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    Messages - Jyôka Ryu

    Pages: [1] 2 3 4
    1
    Concours / Re : Giveaway nanoblock X Vocaloid.fr
    « le: 19 juin 2017, 21:00:02 »
    On a des chances en plus, si on poste sur le forum en prime ? ;-) (ok, je sors...)

    Sinon, c'est très agréable ce genre de concours... Encore merci !

    2
    Présentation / Re : Re : Bonjour, bonsoir
    « le: 19 juin 2017, 20:45:29 »
    Merci ! :D

    Je suis justement en train de lire ta fanfiction ;). Je suis au chapitre 5, j'aime beaucoup ^^. (Gumi est trop badass, j'adore ;D)

    Merci, c'est trop gentil ^^ (Oui, comme j'aime bien Gumi, je lui ai donné des moments badass).

    J'espère que la suite te plaira aussi !

    Je suis allé voir ton projet d'écriture, et ça me tente bien ;-)

    3
    Autant je ne connaissais pas l'application, mais je connais "Emily is Away" (et je dois avouer que je trouve ce jeu très marrant^^. D'ailleurs, le let's play du jdg est à se tordre de rire parfois)

    J'essaierai bien aussi, c'est tentant. Et j'aime bien le principe de mettre des titres de chansons pour les différentes fins.

    Bonne chance pour le projet^^

    4
    Présentation / Re : Bonjour, bonsoir
    « le: 19 juin 2017, 17:46:14 »
    Ooh, un fan de Gumi et de Reol, c'est cool ça !

    Bienvenue !

    5
    Oui, je ne trouve pas leur système de planning très pratique. Ça m'a pris un moment pour essayer de voir tous les événements et faire un petit planning personnel  ;)

    J'ai rempli le Doodle aussi (comme ça, tu te sentiras moins seule^^)

    6
    Si tu veux des conseils sur autre chose, n'hésite pas :) C'est une très grosse convention, mieux vaut arriver préparé. (haaaaaa, ma première année avec un cosplay en satin, une toute petite bouteille d'eau et juste 20€ en liquide...)

    Ooh, pour moi, c'est bon, j'y suis déjà allé (et puis les conventions, je commence à avoir l'habitude haha...). Je disais ça surtout pour les personnes qui n'ont pas l'habitude ;-)

    Avant de choisir mes heures, je voudrais comparer avec le programme, mais est-ce que quelqu'un sait si le programme sur le site est complet ? Je trouve ça étonnant qu'il n'y ait pas de spectacle cosplay le week-end :O

    Je pense que, en ce qui concerne les "gros" invités ou les événements plus importants, c'est déjà définitif.
    En fait, les spectacles cosplay, ce sont les "ECG Saison 7" le samedi et "ECG Saison 8" le dimanche. Ce n'est pas très clair dans le planning, mais tu peux trier les activités par thème, c'est un peu plus facile pour s'y retrouver ;-)

    7
    J'y vais le samedi et le dimanche. L'IRL me plairait bien, ça pourrait être chouette de parler à d'autres fans ;-)

    Et j'aime bien les petits conseils, c'est pratique pour les personnes qui n'ont pas l'habitude

    8
    News / Re : LUMi, nouvelle Vocaloid 4 japonaise
    « le: 03 juin 2017, 20:26:54 »
    Je m'attendais à une voix un peu plus grave aussi... Mais j'aime bien, même si j'attendais une voix un peu plus... "originale". Je regarderai peut-être d'autres démos par curiosité.

    9
    News / Re : LUMi, nouvelle Vocaloid 4 japonaise
    « le: 01 juin 2017, 20:41:14 »
    Son design est cool et assez original^^
    Tiens, la voix d' Erza dans Fairy Tail, c'est intéressant... Ça me rend curieux du coup, j'y jetterai un coup d’œil ;-)

    10
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 21 mai 2017, 17:45:55 »
    Chapitre 18 publié !

    Bonne lecture ~


    Spoiler
    Chapitre 18 : Si vis pacem, para bellum

    Fukase se tenait près de la fenêtre située tout en haut de la tour d'Uchi. La hauteur de cet édifice lui permettait de disposer d'une splendide vue sur les alentours du village. Il se voyait comme un grand leader. L'homme aux cheveux rouges appréciait particulièrement le bâtiment. Comme ses bureaux dans l'autre monde, ce donjon avait une certaine prestance, et permettait, selon Fukase, de faire une démonstration de son pouvoir.

    Mais le patron n'avait pas encore atteint son principal objectif. Il avait réussi la première phase de son plan avec brio, et devait maintenant assurer sa marche puissante vers la capitale du pays de Kuni. Il avait donc convié son état-major au sein même de la salle du trône afin de préparer plus précisément la suite des opérations. Leora occupait désormais une place prépondérante, juste à la droite du trentenaire. À leurs côtés se tenaient les trois généraux des compagnies : Kyo, Yuu et Wil. Les jumeaux Genshine avaient également été invités à la réunion mais s'étaient retrouvés un peu plus à l'arrière. Bien que le patron n'ait pas apprécié leurs dernières distensions, il pouvait encore avoir besoin d'eux. En effet, ils constituaient encore sa garde personnelle. De plus, outre Leora, ils étaient ceux qui avaient passé le plus de temps à Sekai, et pouvaient se montrer décisifs en stratégie, particulièrement Roku. Cependant, Fukase démontrait désormais une certaine méfiance envers eux, analysant de près tous leurs dires et leurs avis.

    Kyo avait déballé une large carte du monde de Sekai sur la grande table disposée au centre de la pièce. Yuu avait, quant à lui, fabriqué plusieurs dizaines de pions destinées à représenter les troupes, afin de faciliter l'établissement d'une stratégie. Fukase prononça un petit discours, de sorte de lancer le début de la réunion.

    - Bonjour à tous. Je vous félicite encore une fois pour cette brillante victoire et notre prise du village d'Uchi. Maintenant, nous devons déterminer la suite des opérations.

    Tous saluèrent l'homme à la canne blanche très respectueusement, même si Kyuu et Roku s'abaissaient moins que les autres. C'était là pour eux l'occasion de marquer quelque peu leur désaccord avec les récents événements.

    - Conformément à ce que l'on avait déjà discuté, le but serait de disposer d'un autre point de chute, lança Wil.

    - Exactement, compléta Fukase. « C'est d'ailleurs la raison première de la mission de Yohio. On aurait bien sûr eu plus de facilité si tous les chefs de village avaient été assassinés. Mais, ce n'est pas le cas... » Il lança alors un regard noir vers les jumeaux.

    - Comme options, il ne nous reste alors que les villages d'Hayashi, d'Aza et de Furisato, analysa Kyo.

    - Aza est trop loin et n'offre que peu d'intérêt, ajouta Yuu. « La meilleure option serait Hayashi. Caché dans la forêt, il est assez difficile d'accès et permettrait de disposer d'une arrière-garde non loin de la capitale. De plus, leurs défenses doivent être déforcées. »

    Fukase acquiesça, puis se tourna vers Kyuu et Roku.

    - Qu'en pensez-vous, les petits ?

    L'aîné serra les dents. Il détestait ouvertement ces sobriquets. Mais celui-ci revêtit une pique supplémentaire. D'habitude, Fukase les appelait "mes chéris", ou un dérivé, mais il s'agissait souvent d'un surnom affectueux, même si cela l'énervait. Ici, ces mots les remettaient à une position inférieure aux autres membres du groupe. Les jeunes jumeaux se contentèrent donc de secouer la tête en guise d'accord. Ils n'avaient de toute façon rien de bien important à ajouter.

    Leora interrompit la conversation: « Pourquoi n'attaquons-nous pas immédiatement Kyôu ? »

    Fukase éclata de rire. « Je reconnais bien là ta fougue, ma chère ! »

    Puis, il se calma. « Je préfère prendre mon temps. Je veux profiter de ma supériorité, et plus que tout, je veux que Luka s'en rende compte... » Le patron laissait planer une aura de mystère dans son discours, mais la mercenaire préféra ne rien relever.

    L’armée de Fukase se sépara, afin qu'une partie restât stationnée à Uchi (l’objectif étant tout de même de garder ce village en leur possession), tandis que l'autre se dirigeait vers le village d'Hayashi. Quelques heures plus tard, un cortège d'assez grande taille sortit des remparts en direction du nord-est.

    Pendant tout le trajet, l'armée ne dépensait aucun effort à se déplacer de manière furtive. Les commandants étaient assurés de leur supériorité technologique et militaire, si bien qu'ils pouvaient faire face à n'importe quel imprévu.

