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    Messages - Jyôka Ryu

    Pages: [1] 2 3 ... 6
    1
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 19 janvier 2018, 20:55:58 »
    Merci Youkoulélé !
    J'essaie d'écrire dans un style différent, donc je suis content de voir que ça plaît un peu ^^

    Spoiler

    Ben oui, toujours 42 xD

    Tiens, je ne m'en étais pas rendu compte plus que ça en écrivant Sekai (je ne dis pas que ce n'est pas un aspect absent, mais je ne l'avais pas écrit exprès), je me suis plus concentré sur cet aspect-là dans cette fiction

    Du coup, voici le chapitre 27 de "Sekai" :

    Spoiler
    Chapitre 27 : Uso


    Immédiatement après son annonce, IA quitta précipitamment la salle de réunion, sous les yeux ébahis de Miku et de Luka. Gumi et Alys, elles, n’étaient pas franchement surprises. Elles s’attendaient à une telle réaction. Pourtant, elles pensaient qu’il valait mieux dire la vérité et se montrer honnête avec de potentiels alliés. En effet, le pays de Kuni ne pouvait pas demander à Seisui de se lancer dans une nouvelle guerre terrible sans avoir informé complètement tous ses dirigeants.

    Pour Miku cependant, c’en était trop. Cet acte constituait selon elle une trahison inqualifiable de la part d’Alys et de Gumi. La commandante se montra très sévère envers sa lieutenante, qu’elle savait à la base de cette fomentation. La Reine Luka restait silencieuse et baissait la tête. Après quelques secondes, elle se leva de son siège et sortit de la salle sans prononcer un seul mot. Cette situation fit entrer Miku dans une rage folle. Hors de contrôle, elle se lança vers Gumi et la plaqua contre le mur sombre et solide de la pièce.

    – Qu’avez-vous fait ? vociféra-t-elle.

    Gumi sourit.

    – Vous voyez ? Vous étiez complètement perdues. Vous preniez de mauvaises décisions. Nos actes ont permis de mettre en lumière vos agissements.

    – Mais tu as trahi notre pays, continua Miku sans relâcher sa prise.

    À moitié étranglée, Gumi ne se débinait pas. Elle était certaine d’avoir bien agi, même à l’encontre de ses supérieurs. Elle ne se voyait pas comme une traîtresse.

    – Qu’allons-nous faire maintenant ? Notre allié est perdu…

    Gumi ne savait quoi répondre. Finalement, Miku, plongée dans le désespoir, se contenta de quitter la pièce. Elle fut rapidement suivie par Alys. Shirosaki voulait les accompagner, mais la dame à la tresse  l’arrêta d’un geste du bras, et lui rétorqua dans le plus grand calme :

    – Je vais lui parler… Seule…

    ***

    Il faisait nuit dans la belle capitale du pays de Kuni. Lily, Takahashi et les deux soldats du village de Kyuuri s’étaient infiltrés dans le tunnel qui devait les mener directement aux geôles du château. Le souterrain était particulièrement sombre et tortueux. L’un des soldats ouvrait la route et tenait une torche dans sa main droite. Takahashi suivait et était très excité par cette opération. Pour la première fois, il se lançait dans une manœuvre risquée. Le jeune chef de village n’avait encore jamais participé à une guerre ; il avait eu la chance de devenir un Chef de village en temps de paix. De ce fait, son expérience au combat était relativement limitée, bien qu’il se défende plutôt bien. Lily se trouvait dans la même situation, elle était bien trop jeune, mais était beaucoup plus réfléchie que son homologue. La jeune cheffe se trouvait en troisième position dans le tunnel, et pensait déjà à la suite de l’opération. Le dernier soldat fermait la marche ; il avait sorti son épée de son fourreau et se tenait prêt à une éventuelle attaque.

    Environ dix minutes plus tard, les quatre personnes arrivèrent au bout du tunnel. À cet endroit se trouvait une échelle de cordes qui menait à une trappe en métal lourde. Ils montèrent à l’échelle dans le même ordre, et sortirent du tunnel dans le plus grand silence, non sans avoir préalablement pris toutes les précautions nécessaires. Aucun ennemi n’était à signaler pour le moment. La première partie du plan de Kizaki Koharu se déroulait à merveille. Les quatre envoyés avaient atteint la prison du Palais sans difficultés. Ensuite, ils se mirent en marche, en silence. Ils avançaient lentement, un pas après l’autre. On pouvait juste entendre légèrement le grésillement du sol argileux sous leurs pieds. Lily observait, attentivement et de loin, chaque cellule, à la recherche du lieutenant Yuma. La majorité des prisons étaient vides. Un peu plus tard, Lily reconnut la mèche de cheveux roses caractéristiques du samouraï noir.

    Yuma se trouvait dans un état désastreux. Son corps était couvert des stigmates consécutifs aux persécutions de Fukase. L’homme gisait sur le sol, et toussait à intervalles réguliers. Son visage était tuméfié.

    – Lieutenant Yuma, murmura Lily.

    Yuma se leva, et observa la cheffe de village armée de son sceptre en argent.

    – Qu’est-ce que vous faites ici ? C’est dangereux…

    – Nous sommes venus vous sauver.

    – Vous êtes complètement malades. C’est trop risqué. Si on vous perd maintenant, le pays est fichu, vous êtes notre dernier espoir de rébellion…

    – Peu importe… On va vous sortir d’ici…

    Yuma se retira dans le fond de la cellule. Lily essaya de crocheter la serrure, sans succès. Un des soldats tenta également la manœuvre, avec le même résultat. Après quelques tentatives, Takahashi fulmina :

    – C’est pourtant simple. Détruisons le cadenas !

    Il frappa alors de toutes ses forces avec la lame de son sabre sur le cadenas, dans un vacarme assourdissant.

    – Arrête, pauvre fou, lui dit l’un des soldats.

    – Nous n’avons pas d’autre choix. Il faudra combattre !

    L’heure n’était plus aux discussions. Juste après que Takahashi a détruit le cadenas de la cellule et libéré Yuma, un escadron de plusieurs soldats de Fukase fit irruption dans le couloir étroit des geôles. Ceux-ci étaient d’anciens membres de la Garde royale. Ils étaient équipés d’armes à feu, mais n’étaient pas encore familiarisés à leur fonctionnement. Ainsi, plusieurs détonations éclatèrent à travers l’étroit corridor, sans toucher aucun ennemi. Les gardes se décidèrent donc de revenir à leur arme habituelle : le sabre. Lily et Takahashi se mirent en garde, accompagnés par les deux soldats. Yuma se tenait à l’arrière. Le samouraï n’étant pas armé, il ne pouvait participer au combat. En outre, son état ne le permettait pas. Les premières passes d’armes avaient commencé. Les quatre rebelles au pouvoir en place se défendaient plutôt bien, mais ils avaient commis d’ores et déjà une erreur, dans la frénésie du combat. Comme ils avaient dévié de leurs positions, les gardes de Fukase entravaient désormais le chemin de retour. Plus moyen de passer par le tunnel.

    – Qu’est-ce qu’on fait ? hurla Takahashi.

    – On va trouver une autre issue, répondit Lily.

    Ils n’avaient d’autre choix que de passer par le Palais. Heureusement, Lily avait étudié les plans et les connaissait maintenant par cœur. Si bien qu’elle avait déjà réfléchi à un plan B. Mais il fallait d’abord se débarrasser de ces gardes.

    – Allez-y, cria l’un des soldats. « Je m’occupe d’eux ! »

    – Mais… dit Takahashi.

    – C’est la guerre, mon jeune garçon. Si l’on ne veut pas faire de sacrifices, nous n’irons pas loin… Fuyez maintenant ! Je les retiens !

    Le deuxième soldat tira Takahashi par la manche, et salua son collègue très respectueusement. Celui-ci fit ensuite face aux soldats, alors que les trois autres rebelles s’enfuyaient par la porte de derrière.

    – C’est l’heure.

    Il se lança directement sur ses ennemis, avec une énergie retrouvée. Il parvint ainsi à en mettre plusieurs hors d’état de nuire. Cependant, l’espoir ne fut que de courte durée. Après quelques secondes, et alors que la majorité de ses ennemis étaient à terre, il leva les yeux, et observa son dernier ennemi le sourire aux lèvres. Il sentit alors une douleur lancinante dans le bas du ventre. Quelques secondes plus tard, le soldat n’était plus, il s’évanouit lentement sur le sol jaune et argileux des geôles qui prit soudainement une couleur écarlate inquiétante. Le soldat poussa son dernier souffle tandis que le dernier Garde se lançait à la poursuite de Lily, Takahashi, Yuma et son collègue.

    ***

    Lily avait pris la tête du quatuor. Elle avait déjà son plan en tête, mais celui-ci s’avérait particulièrement compliqué. Le Palais était bien gardé.

    – Notre seule chance est de prendre l’une des sorties dérobées dont Kinzaki nous a parlé.

    Le groupe était posté au détour d’un mur. Lily avait, plutôt contre son gré, prit la tête des opérations. Elle avait remarqué qu’elle s’était bien mieux préparée que Takahashi. Le soldat était encore sous le choc de la mort de son ami. Aussi, il se rendit compte que ce n’était que le début, que l’opération de libération du lieutenant Yuma ne constituait que le commencement de cette guerre. Le pays allait encore vivre de longues heures sombres. De son côté, Yuma souffrait en silence. L’homme était sale, sa barbe avait largement poussé. Il essayait tant bien que mal de ne pas montrer ses souffrances, mais poussait un léger ricanement douloureux à chaque pas, ce qui attirait l’attention de Lily et Takahashi.

    Le couloir était vide. Lily entendit cependant les voix de certains gardes de Fukase au loin.

    – Il faut y aller. Maintenant !

    Ils se réfugièrent dans une petite pièce du Palais, semblable à un grand placard à balais.

    – Où est-ce qu’on va ? demanda Takahashi.

    – La meilleure issue, je pense, est celle qui se situe près des cuisines. Elle doit être moins gardée. C’est également la plus proche…

    – Ok !

    Takahashi et les autres furent alors interrompus par un bruit lourd. Une sorte d’alarme, jouée au cor, retentissait dans tout le château.

    – Qu’est-ce que c’est que ce truc ? grogna-t-il.

    – On est repérés ! Il faut s’en aller tout de suite !

    Le groupe suivit les instructions de Lily. Ils avancèrent prudemment, en longeant les murs. Heureusement, le Palais n’était que très peu éclairé à cette heure de la nuit. Au détour d’un couloir, ils croisèrent une patrouille de gardes. Ils se réfugièrent alors dans la pièce la plus proche, une chambre destinée aux employés du château.

    Cette pièce était occupée.

    Deux employés du château se trouvaient tranquillement sur leurs lits respectifs, et observaient les intrus dans leurs chambres. L’une d’eux se rapprocha doucement des infiltrés.

    – Excusez-moi… murmura la dame.

    Lily se retourna, provoquant la surprise de son interlocutrice.

    – Dame Lily ! Je vous connais, mais que faites-vous ici ?

    L’employée eut ensuite un regard vers Yuma, et semblait avoir tout compris. La plupart des travailleurs du château étaient au courant des séances de tortures envers le lieutenant. Yuma était devenu le symbole de la terreur qu’inspirait Fukase.

    – Vous êtes en train de… lança la dame.

    – Ne dites rien, s’il vous plaît ! implora Takahashi.

    – Ne vous en faites pas. Tous les employés du château sont de votre côté. Je suis même heureuse de voir que vous avez commencé la lutte.

    – Justement, nous sommes un peu dans l’impasse, là, informa Lily. « Vous n’auriez pas une solution pour que l’on puisse atteindre les cuisines sans se faire repérer ? »

    La dame sourit.

    – Si vous prenez l’autre porte (elle désigna du doigt la petite porte en bois qui se situait de l’autre côté de la pièce), vous accéderez aux couloirs des domestiques. Peu de personnes passent par là. Vous pourrez atteindre rapidement les cuisines.

    – Merci, dit Lily, rapidement suivi par ses compagnons.

    Le groupe prit alors la direction de la porte, sous les yeux implorants des deux employés. Lily fit passer tous ses compagnons avant elle. Juste avant de fermer la porte, elle eut un regard pour la dame et l’homme.

    – Bonne chance, murmurèrent-ils tous les deux.

    – Merci…

    Le quatuor s’infiltra dans le petit couloir, et atteint ainsi rapidement les cuisines. Il n’y avait aucun garde de Fukase à l’horizon.

    – Près du four ! Regardez ! Cette porte mène à l’extérieur.

    Le groupe passa rapidement (mais prudemment) dans les cuisines et se réfugia dans une petite cour intérieure. Lily désigna ensuite une grosse trappe en pierre, cachée au milieu des buissons, qui marquait l’emplacement d’un des tunnels dont Kinzaki avait parlé. Le groupe s’engouffra immédiatement dans le souterrain et prit la fuite, alors que les gardes étaient toujours à leur recherche dans le château.

    Vers le milieu du souterrain, Lily s’arrêta net.

    – Nous aurons juste un petit problème. Ce tunnel ne mène pas hors de la ville, mais dans le quartier populaire. Il faudra donc trouver un moyen de quitter Kyôu.

    Takahashi pesta. Il pensait avoir déjà réussi la mission, mais l’opération était loin d’être terminée. Néanmoins, ce n’était pas le moment de râler. Il fallait continuer.

    Le groupe quitta le souterrain après quelques minutes, et atterrit dans le quartier populaire de la capitale, plongé dans la nuit. Au loin, les membres entendirent les cloches du château sonnant l’alerte. Les soldats de Fukase n’allaient pas traîner à envahir les rues de Kyôu à leur recherche.

    – J’ai peut-être un plan. Je connais un endroit où l’on pourrait se réfugier, lança Takahashi, ravivant l’espoir au sein du groupe.

    – Ah oui ? grogna Lily.

    – Une amie tient une petite taverne dans les environs. Je suis certain qu’elle pourra nous aider.

    – C’est une personne de confiance ? demanda Yuma, à demi-mot.

    – Oui, je la connais depuis longtemps. Vous pouvez me croire. Suivez-moi !

    Yuma, Lily et le soldat suivirent alors Takahashi, qui parcourut le chemin à travers les rues de Kyôu, comme s’il pouvait le faire à l’aveugle. Environ au milieu du chemin, Lily ne put s’empêcher de lui poser une question.

    – Depuis quand connaissez-vous les tavernes de la capitale, Takahashi ?

    – Euh… hésita-t-il. « C’est différent… C’est une amie, elle vient de mon village… »

    – Oui, oui… ajouta Lily d’un ton narquois.

    Un peu plus tard, Takahashi et les autres parvenaient à leur objectif. Il s’agissait d’une petite auberge, assez pauvre, même si le bâtiment comportait deux étages (ce qui était plutôt rare dans le quartier). Le chef de village prit la tête du groupe et tambourina à la porte. Peu après, une jolie fille aux cheveux roses ouvrit.

    – Takahashi ? Que fais-tu ici ? C’est toi le responsable de tout ça ?

    – Bonsoir Teto. Peux-tu nous laisser entrer ? Je t’expliquerai tout à l’intérieur.

    Kasane Teto fit alors entrer le groupe. Lily ferma délicatement la porte, sous les bruits incessants les cloches du Palais Royal.

    ***

    À Kabegami, la Reine IA s’était directement rendue dans sa chambre à coucher. Les dernières heures avaient été riches en événements, et elle n’avait pas encore eu le temps de digérer tout cela. Si le couronnement s’était parfaitement bien déroulé, IA ne s’attendait pas à être mise au-devant de ses responsabilités aussi rapidement. Sa première décision avait été difficile. Elle appréciait plutôt la Reine Luka, mais le bien de sa patrie passait avant tout. La Reine s’effondra violemment sur son énorme lit, et soupira.

    Un peu plus tard, IA reçut une visite impromptue. Elle descendit lentement de son lit, et ouvrit doucement la porte, l’air inquiet. La Reine Luka se tenait devant elle, le visage sombre et triste. La Magicienne bafouilla plusieurs fois avant de prononcer quelques mots intelligibles :

    – Puis-je entrer… ?

    IA hésitait. Puis, elle se décida à laisser passer Luka. Si elle se sentait trahie, elle ne voyait pas en la Reine de Kuni une quelconque menace. Et plusieurs gardes se trouvaient dans le château, en cas de besoin. Elle invita Luka à s’asseoir sur un fauteuil en cuir luxueux et confortable, tandis qu’elle lui faisait face, installée sur le lit.

    – Je suppose que vous avez beaucoup de questions… commença Luka.

    IA réfléchissait :

    – Une seule, en fait. Pourquoi vous êtes-vous mise à mentir ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

    Luka fut étonné par la simplicité avec laquelle IA abordait la problématique. La question de la ségrégation des Mages ne lui était même pas venue à l’esprit. Peut-être l’archipel de Seisui avait-il une autre opinion sur les relations avec les Magiciens. Ainsi, Luka avoua les raisons de son mensonge, et elle eut l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, tant cela lui paraissait évident.

    – C’est tout ? conclut IA, sous les yeux ébahis de son interlocutrice.

    – Oui…

    Un silence pesant prit place pendant quelques instants dans la pièce.

    – Excusez-moi, Reine IA… Mais est-ce cela votre réaction ? demanda Luka.

    – Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Le fait d’être une Magicienne ne change rien à votre statut.

    – C’est que les Magiciens ont…

    – Je sais qu’ils sont mal vus dans ce monde, surtout après la Guerre. Et je m’en fiche. Cette ségrégation est totalement stupide. Si nous commettons les mêmes erreurs que nos aînés, nous nous retrouverons dans la même situation malheureuse. Non, je suis juste déçue que vous ne m’ayez pas avoué la vérité directement.

    Luka avait attendu toute sa vie que quelqu’un lui tienne ce discours. Elle ne pensait pas que les habitants de Sekai, qu’ils viennent de son pays ou d’un autre, soient capables d’un tel discernement. La réaction d’IA apparaissait pour elle comme une lueur d’espoir en ces temps difficiles. La conversation continuait, les deux Reines se trouvaient plusieurs points communs. Elles n’étaient finalement pas si différentes que cela.

    – En tout cas, j’apprécie que vous soyez venue m’en parler seule à seule. Je pourrai changer d’avis, en ce qui concerne notre alliance, rassura finalement IA.

    Elle ouvrit alors la porte de sa chambre et appela Mizki, sa conseillère. Celle-ci ne prit que quelques secondes pour apparaître.

    – Mizki, veux-tu réunir de nouveau tous nos invités du pays de Kuni dans la salle de réunion ? Nous allons discuter de notre stratégie, afin de régler cette situation.

    – Mais, ma Reine… Ils vous ont menti !

    – Je sais… Mais la Reine Luka vient de me présenter solennellement ses excuses, que j’ai acceptées.

    Mizki entraîna la Reine IA à l’écart, et lui déclara à demi-mot :

    – Vous savez qui elle est ?

    – Oui, la souveraine légitime du pays de Kuni.

    – Mais, c’est aussi une…

    La réaction de Mizki montra à IA la raison qui avait poussé Luka à omettre sa condition. IA se retourna vers la Magicienne, le regard défait.

    – Selon moi, la Reine Luka n’est pas dangereuse, lança-t-elle. « Elle a été Reine de Kuni pendant plusieurs années. Si elle avait été de mèche avec la branche des Mages qui a lancé la guerre, il y a belle lurette qu’elle aurait agi… »

    Luka s’inclina devant le discernement et la détermination d’IA.

    – Donc, Mizki, fais ce que je te dis. Convoque immédiatement la réunion. L’heure est grave. Le monde entier est en danger.

    Sur ces paroles pleines d’entrain, Mizki s’exécuta et quitta la pièce, laissant IA et Luka seules, dans le silence absolu.

    ***

    La mer était calme. Miku observait le soleil qui se couchait à l’horizon, installée sur un petit promontoire en bois, en espérant que la splendide vue lui permettrait de retrouver son calme. La commandante se sentait véritablement trahie, d’une part par Alys, sur qui elle fondait beaucoup d’espoirs, et d’autre part au Gumi, sa lieutenante la plus fidèle. La rébellion de cette dernière lui faisait d’autant plus de mal. Elles partageaient ensemble un lourd passé. Ainsi, Miku considérait Gumi comme la personne à qui elle pouvait le plus accorder sa confiance, en dehors de la Reine Luka. Mais même Gumi s’était retrouvée contre elle. Pour la première fois, Miku était complètement perdue, et ne savait plus quoi penser.

    Derrière elle, une petite ombre approchait lentement. Alys essayait de ne pas surprendre Miku, qui l’avait entendue arriver et lui rendit un regard glaçant. La jeune fille à la tresse fit fi des considérations de Miku et s’assit à ses côtés.

    – Gumi et moi voulions bien faire…

    – Vous avez trahi votre pays, tout simplement ! Comment avez-vous osé faire ça à la Reine ?

    Alys ne se débinait pas. Elle était totalement consciente d’être dans le vrai, et désirait argumenter ses décisions devant Miku.

    – Il y a eu beaucoup trop de mensonges. Tout cela nous a menés trop loin. Regardez où nous en sommes maintenant.

    Miku ne savait quoi répondre. Le raisonnement d’Alys était infaillible. Cette quête visant plus que tout à protéger le secret de Luka n’avait apporté que des problèmes.

    – Je voulais juste protéger la Reine… avoua Miku. « Elle est la personne la plus importante pour moi ! », sanglota-t-elle, comme si toute la pression de ces dernières semaines retombait d’un seul coup.

    Alys n’avait jamais vu la commandante dans cet état. Elle se trouvait, à présent, à mille lieues de sa légende. La commandante Miku, celle qui a gravi tous les échelons de la Garde royale, qui a sauvé la Reine Luka, la combattante la plus redoutée de tout le pays de Kuni montrait ses faiblesses.

    Pourtant, Alys commençait à comprendre Miku. Toutes ses décisions partaient d’un bon sentiment. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

    – Il faut parfois un moindre mal pour protéger une personne qu’on aime…

    Miku se retourna vers Alys. La villageoise l’avait complètement percée à jour. Miku prit quelques minutes pour réfléchir, en silence. Le bruit de la mer avait quelque chose d’apaisant.

    – Vous avez peut-être raison, avoua Miku. « Mais, qu’allons-nous faire maintenant ? La Reine IA ne voudra certainement plus nous accorder son aide… »

    C’est alors qu’un autre individu se présenta sur le petit port en bois. Il s’agissait de Shirosaki, en sueur, qui avait malgré tout encore le sourire aux lèvres.

    – La Reine IA vous appelle, tous… Elle compte s’entretenir avec nous… déclara-t-il.

    Miku observa Alys, surprise. La villageoise souriait. Finalement, la situation n’était pas si sombre qu’elle ne le paraissait.

    – Peut-être que la Reine IA fait preuve d’énormément de discernement, s’enjoua-t-elle, alors que les trois personnes se dirigèrent de nouveau vers le Palais de Kabegami.

    ***

    Tous les exilés du pays de Kuni avaient été finalement invités à la réunion. Miku avait également insisté pour que Kyuu et Roku y participent. Ils avaient été les plus proches collaborateurs de Fukase, et étaient par conséquent ceux qui pouvaient le plus interpréter ses desseins.

    Dehors, Mizki ne comprenait toujours pas la décision de la Reine IA. Selon elle, il aurait mieux fallu couper les discussions tout de suite, et expulser Luka et les autres hors de leur pays.

    – Mizki, si ce qu’ont dit Gumi et Alys est vrai, nous aurons besoin de l’aide de tous les pays de Sekai pour faire face à la menace des Magiciens, analysait IA.

    – Oui, mais avec un des leurs dans notre camp ?

    – Luka est la Reine légitime de Kuni…

    – Mais elle n’est même plus à la tête de son pays !

    – Justement, ce Fukase ne me dit rien qui vaille. Il pourrait constituer une menace encore plus dangereuse…

    – Donc, vous leur faites confiance ?

    – J’ai parlé avec la Reine Luka… Elle ne me mentait pas, je le sens…

    IA coupa court à la discussion et entra dans la salle de réunion, sous les yeux attentifs des exilés du pays de Kuni. Rin, Len, Kyuu et Roku se demandaient ce qu’ils faisaient là, mais Gumi leur avait bien spécifié que, comme ils venaient du même monde que Fukase, leur expertise pourrait leur être d’une grande aide.

    IA s’assit rapidement en tête de table et convoqua le début de la réunion.

    – Après ma discussion avec la Reine Luka, Seisui est disposé à vous aider, annonça-t-elle. Sa réplique fut suivie par un sourire enjoué de la souveraine de Kuni. « Mais, pas à n’importe quel prix… », ajouta la Reine aux couettes roses. « Il faut tout d’abord bien nous organiser, et nous avons besoin de toutes les informations à votre disposition. »

    Miku prit alors la parole et raconta l’histoire depuis le début. Elle commença par présenter Rin et Len, qui saluèrent respectueusement la Reine IA (Len se montrait encore maladroit en ce qui concerne le protocole). La commandante avait décidé de commencer par lui expliquer l’invasion de son pays, puisque c’est par cela que tout avait débuté. Elle en vint rapidement à la question de l’origine des jumeaux.

    – Donc, vous deux venaient d’un autre monde… répéta IA.

    – Encore mieux ! souffla Mizki. « Ma Reine, ils veulent essayer de vous faire avaler n’importe quoi ! »

    – Mais c’est pourtant vrai, interrompit violemment Len. Sa sœur essayait de le calmer. Ce n’était pas le moment de mettre de l’huile sur le feu.

    – Calmez-vous, mon jeune ami… Puis, IA jeta un regard vers la Reine Luka.

    – C‘ est difficile à croire, mais c’est pourtant vrai… annonça la Reine de Kuni. « Et notre ennemi provient également de ce monde. Il est équipé d’armes qui nous sont encore inconnues, et il est très difficile de lutter contre lui. C’est pourquoi il a rapidement pris le pouvoir à Kuni. »

    IA passa plusieurs minutes à ressasser les informations qu’elle venait d’obtenir. Depuis toute petite, elle avait appris que l’univers était bien plus compliqué qu’elle ne le pensait. D’ailleurs, durant son couronnement, elle avait prié ses ancêtres décédés pour obtenir leur protection, alors qu’elle n’avait aucune preuve de leur existence. Finalement, après s’être entretenue en aparté avec la Reine Luka pensant quelques minutes, elle décida de poursuivre la réunion.

    Miku continuait de relater les deniers événements survenus. Elle présenta ensuite Kyuu et Roku (qui, eux, contrairement aux Kagamine, ne bougeaient pas et n’avaient pas prononcé un seul mot). Contre toute attente, Miku ne les blâmait pas pour leurs actes, et restait neutre.

    La Reine de Seisui écoutait le récit de Miku d’une grande attention. Elle savait pertinemment qu’elle avait le dessus dans les négociations pour l’instant. Elle avait mis à jour les omissions et les mensonges de Miku et de Luka. Afin de sceller une alliance correcte, celles-ci devaient à tout prix dire la vérité. C’est ce qu’IA avait confié à Mizki, qui elle, restait prudente.

    De temps en temps, IA posait des questions sur la relation entre les jumeaux et Fukase, ainsi que sur le caractère de ce dernier. Miku avait également présenté les Genshine comme de bons combattants, qu’il valait mieux avoir de son côté. Kyuu et Roku restaient plus passifs, se contenant de répondre simplement aux questions d’IA, et souriant légèrement lorsque Miku vantait leurs mérites au combat.

    Après un rapport de plusieurs dizaines de minutes, IA se leva de son siège, dominant ainsi toute la table.

    – Je vois que l’heure est grave ! Permettez-moi de vous dire, chère Luka, que nous vous apporterons notre aide, mais à une seule condition…

    Luka ne répondit pas, mais fit signe à IA de poursuivre sa pensée.

    – Il faut nous occuper en priorité du conflit avec l’île Maho. Nous devons nous assurer que les Magiciens n’ont plus d’intentions belliqueuses. La crise est importante à Kuni. De plus, comme Fukase, comme vous, est un Mage, nous ne pouvons pas garantir qu’il ne scellera aucune alliance avec la Guilde.

