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    Messages - Jyôka Ryu

    Pages: [1] 2 3 4
    1
    Concours / Re : Giveaway nanoblock X Vocaloid.fr
    « le: 26 juin 2017, 20:49:38 »
    Ah oui ! Merci Hakuro !  ;) ;) ;) <3

    2
    Concours / Re : Giveaway nanoblock X Vocaloid.fr
    « le: 26 juin 2017, 16:18:12 »
    Super ! Pour une fois que je gagne. Je suis trop content :-D

    Bravo aux autres gagnants aussi !
    Encore merci pour le concours !

    Pour vous contacter, on le fait par MP ?

    3
    Ecriture / Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 25 juin 2017, 20:22:02 »
    Ah ! Enfin la suite ! Je suis pas mécontent d'avoir lu tous les chapitres en trois jours pour ne pas louper la parution du dernier :3.

    Spoiler
    Je le savais qu'il y aurait un truc entre Alys et Shirosaki, ça se voyait à des kilomètres !
    En tout cas c'est la grosse hype pour la bataille finale. Ça promet !  :D

    Merci ! (Ouaah, tu as lu tous les chapitres en trois jours, je suis impressionné  :D. En tout cas, ça fait plaisir !  ;D)

    Spoiler
    J'avoue que j'ai hésité pour cette partie, je ne sais pas si c'est bien amené...

    Oui, les prochains chapitres, c'est la grande bataille. Je vais commencer à les écrire prochainement.
    On arrive presque à la fin de la première partie (sur 3 prévues...) donc ça peut encore faire de la lecture xD

    4
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 23 juin 2017, 19:29:55 »
    Coucou !

    Et voilà le chapitre 19 !

    Spoiler

    Chapitre 19 : Love Is War

    Alys se tenait droite, au milieu d’une pièce sombre, éclairée par deux bougies déjà bien entamées. La salle d’entraînement qu’on lui avait attribuée était équipée d’une table et de deux simples chaises en bois. Le reste, d’une superficie de quelques mètres carrés restait désespérément vide. Sur la table basse était posé le livre de Monsieur Vo, ouvert environ à la moitié. On pouvait y voir de nombreuses notes manuscrites et quelques croquis. Les yeux clos, ses bras bringuebalaient le long de son corps. Elle tentait de reproduire les mouvements inscrits sur les schémas tracés par son père. Avant chaque prise fantôme, la villageoise prenait une longue respiration. Elle essayait de concentrer son énergie mais aucun résultat concluant ne ressortait pour l’instant de ses sessions d’entraînement. Elle finit donc par s’asseoir, la tête baissée, sur la minuscule chaise poussiéreuse, et se mit une nouvelle fois à feuilleter l’ouvrage.

    Plusieurs fois, elle se remémorait l’épisode de la bataille d’Uchi, et la mort de ses proches. Puis, elle se rappelait qu’une grande partie du destin du pays reposait sur sa réussite. Souvent, elle essayait de rejeter cette idée, de peur qu’elle ne lui provoque un trop plein de pression, et se remettait au travail. Mais, après plusieurs heures de travail acharné sans la moindre issue, le moral était au plus bas.

    C’est alors qu’une personne frappa lentement et délicatement à la porte. Alys sursauta. D’habitude, personne ne la dérangeait pendant son entraînement, de peur de venir troubler sa concentration. Cela la désolait d’ailleurs. Elle aurait bien aimé avoir une quelconque compagnie pendant les moments difficiles. Elle accusait encore le coup de la perte de sa famille. Rin et Len était bien présents le soir, mais eux aussi étaient préoccupés par leur entraînement avec Gumi. Ce qui résumait par conséquent leurs soirées à un sommeil relativement précoce.

    La jeune femme à la tresse s’approcha prudemment de la porte d’entrée et l’ouvrit lentement. Elle aperçut ensuite dans la pénombre un jeune homme à lunettes familier, et poussa un soupir de soulagement.

    - Désolé de vous déranger, chuchota le jeune homme.

    Il bafouilla. Le bibliothécaire s’en voulait déjà de déranger l’apprentie guerrière durant ses mouvements et se cachait le visage par honte.

    - Ce n’est rien... sourit Alys. « Entrez donc, Shirosaki. »

    Le visage du garçon se marqua d’un sourire satisfait. « Elle se rappelle de mon nom ! » pensa-t-il, et il s’en réjouit. La Koryuiste remarqua l’expression de Yuudai, et lui fit la remarque :

    - Pourquoi un tel sourire ?

    - Euh… Pour rien, je suis juste heureux de vous revoir…

    Il fouilla directement dans son sac, évitant par la même occasion le regard d’Alys, et en sortit un épais grimoire.

    - Je suis venu vous apporter ceci. C’est un des rares livres sur le Koryu. Il était conservé dans la bibliothèque. Je me rappelais l’avoir lu, et je me suis dit que cela pourrait vous être utile.

    La jeune femme fut très honorée par la sollicitude de Shirosaki. Celui-ci était d’ailleurs arrivé au meilleur moment, elle qui se sentait désespérément seule pour le moment. Ils s’installèrent donc à la simple tablée. Quelques gouttes de sueur perlaient le long du front d’Alys. Elle les essuya rapidement, puis lança un regard de désolation envers son invité.

    - Ce n’est pas facile… commença-t-elle timidement. La villageoise n’était pas du genre à se plaindre, encore moins devant un homme qu’elle venait à peine de rencontrer, mais elle devait maintenant vider son sac.

    - Je comprends, rétorqua Yuudai. « En tout cas, vous faites preuve d’un sacré courage pour vous embarquer dans cette mission. Cela force l’admiration ! »

    Alys ne trouva pas quelle réponse apporter à son affirmation. A vrai dire, elle ne s’était jamais considérée comme une personne exceptionnelle, bien au contraire. Même si elle était l’une des dernières représentantes d’un art oublié, la ségrégation dont elle avait été victime dans sa jeunesse avait eu des répercussions sur sa confiance en elle. Et cela se ressentait encore à l’instant présent. Par ailleurs, Shirosaki était la première personne qu’elle rencontrait à faire preuve d’un véritable fanatisme envers les Koryuistes. Cela avait contribué à le rendre sympathique. La fille à la tresse croisait enfin quelqu’un qui ne la voyait ni comme un monstre, un être inférieur ou dangereux, ou encore une arme, Rin et Len mis à part.

    Les deux jeunes adultes étaient installés de part et d’autre de la vieille table en bois. Alys s’était mise à consulter le grimoire fourni par le bibliothécaire, qui lui donnait par le même temps quelques compléments d’informations glanées au fil de ses lectures sur le Koryu. Puis, au fur et à mesure, la conversation gagna en profondeur. Tout d’abord, Alys en apprit davantage sur la vie et la personnalité de son nouvel ami, et également sur sa fascination pour le Koryu. Cela remontait à l’époque de la Grande Guerre Magique. Alors que son village était attaqué par la Guilde des Mages, et son père fait prisonnier, un pratiquant du Koryu l’avait sauvé des griffes de quelques magiciens qui voulaient attenter à sa vie. Pour le jeune garçon de cinq ans qu’il était, cela constituait une véritable révélation.

    - Et votre père ? demanda Alys, quelque peu gênée.

    - Malheureusement, il est mort durant la guerre, pendant une bataille. Ma mère ne s’en est jamais remise, et s’est éteinte à petit feu…

    La jeune femme présenta directement ses excuses. Sous ses airs de garçon timide, Shirosaki cachait également un lourd passé. Comme la plupart des jeunes de Sekai dans la vingtaine, victimes collatérales du conflit. En effet, on ne comptait plus les familles qui avaient perdu un membre dans l’une des nombreuses batailles.

    Shirosaki était d’assez frêle constitution. De ce fait, il abandonna rapidement l’idée de suivre les traces de son père et de rejoindre l’armée. Il était davantage passionné par l’art et les lettres. Alys découvrait devant elle une personne avec qui elle partageait étonnement énormément de points communs. Ainsi, ils passèrent plusieurs heures à discuter de choses et d’autres. La majorité de leurs sujets de discussion tournait autour de la musique et la littérature; deux domaines que les deux jeunes gens appréciaient particulièrement. Pendant plusieurs heures, Alys oublia la pression qui pesait sur ses épaules, mis de côté son rôle d’arme de la Garde royale, et retrouva tout simplement son statut d’être humain, avec ses passions, ses centres d’intérêt. Elle se retrouvait en face d’un homme particulièrement cultivé, et qui pourtant ne faisait pas étalage de ses connaissances. Yuudai restait en effet très modeste dans ses paroles.

    Les heures passaient extrêmement rapidement. Absorbés par leur conversation, les deux nouveaux amis n’avaient même pas remarqué que le Soleil était déjà couché. Ce n’est que lorsque que les deux bougies de la pièce s’éteignirent qu’ils se rendirent compte du temps qu’ils avaient passé ensemble. Cette rencontre avait eu l’effet d’une bouffée d’air frais pour Alys, tandis que Yuudai paraissait très heureux d’avoir pu passer autant de temps en compagnie de la jeune femme.

    Ils retournèrent ensuite dans le couloir silencieux de la caserne de la Garde royale. Face à face, ils se serrèrent tendrement et promirent de se retrouver rapidement.

    Alys retourna dans sa chambre, en compagnie de Rin et Len, l’esprit encore dans les étoiles.

     

    ***

     

    Dans la forêt qui bordait le village d’Hayashi, Yuma progressait lentement entre les fourrés. Il avançait en rampant, prenant soin de ne pas se faire repérer. Par chance, le village était entouré par de nombreux arbres d’assez grande taille, ainsi que de buissons. En outre, les hommes de Fukase n’avaient pas eu comme consignes d’agir de manière furtive. Ainsi, le lieutenant de la Garde royale pouvait les entendre approcher d’assez loin pour emprunter un autre itinéraire et donc, parvenir lentement à son objectif.

    L’officier s’était mis dans l’idée de pratiquer une mission d’espionnage. Bien sûr, elle s’avérait particulièrement risquée, surtout qu’il se retrouvait seul. Mais, il espérait que Fukase et ses hommes soient davantage occupés par leur prise du village que par son éventuelle présence. Il pourrait ainsi obtenir plus d’informations sur l’organisation de sa guérilla, qui pourraient se révéler déterminantes pour la guerre qui s’annonçait. Cependant, ne disposant d’aucun renfort à proximité, il devait rester prudent. Son rôle dans l’état-major de la Garde était trop important pour qu’il prenne un risque trop important de se faire capturer. Il avait donc décidé de se faufiler dans le hameau en tant que simple observateur. Il éviterait ici les démarches un peu trop entreprenantes.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, Yuma parvint au pied des remparts du village. Il était toujours couché sur le ventre (son équipement noir était d’ailleurs déjà bien marqué). Il s’accroupit derrière un large buisson et observa les environs. Le mur d’enceinte, si on pouvait l’appeler comme tel, était construit en bois, et disposait de quatre entrées situées aux points cardinaux, toutes gardées. Yuma patientait et réfléchit à une stratégie. Il ne pouvait pas attaquer l’un des postes de garde, il courrait le risque que celui-ci sonne l’alerte. Non, il devait se débrouiller pour entrer sans être vu. Sa seule solution était de forcer la muraille en bois. Pour ce faire, il partit se positionner au sud-est du village (alors qu’il se trouvait devant l’entrée est). Par chance, il remarqua que cette partie de l’enceinte était riche en végétation, et à peine surveillée. Comme les gardes de Fukase étaient postés aux quatre points cardinaux, même s’ils entendaient le bruit provoqué par Yuma quand il forcerait la muraille, ils prendraient un certain temps avant d’arriver sur les lieux. Le lieutenant dégaina donc son sabre et attaqua le mur en bois. Le bois utilisé était relativement ancien et commençait à pourrir, il put donc se permettre de ne pas trop forcer avant de s’ouvrir une brèche. Par prudence, il espaça de quelques minutes chaque coup de katana, pour éviter d’éveiller les soupçons. Après quelques instants, il parvint à se glisser à l’intérieur du village d’Hayashi. Première partie de la mission accomplie.

    Yuma ne s’y était jamais rendu. Il progressa dans les rues du village, désertes, en rasant les murs. Au détour d’une rue, il croisa une patrouille armée, mais se dissimula derrière un tonneau placé là par le marchand de saké situé à proximité. Sans peine, il arriva à se frayer un chemin vers la place, où un spectacle bien funeste l’attendait.

    Fukase se tenait debout, fier, malgré sa petite taille, devant la hutte du chef de village. A ses côtés, ses trois généraux, Kyo, Yuu et Wil restaient immobiles. En face d’eux étaient alignés ce qu’il restait de l’escadron de la Garde royale qui avait tenté de défendre Hayashi, une dizaine de soldats ensanglantés tout au plus.

    Kyo tenait en joue le premier militaire de la file, et le persuada d’avancer en direction du chef.

    Un large sourire s’inscrit sur le visage de Fukase :

    - Bon, mon petit… On peut dire que tu te trouves dans une situation pour le moins désespérée...

    Le soldat ne formula aucune réponse, mais expirait fortement. Des gouttes de sueur perlaient le long de son front.