    À mi-chemin, l'avant-garde du convoi observa des mouvements suspects venant de quelques buissons situés à l'entrée de la forêt. Quatre hommes se lancèrent donc à pleine vitesse vers l'endroit incriminé et y délogèrent un soldat habillé de vêtements sombres. Ils ramenèrent le pauvre homme vers leur patron.

    - Chef, je pense que nous avons capturé un espion, lança un des soldats.

    - Un espion ? Chouette ! Cela signifie que la Reine se fait du souci ! Les autres membres de l'état-major se montrèrent étonnés par la réaction de leur chef.

    - Je ne parlerai pas, lança le soldat noir.

    Fukase ricana.

    - Je n'ai pas besoin que tu parles. Tu ne m'es d'aucune utilité, mon pauvre. Le visage du soldat se para d'une expression de forte peur.

    Le trentenaire dégaina son sabre, et le dirigea vers la carotide de l'espion. Celui-ci se tenait toujours debout, alors que Fukase était encore bien assis sur son étalon. Le soldat vit sa fin arriver au fur et à mesure que la lame se rapprocha doucement de son cou, mais le patron stoppa son mouvement à quelques millimètres du but.

    - Pars. Enfuis-toi, dit-il

    L'espion transpira et lâcha un énorme soupir.

    - Je te laisse partir, renchérit Fukase. « Par contre, je te demande une seule chose... Préviens ta Reine. Dis-lui que je prévois d'attaquer le village d'Hayashi. »

    L'homme au costume blanc retira son katana, et signifia à l'espion de s'enfuir d'un signe de la main. Celui-ci s'exécuta et partit en courant dans la direction opposée.

    Le bataillon reprit alors sa marche en avant.

     

    ***

     

    A Kyôu, Rin, Len et Alys avait quitté la bibliothèque, forts des informations qu’ils avaient glanées. Len et Alys retenait la jeune blonde, qui avait toujours la jambe dans le plâtre, et éprouvait encore des difficultés à se déplacer. Cependant, la douleur se faisait de moins en moins ressentir, et la combattante novice avait de bons espoirs en ce qui concernait son retour. La jumelle se rendait chez le médecin attitré de la Garde royale chaque jour, et celui-ci fut même étonné par ses progrès. Elle guérissait plus rapidement que prévu. Tant mieux, se disait-elle alors qu’elle commençait à s’agacer d’être mise sur le côté. Depuis que son frère et elle étaient arrivés à Sekai, les évènements s’étaient déroulés à une vitesse folle. Eux qui désiraient uniquement rentrer chez eux s’étaient retrouvés au beau milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à une véritable guerre. Toutefois, il n’était pas dans le caractère de la blondinette d’abandonner. Ainsi, elle rongeait son frein, attendant patiemment de pouvoir se montrer de nouveau utile.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, les trois amis arrivèrent devant la façade du Palais Royal. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de la servante Meiko. Ils quémandèrent urgemment un entretien avec la Reine, arguant disposer d’informations importantes pour l’avenir du pays. La jeune brune se sentait accablée par l’entrain des personnes en face d’elle. Alys, Rin et Len hurlaient. Un vacarme assourdissant s’échappait vers le couloir central du château. Au bout de quelques minutes, Luka sortit de la salle du trône et vint directement à eux.

    - Que se passe-t-il ? demanda-t-elle calmement, dans le but d’apaiser l’atmosphère.

    - Ma Reine, nous devons absolument vous parler. Nous avons des informations cruciales pour vous… lança Alys, pleine d’entrain.

    - Entrez, entrez…

    La souveraine les fit donc pénétrer au sein de la salle du trône. Dehors, le ciel était gris et orageux, si bien que les ténèbres prenaient peu à peu place dans la pièce. Quelques bougies disposées çà et là donnaient quelques touches jaunâtres à la salle.

    Luka, contrairement à son habitude, restait debout, face aux jumeaux et Alys.

    - Donc, dites-moi… Qu’avez-vous trouvé ?

    Alys fixa la Reine. Elle devait forcément savoir que la barrière créée par Monsieur Vo n’était pas éternelle. Et pourtant, elle avait gardé le silence. L’objectif de la fille à la tresse était de connaître les véritables desseins de la souveraine.

    - Que savez-vous, ma Reine ? J’ai l’impression que vous nous cachez quelque chose. Il était difficile pour Alys de rester relativement respectueuse, et, en même temps, de mettre suffisamment de pression.

    - Que voulez-vous dire ? Le jeu de dupes avait bien débuté.

    - Nous avons retrouvé les notes de mon père… Et selon lui, la barrière magique de l’île Maho n’est pas éternelle. Je suis convaincue que vous le saviez… Ce que je me demande, c’est pourquoi n’avez-vous rien dit ?

    Luka s’effondra sur son trône. Quelques légères larmes commençaient à coucher le long de ses joues rougeâtres.

    - Oui… Je le savais… balbutia la Reine.

    Alys et les Kagamine furent légèrement touchés par la réaction de leur interlocutrice. De cette façon, ils ne désiraient pas enfoncer le clou, mais se devaient d’obtenir des réponses à leurs questions.

    - Je le savais, répéta-t-elle. « Je comptais agir petit à petit. Faire de mon possible pour trouver la meilleure solution possible, mais le peuple n’est pas prêt. Le ressentiment anti-mages est encore trop présent… C’est de ma faute, j’ai failli à ma mission, celle que m’avait confiée mon père et Monsieur Vo. »

    Luka se montrait complètement perdue et déboussolée. Elle ne cessait de répéter des excuses devant les trois soldats. Alys, Rin et Len peinaient à trouver la réaction la plus appropriée.

    - Mais pourquoi, ma Reine ? Vous craigniez pour votre place ? interrogea Rin. Mine de rien, la belle image dont jouissait la souveraine dans l'esprit des Kagamine venait peu à peu de s'étioler.

    - Non... Ce n'est pas ça... Après cette réponse énigmatique et lacunaire, Luka se ravisa pendant un dixième de seconde, juste avant d'être interrompue par des tambourinements incessants provenant de la porte de la salle du trône.

    Elle invita les visiteurs à entrer rapidement. Le pas de la porte laissait ensuite apparaître Miku, suivie de près par Gumi et Yuma. Juste derrière se tenait un messager en sueur, épuisé, qui après quelques secondes s'écroula violemment sur le sol.

    - Ma Reine, l'heure est grave, lança Miku. « L'ennemi projette d'attaquer un autre village. Il est d'ailleurs déjà en route... »

    Le visage de la Reine fut soudainement marqué par une expression de panique. Pendant un instant, elle crût s'évanouir, sous le choc des dernières révélations. Elle reprit cependant rapidement ses esprits. Ce n'était, en effet, pas le moment de flancher. Tel un roc, elle se devait de rester calme et lucide afin de prendre les meilleures décisions.

    - De quel village s'agit-il, cette fois ?

    - Hayashi... rétorqua doucement MIku.

    Les jumeaux restèrent immobiles devant leurs maîtres de sabre, se sentant dépourvus. Alys, quant à elle, vit ressurgir soudainement dans son esprit les images de la bataille d'Uchi et refusait catégoriquement que cela se reproduise.

    Luka eut alors un regard pour chaque visiteur de la pièce. Elle invita ensuite Gumi à fermer la porte de la salle du trône, et les autres à s'asseoir avec elle à la grande table de réunion.

     

    ***

     

    Ce que l'on pouvait dès lors appeler l'état-major de l'armée du pays de Kuni était alors réuni autour d’une immense tablée. La situation avait encore empiré. Fukase avait très bien fait étalage sa toute-puissance lors de la première bataille, et comptait conforter ses ambitions néfastes et meurtrières. Surtout, il semblait vouloir faire durer son plaisir. En effet, au vu de sa puissance actuelle, il aurait très bien pu s'attaquer à la capitale immédiatement, remarqua Gumi.

     

    - Peut-être prend-il des précautions, pensa Miku. « Il n'est peut-être pas certain de remporter la victoire... »

    Rin s'exprima timidement: « Désolée, mais je ne pense pas. Il a clairement le dessus. Vu comme il est parti, il ne lui faudrait certainement pas plus de quelques heures pour prendre la capitale... » La jeune fille tentait de mettre les formes à son discours. Elle venait tout de même de contredire la commandante de la Garde royale ! Gumi et Yuma se montrèrent étonnés par l'audace de Rin. Il était excessivement rare qu'une jeune recrue ne mette en doute la parole de la commandante. Pourtant, il s'agissait bien ici de mettre toutes les idées en commun, et donc de révéler ses pensées. Rin l'avait compris. De son côté, MIku n'y vit aucun inconvénient, et accompagna même la remarque de Rin d'un léger sourire.