    Miku et Luka acquiescèrent. Le raisonnement d’IA était sans faille. De son côté, Alys était plutôt de son avis. Gumi, elle, n’était pas franchement satisfaite par cette tournure. Yuma était certainement toujours prisonnier de Fukase, et elle se languissait de retourner à Kuni pour le sortir de là. Comme si IA avait remarqué la moue triste de la lieutenante, elle embraya :

    – Ensuite, vous avez ma parole. L’armée de Seisui vous aidera à reconquérir votre nation.

    Luka se leva et partit serrer la main d’IA, sur les conseils de Miku, afin de sceller cette alliance. Le calme pesant et lourd régnait toujours dans la salle. IA et Luka retournèrent à leurs places respectives, alors qu’un soldat de Seisui, dans son uniforme caractéristique, amena une énorme carte de Sekai et la déplia sur la table rectangulaire.

    – Cependant, nous ne pourrons pas contrer les éventuels assauts des Mages seuls. Il nous faut l’aide des autres pays. Je pense que seule l’union de toutes les nations de Sekai permettra de mettre une fin définitive à ce conflit, analysa IA.

    – Qu’est-ce que vous proposez ? demanda Luka.

    – Il faut faire le tour des autres pays, et demander leur coopération. L’histoire nous montre que c’est l’union des pays qui a permis de mettre fin à la Grande Guerre Magique.

    – Par où commencer alors ? embraya Gumi, qui désirait plus que tout participer à la conversation. « L’île Kanki a toujours été un partenaire privilégié, et ne nous a jamais déçu…

    IA laissa passer quelques secondes de silence avant de donner son point de vue.

    – Je pense que nous devons commencer à tenter de sceller une alliance avec l’île Tokai.

    Alys et Gumi sursautèrent. Miku et Luka étaient surprises, mais essayaient de ne rien laisser transparaître. De leur côté, les jumeaux Kagamine et Genshine ne réagissait pas. Leur méconnaissance de l’histoire de Sekai ne leur permettait pas de comprendre la surprise de leurs interlocuteurs.

    – Mais, les contacts ont été rompus avec l’île Tokai, ma Reine, poursuivit Gumi. « Depuis qu’ils ont pris le parti des Mages pendant la dernière guerre. »

    La Grande Guerre Magique, quinze ans auparavant, avait en effet vu s’affronter deux camps issus de tout Sekai. D’un côté, l’alliance des pays réunissait les Royaumes de Kuni, Seisui, Kanki, Saryu et Yamanami. Par contre, le Roi de Tokai avait préféré prêter allégeance à la Guilde des Mages. Cette décision avait été considérée comme une trahison par les autres nations. De ce fait, les échanges commerciaux et culturels avec l’île Tokai avaient été complètement rompus après la Guerre. Le pays vivait donc dans une sorte d’autarcie. Parmi les pays de l’ancienne alliance, la rancœur envers Tokai était encore forte.

    – C’est la meilleure solution, continua IA. « L’île Tokai dispose de la meilleure armée et de la meilleure technologie. De plus, ils sont les plus proches géographiquement de l’île Maho…. »

    – Mais qu’est-ce qui vous fait croire que l’île Tokai accepterait une alliance ? demanda Luka.

    – Le Roi de Tokai est décédé il y a quelques années. Mes informateurs m’ont rapporté que ses héritiers ont entrepris de transformer le pays. Ils ne veulent pas suivre les traces de leur père. C’est donc notre chance.

    – Excusez-moi, interrompit Rin. « Vous avez bien dit LES héritiers ? »

    – Oui, le Roi de Tokai a enfanté de jumelles. Avant sa mort, il n’a pas pu faire un choix pour décider laquelle devait monter sur le trône. Elles règnent donc toutes les deux sur le Royaume de Tokai.

    – Vous avez vu ça ? s’exclama Len en direction des Genshine. « Encore des jumeaux ! C’est surprenant. »

    Roku eut un sourire léger en guise de réponse, tandis que Kyuu leva les yeux au ciel. Il se demandait comment on pouvait être si joyeux dans un moment pareil. En outre, il se fichait bien de rencontrer d’autres jumeaux. Les seuls qu’il avait croisés jusque-là étaient les Kagamine, et on ne pouvait pas dire que l’ambiance était au beau fixe.

    – Et comment s’appellent-elles ? interrogea Len.

    Anon et Kanon.
    ***

    La réunion continuait, les discussions allaient bon train. Puisque l’alliance entre Kuni et Seisui avait désormais été entérinée, IA avait fait entrer les membres principaux de son état-major. Le commandant de son armée, Akira, était un homme d’une cinquantaine d’années, dont les effets de la guerre transparaissaient sur le visage. Celui-ci était en effet couvert de diverses cicatrices. Ses yeux d’un bleu azur et ses cheveux grisonnants lui donnaient une apparence mystique, comme un vieux sage. Il était accompagné par son plus fidèle lieutenant, nommé Dex. Celui-ci était plus jeune mais portait également les cheveux argentés. Il dégageait un air extrêmement sérieux et ne paraissait pas très amical.

    – Nous allons donc affréter un bateau qui vous conduira vers l’île Tokai. Nous allons également y adjoindre un petit bataillon destiné à garantir votre protection. Malheureusement, celui-ci ne pourra pas être très fourni. Il s’agit d’une mission diplomatique, pas d’une déclaration de guerre, dit Akira.

    – Nous nous joindrons à vous, lança Luka en désignant tous ses compagnons de l’île Kuni. « Je ne veux pas rester ici sans rien faire. Je dois participer ! »

    – Le lieutenant Dex vous accompagnera. Moi, je reste ici pour coordonner le reste de mon armée en cas de besoin. Nous devons aussi nous protéger contre une possible invasion de votre ennemi, Fukase.

    – Je comprends, conclut Luka.

    La discussion fut brusquement interrompue par le claquement violent des portes en bois de la pièce.

    – Je veux me joindre à vous, s’exclama One.

    IA se redressait brusquement, le visage rongé par la colère. Non seulement, elle reprochait à sa soeur d’écouter aux portes, mais aussi d’interrompre des discussions importantes pour l’avenir de son pays.

    – Il n’en est pas question. Tu es princesse de Seisui, pas guerrière. Ta place est ici, avec moi.

    – Le commandant vient bien de dire qu’il s’agissait d’une mission diplomatique, sans grand danger ! Je veux être utile à mon pays. Laisse-moi y aller.

    – Non, répondit violemment IA. « C’est trop dangereux ».

    – Mais, le commandant dit qu’il ne s’agit que d’une mission diplomatique, et ce serait bien d’avoir un membre de la famille royale.

    – Le lieutenant Dex et Mizki représenteront Seisui. Toi, tu restes ici avec moi. Les conflits commencent à naître. Il est trop dangereux de partir à l’aventure en ce moment…

    One pesta, frappa son poing brutalement sur l’imposante table en bois, et sortit en furie. Le calme revint alors peu à peu et le conseil organisa le voyage vers l’île Tokai.

    ***

    La nuit était déjà tombée quand la réunion se termina. Rin et Len avaient rejoints Kyuu et Roku sur le parvis du Palais de Kabegami, et observaient la ville. Plusieurs lueurs éclaircissaient les rues de la capitale, donnant un certain charme à l’ensemble. Les tons colorés jaunes-orangés se reflétaient dans les énormes étendues d’eau dispersées à travers Kabegami. Si l’on entendait au loin les bruits trahissant l’activité des quartiers, le tout reflétait une apparente quiétude. Les jumeaux aux cheveux verts avaient tellement l’air d’apprécier ces moments de calme que les Kagamine n’osaient pas les déranger et s’étaient assis en silence, à leurs côtés. Roku les gratifia d’un regard empli de gentillesse, tandis que Kyuu n’avait même pas tourné la tête, plongé dans ses pensées.

    Ce calme fut soudainement troublé par l’arrivée inopinée de la commandante Miku :

    – Je dois vois parler… Tous les quatre…

    Rin et Len se mirent directement au garde-à-vous. Pendant leur formation, ils avaient été bien initiés aux us militaires. Roku se retourna et força Kyuu à se relever. L’aîné fit la moue.

    – Écoutez, vous êtes très importants pour nous. Vous êtes les seuls à pouvoir nous aider en ce qui concerne les armes mystérieuses de Fukase. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de vous perdre. Par conséquent, dès demain, sur le bateau, je recommencerai votre entraînement au combat.

    – Vous allez nous entraîner ? Vous ? lança Len, surpris. La décision de Miku arrivait à poings nommés pour lui, qui venait de perdre son maître de sabre.

    – L’heure est grave. Prenez cela comme un privilège.

    – Vous nous sous-estimez ! hurla Kyuu, empli par la vanité.

    – Pas du tout, mais vous avez encore beaucoup à apprendre, même vous, rétorqua Miku en désignant les Genshine.

    – Je vous montrerai… grommela Kyuu.

    – J’attends de voir ! lui répondit Miku sur un ton de défi, avant de rejoindre ses appartements. Elle fut suivie par les quatre jumeaux, tandis que le bateau devant les mener vers l’île Tokai était en train d’être affrété sur les rives du port de Kabegami.

    ***

    Bonne lecture !

    2
    Ecriture / Re : Somewhere over the Rainbow
    « le: 08 janvier 2018, 21:05:32 »
    De rien ^^

    Je lirai les courts textes quand j'aurai plus de temps, et je te donnerai mon avis si tu veux ^^' (Par contre, pour les poèmes, je suis loin d'être un spécialiste, donc je ne sais pas si mon avis a beaucoup de valeur).
    Oui, pour les accords, c'est surtout que je trouvais ça dommage parce que le reste est prometteur !

    Merci (je m'active ^^)

    3
    Bienvenue !

    Quelle chansons Vocaloid préfères-tu ? Quelle chanteurs virtuels préfères-tu ?

    Amuse-toi bien sur le forum ;-)

    4
    Ecriture / Re : Somewhere over the Rainbow
    « le: 05 janvier 2018, 19:29:50 »
    Bon déjà, merci de dire que je t'ai inspiré, ça fait toujours plaisir^^

    J'ai lu le chapitre 1 de "Hino Jidai", et je trouve aussi que tu t'en sors bien avec les descriptions. On a tout de suite une idée de ce à quoi ressemble ton univers, ce qui fait qu'on entre facilement dedans. Le pitch aussi m'intéresse, donc je continuerai à suivre.
    Je n'ai pas trouvé que les dialogues étaient trop longs moi (mais c'est peut-être une question d'habitude)

    En fait, la seule chose que j'ai à redire, c'est plus au niveau des fautes de grammaire (après, on me dit que je suis assez difficile sur ça...) C'est assez bizarre à expliquer, mais, alors que je ne vois pas beaucoup de fautes d'orthographe (et pourtant, tu as a un vocabulaire plutôt riche (ça aussi, c'est un bon point^^)), il y a pas mal de fautes d'accord (du genre accord de l'adjectif, ou accord des verbes (les "ait" ou "aient" par exemple)). C'est peut-être juste un problème au niveau de la relecture (je sais à quel point c'est difficile de se relire, surtout quand on écrit de longs textes en ayant sans arrêt le nez dedans... ;))
    Si je peux donner un conseil (après ça vaut ce que ça vaut...), c'est de juste faire une relecture en se remémorant les règles et en se concentrant uniquement dessus (genre, tu ne t'embarrasses pas avec la tournure de phrases, etc. Juste la grammaire et l'orthographe. Ce n'est pas la partie la plus fun, mais ça peut aider).

    Je dis ça parce que c'est le seul point négatif que j'ai trouvé pour l'instant, et que ça serait dommage de perdre quelques lecteurs à cause de ça... :-p

    De mon côté, j'ai hâte quand même de lire la suite (et je jetterai un œil aux autres textes aussi ^^)

    5
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 01 janvier 2018, 15:58:10 »
    Coucou à tous !

    Je suis un peu plus actif pour l'instant ^^ J'ai également écrit le début d'une nouvelle fiction intitulée "Détective ALYS", dans un style assez différent (j'ai eu envie d'essayer d'autres choses). Ci-dessous, découvrez le chapitre 1, qui introduit l'univers, l'intrigue et les personnages.

    J'ai aussi changé un peu le premier post pour plus de clarté^^

    Spoiler
    Détective ALYS : Chapitre 1

    Un bruit de pas lourds se faisait entendre depuis l’une des ruelles sombres du ghetto de la ville de Tengai. Il n’était pas très judicieux de se balader dans cette partie de la cité à cette heure de la nuit. Une jeune fille courait. Elle apercevait au loin la lueur jaune et rassurante des bougies des lampadaires qui jonchaient la grande rue adjacente, et essayait de s’y rendre au plus vite. Mais elle commençait à ressentir la fatigue, sa respiration se faisait de plus en plus forte, et elle commençait légèrement à suffoquer. Ses poursuivants arrivèrent à sa hauteur, alors qu’il ne lui restait que quelques dizaines de mètres à parcourir avant d’atteindre un endroit plus sûr, plus éclairé, plus animé.

    – Tu vas venir avec nous… lança l’un de ses six poursuivants. Un homme de taille moyenne, décoiffé, et portant une longue cicatrice à l’œil.

    La jeune femme ne répondit pas. Elle observa son objectif rapidement, en jetant un coup d’œil à sa droite, puis refit face aux malfrats. Ceux-ci se rapprochèrent dangereusement.

    – Bon, je n’ai plus le choix…

    La jeune femme se mit en garde, et frappa l’homme qui était le plus proche d’elle d’un solide coup de pied. Les cinq autres reculèrent de quelques mètres. Elle profita de l’espace pour lancer un enchaînement de coups. L’un des assaillants fut frappé par un coup de pied retourné, tandis qu’un autre reçut presque simultanément un coup de poing puissant. Dans la hâte, on pouvait observer les cheveux rouges de la combattante voyager frénétiquement le long de ses épaules. Trois des six hommes étaient dorénavant hors d’état de nuire, et les autres commençaient à hésiter. Fallait-il s’occuper de leurs associés tombés, ou prendre le risque de se mesurer à cette femme ?

    Celle-ci profita du moment de répit qu’il lui était offert pour se rediriger vers la grande rue éclairée. Elle se mit alors à courir de toutes ses forces oubliant presque son épuisement, comme si la lumière lui apporterait une sorte de salut. L’essentiel était de se sauver. Dans sa course, elle aperçut rapidement une passante qui se trouvait à l’embranchement entre les deux chemins :

    – Cours ! hurla Leora.

    L’autre dame eut un léger moment d’hésitation, puis s’exécuta. Ses vêtements étaient bien plus luxueux que ceux de Leora. Ils étaient sombres et assez longs. « Pas vraiment une tenue pour sortir à cette heure et dans ce quartier », pensait la fuyarde. Mais l’heure n’était pas aux considérations vestimentaires. Heureusement, sa compagne de fuite se montrait suffisamment rapide, de sorte qu’elles semèrent rapidement les assaillants, qui n’avaient pas osé les poursuivre trop longtemps dans la rue un peu plus animée. Leora et la jeune femme continuaient à courir. Elles évitèrent de justesse plusieurs passants qui se mirent à les regarder d’un drôle d’œil pendant quelques instants. Au cours de la course, Leora observa plus attentivement l’autre fuyarde. Outre ses vêtements, elle avait un très joli visage, légèrement naïf. Sa tresse bleutée passait de part et d’autre de ses épaules pendant qu’elle courait.

    Arrivées à bonne distance des poursuivants, elles se sentirent enfin en sécurité et s’arrêtèrent quand elles atteignirent la frontière de ce que l’on appelait communément le « quartier des riches ».

    – Au fait, je m’appelle Leora.

    – Enchantée, je suis Alys.

    ***

    Les deux femmes reprirent leur souffle. Elles se reposèrent quelques secondes au milieu du large trottoir de la grande rue. Enfin, elles se trouvaient en sécurité. Les criminels n’auraient jamais osé les poursuivre jusque-là.

    – Il se fait tard, dit Alys. « Que diriez-vous de venir boire le thé chez moi, en guise de remerciement ? J’aurai pu être enlevée par ces hommes, ou pire, si vous n’aviez pas été là. »

    Leora se montra étonnée par une telle proposition. Personne ne l’avait jamais invité chez elle, encore moins une personne des quartiers riches. Elle hésita quelques secondes : son expérience lui avait appris qu’il n’était pas bon de suivre les inconnus. Mais cette Alys avait un petit quelque chose de rassurant, et ne paraissait pas menaçante. Toutefois, Leora s’interrogeait tout de même sur la raison de sa présence dans le ghetto. Les membres de la haute société évitaient, la plupart du temps, de s’aventurer dans ce quartier. Par conséquent, la cité de Tengai était véritablement coupée en deux, les « riches » et les « pauvres » ne se croisaient quasiment jamais. Ainsi, si le centre-ville, repère des plus aisés, était relativement calme et paisible, le taux de criminalité du ghetto était assez élevé. Ni le gouvernement de la ville, ni la police n’avait de pouvoir dans cette zone, qui se trouvait aux mains des malfrats les plus cruels du pays, ou autres associations de malfaiteurs. Après quelques secondes, Leora accepta l’invitation. De ce qu’elle avait observé d’Alys, la femme aux cheveux rouges serait toujours en mesure de se défendre contre elle, en cas de problème.

    Le duo se mit alors en route. Alys ouvrait la marche, indiquant la route à Leora, qui était davantage concentrée par l’architecture de la vieille ville. Les austères bâtiments aux briques rouges, sombres, du ghetto laissaient la place aux luxuriantes maisons aux façades joliment décorées. La plupart des habitations disposaient de balcons sculptés, et étaient parsemés de différents montages floraux. Les lampadaires fabriqués en fer forgé éclairaient les rues pavées, très propres, sur lesquelles passaient de temps en temps les fiacres tirés par de fiers chevaux. Un large contraste par rapport à ce que Leora connaissait. Par ailleurs, il ne lui était quasiment jamais arrivé de se rendre dans ce quartier. Au bout de quelques minutes, n’importe quel habitant du ghetto faisait face aux regards des habitants de la vieille ville. C’était d’ailleurs le cas en ce moment. Voilà pourquoi Leora s’efforça à rester la plus proche possible d’Alys. Les deux femmes passèrent également par la rue commerçante, dans laquelle l’habitante du ghetto put observer à sa guise les vitrines décorées de vêtements de luxe. Puis, les deux femmes passèrent juste en-dessous d’une sorte de pont. Leora leva la tête, et remarqua qu’il ne s’agissait pas de cela.

    – Çà, là… C’est le monorail ?

    – Oui, répondit Alys. « Il est encore en construction mais devait être bientôt terminé, pour l’exposition mondiale ».

    Leora avait déjà entendu parler de l’exposition mondiale. Tengai, et particulièrement la vieille ville, se trouvait sens dessus dessous depuis l’annonce de l’organisation par le maire. Cet événement devait faire entrer la cité au panthéon des plus grandes villes du monde. Le dirigeant s’échinait alors à donner la meilleure image de sa ville. De ce fait, les dissensions, déjà existantes, entre la vieille ville, partie des riches, et le ghetto, s’étaient encore accentuées. Pour les habitants du ghetto, l’exposition mondiale n’avait rien apporté de bon. Ils étaient d’autant plus considérés comme des parias, alors que la vieille ville continuait de s’enrichir.

    – Je me trouve vraiment chez les riches, marmonna Leora.

    Alys se retourna. Elle avait entendu sa remarque, à la grande surprise de sa compagne.

    – On peut dire ça… Mon travail me permet de maintenir un certain niveau de vie.

    Pendant un instant, Leora pensait avoir touché le gros lot. Il était toujours intéressant d’avoir des connaissances dans cette partie de la ville, cela pourrait certainement lui ouvrir quelques portes. Durant un court moment, il lui arriva de penser qu’elle pourrait se sortir de sa pauvreté, et qu’elle pourrait peut-être vivre dans ce quartier.

    Soudainement, Alys s’arrêta devant une demeure de plusieurs étages. La façade de la maison était d’un blanc immaculé. L’habitation disposait de plusieurs larges fenêtres, chacune étant équipée d’un petit balcon taillé, qui était du plus bel effet. La porte était fabriquée en ébène. Le numéro 42 était inscrit en lettres d’or sur la porte. Alys sortit la clé de l’une des poches de sa robe et l’enfonça dans la serrure.

    Un long couloir décoré de boiseries s’étendait devant Alys et Leora. Un escalier de marbre se situait au bout du corridor.

    – J’habite au deuxième étage, signifia Alys.

    Elles montrèrent l’escalier. Arrivées devant la porte de l’appartement, Leora posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.

    – Au fait, quel est votre travail ? Comment parvenez-vous à vous payer une maison comme celle-ci ?

    – Ah oui… Je ne suis que locataire ici, au juste… Plusieurs personnes habitent dans cette maison. Et, je suis la plus grande détective de la ville de Tengai.

    ***

    Quelques heures plus tôt…

    Alys se dirigeait d’un pas assuré vers le centre-ville. Au loin, elle pouvait admirer la construction de la Tour de l’Espoir, une immense structure en métal doré de plusieurs dizaines de mètres destinée à marquer l’organisation de l’exposition mondiale par Tengai. Elle pouvait donc observer les nombreux ouvriers – qui, à cette distance, étaient semblables à des fourmis – grimper parfois à des hauteurs très dangereuses, juste pour accomplir les desideratas du maire, et pour participer à l’envie de grandeur de la cité.

    Mais Alys ne comptait pas se rendre à la Tour. À quelques rues de là se trouvait le commissariat principal de la ville. À force, elle connaissait le chemin par cœur. Le commissaire Yuji, un homme bien portant qui était âgé entre trente-cinq et quarante ans, faisait souvent appel à elle pour démêler  ses enquêtes les plus difficiles. Alys avait, en effet, un petit quelque chose en plus. Elle avait le chic pour dénicher des indices invisibles aux yeux des enquêteurs, ou pour établir des liens entre des événements auxquels les policiers n’avaient pas pensé une seule seconde. Finalement, elle s’était créé une certaine réputation. Pourtant, sa renommée ne dépassait pas les murs du commissariat, Alys préférant cultiver l’anonymat le plus possible, histoire que cela ne gêne pas ses enquêtes.

    Elle poussa donc la porte battante du bâtiment d’un geste brusque et se dirigea directement vers le bureau de Yuji. On aurait dit qu’Alys rentrait chez elle, tellement elle se trouvait à son aise. Elle salua rapidement les personnes qu’elles croisaient, mais, à aucun moment, elle ne donnait l’impression d’avoir été convoquée. Un quidam aurait même pensé que c’était elle qui dirigeait la police de Tengai, au vu de son attitude.

    Alys frappa à la porte du bureau, mais n’attendit même pas de réponse. Elle pénétra directement dans la pièce. Au fond, derrière son bureau, se tenait Yuji, qui réfléchissait tranquillement, en observant la ville depuis sa fenêtre. Il était très grand, environ un mètre quatre-vingt-dix, et avait les cheveux courts bien coupés. Certaines mèches grises étaient parsemées çà et là. Ses yeux bleus lui procuraient un regard extrêmement perçant et légèrement inquiétant. Il portait également une chemise beige et une sorte de pantalon bleu, une tenue bien différente de l’uniforme réglementaire, en somme. Lorsqu’Alys entra en toute hâte dans son bureau, Yuji se retourna, et, très peu étonné, l’invita à s’asseoir.

    – Le Maire arrivera très bientôt, commença-t-il.

    – Le Maire ? s’écria Alys. « Qu’est-ce qu’il a à voir avec ce que vous avez à me dire ? »

    Intrinsèquement, Alys se réjouissait, mais elle ne le laissait pas transparaître. Si le maire devait être présent, c’est qu’il s’agissait sans doute d’une affaire très dangereuse et compliquée. Alys allait pouvoir exercer ses capacités de déduction. Dans de tels cas, elle se comportait comme un enfant qui allait pouvoir s’amuser avec son jouet.

    – C’est une affaire très grave, et je ne m’en sors absolument pas… regretta Yuji.

    Il fut interrompu par l’arrivée du maire, en trombe. Cet homme d’une cinquantaine d’années, dégarni et bedonnant, paraissait extrêmement préoccupé. Son costume trois pièces laissait paraître une grande quantité de sueur. Yuji essaya de calmer le maire et l’invita à prendre place aux côtés d’Alys.

    – Un whisky, Monsieur le Maire ? J’en ai un très bon juste là, un single malt, dix-huit ans d’âge, une merveille.

    – Avec plaisir, répondit-Il. « J’en ai bien besoin. »

    – Et vous, Alys ?

    – Non merci, je ne bois pas d’alcool. Cela me déconcentre et m’encombre le cerveau.

    Le commissaire Yuji acquiesça, puis tourna la tête dans tous les sens mais n’avait rien d’autre à proposer à son invitée.

    – Il ne me faut rien, merci. Venons-en au fait.

    Yuji servit donc deux verres de whisky bien remplis, dont un avec des glaçons pour le maire, puis s’installa sur son fauteuil Voltaire, juste derrière son bureau.

    – Voilà, nous avons à faire avec une affaire d’enlèvements. On nous a déjà rapporté plus quatre enlèvements dans le ghetto. Les personnes n’ont aucun lien entre elles, et n’ont pas le même âge. En gros, nous pataugeons, nous ne savons même pas par où commencer. Le Maire est déjà au courant. Je lui ai donc suggéré de faire appel à vous, Alys. Vous êtes la seule à pouvoir nous aider sur ce coup.

    Alys réfléchit un instant. Le Maire l’observa, insistant.

    – Monsieur le Maire, vous vous inquiétez de ce qu’il se passe dans le ghetto maintenant ? lança Alys sur un ton de défi.

    Le Maire fut très gêné. Alys l’avait percé à jour en quelques secondes.

    – C’est que… L’expo mondiale a lieu dans quelques temps… Et je n’aimerai pas que les journaux du monde entier commencent à se mêler de cette affaire. L’image de la ville est très importante… essayait-il de rétorquer. Alys, quant à elle, était assez fière de sa légère pique.

    Alys s’avança vers le tableau où se trouvait l’ensemble des portraits des suspects, et les analysa un par un. Sur chacun était inscrit le nom de la victime, son âge et une photo. Le premier était Kôta Airi, 35 ans. La deuxième était une adolescente d’à peine 15 ans, Maëlys Hoshi. La troisième était plus âgée, la cinquantaine bien entamée et s’appelait Sybille Takuya. Nathan Ayate, la quatrième victime, était quant à lui un jeune adulte de 21 ans.

    À première vue, Alys ne trouvait rien qui pouvait relier ces victimes. Le commissaire l’avait juste informée que tous les quatre avaient été enlevés, visiblement quand ils s’étaient aventurés dans le ghetto. C’était le seul indice à sa disposition.

    – Très bien ! Je prends l’enquête ! annonça Alys. Celle-ci paraissait très compliquée, ce qui constituait un défi supplémentaire pour elle. Souvent, elle évitait les intrigues trop simples. Elle ne voulait être appelée que pour les affaires qui pouvaient mettre son esprit en ébullition. Et celle-ci était de cet acabit. « Je peux vous emprunter le portrait des victimes ? », demanda-t-elle.

    – Bien sûr, répondit Yuji.

    – Sur ce, à bientôt !

    Alys ne prit même pas la peine de saluer le commissaire et le Maire, et quitta directement le commissariat.

    Dans le bureau, le silence avait pris place. Désemparés, Yuji et le Maire restaient prostrés pendant plusieurs secondes.

    – Ça lui arrive souvent de partir comme ça ? demanda le Maire.

    – Toujours… pouffa Yuji. « Mais, ne vous inquiétez pas. Si quelqu’un est capable de résoudre ce mystère, c’est bien Alys ! »

    ***

    Leora entrait lentement dans l’appartement d’Alys, et parcourut la première pièce du regard. Alys se dirigea directement vers la cuisine, qui était située à gauche de l’entrée, pour boire un grand verre d’eau, puis elle sortit le nécessaire à thé.

    – Installez-vous ! J’arrive !

    Leora s’avança. Elle entra directement dans le salon, ou du moins dans une pièce qui ressemblait vaguement à un salon. Une table basse était située en son centre, avec, autour de celle-ci, un grand canapé en cuir rouge et un petit fauteuil. La table était envahie de divers papiers, coupures de presse, mais aussi de flacons contenant d’étranges liquides. Au fond de la pièce se trouvait un large tableau noir, sur lequel état placés plusieurs documents et plusieurs photos. Leora remarqua également quelques impacts de balle sur le mur, mais préférait ne pas demander à Alys ce qu’il s’était passé. Plusieurs livres se trouvaient également sur le sol. Leora se fraya un chemin vers le canapé rouge et s’assit lentement.