    - Je te laisse pourtant encore une chance de t’en tirer, poursuivit l’homme aux cheveux rouges. « Je me doute que la Reine Luka prépare en ce moment même la défense de sa capitale. Allons droit au but. Je veux toutes les informations en ta possession. Ni plus, ni moins. Ses stratégies de défense, tout ça… Tu dois bien savoir quelque chose ! »

    Le silence régnait sur la plaine du forum. Le prisonnier restait cependant peu impressionné par son interlocuteur, et le fixa dans le blanc des yeux. Puis, il prononça calmement ces mots :

    - Plutôt mourir...

    Le sourire de Fukase ne s’était toujours pas effacé de son visage.

    - Ça peut se régler !

    D’un geste de la main, le chef ordonna à Wil de s’approcher du soldat. Le lieutenant approcha alors son pistolet de la tempe du prisonnier, et appuya sur la détente. Un immense flot de sang s’échappa du côté droit du crâne du soldat, qui s’écroula directement sur le sol poussiéreux, teinté maintenant de couleurs écarlates.

    Wil retourna rapidement à sa place. Puis, Fukase s’écria :

    - Quelqu’un d’autre est candidat au courage par ici ?

    Yuma était resté caché derrière le mur d’une petite habitation située en bordure de la place, et observait l’exécution sommaire de loin. Au moment de la détonation, son ventre se mit à gargouiller. Il ressentait de la colère, de l’impuissance et du dégoût. Il déglutit difficilement. Pourtant, il se devait de rester à sa place. Pour l’instant, il se trouvait dans l’incapacité d’agir. Seul, il ne pouvait rien, d’autant plus qu’il s’agissait de la première fois qu’il voyait ce type d’armes être utilisé. Divers sentiments traversèrent son esprit, de la rage à la tristesse, en passant par la peur. Comment lutter contre un ennemi si puissant ?

    A la suite passèrent les autres soldats. La même question leur était posée. Tous, par soucis de loyauté envers leur pays, refusèrent, et furent de la même façon sauvagement exécutés. Fukase et ses trois lieutenants avancèrent donc au travers des corps inertes et se posèrent fièrement devant le dernier soldat vivant. C’était un jeune homme de moyenne taille aux cheveux bruns foncés, coiffés en queue de cheval.

    - Tu ne comptes pas faire la même bêtise que tes camarades, j’espère ? lui lança Fukase.

    Les larmes coulaient le long des joues du jeune soldat.

    - Non, Monsieur… Je viens de fonder une famille… Ma femme et mon fils m’attendent à la maison. Je veux les revoir… murmura-t-il lentement. Son discours était pétri d’hésitations.

    L’interrogatoire fut soudainement interrompu par le retour de Leora, qui accompagnait les jumeaux Genshine. Kyuu et Roku baissèrent la tête. Le cadet observa cette macabre scène, et fut pris de nausées.

    - Où étiez-vous passés ? Vous n’avez pas tenté de vous enfuir tout de même ? demanda Fukase.

    - Nous étions parti faire une ronde dans le village… rétorqua Kyuu. Leora affichait une mine assez dérangeante, et eut un petit rictus malicieux à l’égard des jumeaux.

    - Et qui vous a demandé de faire une ronde ? C’est le rôle des soldats, ça ! pesta le chef. « Je commence à en avoir assez de votre insubordination. On en reparlera quand j’en aurai terminé ici… Prenez place à mes côtés. »

    Leora s’installa rapidement à la droite de Fukase. Kyuu prit place, en compagnie de son frère à côté de la mercenaire.

    - Euh… Sommes-nous obligés d’assister à tout cela ? interrogea timidement Roku.

    Le plus jeune frère éprouvait les pires difficultés à voir se faire massacrer des innocents. Même si leur tuteur les avait engagés comme gardes du corps personnels, et leur donnait de temps à autres quelques missions d’assassinat. Roku exécrait la violence. Il tenait le coup en évitant de tuer le plus possible les cibles. Et, dans le cas d’une mission létale, il se disait que cette personne ne devait pas être innocente. Mais là, c’en était trop pour lui.

    - Mon cher Roku, tu es bien trop jeune et trop fragile. Aujourd’hui est une leçon, lui répondait Fukase. « Tu dois apprendre que rien dans la vie n’est juste. Et que la loi du plus fort prime ! Je t’ordonne de rester ici, les yeux grands ouverts. »

    Le trentenaire se tourna ensuite vers le jeune soldat de la garde.

    - Bon, reprenons, où en étions-nous ? Oui, c’est ça, en échange d’informations, je te garantis que je te laisse rejoindre ta famille. Qu’en penses-tu ?

    Le prisonnier éclata en sanglots. Il ne voulait pas passer pour un traître, mais se remémorait le souvenir de la naissance de son enfant. Juste à ce moment, il tomba, le ventre contre le sol, et s’évanouit.

    - Ils ne servent donc à rien, ces soldats ! Wil, liquide-le, il est inutile aussi !

    Le lieutenant s’exécuta et braqua son arme à une quarantaine de centimètres au-dessus de la tête du soldat évanoui.

    A ce moment, le sang de Yuma ne fit qu’un tour, mais il ne pouvait pas bouger d’un pouce. Dans son empressement, il se montra imprudent et marcha sur quelques branches d’arbres qui étaient déposées là. Le bruit attira l’attention de Fukase et ses hommes.

    - Qu’est-ce qu’il se passe par là ? Un intrus !

    Yuma était découvert. Wil s’empressa d’actionner la gâchette de son revolver. Alors que la détonation de l’arme à feu résonnait, Yuma prit directement la fuite, tandis que Fukase pesta violemment.

    - Leora, poursuis-le, s’écria-t-il.

    - A vos ordres ! Vous, venez avec moi ! lança-t-elle en direction de Kyuu et Roku.

    Le lieutenant aux cheveux roses était connu pour sa rapidité. Si bien qu’avec les quelques mètres d’avance qu’il possédait, il était quasiment impossible pour quiconque de le rattraper. Les jumeaux Genshine s’avéraient être de bons coureurs, jeunes et rapides, mais leur état d’esprit n’était pas au beau fixe. Ils ne se montrèrent pas très efficaces. D’ailleurs, avaient-ils encore envie de poursuivre cet homme ? Depuis un bon moment, ils ressentaient l’idée d’appartenir au mauvais camp. Pourquoi encore s’échiner à assouvir les désirs de Fukase, vu son comportement actuel ? Toutes ces idées traversèrent l’esprit des deux frères, alors que Yuma prit rapidement la direction de la sortie d’Hayashi, avant de s’enfoncer dans la forêt. Leora avait bien tenté quelques techniques du Koryu pour le freiner. Sans succès.

    Les trois subalternes retournèrent donc vers le forum du village, où Fukase les attendait, le visage rouge écarlate de colère.

    - Désolé, patron. Il était bien trop rapide. Nous n’avons rien pu faire… s’attristait Leora.

    - Mais qui était cet homme ?

    - Je l’ai déjà vu, lors de notre dernière opération à Kyôu. Il s’agit d’un lieutenant de la Garde royale, l’un des assistants de la commandante. Un membre important de l’état-major…

    Fukase dégaina un petit couteau, placé dans un fourreau situé à se cuisse droite. Il s’écria entre ses dents :

    - Il ne paie rien pour attendre, celui-là.

     

    ***
     

    A la caserne de la Garde royale, les jumeaux Kagamine traversaient les couloirs sombres en compagnie de Gumi. En l’absence de Yuma, la guerrière avait été chargée de l’entraînement de Len. Celui-ci en avait d’ailleurs accusé le coup. Sa nouvelle préceptrice se montrait encore plus sévère avec lui, il était d’ailleurs revenu de sa dernière passe d’armes avec elle trempé par la transpiration. De son côté, Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher, apprenait les rudiments de la stratégie militaire avec son ancien professeur. Gumi était moins un peu douée que Miku dans ce domaine, mais la commandante de la Garde était bien trop occupée à organiser les défenses de la capitale en prévision de l’attaque de Fukase que pour éduquer une recrue. Pourtant, elle avait décelé chez Rin une certaine intelligence stratégique qu’elle se devait d’utiliser. Couplée à ses connaissances sur les armes de l’ennemi, la jeune adolescente pourrait être d’une aide cruciale pendant les batailles.

    Les jumeaux avaient d’ailleurs discuté de leur situation et de leur implication dans le conflit la veille. Ils étaient arrivés à la conclusion que, malgré leur inexpérience, participer au combat était la meilleure manière pour eux de trouver un chemin vers leur monde. Ils étaient désormais certains que Fukase et les Genshine étaient originaires de chez eux. Par conséquent, ils devaient disposer d’un moyen pour voyager entre les univers. C’était là leur objectif, au grand dam d’Alys d’ailleurs, qui devait se mettre à l’évidence. Ses deux nouveaux amis finiraient bien par la quitter.

    Les jumeaux blonds et la guerrière à la tenue orange pénétrèrent donc dans la cour centrale de la caserne. Le Soleil venait de se coucher, tous les soldats étaient déjà rentrés dans leurs dortoirs respectifs, et on pouvait entendre le souffle du vent dans le patio. Tous les trois aperçurent soudain une silhouette familière gigotant dans tous les sens, pratiquant çà et là des mouvements relativement compliqués, et bondissant parfois majestueusement. La chevelure turquoise de la guerrière qui s’entraînait devant eux vagabondait au fil de ses déplacements. La lumière blanche de la Lune reflétait sur son visage. Rin et Len furent étonnés : il s’agissait de la première fois qu’ils voyaient Miku à l’œuvre, et il fallait bien avouer qu’elle se montrait impressionnante. Tout était juste. Ses mouvements étaient précis, sans fioriture, ni geste inutile. Gumi, elle, gardait un air sérieux, quoique légèrement inquiet.

    Lorsqu’elle vit ses trois subalternes s’approcher d’elle, Miku s’arrêta net. Son visage restait fermé. Elle s’avança alors vers Gumi, sentant que celle-ci avait quelque chose à confier :

    - Eh bien, ça fait longtemps que je vous ai vu vous entraîner avec une telle fougue.

    Miku restait calme, et gratifia Rin et Len d’un léger regard.

    - On ne sait jamais Gumi. L’heure est grave. On n’est jamais trop prudent !

    - Ne me dites pas que vous vous inquiétez, vous ? s’interloqua la lieutenante.

    - Je n’aime pas cette impression… Mais, je dois être honnête… Oui, je suis inquiète…

    Les Kagamine restèrent cois. La commandante, qui était d’habitude si sûre d’elle, si entreprenante, paraissait maintenant complètement perdue. Rin réfléchissait. La jeune fille fit preuve de compassion. Miku avait dû faire face à la pression ces derniers temps. La défense et la sécurité de tout le pays reposait presque entièrement sur ses épaules. Elle représentait également une confidente pour la Reine Luka, qui lui faisait part de tous ses questionnements. Son rôle de commandante et de conseillère devait commencer à lui peser, d’autant plus qu’elle ne laissait jamais rien transparaître et restait en tout temps impassible.

    Rin s’avança vers la patronne :

    - Vous savez… Je pense que c’est normal de ressentir cette impression. Mais, soyez certaine d’une chose. Vous n’êtes pas seule. Le destin du pays ne repose pas uniquement sur vous, mais sur toute l’armée. Si nous agissons tous ensemble, nous pourrons trouver une issue à ce conflit.

    La jeune femme retrouva subrepticement le sourire. Gumi éprouvait des sentiments contraires. En effet, personne n’avait jamais osé se montrer aussi proche de la commandante. Mais, d’un autre côté, c’était peut-être ce dont Miku avait besoin pour le moment.

    - Merci Rin. Cela me fait chaud au cœur.

    Les quatre guerriers furent soudainement interrompus par le bruit du galop d’un cheval qui s’immobilisa au centre de la cour. Yuma le chevauchait. Il descendit rapidement, et effectua un salut furtif en direction de Miku.

    - Yuma ! s’écria-t-elle. « Déjà de retour ? ».

    Le guerrier à l’armure noire ne perdit pas de temps. Il informa directement ses collègues de la fuite de quelques villageois, ainsi que de sa tentative d’intrusion dans Hayashi. Il aborda également le sujet fâcheux de la puissance de l’armée ennemie, ainsi que de la mégalomanie manifeste de son leader. Les mots de son discours laissaient transparaître également une certaine crainte.     

    - Ce type est un malade… Si nous ne l’arrêtons pas, nous courrons à la catastrophe…

    - Je vois… rétorqua Miku. « Notre seul espoir pour l’instant est qu’Alys parvienne à maîtriser les techniques de son père. Je suis allée la voir toute à l’heure. Elle m’expliquait avoir fait pas mal de progrès, mais avait encore besoin de temps. Cela risque d’être juste…

    - Il y a une autre chose, interrompit Yuma. « Il me semble également déceler des dissensions dans son groupe. »

    - Des dissensions ? Que veux-tu dire par là ? demanda Miku, alors que Gumi, Rin et Len restaient attentifs.

    - Surtout avec les jumeaux que nous avions déjà croisés. Je pense qu’ils ne soutiennent pas totalement les actions de leur maître. Tout cela pour dire que cet homme ne sera peut-être pas suivi tout le temps par son armée… ajouta-t-il en faisant référence à la scène dont il avait était témoin quelques heures plus tôt.

    Cette dernière remarque fit sursauter Rin et Len. Il y a quelques temps, les jumeaux avaient déjà eu une discussion à propos des frères aux cheveux verts. Rin se sentait relativement proche d’eux et ne pouvait l’expliquer. Elle semblait également émettre l’hypothèse qu’ils n’étaient pas si mauvais.

    - De toute façon, occupons-nous d’abord de notre camp. Nous n’avons que faire du leur, conclut Miku.

