant la bataille de Kyôu avaient été sommés de se rassembler. Quelques minutes plus tard, plusieurs soldats de l’armée de Fukase firent leur apparition, équipés de solides armes à feu. Ils furent accueillis par des gestes de dégoût, mêlés d’une certaine crainte de la part des gardes royaux. Derrière les soldats d’Owari arriva Leora, un énorme sourire aux lèvres, habillée de manière très chatoyante. Ses vêtements gardaient leurs dominantes blanches et rouges, mais ceux-ci étaient bien plus longs et plus luxueux. La guerrière s’installa sur l’estrade, entourée par les gardes de Fukase, et balaya du regard toute l’assemblée, en silence.
 
- Gardes ! s’écria-t-elle. « Je me présente. Je suis Leora, et j’ai été récemment nommée nouvelle commandante de la Garde royale par notre nouveau leader, Fukase ».
 
Cette entrée en matière, pourtant simple, fut accueillie par de nombreux cris de mécontentement. Leora ne fut cependant pas déstabilisée, et jeta un regard vers les soldats armés, qui se mirent soudainement à tirer en l’air, faisant ainsi étalage de leur puissance. Le calme revint immédiatement. La mercenaire avança de quelques pas et repris son discours.
 
- Je préfère ça, ricana-t-elle. « Je voudrais vous faire part d’une chose. Le règne laxiste de la commandante Miku est désormais terminé. Vous, ainsi que le pays, allez entrer dans une nouvelle ère. Je vous signale que je considère mon autorité comme étant indiscutable. Celui qui n’est pas d’accord pourra toujours goûter à ceci... »
 
Elle a lança un nouveau regard vers les soldats, qui se mirent à tirer une nouvelle salve de balles, cette fois-ci en direction de la première rangée du public.
 
- D’ici peu de temps, notre leader Fukase s’adressera à la nation. Il mettra à la lumière du jour les différents agissements secrets de votre ancienne Reine Luka. Je vous conseille de bien l’écouter. Vous verrez, cela remettra tout ce que vous pensez en perspective.
 
Les gardes royaux s’observèrent chacun, désabusés, mais cette fois en silence.
 
- J’aimerai également vous signaler qu’en tant que commandante, j’ai évidemment accès à tous vos dossiers. Je suis donc susceptible de connaître tout de vous. Faites ce que vous voulez de cette information, lança Leora sur un ton de défi.
 
Immédiatement, l’un des gardes royaux s’avança devant le public, et interpella la mercenaire. Très distinctement, il vociféra contre le discours, et appela les autres à le rejoindre. Les soldats de Fukase le mirent directement en joue, mais Leora leur fit un signe de la main, et tous relevèrent leurs armes.
 
La guerrière descendit lentement de l’estrade et vint se poster face à face avec le jeune garde rebelle.
 
- Vous n’êtes pas d’accord avec ma manière de procéder ? murmura-t-elle.
- Non, je proteste vivement ! rétorqua le garde, sans se débiner.
 
Soudainement, Leora se mit en position de combat. Le garde s’apprêtait à dégainer rapidement son katana, mais la guerrière fut bien plus prompte. Elle recula son bras droit en arrière, sa main droite se para d’une lueur rouge écarlate, et vint frapper le soldat directement en plein cœur. Celui-ci recula de plusieurs mètres, et atterrit au milieu de la foule. Trois autres gardes ramassèrent immédiatement le corps sans vie du jeune homme.
 
- Si les armes à feu ne sont pas suffisantes pour vous convaincre, peut-être que ceci le pourra, répondit Leora.
 
Puis, la nouvelle commandante se retira délicatement sans ajouter un seul mot, et rejoignit ses appartements. L’assemblée des gardes royaux resta prostrée en silence, dans la peur de ce nouveau règne de terreur.
 
Leora avait renvoyé les soldats de l’armée de Fukase à leurs postes respectifs et avait pris la direction du bureau du commandant. Celui-ci était toujours soigneusement rangé, Miku ayant mis un point d’honneur à toujours le garder en ordre. Leora analysa attentivement les cartes de Kuni et de Sekai accrochées au mur. Puis son regard s’attarda sur l’ancien bureau de la dame aux couettes turquoise. Dans un accès de rage, la mercenaire envoya valser tous les éléments installés sur le meuble, et poussa un étrange rire, sadique et malfaisant.
 
Une nouvelle ère venait réellement de débuter.
 
***
 
- Amenez-moi le prisonnier !
 
La voix de Fukase avait résonné dans toute la salle du trône. Rapidement, on pouvait entendre un branle-bas de combat provenant des soldats de son armée qui s’affairaient - dans une certaine désorganisation - à se rendre aux geôles du Palais pour aller chercher Yuma.
 
Pendant ce temps, Fukase faisait les cent pas autour de la table de réunion. Il était désormais bien installé sur le trône et avait commencé à poser les premières pierres de sa stratégie de conquête de l’île Kuni. Il avait scellé une alliance avec Kaito lui permettant de garder le contrôle de la capitale assez facilement et Leora s’occupait de la gestion de la Garde royale. Il pouvait à présent s’atteler à combattre ses opposants. D’une part, il devait rechercher la Reine Luka (il ne pouvait pas se permettre de la laisser fomenter quelque plan afin de récupérer son trône), et d’autre part, Fukase s’inquiétait du sort des trois derniers chefs de village du Royaume : Kinzaki Koharu, Lily et Takahashi. Ceux-ci avaient clairement pris parti pour Luka lors de la bataille, et étaient parvenus à s’enfuir juste avant sa prise du palais. Ils essaieraient sans nul doute de lui nuire. Heureusement, Fukase avait un autre atout dans sa manche. Yuma pourrait lui révéler quelques informations importantes. Cependant, il s’agissait d’un lieutenant de la Garde ; il était certainement entraîné à subir les interrogatoires les plus poussés. Ainsi, l’homme aux cheveux rouges devrait se montrer assez persuasif et inventif dans sa méthode d’interrogation. Il avait donc fait amener un nouvel objet dans la salle, qu’il avait caché soigneusement derrière un drap blanc.
 
Quelques minutes plus tard, Yuma fut amené dans la salle du trône par deux soldats. Son visage portait encore les stigmates des blessures de son combat précédent, et il paraissait assez amaigri. En effet, le combattant avait passé les derniers jours dans les geôles humides et sombres du Palais Royal sans manger, et était donc très faible. Néanmoins, Yuma savait que ce moment arriverait et il n’était pas disposé à donner à Fukase le moindre indice. Son séjour dans la prison n’avait fait qu’accentuer sa détermination.
 
Les soldats l’installèrent sur une des chaises de la table de réunion et le ligotèrent. Fukase s’assit juste en face de lui, posa ses coudes sur la table, et l’observa pendant un long moment sans piper mot. Après quelque temps, il s’éclaircit la voix et lança :
 
- Lieutenant Yuma, vos états de service sont parvenus à mes oreilles. Vous êtes un grand guerrier et un dur à cuire.
 
L’homme aux cheveux roses toisa son ennemi. Où voulait-Il en venir ?
 
- Cependant, je dois vous prévenir qu’il en est de même pour moi. Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins. Et je sais pertinemment que vous êtes en possession d’informations cruciales. Comme par exemple : où se trouvent Luka et les chefs de village en ce moment ?
 
Yuma se tut, et fit mine de balancer son regard ailleurs, comme s’il ne s’intéressait pas à la conversation.
 
Fukase ne montra aucune réaction aux agissements du lieutenant, et fit signe à ses soldats d’apporter l’objet qu’il avait soigneusement préparé. Son visage se para alors d’un sourire malicieux.
 
L’objet était toujours caché derrière son drap. Fukase se leva et tira le linge d’un coup sec, dévoilant ainsi une étrange structure en fer de la forme d’un sarcophage, équipé de plusieurs pointes sur sa face intérieure. Sa couleur dorée avait subi les dommages du temps. L’instrument était rouillé à plusieurs endroits.
 
- Ah, je suis très heureux d’avoir pu mettre la main là-dessus ! Lieutenant Yuma, vous ne devez pas connaître. Cela s’appelle une vierge de fer. C’est inconnu ici mais assez utilisé dans d’autres contrées. Je peux vous faire une petite démonstration de son fonctionnement.
 
Le signal donné, les soldats s’emparèrent de Yuma et l’attachèrent à l’intérieur de la structure. Yuma avait désormais compris comment ce moyen de torture fonctionnait.
 
Fukase se mit bien droit et s’avança à hauteur du visage de Yuma.
 
- Où se trouvent Luka et les autres ?
 