    – Hé, Alys, qu’est-ce que tu nous as ramené là ?

    Leora sursauta. Le chat était tranquillement assis sur la table basse devant elle. Mais il venait de parler. Pourtant, Alys lui répondit franchement :

    – C’est une jeune femme que je viens de rencontrer dans le ghetto. Elle était en danger, donc je l’ai conduite ici…

    Alys retourna dans le salon, et remarqua la mine effrayée de Leora.

    – Ah oui, j’allais oublier… Leora, je te présente Lupin. Lupin, voici Leora.

    Mais ce ne fut pas suffisant pour rassurer son invitée.

    – Ce chat… parle ?

    – En tout cas, c’est quelqu’un de sacrément perspicace, s’étonna Lupin.

    – Mais… Il parle… Vraiment…

    – Alys, tu penses que ça va lui prendre combien de temps pour qu’elle réalise…

    Leora s’effondra sur le canapé. Il persistait d’énormes différences entre ce à quoi elle s’attendait, de la part d’une fille du quartier riche de la ville, et ce qui se trouvait dans son appartement. Pendant un instant, elle se demanda si elle n’était pas tombée dans une maison de fous.

    – Oui, Lupin est un spécimen spécial… expliqua Alys. « Il est même unique au monde ! » Puis, elle se ravisa : « Ah oui, pour être unique, il l’est… »

     Lupin prit une posture de fierté, toujours assis sur la table basse.

    Leora reprit ses esprits. Elle n’avait pas encore totalement digéré l’existence d’un être tel que Lupin, mais elle essayait de faire bonne figure. Alys lui avait préparé une tasse de thé qu’elle avait posée au milieu du désordre. Puis, la jeune femme aux cheveux rouges se risqua à diriger sa main vers le chat.

    – Laisse tes sales pattes où elles sont ! Je ne suis pas ce genre de chat !

    – Heu, désolée… murmura Leora.

    – Lupin, sois gentil ! grogna Alys.

    – Depuis quand tu ramènes des gens du ghetto. C’est une nouvelle mode ?

    – Je suis navrée, lança Alys en direction de Leora. Puis elle se tourna vers Lupin : « Ce n’est pas une manière de traiter des invités, peu importe d’où ils viennent… Je te l’ai dit, elle était en danger… »

    – Je suis certain qu’il n’y a pas que ça…

    – En effet…

    Leora se montrait perplexe et inquiète.

     – Oui, je voudrais savoir : que vous voulez ces types ?

    – Vous ne venez pas souvent dans le ghetto… rétorqua Leora. « Merci pour le thé ! » ajouta-t-elle.

    – Je dois bien avouer que non…

    – Ce type de pratiques est courant là-bas. Je pense que ces hommes voulaient m’enlever pour m’emmener à leur patron. Le ghetto est gangrené par les gangs, vous savez… Et les chefs sont toujours intéressés par les jolies jeunes filles…

    – Mais vous n’avez aucune idée de leurs réelles intentions…

    – Malheureusement, non…

    Leur conversation fut soudainement interrompue par un tambourinement venant de la porte d’entrée.

    – Vous pouvez y aller plus doucement, rugit Lupin. « Nous ne sommes pas sourds ! »

    – Chut ! dit Alys.

    La jeune fille à la tresse se dirigea vers la porte d’entrée et ouvrit. Le commissaire Yuji se tenait sur le pas de la porte, en sueur.

    – Alys, nous avons un nouveau cas d’enlèvement.

    – J’arrive ! répondit-elle directement.

    Puis, Alys referma soudainement la porte et poussa un cri de joie. Son enquête pouvait véritablement commencer.

    – Si vous voulez, vous pouvez m’accompagner, chère Leora. Votre participation dans cette enquête me sera d’une grande aide. Il est toujours bon d’avoir avec soi quelqu’un qui connaît bien le ghetto.

    Leora hésita.

    – Et si vous voulez, vous pouvez loger ici. J’ai une chambre d’amis dans cette pièce, expliqua Alys en pointant une porte du doigt. « Vous êtes la bienvenue ! »

    – Tu ne comptes pas la faire dormir ici ? exhorta Lupin

    – Et pourquoi pas ?

    – Mais c’est ma pièce. Je dors toujours là…

    – Tu squattes cette pièce quand il n’y a personne, lui répondit Alys sur un ton de défi. « Tu n’auras qu’à dormir ailleurs… »

    Lupin eut un regard dédaigneux envers Leora. Cette fille n’était là que depuis une dizaine de minutes et avait déjà chamboulé toutes ses vieilles habitudes, et il n’aimait pas ça.

    Leora hésitait : « Je ne voudrais pas vous ennuyer ».

    – Disons qu’on se met d’accord. Vous m’aidez dans cette enquête, et vous pouvez vivre ici, à l’abri, proposa Alys.

    La fille du ghetto marqua quelques secondes de pause. Alys était tout de même étrange. Elle venait de lui proposer le gîte, alors qu’elle ne la connaissait que depuis une petite heure. Selon Leora, il fallait être totalement inconscient pour donner ainsi sa confiance au premier venu. Cependant, la jeune femme ne pouvait refuser de vivre, ne serait-ce que quelques jours, en dehors du ghetto, au calme.

    – C’est d’accord !

    – Alors, on y va !

    Alys enfila rapidement son chapeau de style victorien, et se dirigea vers la sortie. Leora la suivait, toujours un peu perdue. Elle se demandait déjà dans quelle histoire de fous elle s’était embarquée.

    – À plus, Lupin, lança Alys en refermant la porte.

    – Tsss... murmura le chat en guise de réponse. Puis, Lupin repartit se blottir contre les coussins du canapé.

    Alys et Leora retrouvèrent donc le fiacre du commissaire Yuji garé dans la rue. Celui-ci les attendait calmement.

    – Elle est avec moi, dit directement Alys en entrant dans le véhicule.

    – D’accord, répondit Yuji.

    Le cocher se mit alors en route, et le fiacre prit la direction du centre-ville. Alys était en route vers une nouvelle enquête, et Leora ne savait pas encore à quel point les jours à venir allaient changer sa vie.

    ***

    6
    Musique et PV / Re : Des retours sur Sand Planet?
    « le: 31 décembre 2017, 13:01:54 »
    D'ailleurs, Hachi lui même a repris "Suna no Wakusei", sous son vrai nom, Kenshi Yonezu (je trouvais intéressant de le partager):

    https://www.youtube.com/watch?v=rXjfJyAr220

    Je la trouve pas mal cette cover^^

    La chanson est présente sur son album, avec cette chanson-ci que j'aime beaucoup : https://www.youtube.com/watch?v=Dx_fKPBPYUI, et l'opening de "My Hero Academia" : https://www.youtube.com/watch?v=9aJVr5tTTWk

    7
    Musique et PV / Re : Des retours sur Sand Planet?
    « le: 29 décembre 2017, 21:36:27 »
    J’ai eu un peu de mal avec cette chanson à la première écoute. Pas que je la détestais, loin de la, mais je n’en l’avais pas adorée. Mais, après plusieurs écoutes, je la trouve vraiment chouette. Ce n’est pas une chanson facilement abordable, mais elle se bonifie au fur et à mesure qu’on l’écoute...

    Par contre, le clip est top, ça c’est une certitude !

    8
    Discussions générales et questions / Re : Fandom mourant?
    « le: 29 décembre 2017, 21:34:01 »
    Quand on regarde bien, on vient de fêter les 10 ans d’Hatsune Miku (et des Kagamine il y a quelques jours). Il n’y a quand même pas beaucoup d’effets de mode dans le domaine culturel qui tiennent aussi longtemps, surtout aujourd’hui.

    Tout ça pour dire qu’on est quand même loin de la fin. Il y a toujours des chansons qui sortent, il y a des concerts un peu partout, etc.

    Au Japon aussi, on remarque que Miku et d’autres Vocaloid ont eu un impact culturel. On trouve encore assez facilement des goodies dans les magasins spécialisés, etc. (D’ailleurs, j’ai trouvé qu’au Japon, on trouvait aussi facilement des goodies de Miku que des goodies d’animes populaires)

    Et puis, il peut toujours y avoir un nouveau souffle. Quand on voit les vues sur la vidéo « Sand Planet » par exemple, on voit bien que le public est encore là. Parfois, je me dis qu’il faudrait juste un gros tube pour que d’autres personnes se mettent à s’intéresser.

    J’avoue que je n’ai jamais fait attention aux groupes « anti-Miku »... Est-ce que c’est si agressif que ça ? Si c’est le cas, c’est vraiment stupide...

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    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 17 décembre 2017, 13:22:54 »
    Et voici le chapitre 26 ! (Après un bon moment ^^)

    Spoiler

    Chapitre 26 Boukoku no Nemesis

    Kyuu et Roku observaient, immobiles, le hall d’entrée du Palais de Kabegami. Ils cherchaient plus à détourner leur concentration et à éviter de s’inquiéter, dans l’attente de la venue des exilés du pays de Kuni. Les jumeaux analysèrent donc les différentes statues de chats qui ornaient l’entrée, juste en dessous des nombreux portraits d’anciens Rois et Reines de Seisui. Pendant un instant, ils se regardèrent chacun fixement, et émirent un petit rictus inquiet.

    Quelques minutes plus tard, Rin et Len arrivèrent dans le hall d’entrée, suivis de près par Miku et Mizki, la conseillère de la Reine IA. La commandante avait une expression très sérieuse sur le visage. Toutefois, elle ne se réjouissait pas de la présence des Genshine, elle était juste désireuse d’en savoir plus. Bien sûr, ils pouvaient s’avérer une énorme source d’informations sur les agissements de Fukase, mais Miku n’était pas encore certaine de pouvoir faire confiance à Kyuu et Roku.

    Les jumeaux aux cheveux verts restaient silencieux, et s’inclinèrent respectueusement devant Miku et Mizki (Roku posa la main dans le dos de son frère comme pour le forcer à saluer). Contre toute attente, ce ne fut pas l’ancienne commandante de la Garde royale qui embraya la conversation :

    – Qui sont-ils ? Ils viennent de chez vous ? demanda Mizki, perplexe. Plus le temps passait, plus la conseillère découvrait que les événements de Kuni se montraient plus complexes qu’ils ne paraissaient. Et cela commençait à avoir des conséquences sur sa propre nation. Sans compter le fait qu’elle savait que Miku et Luka lui cachaient la plus grande partie des révélations.

    – Ce sont les associés de Fukase, l’homme qui a pris le pouvoir dans notre pays. Que venez-vous faire ici ? interrogea Miku, en se tournant vers Kyuu et Roku et en les gratifiant d’un regard particulièrement insistant.

    Les Genshine tremblaient. Ils ne pouvaient désormais plus reculer :

    – Nous avons quitté Fukase. Nous voulons nous rallier à vous. C’en est trop, c’est allé trop loin… compléta Roku, avec hésitation.

    Miku se retourna alors vers Mizki, et lui demanda, avec respect, de pouvoir s’entretenir avec les jumeaux dans une salle annexe. Mizki accepta, et désigna une pièce qui se trouvait à quelques mètres de là. Le jeune femme aux couettes conduisit alors les Genshine vers la salle, et ordonna à Rin et Len d’attendre avec eux. Miku quitta alors le hall et partit chercher les autres exilés. De son côté, Mizki s’entretint avec les deux gardes présentes à cet endroit, à l’abri des regards.

    – Écoutez, je veux que vous gardiez cette salle durant tout le temps de la réunion.

    Le premier garde acquiesça, mais Mizki s’empressa d’ajouter :

    – Et je veux que vous me fassiez un rapport sur ce que vous aurez entendu… Je veux tout savoir de leur entretien… Restez discrets !

    Ensuite, la conseillère regagna rapidement la salle du trône, et continua les préparatifs du couronnement. Elle ne devait pas oublier que l’un des événements les plus importants de son pays allait avoir lieu dans quelque temps.

    ***

    Les jumeaux Genshine étaient tranquillement assis à la table, et faisaient face aux Kagamine. L’ambiance était lourde, personne n’osait prononcer le moindre mot. Kyuu et Roku sentirent des borborygmes traverser lentement leur ventre. Quelques gouttes de sueur perlaient sur leurs fronts. Soudain, la porte de la salle s’ouvrit et laissa apparaître Miku. Rin et Len se levèrent, laissèrent la place à la commandante et partirent s’installer près de Kyuu et Roku.

    Luka suivait Miku de près. Alys et Shirosaki assistaient également à la réunion et observaient les jumeaux aux cheveux verts d’un air sévère. Gumi arriva en dernier. Immédiatement, elle dégaina son sabre et se lança vers le jumeau le plus proche, à savoir Kyuu. Les Genshine s’échappèrent alors rapidement de leurs chaises et partirent se réfugier dans le fond de la pièce. Gumi, folle de rage, se dirigea vers eux. Tout se passa tellement vite que Miku n’eut pas le temps d’intervenir. Rin se positionna alors devant les jumeaux, les bras tendus, et fit face à Gumi, l’air déterminé. Len se trouvait à quelques mètres d’elle. La lieutenante s’arrêta à quelques centimètres de son élève. Les sourcils froncés, elle lui ordonna de s’écarter.

    – Maître, gardez votre calme. Ils sont ici pour nous aider ! hurla Rin.

    – Ils sont responsables de ce qui est arrivé à Yuma !

    – Ils ont souffert autant que nous… Écoutons au moins ce qu’ils ont à dire ! ajouta la jeune fille.

    Rin fut alors rejointe par Miku qui ramena Gumi sur le siège installé à côté d’elle. Luka était assise à la gauche de Miku. Les Kagamine et les Genshine regagnèrent leurs places, tandis qu’Alys et Shirosaki n’avaient pas bougé.

    – Merci Rin, murmura tranquillement Roku, reconnaissant.

    De son côté, Len analysa très précisément l’attitude de l’aîné des Genshine. Il ne faisait pas encore complètement confiance à Kyuu. Ainsi, il comptait profiter de cette petite réunion pour tirer des conclusions sur le comportement des jumeaux aux cheveux verts.

    – Bon qu’est-ce que vous voulez exactement ? demanda directement Miku.

    Roku tentait de retrouver son calme. Kyuu, de son côté, restait parfaitement silencieux. Finalement, ce fut le cadet qui prononça les premiers mots, bien qu’il fût quelque peu hésitant.

    – Nous venons vous proposer notre aide… Nous avons passé un long moment avec Fukase, mais nous pensons qu’il fait fausse route… Nous sommes allés trop loin… Nous voulons nous racheter.

    Le regard de Roku voyageait entre Miku, Gumi et son frère au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche.

    – Vous êtes donc des traîtres ! vociféra Gumi.

    Kyuu réagit à cette réplique. Les jumeaux avaient longtemps réfléchi sur la question de savoir si leur fuite pouvait être considérée comme de la traîtrise. La question demeurerait sensible pour eux. Finalement, les deux jeunes garçons baissèrent la tête, honteux.

    – Nous avons toujours essayé de faire le moins de dommages possible. Lorsque nous étions en mission, nous voulions faire le moins de victimes possible… répéta inlassablement Roku.

    – C’est vrai que nous n’avions retrouvé aucun mort, hormis le chef de village, quand nous avons inspecté la tour d’Uchi, admit Miku.

    Les Genshine relevèrent donc la tête, voyant cette dernière réplique de la commandante comme un léger signe de confiance.

    – Mais, ça ne devenait plus possible… Fukase devenait fou, et c’en était trop… Nous avons alors décidé de le quitter…

    Roku ne termina pas sa phrase.

    – Et vous pensez que vous pouvez revenir vers nous comme ça ? Après tous vos crimes ? lança Gumi. Miku ne disait rien, elle devait avouer que sa lieutenante avait raison.

    Ce fut donc au tour de Kyuu de se mêler à la discussion :

    – Nous voulons juste faire tomber Fukase, maintenant. Quand tout cela sera fini, nous serons prêts à accepter notre sanction pour ce que nous avons fait.

    Kyuu et Roku ne pensaient pas pouvoir se dérober de leurs crimes passés. Mais ils voulaient plus que tout essayer de se faire pardonner. L’avenir allait certainement encore être jonché de surprises, les jumeaux avaient désormais décidé de se laisser guider par leur instinct.

    Un léger instant de silence prit possession de la pièce, avant que Miku n’embraye, pour terminer la discussion. Elle jeta un regard vers la Reine Luka, qui lui fit un petit signe de la tête. Les deux femmes pouvaient parfois se comprendre sans avoir le besoin de parler.

    – Bon, nous acceptons de votre aide. Si la princesse IA et Mizki acceptent de vous héberger, nous vous incorporons à notre groupe… En ce qui concerne la sanction pour vos crimes, nous verrons cela lorsque la crise sera terminée…

    Miku laissait planer le doute. Kyuu et Roku éprouvèrent quelques difficultés à réfréner un soudain sourire. Ils bénéficiaient d’un moment de répit, et allaient pouvoir tenter de réparer leurs erreurs.

    – Mais, méfiez-vous, vous ne pourrez plus faire marche arrière. Mesurez bien les conséquences de vos actes. Vous pouvez disposer. Je referai appel à vous quand j’aurai besoin de vous parler.

    Les jumeaux aux cheveux verts quittèrent donc la salle de réunion, accompagnés par les Kagamine. Rin, de son côté, était assez satisfaite de la décision de Miku et de Luka. Len, au final, avait été relativement convaincu par les explications de Roku, et avait envie de croire à l’histoire des jumeaux. Dans la salle restaient Gumi, Luka, Alys et Shirosaki. La lieutenante pestait. Elle essayait de ne pas faire transparaître sa colère, sans grand succès. Elle se contenta alors de quitter la pièce, quelques minutes après les jumeaux, et lança à Miku, sur un ton inamical :

    – J’espère que tu sais ce que tu fais… Son ton se montrait particulièrement familier.

    Alys et Shirosaki prirent ensuite le chemin de la sortie, mais la koryuiste fut arrêtée net par Miku :

    – Alys, j’aimerai que tu surveilles les jumeaux…

    – Comment ça ? demanda la jeune fille à la tresse. « Je pensais que vous leur faisiez confiance…

    – Je préfère rester prudente… Je ne peux pas envoyer Gumi sur cette mission, elle semble éprouver bien trop de rancœur. Tu es la personne qui pourra rester la plus impartiale dans cette histoire. Essaie aussi d’en savoir plus sur leur passé, ça peut toujours être utile.

    Alys n’appréciait pas plus que ça d’être utilisée comme espion – d’autant plus qu’elle ressentait une légère pitié pour les jumeaux – mais elle acquiesça, estimant ne pas avoir d’autre choix.

    – Bien, commandante…

    ***
    Le jour était enfin venu. Dans sa grande chambre du Palais de Kabegami, IA se préparait pour le moment qu’elle avait attendu toute sa vie. Son existence entière l’avait conduite à cet instant précis ; elle avait été élevée pour devenir Reine de Seisui. La jeune femme avait déjà enfilé sa robe blanche de cérémonie et s’observait dans le miroir, en silence. Elle ressentait une certaine pression. Plus la cérémonie de couronnement approchait, plus elle s’interrogeait sur sa capacité à tenir les rênes de ce pays.

    Mizki était passée la voir quelques instants plus tôt, pour s’assurer que tout était en ordre. IA aurait bien voulu discuter avec elle, mais sa conseillère devait vaquer à plusieurs occupations. En outre, IA ne savait pas si Mizki pouvait véritablement l’aider. En effet, les personnes qui pouvaient comprendre son désarroi et son inquiétude se comptaient sur les doigts d’une main. Alors qu’IA s’assit tranquillement sur son lit et soupira, un son lourd se fit entendre, provenant de la porte de sa chambre. IA se leva et partit ouvrir. C’est alors que Luka apparut sur le pas de la porte, telle une providence que le destin avait placé là. En ce moment, aucune autre personne n’aurait pu être plus utile à IA.

    Luka resta un moment à l’extérieur de la chambre, le regard timide:

    – Je me suis dit que vous auriez certainement envie de parler juste avant le couronnement… commença-t-elle calmement.

    – Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, s’écria IA, qui invita directement la souveraine à l’intérieur.

    Luka s’assit sur une chaise située dans un des coins de la pièce. Elle ne put prononcer un seul mot, IA avait déjà pris la parole.

    – Est-ce que vous pensez que je suis prête ?

    La Reine exilée ne fut même pas étonnée par cette question. Comme elle s’en doutait, IA éprouvait les mêmes doutes qu’elle.

    – Je vais vous dire… On ne l’est jamais vraiment…

    IA se mit alors à bombarder Luka de questions. Comment allait-elle apprendre à gérer le pays ? De quelle façon allait-elle devoir se comporter avec son peuple ? Comment gérer une crise ? Bien qu’elle ait été préparée, IA ne parvenait pas à évacuer ses doutes.

    Luka sourit affectueusement.

    – Vous savez… Tout ce que vous avez à faire, c’est d’être honnête avec vous-même. Si vous faites ce qui semble être juste, tout se passera bien.

    La dame aux cheveux roses fut étonnée par son propre discours. Luka se dit qu’elle n’avait pas respecté elle-même ses préceptes. Pendant un moment, elle resta immobile et silencieuse, plongée dans ses pensées.

    Finalement, elle salua amicalement Luka, l’étreignit gentiment et quitta la chambre. Luka rejoignit l’état-major de Kuni qui se préparait pour le couronnement.

    ***

    Toutes les rues de Kabegami étaient copieusement décorées. Une immense foule s’amassait derrière les barrières en bois qui s’étalaient tout le long de la rue principale de la ville. Le soleil brillait et les cerisiers en fleurs donnaient encore plus de prestance et de beauté à l’ensemble du tableau. Les pétales des fleurs de cerisiers flottaient sous le vent léger qui parcourait toute la ville, amenant une sensation de paix et de sérénité. Une légère écume, provoquée par les nombreux points d’eau que comptait la ville, se faisait sentir dans toute la cité. D’aucuns n’auraient pu rêver meilleure scène pour le couronnement.

    Le groupe de Kuni, accompagné des jumeaux Genshine, avait pris place près du Palais Royal. Au loin, ils pouvaient observer les différentes délégations étrangères qui avaient également fait le déplacement. Néanmoins, la plupart des pays n’avaient fait qu’envoyer leurs ambassadeurs. Au final, la seule tête couronnée présente était Luka – qui était en exil. Depuis la dernière Guerre, tous les pays s’étaient paradoxalement repliés sur eux-mêmes, se concentrant davantage sur leur reconstruction.

    Soudain, IA apparut en haut des escaliers de l’entrée du Palais, provoquant les clameurs de la foule. Un immense cortège l’accompagnait. Mizki se trouvait à ses côtés. Un contingent assez important de prêtres du temple se contentait de suivre IA en silence. Puis, à l’arrière, les trompettes et les tambours vrombissaient. L’atmosphère était assez festive. Le groupe se mit alors en marche et commença à tracer sa route au milieu des barrières en bois. Alors qu’elle passait au niveau de la Reine Luka, Mizki proposa au groupe de se retrouver à l’arrivée du cortège, sur la baie de Kabegami. C’est à cet endroit que prendrait place le couronnement.

    – Vous serez étonnés, je pense, clama Mizki.

    Depuis leur arrivée, aucun membre de l’armée de Kuni n’avait pu voir la conseillère joyeuse à ce point. Même si la situation n’était pas facile et que Mizki n’avait eu que quelques heures de sommeil à son actif ces derniers jours, la dame avait choisi de faire fi de toutes les complications actuelles, au moins durant la cérémonie.

    Le cortège continua lentement vers la baie de Kabegami. Il passa ainsi sur les nombreux ponts de la ville. A certains moments, IA s’arrêta pour saluer la foule. Au bout d’une petite heure, le convoi arriva à sa destination finale. D’un coup, la musique s’arrêta, les clameurs de la foule s’estompèrent. Le Grand Prêtre du temple s’installa sur le petit promontoire en bois qui surplombait la baie de Kabegami. L’eau s’étendait à perte de vue. La lumière du soleil reflétait dans l’eau azurée.

    – Princesse IA, veuillez-vous avancer ! ordonna le prêtre. Celui-ci était d’un certain âge, portait une longue barbe grisâtre, et dégageait une impression de profonde sagesse. Il paraissait également tenir son rôle à cœur. Ainsi, une certaine forme de sévérité se dégageait de son regard.

    Alors que le prêtre restait au sec, IA plongea complètement dans l’eau douce. Elle y resta plusieurs secondes, dans le silence le plus complet. Dans le même temps, Mizki avait rejoint la Reine Luka et son groupe, principalement pour leur fournir des explications.

    – On dit que cette sorte de baptême permet au futur souverain d’être protégé par ses ancêtres. Il s’agit d’un passage obligatoire dans la cérémonie.

    Luka suivait tout cela avec attention. Rin et Len n’avaient pas tout compris à ces explications, mais profitaient de la ferveur qui entourait la population, en gardant leur calme. Alys et Shirosaki assistèrent à la cérémonie dans le plus grand respect. Le bibliothécaire ne se priva pas non plus de poser quelques questions à Mizki. La culture des pays étrangers l’intéressait fortement, et assister à un tel couronnement représentait un honneur pour lui. Miku et Gumi restaient immobiles, le regard absent. Sans doute avaient-elles l’esprit encore occupé par la crise contre laquelle ils devaient tous faire face. Quant à Kyuu et Roku, ils adoptèrent un comportement radicalement différent l’un de l’autre. Si le cadet avait rejoint Shirosaki et interrogeait souvent la conseillère, montrant le plus grand intérêt, Kyuu passait le plus clair de son temps à observer les oiseaux qui volaient dans le ciel.

    IA sortit rapidement de l’eau, et fut rapidement rejointe par plusieurs servants qui s’affairaient à l’essuyer. Puis le prêtre prononça quelques mots et lui brandit son sceptre. Celui-ci était d’une longueur assez grande, atteignant quasiment les deux mètres, et était fabriqué en argent. A son extrémité, on pouvait observer une sculpture représentant les dieux de l’eau, les protecteurs de Seisui.

    – C’est bientôt l’heure de la prière, informa Mizki. « La Reine doit demander la protection des dieux pour elle et son peuple ».

    Discrètement, Kyuu, qui n’écoutait que d’une oreille, soupira. Il ne croyait pas à toutes ses coutumes, et mourait d’envie de le faire savoir.

    – Beaucoup de choses peuvent t’étonner ici… réagit Len.

    L’aîné des Genshine ne répondit pas, se contentant d’observer son interlocuteur avec un certain dédain.

    Pendant ce temps, IA se mit à balancer son sceptre dans tous les sens, puis pratiqua quelques pas millimétrés. Ensuite, elle s’arrêta net, s’agenouilla et récita :

    « Ô, dieux de l’eau,
    Puisse votre toute puissance nous protéger de tous les maux.
    Moi, IA, nouvelle Reine de Seisui,
    Promet de garder chaque citoyen à l’abri,
    De ne pas me laisser envahir par la haine,
    Et d’accomplir mes obligations sans peine.
    Mais, si Seisui venait à être menacé de destruction,
    Puissiez-vous, ô dieux, nous accorder votre protection. »

    Soudainement, à la fin du petit poème, une étrange brise de vent froide mais rassurante parcourut l’assemblée.

    – Qu’est-ce que c’était ? s’écria Rin.

    – C’est le signe des dieux. Ils viennent d’accepter la requête de la Reine, expliqua Mizki.

    – Mais tout cela est donc vrai ? lança Kyuu, étonné.

    – Bien sûr !

    – Je t’avais bien dit que de nombreuses choses pouvaient t’étonner ici… ajouta Len.

    Kyuu se rapprocha du garçon blond:

    – Sérieusement, tu crois à tout ça toi ?

    – J’ai vu assez de choses étranges ici… Pratiquement plus rien ne m’étonne… analysa le frère Kagamine.