    Il faisait désormais nuit noire, et la tension était remontée d’un coup. Tous remontèrent tranquillement dans leurs quartiers : Miku la première, suivie par Gumi et Yuma qui s’effleurèrent rapidement la main, puis Rin et Len, plongés dans leurs pensées.

     

    ***
     


    Quelques jours plus tard, les jumeaux reprenaient une nouvelle fois le chemin de leur chambre après leur session d’entraînement. Rin poussa directement la porte d’entrée et surprit Alys, qui était accompagnée de Shirosaki Yuudai.

    Alys et Shirosaki étaient tranquillement assis sur le lit de la jeune femme à la tresse, et étaient en train de discuter.

    - Désolée de vous avoir dérangés… Je pensais que tu étais seule, Alys, s’excusa Rin.

    Le bibliothécaire restait muet, se cachant parfois le visage avec sa main.

    - Ce n’est pas grave, rétorqua Alys. Elle ne savait pas trop quoi ajouter.

    Shirosaki se leva alors, préférant laisser la place aux jumeaux, qui avaient bien besoin de se reposer.

    - Je vais retourner à la bibliothèque, dit-il. « Pardonnez-moi pour le dérangement ».  Il salua ensuite respectueusement Rin et Len. Puis, il s’approcha d’Alys, s’immobilisa quelques secondes. Leurs regards se croisèrent. Puis, il la salua calmement et prit congé.

    Rin attendit que le jeune garçon ait pris ses distances d’avec la chambre, et lança à Alys :

    - Tu es souvent avec lui, ces derniers temps… commença-t-elle dans un sourire. « Il ne se tramerait pas quelque chose ? »

    Alys restait pétrifiée, quelque peu gênée…

    - Il m’est d’une grande aide dans mon étude du Koryu. Il est très érudit, se justifia-t-elle, avant de marquer une pause. « En fait, on a pas mal de choses en commun, et il est très gentil… »

    La blondinette se retourna vers son frère, qui lui s’était couché dans sur sa paillasse, n’écoutant que peu ou prou la conversation.

    - Je pense qu’elle en pince pour lui… lui murmura-t-elle.

    - Rin ! s’écria Alys.   

    - Ben quoi ? Ce n’est pas si grave ! Tu peux l’avouer !

    - Ce n’est pas le moment de penser à ça… Je suis très occupée pour l’instant, et il m’aide beaucoup.

    Rin préféra dès lors remettre cette discussion à plus tard. Len commençait à fatiguer et était proche de trouver le sommeil.

    - D’accord, j’arrête de te taquiner… Mais on en reparlera !

    Alys resta muette.

     

    ***

     

    La nuit se déroula dans le plus grand des calmes. Toutefois, tôt le lendemain matin, tous furent réveillés par le son des cornes qui donnait l’alerte dans la cité de Kyôu. Quelques secondes plus tard, quelqu’un vint tambouriner à la porte des trois amis. Il s’agissait de Gumi et Yuma. Rin ouvrit la porte et découvrir les deux précepteurs le visage pétrifié.

    - Levez-vous, c’est urgent. On signale des mouvements de troupes ennemies dans les environs de la capitale. Descendez vite !

    Alys, Rin et Len préparèrent rapidement leurs affaires et se rendirent immédiatement au lieu de rendez-vous, devant la caserne de la Garde royale.

    A quelques centaines de mètres de là, l’armée de Fukase progressait rapidement à travers la plaine qui entourait la cité. L’homme à la canne et aux cheveux rouges était posté sur une colline environnante, d’où il profitait d’un splendide point de vue, chevauchant un majestueux étalon blanc. Il était entouré par ses trois lieutenants, ainsi que par Leora qui surveillait de très près les frères Genshine.

    - Let’s play now ! s’écria Fukase dans un rire sadique.

     

    ***




    Bonne lecture~

    5
    Concours / Re : Giveaway nanoblock X Vocaloid.fr
    « le: 19 juin 2017, 21:00:02 »
    On a des chances en plus, si on poste sur le forum en prime ? ;-) (ok, je sors...)

    Sinon, c'est très agréable ce genre de concours... Encore merci !

    6
    Présentation / Re : Re : Bonjour, bonsoir
    « le: 19 juin 2017, 20:45:29 »
    Merci ! :D

    Je suis justement en train de lire ta fanfiction ;). Je suis au chapitre 5, j'aime beaucoup ^^. (Gumi est trop badass, j'adore ;D)

    Merci, c'est trop gentil ^^ (Oui, comme j'aime bien Gumi, je lui ai donné des moments badass).

    J'espère que la suite te plaira aussi !

    Je suis allé voir ton projet d'écriture, et ça me tente bien ;-)

    7
    Autant je ne connaissais pas l'application, mais je connais "Emily is Away" (et je dois avouer que je trouve ce jeu très marrant^^. D'ailleurs, le let's play du jdg est à se tordre de rire parfois)

    J'essaierai bien aussi, c'est tentant. Et j'aime bien le principe de mettre des titres de chansons pour les différentes fins.

    Bonne chance pour le projet^^

    8
    Présentation / Re : Bonjour, bonsoir
    « le: 19 juin 2017, 17:46:14 »
    Ooh, un fan de Gumi et de Reol, c'est cool ça !

    Bienvenue !

    9
    Oui, je ne trouve pas leur système de planning très pratique. Ça m'a pris un moment pour essayer de voir tous les événements et faire un petit planning personnel  ;)

    J'ai rempli le Doodle aussi (comme ça, tu te sentiras moins seule^^)

    10
    Si tu veux des conseils sur autre chose, n'hésite pas :) C'est une très grosse convention, mieux vaut arriver préparé. (haaaaaa, ma première année avec un cosplay en satin, une toute petite bouteille d'eau et juste 20€ en liquide...)

    Ooh, pour moi, c'est bon, j'y suis déjà allé (et puis les conventions, je commence à avoir l'habitude haha...). Je disais ça surtout pour les personnes qui n'ont pas l'habitude ;-)

    Avant de choisir mes heures, je voudrais comparer avec le programme, mais est-ce que quelqu'un sait si le programme sur le site est complet ? Je trouve ça étonnant qu'il n'y ait pas de spectacle cosplay le week-end :O

    Je pense que, en ce qui concerne les "gros" invités ou les événements plus importants, c'est déjà définitif.
    En fait, les spectacles cosplay, ce sont les "ECG Saison 7" le samedi et "ECG Saison 8" le dimanche. Ce n'est pas très clair dans le planning, mais tu peux trier les activités par thème, c'est un peu plus facile pour s'y retrouver ;-)

    11
    J'y vais le samedi et le dimanche. L'IRL me plairait bien, ça pourrait être chouette de parler à d'autres fans ;-)

    Et j'aime bien les petits conseils, c'est pratique pour les personnes qui n'ont pas l'habitude

    12
    News / Re : LUMi, nouvelle Vocaloid 4 japonaise
    « le: 03 juin 2017, 20:26:54 »
    Je m'attendais à une voix un peu plus grave aussi... Mais j'aime bien, même si j'attendais une voix un peu plus... "originale". Je regarderai peut-être d'autres démos par curiosité.

    13
    News / Re : LUMi, nouvelle Vocaloid 4 japonaise
    « le: 01 juin 2017, 20:41:14 »
    Son design est cool et assez original^^
    Tiens, la voix d' Erza dans Fairy Tail, c'est intéressant... Ça me rend curieux du coup, j'y jetterai un coup d’œil ;-)

    14
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 21 mai 2017, 17:45:55 »
    Chapitre 18 publié !

    Bonne lecture ~


    Spoiler
    Chapitre 18 : Si vis pacem, para bellum

    Fukase se tenait près de la fenêtre située tout en haut de la tour d'Uchi. La hauteur de cet édifice lui permettait de disposer d'une splendide vue sur les alentours du village. Il se voyait comme un grand leader. L'homme aux cheveux rouges appréciait particulièrement le bâtiment. Comme ses bureaux dans l'autre monde, ce donjon avait une certaine prestance, et permettait, selon Fukase, de faire une démonstration de son pouvoir.

    Mais le patron n'avait pas encore atteint son principal objectif. Il avait réussi la première phase de son plan avec brio, et devait maintenant assurer sa marche puissante vers la capitale du pays de Kuni. Il avait donc convié son état-major au sein même de la salle du trône afin de préparer plus précisément la suite des opérations. Leora occupait désormais une place prépondérante, juste à la droite du trentenaire. À leurs côtés se tenaient les trois généraux des compagnies : Kyo, Yuu et Wil. Les jumeaux Genshine avaient également été invités à la réunion mais s'étaient retrouvés un peu plus à l'arrière. Bien que le patron n'ait pas apprécié leurs dernières distensions, il pouvait encore avoir besoin d'eux. En effet, ils constituaient encore sa garde personnelle. De plus, outre Leora, ils étaient ceux qui avaient passé le plus de temps à Sekai, et pouvaient se montrer décisifs en stratégie, particulièrement Roku. Cependant, Fukase démontrait désormais une certaine méfiance envers eux, analysant de près tous leurs dires et leurs avis.

    Kyo avait déballé une large carte du monde de Sekai sur la grande table disposée au centre de la pièce. Yuu avait, quant à lui, fabriqué plusieurs dizaines de pions destinées à représenter les troupes, afin de faciliter l'établissement d'une stratégie. Fukase prononça un petit discours, de sorte de lancer le début de la réunion.

    - Bonjour à tous. Je vous félicite encore une fois pour cette brillante victoire et notre prise du village d'Uchi. Maintenant, nous devons déterminer la suite des opérations.

    Tous saluèrent l'homme à la canne blanche très respectueusement, même si Kyuu et Roku s'abaissaient moins que les autres. C'était là pour eux l'occasion de marquer quelque peu leur désaccord avec les récents événements.

    - Conformément à ce que l'on avait déjà discuté, le but serait de disposer d'un autre point de chute, lança Wil.

    - Exactement, compléta Fukase. « C'est d'ailleurs la raison première de la mission de Yohio. On aurait bien sûr eu plus de facilité si tous les chefs de village avaient été assassinés. Mais, ce n'est pas le cas... » Il lança alors un regard noir vers les jumeaux.

    - Comme options, il ne nous reste alors que les villages d'Hayashi, d'Aza et de Furisato, analysa Kyo.

    - Aza est trop loin et n'offre que peu d'intérêt, ajouta Yuu. « La meilleure option serait Hayashi. Caché dans la forêt, il est assez difficile d'accès et permettrait de disposer d'une arrière-garde non loin de la capitale. De plus, leurs défenses doivent être déforcées. »

    Fukase acquiesça, puis se tourna vers Kyuu et Roku.

    - Qu'en pensez-vous, les petits ?

    L'aîné serra les dents. Il détestait ouvertement ces sobriquets. Mais celui-ci revêtit une pique supplémentaire. D'habitude, Fukase les appelait "mes chéris", ou un dérivé, mais il s'agissait souvent d'un surnom affectueux, même si cela l'énervait. Ici, ces mots les remettaient à une position inférieure aux autres membres du groupe. Les jeunes jumeaux se contentèrent donc de secouer la tête en guise d'accord. Ils n'avaient de toute façon rien de bien important à ajouter.

    Leora interrompit la conversation: « Pourquoi n'attaquons-nous pas immédiatement Kyôu ? »

    Fukase éclata de rire. « Je reconnais bien là ta fougue, ma chère ! »

    Puis, il se calma. « Je préfère prendre mon temps. Je veux profiter de ma supériorité, et plus que tout, je veux que Luka s'en rende compte... » Le patron laissait planer une aura de mystère dans son discours, mais la mercenaire préféra ne rien relever.

    L’armée de Fukase se sépara, afin qu'une partie restât stationnée à Uchi (l’objectif étant tout de même de garder ce village en leur possession), tandis que l'autre se dirigeait vers le village d'Hayashi. Quelques heures plus tard, un cortège d'assez grande taille sortit des remparts en direction du nord-est.

    Pendant tout le trajet, l'armée ne dépensait aucun effort à se déplacer de manière furtive. Les commandants étaient assurés de leur supériorité technologique et militaire, si bien qu'ils pouvaient faire face à n'importe quel imprévu.

    À mi-chemin, l'avant-garde du convoi observa des mouvements suspects venant de quelques buissons situés à l'entrée de la forêt. Quatre hommes se lancèrent donc à pleine vitesse vers l'endroit incriminé et y délogèrent un soldat habillé de vêtements sombres. Ils ramenèrent le pauvre homme vers leur patron.

    - Chef, je pense que nous avons capturé un espion, lança un des soldats.

    - Un espion ? Chouette ! Cela signifie que la Reine se fait du souci ! Les autres membres de l'état-major se montrèrent étonnés par la réaction de leur chef.

    - Je ne parlerai pas, lança le soldat noir.

    Fukase ricana.

    - Je n'ai pas besoin que tu parles. Tu ne m'es d'aucune utilité, mon pauvre. Le visage du soldat se para d'une expression de forte peur.

    Le trentenaire dégaina son sabre, et le dirigea vers la carotide de l'espion. Celui-ci se tenait toujours debout, alors que Fukase était encore bien assis sur son étalon. Le soldat vit sa fin arriver au fur et à mesure que la lame se rapprocha doucement de son cou, mais le patron stoppa son mouvement à quelques millimètres du but.

    - Pars. Enfuis-toi, dit-il

    L'espion transpira et lâcha un énorme soupir.