    - Tu as raison, ma chère, lui lança-t-elle. « D'ailleurs, tu ferais certainement une très bonne stratège, mais on en reparlera... »

    Le plus important à ce moment était de décider de la stratégie à adopter. Concrètement, l'armée disposait de deux choix: tenter d'envoyer les soldats à Hayashi pour défaire la guérilla d'Owari, ou rester à la capitale et préparer la défense. Hayashi étant le dernier bastion avant la capitale, il ne faisait quasiment aucun doute que Fukase préparait sa prochaine offensive vers Kyôu.

    Yuma, contrairement à son habitude, désirait intervenir : « Peut-être, devrons-nous mettre toute notre énergie dans l’évacuation des citoyens du village ? »

    Miku fut interloquée. Cette décision allait à l’encontre de ses idéaux ; elle détestait en effet fuir ses responsabilités. Son armée était complètement dépassée, et la seule issue qui lui restait – et elle ne supportait pas ce mot – était la fuite. Toutefois, elle devait se rendre à l’évidence, son subordonné avait totalement raison. Plus que tout, la commandante ne voulait pas risquer les vies de ses soldats une nouvelle fois, qui plus est avec la grande bataille qui se préparait. La patronne se rangea donc du côté de Yuma, rapidement rejointe par Gumi et Luka, qui avaient déjà adhéré à l’analyse de l’homme vêtu de noir.

    La femme aux couettes turquoise eut cependant une objection :

    - Ce qui me gêne… C’est que cette stratégie ne donne pas une bonne image de l’armée. Le peuple pourrait penser que nous sommes acculés, lança-t-elle devant la petite assemblée.

    - Ce qui n’est pas totalement faux, analysa Len très justement, le ton empli d’ironie.

    - Oui, mais nous ne devons pas le laisser paraître ! Miku regarda Luka : « Ma Reine, je pense que le moment est venu de vous adresser à la population. Vous devez faire un discours ! Leur dire que, peu importe ce qui arrive, nous garantissons leur sécurité. »

    Les joues de la souveraine se parèrent immédiatement de couleur écarlate.

    - Est-ce que je pourrais ? hésita-t-elle. « En suis-je capable ? »

    - Le moment est venu de faire face à vos responsabilités de Reine. Mais vous n’êtes pas seule. Nous resterons là.

    - D’accord…

    Luka n’avait que très rarement discouru devant une foule immense. Elle avait toujours préféré agir dans l’ombre, en gérant son royaume tranquillement. A cet instant, il devenait important qu’elle apparaisse au grand jour. Kuni avait désormais besoin d’un grand leader.

    Miku, de son côté, peaufinait sa stratégie. Elle demanda à Yuma de se rendre immédiatement vers le village d’Hayashi afin de superviser l’évacuation des habitants (de  plus, elle envoya directement un corbeau pour que les préparatifs commencent avant l’arrivée du lieutenant), tandis que Gumi, Rin, Len et Alys furent sommés de rester à la capitale et de continuer leur entraînement. Alys écopa d’une responsabilité encore plus forte que les autres, puisqu’elle devait maîtriser une nouvelle technique du Koryu qui permettrait à améliorer la défense de l’armée contre l’offensive de Fukase.

    La réunion se terminait dans le plus grand calme, chacun étant conscient de sa mission. Les lieutenants quittèrent ensemble la salle du trône pour rejoindre le long couloir d’entrée. Yuma partit immédiatement vers Hayashi, non sans une discrète marque de tendresse envers Gumi. Alys tenait déjà en main le livre de son père.

    - Len, je t’entraînerai durant l’absence de Yuma. Il ne faudrait pas que tu perdes le rythme, déclara Gumi. « Rin, quant à toi, je t’ai prévu autre chose… Même blessée, tu pourrais nous être utile ».

    Tous quittèrent dès lors le Palais Royal, laissant seules Miku et Luka dans la salle du trône. Les deux femmes planchaient déjà sur la déclaration royale au peuple de Kuni.

     

    ***

     

    Il ne fallut que quelques heures à Yuma pour atteindre les environs du village d’Hayashi. Le jeune guerrier approcha prudemment du petit hameau situé au milieu de la forêt. Celui-ci était en effet fourré au fond d’un bois dense. Yuma avait laissé son cheval à l’entrée de celui-ci et continuait à pied, en progressant doucement entre les fougères. L’objectif était de ne pas se faire remarquer par les éventuelles troupes de Fukase qui se rendaient au même endroit.

    Alors que le lieutenant observa attentivement l’entrée du village, il fut interrompu par une main se posant subrepticement sur son épaule. Il se retourna de suite et dégaina son katana d’un seul geste. Il vit alors un soldat habillé de l’uniforme standard de la Garde royale, et remballa immédiatement son arme. Le militaire était accompagné par une petite vingtaine de personnes qui se tenaient un peu plus loin, à l’abri derrière plusieurs dizaines d’arbres.

    - Que faites-vous là ? demanda Yuma.

    Le soldat était plutôt de petite taille, et suintait de sueur. Il tenta de parler, sa voix étant légèrement étouffée :

    - Je suis désolé… Je n’ai pu que sauver ces personnes… Ils sont arrivés très vite, nous n’avons rien pu faire.

    - Fukase a déjà pris le village ?

    - Oui, nous avions reçu le message de la commandante quelques dizaines de minutes avant qu’ils n’arrivent. Nous avons suivi les ordres et tenté d’évacuer le plus d’habitants possibles, mais c’était trop tard.

    Yuma voyagea entre les villageois encore sous le choc.

    - Et les autres soldats ? Où sont-ils ?

    - Morts… Ou prisonniers…

    - Je vois…

    Malgré la gravité de la situation, Yuma gardait son calme, et réfléchit. Il avait été envoyé là pour superviser les évacuations, mais ne s’attendait certainement pas à ce que l’armée de l’ennemi soit si rapide. Pourtant, il ne voulait pas rester sans rien faire. Sa présence ici pourrait être utile. Il patienta, toujours entre les rangs d’habitants qui l’observaient le regard perdu et triste. La plupart avait perdu des membres de leur famille, qui avaient dû rester là-bas, et ne savaient pas si ce qu’il allait advenir d’eux.

    - Vous connaissez la route de Kyôu ? interrogea soudainement Yuma.

    - Oui, bien sûr, répondit tranquillement le soldat.

    - Magnifique. Venez ici mon cher !

    Yuma s’éclipsa avec le soldat quelques mètres plus loin.

    - Voilà ce que vous allez faire, débuta Yuma. « Vous allez raccompagner ces habitants vers Kyôu. Une fois là-bas, rendez-vous à la caserne de la Garde et prévenez la commandante Miku. Je tente une mission d’infiltration. Je veux obtenir le plus d’informations possible sur leur armée ».

    - Vous voulez vous rendre dans le village seul ? Vous êtes fou !

    - Nous n’avons pas d’autre choix. La situation est grave, vous savez. Nous faisons certainement face à la plus grande menace que le pays n’ait jamais connue. Si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la défaite… Yuma marqua une pause, et eût un nouveau regard vers Hayashi, puis il reposa les yeux vers son subordonné. « Et puis, ne discutez pas ! C’est un ordre ! »

    - Oui, chef. Le soldat se montrait circonspect. Mais si une personne pouvait mener cette mission à bien, c’était bien le lieutenant Yuma, sa réputation le précédait.

    Le jeune homme repartit donc vers le groupe d’habitants. A mi-chemin, il se retourna et salua Yuma :

    - Mon lieutenant, faites attention à vous. Et bon courage !

    - Merci, et ne vous en faites pas, rétorqua l’homme aux cheveux roses, qui lui rendit rapidement son salut.

    Tandis que les habitants quittèrent lentement la forêt, Yuma eût un dernier regard pour eux, avant de se retourner vers le village. Caché derrière un buisson dense, il guettait déjà une éventuelle entrée détournée pour accéder à Hayashi.

     

    ***
     

    Dans le village sylvestre, Fukase avait déjà pris ses quartiers dans la hutte du chef. Son armée avait pris rapidement le contrôle du village, celui-ci manquait effectivement d’un leader, son chef attitré ayant déjà été assassiné par Yohio.

    L’homme à la canne blanche avait déjà reconnu toutes les pièces de la maison, accompagné des trois commandants de ses compagnies, mais aussi de Leora, Kyuu et Roku.

    - Oooh, je n’aime pas cette demeure. Elle est bien moins faste que celle d’Uchi, lâcha Fukase dans un caprice digne d’un enfant de six ans.