    Luka, de son côté, était admirative. C’était la première fois qu’elle assistait à une telle cérémonie. Elle remarqua que le peuple de Seisui possédait lui aussi ses croyances. Elle fut particulièrement frappée par la brise qui avait parcouru tout le monde. D’où venait-elle ? La Reine aux cheveux roses en vint à faire le parallèle avec son propre pouvoir. Et si, d’une certaine façon, la Magie de Sekai se manifestait de façon différente chez chaque peuple ?

    ***

    Yuma était toujours couché dans sa cellule du Palais de Kyôu. Fukase n’avait pas cessé ses interrogatoires. Le magicien espérait encore faire cracher le morceau à son seul prisonnier. Toutefois, le lieutenant n’avait encore pipé mot, et restait fidèle à la Reine légitime. Pourtant, son corps commençait à laisser apparaître les stigmates des tortures qu’il avait subies. Son mental tenait, mais Yuma se demandait combien de temps cette mascarade allait encore durer. Il arriverait bien un moment où son corps ne supporterait plus de se faire maltraiter de la sorte. Il refusait d’y penser, et s’assoupit plusieurs minutes, couché sur le sol froid.

    Plus les jours passaient, plus Fukase se montrait impatient. Hors de la vue de Yuma, le trentenaire cherchait d’autres solutions qui lui permettraient d’obtenir des informations sur la fuite de sa demi-sœur.

    La nuit était tombée. Hors des remparts de la capitale, un petit commando de soldats renégats composé de Lily, Takahashi et de deux autres soldats du village de Kyuuri observait l’entrée de la ville. Celle-ci était particulièrement bien gardée. Mais, les membres de la petite escouade avaient d’autres plans en tête. En effet, Kinzaki Koharu pouvait se targuer de connaître les moindres coins et recoins de toute la capitale, et principalement les accès au Palais Royal. Elle leur avait donc donné des instructions très claires quelques heures plus tôt, alors que tout le monde se trouvait encore dans sa hutte. Koharu avait déployé, sur l’immense table centrale, un plan représentant Kyôu et ses environs.

    – En fait, peu de personnes le savent, mais il existe de nombreux passages secrets permettant d’entrer ou de sortir du Palais. Ceux-ci datent de l’époque de la Grande Guerre Magique. Le Roi craignait de devoir faire évacuer la population, et avait donc fait construire une série de tunnels, en secret. Votre chance est que l’usurpateur Fukase ne connaît aucun de ses accès…

    Koharu pointa alors du doigt un endroit de la carte représentant un petit bosquet situé à quelques encablures des remparts nord.

    – Dans ce bosquet, il y a un tunnel qui mène jusqu’à l’entrée des geôles. Yuma y est certainement enfermé.

    – C’est super facile, s’enthousiasma Takahashi.

    – Pour y entrer certainement, reprit Koharu. « Mais le plus dur sera de ne pas vous faire repérer, et de transporter Yuma jusqu’ici. Qui sait ce que le pauvre homme a déjà subi ?

    Ainsi, Koharu, en grande stratège, discuta de chaque point de l’opération avec les deux soldats et les chefs de village.

    Lily avait encore tous les éléments en tête, alors qu’elle observait toujours la ville. Elle fut soudainement rappelée de ses souvenirs par l’un des deux soldats, qui lui indiqua l’entrée du tunnel, dissimulé sous plusieurs tas de fougères et une immense dalle en pierre.

    – On y va, murmura-t-elle. « Encore un peu de patience, lieutenant Yuma, nous arrivons. »

    ***

    De son côté, Yohio admirait la splendide armada maritime que Fukase lui avait mis à sa disposition. Trois navires de guerre se situaient, en effet, sur les quais du port d’Uchi, dans le sud de l’île. Fukase avait rapidement fait l’inventaire et pris possession des ressources militaires du pays qu’il venait de conquérir. Kuni étant l’un des pays les plus avancés militairement de tout Sekai. Si l’on ajoutait la puissance de son armée personnelle, Fukase se voyait tout simplement invincible. Ainsi, il pouvait se permettre de donner trois bateaux à Yohio pour sa mission : retrouver au plus vite les frères Genshine.

    Plusieurs passants s’étaient arrêtés le long des docks et observaient les soldats de Fukase préparer les embarcations pour leur expédition. L’atmosphère était lourde. En dehors du bruit causé par le travail des apprentis-matelots, le silence était complet. L’armée de Fukase avait complètement pris le contrôle du village d’Uchi, si bien que les habitants continuaient de vivre dans la peur, eux qui venaient également de perdre leur chef de village.

    Peu de temps après, un des soldats vint à la rencontre de Yohio, qui se tenait fier, sur le quai en bois qui surplombait la berge, et l’informa que les bateaux étaient prêts à prendre la route.

    – Nous attendons vos ordres, lança-t-il.

    Yohio avait déjà réfléchi et annonça directement ses ordres.

    – Prenez la route du sud, vers l’archipel Seisui. Quelque chose me dit qu’ils sont partis dans cette direction. S’ils sont partis vers le sud, c’est la destination la plus proche.

    Il déploya alors une carte du monde de Sekai, et se rapprocha de son subordonné :

    – Prévoyez assez de vivres pour rester longtemps en mer. Voici le plan : nous allons lancer un espion dans la capitale, Kabegami. Pendant ce temps, nous resterons en mer. Nous ne pouvons pas prendre le risque de débarquer maintenant en pays étranger. Si les Genshine se trouvent en effet sur l’île – et c’est ce que je pense – il faudra essayer de les attirer pour les attaquer en mer…

    – Comment savez-vous qu’ils se trouvent à Seisui ? L’homme craignait déjà de recevoir un retour de bâton, puisqu’il avait osé remettre en doute la stratégie du capitaine Yohio.

    – Ils sont partis bien trop rapidement de Kuni. Si Fukase a raison, et s’ils ont pris la direction du sud, je pense qu’ils se sont réfugiés dans le pays étranger le plus proche. Ils pouvaient ainsi être en sécurité rapidement, rétorqua tranquillement Yohio.

    Le soldat partit donner les instructions du nouveau capitaine à tous les équipages. Pendant ce temps, Yohio, qui avait coiffé un tricorne de couleur sombre du plus bel effet, se tenait sur la proue du plus grand des trois navires, alors que les équipages levaient l’ancre.

    – Vous ne perdez rien pour attendre, mes chers amis…

    ***

    A Kabegami, la cérémonie du couronnement était désormais terminée. La Reine IA avait repris le chemin du Palais, après sa prière devant les dieux de l’eau. La foule acclamait sa nouvelle souveraine. Pourtant, IA réfléchissait. Pour ses premières heures en tant que chef d’Etat, elle se verrait confrontée à un début de crise. Alors que le cortège s’arrêtait, IA rentra dans son château, et les portes se refermèrent brusquement. Les célébrations officielles venaient de prendre fin, mais la majorité des habitants de l’archipel allaient continuer de fêter ce jour heureux tout le long de la nuit.

    IA était rapidement retournée sur son trône et patientait. Elle regardait attentivement les différents portraits de ses ancêtres. Un soupçon de doute montait lentement dans son esprit. Elle se demandait si elle n’était pas trop frêle ou trop timide pour ces responsabilités. Bien sûr, elle y avait été préparée, mais on ne peut pas changer la façon d’être d’une personne en un tour de magie. Et si elle n’avait jamais été faite pour être Reine ? IA restait plongée dans ses pensées. Elle était maintenant responsable du pays, et devait se montrer à hauteur des espoirs de ses sujets.

    C’est alors que Mizki rentra brutalement dans la salle du trône. IA ne réagissait pas, l’esprit encore embrumé. La conseillère s’agenouilla respectueusement devant le trône et déclara:

    – Ma Reine, je suis navrée de devoir vous ennuyer directement avec cette affaire, mais je pense qu’il vaudrait mieux régler cette histoire avec le pays de Kuni au plus vite.

    – Je suis d’accord, répondit IA, qui se reconcentrait subitement. « Convoque directement une réunion avec eux. »

    – C’est que… J’ai de nouvelles informations… D’une extrême importance !

    IA sursauta. Le visage de Mizki l’inquiétait. Elle n’avait jamais adopté ce type de discours avec elle. La conseillère abordait toujours directement les choses, peu importe leur gravité. Le fait même qu’il y ait une once d’hésitation dans ses paroles signifiait que quelque chose n’allait pas. Mizki monta alors sur la petite estrade en bois, et se rapprocha du trône. Dans un léger murmure, elle révéla toutes les informations que Gumi lui avait données : le lien entre Luka et Fukase, ainsi que l’origine de la Reine de Kuni, mais aussi le problème de la barrière magique de l’île Maho.

    La souveraine de Seisui s’efforça à rester impassible. Pourtant, dans son for intérieur, ces révélations eurent l’effet d’une bombe. Prenant acte de ses récentes résolutions, elle se jura d’agir pour le bien de son pays, et de se montrer loyale et inflexible.

    C’est dans cet état d’esprit qu’IA franchit la porte de la salle de réunion, quelques dizaines de minutes plus tard. Luka, Miku, Alys, Shirosaki, Rin et Len se tenaient autour d’une immense table en bois sculpté, d’une très grande valeur. Les jumeaux Genshine s’étaient retranchés dans un coin de la pièce, et observaient la scène en silence. Mizki accompagnait IA mais resta près de la porte de la pièce. La Reine de Seisui passa alors en revue les différentes personnes puis partit s’installer tranquillement au bout de la table, près de la cheminée. Le portrait de son père surplombait l’ensemble. IA avait l’impression qu’il lui donnait une certaine force invisible. Déterminée, elle visa Luka et lança en guise d’introduction :

    – Nous savons que vous nous avez caché certaines informations. Si nous ne pouvons pas vous faire entièrement confiance, pour le bien de mon pays, je pense qu’il faudrait arrêter là les négociations.

    ***


    10
    News / Re : Hatsune Miku en concert à Paris pour 2018
    « le: 22 novembre 2017, 20:52:34 »
    Si ça se confirme, c'est effectivement une très grande nouvelle !

    J'attends les détails.Je suis curieux de voir dans quelle salle ça aura lieu...

    11
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 12 novembre 2017, 20:45:48 »
    Chapitre 25 publié !

    Pour info, j'ai migré le blog vers cette nouvelle adresse : https://jyokaryu.wordpress.com/. Tout est maintenant plus ergonomique pour une lecture plus agréable !

    Spoiler
    Chapitre 25 : World Domination How-To

    Le calme étonnant qui résonnait dans la cour de la caserne de la Garde royale accentuait l’atmosphère lourde qui régnait dans ce lieu. Une grande estrade en bois était placée au fond de la cour, près des bâtiments, et tous les soldats qui n’avaient pas succombé durant la bataille de Kyôu avaient été sommés de se rassembler. Quelques minutes plus tard, plusieurs soldats de l’armée de Fukase firent leur apparition, équipés de solides armes à feu. Ils furent accueillis par des gestes de dégoût, mêlés d’une certaine crainte de la part des gardes royaux. Derrière les soldats d’Owari arriva Leora, un énorme sourire aux lèvres, habillée de manière très chatoyante. Ses vêtements gardaient leurs dominantes blanches et rouges, mais ceux-ci étaient bien plus longs et plus luxueux. La guerrière s’installa sur l’estrade, entourée par les gardes de Fukase, et balaya du regard toute l’assemblée, en silence.
     
    - Gardes ! s’écria-t-elle. « Je me présente. Je suis Leora, et j’ai été récemment nommée nouvelle commandante de la Garde royale par notre nouveau leader, Fukase ».
     
    Cette entrée en matière, pourtant simple, fut accueillie par de nombreux cris de mécontentement. Leora ne fut cependant pas déstabilisée, et jeta un regard vers les soldats armés, qui se mirent soudainement à tirer en l’air, faisant ainsi étalage de leur puissance. Le calme revint immédiatement. La mercenaire avança de quelques pas et repris son discours.
     
    - Je préfère ça, ricana-t-elle. « Je voudrais vous faire part d’une chose. Le règne laxiste de la commandante Miku est désormais terminé. Vous, ainsi que le pays, allez entrer dans une nouvelle ère. Je vous signale que je considère mon autorité comme étant indiscutable. Celui qui n’est pas d’accord pourra toujours goûter à ceci... »
     
    Elle a lança un nouveau regard vers les soldats, qui se mirent à tirer une nouvelle salve de balles, cette fois-ci en direction de la première rangée du public.
     
    - D’ici peu de temps, notre leader Fukase s’adressera à la nation. Il mettra à la lumière du jour les différents agissements secrets de votre ancienne Reine Luka. Je vous conseille de bien l’écouter. Vous verrez, cela remettra tout ce que vous pensez en perspective.
     
    Les gardes royaux s’observèrent chacun, désabusés, mais cette fois en silence.
     
    - J’aimerai également vous signaler qu’en tant que commandante, j’ai évidemment accès à tous vos dossiers. Je suis donc susceptible de connaître tout de vous. Faites ce que vous voulez de cette information, lança Leora sur un ton de défi.
     
    Immédiatement, l’un des gardes royaux s’avança devant le public, et interpella la mercenaire. Très distinctement, il vociféra contre le discours, et appela les autres à le rejoindre. Les soldats de Fukase le mirent directement en joue, mais Leora leur fit un signe de la main, et tous relevèrent leurs armes.
     
    La guerrière descendit lentement de l’estrade et vint se poster face à face avec le jeune garde rebelle.
     
    - Vous n’êtes pas d’accord avec ma manière de procéder ? murmura-t-elle.
    - Non, je proteste vivement ! rétorqua le garde, sans se débiner.
     
    Soudainement, Leora se mit en position de combat. Le garde s’apprêtait à dégainer rapidement son katana, mais la guerrière fut bien plus prompte. Elle recula son bras droit en arrière, sa main droite se para d’une lueur rouge écarlate, et vint frapper le soldat directement en plein cœur. Celui-ci recula de plusieurs mètres, et atterrit au milieu de la foule. Trois autres gardes ramassèrent immédiatement le corps sans vie du jeune homme.
     
    - Si les armes à feu ne sont pas suffisantes pour vous convaincre, peut-être que ceci le pourra, répondit Leora.
     
    Puis, la nouvelle commandante se retira délicatement sans ajouter un seul mot, et rejoignit ses appartements. L’assemblée des gardes royaux resta prostrée en silence, dans la peur de ce nouveau règne de terreur.
     
    Leora avait renvoyé les soldats de l’armée de Fukase à leurs postes respectifs et avait pris la direction du bureau du commandant. Celui-ci était toujours soigneusement rangé, Miku ayant mis un point d’honneur à toujours le garder en ordre. Leora analysa attentivement les cartes de Kuni et de Sekai accrochées au mur. Puis son regard s’attarda sur l’ancien bureau de la dame aux couettes turquoise. Dans un accès de rage, la mercenaire envoya valser tous les éléments installés sur le meuble, et poussa un étrange rire, sadique et malfaisant.
     
    Une nouvelle ère venait réellement de débuter.
     
    ***
     
    - Amenez-moi le prisonnier !
     
    La voix de Fukase avait résonné dans toute la salle du trône. Rapidement, on pouvait entendre un branle-bas de combat provenant des soldats de son armée qui s’affairaient - dans une certaine désorganisation - à se rendre aux geôles du Palais pour aller chercher Yuma.
     
    Pendant ce temps, Fukase faisait les cent pas autour de la table de réunion. Il était désormais bien installé sur le trône et avait commencé à poser les premières pierres de sa stratégie de conquête de l’île Kuni. Il avait scellé une alliance avec Kaito lui permettant de garder le contrôle de la capitale assez facilement et Leora s’occupait de la gestion de la Garde royale. Il pouvait à présent s’atteler à combattre ses opposants. D’une part, il devait rechercher la Reine Luka (il ne pouvait pas se permettre de la laisser fomenter quelque plan afin de récupérer son trône), et d’autre part, Fukase s’inquiétait du sort des trois derniers chefs de village du Royaume : Kinzaki Koharu, Lily et Takahashi. Ceux-ci avaient clairement pris parti pour Luka lors de la bataille, et étaient parvenus à s’enfuir juste avant sa prise du palais. Ils essaieraient sans nul doute de lui nuire. Heureusement, Fukase avait un autre atout dans sa manche. Yuma pourrait lui révéler quelques informations importantes. Cependant, il s’agissait d’un lieutenant de la Garde ; il était certainement entraîné à subir les interrogatoires les plus poussés. Ainsi, l’homme aux cheveux rouges devrait se montrer assez persuasif et inventif dans sa méthode d’interrogation. Il avait donc fait amener un nouvel objet dans la salle, qu’il avait caché soigneusement derrière un drap blanc.
     
    Quelques minutes plus tard, Yuma fut amené dans la salle du trône par deux soldats. Son visage portait encore les stigmates des blessures de son combat précédent, et il paraissait assez amaigri. En effet, le combattant avait passé les derniers jours dans les geôles humides et sombres du Palais Royal sans manger, et était donc très faible. Néanmoins, Yuma savait que ce moment arriverait et il n’était pas disposé à donner à Fukase le moindre indice. Son séjour dans la prison n’avait fait qu’accentuer sa détermination.
     
    Les soldats l’installèrent sur une des chaises de la table de réunion et le ligotèrent. Fukase s’assit juste en face de lui, posa ses coudes sur la table, et l’observa pendant un long moment sans piper mot. Après quelque temps, il s’éclaircit la voix et lança :
     
    - Lieutenant Yuma, vos états de service sont parvenus à mes oreilles. Vous êtes un grand guerrier et un dur à cuire.
     
    L’homme aux cheveux roses toisa son ennemi. Où voulait-Il en venir ?
     
    - Cependant, je dois vous prévenir qu’il en est de même pour moi. Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins. Et je sais pertinemment que vous êtes en possession d’informations cruciales. Comme par exemple : où se trouvent Luka et les chefs de village en ce moment ?
     
    Yuma se tut, et fit mine de balancer son regard ailleurs, comme s’il ne s’intéressait pas à la conversation.
     
    Fukase ne montra aucune réaction aux agissements du lieutenant, et fit signe à ses soldats d’apporter l’objet qu’il avait soigneusement préparé. Son visage se para alors d’un sourire malicieux.
     
    L’objet était toujours caché derrière son drap. Fukase se leva et tira le linge d’un coup sec, dévoilant ainsi une étrange structure en fer de la forme d’un sarcophage, équipé de plusieurs pointes sur sa face intérieure. Sa couleur dorée avait subi les dommages du temps. L’instrument était rouillé à plusieurs endroits.
     
    - Ah, je suis très heureux d’avoir pu mettre la main là-dessus ! Lieutenant Yuma, vous ne devez pas connaître. Cela s’appelle une vierge de fer. C’est inconnu ici mais assez utilisé dans d’autres contrées. Je peux vous faire une petite démonstration de son fonctionnement.
     
    Le signal donné, les soldats s’emparèrent de Yuma et l’attachèrent à l’intérieur de la structure. Yuma avait désormais compris comment ce moyen de torture fonctionnait.
     
    Fukase se mit bien droit et s’avança à hauteur du visage de Yuma.
     
    - Où se trouvent Luka et les autres ?
     
    Yuma ferma les yeux et hocha la tête en signe de refus. Fukase donna un signal puis Yuma sentit les pointes s’enfoncer à plusieurs endroits de son corps, provoquant une douleur lancinante. Il garda la bouche fermée, et émit quelques petits gémissements, mais rien de plus, il ne voulait pas accorder ce plaisir à son bourreau.
     
    - C’est pas mal, n’est-ce-pas ? se réjouit Fukase, qui en outre donnait l’impression d’apprécier les souffrances de Yuma. « Cela vous fera peut-être réfléchir... On recommence : où se trouve Luka ? »
     
    Le lieutenant prit une grande respiration. De nouveau, les pointes s’enfoncèrent dans plusieurs parties du corps, particulièrement douloureuses mais non vitales. Fukase répéta la manœuvre plusieurs fois, sans succès. Après plusieurs dizaines de minutes, le leader fit détacher Yuma de l’instrument de torture. Le samouraï tomba violemment sur le sol, et suffoqua.
     
    Puis, l’homme à la canne s’approcha de lui. Une lueur jaunâtre sortit de sa main gauche, qu’il posa sur la poitrine de Yuma. Ses blessures se résorbèrent d’elles-mêmes, bien que le lieutenant paraisse toujours exténué.
     
    - C’est quand même pratique, la magie. Ça me démangeait de ne plus l’utiliser ! dit-il.
     
    Puis, il murmura à l’oreille droite de Yuma.
     
    - Nous recommencerons cela tous les jours, jusqu’à ce que tu te décides de parler. Ne t’inquiète pas, cela arrivera. Personne ne peut tenir très longtemps.
     
    Ensuite, les soldats armés reconduisirent Yuma aux geôles du Palais, alors que Fukase se rassit sur le trône, l’air impassible.
     
    ***
     
    Le village de Kyuuri n’avait pas encore été touché par les derniers événements qui avaient frappé le pays de Kuni. Fukase n’avait pas pris le temps d’attaquer ce village. L’arrestation de Yohio, ainsi que le comportement des Genshine l’avaient forcé à revoir ces plans. Il s’en était alors remis au strict minimum, n’attaquant que les hameaux lui donnant un avantage stratégique dans sa conquête de la capitale.
     
    Par conséquent, trois chefs de village de l’Ancien régime étaient encore en fonction : Lily, Takahashi et Kinzaki Koharu. Cette dernière, cheffe de Kyuuri, s’était montrée particulièrement précieuse lors de l’attaque de Kyôu. Elle était à l’origine de la fuite de la Reine Luka et de ses compagnons, mais s’était également arrangée pour rapatrier Lily et Takahashi dans son village, en lieu sûr, après leur cuisante défaite. Elle bénéficiait d’une grande expérience qui pourrait se montrer cruciale durant ces sombres événements.
     
    Lily et Takahashi étaient toujours inconscients, allongés sur deux lits en bois de taille convenable, posés au centre d’une petite hutte au toit de paille. Il s’agissait d’une habitation typique du village de Kyuuri, qui était situé dans la forêt qui bordait la capitale. Ce hameau revêtait une architecture relativement simple, proche de celle du village d’Uchi. Les constructions étaient relativement sommaires, la hutte de la cheffe mise à part.
     
    Koharu avait d’ailleurs pris place dans son bureau et analysait la carte de Kuni, en attendant le réveil de ses deux homologues restants. Son visage était marqué par le poids de sa mission. En effet, l’avenir immédiat du pays se retrouvait entre leurs mains. Les trois leaders constituaient maintenant la plus grande force de lutte contre l’envahisseur, et ils se devaient de lutter. Néanmoins, Koharu savait pertinemment qu’il leur était impossible de remporter la guerre avec leurs armes habituelles ; il fallait donc réfléchir autrement.
     
    Quelques heures plus tard, les yeux de Lily commencèrent à s’ouvrir lentement. La jeune fille se sentait encore légèrement groggy. Un des gardes de la hutte partit directement alerter Kinzaki Koharu, qui arriva quatre à quatre au chevet de sa collègue, et l’aida à se redresser. Lily était encore désorientée, et posa plusieurs questions à la vieille dame. Celle-ci l’informa rapidement de la situation, alors que Takahashi était toujours endormi. Lily prit plusieurs instants pour se remettre du choc de la fuite de la Reine, bien que Koharu ait assuré qu’elle se trouvait en sécurité. Peu après, Lily se leva de son lit et voulut prendre la route du village d’Enkan, pour retrouver ses sujets.
     
    - Ce n’est pas le moment ! répliqua Koharu.
    - Pourquoi, nous devons nous trouver dans nos villages, pour les défendre, répondit la jeune cheffe.
     
    Koharu souligna alors l’évidence :
     
    - Nous ne pouvons pas nous opposer directement à eux. Ils sont bien trop puissants. Nous courrions droit à l’échec. Non… Nous devons être plus intelligents qu’eux.
     
    L’aînée dévoila alors la mission qu’elle avait – à peu près – confiée à la Reine. L’idée était de faire le plus possible appel aux puissances étrangères.
     
    - Et qu’est-ce qu’on fait ? On reste ici à attendre ? maugréa Lily.
    - Bien sûr que non ! Une fois que Takahashi sera réveillé, venez me rejoindre dans ma hutte. Tout est installé pour que nous ayons une petite réunion…
     
    Puis, la leader de Kyuuri quitta l’habitation, mystérieuse, en laissant Lily extatique. Celle-ci se retourna vers Takahashi et lui urgea de se réveiller. Elle se mit même à le secouer violemment avant d’être arrêtée gentiment par un garde qui lui suggéra de garder son calme. La jeune femme se rassit donc sur son lit, le regard dans le vide, essayant de deviner le plan de Koharu.
     
    Peu après, Lily entendit un son s’éclipser de la bouche de Takahashi. Le jeune homme commença à se tordre, puis se réveilla, encore sous le choc. Lily le releva – avec bien moins de délicatesse que Koharu – et l’emmena directement dans l’habitation de la vieille dame. L’inquiétude se lisait sur le visage de la cheffe d’Enkan, tandis que Takahashi n’avait encore les yeux qu’à moitié ouverts. Sur le parvis de la hutte, Koharu les fit rapidement entrer, et les invita à s’installer. Lily se montrait de plus en plus impatiente, mais Kinzaki Koharu jugea bon de résumer la situation à Takahashi. Quelques minutes plus tard, elle put faire étalage de son plan, sous l’œil attentif de ses deux invités.
     
    - Pour être claire, je pense que nous devons agir discrètement. Il nous fait améliorer la défense de nos villages respectifs. De plus, je suggère que nous soyons toujours en mouvement. L’ennemi cherchera certainement à nous mettre la main dessus. C’est difficile à dire, mais nous devons quitter nos villages momentanément…
     
    Lily se sentit outrée :
     
    - Donc, on adopte une attitude défensive ?! Ce n’est pas comme ça qu’on parviendra à reconquérir le pays !
    - Calme-toi Lily ! murmura Koharu. Takahashi restait taiseux, mais agrémenta chaque parole de l’aînée d’un geste d’acquiescement. « Je compte bien agir. D’ailleurs, je pense que tu vas adorer ma prochaine idée… », lança-t-elle sur un ton énigmatique.
    - Voyez-vous cela !
    - Il y a une personne qui pourrait nous aider. Vous ne le savez pas, mais le lieutenant Yuma a été arrêté par les troupes de Fukase. Il est urgent pour nous de le libérer et de l’aider. Non seulement, il détient des informations sur nous, mais il pourra certainement nous dévoiler certaines choses sur l’ennemi. Sans oublier qu’il est un guerrier émérite. »
    - Et comment on fait ça ? On ne sait même pas où il est, argumenta très judicieusement Takahashi.
    - Justement, Fukase le garde au Palais Royal. Il ne veut pas l’emmener pour l’instant à la prison, il veut l’interroger. C’est notre chance ! Il est plus facile d’accéder aux geôles du château qu’à la prison… Surtout quand on connaît bien les passages secrets, comme moi…
     
    En effet, elle était membre du Conseil des Sages depuis plus de quarante ans. Elle connaissait les moindres recoins du Palais. Elle avait même dû s’y réfugier durant la Grande Guerre Magique. Et la vieille dame était bien décidée de faire jouer son avantage contre Fukase, qui lui découvrait encore sa nouvelle habitation.
     
    - L’idée est d’y aller en petit groupe. Pas plus de 3 ou 4, ajouta-t-elle.
    - Je veux en être ! lança Lily.
    - Moi aussi ! compléta Takahashi.
     
    Koharu baissa ensuite la tête.
     
    - Je viens de vous dire qu’il fallait vous montrer discrets ! Ne vous jetez pas dans la gueule du loup !
     
    Mais les préoccupations de l’aînée ne changèrent en rien la détermination des deux plus jeunes Sages. Après plusieurs minutes de discussion, elle finit par accepter leur participation à l’opération. En quelque sorte, elle se revoyait quinze ans plus tôt, lorsqu’elle luttait contre la Guilde des Magiciens. A cette époque, personne n’aurait pu l’empêcher de combattre. D’un certain point de vue, elle aimait cette fougue de la jeunesse.
     
    Les trois leaders s’accordèrent donc rapidement sur la composition de l’équipe : Lily et Takahashi se verraient adjoindre l’aide de deux gardes de Kyuuri, dans lesquels Koharu avait placé tout sa confiance.
     