    - Je te laisse partir, renchérit Fukase. « Par contre, je te demande une seule chose... Préviens ta Reine. Dis-lui que je prévois d'attaquer le village d'Hayashi. »

    L'homme au costume blanc retira son katana, et signifia à l'espion de s'enfuir d'un signe de la main. Celui-ci s'exécuta et partit en courant dans la direction opposée.

    Le bataillon reprit alors sa marche en avant.

     

    ***

     

    A Kyôu, Rin, Len et Alys avait quitté la bibliothèque, forts des informations qu’ils avaient glanées. Len et Alys retenait la jeune blonde, qui avait toujours la jambe dans le plâtre, et éprouvait encore des difficultés à se déplacer. Cependant, la douleur se faisait de moins en moins ressentir, et la combattante novice avait de bons espoirs en ce qui concernait son retour. La jumelle se rendait chez le médecin attitré de la Garde royale chaque jour, et celui-ci fut même étonné par ses progrès. Elle guérissait plus rapidement que prévu. Tant mieux, se disait-elle alors qu’elle commençait à s’agacer d’être mise sur le côté. Depuis que son frère et elle étaient arrivés à Sekai, les évènements s’étaient déroulés à une vitesse folle. Eux qui désiraient uniquement rentrer chez eux s’étaient retrouvés au beau milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à une véritable guerre. Toutefois, il n’était pas dans le caractère de la blondinette d’abandonner. Ainsi, elle rongeait son frein, attendant patiemment de pouvoir se montrer de nouveau utile.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, les trois amis arrivèrent devant la façade du Palais Royal. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de la servante Meiko. Ils quémandèrent urgemment un entretien avec la Reine, arguant disposer d’informations importantes pour l’avenir du pays. La jeune brune se sentait accablée par l’entrain des personnes en face d’elle. Alys, Rin et Len hurlaient. Un vacarme assourdissant s’échappait vers le couloir central du château. Au bout de quelques minutes, Luka sortit de la salle du trône et vint directement à eux.

    - Que se passe-t-il ? demanda-t-elle calmement, dans le but d’apaiser l’atmosphère.

    - Ma Reine, nous devons absolument vous parler. Nous avons des informations cruciales pour vous… lança Alys, pleine d’entrain.

    - Entrez, entrez…

    La souveraine les fit donc pénétrer au sein de la salle du trône. Dehors, le ciel était gris et orageux, si bien que les ténèbres prenaient peu à peu place dans la pièce. Quelques bougies disposées çà et là donnaient quelques touches jaunâtres à la salle.

    Luka, contrairement à son habitude, restait debout, face aux jumeaux et Alys.

    - Donc, dites-moi… Qu’avez-vous trouvé ?

    Alys fixa la Reine. Elle devait forcément savoir que la barrière créée par Monsieur Vo n’était pas éternelle. Et pourtant, elle avait gardé le silence. L’objectif de la fille à la tresse était de connaître les véritables desseins de la souveraine.

    - Que savez-vous, ma Reine ? J’ai l’impression que vous nous cachez quelque chose. Il était difficile pour Alys de rester relativement respectueuse, et, en même temps, de mettre suffisamment de pression.

    - Que voulez-vous dire ? Le jeu de dupes avait bien débuté.

    - Nous avons retrouvé les notes de mon père… Et selon lui, la barrière magique de l’île Maho n’est pas éternelle. Je suis convaincue que vous le saviez… Ce que je me demande, c’est pourquoi n’avez-vous rien dit ?

    Luka s’effondra sur son trône. Quelques légères larmes commençaient à coucher le long de ses joues rougeâtres.

    - Oui… Je le savais… balbutia la Reine.

    Alys et les Kagamine furent légèrement touchés par la réaction de leur interlocutrice. De cette façon, ils ne désiraient pas enfoncer le clou, mais se devaient d’obtenir des réponses à leurs questions.

    - Je le savais, répéta-t-elle. « Je comptais agir petit à petit. Faire de mon possible pour trouver la meilleure solution possible, mais le peuple n’est pas prêt. Le ressentiment anti-mages est encore trop présent… C’est de ma faute, j’ai failli à ma mission, celle que m’avait confiée mon père et Monsieur Vo. »

    Luka se montrait complètement perdue et déboussolée. Elle ne cessait de répéter des excuses devant les trois soldats. Alys, Rin et Len peinaient à trouver la réaction la plus appropriée.

    - Mais pourquoi, ma Reine ? Vous craigniez pour votre place ? interrogea Rin. Mine de rien, la belle image dont jouissait la souveraine dans l'esprit des Kagamine venait peu à peu de s'étioler.

    - Non... Ce n'est pas ça... Après cette réponse énigmatique et lacunaire, Luka se ravisa pendant un dixième de seconde, juste avant d'être interrompue par des tambourinements incessants provenant de la porte de la salle du trône.

    Elle invita les visiteurs à entrer rapidement. Le pas de la porte laissait ensuite apparaître Miku, suivie de près par Gumi et Yuma. Juste derrière se tenait un messager en sueur, épuisé, qui après quelques secondes s'écroula violemment sur le sol.

    - Ma Reine, l'heure est grave, lança Miku. « L'ennemi projette d'attaquer un autre village. Il est d'ailleurs déjà en route... »

    Le visage de la Reine fut soudainement marqué par une expression de panique. Pendant un instant, elle crût s'évanouir, sous le choc des dernières révélations. Elle reprit cependant rapidement ses esprits. Ce n'était, en effet, pas le moment de flancher. Tel un roc, elle se devait de rester calme et lucide afin de prendre les meilleures décisions.

    - De quel village s'agit-il, cette fois ?

    - Hayashi... rétorqua doucement MIku.

    Les jumeaux restèrent immobiles devant leurs maîtres de sabre, se sentant dépourvus. Alys, quant à elle, vit ressurgir soudainement dans son esprit les images de la bataille d'Uchi et refusait catégoriquement que cela se reproduise.

    Luka eut alors un regard pour chaque visiteur de la pièce. Elle invita ensuite Gumi à fermer la porte de la salle du trône, et les autres à s'asseoir avec elle à la grande table de réunion.

     

    ***

     

    Ce que l'on pouvait dès lors appeler l'état-major de l'armée du pays de Kuni était alors réuni autour d’une immense tablée. La situation avait encore empiré. Fukase avait très bien fait étalage sa toute-puissance lors de la première bataille, et comptait conforter ses ambitions néfastes et meurtrières. Surtout, il semblait vouloir faire durer son plaisir. En effet, au vu de sa puissance actuelle, il aurait très bien pu s'attaquer à la capitale immédiatement, remarqua Gumi.

     

    - Peut-être prend-il des précautions, pensa Miku. « Il n'est peut-être pas certain de remporter la victoire... »

    Rin s'exprima timidement: « Désolée, mais je ne pense pas. Il a clairement le dessus. Vu comme il est parti, il ne lui faudrait certainement pas plus de quelques heures pour prendre la capitale... » La jeune fille tentait de mettre les formes à son discours. Elle venait tout de même de contredire la commandante de la Garde royale ! Gumi et Yuma se montrèrent étonnés par l'audace de Rin. Il était excessivement rare qu'une jeune recrue ne mette en doute la parole de la commandante. Pourtant, il s'agissait bien ici de mettre toutes les idées en commun, et donc de révéler ses pensées. Rin l'avait compris. De son côté, MIku n'y vit aucun inconvénient, et accompagna même la remarque de Rin d'un léger sourire.

    - Tu as raison, ma chère, lui lança-t-elle. « D'ailleurs, tu ferais certainement une très bonne stratège, mais on en reparlera... »

    Le plus important à ce moment était de décider de la stratégie à adopter. Concrètement, l'armée disposait de deux choix: tenter d'envoyer les soldats à Hayashi pour défaire la guérilla d'Owari, ou rester à la capitale et préparer la défense. Hayashi étant le dernier bastion avant la capitale, il ne faisait quasiment aucun doute que Fukase préparait sa prochaine offensive vers Kyôu.

    Yuma, contrairement à son habitude, désirait intervenir : « Peut-être, devrons-nous mettre toute notre énergie dans l’évacuation des citoyens du village ? »

    Miku fut interloquée. Cette décision allait à l’encontre de ses idéaux ; elle détestait en effet fuir ses responsabilités. Son armée était complètement dépassée, et la seule issue qui lui restait – et elle ne supportait pas ce mot – était la fuite. Toutefois, elle devait se rendre à l’évidence, son subordonné avait totalement raison. Plus que tout, la commandante ne voulait pas risquer les vies de ses soldats une nouvelle fois, qui plus est avec la grande bataille qui se préparait. La patronne se rangea donc du côté de Yuma, rapidement rejointe par Gumi et Luka, qui avaient déjà adhéré à l’analyse de l’homme vêtu de noir.

    La femme aux couettes turquoise eut cependant une objection :

    - Ce qui me gêne… C’est que cette stratégie ne donne pas une bonne image de l’armée. Le peuple pourrait penser que nous sommes acculés, lança-t-elle devant la petite assemblée.

    - Ce qui n’est pas totalement faux, analysa Len très justement, le ton empli d’ironie.

    - Oui, mais nous ne devons pas le laisser paraître ! Miku regarda Luka : « Ma Reine, je pense que le moment est venu de vous adresser à la population. Vous devez faire un discours ! Leur dire que, peu importe ce qui arrive, nous garantissons leur sécurité. »

    Les joues de la souveraine se parèrent immédiatement de couleur écarlate.

    - Est-ce que je pourrais ? hésita-t-elle. « En suis-je capable ? »

    - Le moment est venu de faire face à vos responsabilités de Reine. Mais vous n’êtes pas seule. Nous resterons là.

    - D’accord…

    Luka n’avait que très rarement discouru devant une foule immense. Elle avait toujours préféré agir dans l’ombre, en gérant son royaume tranquillement. A cet instant, il devenait important qu’elle apparaisse au grand jour. Kuni avait désormais besoin d’un grand leader.

    Miku, de son côté, peaufinait sa stratégie. Elle demanda à Yuma de se rendre immédiatement vers le village d’Hayashi afin de superviser l’évacuation des habitants (de  plus, elle envoya directement un corbeau pour que les préparatifs commencent avant l’arrivée du lieutenant), tandis que Gumi, Rin, Len et Alys furent sommés de rester à la capitale et de continuer leur entraînement. Alys écopa d’une responsabilité encore plus forte que les autres, puisqu’elle devait maîtriser une nouvelle technique du Koryu qui permettrait à améliorer la défense de l’armée contre l’offensive de Fukase.

    La réunion se terminait dans le plus grand calme, chacun étant conscient de sa mission. Les lieutenants quittèrent ensemble la salle du trône pour rejoindre le long couloir d’entrée. Yuma partit immédiatement vers Hayashi, non sans une discrète marque de tendresse envers Gumi. Alys tenait déjà en main le livre de son père.

    - Len, je t’entraînerai durant l’absence de Yuma. Il ne faudrait pas que tu perdes le rythme, déclara Gumi. « Rin, quant à toi, je t’ai prévu autre chose… Même blessée, tu pourrais nous être utile ».

    Tous quittèrent dès lors le Palais Royal, laissant seules Miku et Luka dans la salle du trône. Les deux femmes planchaient déjà sur la déclaration royale au peuple de Kuni.

     

    ***

     

    Il ne fallut que quelques heures à Yuma pour atteindre les environs du village d’Hayashi. Le jeune guerrier approcha prudemment du petit hameau situé au milieu de la forêt. Celui-ci était en effet fourré au fond d’un bois dense. Yuma avait laissé son cheval à l’entrée de celui-ci et continuait à pied, en progressant doucement entre les fougères. L’objectif était de ne pas se faire remarquer par les éventuelles troupes de Fukase qui se rendaient au même endroit.

    Alors que le lieutenant observa attentivement l’entrée du village, il fut interrompu par une main se posant subrepticement sur son épaule. Il se retourna de suite et dégaina son katana d’un seul geste. Il vit alors un soldat habillé de l’uniforme standard de la Garde royale, et remballa immédiatement son arme. Le militaire était accompagné par une petite vingtaine de personnes qui se tenaient un peu plus loin, à l’abri derrière plusieurs dizaines d’arbres.

    - Que faites-vous là ? demanda Yuma.

    Le soldat était plutôt de petite taille, et suintait de sueur. Il tenta de parler, sa voix étant légèrement étouffée :

    - Je suis désolé… Je n’ai pu que sauver ces personnes… Ils sont arrivés très vite, nous n’avons rien pu faire.

    - Fukase a déjà pris le village ?

    - Oui, nous avions reçu le message de la commandante quelques dizaines de minutes avant qu’ils n’arrivent. Nous avons suivi les ordres et tenté d’évacuer le plus d’habitants possibles, mais c’était trop tard.

    Yuma voyagea entre les villageois encore sous le choc.

    - Et les autres soldats ? Où sont-ils ?

    - Morts… Ou prisonniers…

    - Je vois…

    Malgré la gravité de la situation, Yuma gardait son calme, et réfléchit. Il avait été envoyé là pour superviser les évacuations, mais ne s’attendait certainement pas à ce que l’armée de l’ennemi soit si rapide. Pourtant, il ne voulait pas rester sans rien faire. Sa présence ici pourrait être utile. Il patienta, toujours entre les rangs d’habitants qui l’observaient le regard perdu et triste. La plupart avait perdu des membres de leur famille, qui avaient dû rester là-bas, et ne savaient pas si ce qu’il allait advenir d’eux.