Yuma ferma les yeux et hocha la tête en signe de refus. Fukase donna un signal puis Yuma sentit les pointes s’enfoncer à plusieurs endroits de son corps, provoquant une douleur lancinante. Il garda la bouche fermée, et émit quelques petits gémissements, mais rien de plus, il ne voulait pas accorder ce plaisir à son bourreau.
 
- C’est pas mal, n’est-ce-pas ? se réjouit Fukase, qui en outre donnait l’impression d’apprécier les souffrances de Yuma. « Cela vous fera peut-être réfléchir... On recommence : où se trouve Luka ? »
 
Le lieutenant prit une grande respiration. De nouveau, les pointes s’enfoncèrent dans plusieurs parties du corps, particulièrement douloureuses mais non vitales. Fukase répéta la manœuvre plusieurs fois, sans succès. Après plusieurs dizaines de minutes, le leader fit détacher Yuma de l’instrument de torture. Le samouraï tomba violemment sur le sol, et suffoqua.
 
Puis, l’homme à la canne s’approcha de lui. Une lueur jaunâtre sortit de sa main gauche, qu’il posa sur la poitrine de Yuma. Ses blessures se résorbèrent d’elles-mêmes, bien que le lieutenant paraisse toujours exténué.
 
- C’est quand même pratique, la magie. Ça me démangeait de ne plus l’utiliser ! dit-il.
 
Puis, il murmura à l’oreille droite de Yuma.
 
- Nous recommencerons cela tous les jours, jusqu’à ce que tu te décides de parler. Ne t’inquiète pas, cela arrivera. Personne ne peut tenir très longtemps.
 
Ensuite, les soldats armés reconduisirent Yuma aux geôles du Palais, alors que Fukase se rassit sur le trône, l’air impassible.
 
***
 
Le village de Kyuuri n’avait pas encore été touché par les derniers événements qui avaient frappé le pays de Kuni. Fukase n’avait pas pris le temps d’attaquer ce village. L’arrestation de Yohio, ainsi que le comportement des Genshine l’avaient forcé à revoir ces plans. Il s’en était alors remis au strict minimum, n’attaquant que les hameaux lui donnant un avantage stratégique dans sa conquête de la capitale.
 
Par conséquent, trois chefs de village de l’Ancien régime étaient encore en fonction : Lily, Takahashi et Kinzaki Koharu. Cette dernière, cheffe de Kyuuri, s’était montrée particulièrement précieuse lors de l’attaque de Kyôu. Elle était à l’origine de la fuite de la Reine Luka et de ses compagnons, mais s’était également arrangée pour rapatrier Lily et Takahashi dans son village, en lieu sûr, après leur cuisante défaite. Elle bénéficiait d’une grande expérience qui pourrait se montrer cruciale durant ces sombres événements.
 
Lily et Takahashi étaient toujours inconscients, allongés sur deux lits en bois de taille convenable, posés au centre d’une petite hutte au toit de paille. Il s’agissait d’une habitation typique du village de Kyuuri, qui était situé dans la forêt qui bordait la capitale. Ce hameau revêtait une architecture relativement simple, proche de celle du village d’Uchi. Les constructions étaient relativement sommaires, la hutte de la cheffe mise à part.
 
Koharu avait d’ailleurs pris place dans son bureau et analysait la carte de Kuni, en attendant le réveil de ses deux homologues restants. Son visage était marqué par le poids de sa mission. En effet, l’avenir immédiat du pays se retrouvait entre leurs mains. Les trois leaders constituaient maintenant la plus grande force de lutte contre l’envahisseur, et ils se devaient de lutter. Néanmoins, Koharu savait pertinemment qu’il leur était impossible de remporter la guerre avec leurs armes habituelles ; il fallait donc réfléchir autrement.
 
Quelques heures plus tard, les yeux de Lily commencèrent à s’ouvrir lentement. La jeune fille se sentait encore légèrement groggy. Un des gardes de la hutte partit directement alerter Kinzaki Koharu, qui arriva quatre à quatre au chevet de sa collègue, et l’aida à se redresser. Lily était encore désorientée, et posa plusieurs questions à la vieille dame. Celle-ci l’informa rapidement de la situation, alors que Takahashi était toujours endormi. Lily prit plusieurs instants pour se remettre du choc de la fuite de la Reine, bien que Koharu ait assuré qu’elle se trouvait en sécurité. Peu après, Lily se leva de son lit et voulut prendre la route du village d’Enkan, pour retrouver ses sujets.
 
- Ce n’est pas le moment ! répliqua Koharu.
- Pourquoi, nous devons nous trouver dans nos villages, pour les défendre, répondit la jeune cheffe.
 
Koharu souligna alors l’évidence :
 
- Nous ne pouvons pas nous opposer directement à eux. Ils sont bien trop puissants. Nous courrions droit à l’échec. Non… Nous devons être plus intelligents qu’eux.
 
L’aînée dévoila alors la mission qu’elle avait – à peu près – confiée à la Reine. L’idée était de faire le plus possible appel aux puissances étrangères.
 
- Et qu’est-ce qu’on fait ? On reste ici à attendre ? maugréa Lily.
- Bien sûr que non ! Une fois que Takahashi sera réveillé, venez me rejoindre dans ma hutte. Tout est installé pour que nous ayons une petite réunion…
 
Puis, la leader de Kyuuri quitta l’habitation, mystérieuse, en laissant Lily extatique. Celle-ci se retourna vers Takahashi et lui urgea de se réveiller. Elle se mit même à le secouer violemment avant d’être arrêtée gentiment par un garde qui lui suggéra de garder son calme. La jeune femme se rassit donc sur son lit, le regard dans le vide, essayant de deviner le plan de Koharu.
 
Peu après, Lily entendit un son s’éclipser de la bouche de Takahashi. Le jeune homme commença à se tordre, puis se réveilla, encore sous le choc. Lily le releva – avec bien moins de délicatesse que Koharu – et l’emmena directement dans l’habitation de la vieille dame. L’inquiétude se lisait sur le visage de la cheffe d’Enkan, tandis que Takahashi n’avait encore les yeux qu’à moitié ouverts. Sur le parvis de la hutte, Koharu les fit rapidement entrer, et les invita à s’installer. Lily se montrait de plus en plus impatiente, mais Kinzaki Koharu jugea bon de résumer la situation à Takahashi. Quelques minutes plus tard, elle put faire étalage de son plan, sous l’œil attentif de ses deux invités.
 
- Pour être claire, je pense que nous devons agir discrètement. Il nous fait améliorer la défense de nos villages respectifs. De plus, je suggère que nous soyons toujours en mouvement. L’ennemi cherchera certainement à nous mettre la main dessus. C’est difficile à dire, mais nous devons quitter nos villages momentanément…
 
Lily se sentit outrée :
 
- Donc, on adopte une attitude défensive ?! Ce n’est pas comme ça qu’on parviendra à reconquérir le pays !
- Calme-toi Lily ! murmura Koharu. Takahashi restait taiseux, mais agrémenta chaque parole de l’aînée d’un geste d’acquiescement. « Je compte bien agir. D’ailleurs, je pense que tu vas adorer ma prochaine idée… », lança-t-elle sur un ton énigmatique.
- Voyez-vous cela !
- Il y a une personne qui pourrait nous aider. Vous ne le savez pas, mais le lieutenant Yuma a été arrêté par les troupes de Fukase. Il est urgent pour nous de le libérer et de l’aider. Non seulement, il détient des informations sur nous, mais il pourra certainement nous dévoiler certaines choses sur l’ennemi. Sans oublier qu’il est un guerrier émérite. »
- Et comment on fait ça ? On ne sait même pas où il est, argumenta très judicieusement Takahashi.
- Justement, Fukase le garde au Palais Royal. Il ne veut pas l’emmener pour l’instant à la prison, il veut l’interroger. C’est notre chance ! Il est plus facile d’accéder aux geôles du château qu’à la prison… Surtout quand on connaît bien les passages secrets, comme moi…
 
En effet, elle était membre du Conseil des Sages depuis plus de quarante ans. Elle connaissait les moindres recoins du Palais. Elle avait même dû s’y réfugier durant la Grande Guerre Magique. Et la vieille dame était bien décidée de faire jouer son avantage contre Fukase, qui lui découvrait encore sa nouvelle habitation.
 
- L’idée est d’y aller en petit groupe. Pas plus de 3 ou 4, ajouta-t-elle.
- Je veux en être ! lança Lily.
- Moi aussi ! compléta Takahashi.
 
Koharu baissa ensuite la tête.
 