    - Et finalement, on agit quand ? s’interrogea Takahashi.
    - Il faut aller vite. Je prévois l’opération dans deux jours. Il faut sauver Yuma au plus vite, rétorqua Kinzaki Koharu.
     
    Le temps de la résistance avait commencé.
     
    ***
     

    Mizki se tenait toujours sur le pas de la porte de la chambre, devant les regards médusés de Gumi, Alys, Shirosaki, Rin et Len.
     
    - Je venais juste voir si vous étiez bien installés, commença-t-elle.
     
    Gumi la remercia avec hésitation. Il y eut un instant de silence lourd avant que Mizki ne tourna les talons et se prépara à quitter la pièce.
     
    - Attendez ! fit Gumi. « Euh... on pourrait s’entretenir quelques instants avec vous... Il y a quelque chose d’important que nous devons vous dire... »
     
    La conseillère se retourna, interloquée :
     
    - Cela concerne-t-il votre pays ?
    - Entre autres, oui...
     
    Intriguée par cette réponse énigmatique de Gumi, Mizki s’installa tranquillement dans la chambre. Elle prit place près de la table qui se situait au centre de la pièce, et observa les autres occupants, qui restaient debout.
     
    - Je vais être franche... J’ai l’impression que vous me cachez quelque chose... lança la conseillère.
     
    Gumi et Alys se regardèrent. Elles commençaient à se rendre compte que leur stratégie de jeux de dupes ne serait arrivée nulle part. Mizki se méfiait depuis le début. Peut-être que jouer directement cartes sur table permettrait d’établir une certaine confiance entre les nations de Kuni et de Seisui, même contre l’avis de la Reine Luka. De leur côté, Rin et Len restaient particulièrement attentifs. À tout moment, ils pourraient devenir l’objet de la conversation. En effet, si la question du pays d’origine de Fukase se posait, ils occuperaient un rôle de premier plan.
     
    Gumi prit alors la parole. Elle déballa à Mizki les récents événements auxquels avait dû faire face le pays de Kuni. L’arrivée de Fukase, la bataille d’Uchi (Alys fit, par ailleurs, encore couler quelques larmes quand le récit de Gumi s’étala sur ce point), et enfin la prise de pouvoir du demi-frère de Luka.
     
    - Et surtout, c’est à ce moment-là que nous avions fait une découverte... Il s’avère que la Reine Luka est une Magicienne.
     
    La surprise se refléta sur le visage de Mizki. En temps normal, elle aurait dit que ceci était impossible. Mais le sérieux avec lequel Gumi avait conté son histoire finit par la persuader. Et puis, qu’aurait à gagner la lieutenante à proférer des mensonges contre sa propre Reine ?
     
    - Mais... Luka est bien la fille du Roi de Kuni, Luki, non ? demanda la conseillère.
    - Oui, rétorqua Gumi. « Son sang de Magicienne provient de sa mère... Nous-mêmes n’étions pas au courant... »
    - Je vois... Elle est donc bien la descendante légitime... J’ai une autre question : savez-vous d’où vient ce Fukase ?
    - Nous y voilà, lança Len, qui fit ensuite un pas en arrière, prenant conscience de son intrusion peu subtile dans la conversation.
    - Selon nos informations, il proviendrait d’un monde parallèle... Il serait arrivé sur Kuni via un portail...
     
    Mizki marqua une pause. Un autre monde ? Cela était-il possible ? Si elle était prête à accepter les révélations précédentes, elle éprouva plus de difficultés à accepter cette dernière. Gumi lui présenta alors les jumeaux Kagamine. Rin parla alors de leurs origines, en essayant d’y ajouter le plus de détails possible, comme pour prouver qu’il ne pouvait s’agir d’un mensonge. Puis, Alys prit la parole :
     
    - Encore ? fit Mizki. « Ça n’arrête décidément jamais avec vous ! »
     
    La koryuiste fit alors part à Mizki de leurs découvertes dans la bibliothèque de Kyôu. Elle insista sur l’importance de la barrière de l’île Maho, et sur le fait que celle-ci n’allait plus tarder à tomber. Dorénavant, tout Sekai devait faire face à deux menaces potentielles. Plus le temps passait, plus Mizki semblait dépassée par le flot d’informations. Gumi se contenta alors de conclure :
     
    - Vous comprenez maintenant pourquoi nous avons besoin de votre aide... Mais nous nous devons de vous dire la vérité...
     
    Mizki se leva lentement de sa chaise, ajusta ses vêtements, et lança :
     
    - Laissez-moi un peu de temps... Mais je ferai part de tout ceci à la princesse IA, sans aucun doute... Je vous demande juste d’attendre le couronnement. En tout cas, merci pour ces informations. Je regrette juste de ne pas avoir appris tout ceci de la bouche même de la Reine Luka.
    - Vous pensez que la princesse voudra nous venir en aide ? demanda naïvement Len, qui recula encore quand il vit le regard assassin de Gumi, qui n’avait pas apprécié qu’il soit si direct.
     
    La conseillère baissa la tête :
     
    - Honnêtement, je ne sais pas. La princesse a perdu beaucoup de membres de sa famille durant la Grande Guerre, et nourrit une certaine rancœur envers les Mages. Mais nos deux pays sont amis. Après le couronnement, nous organiserons une réunion. Je pense que sa décision dépendra de la capacité de votre Reine à être persuasive...
     
    Mizki quitta ensuite la chambre tranquillement. Mentalement épuisée, Gumi s’écroula sur le lit en soupirant.
     
    - Voilà, on ne peut plus faire marche arrière.
     
    L’ambiance de la pièce demeurait lourde. La nuit commençait à tomber, et tous ne traînèrent pas à aller se coucher. Ils avaient bien besoin d’une bonne nuit de sommeil.
     
    ***
     
    Fukase avait pris place dans la diligence royale, et s’apprêtait à partir pour le centre de la capitale, accompagné de trois gardes fidèles. Cela lui donnait l’impression d’être quelqu’un d’important, qui se devait de voyager en escorte. Pourtant, Owari - il n’aimait pourtant pas ce nom - se sentait davantage en sécurité à Kyôu. D’après les derniers échos qu’il avait reçus de Kaito, celui-ci avait bien étendu son influence sur le quartier populaire, si bien que la plupart des potentiels rebelles avaient préféré quitter la ville. De son côté, la population s’était remise petit à petit de la dernière bataille. Cependant, la plupart des habitants avaient l’impression que tout pouvait dégénérer d’un moment à l’autre. La tension politique et militaire se montrait encore très présente. Les rondes de soldats et de gardes se multipliaient dans la ville, et les ouï-dire d’éventuelles coalitions contre le pouvoir en place avaient fait leur chemin. De plus, beaucoup s’interrogeaient également sur la fuite de la Reine Luka. Au final, il régnait sur le pays de Kuni le sentiment d’une nation au bord de l’explosion, malgré l’apparent calme de ses citoyens.
     
    L’homme à la canne continuait, de son côté, la suite de son plan. Il ne comptait bien sûr pas s’arrêter à la conquête de Kuni (la seule personne au courant de ses desseins était d’ailleurs Leora, qui se montrait chaque jour un peu plus comme sa plus fidèle alliée). Mais, il lui fallait fonctionner par étapes. S’il en était toujours à la première phase de son plan, plus rien ne l’empêchait de penser à l’avenir.
     
    La diligence royale arriva finalement près de l’imposante prison de Kyôu, qui n’avait que très peu été abîmée par la récente guerre. Ses murs insurmontables avaient tenu le choc et aucune évasion n’était à déplorer.
     
    Fukase se dirigea vers l’entrée, toujours accompagné par ses trois gardes, chacun armé d’un fusil M16. D’un pas fier, il se dirigea vers le bureau du directeur, Ginsaki Yamato, et l’alpaga directement :
     
    - Je viens libérer un prisonnier. Auriez-vous l’obligeance de me donner les clés de la prison ?
     
    Ginsaki ne releva même pas le nez, et restait plongé dans ses papiers, provoquant soudainement l’ire de son interlocuteur.
     
    - Hum, hum, fit-il d’un ton insistant.
    - Plaît-il ? Rétorqua ironiquement Ginsaki Yamato.
     
    Cette attitude avait le chic pour énerver Fukase. Yamato avait immédiatement compris le caractère du nouveau leader de Kuni, et ne se privait pas pour en jouer.
     
    - Je dois libérer un prisonnier. En tant que votre souverain, je désire que vous vous exécutiez, répliqua Fukase d’un ton solennel.
    - Mon souverain n’est autre que la Reine Luka, répondit Ginsaki tout de go. « Jusqu’à preuve du contraire, je garde le pouvoir sur ce qu’il se passe dans cette prison. Veuillez déguerpir d’ici. »
     
    Le visage de Fukase devint soudainement écarlate. Les trois gardes braquèrent chacun leur fusil sur le visage de Yamato, qui restait stoïque. Le leader s’efforça de garder son calme, alors que le cliquetis des armes des soldats résonnait dans la pièce.
     
    - Vous vous exposez à de très graves sanctions, dit l’homme aux cheveux rouges.
    - Essayez pour voir. Je préfère encore mourir que de trahir la Reine Luka.
    - Ça peut s’arranger...
     
    Fukase fit donc un signe à ses trois compagnons qui s’écartèrent. Puis il ouvrit son manteau, joignit les mains, et murmura :
     
    - Hi no chikara...
     
    Une nuée de flammes se dirigea depuis le sol vers le corps de Yamato, qui criait de douleur. Pourtant, il ne regrettait pas sa décision. Rien n’aurait été plus dégradant que de vivre en sachant qu’il avait trahi son véritable souverain. Quelques secondes plus tard, Fukase ramassa le trousseau de clés qui était posé à côté de ce qui n’était désormais plus qu’un immense tas de cendres.
     
    - Venez, on y a va... ordonna Fukase qui avait subitement retrouvé son calme.
     
    Les quatre personnes parcoururent alors les différents étages de l’établissement. La plupart des prisons étaient fabriquaient en métal. L’odeur du fer rouillé recouvrait toute la prison. Arrivés au troisième étage, Fukase et ses sbires se retrouvèrent soudainement face à l’objet de leur visite. Face à eux se dressait un homme frêle, aux cheveux blonds décoiffés. Fukase mit même un certain temps avant de le reconnaître.
     
    - Yohio... C’est moi... J’ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes désormais libre.
     
    Le jeune guerrier accueillit la nouvelle avec un large sourire. On pouvait voir ses dents jaunies au travers de ses mèches décoiffées. Fukase ouvrit la prison, et Yohio sortit rapidement, sous les huées de ses comparses de cellule, auxquels il ne prit même pas la peine de répondre.
     
    - Si vous le voulez bien, nous pouvons nous installer dans le bureau de l’ex-directeur. Fukase avait bien insisté sur le « ex ». « Nous serions plus à l’aise pour discuter. Je crois même que nous pourrions trouver quelque chose à manger. »
     
    Quelques minutes plus tard, Yohio se retrouvait devant une assiette de poisson pleine, qu’il avala goulûment. Dans le même temps, Fukase le mit au courant de la situation.
     
    - Yohio, je pense que vous avait deviné. J’ai pris le pouvoir dans ce pays...
    - Un singe aveugle l’aurait remarqué, rétorqua-t-il, provoquant de ce fait un rictus dans le chef de son mentor.
    - Cependant, je dois bien avouer que tout ne s’est pas passé comme prévu...
    - Laissez-moi deviner... Kyuu et Roku se sont enfuis ?
    - Votre perspicacité m’étonnera toujours... De plus, Luka et son état-major sont en exil...
    - Mmh...
     
    Yohio finit son assiette jusqu’à la dernière miette. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas pu profiter d’un tel repas.
     
    - Je ne peux malheureusement pas mobiliser toute mon armée pour les retrouver... J’ai d’autres choses à régler ici, informa Fukase.
    - Vous voulez que je retrouve Kyuu et Roku ?
    - Exactement. Ils sont en possession d’informations très importantes, et je ne voudrais pas qu’elles passent à l’ennemi. Il faut donc retrouver ces jumeaux coûte que coûte. Et je me chargerai personnellement de leur châtiment. Je reste leur tuteur, après tout... lança-t-il dans un rire sadique.
     
    Yohio voulait plus que tout se venger des Genshine. Il savait pertinemment que Fukase ne pouvait pas leur faire confiance. L’idée même de cette chasse à l’homme le motivait.
     
    - Avez-vous une idée de l’endroit où ils sont partis ?
    - Certains soldats les auraient aperçus au sud de la capitale. Mais, si vous voulez mon avis, ils ont dû se débrouiller pour quitter l’île. Je vous mets donc à disposition un navire de guerre rien que pour vous. Cela vous permettra de voyager dans Sekai.
    - Merci, chef...
    - Une autre chose... S’il vous arrivait de tomber sur la Reine Luka, sachez que je la veux vivante.
    - C’est entendu...
     
    Yohio se dirigea ensuite vers la salle de bain du directeur, et se fit un petit brin de toilette (il en avait bien besoin). Fukase, lui, retourna tranquillement au Palais, après avoir salué respectueusement son subordonné.
     
    Quelques instants plus tard, Yohio foulait à nouveau le sol extérieur de la capitale. Il prit un grand bol d’air et s’écria à l’adresse des Genshine :
     
    - Attendez-moi, mes petits amis. J’arrive...
     
    ***
     
    Kyuu et Roku restaient immobiles devant le Palais Royal de Kabegami. Bien que celui-ci soit moins impressionnant que d’autres bâtiments qu’ils avaient déjà pu observer, ils se posaient encore tout un tas de questions. Comment allaient réagir les membres proches de la Reine Luka lorsqu’ils se présenteraient à eux ? Par légère crainte, les jumeaux restèrent donc cachés au détour d’une proche ruelle sombre, et analysèrent les vas-et-viens de et vers le château.
     
    - Nous y voilà, Roku…
    - Oui, Kyuu…
     
    Ils se contentèrent de rester plantés à cet endroit, comme s’ils étaient à la recherche de leur destin. Celui-ci frappa vite à leur porte, si l’on peut dire, quand une jeune fille blonde à l’allure familière sortit rapidement du Palais, accompagné d’un autre adolescent.
     
    Au loin, les Genshine entendirent Rin s’écrier :
     
    - Ah, c’est chouette de pouvoir sortir un peu…
     
    L’apparent optimisme de son discours contrastait fortement avec sa mine sombre. Rin et Len étaient encore sous le choc de leur conversation avec Mizki, et s’interrogeaient sur l’avenir des événements, et plus particulièrement sur la réaction de Luka et de Miku. Les Kagamine avaient demandé de pouvoir se promener quelques temps dans la capitale, histoire de se changer les idées. Un peu à contrecœur, Gumi accepta, mais leur ordonna de s’emparer de leur katana. Même si les exilés étaient en sécurité sur l’archipel de Seisui, mieux valait rester prudents.
     
    Kyuu déglutit fortement. C’était le moment ou jamais, mais il se doutait de la réaction des jumeaux, surtout de Len. Il n’allait certainement pas se montrer amical. Roku lui fit alors une légère tape sur l’épaule, comme pour lui donner du courage. Puis, les Genshine s’avancèrent subrepticement au centre de la petite place qui marquait l’entrée du Palais.
     
    En voyant les jumeaux, Len s’écria :
     
    - Vous ?!
     
    Il dégaina rapidement son sabre et se lança directement vers Kyuu, qui, lui aussi, déballa son katana à une vitesse prodigieuse pour parer le coup de l’ennemi. Dans le même temps, Rin tenta, tant bien que mal, de mettre fin à la fureur de son frère. Contrairement à Len, elle avait pris le temps d’analyser les réactions des frères aux cheveux verts et en avait déduit qu’ils ne devaient pas être si mauvais. Malheureusement, ses supplications n’eurent aucun effet. Len et Kyuu se lancèrent dans un combat violent. Roku vint alors à la rencontre de Rin – prudemment – et tenta d’engager la conversation.
     
    - Nous avons fui, nous aussi… Nous voulons vous aider, murmura-t-il.
     
    Rin l’avait bien entendu, mais elle restait davantage concentrée sur le combat qui avait lieu juste devant son nez. Des passants s’étaient également arrêtés au même endroit, constituant une sorte de grand cercle autour des deux combattants.
     
    - Euh… Je pense qu’il faudrait les laisser régler leurs différends à leur façon… déclara Roku à Rin, surprise.
    - Mais, ils vont se blesser !
    - Ne t’inquiète pas. Kyuu n’a pas l’intention de blesser ton frère. Regarde mieux, il ne fait quasiment que parer ses coups. Il ne profite pas des ouvertures que ton frère lui laisse.
    - A quoi ça sert alors ?
    - Ils ont besoin de se défouler… Si ton frère a le même caractère que Kyuu, il ne doit pas être très bon pour communiquer… souffla le cadet des Genshine.
     
    Pendant ce temps, le combat continuait. Len s’échinait de toutes ses forces à atteindre le corps de Kyuu, sans succès, celui-ci bloquant toutes ses tentatives. Rapidement, le blondinet s’effondra de fatigue. Il avait tout donné mais ne pouvait rien faire contre un combattant aguerri. En même temps, il n’avait appris à se battre que depuis quelques mois, alors que les Genshine s’étaient entraînés depuis leur plus tendre enfance.
     
    - C’est bon ? Tu as fini ? lança Kyuu. « Quand tu auras le temps, tu pourras peut-être nous écouter ? »
     
    Len frappa son poing sur le sol sablonneux de la place, tentant d’expulser sa rage. Puis, il eût un regard pour sa sœur, qui lui sourit, et lui signifia silencieusement que les deux familles de jumeaux n’étaient désormais plus ennemies. Len prit quelques secondes pour se relever, et se dirigea vers Kyuu, l’air grave.
     
    - Qu’est-ce que vous voulez ?
    - Nous nous sommes enfuis aussi… On n’en pouvait plus… Et comment dire… Je pense qu’on pourrait peut-être vous aider...
     
    Surpris, Len se dirigea vers Rin. « Qu’est-ce qu’on fait ?», dit-il. Rin ne répondit pas et invita les Genshine à entrer dans le Palais. Kyuu et Roku les suivirent tranquillement, et sentirent leur taux d’adrénaline monter en flèche.
     
    ***

    12
    Présentation / Re : Quand une tacos se ramène, elle se présente !
    « le: 04 novembre 2017, 15:00:26 »
    Bienvenue !

    Et Hitoshizuku, c'est le bien ^^ (*je sors*)

    13
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 21 octobre 2017, 19:37:57 »
    Coucou !

    Et voici le chapitre 24 !

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Chapitre 24 : Seisui

    Le bateau embarquant Luka et les autres fuyards arriva en vue du port de Kabegami, la capitale de l’archipel de Seisui. Rin et Len se tenaient près de la proue, et observaient l’horizon. Alors qu’ils s’attendaient à être éblouis par de grandes constructions dignes de la ville de Kyôu, ils durent se rendre à l’évidence. Déjà de loin, on pouvait voir que l’architecture de cette cité différait de celle de n’importe quelle ville du pays de Kuni.
     
    Cette impression fut encore accentuée lorsque l’équipage jeta l’ancre, et arriva au port. Le vent soufflait très fort, même si le soleil présent était assez agréable. Le port était en lui-même de grande taille, puisqu’il constituait l’une des richesses principales de l’archipel.
     
    En effet, le pays de Seisui vivait surtout de la pêche et du tourisme. Il s’agissait d’un ensemble de neuf îles assez rapprochées, dont la principale abritait la capitale, Kabegami. Cette ville était surtout réputée pour son impressionnante population de chats, lesquels peuplaient chaque rue de la cité. Cette particularité attira les touristes de tout Sekai, le pays pouvant également compter sur les paysages paradisiaques qui sublimaient ses autres îles. Du point de vue de l’organisation politique, le pays avait adopté un système assez proche de celui de Kuni. A la tête du pays se trouvait un Roi, qui siégeait à Kabegami. Celui-ci était entouré par les responsables des huit autres îles. Quelques centaines d’années auparavant, le premier Roi de Seisui s’était échiné à réunir les neuf royaumes sous une bannière commune. « L’union fait la force », telle était la devise du pays. Quoiqu’il arrive, les chefs des neuf provinces restaient unis. Ainsi, bien que Seisui ne pouvait pas se targuer d’avoir des ressources infinies ou une armée forte, le pays se montrait un allié puissant. C’est d’ailleurs ce qui était passé par la tête de Miku. Les relations entre Kuni et Seisui étaient au beau fixe depuis des années. Kuni avait même défendu l’archipel lors de l’attaque d’Utatane Piko sur Kabegami, pendant la Grande Guerre Magique. Aujourd’hui, les descendants de Kuni avaient besoin d’aide, et ils se tournaient tout naturellement vers leur allié.
     
    Le groupe composé de Luka, Miku, Gumi, Alys, Shirosaki, Rin et Len sortit rapidement du port. Ils atterrirent directement dans la capitale. Pourtant, Rin ne put résister à l’envie de s’éloigner du groupe, poursuivant un groupe de félins qui passait par là.
     
    - Oh, j’adore les chats ! s’écria-t-elle. « Deux minutes ici, et j’adore déjà ce pays ! »
     
    Len se retourna vers le groupe, et présenta ses excuses pour sa jumelle. Elle qui était plutôt sérieuse en temps normal perdait complètement ses moyens quand elle s’approchait d’un simple greffier.
     
    Le jeune homme approcha doucement de sa sœur, et la tira par le bout de sa tunique :
     
    - Allez, reviens, on n’est pas venu ici pour ça… lui dit-il d’un ton relativement calme, montrant qu’il avait l’habitude d’une telle situation.
    - Mais, on pourrait en garder un, non ? J’ai toujours rêvé d’avoir un chat !
    - Et qu’est-ce qu’on en ferait ? On est toujours en mouvement, je te signale…
     
    Le visage de Rin se para alors d’une moue triste. Len essayait de rester impassible.
     
    - Bon, peut-être qu’on pourra repasser en chercher un, plus tard…
    - Tu es sérieux ?
    - Enfin… On verra…
     
    Rin retourna auprès du groupe, le sourire radieux. Alors qu’ils progressaient tous en direction du centre de la ville, Alys s’approcha de Len:
     
    - Tu comptes vraiment lui prendre un chat ?
    - Je ne sais pas… rétorqua le jeune garçon, embêté. « On verra bien, une fois que tout ceci sera terminé. Si j’avais su qu’il y en avait autant ici, j’aurai pris des précautions. Vous auriez pu me prévenir… »
    - Je ne l’aurai jamais imaginée comme ça, signala Alys.
     
    Len haussa rapidement les épaules, et eut un léger rictus en direction de la fille à la tresse.
     
    Quelques minutes plus tard, le groupe passa le portique qui marquait la sortie du port. Ils observèrent alors les différentes habitations et étals qui s’éparpillaient dans toute la ville. L’architecture était bien plus sommaire que celle de Kyôu. L’immense majorité des bâtiments étaient construits en bois et étaient de plain-pied, y compris le Palais Royal qui se dressait un peu plus loin. Le sol était très argileux, et de nombreuses petites rivières coulaient à travers toute la ville. Au final, Rin et Len furent très intéressés par Kabegami. Les jumeaux n’avaient que peu voyagé. Ils éprouvaient dès lors l’impression de s’embarquer dans un véritable tour du monde, même s’il ne s’agissait pas du leur. Les jeunes avaient soif de découvertes, et ils étaient servis. Pendant quelques instants, ils omirent complètement la situation dans laquelle leurs amis et eux se trouvaient. Finalement, ce sentiment leur était plutôt agréable.
     
    Au fur et à mesure qu’il progressait dans la capitale, le groupe remarqua une certaine ébullition. Naïvement, Luka s’arrêta à l’un des étals à légumes qui se trouvaient dans l’une des artères principales et s’informa:
     
    - Que se passe-t-il ?
     
    La vieille dame s’étonna soudainement.
     
    - Vous êtes étrangers ? Vous n’êtes pas au courant ? Le couronnement de la Reine IA a lieu dans trois jours ! Il faut s’apprêter pour la grande parade et pour la célébration.
    - Oh, c’est magnifique, répondit Luka en se tournant ensuite vers Miku. « J’ai hâte de voir ça ! »
     
    Le groupuscule s’arrêta quelques instants plus tard au détour d’une rue.
     
    - J’avais reçu un message nous informant que le Roi de Kuni était décédé, juste avant l’attaque de Fukase, informa Miku. « Mais je ne pensais pas que le couronnement de son successeur interviendrait aussi tôt. Ils n’ont pas perdu leur temps… »
    - Qu’est-ce qu’on fait alors ? interrogea Gumi.
     
    Miku proposa son plan, en lançant plusieurs regards vers Luka, comme si elle recherchait son approbation.
     
    - On continue comme on avait prévu. On se rend au Palais Royal, et on tente de nouer une alliance avec la Reine IA. Ce sera votre rôle, ma Reine.
    - Oui, répondit simplement Luka.
    - Par contre, on devrait s’accorder sur ce qu’on dit et sur ce qu’on ne dit pas… poursuivit la commandante.
    - Comment ça ? fit Alys.
    - Je crains qu’il faille être prudent avec IA. On ne la connaît pas vraiment, et on vient ici soudainement pour requérir son aide. Même si nous sommes des alliés, elle n’est peut-être pas prête à lancer son pays dans une guerre…
    - Qu’est-ce que vous pensez ? demanda Len.
    - On devrait peut-être aborder le sujet de Fukase, en premier lieu. C’est le plus important…
    - Et la barrière de l’île Maho ? s’interrogea Alys. « On laisse tomber ? »
    - Il vaut mieux d’abord régler le problème de notre pays avant de s’attaquer au suivant. Une autre chose : ma Reine… Je pense qu’il vaudrait mieux ne pas faire état de votre lignage, de vos capacités…
     
    Cette dernière réplique provoqua soudainement l’ire de Gumi :
     
    - Et voilà, on est reparti pour une série de mensonges ! Vous n’en avez jamais assez ?
     
    La lieutenante aux cheveux verts était d’un naturel expansif. Mais pour la première fois, elle contredisait complètement Miku. La patronne de la Garde était l’une des rares personnes dont Gumi ne remettait jamais la parole en doute. Mais l’arrestation de son amant, Yuma, avait fait changer la jeune femme d’avis. Selon elle, il était temps de jouer franc jeu.
     
    - Gumi, on ne sait pas comment les conseillers de Seisui pourraient réagir. Il nous faut rester prudents, argumenta Miku.
    - Justement ! Ils prendraient certainement une meilleure décision en ayant tous les éléments en main.
     
    Miku se tourna ensuite vers la Reine: « Qu’en pensez-vous ? La décision vous revient ».
     
    Luka réfléchit plusieurs secondes.
     
    - Je pense que Miku a raison… Entretenons-nous d’abord avec la Reine, et voyons comment les choses évoluent.
     
    La décision de Luka avait jeté un froid sur le reste du groupe.
     
    Gumi pestait intérieurement. Elle fut ensuite rejointe par Alys, qui n’était pas non plus satisfaite par la tournure des événements. Les deux femmes prirent leurs distances de quelques mètres, accompagnées par Shirosaki, qui était resté étonnement silencieux jusque-là.
     
    - Elles sont mortes de peur, râla Gumi. « Ce qu’il s’est passé ne leur a définitivement pas servi de leçon ! »
     
    Alys acquiesça, suivie par Yuudai. Depuis le départ de Kuni, la question du démembrement de la barrière magique n’avait été que peu abordée, à son grand regret. Pourtant, cela constituait une information de première importance, selon la fille à la tresse.
     
    - Voyons comment ça tourne au Palais Royal, dit Gumi. « Mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! »
     
    Divisés plus que jamais, les sept personnes s’approchaient lentement de la résidence de la future Reine de Seisui.
     
    ***
     
    Au milieu des rues du quartier populaire de Kyôu, un escadron de soldats - qui ne faisaient pas partie de la Garde royale - se frayait un chemin à travers les rues étroites. Ils connaissaient parfaitement leur objectif. Ainsi, ils se retrouvèrent rapidement devant la maison que Leora leur avait précédemment mentionnée, une des plus belles du quartier, voire la seule maison digne de ce nom.
     