    - Vous connaissez la route de Kyôu ? interrogea soudainement Yuma.

    - Oui, bien sûr, répondit tranquillement le soldat.

    - Magnifique. Venez ici mon cher !

    Yuma s’éclipsa avec le soldat quelques mètres plus loin.

    - Voilà ce que vous allez faire, débuta Yuma. « Vous allez raccompagner ces habitants vers Kyôu. Une fois là-bas, rendez-vous à la caserne de la Garde et prévenez la commandante Miku. Je tente une mission d’infiltration. Je veux obtenir le plus d’informations possible sur leur armée ».

    - Vous voulez vous rendre dans le village seul ? Vous êtes fou !

    - Nous n’avons pas d’autre choix. La situation est grave, vous savez. Nous faisons certainement face à la plus grande menace que le pays n’ait jamais connue. Si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la défaite… Yuma marqua une pause, et eût un nouveau regard vers Hayashi, puis il reposa les yeux vers son subordonné. « Et puis, ne discutez pas ! C’est un ordre ! »

    - Oui, chef. Le soldat se montrait circonspect. Mais si une personne pouvait mener cette mission à bien, c’était bien le lieutenant Yuma, sa réputation le précédait.

    Le jeune homme repartit donc vers le groupe d’habitants. A mi-chemin, il se retourna et salua Yuma :

    - Mon lieutenant, faites attention à vous. Et bon courage !

    - Merci, et ne vous en faites pas, rétorqua l’homme aux cheveux roses, qui lui rendit rapidement son salut.

    Tandis que les habitants quittèrent lentement la forêt, Yuma eût un dernier regard pour eux, avant de se retourner vers le village. Caché derrière un buisson dense, il guettait déjà une éventuelle entrée détournée pour accéder à Hayashi.

     

    ***
     

    Dans le village sylvestre, Fukase avait déjà pris ses quartiers dans la hutte du chef. Son armée avait pris rapidement le contrôle du village, celui-ci manquait effectivement d’un leader, son chef attitré ayant déjà été assassiné par Yohio.

    L’homme à la canne blanche avait déjà reconnu toutes les pièces de la maison, accompagné des trois commandants de ses compagnies, mais aussi de Leora, Kyuu et Roku.

    - Oooh, je n’aime pas cette demeure. Elle est bien moins faste que celle d’Uchi, lâcha Fukase dans un caprice digne d’un enfant de six ans.

    L’architecture du village d’Hayashi était en effet assez différente de celle des autres bourgs du pays. Sa superficie était assez limitée, et celui-ci était situé en plein milieu de la forêt. Les habitants s’étaient alors adaptés à leur environnement, et cela se voyait. Toutes les maisons du village, y compris celle du chef, étaient construites en bois et en matériaux simples. De ce fait, la plus grande habitation d’Hayashi ne disposait que d’un étage supérieur, bien loin des quelques étages de la tour d’Uchi. Fukase n'appréciait absolument pas ce bâtiment, mais il devait bien avouer que la position du village par rapport à la capitale lui était avantageuse. Il fut d'ailleurs un tant soit peu étonné de n'avoir rencontré quasiment aucune résistance lors de sa prise du hameau, mais avait fait passer cela sous le signe de son apparente supériorité. Sa confiance en lui, déjà exacerbée, augmentait encore. 

    La maison du chef comportait toutefois assez de chambres pour pouvoir loger les plus proches collaborateurs du patron: Kyo, Yuu et Wil se partageaient une chambre, Leora prenait la pièce adjacente à celle de Fukase, alors que les jumeaux Genshine avaient pris place dans la pièce du rez-de-chaussée. La nuit commençait à tomber, et le chef ressentit le besoin de se reposer. Tous rejoignirent donc leurs appartements. Les soldats qui avaient établi un bivouac à l'extérieur furent priés de réduire le volume au minimum, il ne fallait absolument pas déranger Fukase.

    La nuit était désormais tombée, les étoiles scintillaient dans le ciel ; un croissant de lune éclairait faiblement le village et les plaines alentours d'une couleur douce. Le calme régnait dans la maison du chef. Roku tentait tant bien que mal de dormir, encore sous le choc des récents évènements. Les questions continuaient à se bousculer dans sa tête. C'est alors que sa réflexion fut interrompue par le doux bras de son aîné qui vint se poser sur son épaule. Le cadet se retourna rapidement, Kyuu prit immédiatement la parole.

    - Viens, Roku. C'est le moment, murmura-t-il.

    - Le moment de quoi, répondit son frère naïvement.

    - C'est l'occasion. Cette nuit, on fout le camp !

    - Tu veux quitter Fukase finalement ? Pourquoi maintenant ? Il est juste à l'étage, ce n'est pas trop dangereux ?

    - Justement, il dort... Si on parvient à se glisser furtivement en dehors de la maison, on peut s'enfuir sans trop de problèmes, j'en suis sûr.

    Roku réfléchit quelques instants. Bien sûr, il éprouvait de plus en plus l'envie d'échapper à cette folie meurtrière venant de son mentor. Il n'approuvait absolument pas toutes ces actions. Mais, Kyuu était venu avec son plan de manière si imprévue, qu'il ne pouvait pas savoir si celui-ci l'avait préalablement préparé, et le cadet étant de nature prudente, il ne désirait pas se jeter dans la gueule du loup. Pourtant, son frère marquait un point. Ils devaient agir, et le moment n'était peut-être pas si mal choisi.

    - D'accord ! On y va ! lança Roku.

    - Prends ton sac, et suis-moi.

    Les jumeaux s'étaient rhabillés dans un silence absolu, et progressaient désormais lentement sur le plancher en bois qui craquelait. Dans le couloir qui menait à la sortie, ils rasaient les murs et ils finirent par s'extirper de la maison relativement facilement.

    Dehors, ils progressaient entre les tentes que les soldats de Fukase avaient installées tout le long du forum du village. Quelques recrues finissaient leur repas autour d'un feu de camp en buvant un coup, mais ne prêtèrent pas davantage attention aux jumeaux. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient leurs supérieurs, aucun soldat ne pouvait juger leurs actions. Ainsi, ils traversèrent rapidement la place du village pour se retrouver dans les rues étroites et sombres d’Hayashi.

    - On ne pourra pas sortir par l'entrée principale, analysa Roku. « Cela éveillerait les soupçons. »

    - Qu'est-ce que tu proposes ?

    Le cadet avait déjà analysé la géographie du village, et, fort de ses compétences en stratégie, était parvenu à élaborer un petit plan.

    - Le point faible des remparts se situe sur la partie sud. Là-bas se trouve un grand nombre d'arbres qui bouchent la vue des gardes pendant quelques temps. C'est risqué, mais c'est le meilleur endroit pour escalader le mur et sortir d'ici.

    - Il n'y a pas d'autre issue plus facile ? se demanda Kyuu.

    - Elles sont toutes gardées. Il faudra être prudent et progresser lentement quand on escaladera le mur. Par le sud, on peut également rejoindre plus facilement la forêt.

    - D'accord. On y va! décida l'aîné.

    Les Genshine se trouvaient encore vers le centre du village, en plein milieu d'une petite rue. À chaque coin, ils observaient rapidement les alentours, avançaient à un rythme assez lent et restaient très prudents.

    Alors qu'ils s'approchaient de leur objectif, ils tombèrent, au détour d'une rue, sur des cris de personnes affamées qui se mettaient à hurler. Ils restèrent bien à l'abri derrière un mur. Ils venaient de tomber sur la prison improvisée servant à enfermer les soldats prisonniers de la bataille qui avait eu lieu quelques heures auparavant. Celle-ci était gardée par trois hommes qui se mettaient à frapper quiconque daignait passer sa main au travers des barreaux.

    - Fermez-là tous, bande d'incapables, cria l'un des soldats, en pointant les soldats blessés avec son fusil M16.

    Kyuu et Roku restaient immobiles devant la cruauté dont faisait preuve les soldats de Fukase. Finalement, cela les confortait encore davantage dans leur position. Ils ne pouvaient cautionner cela.

    - Viens, on passe par l'autre côté, admonesta Kyuu. « On ne peut rien faire pour eux, malheureusement. »

    Roku suivit son frère à reculons, ne pouvant détacher son regard triste de la prison.

    Ils arrivèrent quelques minutes plus tard au pied du rempart sud du village. Les jumeaux analysèrent rapidement la hauteur de celui-ci et se préparèrent à le grimper. Kyuu eût à peine le temps de poser ses mains sur le mur qu'il fut interrompu:

    - Hé !

    Les jumeaux se retournèrent, figés par la surprise et la peur. Dans la pénombre, ils distinguèrent une silhouette fine, bordée de long cheveux rouges qui flottaient dans le vent. Leora se tenait devant eux.

    - Qu'est-ce que vous faites là ?

    - Vous nous avez suivis ? interrogea Kyuu.

    - Ce n'est pas la question ! rétorqua la mercenaire. « Qu'est-ce que vous foutez là en pleine nuit ? »

    Les jumeaux ne pipèrent mot.

    - Vous vouliez vous enfuir, c'est ça ?

    - Euh... Roku balbutia, et commençait à transpirer sous la pression.

    - Ne dites rien à Fukase. Kyuu se décida de plaider coupable. De toute façon, son frère et lui avaient été pris en flagrant délit.

    - Ça, je ne sais pas... Il faudra voir, sourit Leora. « Qu'est-ce que je gagne en échange ? »

    Kyuu ne savait pas quelle réponse apporter. Il n'avait, en effet, rien à proposer.

    - Cela ne se reproduira plus ! On vous le promet ! hurla Roku, cherchant des excuses.

    Leora réfléchit. Elle disposait dorénavant d'un point de pression sur les jumeaux, et elle aimait plus que tout se sentir supérieure. En outre, elle se doutait qu'elle pourrait dans l'avenir profiter de cette position.

    - C'est d'accord, je ne dirai rien pour l'instant, mais tenez-vous à carreaux désormais !

    La guerrière insista sur l'expression "pour l'instant", en signifiant aux jumeaux que sa magnanimité ne pouvait être que temporaire. Le reste dépendait d'eux.

    Dépités, Kyuu et Roku rentrèrent à la maison du chef. Leora ouvrait la marche quelques mètres devant eux, le regard satisfait. L'aîné observa la face déçue de son frère, le prit par la taille, et lui murmura à l'oreille:

    - Ne t'inquiète pas, mon frère ! Nous trouverons un autre moyen...

     

    ***

     

    Au Palais royal, la Reine Luka faisait les cent pas dans sa chambre, la tête abaissée. Elle tenait dans ses mains un petit carnet et un crayon, et réfléchissait à voix basse. Quelle tenure aurait le discours qu’elle tiendrait devant son peuple ? Devait-elle adopter un ton trivial, voire belliqueux ? Ou au contraire, un ton rassurant ? Toutes ces questions se bousculaient dans son esprit. La souveraine ne s’était jamais retrouvée face à pareille situation. Elle demeurait surtout une femme de l’ombre. Même si elle avait déjà accompli de bonnes choses pour le pays de Kuni, elle ne se mettait jamais en avant.

    Soudain, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Peu de personnes pouvaient se permettre de se montrer ainsi dans ses appartements personnels. Il devait donc s’agir que de Meiko ou de Miku. La Reine ouvrit lentement la porte, et aperçut la longue chevelure turquoise de la commandante, et la fit entrer.

    - Vous me paraissez bien perplexe, ma Reine. Qu’y-a-t-il ?

    - C’est ce discours… Je n’ai jamais fait ça, je ne parviens pas à trouver les mots…

    Miku tendit la main vers le carnet : « Puis-je y jeter un œil ? », demanda-t-elle calmement.

    - Oui, bien sûr. Toute aide est bienvenue !

    La patronne de la garde s’empara du cahier, et se mit à feuilleter les multiples pages blanches. Puis, elle se dirigea, toujours d’un calme olympien, vers la fenêtre, et jeta le carnet dans la rivière qui s’écoulait derrière le Palais.

    - Mais qu’as-tu donc fait ? s’écria Luka.

    - Je vous aide, ma Reine. Vous ne parviendrai à rien de cette façon.

    Miku se dirigea vers sa plus proche amie, et lui posa la main sur la poitrine. « Votre discours, il doit venir de là. Dites-leur ce que vous pensez. La sincérité sera toujours plus forte que le poids des mots ».

    Luka demeurait silencieuse, alors que Miku la gratifia d’un sourire rassurant. La Reine sourit également en retour, bien que son expression restât un peu forcée. Puis, la commandante quitta la chambre, sans prononcer un seul mot.

     

    ***

     

    Dans la cour de la caserne de l’armée, l’agitation battait son plein. Len suivait un entraînement intensif en compagnie de Gumi, qui ne le ménageait pas. Tous deux pratiquaient des exercices d’opposition au sabre. Rin, quant à elle, était restée sur le côté, la jambe toujours en attelle.

    - Comment Rin fait-elle pour supporter une telle rapidité ? pensa Len. « C’est tout bonnement inhumain ! »

    Le jeune homme fut rapidement extirpé de ses pensées par une violente claque sur le dessus de la tête.

    - Arrête de rêver ! glapit Gumi. « Reste concentré ! Je ne resterai pas sympa très longtemps ! »

    Len fit ensuite quelques pas en arrière, de sorte de reprendre son souffle.