    L’architecture du village d’Hayashi était en effet assez différente de celle des autres bourgs du pays. Sa superficie était assez limitée, et celui-ci était situé en plein milieu de la forêt. Les habitants s’étaient alors adaptés à leur environnement, et cela se voyait. Toutes les maisons du village, y compris celle du chef, étaient construites en bois et en matériaux simples. De ce fait, la plus grande habitation d’Hayashi ne disposait que d’un étage supérieur, bien loin des quelques étages de la tour d’Uchi. Fukase n'appréciait absolument pas ce bâtiment, mais il devait bien avouer que la position du village par rapport à la capitale lui était avantageuse. Il fut d'ailleurs un tant soit peu étonné de n'avoir rencontré quasiment aucune résistance lors de sa prise du hameau, mais avait fait passer cela sous le signe de son apparente supériorité. Sa confiance en lui, déjà exacerbée, augmentait encore. 

    La maison du chef comportait toutefois assez de chambres pour pouvoir loger les plus proches collaborateurs du patron: Kyo, Yuu et Wil se partageaient une chambre, Leora prenait la pièce adjacente à celle de Fukase, alors que les jumeaux Genshine avaient pris place dans la pièce du rez-de-chaussée. La nuit commençait à tomber, et le chef ressentit le besoin de se reposer. Tous rejoignirent donc leurs appartements. Les soldats qui avaient établi un bivouac à l'extérieur furent priés de réduire le volume au minimum, il ne fallait absolument pas déranger Fukase.

    La nuit était désormais tombée, les étoiles scintillaient dans le ciel ; un croissant de lune éclairait faiblement le village et les plaines alentours d'une couleur douce. Le calme régnait dans la maison du chef. Roku tentait tant bien que mal de dormir, encore sous le choc des récents évènements. Les questions continuaient à se bousculer dans sa tête. C'est alors que sa réflexion fut interrompue par le doux bras de son aîné qui vint se poser sur son épaule. Le cadet se retourna rapidement, Kyuu prit immédiatement la parole.

    - Viens, Roku. C'est le moment, murmura-t-il.

    - Le moment de quoi, répondit son frère naïvement.

    - C'est l'occasion. Cette nuit, on fout le camp !

    - Tu veux quitter Fukase finalement ? Pourquoi maintenant ? Il est juste à l'étage, ce n'est pas trop dangereux ?

    - Justement, il dort... Si on parvient à se glisser furtivement en dehors de la maison, on peut s'enfuir sans trop de problèmes, j'en suis sûr.

    Roku réfléchit quelques instants. Bien sûr, il éprouvait de plus en plus l'envie d'échapper à cette folie meurtrière venant de son mentor. Il n'approuvait absolument pas toutes ces actions. Mais, Kyuu était venu avec son plan de manière si imprévue, qu'il ne pouvait pas savoir si celui-ci l'avait préalablement préparé, et le cadet étant de nature prudente, il ne désirait pas se jeter dans la gueule du loup. Pourtant, son frère marquait un point. Ils devaient agir, et le moment n'était peut-être pas si mal choisi.

    - D'accord ! On y va ! lança Roku.

    - Prends ton sac, et suis-moi.

    Les jumeaux s'étaient rhabillés dans un silence absolu, et progressaient désormais lentement sur le plancher en bois qui craquelait. Dans le couloir qui menait à la sortie, ils rasaient les murs et ils finirent par s'extirper de la maison relativement facilement.

    Dehors, ils progressaient entre les tentes que les soldats de Fukase avaient installées tout le long du forum du village. Quelques recrues finissaient leur repas autour d'un feu de camp en buvant un coup, mais ne prêtèrent pas davantage attention aux jumeaux. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient leurs supérieurs, aucun soldat ne pouvait juger leurs actions. Ainsi, ils traversèrent rapidement la place du village pour se retrouver dans les rues étroites et sombres d’Hayashi.

    - On ne pourra pas sortir par l'entrée principale, analysa Roku. « Cela éveillerait les soupçons. »

    - Qu'est-ce que tu proposes ?

    Le cadet avait déjà analysé la géographie du village, et, fort de ses compétences en stratégie, était parvenu à élaborer un petit plan.

    - Le point faible des remparts se situe sur la partie sud. Là-bas se trouve un grand nombre d'arbres qui bouchent la vue des gardes pendant quelques temps. C'est risqué, mais c'est le meilleur endroit pour escalader le mur et sortir d'ici.

    - Il n'y a pas d'autre issue plus facile ? se demanda Kyuu.

    - Elles sont toutes gardées. Il faudra être prudent et progresser lentement quand on escaladera le mur. Par le sud, on peut également rejoindre plus facilement la forêt.

    - D'accord. On y va! décida l'aîné.

    Les Genshine se trouvaient encore vers le centre du village, en plein milieu d'une petite rue. À chaque coin, ils observaient rapidement les alentours, avançaient à un rythme assez lent et restaient très prudents.

    Alors qu'ils s'approchaient de leur objectif, ils tombèrent, au détour d'une rue, sur des cris de personnes affamées qui se mettaient à hurler. Ils restèrent bien à l'abri derrière un mur. Ils venaient de tomber sur la prison improvisée servant à enfermer les soldats prisonniers de la bataille qui avait eu lieu quelques heures auparavant. Celle-ci était gardée par trois hommes qui se mettaient à frapper quiconque daignait passer sa main au travers des barreaux.

    - Fermez-là tous, bande d'incapables, cria l'un des soldats, en pointant les soldats blessés avec son fusil M16.

    Kyuu et Roku restaient immobiles devant la cruauté dont faisait preuve les soldats de Fukase. Finalement, cela les confortait encore davantage dans leur position. Ils ne pouvaient cautionner cela.

    - Viens, on passe par l'autre côté, admonesta Kyuu. « On ne peut rien faire pour eux, malheureusement. »

    Roku suivit son frère à reculons, ne pouvant détacher son regard triste de la prison.

    Ils arrivèrent quelques minutes plus tard au pied du rempart sud du village. Les jumeaux analysèrent rapidement la hauteur de celui-ci et se préparèrent à le grimper. Kyuu eût à peine le temps de poser ses mains sur le mur qu'il fut interrompu:

    - Hé !

    Les jumeaux se retournèrent, figés par la surprise et la peur. Dans la pénombre, ils distinguèrent une silhouette fine, bordée de long cheveux rouges qui flottaient dans le vent. Leora se tenait devant eux.

    - Qu'est-ce que vous faites là ?

    - Vous nous avez suivis ? interrogea Kyuu.

    - Ce n'est pas la question ! rétorqua la mercenaire. « Qu'est-ce que vous foutez là en pleine nuit ? »

    Les jumeaux ne pipèrent mot.

    - Vous vouliez vous enfuir, c'est ça ?

    - Euh... Roku balbutia, et commençait à transpirer sous la pression.

    - Ne dites rien à Fukase. Kyuu se décida de plaider coupable. De toute façon, son frère et lui avaient été pris en flagrant délit.

    - Ça, je ne sais pas... Il faudra voir, sourit Leora. « Qu'est-ce que je gagne en échange ? »

    Kyuu ne savait pas quelle réponse apporter. Il n'avait, en effet, rien à proposer.

    - Cela ne se reproduira plus ! On vous le promet ! hurla Roku, cherchant des excuses.

    Leora réfléchit. Elle disposait dorénavant d'un point de pression sur les jumeaux, et elle aimait plus que tout se sentir supérieure. En outre, elle se doutait qu'elle pourrait dans l'avenir profiter de cette position.

    - C'est d'accord, je ne dirai rien pour l'instant, mais tenez-vous à carreaux désormais !

    La guerrière insista sur l'expression "pour l'instant", en signifiant aux jumeaux que sa magnanimité ne pouvait être que temporaire. Le reste dépendait d'eux.

    Dépités, Kyuu et Roku rentrèrent à la maison du chef. Leora ouvrait la marche quelques mètres devant eux, le regard satisfait. L'aîné observa la face déçue de son frère, le prit par la taille, et lui murmura à l'oreille:

    - Ne t'inquiète pas, mon frère ! Nous trouverons un autre moyen...

     

    ***

     

    Au Palais royal, la Reine Luka faisait les cent pas dans sa chambre, la tête abaissée. Elle tenait dans ses mains un petit carnet et un crayon, et réfléchissait à voix basse. Quelle tenure aurait le discours qu’elle tiendrait devant son peuple ? Devait-elle adopter un ton trivial, voire belliqueux ? Ou au contraire, un ton rassurant ? Toutes ces questions se bousculaient dans son esprit. La souveraine ne s’était jamais retrouvée face à pareille situation. Elle demeurait surtout une femme de l’ombre. Même si elle avait déjà accompli de bonnes choses pour le pays de Kuni, elle ne se mettait jamais en avant.