    Le chef de l’escadrille tambourina frénétiquement à la porte. S’en suivit un ramdam constant. Plusieurs voix s’élevèrent, mélange de peur et d’appréhension. Après plusieurs tractations, un homme aux cheveux bleus se décida à ouvrir la porte d’entrée.
     
    - Monsieur Kaito, dit le chef des soldats. « Veuillez immédiatement nous suivre au Palais Royal. »
     
    Depuis la visite impromptue de Leora, durant la bataille de Kyôu, Kaito se doutait que ce jour allait arriver. D’autant plus depuis qu’il avait appris la victoire de Fukase et la fuite de la Reine (dans la capitale, les nouvelles s’éparpillaient vite). Il ne lui faisait aucun doute que la visite de son ancienne employée ne fut pas hasardeuse, elle devait avoir une idée derrière la tête. Kaito accompagna donc les soldats vers le Palais, en étant peu à l’aise cependant. En effet, la réputation de Fukase n’était plus à faire, et les habitants du pays de Kuni avaient déjà eu vent de son caractère difficile. Sa réputation, après la bataille d’Uchi, ne s’était pas améliorée. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que le parrain de la pègre se rendit à son rendez-vous forcé.
     
    Kaito n’avait jamais pénétré au sein du Palais Royal, tout au plus avait-il pu l’admirer au loin. Pour lui, le fait même qu’un mafioso de sa trempe puisse entrer dans le bâtiment le plus important de Kuni était un signe que le pays changeait. Jusqu’ici, il évitait de se mêler des affaires d’état, et préférait se concentrer sur ses magouilles. En dehors de quelques altercations avec les gardes royaux, il avait toujours pu passer entre les mailles du filet.
     
    En compagnie des soldats équipés d’armes à feu, Kaito traversa le couloir d’entrée décoré richement. Fukase n’avait pas encore eu le temps de changer la décoration, tout au plus avait-il apposé sa marque un peu partout. Ainsi, un drapeau rouge orné d’un cercle blanc en son centre était affiché sur les murs du Palais. L’idéogramme « Owari » se trouvait à l’intérieur du cercle, tracé à l’encre noire, comme pour signifier la fin de la Royauté à Kuni, ainsi que le début d’un nouvel ordre, en plus de rappeler les origines de Fukase. Kaito avait déjà pu remarquer que le drapeau renégat se dressait déjà au sommet du Palais. Le nouveau leader du pays avait certainement déjà voulu marquer sa présence.
     
    Le parrain entra lentement dans la salle du trône. Les soldats qui l’avaient accompagné jusqu’à présent l’attendaient au pied de la porte. Kaito progressa doucement, et observa Fukase assis dignement sur son trône, un sourire sadique et malicieux aux lèvres. Une chose l’étonna encore plus. Aux côtés de Fukase était installée Leora, sur un autre trône plus petit. Un air surpris se dessina sur le visage de Kaito, mais il ne pipa mot. Ainsi, arrivé au centre de la pièce, il se tint droit, ne sachant pas comment saluer ce nouveau patron. Il attendit donc qu’on lui adresse la parole.
     
    - Monsieur Kaito, commença directement Fukase. « C’est un honneur pour nous de vous recevoir ici ».
     
    Kaito ne répondit pas. Il n’avait que faire des règles de bienséance. Il se demandait juste ce qu’on lui voulait.
     
    - Je suppose que c’est un honneur pour vous aussi, interpréta Leora. « Vous êtes la première personnalité à être reçue par le nouveau Roi de Kuni. »
    - Oui, je devrais prendre cela comme un honneur, même si je ne comprends pas réellement l’objectif de ma visite, rétorqua enfin le mafioso.
     
    Fukase se leva alors de son trône et s’approcha de Kaito, toutefois sans quitter l’estrade sur laquelle les sièges royaux étaient installés.
     
    - Je vais vous expliquer. C’est très simple. Vous savez que nous avons pris le pouvoir par la force. Je suis très heureux de notre victoire. Toutefois, il subsiste un petit problème quand on prend le pouvoir de cette manière.
     
    Kaito écouta attentivement. Sans dire un mot, il fit signe à Fukase de continuer.
     
    - Je me doute qu’il reste encore pas mal de partisans de la Reine Luka dans les rues de Kyôu, et même dans tout le pays. Kuni n’est pas encore stabilisé. Pour être honnête, je doute même de la loyauté des soldats de la Garde royale. Ils sont censés servir le Roi en place, mais accepteront-ils ?
    - Qu’est-ce que cela a à voir avec moi ? demanda judicieusement Kaito.
    - Vous êtes très présent dans les rues de Kyôu. Leora m’a assuré que rien ne peut se passer sans que vous soyez au courant, surtout dans le quartier populaire. C’est une capacité bien pratique pour quelqu’un comme moi.
    - Oui, et…
    - N’y allons pas par quatre chemins… lança l’homme à la canne. « Je veux que vous soyez mes yeux, dans toute la capitale. Je veux être informé de tout comportement suspect. »
     
    Kaito réfléchit, lançant plusieurs regards interrogateurs vers Leora.
     
    - Qu’est-ce que j’y gagne moi ?, interrogea-t-il.
     
    Leora fut interloquée. Elle ne s’attendait pas à autant de courage et d’insubordination de la part du parrain.
    Mais Fukase éclata de rire.
     
    - Ha, je me doutais que vous me poseriez cette question. Je sais que pour un membre de la pègre comme vous, le plus important est votre sphère d’influence. En échange d’informations, je vous laisse le contrôle de la ville de Kyôu, y compris le quartier noble. Vous ne serez donc plus jamais embêté dans vos affaires par les soldats de la Garde royale. C’est plutôt un bon marché, non ?
     
    Kaito restait calme.
     
    - En effet, je dois bien l’avouer. Donc, pour résumer, je vous aide à empêcher tous les coups d’état et autres révoltes potentielles, et j’ai les mains libres ?
    - Exactement, conclut Fukase.
     
    L’homme aux cheveux rouges avança sa main vers le mafioso, qui la serra, en signe d’accord. Kaito eut également un regard pour Leora. Ils avaient beaucoup de choses à se dire.
     
    - Très bien, vous pouvez disposer. Leora, tu peux l’accompagner à la sortie, s’il te plaît ?
     
    La mercenaire quitta son siège, et accompagna Kaito vers le couloir du Palais. Ils atteignirent rapidement la sortie, et se retrouvèrent dans les jardins avant du château, lorsque Kaito s’arrêta subitement.
     
    - Qu’est-ce que tu as fait, Leora ? interrompit-il.
    - Quoi ? Je n’ai rien fait ?
    - Ne te moque pas de moi. Je lis en toi comme dans un livre. Je sais que tu n’as pas pu obtenir une place à côté de lui comme ça.
     
    Le silence de Leora fut significatif.
     
    - Ne me dis pas que…
     
    D’un coup, la guerrière entra dans une colère noire.
     
    - Je fais ce que je veux. C’était juste pour s’amuser. On a enfin le pouvoir. Et puis, il en avait envie aussi. Ça se voyait.
     
    Kaito resta calme, et laissa Leora s’exprimer.
     
    - Oui, d’accord. Mais méfie-toi. Ce type est un psychopathe. Il n’est jamais bon de rester trop proche d’un homme comme lui. Il n’éprouve aucun sentiment. Ne l’oublie pas.
    - Nous ne l’avons pas vraiment fait par sentiment. Juste parce que cela nous amusait. On a fêté notre victoire.
    - Si c’est ce que tu penses…
     
    Kaito prit alors l’avance, et quitta de lui-même les limites du Palais. Après avoir franchi le portique, il se retourna une dernière fois vers son ancienne employée:
     
    - Attention, Leora. Le plus difficile n’est pas de conquérir le pouvoir, mais de le conserver.
     
    ***
    Luka et les autres s’approchaient du Palais Royal de Seisui. Celui-ci était bien différent de celui du pays de Kuni. L’archipel était bien moins aisé, et cela se ressentait dans la construction de la demeure du souverain. Construit sur un seul étage, le bâtiment était quasiment entièrement en bois assez clair, et orné de quelques pierres grises et bleutées par ci par là. Ce qui frappait surtout, c’était les différents cours d’eau qui se rejoignaient au centre de l’édifice (par conséquent, les entrées étaient bardées de nombreux ponts). Kabegami, la capitale, était bordée par de nombreuses rivières. L’eau était absolument partout. Et cela se ressentait dans la construction du Palais. L’ensemble donnait un air bien moins riche que ce que Rin et Len avaient pu voir à Kyôu. Les relations entre les deux nations étant au beau fixe, il ne fut donc pas étonnant que Kinzaki Koharu choisit d’envoyer Luka dans ce pays. Il s’agissait certainement de l’endroit où on était le plus à même de leur venir en aide. Néanmoins, la Reine Luka ressentait une certaine appréhension. Aucun des deux pays n’avait déjà subi une telle crise - en dehors de la Grande Guerre Magique - et elle redoutait la décision de son homologue, IA.
     
    Le petit groupe arriva rapidement face à un pont, gardé par deux soldats. Ceux-ci étaient assez légèrement habillés : ils portaient tous les deux un léger haut, et une jupette et étaient armés d’une épée recourbée, typique de la région.
     
    - Halte ! Veuillez décliner votre identité ! Cria l’un des deux gardes.
     
    Luka prit rapidement la parole, sous l’œil attentif de Miku, et présenta chaque membre du groupe. Elle avait bien sûr omis de parler de sa situation, et s’était présentée comme la souveraine du pays voisin - quoi qu’il en soit, elle en était toujours la représentante officielle et légitime. Les deux gardes s’abaissèrent directement en signe de respect, et souhaitèrent la bienvenue à tous. Ils s’étaient déjà réjouis de voir des représentants étrangers arriver pour le couronnement de leur nouvelle Reine.
     
    Le groupuscule progressa dans la cour intérieure. Rin et Len furent surpris par la présence de plusieurs palmiers, disséminés çà et là. Ils n’en avaient jamais vu, et étaient finalement assez satisfaits de découvrir une nouvelle région, de nouvelles coutumes, une nouvelle mentalité. Alors qu’ils arrivaient en direction de la porte centrale, ils furent accueillis sur le seuil par une jeune dame qui les attendait. Elle portait des vêtements roses, et était parée de cheveux châtains, coiffés assez courts. Elle semblait relativement stressée, mais souhaita la bienvenue aux visiteurs.
     
    - Bienvenue ma Reine. Je suis étonnée de votre arrivée aussi rapide. J’ai prévenu la princesse IA. Elle vous attend.
    - Merci, répondit Luka, avant d’hésiter. La jeune dame n’avait pas donné son nom.
    - Pardonnez-moi. Je m’appelle Mizki. Je suis la conseillère en chef de la future Reine de Seisui.
    - Enchantée, conclut Luka, avant de laisser le soin à ses compagnons de se présenter.
     
    Mizki les fit alors entrer dans le Palais. Contrairement au château de la Reine Luka, les visiteurs étaient directement accueillis dans une énorme salle pleine de boiseries. L’ensemble était assez sombre. Heureusement, quelques ouvertures placées au plafond permettaient à la lumière d’entrer dans la pièce. La conseillère fit signe au groupe de s’arrêter pendant quelques instants, le temps qu’elle aille vérifier si la princesse était prête. Plusieurs minutes plus tard, elle revint et proposa à ses visiteurs d’entrer dans la salle du trône.
     
    La pièce suivante marquait véritablement un contraste avec l’entrée. Celle-ci était bien plus lumineuse, grâce à ses couleurs dominantes blanches, beiges et bleu ciel. Cependant, on ne pouvait distinguer que peu d’objets de valeur, pas de bibelots en or et en argent. La plupart des objets étant une nouvelle fois fabriqués en bois. IA se tenait assise sur son petit trône. Elle portait une robe blanche soyeuse, et de longs cheveux roses. Son sourire radieux charma immédiatement Len, qui ne put s’empêcher de rougir. Rin l’avait bien remarqué, et tentait de cacher son petit rictus moqueur.
     
    Luka avait pris la tête du groupe, suivie à ses côtés par Miku et Gumi. Alys, Shirosaki et les jumeaux qui se tenaient derrière eux, et ne prirent pas la peine de prononcer un seul mot. De toute façon, Len en était bien incapable.
     
    Près d’IA se trouvait une jeune fille, qui devait avoir quelques années de moins que la princesse. Miku murmura directement à l’oreille de Luka qu’il devait s’agir d’One, la sœur de la princesse. Elle avait les cheveux plus courts, coiffés en carré, et blonds. Elle portait une tenue orange, qui ressemblait un peu à celle de Gumi, en un peu plus court. Elle était également équipée de grandes bottes noires. Pas vraiment un look de princesse !
     
    - Soyez les bienvenus, commença IA. « Nous ne vous attendions pas aussi rapidement, mais c’est un honneur de vous recevoir pour le couronnement. Nous ferions preuve d’hospitalité, mais veuillez nous pardonner. Nous sommes encore en plein préparatifs et tous les servants sont occupés. »
    - Merci, rétorqua Luka. « C’est un honneur pour nous aussi. »
     
    Mizki se plaça directement face au groupe, aux côtés d’IA et d’One. La petite sœur lança directement la discussion sur le sujet qui brûlait les lèvres de tous ceux présents dans la pièce.
     
    - Vous êtes arrivés bien vite. Notre lettre d’invitation n’est partie qu’il y a quelques jours. Comment se fait-il que vous soyez déjà là ?
     
    One dût alors faire face aux regards accusateurs d’IA et de Mizki. Si sa question était pleine de bon sens, ce n’était pas une façon de s’adresser à un chef d’état étranger.
     
    Luka baissa la tête. Elle devait se rendre à l’évidence et raconter toute la vérité.
     
    - C’est que… Nous avons été victime d’un coup d’état. La situation est difficile dans mon pays. Pour tout vous dire, nous avons été contraints à l’exil, et nous sommes venus trouver refuge dans notre pays ami.
     
    La Reine se tourna directement vers Miku, qui lui fit signe de la tête pour lui signifier qu’elle avait bien présenté les choses. Luka avait insisté sur l’amitié entre les deux peuples.
     
    IA fut cependant étonnée par la révélation de son homologue.
     
    - C’est un choc pour moi d’apprendre cela. Bien sûr, nous vous offrons l’hospitalité. Mais pouvez-vous m’en dire plus sur la situation à Kuni ?
    - Un ennemi est soudainement apparu. Il est équipé d’armes d’un nouveau genre, contre lesquelles il est difficile de lutter. Pour être franche, je crois que c’est tout le monde de Sekai qui est en danger. Il ne s’arrêta pas à Kuni, c’est certain.
     
    Mizki intervint alors.
     
    - Depuis combien de temps a-t-il pris le pouvoir ?
    - Depuis une petite semaine, répondit Miku. « Nous avons pris la fuite dès qu’il a pris le contrôle du Palais Royal.
     
    La conseillère réfléchit alors quelques instants, consulta IA en silence (alors que One gardait ses yeux rivés sur les visiteurs), et reprit sa place.
     
    - Nous vous demanderons d’attendre la cérémonie du couronnement. Les préparatifs sont en cours. L’événement aura lieu dans trois jours. Nous discuterons par après de la situation et de ce que nous pouvons faire. De toute façon, vous êtes en sécurité ici pour le moment. Je ne pense pas que votre ennemi se soit déjà mis en route vers notre archipel, mais nous allons augmenter la défense de la frontière Nord.
     
    Miku adhérait à l’analyse de Mizki. Fukase n’aurait pas suffisamment de temps pour organiser une nouvelle escouade et envahir Seisui en aussi peu de temps. De son côté, Luka se sentait quelque peu coupable. Elle espérait agir plus rapidement. Pendant que son peuple souffrait du joug d’un dictateur, elle profitait des petits soins de ses alliés de l’archipel Seisui. Mais, d’un autre côté, elle ne pouvait pas se montrer plus insistante, de peur de perdre leur appui. La souveraine s’inclina donc devant IA, et la remercia.
     
    Le groupe fut alors conduit vers les chambres d’amis situées au fond du Palais, alors que Len ne pouvait toujours pas détacher ses yeux d’IA.
     
    ***
     
    Les jumeaux Genshine se trouvaient toujours à bord du bateau commercial voguant tranquillement vers Seisui. Le confort de l’embarcation était relativement restreint. Les matelots en avaient l’habitude, et n’avaient donc même pas pensé à prévenir Kyuu et Roku. L’ainé commençait même à regretter d’avoir donné la totalité de la bourse d’argent au capitaine. Si c’était pour un tel résultat, il aurait au moins pu trier l’or avant. Les frères étaient donc assis tranquillement dans la cale du bateau. Celle-ci était très sale. Plusieurs déchets de nourriture jonchaient le sol, et l’odeur n’était pas des plus agréables. Pourtant, Roku était plus concentré par l’immense toile d’araignée qui s’était tissé dans un coin, tout près de lui. Plus que tout, le cadet détestait les araignées. Petit à petit, il avait tenté de gérer au mieux cette véritable phobie, il n’empêche qu’il ne se sentait pas à l’aise en compagnie de ces arachnides. D’instinct, il se rapprocha de Kyuu. L’ainé n’aimait pas particulièrement les araignées, mais il s’efforçait de rester digne pour son frère. Ainsi, les jumeaux passèrent le reste de la traversée collés l’un à l’autre. Kyuu avait passé son bras par-dessus l’épaule de son frère, comme pour lui donner un signe de protection.
     
    Après, quelques temps, Roku murmura à l’oreille de son ainé :
     
    - Kyuu, tu penses qu’on regrettera ce que nous sommes en train de faire ?
     
    Kyuu fut étonné. Malgré le fait que Roku ait été celui qui avait le plus insisté pour quitter Fukase – du moins il était celui qui avait le plus souffert de son comportement -, il demeurait celui qui était le plus empreint aux doutes. Depuis quelques temps, Kyuu avait bien remarqué que ceci préoccupait l’esprit de son frère.
     
    - Que veux-tu dire par là, Roku ?
    - C’est que… Même si on ne peut pas cautionner les actions de Fukase… Comment va-t-il réagir ? On sait qu’il a une énorme puissance, et qu’il pourrait nous éliminer rapidement s’il en avait envie…
     
    L’ainé avait ressenti la profonde peur qui gangrenait l’esprit de Roku. Fukase avait beau être leur ancien mentor, les jumeaux avaient clairement l’impression que l’homme aux cheveux rouges était plongé dans une telle mégalomanie, qu’il en devenait complètement imprévisible. Par conséquent, ils ne savaient pas comment celui-ci allait réagir, si jamais il les retrouvait. De plus, le plan des jumeaux était également établi un peu sur la comète. Ils pouvaient aussi s’interroger sur la réaction de la Reine Luka, de la commandante Miku ou des Kagamine.
     
    - Ecoute, Roku. Nous avons passé quasiment toute notre vie à servir Fukase, en croyant que c’était la bonne chose à faire en plus. Et, dès qu’il en a l’occasion, il nous lâche… Crois-moi, on ne peut pas faire confiance à cet homme. C’est difficile à croire, mais il nous a eus depuis le début. Pour la première fois depuis seize ans, je me sens libre. Oui, on est perdus, mais on a tout entre les mains pour faire ce qu’on veut. Et je suis certain qu’on y arrivera, tant qu’on restera à deux…
     
    Le discours de Kyuu avait quelque peu rassuré le cadet. Il avait également remarqué une différence d’opinion. Au fond de lui, Roku pensait qu’il y avait encore quelque chose de bon chez son ancien mentor, alors que Kyuu avait complètement écarté cette hypothèse.
     
    Pourtant, l’ainé n’avait aucune idée du plan de Fukase. Le trentenaire était resté assez discret sur ce point, si bien que les jumeaux n’avaient connaissance de ses desseins que jusqu’à la conquête du royaume de Kuni. Ils continuèrent à discuter pendant un long moment. Roku paraissait plus calme qu’auparavant, et avait dès lors récupéré ses splendides capacités de déduction. Finalement, ils en arrivèrent tous les deux à la conclusion selon laquelle Fukase essayerait d’abord d’asseoir son pouvoir sur Kuni, avant d’agir ailleurs. Cela leur laissait un peu de temps pour réagir, bien qu’ils n’aient aucune idée de ce qui pouvait arriver par après. Leur fuite leur donnait du temps pour réfléchir.
     
    Après quelques heures, les jumeaux débarquèrent finalement dans le port de Kabegami. Ils remercièrent rapidement les matelots et le capitaine du bateau pour le voyage (Kyuu ne put tout de même pas s’empêcher sur les conditions de voyage déplorables auxquelles ils avaient dû faire face), et ils avancèrent vers la sortie du port et l’entrée de la ville. Roku passa son regard absolument partout. La fuite des Genshine avait au moins eu un point positif. Le cadet avait toujours voulu voyager et découvrir de nouvelles choses. C’était le cas désormais. Roku fut subjugué par la beauté inconnue de l’endroit. Les petites rivières qui ruisselaient un peu partout dans la ville, ainsi que les petites maisons constituaient un spectacle grandiose pour lui.
     
    Kyuu était bien plus terre-à-terre et avait immédiatement identifié un objectif. Après avoir rapidement demandé à un passant quel était le grand bâtiment qui se dressait au loin, il se rendit de nouveau vers Roku.
     
    - Regarde là-bas ! C’est le Palais Royal de Seisui. Je pense qu’il serait intéressant d’y faire un petit tour…
     
    ***
     
    Les domestiques du Palais de Seisui accompagnaient les visiteurs vers les chambres d’amis du château. Malgré son aspect pauvre et vieillot, le Palais disposait de nombreuses pièces, il était donc relativement facile pour la future reine IA d’accueillir tous les visiteurs étrangers venus pour le couronnement. Ainsi, Luka put disposer d’une chambre seule, en sa qualité de souveraine légitime de Kuni. Miku et Gumi durent se partager une chambre, de même que Rin et Len, et Alys et Shirosaki. Tous installèrent rapidement leurs affaires sur leurs lits respectifs. Peu après, Miku s’éclipsa dans la chambre de Luka. Gumi en profita pour rejoindre les autres dans la chambre des Kagamine.
     
    - Il faut informer Mizki de la situation. Ils doivent savoir dans quelles conditions ils nous aident, déclara Gumi.
     
    Rin et Len marquèrent directement leur accord. Alys, toutefois, était légèrement plus réticente. Bien qu’elle fût complètement en accord avec la décision de la lieutenante, elle rappela à Gumi que cette action pourrait s’apparenter à une trahison. Il fallait donc se soucier des conséquences. Shirosaki Yuudai approuva Alys.
     
    - On n’a plus vraiment le choix, maugréa Gumi. « Il faut leur dire tout ce que l’on sait ! » Puis, elle marqua une pause. « Absolument tout ! »
     
    Le visage des Gumi devint écarlate, trahissant son énervement. Elle, d’habitude si rebelle, avait suivi à la lettre les instructions de la Reine Luka, pour le résultat que l’on connaît. Elle ne pouvait se satisfaire de la situation et déplorait encore l’attitude de Luka et Miku, trop laxiste selon elle.
     
    - D’accord, fit Alys. « Je voulais juste être certaine que nous savions tous dans quoi nous nous embarquions. »
     
    Ils furent alors brusquement interrompus par le bruit tambourinant de la porte de la chambre. Rin se leva et ouvrit prudemment. Sur le pas de la porte se dressait Mizki, l’air sérieux.
     
    ***

    14
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 24 septembre 2017, 14:30:09 »
    Bonjour à tous !

    Je reprends la publication de la fiction avec le début de la deuxième partie, et le chapitre 23 !

    Bonne lecture !

    Je ne l'avais pas encore publié ici, mais le 6 septembre, un chapitre est aussi sorti pour célébrer l'anniversaire des jumeaux Genshine Kyuu et Roku, créés par Hakuro-Kaoru^^ : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/09/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku.html

    Bonne lecture

    Spoiler
    Chapitre 23 : Le début du voyage

    Le bateau voguait tranquillement dans les eaux de la mer qui séparait l’île de Kuni de l’archipel de Seisui. Hormis le capitaine de l’embarcation qui hurlait de temps à autres ses instructions à ses quelques matelots, l’ambiance était relativement lourde et pesante.
     
    Alys était assise aux côtés de Shirosaki Yuudai et veillait sur lui. Le garçon avait plutôt bien récupéré de sa blessure, même s’il se sentait encore un peu faible, et observait souvent l’ancien emplacement de son bras et se retournait vers la jeune femme, l’air désemparé. Il devrait s’habituer à ce changement. 
     
    Rin et Len observait l’horizon. En temps normal, les jumeaux se seraient ébahis devant la grandeur de l’océan et auraient manifesté bruyamment leur joie. Cependant, ils sentaient que l’heure ne s’y prêtait pas. De plus, les récents événements les avaient calmés. Les Kagamine étaient donc partagés entre la vision de ce monde magnifique et la menace à laquelle celui-ci devait faire face.
     
    Miku avait pris la direction des opérations, toujours bien installée dans son rôle de commandante. Elle s’entretenait souvent avec le capitaine, et réfléchissait déjà à la stratégie à adopter, surtout dans le cadre de cette visite impromptue en pays étranger. Bien que Seisui fusse un pays ami, les fuyards avaient désormais le statut d’exilés, et personne ne pouvait deviner l’attitude de l’archipel vis-à-vis du nouveau pouvoir en place à Kuni. La guerrière préféra donc opter pour la discrétion dans un premier temps.
     
    A l’autre bout du bateau, Luka rejoignit Gumi. La lieutenante n’avait pas pipé mot depuis le départ de l’embarcation, encore sous le choc de l’arrestation de son amant. Le fait même que cette relation soit interdite par les préceptes de la Garde royale était passé au second plan. La Reine, elle, était désespérée, mais tentait de faire bonne figure. Son rôle exigeait qu’elle ne montre aucune faiblesse. Et pour l’instant, elle n’y était pas franchement parvenue. Elle s’approcha doucement de la dame aux cheveux verts:
     
    - Gumi…
     
    Son interlocutrice n’y prêta même pas attention. Luka réitéra son appel.
     
    - Si tu veux me parler, n’hésite pas… Oublie mon statut…
    - Je vous ai déjà dit tout ce que j’avais à dire, ma Reine.
    - Justement, laisse-moi répondre
    - Qu’est-ce que vous allez dire ? Que vous aviez honte de vos origines ? Honnêtement, je me fous complètement que vous êtes une Magicienne. Tout ce que je vois, c’est que le pays était en danger, en partie à cause de votre silence…
    - Gumi, hurla Miku, tentant de mettre fin à ce semblant de procès.
    - Non Miku, laisse-là, ordonna Luka. « Oui, je craignais la réaction des citoyens. Tu sais à quel point les Mages sont discriminés dans tout Sekai, depuis la Guerre. Si j’avais joué franc jeu, le pays n’aurait plus de souverain.
    - Au moment où le pays était en danger, et que vous aviez le pouvoir d’agir, vous n’avez rien fait, continua Gumi. « Résultat: Kuni est aux mains d’un malade, et Yuma est prisonnier. » Elle tenta de dissimuler ses accès de rage, avec difficulté.
    - Mais… hésita Luka, peinant à trouver justification.
     
    Les Kagamine avaient observé la scène de loin. Voyant que cela s’envenimait, Rin agit:
     
    - Mais pourquoi ne rien avoir dit plus tôt, ma Reine. Sans vous juger, j’essaie de comprendre, demanda la jeune fille.
    - C’est long à expliquer…
    - Justement, on a tout notre temps.
     
    Luka profita alors de ce moment pour révéler une partie de son passé. Elle rappela aux jumeaux, novices, les discriminations auxquelles devaient faire face la Guilde des Magiciens. Puis elle ôta le voile sur ses origines familiales. Elle était bien la fille de l’ancien Roi de Kuni, son sang magique provenait de sa mère, Sadame. Elle ne l’avait que peu connue. Concernant la rencontre entre le Roi Luki et sa mère, Luka ne connaissait que la version racontée par son père dans son enfance.
     