    - Eh bien, mon pauvre ami, on n’est pas sorti du sable. Il va falloir te bouger si tu veux augmenter ton niveau ! »

    Len fit mine de rien entendre. Il ne voulait pas répondre aux provocations de son instructrice. Gumi s’approcha donc du jeune blond, et le murmura à l’oreille :

    - Tu veux protéger ta sœur contre ses sabreurs aux cheveux verts ? Parce que pour l’instant, tu es loin de leur niveau. Je me demande même si tu tiendrais plus de deux minutes face à eux…

    Une lueur de rage se fit alors remarquer dans les yeux de Len.

    - On dirait que j’ai touché un point sensible ! se réjouit Gumi. « Viens, maintenant, montre-moi ce que tu sais faire ! »

    Un combat acharné débuta donc entre les deux combattants. Len se battait désormais sans la moindre retenue, blessé dans son amour propre. Cependant, le niveau de la lieutenante à la tenue orange était bien supérieur, mais celle-ci s’étonna tout de même devoir employer certaines techniques élaborées pour contrer les attaques répétées de son adversaire. Quelques minutes plus tard, la calme revint dans la cour. Le vent soufflait à nouveau, faisant se lever légèrement le sable présent dans l’arène.

    - Tu vois quand tu veux ! Tu devrais me montrer ça plus souvent…C’est tout pour aujourd’hui, entraînement terminé. Demain, on refait la même chose !

    Len esquissa un sourire de satisfaction. Il se dirigea ensuite vers sa sœur qui se leva avant de reprendre le chemin vers leur chambre.

    - Minute papillon ! interrompit Gumi.

    - Qu’est-ce qu’il se passe ? sursautèrent les jumeaux.

    - Rin, tu vas venir avec moi. Il est temps de t’apprendre les rudiments de la stratégie militaire.

    - Comment ça ? s’interrogea la jeune fille.

    - D’après Miku, tu as montré des signes d’excellence en ce qui concerne la stratégie. Elle veut donc que je t’en apprenne les bases sérieusement, afin que tu puisses nous aider dans la guerre qui s’annonce, malgré ta blessure.

    Une expression de satisfaction mêlée d’une légère crainte parcourut le visage de Rin. Elle était honorée de ne pas avoir été laissée sur le côté, mais elle devait également prendre de nouvelles responsabilités, et elle ne savait pas si elle était prête.

    - Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Allez, viens tout de suite. On n’a pas de temps à perdre.

     

    ***

    La foule était amassée devant le balcon luxuriant du Palais Royal. De nombreuses affiches avaient été placardées à travers toute la ville, annonçant une allocution urgente de la Reine Luka l’après-midi. La population s’était donc pressée en masse devant le château. Les spéculations allaient bon train. Depuis le début de son règne, Luka n’avait à aucun moment jugé utile de s’adresser de cette façon au peuple. Les rumeurs avaient déjà fait leur chemin, de sorte que la plupart des citoyens présents savaient déjà pour le meurtre des chefs de village, et pour la guérilla qui était en train de se former dans leur pays. Mais ils en ignoraient l’origine ou les détails.

    Dans un brouhaha assourdissant, la Reine se montra après quelques dizaines de minutes sur le balcon du Palais. Elle portait une robe de couleur rouge assez courte, loin de ses standards habituels. Son vêtement arborait un design excessivement simple, comme si elle voulait déjà signifier que l’heure n’était pas aux plus belles parures.

    Elle se montra donc sur une petite estrade, et prit une profonde respiration. Le calme avait subitement pris sa place parmi l’assistance.

    « Mes très chers sujets… », balbutia-t-elle. « L’heure est grave… »

    Ces hésitations, ainsi que les premiers mots de la Reine avaient déjà semé le doute parmi le public. Luka observait de loin les visages défaits des personnes placées au premier rang, et resta ensuite murée dans son silence pendant de longues secondes. Elle se retourna ensuite vers Miku, qui posa sa main sur sa poitrine, comme pour lui faire passer un message.

    Luka observa son amie, et lui signifia par un acquiescement qu’elle avait compris. Puis, elle s’avança de nouveau sur son promontoire.

    « Mes chers amis et sujets ! Je ne veux rien nous cacher. Nous faisons aujourd’hui face à une menace, plus forte encore que celle que nous avons connue il y quinze ans. L’ennemi nous a déjà pris plusieurs villages, mais, je peux vous assurer qu’il ne nous mettra pas à terre. Et vous savez pourquoi ? Parce que je crois dans le courage des habitants du pays de Kuni, je crois en les capacités de la Garde royale. Je crois en cet esprit qui nous anime tous : nous ne laisserons jamais le champ libre à la cruauté. Alors, comme toujours, nous allons nous battre, montrer à cet ennemi d’un nouveau genre que rien ne nous fera tomber, que les barrières de Kyôu sont impénétrables, et que nous lutterons jusqu’à la dernière minute ! La commandante Miku et ses troupes sont déjà en train de préparer la défense de la ville et du pays, et de réfléchir à une contre-attaque. Je peux vous assurer que je ne laisserai plus le sang de mes sujets couler.

    Je me souviens… Lorsque j’étais enfant, lorsque la Grande Guerre Magique a éclaté, personne n’aurait misé sur notre victoire, au vu de l’apparente supériorité des Magiciens. Et pourtant, quinze ans plus tard, nous sommes toujours là, debout et fiers. Alors, je veux passer un message à notre ennemi : vous voulez vous emparer de notre pays, le mettre à feu et à sang, mais préparez-vous, car ce ne sera pas une mince affaire. Les temps à venir seront difficiles, mais je suis convaincue, au plus profond de moi-même, que nous sortirons vainqueurs. Notre fierté et notre courage conduiront nos ennemis à la défaite ! »

    La souveraine avait dissimulé une épée qu’elle dégaina rapidement à la vue de la foule, qui se mit à l’acclamer. Elle, d’habitude si calme et fragile, avait décidé de montrer un nouveau visage. Personne ne pouvait se permettre de s’attaquer à son peuple.

    Elle salua la foule, puis retourna vers Miku, qui l’attendait le pouce levé. Son discours improvisé avait permis à la population d’oublier pendant un court instant ses craintes. En outre, le pays savait maintenant que l’état-major réagissait. La commandante de la Garde partit rapidement vers la caserne pour organiser les troupes de défense de la capitale, en prévision d’une prochaine attaque.

    Partout dans la capitale, les soldats s’entraînaient d’arrache-pied, la motivation retrouvée. Rin et Len se trouvaient avec Gumi, tandis qu’Alys travaillait ses capacités au Koryu dans son coin, en tentant toujours de déchiffrer les notes de son père.

    Au crépuscule, Miku s’empara également du sabre qui trônait fièrement dans son bureau :

    - Maintenant, il est temps pour moi aussi de m’y mettre.

    Toute la ville de Kyôu se trouvait désormais sur le pied de guerre, tandis qu’au village d’Hayashi, Fukase préparait sa prochaine attaque.

     

    ***

    15
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 27 avril 2017, 21:41:49 »
    Haha, oui, je commençais un peu à me sentir seul avec tous ces doubles-posts... x)

    Merci pour ton commentaire, ça me fait très plaisir !

    Je viens aussi de terminer le chapitre 17.

    Bonne lecture~

    Spoiler
    Chapitre 17 : Un Litre De Larmes

    Le convoi rassemblant ce qui restait du bataillon de l'armée de Kuni, dirigée par Miku, retournait vers la capitale, la mine renfrognée. La défaite d'Uchi fut cuisante. S'il fallait bien avouer que la commandante avait lancé son bataillon vers l'inconnu, sans rien savoir de l'artillerie dont disposaient les soldats d'en face, elle ne s'attendait pas à un tel massacre. Pire, les derniers événements de la bataille, et le meurtre du frère et de la mère d'Alys pesaient sur sa conscience. Elle ne s'était pas non plus attendue à un tel déferlement de haine de la part de leur ennemi. Cette fois-ci, il était certain que la guerre avait bel et bien débuté.

    Alys restait assise dans le fond de la diligence, en observant l'horizon, le regard vide. Elle ne prononça pas un mot durant tout le voyage. Tout du long, elle se repassait sans cesse cette scène ignoble dans la tête. Les autres passagers pouvaient le remarquer quand elle serait les dents. Rin et Len étaient assis à ces côtés. La jeune fille avait passé un bras par-dessus son épaule, comme pour lui signifier qu'elle la soutenait tant bien que mal dans ce moment difficile. Len cherchait des mots de réconfort: malheureusement n'était-il pas suffisamment doué pour les discours. De plus, que dire dans pareille situation ? De temps en temps, une larme coulait doucement sur la joue rougeâtre de la fille à la tresse, accentuant encore cette ambiance pesante.

    Le voyage continuait. Les différentes charrettes transportant les soldats, pour la plupart blessés, voyageaient entre les sentiers forestiers et se dirigeaient tranquillement vers la capitale. De son côté, Miku avait jeté un coup d'œil derrière elle, et avait ouï les lamentations et les cris de douleur de ses soldats. Jusqu'à maintenant, son rôle de commandante de la Garde royale se résumait à gérer les entraînements des soldats, et à enquêter sur certaines affaires ayant trait de près ou de loin à l'Etat. Elle n'avait jamais dû lancer une telle offensive sur un village, ni mener une véritable guerre. Si la patronne avait lu tous les récits des plus grands héros et chefs des temps anciens, histoire de lui donner de l'inspiration, elle s'était retrouvée soudainement face à la réalité. Et tout cela n'était pas beau à voir. Miku porta ensuite son regard vers Alys et son ressentiment négatif en reprit un coup: c'était elle qui l'avait convaincue de rejoindre la Garde royale, c'était elle qui lui avait conseillé d'utiliser son pouvoir. Une idée lui vint à l'esprit: la famille d'Alys serait-elle encore vivante si elle n'avait pas été là ? Cette idée la hantait. Pourtant, elle ne se sentit pas la force d'en parler à la jeune femme pour le moment: peut-être fallait-elle lui laisser le temps du deuil.

    Le groupe arriva en vue des remparts de la ville de Kyôu, et le convoi se dirigea directement vers le Palais Royal. A l'entrée attendait patiemment la Reine Luka, accompagnée de sa servante Meiko, ainsi que de Gumi et Yuma. Tous furent désemparés quand ils aperçurent l'état général du bataillon, et les mines défaites de Miku, Rin, Len et Alys. La commandante s'avança vers le groupe, et s'adressa à la Reine, la tête baissée:

    - Ma Reine, l'heure est grave... Nous avons perdu...

    Au vu de l'expression de Miku, Luka réalisa que quelque chose la tracassait:

    - Miku, suis-moi... Tu m'expliqueras tout cela dans la salle du trône.

    La souveraine invita également les autres membres à se joindre à elle.

    Juste avant de pénétrer dans le Palais, Alys retint les Kagamine par leurs tuniques respectives, au niveau des hanches :

    - Leora... murmurait-elle. « Elle me paiera ça... »

    Les jumeaux se regardèrent pendant un instant, ne sachant pas quelle réponse apporter à cette affirmation. Puis, Rin affirma, comme pour rassurer son amie:

    - On est avec toi... Quoi qu'il arrive...

    ***

    A Uchi, Fukase était toujours installé sur son trône. Il effectuait des allées et venues entre celui-ci et la fenêtre à partir de laquelle il lui était possible d'observer l'horizon. Leora se trouvait également à ses côtés. De loin, sur la place du forum, on pouvait voir deux tombes improvisées: les corps de Syla et de Lysa avaient été enterrés à cet endroit, la tombe était surplombée d'une pique sur laquelle étaient installées leurs têtes, comme un trophée, un signe de la victoire écrasante de l'armée d'Owari sur celle du pays de Kuni. Leora se félicitait: elle avait enfin parié sur le bon cheval. Tous deux savouraient ensuite un bon verre d'alcool, histoire de fêter leur puissance.  D'ailleurs, Fukase et Leora commençaient à réellement se rapprocher. Le patron était particulièrement fier d'être tombé sur une recrue de ce genre, et la jeune femme d'avoir enfin trouvé un employeur à sa mesure.

    Alors qu'ils étaient toujours occupés à boire (personne n'aurait pu deviner qu'un véritable massacre s'était déroulé sous leurs yeux quelques heures auparavant), Kyuu entra discrètement par la porte arrière de la salle du chef. Il fut suivi dans son ombre par son jeune frère. Le visage des deux jumeaux était fermé, et ils restèrent immobiles devant l'estrade sur laquelle se trouvait leur chef, qui interrompit sa célébration. Fukase sentait que ces deux-là avaient quelque chose à lui dire. La mercenaire se recula de quelques pas et suivit la conversation de loin.

    - Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? commença Kyuu.

    - Fais donc, mon cher. Quand il s'agit de vous deux, je suis toujours toute ouïe.

    - C'est que... L'aîné hésitait déjà, il éprouvait des difficultés à trouver les mots pour exprimer leur pensée, à son frère et lui.

    - Vas-y, parle ! insista Fukase. Plus en arrière, Leora avait déjà sa petite idée sur le discours du garçon.

    Puis, Kyuu prit son courage à deux mains, poussé par son frère qui lui murmurait des mots d'encouragements à l'oreille.

    - Vous êtes certains que tout ceci est nécessaire ? Kyuu posa sa requête sous forme de question, peut-être passerait-elle mieux.

    - Que veux-tu dire ? Va au bout de ta pensée. Fukase le poussait à bout.

    - Tous ces massacres, ces gens n'ont rien demandé !