- Je viens de vous dire qu’il fallait vous montrer discrets ! Ne vous jetez pas dans la gueule du loup !
 
Mais les préoccupations de l’aînée ne changèrent en rien la détermination des deux plus jeunes Sages. Après plusieurs minutes de discussion, elle finit par accepter leur participation à l’opération. En quelque sorte, elle se revoyait quinze ans plus tôt, lorsqu’elle luttait contre la Guilde des Magiciens. A cette époque, personne n’aurait pu l’empêcher de combattre. D’un certain point de vue, elle aimait cette fougue de la jeunesse.
 
Les trois leaders s’accordèrent donc rapidement sur la composition de l’équipe : Lily et Takahashi se verraient adjoindre l’aide de deux gardes de Kyuuri, dans lesquels Koharu avait placé tout sa confiance.
 
- Et finalement, on agit quand ? s’interrogea Takahashi.
- Il faut aller vite. Je prévois l’opération dans deux jours. Il faut sauver Yuma au plus vite, rétorqua Kinzaki Koharu.
 
Le temps de la résistance avait commencé.
 
***
 

Mizki se tenait toujours sur le pas de la porte de la chambre, devant les regards médusés de Gumi, Alys, Shirosaki, Rin et Len.
 
- Je venais juste voir si vous étiez bien installés, commença-t-elle.
 
Gumi la remercia avec hésitation. Il y eut un instant de silence lourd avant que Mizki ne tourna les talons et se prépara à quitter la pièce.
 
- Attendez ! fit Gumi. « Euh... on pourrait s’entretenir quelques instants avec vous... Il y a quelque chose d’important que nous devons vous dire... »
 
La conseillère se retourna, interloquée :
 
- Cela concerne-t-il votre pays ?
- Entre autres, oui...
 
Intriguée par cette réponse énigmatique de Gumi, Mizki s’installa tranquillement dans la chambre. Elle prit place près de la table qui se situait au centre de la pièce, et observa les autres occupants, qui restaient debout.
 
- Je vais être franche... J’ai l’impression que vous me cachez quelque chose... lança la conseillère.
 
Gumi et Alys se regardèrent. Elles commençaient à se rendre compte que leur stratégie de jeux de dupes ne serait arrivée nulle part. Mizki se méfiait depuis le début. Peut-être que jouer directement cartes sur table permettrait d’établir une certaine confiance entre les nations de Kuni et de Seisui, même contre l’avis de la Reine Luka. De leur côté, Rin et Len restaient particulièrement attentifs. À tout moment, ils pourraient devenir l’objet de la conversation. En effet, si la question du pays d’origine de Fukase se posait, ils occuperaient un rôle de premier plan.
 
Gumi prit alors la parole. Elle déballa à Mizki les récents événements auxquels avait dû faire face le pays de Kuni. L’arrivée de Fukase, la bataille d’Uchi (Alys fit, par ailleurs, encore couler quelques larmes quand le récit de Gumi s’étala sur ce point), et enfin la prise de pouvoir du demi-frère de Luka.
 
- Et surtout, c’est à ce moment-là que nous avions fait une découverte... Il s’avère que la Reine Luka est une Magicienne.
 
La surprise se refléta sur le visage de Mizki. En temps normal, elle aurait dit que ceci était impossible. Mais le sérieux avec lequel Gumi avait conté son histoire finit par la persuader. Et puis, qu’aurait à gagner la lieutenante à proférer des mensonges contre sa propre Reine ?
 
- Mais... Luka est bien la fille du Roi de Kuni, Luki, non ? demanda la conseillère.
- Oui, rétorqua Gumi. « Son sang de Magicienne provient de sa mère... Nous-mêmes n’étions pas au courant... »
- Je vois... Elle est donc bien la descendante légitime... J’ai une autre question : savez-vous d’où vient ce Fukase ?
- Nous y voilà, lança Len, qui fit ensuite un pas en arrière, prenant conscience de son intrusion peu subtile dans la conversation.
- Selon nos informations, il proviendrait d’un monde parallèle... Il serait arrivé sur Kuni via un portail...
 
Mizki marqua une pause. Un autre monde ? Cela était-il possible ? Si elle était prête à accepter les révélations précédentes, elle éprouva plus de difficultés à accepter cette dernière. Gumi lui présenta alors les jumeaux Kagamine. Rin parla alors de leurs origines, en essayant d’y ajouter le plus de détails possible, comme pour prouver qu’il ne pouvait s’agir d’un mensonge. Puis, Alys prit la parole :
 
- Encore ? fit Mizki. « Ça n’arrête décidément jamais avec vous ! »
 
La koryuiste fit alors part à Mizki de leurs découvertes dans la bibliothèque de Kyôu. Elle insista sur l’importance de la barrière de l’île Maho, et sur le fait que celle-ci n’allait plus tarder à tomber. Dorénavant, tout Sekai devait faire face à deux menaces potentielles. Plus le temps passait, plus Mizki semblait dépassée par le flot d’informations. Gumi se contenta alors de conclure :
 
- Vous comprenez maintenant pourquoi nous avons besoin de votre aide... Mais nous nous devons de vous dire la vérité...
 
Mizki se leva lentement de sa chaise, ajusta ses vêtements, et lança :
 
- Laissez-moi un peu de temps... Mais je ferai part de tout ceci à la princesse IA, sans aucun doute... Je vous demande juste d’attendre le couronnement. En tout cas, merci pour ces informations. Je regrette juste de ne pas avoir appris tout ceci de la bouche même de la Reine Luka.
- Vous pensez que la princesse voudra nous venir en aide ? demanda naïvement Len, qui recula encore quand il vit le regard assassin de Gumi, qui n’avait pas apprécié qu’il soit si direct.
 
La conseillère baissa la tête :
 
- Honnêtement, je ne sais pas. La princesse a perdu beaucoup de membres de sa famille durant la Grande Guerre, et nourrit une certaine rancœur envers les Mages. Mais nos deux pays sont amis. Après le couronnement, nous organiserons une réunion. Je pense que sa décision dépendra de la capacité de votre Reine à être persuasive...
 
Mizki quitta ensuite la chambre tranquillement. Mentalement épuisée, Gumi s’écroula sur le lit en soupirant.
 
- Voilà, on ne peut plus faire marche arrière.
 
L’ambiance de la pièce demeurait lourde. La nuit commençait à tomber, et tous ne traînèrent pas à aller se coucher. Ils avaient bien besoin d’une bonne nuit de sommeil.
 
***
 
Fukase avait pris place dans la diligence royale, et s’apprêtait à partir pour le centre de la capitale, accompagné de trois gardes fidèles. Cela lui donnait l’impression d’être quelqu’un d’important, qui se devait de voyager en escorte. Pourtant, Owari - il n’aimait pourtant pas ce nom - se sentait davantage en sécurité à Kyôu. D’après les derniers échos qu’il avait reçus de Kaito, celui-ci avait bien étendu son influence sur le quartier populaire, si bien que la plupart des potentiels rebelles avaient préféré quitter la ville. De son côté, la population s’était remise petit à petit de la dernière bataille. Cependant, la plupart des habitants avaient l’impression que tout pouvait dégénérer d’un moment à l’autre. La tension politique et militaire se montrait encore très présente. Les rondes de soldats et de gardes se multipliaient dans la ville, et les ouï-dire d’éventuelles coalitions contre le pouvoir en place avaient fait leur chemin. De plus, beaucoup s’interrogeaient également sur la fuite de la Reine Luka. Au final, il régnait sur le pays de Kuni le sentiment d’une nation au bord de l’explosion, malgré l’apparent calme de ses citoyens.
 
L’homme à la canne continuait, de son côté, la suite de son plan. Il ne comptait bien sûr pas s’arrêter à la conquête de Kuni (la seule personne au courant de ses desseins était d’ailleurs Leora, qui se montrait chaque jour un peu plus comme sa plus fidèle alliée). Mais, il lui fallait fonctionner par étapes. S’il en était toujours à la première phase de son plan, plus rien ne l’empêchait de penser à l’avenir.
 
La diligence royale arriva finalement près de l’imposante prison de Kyôu, qui n’avait que très peu été abîmée par la récente guerre. Ses murs insurmontables avaient tenu le choc et aucune évasion n’était à déplorer.
 
Fukase se dirigea vers l’entrée, toujours accompagné par ses trois gardes, chacun armé d’un fusil M16. D’un pas fier, il se dirigea vers le bureau du directeur, Ginsaki Yamato, et l’alpaga directement :
 
- Je viens libérer un prisonnier. Auriez-vous l’obligeance de me donner les clés de la prison ?
 