    Le Roi était un grand voyageur. Si bien qu’il pouvait parfois passer plusieurs mois hors de Kuni, en gérant le pays depuis l’étranger. Durant l’un de ses voyages, il s’était alors entiché d’une jeune femme, rencontrée dans l’un des petits villages de l’île Tokai. Sa première femme venait de mourir de maladie, et cette rencontre lui avait permis de remonter la pente. Luki ne s’était même pas présenté à elle en tant que Roi de Kuni, il avait dès lors apprécié sa bienveillance à son égard. Pour une fois, quelqu’un avait oublié son statut. Quelques temps plus tard, il rapatria Sadame dans le Palais Royal, et la demanda en mariage. C’est alors qu’elle lui révéla son secret, et son lien avec la Guide des Magiciens. Les règles des Mages étant très strictes : en cas de mariage avec un non Mage, le membre concerné devait quitter la Guilde.
     
    - Ouah, c’est dur, s’exprima Len, qui cassa un peu ce moment solennel. Tout le groupe s’était alors rassemblé vers Luka qui continuait son histoire.
     
    Sadame avait alors accepté de quitter la Guilde, par amour réciproque pour le Roi Luki. Mais il subsistait un problème. Elle avait un enfant issu d’un premier mariage. La dame avait bien demandé de l’emmener avec elle, pour qu’il soit élevé au Palais Royal (ce que le Roi avait accepté, par ailleurs), mais le maître de la Guilde refusa. Selon les propos du Roi rapportés par Luka, le maître, Utatane Piko, ne voulait pas voir deux membres quitter la Guilde en même temps. L’enfant fut donc séparé de force de sa mère. Son nom était Owari.
     
    - Cet Owari, c’est Fukase, demanda Miku pour s’en assurer.
    - Oui… Je ne sais pas pourquoi il a changé son nom. D’ailleurs, ma mère ne l’avait quasiment plus jamais revu. Je ne l’ai rencontré que quelques fois en cachette avec ma mère, alors qu’il était entouré par les gardes de la Guilde.
    - Mais pourquoi est-il devenu un tel psychopathe ? s’interrogea Alys.
    - Il s’est toujours senti abandonné, et a blâmé le monde pour cela, répondit Luka. « Je pense que la prise de Kuni est la première étape de son plan. Pour moi, il ne va pas s’arrêter là. C’est pourquoi nous devons agir. »
     
    Len intervint également dans la conversation.
     
    - Mais comment Fukase a-t-il pu arriver dans notre monde, à Rin et à moi, s’il est originaire d’ici ?
    - Je vous ai dit tout ce que je savais, rétorqua Luka. « Je ne sais pas ce qu’il est advenu de lui par après… »
     
    La conversation avait permis d’éclaircir un peu plus les origines du conflit naissant, à défaut d’avoir aplani l’ambiance. Des heures sombres s’annonçaient encore à l’horizon pour le petit groupe, ils en étaient conscients. Mais ils restaient pieds et poings liés tant qu’ils n’étaient pas arrivés à Seisui.
     
    ***
     
    À Kyôu, Fukase avait déjà fait le tour de tout le Palais Royal, sous l’œil désabusé des servants et des employés, qui n’avaient pas osé réagir. Plusieurs membres de son armée avaient également investi les lieux, ce qui accentuait encore plus cette aura de terreur. Leora le suivait comme son ombre, toujours à sa droite, alors que son employeur arborait un sourire malsain.
     
    - Ah, quel plaisir d’apprécier cette victoire, lança Fukase.
     
    Ils retournèrent ensuite tous les deux vers la salle du trône, où l’homme aux cheveux rouges s’installa fièrement sur le siège luxueux. La mercenaire se trouvait devant lui.
     
    - Patron, que devons-nous faire maintenant ?
    - Ah, Leora, je reconnais bien là ta fougue. Sache que nous n’avons réussi que la première phase de mon plan. Nous pouvons maintenant passer à la phase deux.
    - Que voulez-vous dire ?
    - J’ai pris le pouvoir. Je dois maintenant écraser toutes les rebellions. La première chose est de s’emparer une bonne fois de la Garde royale. Certaines personnes pourraient encore être loyales à Luka. Je dois y placer une personne de confiance.
    - A qui avez-vous pensé ?
     
    Fukase descendit du trône, toujours le sourire aux lèvres. Il s’approcha doucement de Leora, jusqu’à se trouver à quelques centimètres de son visage.
     
    - Ça me paraît évident, Madame la Commandante.
     
    Immédiatement, les deux renégats s’embrassèrent langoureusement. Leora poussa le nouveau chef du pays vers le siège royal, sans détacher ses lèvres de sa bouche. Fukase tomba sur le trône, alors que la mercenaire dirigea doucement sa main gauche vers l’entre-jambe de l’homme. Leurs respirations respectives se faisaient de plus en plus fortes. Par la suite, Leora emmena Fukase vers la table de réunion, où celui-ci s’allongea. La guerrière retira donc sa tunique, sous l’œil attentif et heureux de son nouvel amant. Doucement, elle monta sur la table et se mit à ramper lentement vers lui. Puis, leurs ébats continuèrent dans le plus grand silence. Pas une âme qui vive dans les environs. Seuls quelques bruits discrets s’échappaient de la salle du trône.
     
    ***

    Le village d’Uchi demeurait relativement calme, même à la suite de sa prise par Fukase. Le trentenaire avait en effet emmené avec lui la quasi-totalité de son armée pour envahir la capitale. Dans l’esprit de l’homme aux cheveux rouges, Uchi n’était qu’une étape. Il aurait très bien pu prendre un autre village pour prouver sa supériorité. Mais Leora avait tellement l’air insistante que son choix s’était finalement porté sur ce hameau côtier.
     
    Les stigmates de la bataille étaient encore visibles, bien que les habitants aient essayé tant bien que mal de reprendre le cours de leurs vies. Ainsi, si quelques gardes de l’armée d’Owari étaient encore présents, les seuls autres signes de la guerre récente étaient les quelques murs restants tachés de sang. La population, elle, continuait ses occupations habituelles, sans pour autant oublier que leur pays était lancé dans un conflit armé, et que leur village était occupé. Cette sensation régnait en filigrane au-dessus du village. Les habitants n’y faisaient pas spécialement allusion, mais on pouvait sentir une sorte de méfiance, de temps à autres.
     
    Des jumeaux à la tenue blanche marchaient lentement en plein milieu de la rue principale, main dans la main, alors que le soleil se couchait. Ils venaient à peine de sortir d’une petite fête surprise, et cela les avait requinqués. Ils étaient dès à présent prêts à relever les défis qui se dresseraient devant eux.
     
    Roku emmena son frère vers le forum du village, près de la tour de l’ancien chef Oji. A cet endroit, ils s’installèrent tranquillement sur un banc en bois rouge. Le cadet déploya sa carte de Sekai et observa quelques instants son aîné. Kyuu analysait chaque recoin du plan. Il n’était pas le plus futé en stratégie, mais il sentait que c’était le bon moment pour faire preuve d’attention et d’efforts.
     
    - Bon, d’après moi, ils se dirigent vers l’archipel Seisui, commença Roku en abordant directement le sujet. « S’ils ont pris le bateau ici, c’est leur destination la plus probable, sinon je pense qu’ils seraient partis d’un autre endroit ? »
    - Mais pourquoi partir spécifiquement là-bas ? demanda Kyuu.
    - Ils doivent avoir leurs raisons. Peut-être s’agit-il d’un pays ami ? Je ne connais pas assez les relations entre eux.
     
    Kyuu acquiesça. Il est vrai que les jumeaux n’avaient pas eu de temps à perdre avec la géopolitique de ce monde inconnu pour eux.
     
    - Qu’est-ce qu’on fait alors ? On se décide à partir à Seisui ? interrogea l’aîné.
    - Est-ce qu’on a un autre choix ? On ne peut pas lutter à deux contre Fukase… Et puis, j’ai envie de revoir ces jumeaux… Les réactions de Rin et Len durant leur dernier affrontement avaient largement pesé dans la décision des frères Genshine de s’éloigner de leur tuteur.
    - Mais, c’est un archipel ! Sais-tu au moins sur quelle île ils vont débarquer ? poursuivi Kyuu.
    - Je pense qu’on ne prend pas trop de risques en se disant qu’ils partent vers la capitale. Le plus jeune pointa la carte de l’index. « Regarde ! La capitale de Seisui est Kabegami. Leur Palais Royal doit certainement se trouver là. Je pense que le premier réflexe de Luka sera de chercher refuge chez quelqu’un comme elle. Il me paraît logique de demander asile chez le Roi du pays, quand on a son statut…
     
    Une fois de plus, l’aîné fut époustouflé par l’analyse et le sang-froid de son frère. Même en tentant de se concentrer un peu plus, il ne parviendrait jamais à atteindre son niveau.
     
    Les jumeaux prirent alors la direction du port d’Uchi. Celui-ci était un simple port de pêche, par conséquent sa taille était relativement petite. Ainsi, il était facile de s’y orienter. Kyuu et Roku voyagèrent entre les quais, auxquels étaient attachées diverses embarcations, allant de la simple barque au bateau plus imposant. Ils s’arrêtèrent finalement sur un bateau de moyenne taille. Des marchands sans doute, au vu des diverses caisses que transportait l’un des matelots.
     
    Kyuu interrompit alors le jeune homme en plein travail :
     
    - Excusez-moi. Mais où allez-vous comme ça ?
     
    Le garçon regarda les jumeaux d’un air circonspect. Il portait un petit chapeau blanc, sous lequel il dissimulait sa calvitie naissante. L’homme était habillé d’une simple chemise bleue et d’un pantalon beige. Kyuu n’avait pas l’habitude de s’adresser aux inconnus de cette façon, il avait donc pu se montrer trop direct.
     
    - Euh, nous retournons vers Seisui. Nous aurions dû livrer toute cette cargaison, mais l’acheteur est décédé pendant la récente bataille. Du coup, nous repartons.
     
    Les Genshine baissèrent la tête. Cette remarque leur rappelait qu’ils avaient participé à cette tuerie. Bien sûr, ils s’étaient trouvés là contre leur gré, et n’avaient aucunement cautionné les actes de leur ancien mentor. Pourtant, ils ne purent pas s’empêcher de ressentir une certaine culpabilité. Ils auraient peut-être dû parler à Fukase, ou alors le quitter plus tôt. Cela aurait pu le faire réagir. Les pensées néfastes se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.
     
    Roku chassa tant bien que mal ces mauvaises réflexions, et rétorqua :
     
    - Est-ce qu’on peut vous être utile ? Nous cherchons à rallier l’archipel… Si vous voulez, nous pouvons vous aider…
    - Je vais chercher le capitaine…
     
    Quelques minutes plus tard, le capitaine du bateau se montra. C’était un homme de grande taille, mesurant près de deux mètres. Il était habillé richement, bien que ses vêtements fussent adaptés au voyage. Il portait également un longue barbe grisonnante. Un véritable air de pirate !   
     
    - Que voulez-vous ?
     
    Roku prit la parole, et tint environ le même discours que celui qu’il avait prononcé quelques minutes auparavant.
     
    - Je n’ai pas besoin de matelots supplémentaires ! Toutefois, si vous pouvez payer votre voyage, vous ne serez pas de trop…
     
    Roku fit la grimace en entendant la proposition du capitaine. Celui-ci ne perdait pas le nord ! Tout profit était bienvenu. Pourtant, le cadet devait bien avouer que les jumeaux étaient quelque peu en manque de liquidités.
     
    - C’est d’accord ! lança Kyuu. « Est-ce que ceci sera suffisant ? », compléta-t-il en jetant un petit sac d’argent qui atterrit  directement aux pieds du géant.
     
    Roku observa son frère, étonné.
     
    - Mais où as-tu trouvé tout cet argent, Kyuu ?
    - On va dire que Fukase n’est pas le plus attentif des hommes. Et que je suis assez habile… ricana-t-il.
     
    Le cadet sourit alors légèrement, quoiqu’un peu embêté.
     
    - C’est parfait ! Bienvenue à bord ! hurla le capitaine.
     
    Kyuu et Roku embarquèrent donc sur le bateau. Ils saluèrent silencieusement l’équipage, et s’assirent dans un coin, préférant rester discrets.
     
    Quelques dizaines de minutes plus tard, le bateau levait l’ancre. Les Genshine observèrent alors le littoral de l’île de Kuni, non sans ressasser quelques souvenirs.
     
    - Est-ce que nous sommes des traitres ? murmura Roku, le regard interrogateur.
    - Non, pour la première fois, nous faisons ce que nous voulons, répondit Kyuu. « Et nous faisons quelque chose de juste. »
     
    ***
     

    La traversée de la mer avait duré plusieurs heures. Rin et Len commençaient à se fatiguer. Si la vue de la côte de l’île Kuni avait quelque chose de reposant, seule l’eau s’était étendue à perte de vue durant le reste du voyage. Ainsi, les jumeaux étaient sagement restés assis sur le bateau, pratiquant parfois certains jeux privés, incompréhensibles du reste de l’équipage. Ces jeux n’étaient que leur pure invention, pendant toutes ses années où les deux frères et sœurs étaient restés seuls dans la rue.
     
    Alys était également venue s’entretenir avec eux. Le rôle des jumeaux au sein de cet état-major de Kuni exilé restait très peu clair. Ils pouvaient toujours être utiles, et étaient toujours en mesure de donner quelques informations cruciales aux éventuels alliés de la Reine Luka. Pis, la jeune fille à la tresse se préoccupait aussi des informations qu’ils avaient glanées dans la bibliothèque de Kyôu. La barrière magique de l’île Maho n’étant pas éternelle, la Guilde des Mages pouvait débarquer à tout moment. La Koryuiste avait essayé d’en parler à la Reine Luka, mais celle-ci était encore bien trop occupée par son exil. Alys se tourna donc vers Rin et Len pour vider son sac.
     
    - Cette barrière. On devrait prendre ça en compte non ?
    - C’est sûr… Mais la Reine doit bien avoir une idée de ce que l’on doit faire… analysa Rin. « C’est une Magicienne, ça change tout… ». La jeune fille observa que les autres passagers se trouvaient hors distance d’écoute pour prononcer sa phrase.
    - Oui… Justement, je pense qu’on ne sait pas encore tout à ce sujet. Ce Fukase doit avoir plus d’un tour dans son sac…, compléta Alys.
    - De quoi vous parlez ? interrompit Miku qui surgit de l’ombre.
     
    « Comment elle a fait ça ? » pensa Rin. Elle ne l’avait même pas remarquée. Len prenait, quant à lui, une expression de surprise.
     
    Alys raconta donc toute l’histoire à la patronne. Ce qu’ils avaient trouvé dans l’un des livres de la bibliothèque, le sacrifice de son père, la barrière, etc. Miku écoutait tout cela bien attentivement. On pouvait la voir de temps à autres lever la tête vers le ciel, comme si elle réfléchissait à la bonne stratégie à adopter. Après quelques minutes, elle appela la Reine Luka, ainsi que Gumi à ses côtés. Une petite réunion d’urgence s’imposait.
     
    - Bon, voyons, nous devons demander l’asile à Seisui, puis tenter de reprendre le contrôle de notre pays, commença Miku. « Et puis, il y a cette histoire de barrière. Nous devrons potentiellement faire face à deux menaces simultanées. »
    - Et comment deviner les actions de Fukase ? compléta Rin.
    - Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda Alys.
    - Ben, c’est un Magicien. On peut penser qu’il essayera de reprendre contact avec les siens. Dans ce cas, on pourrait avoir un sacré problème.
     
    Luka observait tous les intervenants silencieusement. Cette attitude taiseuse continuait d’ailleurs à agacer Gumi. Malgré tout le respect qu’elle avait pour le rang royal de Luka, son comportement de laisser-aller les avaient en partie tous mis dans cette situation.
     
    - Ma Reine, qu’est-ce que vous en pensez ? lança-t-elle plus ou moins poliment à Luka. « C’est vous qui le connaissez le plus… Donc c’est vous qui êtes le plus à même de deviner sa stratégie… »
     
    La souveraine observait la lieutenante. Elle ne pouvait pas contredire un tel raisonnement. Néanmoins, elle devait se rendre à l’évidence, elle ne connaissait que très peu son demi-frère.
     
    - Je ne sais pas… Il est assez imprévisible….  murmura-t-elle.
    - Est-ce qu’il pourrait faire alliance avec la Guilde des Mages ? Shirosaki intervint soudainement dans la conversation, toujours assis sur le bord du bateau.
    - Il n’a pas dû les voir depuis un moment, vu qu’il se trouvait dans notre monde, compléta Len.
    - Ça se tient… rétorqua Miku. « Mais, dans l’absolu, on pourrait faire face à deux menaces. »
     
    La patronne prit quelques instants pour réfléchir.
     
    - Nous n’avons pas le choix. Il va falloir nouer des alliances. Miku observa Luka fixement. « Ce sera à vous de jouer, ma Reine. Il va vous falloir être persuasive. »
     
    La Reine se montra quelque peu surprise par la tournure de la réunion. Son visage était tout de même marqué par une expression de détermination. Elle se devait de sauver son pays. Le destin de Kuni, voir de tout Sekai se trouvait entre ses mains et celles de ses amis.
     
    Le groupe se dispersa sur tout le bateau. Rin et Len se parlèrent encore quelques secondes.
     
    - Tu penses qu’on pourra bientôt rentrer chez nous ? interrogea le garçon.
    - Je ne sais pas… En tout cas, si on lutte contre Fukase, on devrait trouver un moyen… Il vient bien de notre monde, il doit avoir une sorte de portail ou un autre moyen pour voyager.
    - Sinon, il faut avouer que ce n’est pas si mal ici… lança Len en jetant un regard rapide vers Alys et Shirosaki. « On peut encore rester quelques temps ».
     
    Rin fixa Len dans les yeux et lui prit délicatement la main droite. Les deux jumeaux fixèrent alors l’avant du bateau, qui arrivait en vue de l’archipel Seisui.
     
    Plus loin, Luka et Miku se trouvaient encore en plein entretien. La fille aux couettes turquoise prenait désormais son rôle de conseillère très à cœur. La Reine n’avait encore jamais dû faire face à pareille crise. Comme Miku était dotée d’un caractère plus dur que celui de la souveraine, elle devait se montrer solide, et l’aider du mieux possible.
     
    - Bon, il va falloir se montrer prudent. Surtout que nous arrivons à l’improviste. Luka, Seisui est un pays ami, donc nous bénéficierions certainement d’un bon accueil. Mais profitez de cette occasion pour négocier au mieux une alliance guerrière.
    - D’accord… répondit simplement Luka.
    - Aussi, je sais que le Roi de Seisui vient de mourir. Sa fille doit bientôt prendre sa place. L’avantage, c’est qu’elle est assez jeune, on pourrait jouer là-dessus. Mais elle n’est peut-être pas du même avis que son père en ce qui concerne les alliances. Il faudra rester attentif.
    - Comment s’appelle-t-elle, cette nouvelle Reine ?
    - IA…
    ***


    15
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 02 septembre 2017, 11:59:10 »
    Coucou tout le monde !

    J'ai oublié de le poster ici, mais pour l'anniversaire de Miku, j'ai écrit un chapitre bonus retraçant son passé (bon, il est publié ici avec trois jours de retard, mais sur le blog, je l'avais fait à temps^^)

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Sekai Chronicles #4 : Hatsune Miku

    11 ans avant le chapitre 1.
     
    La Grande Guerre Magique, le plus grand conflit qu’avait connu le monde de Sekai, s’était terminé quatre ans auparavant. Quelques stigmates de ce conflit pouvaient encore s’observer dans les recoins du pays de Kuni. Si la capitale, Kyôu, avait été largement reconstruite, les villages souffraient encore de l’effort de guerre, si bien que le niveau de vie de la population avait subi un sacré coup d’arrêt.
     
    Le Roi de Kuni, Luki, était un homme d’une prestance incroyable. Il avait pris le commandement des armées unifiées durant les dernières batailles, son intellect stratégique ayant été d’une grande aide dans la victoire. Bien sûr, il avait été secondé par son fidèle lieutenant, ami, et commandant de la garde royale, Mikuo. De carrure relativement frêle, cet homme excellait dans les arts de combat, si bien que sa position à la tête de l’une des plus grandes armées du monde ne faisait plus aucun doute.
     
    Les deux amis s’associèrent donc une fois de plus pour réparer les dommages de la guerre, Mikuo adossant alors un rôle plus politique, en sus de ses activités militaires.
     
    Le Palais n’avait subi que peu de dégâts. Les milices ennemies, provenant de la Guilde des Magiciens et de l’île Tokai, n’étaient pas parvenues à se hisser jusqu’à cet endroit. Il restait donc au pays de Kuni un zeste de sa splendeur passée, un signe montrant que cette nation n’était jamais complètement tombée.
     
    Au milieu des bibelots en métaux précieux disposés un peu partout dans la salle du trône jouaient deux jeunes filles âgées de sept et cinq ans. Leurs pères étaient attablés sur l’immense table placée dans un coin de la pièce. Les deux enfants avaient l’habitude d’être là, puisqu’elles se trouvaient êtres les propres progénitures du Roi et du commandant. Par conséquent, Miku et Luka avaient grandi ensemble. Comme leur famille ne quittait que rarement le château, les filles n’avaient pas l’occasion de nouer de relations sociales. D’ailleurs, Luka avait accueilli la naissance de Miku d’un très bon œil, comme si elle avait assisté à la naissance d’une petite sœur. En outre, elles possédaient plusieurs points communs. Leurs mères étaient décédées lorsqu’elles étaient assez jeunes, et leurs paternels s’étaient réfugiés dans leur travail. Les deux amies vivaient surtout en compagnie des servants du château, mais ces épreuves avaient renforcé les liens entre elles.
     
    ***
     
    Les années passaient. Tandis que Luka se préparait à son rôle de Reine (elle assistait à des cours de bienséance, de diplomatie, et son père s’appliquait à lui apprendre les rudiments de la politique), Miku cherchait toujours sa voie. Cette jeune fille courageuse désirait plus que tout suivre les traces de son père dans la Garde royale. Cependant, elle se heurtait à plusieurs obstacles. Tout d’abord, elle devrait assurer l’héritage de son père. Nombreux étaient les lieutenants de l’armée qui n’étaient pas prêts à lui faire de cadeaux, et à la pousser dans ses derniers retranchements. Puis, et surtout, Miku avait rapidement compris qu’elle n’était pas du « bon » sexe.
     
    L’armée de Kuni était entièrement masculine. Cela allait de pair avec la société largement patriarcale du pays. En conséquence, aucune femme n’avait jamais occupé ne serait-ce que le plus petit poste de la Garde.
     
    Du fait de sa place privilégiée près de son père, il était arrivé à Miku de pouvoir assister, de loin, aux entraînements de la Garde royale. Elle y voyait alors son père donner fièrement ses instructions, et faire étalage de son immense technique. A chaque fois, elle ressortait impressionnée de la cour dans laquelle se déroulait l’entraînement. Mikuo s’était révélé le plus grand commandant de toute l’histoire du pays de Kuni. Son habilité stratégique avait permis aux alliés de triompher de la Guilde Magique. De plus, il était également très bien considéré en sa qualité de bras droit du Roi. Si Miku regrettait ses longues absences, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la fierté et de l’admiration envers son père. Plus que tout, elle voulait suivre ses traces.
     
    Un jour, vers l’âge de sept ans, la jeune fille décida de prendre son destin en main. Toutes les nuits, elle sortit en douce du Palais Royal et se dirigeait vers un petit patio, situé non loin du centre d’entraînement de la Garde royale. Cet endroit n’était que très rarement surveillé, dissimulé, et relativement facile d’accès sans se faire repérer. Elle avait entreposé à cet endroit divers instruments de travail. Toutes les nuits, elle s’entraînait durant plusieurs heures, sans perdre du regard son objectif. Miku essayait de reproduire les mouvements observés pendant les sessions d’entraînement. Elle en avait également profité pour améliorer sa forme physique. Après quelques temps, on pouvait observer les résultats. En dépit de son apparence frêle, la jeune Miku disposait d’une incroyable force.
     
    Toutefois, son père ne remarqua rien, sans doute trop occupé par ses fonctions avec le Roi. Il ne passait en effet que quelques minutes par jour en compagnie de sa fille, et était trop fatigué pour observer quoi que ce soit. Par contre, sa meilleure amie, la princesse Luka, avait, elle, noté le changement de comportement. Et la jeune fille aux cheveux roses était bien trop curieuse.
     
    Une nuit, Luka s’extirpa également de sa chambre. La chambre de Miku était située à quelques mètres seulement de la sienne. La princesse avait guetté le moment où son amie s’échapperait. Comme elle l’avait prévu, Miku sortit alors que la pleine Lune brillait largement dans le ciel. Luka la suivit de loin à travers les couloirs du Palais. Après quelques minutes, la future Reine eut la confirmation de ses doutes alors qu’elle observait l’entraînement quotidien de l’apprentie. Luka était subjuguée par tant de technique, de force et de hargne. La détermination et l’envie de Miku transparaissait dans chacun de ses mouvements. La princesse resta cachée derrière un buisson, en silence, ne voulant pas perturber l’entraînement.
                                                                 
    Les nuits suivantes, Luka continuait à observer le rituel quotidien de Miku. Chaque nuit, la fille aux couettes sortait du Palais, se rendait au même endroit et y restait pendant plusieurs heures. Étonnement, elle ne s’était pas encore fait repérer par un membre de la Garde. Après quelques temps, Luka décida de se montrer au grand jour. Elle interrompit alors Miku en pleine session:
     
    - Qu’est-ce que tu fais, Miku ? lança-t-elle discrètement alors que la jeune guerrière était occupée.
    - Ah !  sursauta Miku. « Qu’est-ce que tu fais ici, Luka ? »
    - C’est plutôt à moi de te poser cette question…
     
    Miku baissa la tête, passablement gênée. Elle expliqua donc son objectif à son amie. L’envie de suivre les traces de son père, et de trouver sa place dans la Garde royale.
     
    - Miku… commença Luka. « Tu dois montrer tous ces progrès à ton père. Il en serait fier, j’en suis certaine… »
    - Non, je pense qu’il m’en voudrait de lui avoir désobéi… Je ne peux pas lui montrer maintenant. J’attendrai le moment venu…
     
    Luka considéra Miku d’une mine suspecte. Visiblement, Miku n’avait pas réfléchi à la suite des événements, et s’était laissée portée par son envie. Selon la princesse, la jeune fille n’aurait jamais l’occasion de montrer ses talents à son père, les femmes n’étant pas acceptées dans la Garde. Plus Luka l’observait, plus elle était d’avis que le père de Miku devait connaître les talents de sa fille. Une combattante débutante qui avait atteint un tel niveau rien qu’en s’entraînant seule ne pouvait que devenir une grande guerrière dans l’avenir.
     
    Un peu plus tard, alors que Miku continuait à agiter son sabre en bois devant un ennemi invisible, Luka s’éclipsa et se dirigea vers le couloir des chambres du Palais. Elle connaissait parfaitement l’emplacement de la chambre de Mikuo. Elle s’empressa d’y entrer. Sur le lit, le commandant de la Garde était plongé dans un sommeil profond, si bien que la princesse eût des difficultés de le réveiller. Ainsi, cette opération dura plusieurs minutes, l’homme paraissait extrêmement las.
     
    - Princesse ? murmura-t-il, tandis que ses yeux étaient à peine ouverts. « Que faites-vous ici ? Retournez dans votre chambre. »
    - J’ai quelque chose à vous montrer, commandant. C’est important !  Luka le tira du lit et le força à mettre une tenue plus décente que son léger pyjama.
    - Mais, qu’est-ce qu’il se passe ?
    - Dépêchez-vous !
     
    Le commandant protesta plusieurs fois, et ordonna à la princesse de retourner dormir. Cependant, le caractère têtu de Luka eut raison de l’homme. S’il voulait rapidement retourner dans son lit, le plus simple était de la suivre.
     
    La princesse l’emmena donc vers le minuscule terrain d’entraînement improvisé de Miku. Si le commandant était encore somnolent, la vision de sa propre fille en train de s’entraîner eut l’effet d’un électrochoc.
     
    - Miku, qu’est-ce que c’est que ça ! hurla-t-il.
     
    La fille aux couettes se retourna, effarée, tenant le sabre en bois fébrilement dans sa main droite.
     