    Soudain, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Peu de personnes pouvaient se permettre de se montrer ainsi dans ses appartements personnels. Il devait donc s’agir que de Meiko ou de Miku. La Reine ouvrit lentement la porte, et aperçut la longue chevelure turquoise de la commandante, et la fit entrer.

    - Vous me paraissez bien perplexe, ma Reine. Qu’y-a-t-il ?

    - C’est ce discours… Je n’ai jamais fait ça, je ne parviens pas à trouver les mots…

    Miku tendit la main vers le carnet : « Puis-je y jeter un œil ? », demanda-t-elle calmement.

    - Oui, bien sûr. Toute aide est bienvenue !

    La patronne de la garde s’empara du cahier, et se mit à feuilleter les multiples pages blanches. Puis, elle se dirigea, toujours d’un calme olympien, vers la fenêtre, et jeta le carnet dans la rivière qui s’écoulait derrière le Palais.

    - Mais qu’as-tu donc fait ? s’écria Luka.

    - Je vous aide, ma Reine. Vous ne parviendrai à rien de cette façon.

    Miku se dirigea vers sa plus proche amie, et lui posa la main sur la poitrine. « Votre discours, il doit venir de là. Dites-leur ce que vous pensez. La sincérité sera toujours plus forte que le poids des mots ».

    Luka demeurait silencieuse, alors que Miku la gratifia d’un sourire rassurant. La Reine sourit également en retour, bien que son expression restât un peu forcée. Puis, la commandante quitta la chambre, sans prononcer un seul mot.

     

    ***

     

    Dans la cour de la caserne de l’armée, l’agitation battait son plein. Len suivait un entraînement intensif en compagnie de Gumi, qui ne le ménageait pas. Tous deux pratiquaient des exercices d’opposition au sabre. Rin, quant à elle, était restée sur le côté, la jambe toujours en attelle.

    - Comment Rin fait-elle pour supporter une telle rapidité ? pensa Len. « C’est tout bonnement inhumain ! »

    Le jeune homme fut rapidement extirpé de ses pensées par une violente claque sur le dessus de la tête.

    - Arrête de rêver ! glapit Gumi. « Reste concentré ! Je ne resterai pas sympa très longtemps ! »

    Len fit ensuite quelques pas en arrière, de sorte de reprendre son souffle.

    - Eh bien, mon pauvre ami, on n’est pas sorti du sable. Il va falloir te bouger si tu veux augmenter ton niveau ! »

    Len fit mine de rien entendre. Il ne voulait pas répondre aux provocations de son instructrice. Gumi s’approcha donc du jeune blond, et le murmura à l’oreille :

    - Tu veux protéger ta sœur contre ses sabreurs aux cheveux verts ? Parce que pour l’instant, tu es loin de leur niveau. Je me demande même si tu tiendrais plus de deux minutes face à eux…

    Une lueur de rage se fit alors remarquer dans les yeux de Len.

    - On dirait que j’ai touché un point sensible ! se réjouit Gumi. « Viens, maintenant, montre-moi ce que tu sais faire ! »

    Un combat acharné débuta donc entre les deux combattants. Len se battait désormais sans la moindre retenue, blessé dans son amour propre. Cependant, le niveau de la lieutenante à la tenue orange était bien supérieur, mais celle-ci s’étonna tout de même devoir employer certaines techniques élaborées pour contrer les attaques répétées de son adversaire. Quelques minutes plus tard, la calme revint dans la cour. Le vent soufflait à nouveau, faisant se lever légèrement le sable présent dans l’arène.

    - Tu vois quand tu veux ! Tu devrais me montrer ça plus souvent…C’est tout pour aujourd’hui, entraînement terminé. Demain, on refait la même chose !

    Len esquissa un sourire de satisfaction. Il se dirigea ensuite vers sa sœur qui se leva avant de reprendre le chemin vers leur chambre.

    - Minute papillon ! interrompit Gumi.

    - Qu’est-ce qu’il se passe ? sursautèrent les jumeaux.

    - Rin, tu vas venir avec moi. Il est temps de t’apprendre les rudiments de la stratégie militaire.

    - Comment ça ? s’interrogea la jeune fille.

    - D’après Miku, tu as montré des signes d’excellence en ce qui concerne la stratégie. Elle veut donc que je t’en apprenne les bases sérieusement, afin que tu puisses nous aider dans la guerre qui s’annonce, malgré ta blessure.

    Une expression de satisfaction mêlée d’une légère crainte parcourut le visage de Rin. Elle était honorée de ne pas avoir été laissée sur le côté, mais elle devait également prendre de nouvelles responsabilités, et elle ne savait pas si elle était prête.

    - Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Allez, viens tout de suite. On n’a pas de temps à perdre.

     

    ***

    La foule était amassée devant le balcon luxuriant du Palais Royal. De nombreuses affiches avaient été placardées à travers toute la ville, annonçant une allocution urgente de la Reine Luka l’après-midi. La population s’était donc pressée en masse devant le château. Les spéculations allaient bon train. Depuis le début de son règne, Luka n’avait à aucun moment jugé utile de s’adresser de cette façon au peuple. Les rumeurs avaient déjà fait leur chemin, de sorte que la plupart des citoyens présents savaient déjà pour le meurtre des chefs de village, et pour la guérilla qui était en train de se former dans leur pays. Mais ils en ignoraient l’origine ou les détails.

    Dans un brouhaha assourdissant, la Reine se montra après quelques dizaines de minutes sur le balcon du Palais. Elle portait une robe de couleur rouge assez courte, loin de ses standards habituels. Son vêtement arborait un design excessivement simple, comme si elle voulait déjà signifier que l’heure n’était pas aux plus belles parures.

    Elle se montra donc sur une petite estrade, et prit une profonde respiration. Le calme avait subitement pris sa place parmi l’assistance.

    « Mes très chers sujets… », balbutia-t-elle. « L’heure est grave… »

    Ces hésitations, ainsi que les premiers mots de la Reine avaient déjà semé le doute parmi le public. Luka observait de loin les visages défaits des personnes placées au premier rang, et resta ensuite murée dans son silence pendant de longues secondes. Elle se retourna ensuite vers Miku, qui posa sa main sur sa poitrine, comme pour lui faire passer un message.

    Luka observa son amie, et lui signifia par un acquiescement qu’elle avait compris. Puis, elle s’avança de nouveau sur son promontoire.

    « Mes chers amis et sujets ! Je ne veux rien nous cacher. Nous faisons aujourd’hui face à une menace, plus forte encore que celle que nous avons connue il y quinze ans. L’ennemi nous a déjà pris plusieurs villages, mais, je peux vous assurer qu’il ne nous mettra pas à terre. Et vous savez pourquoi ? Parce que je crois dans le courage des habitants du pays de Kuni, je crois en les capacités de la Garde royale. Je crois en cet esprit qui nous anime tous : nous ne laisserons jamais le champ libre à la cruauté. Alors, comme toujours, nous allons nous battre, montrer à cet ennemi d’un nouveau genre que rien ne nous fera tomber, que les barrières de Kyôu sont impénétrables, et que nous lutterons jusqu’à la dernière minute ! La commandante Miku et ses troupes sont déjà en train de préparer la défense de la ville et du pays, et de réfléchir à une contre-attaque. Je peux vous assurer que je ne laisserai plus le sang de mes sujets couler.

    Je me souviens… Lorsque j’étais enfant, lorsque la Grande Guerre Magique a éclaté, personne n’aurait misé sur notre victoire, au vu de l’apparente supériorité des Magiciens. Et pourtant, quinze ans plus tard, nous sommes toujours là, debout et fiers. Alors, je veux passer un message à notre ennemi : vous voulez vous emparer de notre pays, le mettre à feu et à sang, mais préparez-vous, car ce ne sera pas une mince affaire. Les temps à venir seront difficiles, mais je suis convaincue, au plus profond de moi-même, que nous sortirons vainqueurs. Notre fierté et notre courage conduiront nos ennemis à la défaite ! »

    La souveraine avait dissimulé une épée qu’elle dégaina rapidement à la vue de la foule, qui se mit à l’acclamer. Elle, d’habitude si calme et fragile, avait décidé de montrer un nouveau visage. Personne ne pouvait se permettre de s’attaquer à son peuple.