Ginsaki ne releva même pas le nez, et restait plongé dans ses papiers, provoquant soudainement l’ire de son interlocuteur.
 
- Hum, hum, fit-il d’un ton insistant.
- Plaît-il ? Rétorqua ironiquement Ginsaki Yamato.
 
Cette attitude avait le chic pour énerver Fukase. Yamato avait immédiatement compris le caractère du nouveau leader de Kuni, et ne se privait pas pour en jouer.
 
- Je dois libérer un prisonnier. En tant que votre souverain, je désire que vous vous exécutiez, répliqua Fukase d’un ton solennel.
- Mon souverain n’est autre que la Reine Luka, répondit Ginsaki tout de go. « Jusqu’à preuve du contraire, je garde le pouvoir sur ce qu’il se passe dans cette prison. Veuillez déguerpir d’ici. »
 
Le visage de Fukase devint soudainement écarlate. Les trois gardes braquèrent chacun leur fusil sur le visage de Yamato, qui restait stoïque. Le leader s’efforça de garder son calme, alors que le cliquetis des armes des soldats résonnait dans la pièce.
 
- Vous vous exposez à de très graves sanctions, dit l’homme aux cheveux rouges.
- Essayez pour voir. Je préfère encore mourir que de trahir la Reine Luka.
- Ça peut s’arranger...
 
Fukase fit donc un signe à ses trois compagnons qui s’écartèrent. Puis il ouvrit son manteau, joignit les mains, et murmura :
 
- Hi no chikara...
 
Une nuée de flammes se dirigea depuis le sol vers le corps de Yamato, qui criait de douleur. Pourtant, il ne regrettait pas sa décision. Rien n’aurait été plus dégradant que de vivre en sachant qu’il avait trahi son véritable souverain. Quelques secondes plus tard, Fukase ramassa le trousseau de clés qui était posé à côté de ce qui n’était désormais plus qu’un immense tas de cendres.
 
- Venez, on y a va... ordonna Fukase qui avait subitement retrouvé son calme.
 
Les quatre personnes parcoururent alors les différents étages de l’établissement. La plupart des prisons étaient fabriquaient en métal. L’odeur du fer rouillé recouvrait toute la prison. Arrivés au troisième étage, Fukase et ses sbires se retrouvèrent soudainement face à l’objet de leur visite. Face à eux se dressait un homme frêle, aux cheveux blonds décoiffés. Fukase mit même un certain temps avant de le reconnaître.
 
- Yohio... C’est moi... J’ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes désormais libre.
 
Le jeune guerrier accueillit la nouvelle avec un large sourire. On pouvait voir ses dents jaunies au travers de ses mèches décoiffées. Fukase ouvrit la prison, et Yohio sortit rapidement, sous les huées de ses comparses de cellule, auxquels il ne prit même pas la peine de répondre.
 
- Si vous le voulez bien, nous pouvons nous installer dans le bureau de l’ex-directeur. Fukase avait bien insisté sur le « ex ». « Nous serions plus à l’aise pour discuter. Je crois même que nous pourrions trouver quelque chose à manger. »
 
Quelques minutes plus tard, Yohio se retrouvait devant une assiette de poisson pleine, qu’il avala goulûment. Dans le même temps, Fukase le mit au courant de la situation.
 
- Yohio, je pense que vous avait deviné. J’ai pris le pouvoir dans ce pays...
- Un singe aveugle l’aurait remarqué, rétorqua-t-il, provoquant de ce fait un rictus dans le chef de son mentor.
- Cependant, je dois bien avouer que tout ne s’est pas passé comme prévu...
- Laissez-moi deviner... Kyuu et Roku se sont enfuis ?
- Votre perspicacité m’étonnera toujours... De plus, Luka et son état-major sont en exil...
- Mmh...
 
Yohio finit son assiette jusqu’à la dernière miette. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas pu profiter d’un tel repas.
 
- Je ne peux malheureusement pas mobiliser toute mon armée pour les retrouver... J’ai d’autres choses à régler ici, informa Fukase.
- Vous voulez que je retrouve Kyuu et Roku ?
- Exactement. Ils sont en possession d’informations très importantes, et je ne voudrais pas qu’elles passent à l’ennemi. Il faut donc retrouver ces jumeaux coûte que coûte. Et je me chargerai personnellement de leur châtiment. Je reste leur tuteur, après tout... lança-t-il dans un rire sadique.
 
Yohio voulait plus que tout se venger des Genshine. Il savait pertinemment que Fukase ne pouvait pas leur faire confiance. L’idée même de cette chasse à l’homme le motivait.
 
- Avez-vous une idée de l’endroit où ils sont partis ?
- Certains soldats les auraient aperçus au sud de la capitale. Mais, si vous voulez mon avis, ils ont dû se débrouiller pour quitter l’île. Je vous mets donc à disposition un navire de guerre rien que pour vous. Cela vous permettra de voyager dans Sekai.
- Merci, chef...
- Une autre chose... S’il vous arrivait de tomber sur la Reine Luka, sachez que je la veux vivante.
- C’est entendu...
 
Yohio se dirigea ensuite vers la salle de bain du directeur, et se fit un petit brin de toilette (il en avait bien besoin). Fukase, lui, retourna tranquillement au Palais, après avoir salué respectueusement son subordonné.
 
Quelques instants plus tard, Yohio foulait à nouveau le sol extérieur de la capitale. Il prit un grand bol d’air et s’écria à l’adresse des Genshine :
 
- Attendez-moi, mes petits amis. J’arrive...
 
***
 
Kyuu et Roku restaient immobiles devant le Palais Royal de Kabegami. Bien que celui-ci soit moins impressionnant que d’autres bâtiments qu’ils avaient déjà pu observer, ils se posaient encore tout un tas de questions. Comment allaient réagir les membres proches de la Reine Luka lorsqu’ils se présenteraient à eux ? Par légère crainte, les jumeaux restèrent donc cachés au détour d’une proche ruelle sombre, et analysèrent les vas-et-viens de et vers le château.
 
- Nous y voilà, Roku…
- Oui, Kyuu…
 
Ils se contentèrent de rester plantés à cet endroit, comme s’ils étaient à la recherche de leur destin. Celui-ci frappa vite à leur porte, si l’on peut dire, quand une jeune fille blonde à l’allure familière sortit rapidement du Palais, accompagné d’un autre adolescent.
 
Au loin, les Genshine entendirent Rin s’écrier :
 
- Ah, c’est chouette de pouvoir sortir un peu…
 
L’apparent optimisme de son discours contrastait fortement avec sa mine sombre. Rin et Len étaient encore sous le choc de leur conversation avec Mizki, et s’interrogeaient sur l’avenir des événements, et plus particulièrement sur la réaction de Luka et de Miku. Les Kagamine avaient demandé de pouvoir se promener quelques temps dans la capitale, histoire de se changer les idées. Un peu à contrecœur, Gumi accepta, mais leur ordonna de s’emparer de leur katana. Même si les exilés étaient en sécurité sur l’archipel de Seisui, mieux valait rester prudents.
 
Kyuu déglutit fortement. C’était le moment ou jamais, mais il se doutait de la réaction des jumeaux, surtout de Len. Il n’allait certainement pas se montrer amical. Roku lui fit alors une légère tape sur l’épaule, comme pour lui donner du courage. Puis, les Genshine s’avancèrent subrepticement au centre de la petite place qui marquait l’entrée du Palais.
 
En voyant les jumeaux, Len s’écria :
 
- Vous ?!
 
Il dégaina rapidement son sabre et se lança directement vers Kyuu, qui, lui aussi, déballa son katana à une vitesse prodigieuse pour parer le coup de l’ennemi. Dans le même temps, Rin tenta, tant bien que mal, de mettre fin à la fureur de son frère. Contrairement à Len, elle avait pris le temps d’analyser les réactions des frères aux cheveux verts et en avait déduit qu’ils ne devaient pas être si mauvais. Malheureusement, ses supplications n’eurent aucun effet. Len et Kyuu se lancèrent dans un combat violent. Roku vint alors à la rencontre de Rin – prudemment – et tenta d’engager la conversation.
 
- Nous avons fui, nous aussi… Nous voulons vous aider, murmura-t-il.
 
Rin l’avait bien entendu, mais elle restait davantage concentrée sur le combat qui avait lieu juste devant son nez. Des passants s’étaient également arrêtés au même endroit, constituant une sorte de grand cercle autour des deux combattants.
 