    - Papa… Je peux expliquer…
    - Il n’y a rien à expliquer. Il est interdit de sortir pendant la nuit comme cela !
    - Mais…
    - Rentre te coucher !
     
    Miku lâcha le katana d’entraînement qui s’écrasa sur le sol terreux, puis passa devant son père et Luka, qui paraissait désolée pour elle. Elle ne se doutait pas de la réaction de Mikuo. Toutefois, alors que la jeune fille passait à hauteur de son paternel, celui-ci l’arrêta d’un geste du bras.
     
    - Ceci dit… C’était plutôt pas mal… Tu as réussi à atteindre ce niveau seule ?
    - Oui, répondit Miku qui ne savait plus où se mettre.
    - Mmh, considéra le père. « Tu veux continuer à t’entraîner ? »
    - Oui… rétorqua-t-elle timidement.
    - Dans ce cas, rends-toi demain à sept heures sur le terrain d’entraînement…
    - Je pourrai m’entraîner ?
    - Je me débrouillerai…
     
    Un sourire radieux se dessina immédiatement sur le visage de Miku. Luka arborait, dans son coin, également une expression de satisfaction. La jeune fille touchait enfin son rêve du bout des doigts.
     
    - Miku… Rappelle-toi, ce sera très difficile, prévint Mikuo.
    - Je sais… dit-elle.
     
    Cette réponse provoqua une légère hilarité chez le père. « C’est bien ma fille. Ça ne fait aucun doute », pensa-t-il.
     
    ***
     
    Le père de Miku avait finalement réussi à convaincre les instances dirigeantes de la Garde royale d’enrôler sa fille parmi les recrues. Ce ne fut pas une mission bien difficile, du fait de sa position et son influence auprès du Roi. La demoiselle avait donc été acceptée. Cependant, et Mikuo l’avait prévenue, le plus dur était à venir. Elle était désormais la première femme à accéder aux entraînements de la Garde royale, et devrait donc combattre les réflexions misogynes de ses congénères et supérieurs, en plus de devoir porter le fardeau d’être la descendance du commandant. De son côté, son père était assez satisfait. En effet, sa famille possédait une longue lignée de combattants aguerris, tous entrés au Panthéon de la Garde. Lui qui s’attendait à la fin de son héritage, du fait d’avoir une héritière femme, s’enorgueillissait. Au fond de lui, il avait confiance en Miku.
     
    Ses excellentes capacités en combat avaient permis à la jeune fille de monter rapidement les échelons qui étaient encore à sa portée, malgré les fortes dissensions de ses supérieurs. Elle passa ainsi rapidement chef des recrues, le seul poste à responsabilités réservé aux combattants les plus jeunes. Son niveau étant très supérieur à celui de ses camarades, sa nomination n’aurait dû, en temps normal, faire l’objet d’aucune réclamation. Cependant, beaucoup de pontes de l’armée avaient déjà, à ce moment, émis quelques réserves. Au fur et à mesure de son avancée, Miku pouvait ressentir le malaise ambiant qui accompagnait souvent sa présence.
     
    Devant les hommes, elle essayait de faire bonne figure. La guerrière se tenait toujours bien droite, fière, faisant fi de toutes les remarques, bien qu’elles l’atteignissent parfois. Intrinsèquement, elle caressait tout de même l’espoir que ses capacités et son entraînement suffiraient à prouver sa valeur, mais il n’en était rien. Les plus hautes sphères du commandement lui seraient à jamais interdites. Hormis son père, les autres membres importants de l’état-major n’accepteraient jamais sa nomination à un poste important, et les instances de la Garde étaient ainsi faites que le pouvoir de son père s’arrêtait là. Dans les heures difficiles, Luka s’avérait devenir la confidente de la jeune fille. Les deux amies ne s’étaient jamais quittées, même si l’imposant agenda de la fille aux couettes avaient systématiquement réduits leurs rencontres. Ainsi, Miku fut aux premières loges du couronnement de la Reine Luka. Elle s’était aussi montrée d’une oreille attentive après la mort subite de son père, terrassé par la maladie. Les deux filles se retrouvaient sur énormément de points : elles désiraient plus que tout montrer leur valeur au monde, et devait subir sur leur dos le poids du passé de leurs ancêtres.
     
    L’état-major de la Garde était composé de trois têtes pensantes : Mikuo, le commandant général, était ainsi secondé par deux lieutenants. Le premier, compagnon d’arme qui avait toute sa confiance, se prénommait Al. Son style de combat lui avait rapidement fait gagner le surnom de Big Al, tant son envergure dans les luttes au sabre était impressionnante. Le troisième, plus jeune, répondait au nom d’Akasaki Minato. Ce jeune homme, très présomptueux, était ainsi le plus jeune membre de la Garde à avoir jamais atteint les hautes sphères de l’état-major. En effet, il se montrait bon dans tous les domaines. Sabreur redoutable, il rivalisait d’ingéniosité dans les manœuvres stratégiques, et s’avérait également être un excellent enquêteur. Il avait ainsi pu déjouer crimes graves perpétrés par la pègre de Kyôu.
     
    Miku avait déjà rencontré ces deux personnes. Elle savait pertinemment qu’aucun des deux n’approuvait sa présence. Cependant, Big Al se rangeait davantage auprès des décisions de son ami Mikuo, même s’ils étaient en désaccord sur ce point. Minato se montrait bien plus prétentieux, ne manquant jamais une occasion de rabaisser Miku plus bas que son rang de chef des recrues. Pour lui, une femme n’était pas destinée à combattre ou à occuper une quelconque position militaire, et il ne se gênait pas pour le faire remarquer.
     
    Ce lot était le quotidien de Miku. Son sexe lui était rappelé à chaque moment, et, hormis les hommes qui étaient sous sa responsabilité et sur lesquelles elle possédait un certain impact, tous les soldats de la Garde royale lui remémorait sans cesse qu’elle ne méritait sa place qu’à la position de son père. Ainsi, plusieurs fois, elle s’éclipsa dans la salle du trône pour y rencontrer Luka et vider son sac, plein de rage et de tristesse, et revenait le lendemain sur le terrain d’entraînement, le moral gonflé à bloc.
    ***
     

    Quelques années plus tard, 2 ans avant le chapitre 1
     
    Miku était assise tranquillement sur son lit. Le soleil venait de se coucher, les missions de la journée et les entraînements étaient terminés. Son front suintait de sueur. Ainsi, elle partit se laver dans la salle de bains qui se trouvait tout près, puis partit en direction du bureau de son père. Il lui arrivait souvent de passer le voir cinq bonnes minutes, histoire de lui signifier que tout allait bien pour elle, qu’elle supportait les difficultés afférentes à sa place dans la Garde. Cela lui permettait également de jeter un petit coup d’œil à son paternel, qui commençait à prendre de l’âge. Les rumeurs au sein des groupes de soldats allaient bon train. Le bruit courait selon lequel le commandant allait se chercher un remplaçant. De ce fait, quelques soldats de seconde classe s’étaient mis dans l’idée d’organiser des paris, en cachette des supérieurs. Les prédictions donnaient bien sûr Big Al gagnant, mais une minorité commençait à voir d’un bon œil l’avènement d’Akasaki Minato.
     
    La guerrière se trouvait loin de tout cela. Elle désirait juste rendre visite à son père. Elle traversa le long couloir silencieux qui menait à son bureau, et remarqua la porte entrouverte.
     
    - Papa, c’est moi Miku. En temps normal, elle devait l’appeler « commandant » en présence des autres soldats, mais pas une âme qui vive à l’horizon. Cela ne posait donc pas le moindre problème.
     
    Aucune réponse.
     
    Miku réitéra son appel, toujours sans réponse, puis poussa la porte du bureau.
     
    La jeune fille fit trois pas rapides en arrière. Le corps de son père gisait sur le sol, au milieu d’une immense mare de sang. Directement, elle s’accroupit à ses côtés. Les larmes commençaient à couler le long de ses joues, comme si tout son monde s’écroulait soudainement. Elle qui était d’un caractère si solide ne put résister. Elle éclata en sanglots près du corps inanimé de Mikuo, la gorge tranchée.
     
    Prévenus par les cris incessants de Miku, une horde de soldats, dont Al et Minato, s’étaient réunis au sein même du bureau, constant le décès du plus grand commandant que le pays de Kuni n’avait jamais connu.
     
    ***

    Les funérailles de commandant Mikuo s’organisèrent dans le plus grand faste. L’objectif de la Reine Luka était de rendre hommage au grand combattant qu’il était. Ainsi, elle décréta également un jour de deuil national. Le cortège funéraire parcourut les rues principales du quartier noble de la capitale, où plusieurs milliers de citoyens s’étaient rassemblés, dans le plus grand silence. Miku, habillée de noir, suivait de près le cercueil de son père, la tête baissée. Luka la suivit, puis vinrent les deux lieutenants de la Garde, Al et Minato.
     
    Dans le cimetière, un défilé de personnalités vint présenter leurs condoléances à Miku. Al lui prit les mains, présenta ses excuses, et partit dans un grand silence. Puis, vient le tour de Minato :
     
    - Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Miku, n’hésitez pas à faire appel à moi…
     
    Cette phrase provoqua soudainement une immense rage dans le chef de la fille.
     
    - Akasaki, je sais que vous ne m’appréciez pas… Je préfèrerai encore mourir plutôt que de faire appel à vous… Allez-vous faire voir !
     
    Minato regretta ses propos et prit congé.
     
    Quelques jours plus tard, la fille aux couettes s’était rapidement réfugiée dans sa chambre, plongée dans ses pensées. Quelques dizaines de minutes plus tard, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Elle ne répondit pas.
     
    La porte s’ouvrit soudainement, laissant apparaître la Reine Luka.
     
    - Miku… murmura-t-elle.
     
    Sans réponse.
     
    - Ne reste pas cloîtrée ici… N’oublie pas ton objectif, continua la souveraine.
     
    Miku se retourna vers son amie.
     
    - Ma Reine, c’en est trop. Je sens quelque chose de pourri dans la Garde… Il y a quelque chose que je ne saisis pas…
    - Tu veux parler de ton père ?
    - Nous n’avons pas encore trouvé son assassin…
    - Big Al est en train d’enquêter. Il est particulièrement touché par le décès de son ami. Il a même renoncé au poste de commandant pour le laisser à Minato, histoire de pouvoir se consacrer à temps plein à la recherche de l’assassin de Mikuo…
    - Quelque chose cloche…
    - Quoi ? Va au bout de ta pensée, Miku. Luka était impatiente.
    - Je trouve bizarre qu’un tueur ait pu s’infiltrer dans l’endroit le plus gardé du pays, blindé de soldats. Une idée m’est venue… Si la menace était interne à l’armée…
    - Tu veux dire que…
    - Je pense que l’assassin de mon père est un soldat de la Garde, et je veux le trouver…
     
    Ainsi, Miku demanda à la Reine de s’éloigner quelques temps de ses responsabilités militaires. Elle voulait se consacrer à plein temps à la recherche du tueur.
     
    ***

    Toute la nuit, Miku était restée éveillée. Son esprit travaillait à plein régime. Convaincue que le coupable était interne à l’armée, elle décida de partir de son hypothèse. Qui avait le plus profité de l’assassinat de Mikuo ? Assurément Minato, qui avait pris sa place. Elle en fit donc rapidement son suspect numéro un. Seulement fallait-il encore prouver ses doutes, et elle ne disposait d’aucune preuve.
     
    Soudainement, un servant vint frapper à la porte de la chambre de Miku. Alors qu’elle ouvrit la porte, elle aperçut un jeune homme de petite taille, chargé d’un énorme carton contenant divers objets.
     
    - Madame Miku. Ce sont les objets de votre père. La Reine m’a demandé de vous les restituer.
    - Oh… Merci, rétorqua sensiblement Miku.
     
    Elle s’empara alors de l’imposante caisse, remercia encore une fois le coursier et déposa les objets au centre de la pièce. En fouillant un peu, elle retrouva, en plus de l’uniforme de commandant, quelques bijoux ayant appartenus à sa mère.
     
    - Ah, fit Miku. « Il ne l’a jamais oublié… »
     
    Puis, au fond de la caisse, la jeune fille aperçut une petite enveloppe dont le papier commençait à jaunir. Elle s’ouvrit précautionneusement et reconnut directement l’écriture de Mikuo.
     
    « Ma Reine,
     
    L’armée du pays de Kuni a besoin d’un chef d’exception. Une personne pouvant guider tous ces soldats vers le droit chemin. Quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance.
     
    Depuis quelques temps, je me mets à réfléchir. Je commence à penser que, malgré mon expérience, mon âge avancé m’empêche d’assumer au mieux cette fonction. Par la présente, je souhaite vous présenter ma démission. Soyez cependant certaine que toute aide sera apportée au cas où vous en aurez besoin. Cependant, je pense que le temps est venu de passer la main à la jeune génération.
     
    Toutefois, il m’est difficile de choisir un successeur. Mes deux lieutenants, Al et Minato, sont bien sûrs des personnes de confiance. Mais je ne pense pas qu’Al désire accéder à une fonction aussi importante, tandis que Minato pourrait se montrer trop arrogant.
     
    Bien sûr, il est également possible de choisir une autre personne. J’ai d’ailleurs entendu dire que ma fille Miku possédait de très bonnes capacités en combat, en plus de son leadership naturel. Mais, elle est encore trop jeune pour assumer ces responsabilités. Dans l’avenir, elle pourrait devenir une commandante de tout premier ordre.
     
    Le choix de mon successeur vous revient, comme le veut la Loi. Si vous voulez mon avis, il vous faut choisir une personne possédant toute votre confiance. Le secret de la stabilité du pays réside dans l’entente entre le souverain et le commandant de la Garde.
     
    En vous remerciant de tout votre soutien.
     
    Votre serviteur dévoué.
     
    Commandant Mikuo. »
     
    Miku replia la lettre et la plaça dans l’une de ses poches intérieures. Sa lecture lui faisait remettre tout la situation en perspective. Le fait de déconseiller ses deux lieutenants pour prendre sa place aurait pu causer la perte de son père. Si le contenu de cette lettre s’était ébruité, quelqu’un aurait certainement voulu agir. Dans l’état actuel des choses, cette découverte confirmait sa première hypothèse: le coupable ne pouvait être que Minato, le seul à avoir affiché ses ambitions, et celui qui avait le plus à perdre. Aujourd’hui, il avait été nommé Commandant de la Garde, un peu dans la précipitation, et alors que Big Al avait refusé le poste.
     
    La jeune guerrière réfléchit. Elle devait informer la Reine Luka de l’existence de cette lettre, mais voulait tout d’abord s’entretenir avec Minato.
     
    Soudain, deux recrues de la Garde se tinrent devant la porte de la chambre de Miku.
     
    - Le commandant vous appelle à son bureau, chef.
     
    Le destin frappait à sa porte. Elle se dirigea alors quatre à quatre vers le bureau qui, quelques jours auparavant, était encore occupé par son père. Alors qu’elle progressait dans le couloir, elle fut prise de nausées, en se remémorant ce jour funeste où elle découvrit le cadavre de Mikuo. Emprunter ce chemin était toujours aussi difficile. Elle parvint cependant jusqu’à la pièce, où Minato l’attendait, assis derrière le bureau.
     
    - Asseyez-vous.
     
    Miku s’exécuta. Le visage de Minato se para d’un large sourire malsain
     
    - Vous savez, ma petite dame, le temps des cadeaux est terminé. Vous savez bien que vous ne devez votre place qu’à votre illustre père. Je vous informe que tout cela, c’est terminé. Je vous retire vos adjudications. Vous redevenez civile.
     
    Miku serra les dents. Une telle injustice ne pouvait être tolérée. Puis, elle se rappela la lettre dans sa poche. Si elle pouvait prouver l’implication de Minato dans l’assassinat de Mikuo, c’en était fini de lui. Elle se leva donc, salua le commandant sans dire un mot, et prit congé.
     
    Alors qu’elle était sortie de la caserne, Miku laissa éclater sa rage.
     
    - Tu ne perds rien pour attendre, salopard.
     
    Puis, elle se dirigea vers le Palais Royal, tenant précieusement la lettre de son père entre ses mains.
     
    ***
     
    Dans la salle du trône, Miku s’était installée avec la Reine Luka sur la grande table de réunion. Elle se trouvait à sa droite, assez proche, et parlait à bas volume. Tout d’abord, elle l’informa de sa situation, de son récent licenciement, et lui montra la lettre de son père.
     
    - Quelle honte ! s’écria la souveraine. « Attends, je vais arranger ça ! »
    - Ce n’est pas la peine… répondit Miku, provoquant la surprise de Luka. « Le fait de ne plus avoir de responsabilités me permet de me concentrer à plein temps sur la recherche du meurtrier de mon père. Je ne pouvais pas rêver mieux. »
    - Mais Big Al est déjà sur le coup…
    - Je préfère mener mon enquête de mon côté…
    - Tu ne fais donc confiance à personne ?
    - Plus maintenant…La lettre de Papa est claire. Minato me voyait comme un obstacle. Je pense qu’il est lié à l’assassinat mais je ne peux pas encore le prouver. De plus, la soudaine disparition de Big Al m’inquiète aussi…
    - Il est parti enquêter…
    - Il aurait très bien pu faire ça depuis la caserne… Mais non, il a préféré tout quitter et ne plus donner signe de vie. Je trouve ça bizarre.
     
    Miku était donc redevenue simple citoyenne. La guerrière sortit du Palais et se mit à réfléchir à voix haute, le regard tourné vers les immenses bâtiments de la ville.
     
    Elle emprunta ensuite le chemin qui menait vers le forum du quartier noble. Sur la place, elle se trouvait au milieu de la foule bruyante, lorsqu’à un coin de rue, elle aperçut par chance un visage familier. Le lieutenant Al était habillé de vêtements sombres, et portait une large cape par-dessus. Il s’écarta dans les petites rues adjacentes, avec grande précaution. Miku se dit à cet instant que la chance était avec elle, et se mit à le poursuivre de loin. Un peu plus tard, Big Al prit la direction du quartier populaire de Kyôu par un des accès secondaires. Il continuait son chemin à travers les ruelles assombries pour arriver à une maisonnée en mauvais état. Il frappa à la porte. Une dame d’un certain âge vint lui ouvrir. Ils s’échangèrent quelques mots (Miku se trouvait bien trop loin pour entendre quoi que ce soit), et Al sortit de sa besace un énorme sac d’argent qu’il donna à la dame.
     
    L’esprit de Miku se retourna dans tous les sens. Ses suppositions se montraient vraies. Il y avait bien quelque chose de pourri au sein de la Garde royale. Elle observa encore quelques instants les déplacements de Big Al, qui retournait simplement vers le quartier noble. Puis, elle partit en direction de la petite maison, et se mit à frapper à la porte. Pas de réponse.
     
    Elle insista.
     
    Toujours rien.
     
    La guerrière aux couettes se décida alors de patienter dans les environs, jusqu’à la tombée de la nuit. Quelqu’un finirait bien par sortir et elle n’aurait alors qu’à l’alpaguer et l’interroger.
     
    Quelques heures plus tard, la Lune brillait dans le ciel. Miku observait sans discontinuer la maison, et aperçut de loin la poignée de la porte s’actionner. Ensuite, plusieurs hommes, tous habillés et noir et masqués, sortirent et se dirigèrent vers le quartier noble.
     
    Miku les suivait. Elle vérifia plusieurs fois le sabre qu’elle portait à sa ceinture, dernier cadeau de son père.
     
    Les mercenaires continuaient d’avancer et prenaient la direction du Palais Royal.
     
    ***
     
    Miku se pressait, sans avoir vraiment conscience de ce qu’il se tramait. Tout au plus avait-elle compris que ces hommes représentaient une menace. Cette horde de soldats qui se dirigeait vers le Palais était relativement rapide. Heureusement n’avaient-ils pas pris les accès secrets. Ainsi, la guerrière parvint à arriver avant eux à destination.
     
    Elle se dirigea directement vers la salle du trône. Ses réflexes lui ordonnaient de partir protéger la Reine à tout prix. Miku poussa la porte de la pièce, et retrouva Luka, face à face avec Big Al et Minato Akasaki.
     
    La fille aux couettes ne se pria pas pour couper leur conversation.
     
    - Ma Reine, éloignez-vous d’eux. Des mercenaires projettent d’attaquer le Palais !
     
    Big Al prit la parole, bien calmement.
     
    - Que dites-vous ? Ce ne sont que des sornettes. Vous délirez, ma petite !
    - Vous êtes derrière tout cela, Al. Je vous ai vu tout à l’heure dans le quartier populaire.
     
    Al émit un rire sadique, puis se tourna vers son coéquipier.
     
    - Minato !
     
    Le commandant aux cheveux rouges s’empara alors de la Reine, et la menaça, un couteau sous la gorge.
     
    - Vous êtes bien comme votre père, ma petite Miku. Toujours à vouloir fourrer votre nez dans les affaires des autres…
    - C’était donc vous, Al. Vous avez osé tuer votre ami.
    - Il n’y a pas d’amis qui tiennent quand on peut s’emparer du pouvoir absolu. L’amitié avec Mikuo ne valait rien pour moi. Juste un moyen d’assouvir mes ambitions. Honnêtement, vous voyez cette petite Luka supporter le poids de la gestion du Pays de Kuni. J’en doute. Il faut un homme fort pour cette responsabilité, et je suis celui dont la nation a besoin.
     
    Les cinq mercenaires firent alors leur entrée dans la salle du trône. Miku avait déjà dégainé son katana. Les soldats avaient à peine eu le temps de passer la porte que la guerrière faisait déjà parler sa vitesse, les éliminant un par un avec une facilité déconcertante.
     
    - Je dois avouer… Vous faites preuve d’une grande agilité.
    - Contrairement à beaucoup, j’ai dû prouver plusieurs fois que je méritais ma place. Alors que vous vous reposiez allègrement, je continuais mon entraînement. Je ne vous crains plus désormais.
    - Quelle présomption !
     
    Miku restait concentrée,  levant son sabre vers ses ennemis, à moitié plongée dans sa réflexion.
     
    - Il y a toutefois quelque chose que je ne comprends pas… Pourquoi avoir engagé des mercenaires ? Vous pourriez très bien prendre le pouvoir seuls, Minato et vous, maintenant que mon père n’est plus là.
     
    Big Al baissa la tête.
     
    - A moins que… réfléchit la guerrière. « Je vois… »
    - Je pense que tu comprends maintenant, tu es bien plus maligne que tu en as l’air ! rétorqua Al sur un ton dédaigneux. « Je ne peux pas garantir que tous les soldats me suivent. Le seul moyen de garantir ma réussite est d’engager des mercenaires. Eux ne sont motivés que par l’argent. Une fois que j’aurai instauré la terreur, je pourrai prendre le pouvoir dans l’armée. »
    - Vous craignez même vos subordonnées. Mon père avait raison, vous auriez fait un commandant exécrable !
    - Trêve de bavardages ! D’autres troupes ne vont pas tarder à arriver. C’est terminé pour vous. Le trône de Kuni est à moi, hurla Al.
     
    Minato fit preuve d’un moment d’égarement, si bien que Luka parvint à se défaire de son étreinte, et à se mettre à l’abri. Miku se retrouvait donc face à face avec les deux renégats.
     
    - Je peux m’occuper seul d’elle, lança Minato.
    - Allez-y donc, commandant !
    - Je vous attends, fit Miku.
     
    S’en suivit alors une lutte de haute volée. La réputation de Minato n’était en effet pas usurpée. Cependant, on pouvait voir dans ses techniques de combat que le guerrier prenait son adversaire à la légère. Une faible femme comme Miku ne pouvait en aucun cas rivaliser avec lui, pensait-il.
     
    Miku profita de la situation. Elle avait rapidement observé les énormes latences que laissait Minato dans sa garde. Ainsi pouvait-elle lui asséner quelques coups aux bras et aux jambes.
     
    - Battez-vous sérieusement, Minato. Sinon, c’est la fin pour vous, lui prévint la fille.
     
    Le commandant relança alors plusieurs attaques, beaucoup plus sérieuses cette fois. Mais sa vanité avait déjà causé sa perte. Les légères blessures que lui avait infligées Miku se montraient rédhibitoires pour la suite du combat. Sans mal, la jeune femme parvint à lui lancer un coup de katana directement dans les jambes, annihilant ses mouvements, et le laissant gésir sur le sol. Son sang coulait abondamment. Il n’en avait plus pour longtemps.
     
    - Perdre par manque de respect pour son adversaire. Définitivement, vous êtes pathétiques, maugréa Miku en guise de phrase d’adieu.
     
    Elle s’avança alors vers Big Al. L’homme avait déjà retiré son sabre de son fourreau. Depuis longtemps, il avait compris l’issue du combat précédent.
     
    - Ça ne sera pas aussi simple. Je ne suis pas comme Minato.
    - Je sais…
     
    Miku se lança la première vers son adversaire pour la première attaque. Al para celle-ci avec la lame de son sabre. Les bruits scintillants des katanas résonnaient à travers tout le château. Luka observait la lutte, priant pour la victoire de son amie. Mais, dans un premier temps, le traître parvint à atteindre le bras droit de Miku, qui lâcha son sabre.
     
    - Ton bras droit est inutilisable. Tu ne peux plus m’attaquer… Il s’avança vers elle d’un air menaçant. « C’est terminé ! »
    - Que tu crois…
     
    D’un geste extrêmement rapide, Miku s’empara de son arme de la main gauche.
     
    - Tu es ambidextre ?!
    - C’est le résultat de mes longues heures d’entraînement… Mais, vous ne pouvez pas comprendre… La sensation de la sueur qui coule le long de votre front doit être bien lointaine, non ?
     
    Le combat reprenait. Miku éprouvait toutefois des difficultés à se battre à un seul bras. Elle prit plusieurs instants pour régler son équilibre. Pendant ce temps, les attaques de Big Al ne diminuaient pas. L’idée de prendre définitivement le dessus et le pouvoir motivait encore davantage le traître. Mais l’espoir de Miku ne désemplit pas. D’un coup de jambe, elle arriva à atteindre la main droite d’Al. Celui-ci fut déséquilibré. Miku ne réfléchit pas plus loin et lui planta son sabre en plein cœur, par l’ouverture qui s’était créée.
     
    Big Al cracha une large quantité de sang par la bouche, et s’écroula, inanimé, aux côtés de Minato, dont le souffle de vie avait déjà disparu.
     
    Alors que Miku reprenait son souffle en observant les corps meurtris de ses ennemis, tentant de récupérer son calme, Luka s’approcha de son amie et la serra fortement dans ses bras.
     
    - Merci, Miku…
     
    Peu après, de nouvelles troupes de mercenaires fit irruption dans le Palais, décimant les gardes en service. On pouvait en dénombrer une centaine, tout du moins. Big Al avait certainement prévu de les faire arriver par vagues successives, et prendre le contrôle du Palais, puis de la capitale petit à petit. Les hommes pénétrèrent dans la salle du trône et observèrent directement le cadavre de leur employeur à même le sol. Miku n’eut même pas besoin de les éconduire. Les guerriers masqués repartirent aussi vite qu’ils furent venus, faisant définitivement une croix sur leur généreuse rémunération.
     
    Luka et Miku restèrent immobiles en face du trône de Kuni, et se prirent dans les bras.
     
    - Ma Reine, il ne sera pas simple de garder votre place… Il vous faut pour cela un commandant d’armée loyal et efficace, déclara la jeune fille aux couettes.
    - Je pense l’avoir déjà trouvé, répondit la Reine en fixant son amie d’un regard significatif.
     
    ***
     
    La nouvelle de la trahison des deux anciens lieutenants de Mikuo avait rapidement fait le tour de la capitale et des soldats de la Garde royale. Quelques jours plus tard, Luka fit une déclaration devant toutes les armées et nomma Miku nouvelle commandante de la Garde. Ses exploits et ses combats contre Al et Minato avaient déjà fait le tour de toutes les recrues. Désormais, son autorité était inébranlable, y compris parmi la population civile.
     
    Juste après sa nomination, Miku prit possession de son nouveau bureau dans lequel trônait encore une vieille photo de son père, accompagné du l’ancien Roi de Kuni.
     
    La jeune commandante versa alors quelques larmes.
     
    - J’ai réussi, Papa…
     

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