    Elle salua la foule, puis retourna vers Miku, qui l’attendait le pouce levé. Son discours improvisé avait permis à la population d’oublier pendant un court instant ses craintes. En outre, le pays savait maintenant que l’état-major réagissait. La commandante de la Garde partit rapidement vers la caserne pour organiser les troupes de défense de la capitale, en prévision d’une prochaine attaque.

    Partout dans la capitale, les soldats s’entraînaient d’arrache-pied, la motivation retrouvée. Rin et Len se trouvaient avec Gumi, tandis qu’Alys travaillait ses capacités au Koryu dans son coin, en tentant toujours de déchiffrer les notes de son père.

    Au crépuscule, Miku s’empara également du sabre qui trônait fièrement dans son bureau :

    - Maintenant, il est temps pour moi aussi de m’y mettre.

    Toute la ville de Kyôu se trouvait désormais sur le pied de guerre, tandis qu’au village d’Hayashi, Fukase préparait sa prochaine attaque.

     

    ***

    11
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 27 avril 2017, 21:41:49 »
    Haha, oui, je commençais un peu à me sentir seul avec tous ces doubles-posts... x)

    Merci pour ton commentaire, ça me fait très plaisir !

    Je viens aussi de terminer le chapitre 17.

    Bonne lecture~

    Spoiler
    Chapitre 17 : Un Litre De Larmes

    Le convoi rassemblant ce qui restait du bataillon de l'armée de Kuni, dirigée par Miku, retournait vers la capitale, la mine renfrognée. La défaite d'Uchi fut cuisante. S'il fallait bien avouer que la commandante avait lancé son bataillon vers l'inconnu, sans rien savoir de l'artillerie dont disposaient les soldats d'en face, elle ne s'attendait pas à un tel massacre. Pire, les derniers événements de la bataille, et le meurtre du frère et de la mère d'Alys pesaient sur sa conscience. Elle ne s'était pas non plus attendue à un tel déferlement de haine de la part de leur ennemi. Cette fois-ci, il était certain que la guerre avait bel et bien débuté.

    Alys restait assise dans le fond de la diligence, en observant l'horizon, le regard vide. Elle ne prononça pas un mot durant tout le voyage. Tout du long, elle se repassait sans cesse cette scène ignoble dans la tête. Les autres passagers pouvaient le remarquer quand elle serait les dents. Rin et Len étaient assis à ces côtés. La jeune fille avait passé un bras par-dessus son épaule, comme pour lui signifier qu'elle la soutenait tant bien que mal dans ce moment difficile. Len cherchait des mots de réconfort: malheureusement n'était-il pas suffisamment doué pour les discours. De plus, que dire dans pareille situation ? De temps en temps, une larme coulait doucement sur la joue rougeâtre de la fille à la tresse, accentuant encore cette ambiance pesante.

    Le voyage continuait. Les différentes charrettes transportant les soldats, pour la plupart blessés, voyageaient entre les sentiers forestiers et se dirigeaient tranquillement vers la capitale. De son côté, Miku avait jeté un coup d'œil derrière elle, et avait ouï les lamentations et les cris de douleur de ses soldats. Jusqu'à maintenant, son rôle de commandante de la Garde royale se résumait à gérer les entraînements des soldats, et à enquêter sur certaines affaires ayant trait de près ou de loin à l'Etat. Elle n'avait jamais dû lancer une telle offensive sur un village, ni mener une véritable guerre. Si la patronne avait lu tous les récits des plus grands héros et chefs des temps anciens, histoire de lui donner de l'inspiration, elle s'était retrouvée soudainement face à la réalité. Et tout cela n'était pas beau à voir. Miku porta ensuite son regard vers Alys et son ressentiment négatif en reprit un coup: c'était elle qui l'avait convaincue de rejoindre la Garde royale, c'était elle qui lui avait conseillé d'utiliser son pouvoir. Une idée lui vint à l'esprit: la famille d'Alys serait-elle encore vivante si elle n'avait pas été là ? Cette idée la hantait. Pourtant, elle ne se sentit pas la force d'en parler à la jeune femme pour le moment: peut-être fallait-elle lui laisser le temps du deuil.

    Le groupe arriva en vue des remparts de la ville de Kyôu, et le convoi se dirigea directement vers le Palais Royal. A l'entrée attendait patiemment la Reine Luka, accompagnée de sa servante Meiko, ainsi que de Gumi et Yuma. Tous furent désemparés quand ils aperçurent l'état général du bataillon, et les mines défaites de Miku, Rin, Len et Alys. La commandante s'avança vers le groupe, et s'adressa à la Reine, la tête baissée:

    - Ma Reine, l'heure est grave... Nous avons perdu...

    Au vu de l'expression de Miku, Luka réalisa que quelque chose la tracassait:

    - Miku, suis-moi... Tu m'expliqueras tout cela dans la salle du trône.

    La souveraine invita également les autres membres à se joindre à elle.

    Juste avant de pénétrer dans le Palais, Alys retint les Kagamine par leurs tuniques respectives, au niveau des hanches :

    - Leora... murmurait-elle. « Elle me paiera ça... »

    Les jumeaux se regardèrent pendant un instant, ne sachant pas quelle réponse apporter à cette affirmation. Puis, Rin affirma, comme pour rassurer son amie:

    - On est avec toi... Quoi qu'il arrive...

    ***

    A Uchi, Fukase était toujours installé sur son trône. Il effectuait des allées et venues entre celui-ci et la fenêtre à partir de laquelle il lui était possible d'observer l'horizon. Leora se trouvait également à ses côtés. De loin, sur la place du forum, on pouvait voir deux tombes improvisées: les corps de Syla et de Lysa avaient été enterrés à cet endroit, la tombe était surplombée d'une pique sur laquelle étaient installées leurs têtes, comme un trophée, un signe de la victoire écrasante de l'armée d'Owari sur celle du pays de Kuni. Leora se félicitait: elle avait enfin parié sur le bon cheval. Tous deux savouraient ensuite un bon verre d'alcool, histoire de fêter leur puissance.  D'ailleurs, Fukase et Leora commençaient à réellement se rapprocher. Le patron était particulièrement fier d'être tombé sur une recrue de ce genre, et la jeune femme d'avoir enfin trouvé un employeur à sa mesure.

    Alors qu'ils étaient toujours occupés à boire (personne n'aurait pu deviner qu'un véritable massacre s'était déroulé sous leurs yeux quelques heures auparavant), Kyuu entra discrètement par la porte arrière de la salle du chef. Il fut suivi dans son ombre par son jeune frère. Le visage des deux jumeaux était fermé, et ils restèrent immobiles devant l'estrade sur laquelle se trouvait leur chef, qui interrompit sa célébration. Fukase sentait que ces deux-là avaient quelque chose à lui dire. La mercenaire se recula de quelques pas et suivit la conversation de loin.

    - Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? commença Kyuu.

    - Fais donc, mon cher. Quand il s'agit de vous deux, je suis toujours toute ouïe.

    - C'est que... L'aîné hésitait déjà, il éprouvait des difficultés à trouver les mots pour exprimer leur pensée, à son frère et lui.

    - Vas-y, parle ! insista Fukase. Plus en arrière, Leora avait déjà sa petite idée sur le discours du garçon.

    Puis, Kyuu prit son courage à deux mains, poussé par son frère qui lui murmurait des mots d'encouragements à l'oreille.

    - Vous êtes certains que tout ceci est nécessaire ? Kyuu posa sa requête sous forme de question, peut-être passerait-elle mieux.

    - Que veux-tu dire ? Va au bout de ta pensée. Fukase le poussait à bout.

    - Tous ces massacres, ces gens n'ont rien demandé !

    Le silence gronda soudainement dans la pièce. Le patron aux cheveux rouges était descendu de son trône, et faisait les cent pas sur l'estrade. Pendant tout un temps, il ne prononça pas un seul mot, si bien que Kyuu se demanda même s'il l'avait bien entendu. Puis, le trentenaire s'approcha d'un vase posé sur une petite table d'appoint, le saisit, et le fracassa d'un seul coup sur le mur de la salle.

    - Comment ça ? Vous osez remettre en doute mes ordres !

    Il entra alors dans une colère noire. De nombreuses répliques cinglantes à l'égard des jumeaux fusaient, Kyuu et Roku se reculèrent même vers la porte de sortie.

    - Vous n'êtes que des esprits faibles ! lança Fukase, puis il se tourna vers Leora, comme pour trouver un soutien. « Regardez ça, ma chère... J'ai passé des années à être aux petits soins pour eux, et voilà comment on est remercié ! »

    - Ce n'est pas ça, embraya Kyuu, espérant expliciter sa pensée au travers de ce ramdam. « On aimerait juste savoir pourquoi vous faites tout cela. Et est-ce que toutes ces morts sont vraiment nécessaires ? On se demande ce que vous recherchez... »

    Fukase se rapprocha des Genshine. Il arborait toujours le même air menaçant. Des marques de doute pouvaient se lire sur le visage des jumeaux.