- Euh… Je pense qu’il faudrait les laisser régler leurs différends à leur façon… déclara Roku à Rin, surprise.
- Mais, ils vont se blesser !
- Ne t’inquiète pas. Kyuu n’a pas l’intention de blesser ton frère. Regarde mieux, il ne fait quasiment que parer ses coups. Il ne profite pas des ouvertures que ton frère lui laisse.
- A quoi ça sert alors ?
- Ils ont besoin de se défouler… Si ton frère a le même caractère que Kyuu, il ne doit pas être très bon pour communiquer… souffla le cadet des Genshine.
 
Pendant ce temps, le combat continuait. Len s’échinait de toutes ses forces à atteindre le corps de Kyuu, sans succès, celui-ci bloquant toutes ses tentatives. Rapidement, le blondinet s’effondra de fatigue. Il avait tout donné mais ne pouvait rien faire contre un combattant aguerri. En même temps, il n’avait appris à se battre que depuis quelques mois, alors que les Genshine s’étaient entraînés depuis leur plus tendre enfance.
 
- C’est bon ? Tu as fini ? lança Kyuu. « Quand tu auras le temps, tu pourras peut-être nous écouter ? »
 
Len frappa son poing sur le sol sablonneux de la place, tentant d’expulser sa rage. Puis, il eût un regard pour sa sœur, qui lui sourit, et lui signifia silencieusement que les deux familles de jumeaux n’étaient désormais plus ennemies. Len prit quelques secondes pour se relever, et se dirigea vers Kyuu, l’air grave.
 
- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Nous nous sommes enfuis aussi… On n’en pouvait plus… Et comment dire… Je pense qu’on pourrait peut-être vous aider...
 
Surpris, Len se dirigea vers Rin. « Qu’est-ce qu’on fait ?», dit-il. Rin ne répondit pas et invita les Genshine à entrer dans le Palais. Kyuu et Roku les suivirent tranquillement, et sentirent leur taux d’adrénaline monter en flèche.
 
***
Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 17 décembre 2017, 13:22:54
Et voici le chapitre 26 ! (Après un bon moment ^^)

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Chapitre 26 Boukoku no Nemesis

Kyuu et Roku observaient, immobiles, le hall d’entrée du Palais de Kabegami. Ils cherchaient plus à détourner leur concentration et à éviter de s’inquiéter, dans l’attente de la venue des exilés du pays de Kuni. Les jumeaux analysèrent donc les différentes statues de chats qui ornaient l’entrée, juste en dessous des nombreux portraits d’anciens Rois et Reines de Seisui. Pendant un instant, ils se regardèrent chacun fixement, et émirent un petit rictus inquiet.

Quelques minutes plus tard, Rin et Len arrivèrent dans le hall d’entrée, suivis de près par Miku et Mizki, la conseillère de la Reine IA. La commandante avait une expression très sérieuse sur le visage. Toutefois, elle ne se réjouissait pas de la présence des Genshine, elle était juste désireuse d’en savoir plus. Bien sûr, ils pouvaient s’avérer une énorme source d’informations sur les agissements de Fukase, mais Miku n’était pas encore certaine de pouvoir faire confiance à Kyuu et Roku.

Les jumeaux aux cheveux verts restaient silencieux, et s’inclinèrent respectueusement devant Miku et Mizki (Roku posa la main dans le dos de son frère comme pour le forcer à saluer). Contre toute attente, ce ne fut pas l’ancienne commandante de la Garde royale qui embraya la conversation :

– Qui sont-ils ? Ils viennent de chez vous ? demanda Mizki, perplexe. Plus le temps passait, plus la conseillère découvrait que les événements de Kuni se montraient plus complexes qu’ils ne paraissaient. Et cela commençait à avoir des conséquences sur sa propre nation. Sans compter le fait qu’elle savait que Miku et Luka lui cachaient la plus grande partie des révélations.

– Ce sont les associés de Fukase, l’homme qui a pris le pouvoir dans notre pays. Que venez-vous faire ici ? interrogea Miku, en se tournant vers Kyuu et Roku et en les gratifiant d’un regard particulièrement insistant.

Les Genshine tremblaient. Ils ne pouvaient désormais plus reculer :

– Nous avons quitté Fukase. Nous voulons nous rallier à vous. C’en est trop, c’est allé trop loin… compléta Roku, avec hésitation.

Miku se retourna alors vers Mizki, et lui demanda, avec respect, de pouvoir s’entretenir avec les jumeaux dans une salle annexe. Mizki accepta, et désigna une pièce qui se trouvait à quelques mètres de là. Le jeune femme aux couettes conduisit alors les Genshine vers la salle, et ordonna à Rin et Len d’attendre avec eux. Miku quitta alors le hall et partit chercher les autres exilés. De son côté, Mizki s’entretint avec les deux gardes présentes à cet endroit, à l’abri des regards.

– Écoutez, je veux que vous gardiez cette salle durant tout le temps de la réunion.

Le premier garde acquiesça, mais Mizki s’empressa d’ajouter :

– Et je veux que vous me fassiez un rapport sur ce que vous aurez entendu… Je veux tout savoir de leur entretien… Restez discrets !

Ensuite, la conseillère regagna rapidement la salle du trône, et continua les préparatifs du couronnement. Elle ne devait pas oublier que l’un des événements les plus importants de son pays allait avoir lieu dans quelque temps.

***

Les jumeaux Genshine étaient tranquillement assis à la table, et faisaient face aux Kagamine. L’ambiance était lourde, personne n’osait prononcer le moindre mot. Kyuu et Roku sentirent des borborygmes traverser lentement leur ventre. Quelques gouttes de sueur perlaient sur leurs fronts. Soudain, la porte de la salle s’ouvrit et laissa apparaître Miku. Rin et Len se levèrent, laissèrent la place à la commandante et partirent s’installer près de Kyuu et Roku.

Luka suivait Miku de près. Alys et Shirosaki assistaient également à la réunion et observaient les jumeaux aux cheveux verts d’un air sévère. Gumi arriva en dernier. Immédiatement, elle dégaina son sabre et se lança vers le jumeau le plus proche, à savoir Kyuu. Les Genshine s’échappèrent alors rapidement de leurs chaises et partirent se réfugier dans le fond de la pièce. Gumi, folle de rage, se dirigea vers eux. Tout se passa tellement vite que Miku n’eut pas le temps d’intervenir. Rin se positionna alors devant les jumeaux, les bras tendus, et fit face à Gumi, l’air déterminé. Len se trouvait à quelques mètres d’elle. La lieutenante s’arrêta à quelques centimètres de son élève. Les sourcils froncés, elle lui ordonna de s’écarter.

– Maître, gardez votre calme. Ils sont ici pour nous aider ! hurla Rin.

– Ils sont responsables de ce qui est arrivé à Yuma !

– Ils ont souffert autant que nous… Écoutons au moins ce qu’ils ont à dire ! ajouta la jeune fille.

Rin fut alors rejointe par Miku qui ramena Gumi sur le siège installé à côté d’elle. Luka était assise à la gauche de Miku. Les Kagamine et les Genshine regagnèrent leurs places, tandis qu’Alys et Shirosaki n’avaient pas bougé.

– Merci Rin, murmura tranquillement Roku, reconnaissant.

De son côté, Len analysa très précisément l’attitude de l’aîné des Genshine. Il ne faisait pas encore complètement confiance à Kyuu. Ainsi, il comptait profiter de cette petite réunion pour tirer des conclusions sur le comportement des jumeaux aux cheveux verts.

– Bon qu’est-ce que vous voulez exactement ? demanda directement Miku.

Roku tentait de retrouver son calme. Kyuu, de son côté, restait parfaitement silencieux. Finalement, ce fut le cadet qui prononça les premiers mots, bien qu’il fût quelque peu hésitant.

– Nous venons vous proposer notre aide… Nous avons passé un long moment avec Fukase, mais nous pensons qu’il fait fausse route… Nous sommes allés trop loin… Nous voulons nous racheter.

Le regard de Roku voyageait entre Miku, Gumi et son frère au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche.

– Vous êtes donc des traîtres ! vociféra Gumi.

Kyuu réagit à cette réplique. Les jumeaux avaient longtemps réfléchi sur la question de savoir si leur fuite pouvait être considérée comme de la traîtrise. La question demeurerait sensible pour eux. Finalement, les deux jeunes garçons baissèrent la tête, honteux.

– Nous avons toujours essayé de faire le moins de dommages possible. Lorsque nous étions en mission, nous voulions faire le moins de victimes possible… répéta inlassablement Roku.

– C’est vrai que nous n’avions retrouvé aucun mort, hormis le chef de village, quand nous avons inspecté la tour d’Uchi, admit Miku.