    Le silence gronda soudainement dans la pièce. Le patron aux cheveux rouges était descendu de son trône, et faisait les cent pas sur l'estrade. Pendant tout un temps, il ne prononça pas un seul mot, si bien que Kyuu se demanda même s'il l'avait bien entendu. Puis, le trentenaire s'approcha d'un vase posé sur une petite table d'appoint, le saisit, et le fracassa d'un seul coup sur le mur de la salle.

    - Comment ça ? Vous osez remettre en doute mes ordres !

    Il entra alors dans une colère noire. De nombreuses répliques cinglantes à l'égard des jumeaux fusaient, Kyuu et Roku se reculèrent même vers la porte de sortie.

    - Vous n'êtes que des esprits faibles ! lança Fukase, puis il se tourna vers Leora, comme pour trouver un soutien. « Regardez ça, ma chère... J'ai passé des années à être aux petits soins pour eux, et voilà comment on est remercié ! »

    - Ce n'est pas ça, embraya Kyuu, espérant expliciter sa pensée au travers de ce ramdam. « On aimerait juste savoir pourquoi vous faites tout cela. Et est-ce que toutes ces morts sont vraiment nécessaires ? On se demande ce que vous recherchez... »

    Fukase se rapprocha des Genshine. Il arborait toujours le même air menaçant. Des marques de doute pouvaient se lire sur le visage des jumeaux.

    - Tu veux savoir, mon cher Kyuu, mais fais attention, tu t'embarques sur un terrain extrêmement glissant. Mais bon, voilà, si tu veux connaître mon objectif, je veux juste m'emparer de ce monde qui m'a rejeté !

    Leora, qui suivait toujours la conversation de loin, resta coi. Les mots de Fukase trouvèrent un écho dans l'esprit des jumeaux. S’ils savaient qu'il venait de ce monde, ils ignoraient qu'il en avait été rejeté. Cette dernière information poussa les jeunes garçons à réfléchir. Fukase aussi avait été mis au ban de la société. Peut-être même qu’il les avait recueillis parce qu'il se retrouvait en eux. Pléthore d'idées se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.

    - Mais si vous voulez m'abandonner, faites donc, défia le chef. « Mais ne comptez plus sur moi ! »

    Kyuu et Roku se regardèrent quelques instants, puis l'aîné rétorqua à leur mentor: « Non, ça ira, excusez-nous pour cette intervention... »

    En effet, les mots que Fukase avaient employés avaient un impact certain sur la conscience des Genshine. D'un coup, ils se reconnaissaient quelque peu en lui, même s’ils ne faisaient pas preuve d’une telle cruauté. Leur parent adoptif aurait donc vécu le même type d'expérience qu'eux, et avait aussi été abandonné par sa famille. Lui aussi avait tout perdu. En outre, le patron avait appuyé sur une autre corde sensible: si les jumeaux l'abandonnaient maintenant, que deviendraient-ils ? Kyuu n'était pas prêt à revivre la situation de son enfance, et voulait plus que tout protéger son cadet. Un autre espoir jaillit aussi en eux: et s'ils parvenaient à faire changer d'avis Fukase ?

    Les jumeaux quittèrent donc la pièce calmement, et l’homme aux cheveux rouges reprit tranquillement son souffle, avant de se rasseoir sur le trône.

    Une fois sortis, Roku attendit d’être à bonne distance de la salle pour s’adresser à son frère.

    - Qu’est-ce que tu en penses, Kyuu ?

    - Je ne sais pas, Roku. Fukase a peut-être bien une bonne raison de faire tout cela… Kyuu réagit immédiatement à la phrase qu’il venait de prononcer, et s’empressa d’ajouter : « Même si cela ne justifie pas toutes ces morts… »

    - On pourrait s’enfuir aussi … lança le cadet, hésitant.

    - Pour faire quoi ? rétorqua Kyuu. « Nous sommes dans un monde que nous ne connaissons pas, et le plupart des gens ici vont nous considérer comme des ennemis. Si on quitte Fukase maintenant, on ne pourra rien faire !                                                                                           

    Le plus jeune des jumeaux baissa la tête, déçu. Il se rendait compte de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Pourtant, c’était plus fort que lui, il ne pouvait cautionner de tels actes. Observant le visage fermé de son frère, Kyuu ajouta :

    - On peut aussi essayer de le faire changer d’avis, de le contrôler un peu, en quelque sorte. Il lui arrive de nous écouter parfois…

    Roku releva la tête lentement et gratifia son aîné d’un léger sourire forcé.

    - Oui, on peut toujours essayer… souffla-t-il.

    - Et si ça ne fonctionne pas, on avisera sur le moment, selon la situation… rassura Kyuu.

    - C’est-à-dire ? Tu serais prêt à prendre la fuite ? interrogea le cadet.

    - Qui sait ?

    ***

    Au Palais Royal, Miku se tenait en bout de table face à la Reine, accompagnée de Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys. Meiko se trouvait vers l’arrière. Elle prêtait tout de même une oreille attentive à la conversation. Au final, celle-ci concernait tout de même l'avenir du pays. La commandante de la Garde avait rapidement convoqué cette réunion, jugeant que la situation était excessivement grave. Il fallait en effet préparer la ville très rapidement à un assaut de l'ennemi. Fukase, après sa cinglante victoire, ne traînerait certainement pas à réorganiser ses troupes pour attaquer la capitale, et ainsi atteindre son présupposé objectif.

    Luka observait les discussions calmement. Celles-ci impliquaient surtout Miku, Gumi et Yuma, qui tentaient d’élaborer les meilleures stratégies pour défendre la ville. Kyôu disposait d'un avantage: ses remparts étaient d'une solidité à toute épreuve, plus que ceux de tous les autres villages réunis. Ce qui permettrait d'obtenir assez de temps pour mettre la population à l'abri. Cependant, Miku se rendit rapidement compte d'un élément. S'ils avaient trouvé le moyen de protéger les civils temporairement, ils ne disposaient encore que de peu de chances d'arracher la victoire finale, et Kyôu ne pouvait pas se permettre de subir un siège long de plusieurs mois. Dans tous les scénarios, l'armée de Fukase triomphait et prenait le pouvoir, fort de sa puissance militaire.

    Luka prit alors la parole, et vissa son regard vers Alys:

    - Il nous faudrait un moyen de contre-attaquer, ou du moins de rendre leurs armes inutiles. Alys, n'aurais-tu pas une idée ?

    La jeune fille à la tresse était encore perdue dans ses pensées. Ce moment précis où Leora décapitait les têtes des derniers membres de sa famille repassait toujours en boucle dans sa tête, de sorte qu'elle eût du mal à se concentrer aux tractations en cours. Elle fut donc soudainement interloquée par le silence pesant et les regards de tous les autres participants tournés vers elle.

    - Je ne sais pas, ma Reine... Avec Syla, nous aurions pu trouver un moyen. Nous aurions pu partager nos connaissances, mais seule... Je ne sais pas ce que je peux faire...

    A l'énonciation du mot "seule", Alys éclata en sanglots, comme si le poids des mots la rappelait à sa sinistre condition. En effet, elle était désormais isolée... Elle avait tout perdu, et la jeune femme finissait même par se demander ce qu'elle faisait encore là, l'armée de Kuni lui avait déjà bien détruit la vie.

    Quand elle vit l'état de désespoir d'Alys, Luka demanda à tous les autres participants de les laisser seules à seules quelques minutes. Tous s'exécutèrent immédiatement. La fille aux cheveux marine restait assise, étonnée que la Reine puisse lui accorder un entretien personnel, même si elle n'avait rien demandé. C'était, là encore, un signe de l'extrême gentillesse de la souveraine.

    Luka se mit à la hauteur d'Alys, et s'installa sur la petite chaise en bois située à sa droite. La jeune koryuiste se tenait la tête dans les mains, essayant le plus possible de sécher ses larmes. La Reine commença son discours calmement:

    - Je suis... Désolée pour tout ce qui vous est arrivé...

    La souveraine se rendait bien sûr compte de l'absurdité de ses excuses. Cela ne changerait rien. Cependant, Alys fut relativement touchée par sa sollicitude et releva la tête. Dans le même temps, elle tenta de lui rendre un sourire forcé.

    - Je comprendrai tout à fait que vous ayez besoin de prendre du recul. Mais, je dois vous avouer que votre présence à vos côtés nous est d'une grande aide, poursuivit Luka.

    - Je n'ai pas envie de vous abandonner. Et je ne veux surtout pas laisser Leora impunie... rétorqua Alys. La colère se ressentait de nouveau dans sa voix. « Toutefois, bien que je veuille aider, je me vois dépourvue. Notre plan est tombé à l'eau, et je ne vois pas ce que l'on peut faire pour nous défendre contre une telle puissance de feu. »

    Luka se releva, et se mit à vagabonder dans la pièce. Elle garda le silence pendant plusieurs longues dizaines de secondes.

    - J'ai un peu connu votre père, quand j'étais enfant. Un homme charmant. Il n'avait pas hésité à se donner corps et âme pour le bien du pays. Jusqu'à donner sa vie.

    Alys ressentit un sentiment mêlé de fierté et de tristesse. Puis, soudainement, une idée lui vint à l'esprit:

    - Mon père n'aurait-il pas pris des notes pendant la Grande Guerre ?

    La Reine ravisa Alys. « Que voulez-vous dire par là ? »

    - Si mon père avait écrit le résultat de ses recherches, il y aurait peut-être moyen de trouver quelque chose pour nous aider dans la lutte contre Fukase.

    - C'est bien possible, renchérit Luka. « Monsieur Vo faisait partie des soldats les plus importants de l'armée, il y a quinze ans. Et il était réputé pour ses recherches et sa grande maîtrise de l'art du Koryu, qu'il avait continué à perfectionner ici. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a pu créer la grande barrière de l'île Maho. »

    La souveraine reprit alors sa place à la tête de la table de réunion: « Je vais vous donner l'accès aux archives militaires. Il s'agit là de notre meilleur atout. » Puis, Luka fit rentrer de nouveaux les autres participants à la réunion et leur fit un petit résumé de la situation.

    - Je peux encore vous demander une petite chose, ma Reine, quémanda Alys.

    - Tout ce que vous voudrez, ma chère.

    - Je peux emmener Rin et Len avec moi aux archives ? Ils me seraient d'une grande aide, et connaissent mieux que quiconque les armes de l'ennemi.

    - Accordé !

    La Reine fit de nouveau entrer les autres participants à la réunion à l’intérieur de la salle du trône.

    Une fois n'était pas coutume, Luka prenait les décisions tel un véritable chef de guerre. La Reine fut suivie dans tous ses choix par Miku, qui opina du chef.

    Ainsi, Rin, Len et Alys se dirigèrent directement en sortant du Palais Royal vers la Grande Bibliothèque de Kyôu, alors que Miku, Gumi et Yuma retournaient à la caserne de la Garde Royale afin de déjà se préparer au mieux à un nouvel assaut.

    ***

    Alys et les jumeaux Kagamine furent donc rapidement conduits vers la Bibliohèque de Kyôu par un soldat de l'armée royale. Le somptueux bâtiment se trouvait en centre-ville. A peine arrivés au pied de l'édifice, les trois personnes constataient l'imposante majesté de l'endroit, qui s'élevait sur plusieurs étages. Il s'agissait là de la plus grande collection de livres du pays de Kuni, voire du monde. En outre, l'architecture de la bibliothèque était luxuriante. Le soleil reflétait de bien belle manière sur la façade jaune, qui donnait à l'ensemble un aspect légèrement doré.                                                               

    Alys, Rin et Len entrèrent par la grande porte, gardée par deux hommes de moyenne taille, qui les saluèrent respectueusement. Ils pénétrèrent alors dans l'imposant hall d'entrée. Le plafond était très haut, et décoré de peintures de grands artistes représentant les grandes scènes de l'histoire du Pays de Kuni. La pièce en elle-même se trouvait être relativement vide, si ce n'est l'énorme comptoir situé au fond, à l'intérieur duquel les attendaient un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il portait des cheveux foncés et une épaisse paire de lunettes. La couleur blanche de ses vêtements le faisait ressortir dans la pénombre qui régnait dans la bibliothèque. Pourtant, il aborda les trois visiteurs de manière assez timide et hésitante.

    - Bonjour à vous, commença-t-il.

    Alys répondait calmement, tandis que les Kagamine n'avaient même pas remarqué cette marque de respect, encore sous l'effet de la beauté de l'endroit. Quelques secondes plus tard, les jumeaux virent Alys les dévisager, et s'excusèrent directement devant leur hôte.

    - J'ai reçu les instructions du Palais Royal. Vous pouvez avoir accès à toute la bibliothèque, y compris aux archives militaires, qui sont d'habitude réservées aux commandants de l'armée.

    - Merci ! lança directement la jeune fille à la tresse. « Où se trouvent les ouvrages d'histoire militaire. Je pense qu'il vaudrait mieux commencer nos recherches par-là ».

    - Au quatrième étage. Mais je vous préviens, nous possédons de très nombreux livres. Si vous avez besoin d'un quelconque aide, n'hésitez pas à demander.

    - C'est gentil, rétorqua Alys. Rin et Len, toujours quelque peu perdus, se contentèrent de saluer.