    - Tu veux savoir, mon cher Kyuu, mais fais attention, tu t'embarques sur un terrain extrêmement glissant. Mais bon, voilà, si tu veux connaître mon objectif, je veux juste m'emparer de ce monde qui m'a rejeté !

    Leora, qui suivait toujours la conversation de loin, resta coi. Les mots de Fukase trouvèrent un écho dans l'esprit des jumeaux. S’ils savaient qu'il venait de ce monde, ils ignoraient qu'il en avait été rejeté. Cette dernière information poussa les jeunes garçons à réfléchir. Fukase aussi avait été mis au ban de la société. Peut-être même qu’il les avait recueillis parce qu'il se retrouvait en eux. Pléthore d'idées se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.

    - Mais si vous voulez m'abandonner, faites donc, défia le chef. « Mais ne comptez plus sur moi ! »

    Kyuu et Roku se regardèrent quelques instants, puis l'aîné rétorqua à leur mentor: « Non, ça ira, excusez-nous pour cette intervention... »

    En effet, les mots que Fukase avaient employés avaient un impact certain sur la conscience des Genshine. D'un coup, ils se reconnaissaient quelque peu en lui, même s’ils ne faisaient pas preuve d’une telle cruauté. Leur parent adoptif aurait donc vécu le même type d'expérience qu'eux, et avait aussi été abandonné par sa famille. Lui aussi avait tout perdu. En outre, le patron avait appuyé sur une autre corde sensible: si les jumeaux l'abandonnaient maintenant, que deviendraient-ils ? Kyuu n'était pas prêt à revivre la situation de son enfance, et voulait plus que tout protéger son cadet. Un autre espoir jaillit aussi en eux: et s'ils parvenaient à faire changer d'avis Fukase ?

    Les jumeaux quittèrent donc la pièce calmement, et l’homme aux cheveux rouges reprit tranquillement son souffle, avant de se rasseoir sur le trône.

    Une fois sortis, Roku attendit d’être à bonne distance de la salle pour s’adresser à son frère.

    - Qu’est-ce que tu en penses, Kyuu ?

    - Je ne sais pas, Roku. Fukase a peut-être bien une bonne raison de faire tout cela… Kyuu réagit immédiatement à la phrase qu’il venait de prononcer, et s’empressa d’ajouter : « Même si cela ne justifie pas toutes ces morts… »

    - On pourrait s’enfuir aussi … lança le cadet, hésitant.

    - Pour faire quoi ? rétorqua Kyuu. « Nous sommes dans un monde que nous ne connaissons pas, et le plupart des gens ici vont nous considérer comme des ennemis. Si on quitte Fukase maintenant, on ne pourra rien faire !                                                                                           

    Le plus jeune des jumeaux baissa la tête, déçu. Il se rendait compte de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Pourtant, c’était plus fort que lui, il ne pouvait cautionner de tels actes. Observant le visage fermé de son frère, Kyuu ajouta :

    - On peut aussi essayer de le faire changer d’avis, de le contrôler un peu, en quelque sorte. Il lui arrive de nous écouter parfois…

    Roku releva la tête lentement et gratifia son aîné d’un léger sourire forcé.

    - Oui, on peut toujours essayer… souffla-t-il.

    - Et si ça ne fonctionne pas, on avisera sur le moment, selon la situation… rassura Kyuu.

    - C’est-à-dire ? Tu serais prêt à prendre la fuite ? interrogea le cadet.

    - Qui sait ?

    ***

    Au Palais Royal, Miku se tenait en bout de table face à la Reine, accompagnée de Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys. Meiko se trouvait vers l’arrière. Elle prêtait tout de même une oreille attentive à la conversation. Au final, celle-ci concernait tout de même l'avenir du pays. La commandante de la Garde avait rapidement convoqué cette réunion, jugeant que la situation était excessivement grave. Il fallait en effet préparer la ville très rapidement à un assaut de l'ennemi. Fukase, après sa cinglante victoire, ne traînerait certainement pas à réorganiser ses troupes pour attaquer la capitale, et ainsi atteindre son présupposé objectif.

    Luka observait les discussions calmement. Celles-ci impliquaient surtout Miku, Gumi et Yuma, qui tentaient d’élaborer les meilleures stratégies pour défendre la ville. Kyôu disposait d'un avantage: ses remparts étaient d'une solidité à toute épreuve, plus que ceux de tous les autres villages réunis. Ce qui permettrait d'obtenir assez de temps pour mettre la population à l'abri. Cependant, Miku se rendit rapidement compte d'un élément. S'ils avaient trouvé le moyen de protéger les civils temporairement, ils ne disposaient encore que de peu de chances d'arracher la victoire finale, et Kyôu ne pouvait pas se permettre de subir un siège long de plusieurs mois. Dans tous les scénarios, l'armée de Fukase triomphait et prenait le pouvoir, fort de sa puissance militaire.

    Luka prit alors la parole, et vissa son regard vers Alys:

    - Il nous faudrait un moyen de contre-attaquer, ou du moins de rendre leurs armes inutiles. Alys, n'aurais-tu pas une idée ?

    La jeune fille à la tresse était encore perdue dans ses pensées. Ce moment précis où Leora décapitait les têtes des derniers membres de sa famille repassait toujours en boucle dans sa tête, de sorte qu'elle eût du mal à se concentrer aux tractations en cours. Elle fut donc soudainement interloquée par le silence pesant et les regards de tous les autres participants tournés vers elle.

    - Je ne sais pas, ma Reine... Avec Syla, nous aurions pu trouver un moyen. Nous aurions pu partager nos connaissances, mais seule... Je ne sais pas ce que je peux faire...

    A l'énonciation du mot "seule", Alys éclata en sanglots, comme si le poids des mots la rappelait à sa sinistre condition. En effet, elle était désormais isolée... Elle avait tout perdu, et la jeune femme finissait même par se demander ce qu'elle faisait encore là, l'armée de Kuni lui avait déjà bien détruit la vie.

    Quand elle vit l'état de désespoir d'Alys, Luka demanda à tous les autres participants de les laisser seules à seules quelques minutes. Tous s'exécutèrent immédiatement. La fille aux cheveux marine restait assise, étonnée que la Reine puisse lui accorder un entretien personnel, même si elle n'avait rien demandé. C'était, là encore, un signe de l'extrême gentillesse de la souveraine.

    Luka se mit à la hauteur d'Alys, et s'installa sur la petite chaise en bois située à sa droite. La jeune koryuiste se tenait la tête dans les mains, essayant le plus possible de sécher ses larmes. La Reine commença son discours calmement:

    - Je suis... Désolée pour tout ce qui vous est arrivé...

    La souveraine se rendait bien sûr compte de l'absurdité de ses excuses. Cela ne changerait rien. Cependant, Alys fut relativement touchée par sa sollicitude et releva la tête. Dans le même temps, elle tenta de lui rendre un sourire forcé.

    - Je comprendrai tout à fait que vous ayez besoin de prendre du recul. Mais, je dois vous avouer que votre présence à vos côtés nous est d'une grande aide, poursuivit Luka.

    - Je n'ai pas envie de vous abandonner. Et je ne veux surtout pas laisser Leora impunie... rétorqua Alys. La colère se ressentait de nouveau dans sa voix. « Toutefois, bien que je veuille aider, je me vois dépourvue. Notre plan est tombé à l'eau, et je ne vois pas ce que l'on peut faire pour nous défendre contre une telle puissance de feu. »

    Luka se releva, et se mit à vagabonder dans la pièce. Elle garda le silence pendant plusieurs longues dizaines de secondes.

    - J'ai un peu connu votre père, quand j'étais enfant. Un homme charmant. Il n'avait pas hésité à se donner corps et âme pour le bien du pays. Jusqu'à donner sa vie.

    Alys ressentit un sentiment mêlé de fierté et de tristesse. Puis, soudainement, une idée lui vint à l'esprit:

    - Mon père n'aurait-il pas pris des notes pendant la Grande Guerre ?

    La Reine ravisa Alys. « Que voulez-vous dire par là ? »

    - Si mon père avait écrit le résultat de ses recherches, il y aurait peut-être moyen de trouver quelque chose pour nous aider dans la lutte contre Fukase.