Les Genshine relevèrent donc la tête, voyant cette dernière réplique de la commandante comme un léger signe de confiance.

– Mais, ça ne devenait plus possible… Fukase devenait fou, et c’en était trop… Nous avons alors décidé de le quitter…

Roku ne termina pas sa phrase.

– Et vous pensez que vous pouvez revenir vers nous comme ça ? Après tous vos crimes ? lança Gumi. Miku ne disait rien, elle devait avouer que sa lieutenante avait raison.

Ce fut donc au tour de Kyuu de se mêler à la discussion :

– Nous voulons juste faire tomber Fukase, maintenant. Quand tout cela sera fini, nous serons prêts à accepter notre sanction pour ce que nous avons fait.

Kyuu et Roku ne pensaient pas pouvoir se dérober de leurs crimes passés. Mais ils voulaient plus que tout essayer de se faire pardonner. L’avenir allait certainement encore être jonché de surprises, les jumeaux avaient désormais décidé de se laisser guider par leur instinct.

Un léger instant de silence prit possession de la pièce, avant que Miku n’embraye, pour terminer la discussion. Elle jeta un regard vers la Reine Luka, qui lui fit un petit signe de la tête. Les deux femmes pouvaient parfois se comprendre sans avoir le besoin de parler.

– Bon, nous acceptons de votre aide. Si la princesse IA et Mizki acceptent de vous héberger, nous vous incorporons à notre groupe… En ce qui concerne la sanction pour vos crimes, nous verrons cela lorsque la crise sera terminée…

Miku laissait planer le doute. Kyuu et Roku éprouvèrent quelques difficultés à réfréner un soudain sourire. Ils bénéficiaient d’un moment de répit, et allaient pouvoir tenter de réparer leurs erreurs.

– Mais, méfiez-vous, vous ne pourrez plus faire marche arrière. Mesurez bien les conséquences de vos actes. Vous pouvez disposer. Je referai appel à vous quand j’aurai besoin de vous parler.

Les jumeaux aux cheveux verts quittèrent donc la salle de réunion, accompagnés par les Kagamine. Rin, de son côté, était assez satisfaite de la décision de Miku et de Luka. Len, au final, avait été relativement convaincu par les explications de Roku, et avait envie de croire à l’histoire des jumeaux. Dans la salle restaient Gumi, Luka, Alys et Shirosaki. La lieutenante pestait. Elle essayait de ne pas faire transparaître sa colère, sans grand succès. Elle se contenta alors de quitter la pièce, quelques minutes après les jumeaux, et lança à Miku, sur un ton inamical :

– J’espère que tu sais ce que tu fais… Son ton se montrait particulièrement familier.

Alys et Shirosaki prirent ensuite le chemin de la sortie, mais la koryuiste fut arrêtée net par Miku :

– Alys, j’aimerai que tu surveilles les jumeaux…

– Comment ça ? demanda la jeune fille à la tresse. « Je pensais que vous leur faisiez confiance…

– Je préfère rester prudente… Je ne peux pas envoyer Gumi sur cette mission, elle semble éprouver bien trop de rancœur. Tu es la personne qui pourra rester la plus impartiale dans cette histoire. Essaie aussi d’en savoir plus sur leur passé, ça peut toujours être utile.

Alys n’appréciait pas plus que ça d’être utilisée comme espion – d’autant plus qu’elle ressentait une légère pitié pour les jumeaux – mais elle acquiesça, estimant ne pas avoir d’autre choix.

– Bien, commandante…

***
Le jour était enfin venu. Dans sa grande chambre du Palais de Kabegami, IA se préparait pour le moment qu’elle avait attendu toute sa vie. Son existence entière l’avait conduite à cet instant précis ; elle avait été élevée pour devenir Reine de Seisui. La jeune femme avait déjà enfilé sa robe blanche de cérémonie et s’observait dans le miroir, en silence. Elle ressentait une certaine pression. Plus la cérémonie de couronnement approchait, plus elle s’interrogeait sur sa capacité à tenir les rênes de ce pays.

Mizki était passée la voir quelques instants plus tôt, pour s’assurer que tout était en ordre. IA aurait bien voulu discuter avec elle, mais sa conseillère devait vaquer à plusieurs occupations. En outre, IA ne savait pas si Mizki pouvait véritablement l’aider. En effet, les personnes qui pouvaient comprendre son désarroi et son inquiétude se comptaient sur les doigts d’une main. Alors qu’IA s’assit tranquillement sur son lit et soupira, un son lourd se fit entendre, provenant de la porte de sa chambre. IA se leva et partit ouvrir. C’est alors que Luka apparut sur le pas de la porte, telle une providence que le destin avait placé là. En ce moment, aucune autre personne n’aurait pu être plus utile à IA.

Luka resta un moment à l’extérieur de la chambre, le regard timide:

– Je me suis dit que vous auriez certainement envie de parler juste avant le couronnement… commença-t-elle calmement.

– Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, s’écria IA, qui invita directement la souveraine à l’intérieur.

Luka s’assit sur une chaise située dans un des coins de la pièce. Elle ne put prononcer un seul mot, IA avait déjà pris la parole.

– Est-ce que vous pensez que je suis prête ?

La Reine exilée ne fut même pas étonnée par cette question. Comme elle s’en doutait, IA éprouvait les mêmes doutes qu’elle.

– Je vais vous dire… On ne l’est jamais vraiment…

IA se mit alors à bombarder Luka de questions. Comment allait-elle apprendre à gérer le pays ? De quelle façon allait-elle devoir se comporter avec son peuple ? Comment gérer une crise ? Bien qu’elle ait été préparée, IA ne parvenait pas à évacuer ses doutes.

Luka sourit affectueusement.

– Vous savez… Tout ce que vous avez à faire, c’est d’être honnête avec vous-même. Si vous faites ce qui semble être juste, tout se passera bien.

La dame aux cheveux roses fut étonnée par son propre discours. Luka se dit qu’elle n’avait pas respecté elle-même ses préceptes. Pendant un moment, elle resta immobile et silencieuse, plongée dans ses pensées.

Finalement, elle salua amicalement Luka, l’étreignit gentiment et quitta la chambre. Luka rejoignit l’état-major de Kuni qui se préparait pour le couronnement.

***

Toutes les rues de Kabegami étaient copieusement décorées. Une immense foule s’amassait derrière les barrières en bois qui s’étalaient tout le long de la rue principale de la ville. Le soleil brillait et les cerisiers en fleurs donnaient encore plus de prestance et de beauté à l’ensemble du tableau. Les pétales des fleurs de cerisiers flottaient sous le vent léger qui parcourait toute la ville, amenant une sensation de paix et de sérénité. Une légère écume, provoquée par les nombreux points d’eau que comptait la ville, se faisait sentir dans toute la cité. D’aucuns n’auraient pu rêver meilleure scène pour le couronnement.

Le groupe de Kuni, accompagné des jumeaux Genshine, avait pris place près du Palais Royal. Au loin, ils pouvaient observer les différentes délégations étrangères qui avaient également fait le déplacement. Néanmoins, la plupart des pays n’avaient fait qu’envoyer leurs ambassadeurs. Au final, la seule tête couronnée présente était Luka – qui était en exil. Depuis la dernière Guerre, tous les pays s’étaient paradoxalement repliés sur eux-mêmes, se concentrant davantage sur leur reconstruction.

Soudain, IA apparut en haut des escaliers de l’entrée du Palais, provoquant les clameurs de la foule. Un immense cortège l’accompagnait. Mizki se trouvait à ses côtés. Un contingent assez important de prêtres du temple se contentait de suivre IA en silence. Puis, à l’arrière, les trompettes et les tambours vrombissaient. L’atmosphère était assez festive. Le groupe se mit alors en marche et commença à tracer sa route au milieu des barrières en bois. Alors qu’elle passait au niveau de la Reine Luka, Mizki proposa au groupe de se retrouver à l’arrivée du cortège, sur la baie de Kabegami. C’est à cet endroit que prendrait place le couronnement.

– Vous serez étonnés, je pense, clama Mizki.

Depuis leur arrivée, aucun membre de l’armée de Kuni n’avait pu voir la conseillère joyeuse à ce point. Même si la situation n’était pas facile et que Mizki n’avait eu que quelques heures de sommeil à son actif ces derniers jours, la dame avait choisi de faire fi de toutes les complications actuelles, au moins durant la cérémonie.