    Les trois amis furent donc accompagnés à l'étage concerné par le sympathique employé. En passant, ils purent admirer l'énorme collection d'ouvrages divers dont disposait le pays de Kuni. Par le même temps, le bibliothécaire les gratifia d'un petit exposé. Ils apprirent donc que la grande majorité de ces ouvrages avaient été rassemblés par la Reine Luka elle-même, qui se trouvait être une lectrice avertie. Elle s'impliquait énormément dans l'entretien de la bibliothèque, et permettait à toute la population du pays à venir consulter les livres gratuitement. Seuls les ouvrages militaires étaient réservés à certaines personnes, sécurité oblige.

    - Pour la Reine, la lecture est le meilleur moyen d'éduquer les gens.

    Rin et Len appréciaient cette manière de fonctionner. Bien qu'ils aient un a priori plutôt positif par rapport à la Reine Luka, ils ne l'avaient jamais imaginé aussi proche et soucieuse de son peuple. Finalement, derrière son air timide, elle agissait en tant que véritable chef d'Etat, malgré son jeune âge.

    Alys et les jumeaux arrivèrent donc au quatrième étage, et se retrouvèrent soudainement devant un nombre d'étagères impressionnant. Des milliers de livres retraçant toute l'histoire militaire du pays de Kuni étaient entreposés à cet endroit, et certains ouvrages dataient même de plusieurs siècles, selon les dires du bibliothécaire. Rin et Len restèrent quelques instants prostrés devant cet énorme amas de bouquins, eux qui n'avaient jamais réellement eu le temps de s'adonner au passe-temps de la lecture. La jeune fille à la tresse, elle, ne perdait pas son objectif de vue, certainement poussée par son ressentiment envers Leora, et s'informa immédiatement à propos des ouvrages traitant de la Grande Guerre Magique. Si les notes de son père existaient, elles devaient forcément se trouver à cet endroit.

    Au milieu de l'imposante pièce se trouvaient un ensemble de trois tables en bois entourées de quelques chaises, qui servaient d'espace de lecture. Alys invita les Kagamine à s'installer, et ils se dirigèrent quelques secondes plus tard vers le lieu indiqué par le bibliothécaire. Les recherches allaient s'avouer pénibles et longues, les trois amis l'avaient vite compris quand ils se retrouvèrent nez à nez avec une bonne dizaine d'étagères remplies:

    - Voilà, communiqua le jeune garçon. « Tous les livres ici traitent de la Grande Guerre... »

    - Eh ben, on n'est pas sorti, souffla Len. « Comment on va s'y retrouver dans cet océan de papier ? Et puis, qu'est-ce qu'on cherche exactement ? »

    Rin, quant à elle, restait sage et silencieuse.

    - Nous devons fouiller tous les rapports militaires. D'après la Reine, mon père a travaillé de près aux stratégies martiales durant la Guerre, et il aurait perfectionné sa technique du Koryu. Le but est de trouver là-dedans quelque chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre notre ennemi. C'est pour cette raison que je vous ai emmenés. Si quelqu'un peut déceler une manière de se défendre contre ces armes à feu, c'est bien vous, analysa très judicieusement Alys.

    Les jumeaux sentirent à cet instant une certaine sorte de pression. Comme si la défense du pays reposait sur leurs frêles épaules. Durant un petit moment, ils s'observèrent mutuellement, comme pour partager leur stress collectif, puis pour se rappeler qu'ils n'étaient tout de même pas seuls dans cette mission. Puis, ils suivirent Alys qui s'était déjà emparée d'un livre et s'était installée sur la table de lecture.

    Elle fut cependant interrompue par le jeune employé de la bibliothèque, qui lui avait tiré subrepticement la manche de son haut.

    - Excusez-moi, mais j’ai une question… hésita-t-il.

    - Allez-y… Qu’est-ce qu’il se passe ? Alys se montra désarçonnée par la demande de son interlocuteur.

    - Il paraît que vous maîtrisez le Koryu ?

    - Comment le savez-vous ? Peu de personnes sont au courant, s’étonna-t-elle.

    Le visage du jeune homme devint écarlate :

    - On va dire… que j’aurai peut-être jeté un œil aux archives…

    Alys sourit. La voix du bibliothécaire laissait transparaître son inquiétude de voir son secret révélé et, par conséquent, de perdre son emploi. Il était en effet interdit de consulter les archives secrètes de l’armée. Mais il ne pouvait s’en empêcher, et s’était plongé dans leur lecture. 

    - C’est parce que, j’ai toujours été curieux d’observer l’art du Koryu. Je m’intéresse beaucoup aux éléments magiques à Sekai. Et j’aurai adoré avoir une démonstration, si ce n’est pas trop vous demander…

    Alys n’éprouvait pas tellement d’envie de répondre à cette requête, surtout en ce moment. Elle avait tenté de cacher sa maîtrise du Koryu pendant toute sa vie. Il était difficile pour elle de tout révéler au grand jour. Mais le jeune homme possédait un air tellement serviable et gentil, qu’elle ne put se résoudre à le décevoir.

    - Je ne sais pas quand le temps me permettra, mais on pourrait s’arranger… répondait-elle le sourire aux lèvres.

    Devant cette réponse positive, le visage du bibliothécaire s’éclaira soudainement.

    - Merci, merci ! répéta-t-il inlassablement. « Depuis des années, je rêve de pouvoir observer un koryuiste de mes propres yeux ! »

    - Avec plaisir ! Alys ne savait pas quoi rétorquer d’autre.

    - Au fait, mon nom est Shirosaki Yuudai. Je vais vous laisser, vous devriez avoir pas mal de travail.

    L’homme se dirigea vers la sortie de l’étage mais rebroussa chemin rapidement.

    - Vous ne direz rien, n’est-ce-pas ? J’aimerai que personne ne sache que je suis venu lire les ouvrages ici… s’inquiéta-t-il.

    - Pas de soucis, rétorqua Alys. « Motus et bouche cousue ! » 

    - Merci, à bientôt donc !

    - A la prochaine !

    Le jeune homme quitta alors l’étage en sautillant à travers les étagères remplies de livres et regagnait sa place à la réception. Alys fixa Rin et Len le regard un peu perdu. Quel homme intriguant ! La villageoise ne s’était jamais retrouvée face à une personne qui admirait les gens de son « espèce », et ne la voyait pas spécialement comme une menace. Les trois amis se mirent toutefois rapidement au travail.

    Les recherches furent pénibles et excessivement longues. Si Len commençait à souffler après quelques heures et commençait peu à peu à somnoler au-dessus des livres, la détermination d'Alys n'était pas ébranlée. Comme depuis le début, elle avalait des centaines de pages de rapports militaires particulièrement indigestes, à la recherche d'un simple petit indice. Mais elle ne trouvait aucune trace de son père dans aucun des rapports, comme si son travail était gardé secret, même au sein des archives. La jeune femme refusait cependant de perdre espoir. Il ne lui était pas concevable que son père ait emporté dans sa tombe de tels secrets importants. Il avait dû laisser une trace, si infime soit-elle.

    Le soir commençait à tomber, bien que les trois amis n'eurent pas l'occasion de s'en rendre compte, la bibliothèque ne comportant pas de fenêtres à cet étage. Ils se contentèrent donc d'un éclairage à la bougie. Len se montrait de plus en plus distrait, et faisait désormais régulièrement des pauses. Il allait se balader au travers des allées bordées d'étagères. Rien de bien fascinant l'attendait, mais il pouvait au moins se permettre de se reposer les yeux quelques instants. Peu après, il aperçut sa soeur plongée dans un ouvrage plutôt inhabituel.

    - Qu'est-ce que tu lis, Rin ?

    - Euh... La jeune fille se retourna, gênée. « C'est un conte. Ca s'appelle "La villageoise et les ours." »

    - Tu n'as rien d'autre à faire que de lire des contes ?

    - Je me suis surtout demandée ce que ça faisait là au départ... Et puis, j'ai ouvert le livre, et j'ai trouvé l'histoire passionnante.

    Lorsqu'Alys entendit le nom du conte, elle se lança soudainement vers Rin.

    - Attends, tu as bien dit "La villageoise et les ours" ? C'était mon livre préféré quand j'étais enfant ! Mon père me le lisait quasiment tous les soirs.

    Les jumeaux restèrent sans voix.

    - Je peux te l'emprunter, s'il te plaît. Je me demande bien ce que ça fait ici. C'est bizarre...

    Alys inspecta alors chaque recoin de l'ouvrage. Le livre était en assez bon état, mais quelque chose lui semblait louche effectivement. Dans ses souvenirs, il n'était pas aussi épais.

    - Tu es déjà arrivée à la fin ? demanda-t-elle à la jeune blonde.

    - Non, Len m'a interrompue avant. Elle lui lança alors un regard accusateur.

    La villageoise ouvrit alors directement les dernières pages.

    - Ah, enfin ! Je le savais, j'ai trouvé !

    - Quoi ? interrogèrent de concert les jumeaux.

    - Ce livre... C'est exactement celui que j'avais quand j'étais petite. Mon père y a ajouté ses notes à la fin. Et il l'a caché ici.

    - Ça signifie que... murmurèrent les jumeaux.

    - Qu'il y a certainement un message dans son texte. Et que, selon toute vraisemblance, il m'est adressé ! Mon père a sans doute voulu me laisser un dernier message pour l'avenir, et ce livre s'est retrouvé ici par je ne sais quel hasard.

    Alys laissait entrevoir un certain espoir dans son discours, également mêlée d’un sentiment de joie difficile à définir. Elle qui venait de perdre sa famille, remarquait que ses proches lui avaient laissé des traces, comme si ils veillaient toujours sur elle, ou du moins qu’ils avaient besoin de la petite dernière de la famille.

    La jeune villageoise d’Uchi se mit donc à lire ce qui finalement constituait le dernier message de Monsieur Vo. Les mots utilisés étaient assez énigmatiques, de sorte qu’ils ne puissent être compris uniquement par un pratiquant du Koryu. L’ancien combattant évitait ainsi les fuites. Les Koryistes utilisaient en effet un jargon assez poussé lorsqu’ils parlaient de leur art. Il était donc très difficile pour un néophyte de suivre une quelconque conversation. Ainsi, n’importe qui pouvait tomber sur ce livre par hasard, il n’y aurait rien compris.

    Alys resta plongée quelques longues minutes dans sa lecture, sous le regard attentif de Rin et Len, qui attendaient patiemment sa conclusion. Puis, la jeune femme se pétrifia soudainement. Elle fixa Rin et Len dans le blanc des yeux, et restait coi.

    - On a un problème… balbutia-t-elle.

    - Ce n’est pas nouveau. Ce pays croule sous les soucis pour l’instant ! lança Len, immédiatement rabroué par sa sœur. Ce n’était certainement pas le moment de faire des petites phrases. Alys paraissait particulièrement préoccupée.

    - Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea alors Rin.

    - C’est… la barrière magique…

    - Quoi, la barrière ? Celle qui entoure l’île des Magiciens ? continua la blondinette

    - Oui, d’après ses notes, elle n’est pas éternelle. Il avait prévu d’y laisser la vie quand il l’a mise en place. Il a dû sacrifier toute son énergie vitale à sa construction. De telle sorte que cette protection n’est que temporaire… balbutia Alys, sous le choc.

    - Mais ce n’est pas logique… interrompit Len. « Quel est l’intérêt ? »

    - D’après ce qu’il a écrit, mon père avait construit cette barrière afin de bloquer les ambitions du chef de la Guilde des Magiciens, Utatane Piko. Selon lui, le but était que les générations futures rétablissent un lien avec les magiciens, quand tout le monde serait prêt.

    Alys poursuivit : « Et puis, c’était la seule manière de terminer cette guerre. La Guilde des Magiciens n’a eu d’autre choix que de capituler et d’accepter leur punition. Visiblement, il n’avait pas eu le choix, il fut obligé de créer cette barrière. »

    - Je me demande si la Reine est au courant… réfléchit Rin. « Elle aurait donc caché tout ceci au peuple. »

    - Il faudra lui en parler… insista Len, provoquant l’acquiescement de Rin et Alys. « En attendant, il y a quelque chose d’autre dans ces notes ? Quelque  chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre Fukase ? »

    - Il y a bien des notes. Mon père a essayé de rassembler toutes ses connaissances sur le Koryu. Mais c’est très complexe. Je ne pourrai pas y arriver sans entraînement, hésita Alys. Puis, elle poursuivit : « Mais il y a un espoir… Si je parviens à maîtriser cette technique ici, je pourrai protéger une bonne partie de l’armée en cas d’attaque. La jeune fille à la tresse indiqua une page griffonnée aux jumeaux, qui ne comprenait pas un traître mot à ces inscriptions, mais retrouvèrent le sourire.

    Alys tenait le livre entre ses bras, et ne semblait plus vouloir le lâcher, le conservant comme une relique. Les trois combattants novices restèrent en silence en plein milieu de la pièce pendant un moment. Ils venaient d’apprendre un assez grand nombre de nouvelles informations.

    - Il faut avoir une discussion avec la Reine ! Elle doit être au courant. J’aimerai bien savoir pourquoi elle ne dit absolument rien, ça me paraît louche…

    Les jumeaux rejoignirent Alys dans son argumentation.

    Les trois amis sortirent alors de la bibliothèque pour se diriger directement vers le Palais Royal. Leurs expressions de visage traduisaient un sentiment mitigé, entre l’inquiétude, l’espoir et une certaine détermination retrouvée. Des heures sombres s’annonçaient pour le pays de Kuni, mais des perspectives positives pointaient également à l’horizon.

    ***

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