Le cortège continua lentement vers la baie de Kabegami. Il passa ainsi sur les nombreux ponts de la ville. A certains moments, IA s’arrêta pour saluer la foule. Au bout d’une petite heure, le convoi arriva à sa destination finale. D’un coup, la musique s’arrêta, les clameurs de la foule s’estompèrent. Le Grand Prêtre du temple s’installa sur le petit promontoire en bois qui surplombait la baie de Kabegami. L’eau s’étendait à perte de vue. La lumière du soleil reflétait dans l’eau azurée.

– Princesse IA, veuillez-vous avancer ! ordonna le prêtre. Celui-ci était d’un certain âge, portait une longue barbe grisâtre, et dégageait une impression de profonde sagesse. Il paraissait également tenir son rôle à cœur. Ainsi, une certaine forme de sévérité se dégageait de son regard.

Alors que le prêtre restait au sec, IA plongea complètement dans l’eau douce. Elle y resta plusieurs secondes, dans le silence le plus complet. Dans le même temps, Mizki avait rejoint la Reine Luka et son groupe, principalement pour leur fournir des explications.

– On dit que cette sorte de baptême permet au futur souverain d’être protégé par ses ancêtres. Il s’agit d’un passage obligatoire dans la cérémonie.

Luka suivait tout cela avec attention. Rin et Len n’avaient pas tout compris à ces explications, mais profitaient de la ferveur qui entourait la population, en gardant leur calme. Alys et Shirosaki assistèrent à la cérémonie dans le plus grand respect. Le bibliothécaire ne se priva pas non plus de poser quelques questions à Mizki. La culture des pays étrangers l’intéressait fortement, et assister à un tel couronnement représentait un honneur pour lui. Miku et Gumi restaient immobiles, le regard absent. Sans doute avaient-elles l’esprit encore occupé par la crise contre laquelle ils devaient tous faire face. Quant à Kyuu et Roku, ils adoptèrent un comportement radicalement différent l’un de l’autre. Si le cadet avait rejoint Shirosaki et interrogeait souvent la conseillère, montrant le plus grand intérêt, Kyuu passait le plus clair de son temps à observer les oiseaux qui volaient dans le ciel.

IA sortit rapidement de l’eau, et fut rapidement rejointe par plusieurs servants qui s’affairaient à l’essuyer. Puis le prêtre prononça quelques mots et lui brandit son sceptre. Celui-ci était d’une longueur assez grande, atteignant quasiment les deux mètres, et était fabriqué en argent. A son extrémité, on pouvait observer une sculpture représentant les dieux de l’eau, les protecteurs de Seisui.

– C’est bientôt l’heure de la prière, informa Mizki. « La Reine doit demander la protection des dieux pour elle et son peuple ».

Discrètement, Kyuu, qui n’écoutait que d’une oreille, soupira. Il ne croyait pas à toutes ses coutumes, et mourait d’envie de le faire savoir.

– Beaucoup de choses peuvent t’étonner ici… réagit Len.

L’aîné des Genshine ne répondit pas, se contentant d’observer son interlocuteur avec un certain dédain.

Pendant ce temps, IA se mit à balancer son sceptre dans tous les sens, puis pratiqua quelques pas millimétrés. Ensuite, elle s’arrêta net, s’agenouilla et récita :

« Ô, dieux de l’eau,
Puisse votre toute puissance nous protéger de tous les maux.
Moi, IA, nouvelle Reine de Seisui,
Promet de garder chaque citoyen à l’abri,
De ne pas me laisser envahir par la haine,
Et d’accomplir mes obligations sans peine.
Mais, si Seisui venait à être menacé de destruction,
Puissiez-vous, ô dieux, nous accorder votre protection. »

Soudainement, à la fin du petit poème, une étrange brise de vent froide mais rassurante parcourut l’assemblée.

– Qu’est-ce que c’était ? s’écria Rin.

– C’est le signe des dieux. Ils viennent d’accepter la requête de la Reine, expliqua Mizki.

– Mais tout cela est donc vrai ? lança Kyuu, étonné.

– Bien sûr !

– Je t’avais bien dit que de nombreuses choses pouvaient t’étonner ici… ajouta Len.

Kyuu se rapprocha du garçon blond:

– Sérieusement, tu crois à tout ça toi ?

– J’ai vu assez de choses étranges ici… Pratiquement plus rien ne m’étonne… analysa le frère Kagamine.

Luka, de son côté, était admirative. C’était la première fois qu’elle assistait à une telle cérémonie. Elle remarqua que le peuple de Seisui possédait lui aussi ses croyances. Elle fut particulièrement frappée par la brise qui avait parcouru tout le monde. D’où venait-elle ? La Reine aux cheveux roses en vint à faire le parallèle avec son propre pouvoir. Et si, d’une certaine façon, la Magie de Sekai se manifestait de façon différente chez chaque peuple ?

***

Yuma était toujours couché dans sa cellule du Palais de Kyôu. Fukase n’avait pas cessé ses interrogatoires. Le magicien espérait encore faire cracher le morceau à son seul prisonnier. Toutefois, le lieutenant n’avait encore pipé mot, et restait fidèle à la Reine légitime. Pourtant, son corps commençait à laisser apparaître les stigmates des tortures qu’il avait subies. Son mental tenait, mais Yuma se demandait combien de temps cette mascarade allait encore durer. Il arriverait bien un moment où son corps ne supporterait plus de se faire maltraiter de la sorte. Il refusait d’y penser, et s’assoupit plusieurs minutes, couché sur le sol froid.

Plus les jours passaient, plus Fukase se montrait impatient. Hors de la vue de Yuma, le trentenaire cherchait d’autres solutions qui lui permettraient d’obtenir des informations sur la fuite de sa demi-sœur.

La nuit était tombée. Hors des remparts de la capitale, un petit commando de soldats renégats composé de Lily, Takahashi et de deux autres soldats du village de Kyuuri observait l’entrée de la ville. Celle-ci était particulièrement bien gardée. Mais, les membres de la petite escouade avaient d’autres plans en tête. En effet, Kinzaki Koharu pouvait se targuer de connaître les moindres coins et recoins de toute la capitale, et principalement les accès au Palais Royal. Elle leur avait donc donné des instructions très claires quelques heures plus tôt, alors que tout le monde se trouvait encore dans sa hutte. Koharu avait déployé, sur l’immense table centrale, un plan représentant Kyôu et ses environs.

– En fait, peu de personnes le savent, mais il existe de nombreux passages secrets permettant d’entrer ou de sortir du Palais. Ceux-ci datent de l’époque de la Grande Guerre Magique. Le Roi craignait de devoir faire évacuer la population, et avait donc fait construire une série de tunnels, en secret. Votre chance est que l’usurpateur Fukase ne connaît aucun de ses accès…

Koharu pointa alors du doigt un endroit de la carte représentant un petit bosquet situé à quelques encablures des remparts nord.

– Dans ce bosquet, il y a un tunnel qui mène jusqu’à l’entrée des geôles. Yuma y est certainement enfermé.

– C’est super facile, s’enthousiasma Takahashi.

– Pour y entrer certainement, reprit Koharu. « Mais le plus dur sera de ne pas vous faire repérer, et de transporter Yuma jusqu’ici. Qui sait ce que le pauvre homme a déjà subi ?

Ainsi, Koharu, en grande stratège, discuta de chaque point de l’opération avec les deux soldats et les chefs de village.

Lily avait encore tous les éléments en tête, alors qu’elle observait toujours la ville. Elle fut soudainement rappelée de ses souvenirs par l’un des deux soldats, qui lui indiqua l’entrée du tunnel, dissimulé sous plusieurs tas de fougères et une immense dalle en pierre.

– On y va, murmura-t-elle. « Encore un peu de patience, lieutenant Yuma, nous arrivons. »

***

De son côté, Yohio admirait la splendide armada maritime que Fukase lui avait mis à sa disposition. Trois navires de guerre se situaient, en effet, sur les quais du port d’Uchi, dans le sud de l’île. Fukase avait rapidement fait l’inventaire et pris possession des ressources militaires du pays qu’il venait de conquérir. Kuni étant l’un des pays les plus avancés militairement de tout Sekai. Si l’on ajoutait la puissance de son armée personnelle, Fukase se voyait tout simplement invincible. Ainsi, il pouvait se permettre de donner trois bateaux à Yohio pour sa mission : retrouver au plus vite les frères Genshine.

Plusieurs passants s’étaient arrêtés le long des docks et observaient les soldats de Fukase préparer les embarcations pour leur expédition. L’atmosphère était lourde. En dehors du bruit causé par le travail des apprentis-matelots, le silence était complet. L’armée de Fukase avait complètement pris le contrôle du village d’Uchi, si bien que les habitants continuaient de vivre dans la peur, eux qui venaient également de perdre leur chef de village.

Peu de temps après, un des soldats vint à la rencontre de Yohio, qui se tenait fier, sur le quai en bois qui surplombait la berge, et l’informa que les bateaux étaient prêts à prendre la route.

– Nous attendons vos ordres, lança-t-il.

Yohio avait déjà réfléchi et annonça directement ses ordres.

– Prenez la route du sud, vers l’archipel Seisui. Quelque chose me dit qu’ils sont partis dans cette direction. S’ils sont partis vers le sud, c’est la destination la plus proche.

Il déploya alors une carte du monde de Sekai, et se rapprocha de son subordonné :

– Prévoyez assez de vivres pour rester longtemps en mer. Voici le plan : nous allons lancer un espion dans la capitale, Kabegami. Pendant ce temps, nous resterons en mer. Nous ne pouvons pas prendre le risque de débarquer maintenant en pays étranger. Si les Genshine se trouvent en effet sur l’île – et c’est ce que je pense – il faudra essayer de les attirer pour les attaquer en mer…

– Comment savez-vous qu’ils se trouvent à Seisui ? L’homme craignait déjà de recevoir un retour de bâton, puisqu’il avait osé remettre en doute la stratégie du capitaine Yohio.

– Ils sont partis bien trop rapidement de Kuni. Si Fukase a raison, et s’ils ont pris la direction du sud, je pense qu’ils se sont réfugiés dans le pays étranger le plus proche. Ils pouvaient ainsi être en sécurité rapidement, rétorqua tranquillement Yohio.

Le soldat partit donner les instructions du nouveau capitaine à tous les équipages. Pendant ce temps, Yohio, qui avait coiffé un tricorne de couleur sombre du plus bel effet, se tenait sur la proue du plus grand des trois navires, alors que les équipages levaient l’ancre.

– Vous ne perdez rien pour attendre, mes chers amis…

***

A Kabegami, la cérémonie du couronnement était désormais terminée. La Reine IA avait repris le chemin du Palais, après sa prière devant les dieux de l’eau. La foule acclamait sa nouvelle souveraine. Pourtant, IA réfléchissait. Pour ses premières heures en tant que chef d’Etat, elle se verrait confrontée à un début de crise. Alors que le cortège s’arrêtait, IA rentra dans son château, et les portes se refermèrent brusquement. Les célébrations officielles venaient de prendre fin, mais la majorité des habitants de l’archipel allaient continuer de fêter ce jour heureux tout le long de la nuit.

IA était rapidement retournée sur son trône et patientait. Elle regardait attentivement les différents portraits de ses ancêtres. Un soupçon de doute montait lentement dans son esprit. Elle se demandait si elle n’était pas trop frêle ou trop timide pour ces responsabilités. Bien sûr, elle y avait été préparée, mais on ne peut pas changer la façon d’être d’une personne en un tour de magie. Et si elle n’avait jamais été faite pour être Reine ? IA restait plongée dans ses pensées. Elle était maintenant responsable du pays, et devait se montrer à hauteur des espoirs de ses sujets.

C’est alors que Mizki rentra brutalement dans la salle du trône. IA ne réagissait pas, l’esprit encore embrumé. La conseillère s’agenouilla respectueusement devant le trône et déclara:

– Ma Reine, je suis navrée de devoir vous ennuyer directement avec cette affaire, mais je pense qu’il vaudrait mieux régler cette histoire avec le pays de Kuni au plus vite.

– Je suis d’accord, répondit IA, qui se reconcentrait subitement. « Convoque directement une réunion avec eux. »

– C’est que… J’ai de nouvelles informations… D’une extrême importance !

IA sursauta. Le visage de Mizki l’inquiétait. Elle n’avait jamais adopté ce type de discours avec elle. La conseillère abordait toujours directement les choses, peu importe leur gravité. Le fait même qu’il y ait une once d’hésitation dans ses paroles signifiait que quelque chose n’allait pas. Mizki monta alors sur la petite estrade en bois, et se rapprocha du trône. Dans un léger murmure, elle révéla toutes les informations que Gumi lui avait données : le lien entre Luka et Fukase, ainsi que l’origine de la Reine de Kuni, mais aussi le problème de la barrière magique de l’île Maho.

La souveraine de Seisui s’efforça à rester impassible. Pourtant, dans son for intérieur, ces révélations eurent l’effet d’une bombe. Prenant acte de ses récentes résolutions, elle se jura d’agir pour le bien de son pays, et de se montrer loyale et inflexible.

C’est dans cet état d’esprit qu’IA franchit la porte de la salle de réunion, quelques dizaines de minutes plus tard. Luka, Miku, Alys, Shirosaki, Rin et Len se tenaient autour d’une immense table en bois sculpté, d’une très grande valeur. Les jumeaux Genshine s’étaient retranchés dans un coin de la pièce, et observaient la scène en silence. Mizki accompagnait IA mais resta près de la porte de la pièce. La Reine de Seisui passa alors en revue les différentes personnes puis partit s’installer tranquillement au bout de la table, près de la cheminée. Le portrait de son père surplombait l’ensemble. IA avait l’impression qu’il lui donnait une certaine force invisible. Déterminée, elle visa Luka et lança en guise d’introduction :

– Nous savons que vous nous avez caché certaines informations. Si nous ne pouvons pas vous faire entièrement confiance, pour le bien de mon pays, je pense qu’il faudrait arrêter là les négociations.

***

Titre: Re : Jyôka se met à écrire !
Posté par: Jyôka Ryu le 01 janvier 2018, 15:58:10
Coucou à tous !

Je suis un peu plus actif pour l'instant ^^ J'ai également écrit le début d'une nouvelle fiction intitulée "Détective ALYS", dans un style assez différent (j'ai eu envie d'essayer d'autres choses). Ci-dessous, découvrez le chapitre 1, qui introduit l'univers, l'intrigue et les personnages.

J'ai aussi changé un peu le premier post pour plus de clarté^^

Spoiler
Détective ALYS : Chapitre 1

Un bruit de pas lourds se faisait entendre depuis l’une des ruelles sombres du ghetto de la ville de Tengai. Il n’était pas très judicieux de se balader dans cette partie de la cité à cette heure de la nuit. Une jeune fille courait. Elle apercevait au loin la lueur jaune et rassurante des bougies des lampadaires qui jonchaient la grande rue adjacente, et essayait de s’y rendre au plus vite. Mais elle commençait à ressentir la fatigue, sa respiration se faisait de plus en plus forte, et elle commençait légèrement à suffoquer. Ses poursuivants arrivèrent à sa hauteur, alors qu’il ne lui restait que quelques dizaines de mètres à parcourir avant d’atteindre un endroit plus sûr, plus éclairé, plus animé.

– Tu vas venir avec nous… lança l’un de ses six poursuivants. Un homme de taille moyenne, décoiffé, et portant une longue cicatrice à l’œil.

La jeune femme ne répondit pas. Elle observa son objectif rapidement, en jetant un coup d’œil à sa droite, puis refit face aux malfrats. Ceux-ci se rapprochèrent dangereusement.

– Bon, je n’ai plus le choix…

La jeune femme se mit en garde, et frappa l’homme qui était le plus proche d’elle d’un solide coup de pied. Les cinq autres reculèrent de quelques mètres. Elle profita de l’espace pour lancer un enchaînement de coups. L’un des assaillants fut frappé par un coup de pied retourné, tandis qu’un autre reçut presque simultanément un coup de poing puissant. Dans la hâte, on pouvait observer les cheveux rouges de la combattante voyager frénétiquement le long de ses épaules. Trois des six hommes étaient dorénavant hors d’état de nuire, et les autres commençaient à hésiter. Fallait-il s’occuper de leurs associés tombés, ou prendre le risque de se mesurer à cette femme ?

Celle-ci profita du moment de répit qu’il lui était offert pour se rediriger vers la grande rue éclairée. Elle se mit alors à courir de toutes ses forces oubliant presque son épuisement, comme si la lumière lui apporterait une sorte de salut. L’essentiel était de se sauver. Dans sa course, elle aperçut rapidement une passante qui se trouvait à l’embranchement entre les deux chemins :

– Cours ! hurla Leora.

L’autre dame eut un léger moment d’hésitation, puis s’exécuta. Ses vêtements étaient bien plus luxueux que ceux de Leora. Ils étaient sombres et assez longs. « Pas vraiment une tenue pour sortir à cette heure et dans ce quartier », pensait la fuyarde. Mais l’heure n’était pas aux considérations vestimentaires. Heureusement, sa compagne de fuite se montrait suffisamment rapide, de sorte qu’elles semèrent rapideme