    - C'est bien possible, renchérit Luka. « Monsieur Vo faisait partie des soldats les plus importants de l'armée, il y a quinze ans. Et il était réputé pour ses recherches et sa grande maîtrise de l'art du Koryu, qu'il avait continué à perfectionner ici. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a pu créer la grande barrière de l'île Maho. »

    La souveraine reprit alors sa place à la tête de la table de réunion: « Je vais vous donner l'accès aux archives militaires. Il s'agit là de notre meilleur atout. » Puis, Luka fit rentrer de nouveaux les autres participants à la réunion et leur fit un petit résumé de la situation.

    - Je peux encore vous demander une petite chose, ma Reine, quémanda Alys.

    - Tout ce que vous voudrez, ma chère.

    - Je peux emmener Rin et Len avec moi aux archives ? Ils me seraient d'une grande aide, et connaissent mieux que quiconque les armes de l'ennemi.

    - Accordé !

    La Reine fit de nouveau entrer les autres participants à la réunion à l’intérieur de la salle du trône.

    Une fois n'était pas coutume, Luka prenait les décisions tel un véritable chef de guerre. La Reine fut suivie dans tous ses choix par Miku, qui opina du chef.

    Ainsi, Rin, Len et Alys se dirigèrent directement en sortant du Palais Royal vers la Grande Bibliothèque de Kyôu, alors que Miku, Gumi et Yuma retournaient à la caserne de la Garde Royale afin de déjà se préparer au mieux à un nouvel assaut.

    ***

    Alys et les jumeaux Kagamine furent donc rapidement conduits vers la Bibliohèque de Kyôu par un soldat de l'armée royale. Le somptueux bâtiment se trouvait en centre-ville. A peine arrivés au pied de l'édifice, les trois personnes constataient l'imposante majesté de l'endroit, qui s'élevait sur plusieurs étages. Il s'agissait là de la plus grande collection de livres du pays de Kuni, voire du monde. En outre, l'architecture de la bibliothèque était luxuriante. Le soleil reflétait de bien belle manière sur la façade jaune, qui donnait à l'ensemble un aspect légèrement doré.                                                               

    Alys, Rin et Len entrèrent par la grande porte, gardée par deux hommes de moyenne taille, qui les saluèrent respectueusement. Ils pénétrèrent alors dans l'imposant hall d'entrée. Le plafond était très haut, et décoré de peintures de grands artistes représentant les grandes scènes de l'histoire du Pays de Kuni. La pièce en elle-même se trouvait être relativement vide, si ce n'est l'énorme comptoir situé au fond, à l'intérieur duquel les attendaient un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il portait des cheveux foncés et une épaisse paire de lunettes. La couleur blanche de ses vêtements le faisait ressortir dans la pénombre qui régnait dans la bibliothèque. Pourtant, il aborda les trois visiteurs de manière assez timide et hésitante.

    - Bonjour à vous, commença-t-il.

    Alys répondait calmement, tandis que les Kagamine n'avaient même pas remarqué cette marque de respect, encore sous l'effet de la beauté de l'endroit. Quelques secondes plus tard, les jumeaux virent Alys les dévisager, et s'excusèrent directement devant leur hôte.

    - J'ai reçu les instructions du Palais Royal. Vous pouvez avoir accès à toute la bibliothèque, y compris aux archives militaires, qui sont d'habitude réservées aux commandants de l'armée.

    - Merci ! lança directement la jeune fille à la tresse. « Où se trouvent les ouvrages d'histoire militaire. Je pense qu'il vaudrait mieux commencer nos recherches par-là ».

    - Au quatrième étage. Mais je vous préviens, nous possédons de très nombreux livres. Si vous avez besoin d'un quelconque aide, n'hésitez pas à demander.

    - C'est gentil, rétorqua Alys. Rin et Len, toujours quelque peu perdus, se contentèrent de saluer.

    Les trois amis furent donc accompagnés à l'étage concerné par le sympathique employé. En passant, ils purent admirer l'énorme collection d'ouvrages divers dont disposait le pays de Kuni. Par le même temps, le bibliothécaire les gratifia d'un petit exposé. Ils apprirent donc que la grande majorité de ces ouvrages avaient été rassemblés par la Reine Luka elle-même, qui se trouvait être une lectrice avertie. Elle s'impliquait énormément dans l'entretien de la bibliothèque, et permettait à toute la population du pays à venir consulter les livres gratuitement. Seuls les ouvrages militaires étaient réservés à certaines personnes, sécurité oblige.

    - Pour la Reine, la lecture est le meilleur moyen d'éduquer les gens.

    Rin et Len appréciaient cette manière de fonctionner. Bien qu'ils aient un a priori plutôt positif par rapport à la Reine Luka, ils ne l'avaient jamais imaginé aussi proche et soucieuse de son peuple. Finalement, derrière son air timide, elle agissait en tant que véritable chef d'Etat, malgré son jeune âge.

    Alys et les jumeaux arrivèrent donc au quatrième étage, et se retrouvèrent soudainement devant un nombre d'étagères impressionnant. Des milliers de livres retraçant toute l'histoire militaire du pays de Kuni étaient entreposés à cet endroit, et certains ouvrages dataient même de plusieurs siècles, selon les dires du bibliothécaire. Rin et Len restèrent quelques instants prostrés devant cet énorme amas de bouquins, eux qui n'avaient jamais réellement eu le temps de s'adonner au passe-temps de la lecture. La jeune fille à la tresse, elle, ne perdait pas son objectif de vue, certainement poussée par son ressentiment envers Leora, et s'informa immédiatement à propos des ouvrages traitant de la Grande Guerre Magique. Si les notes de son père existaient, elles devaient forcément se trouver à cet endroit.

    Au milieu de l'imposante pièce se trouvaient un ensemble de trois tables en bois entourées de quelques chaises, qui servaient d'espace de lecture. Alys invita les Kagamine à s'installer, et ils se dirigèrent quelques secondes plus tard vers le lieu indiqué par le bibliothécaire. Les recherches allaient s'avouer pénibles et longues, les trois amis l'avaient vite compris quand ils se retrouvèrent nez à nez avec une bonne dizaine d'étagères remplies:

    - Voilà, communiqua le jeune garçon. « Tous les livres ici traitent de la Grande Guerre... »

    - Eh ben, on n'est pas sorti, souffla Len. « Comment on va s'y retrouver dans cet océan de papier ? Et puis, qu'est-ce qu'on cherche exactement ? »

    Rin, quant à elle, restait sage et silencieuse.

    - Nous devons fouiller tous les rapports militaires. D'après la Reine, mon père a travaillé de près aux stratégies martiales durant la Guerre, et il aurait perfectionné sa technique du Koryu. Le but est de trouver là-dedans quelque chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre notre ennemi. C'est pour cette raison que je vous ai emmenés. Si quelqu'un peut déceler une manière de se défendre contre ces armes à feu, c'est bien vous, analysa très judicieusement Alys.

    Les jumeaux sentirent à cet instant une certaine sorte de pression. Comme si la défense du pays reposait sur leurs frêles épaules. Durant un petit moment, ils s'observèrent mutuellement, comme pour partager leur stress collectif, puis pour se rappeler qu'ils n'étaient tout de même pas seuls dans cette mission. Puis, ils suivirent Alys qui s'était déjà emparée d'un livre et s'était installée sur la table de lecture.

    Elle fut cependant interrompue par le jeune employé de la bibliothèque, qui lui avait tiré subrepticement la manche de son haut.

    - Excusez-moi, mais j’ai une question… hésita-t-il.

    - Allez-y… Qu’est-ce qu’il se passe ? Alys se montra désarçonnée par la demande de son interlocuteur.

    - Il paraît que vous maîtrisez le Koryu ?

    - Comment le savez-vous ? Peu de personnes sont au courant, s’étonna-t-elle.

    Le visage du jeune homme devint écarlate :

    - On va dire… que j’aurai peut-être jeté un œil aux archives…

    Alys sourit. La voix du bibliothécaire laissait transparaître son inquiétude de voir son secret révélé et, par conséquent, de perdre son emploi. Il était en effet interdit de consulter les archives secrètes de l’armée. Mais il ne pouvait s’en empêcher, et s’était plongé dans leur lecture. 

    - C’est parce que, j’ai toujours été curieux d’observer l’art du Koryu. Je m’intéresse beaucoup aux éléments magiques à Sekai. Et j’aurai adoré avoir une démonstration, si ce n’est pas trop vous demander…

    Alys n’éprouvait pas tellement d’envie de répondre à cette requête, surtout en ce moment. Elle avait tenté de cacher sa maîtrise du Koryu pendant toute sa vie. Il était difficile pour elle de tout révéler au grand jour. Mais le jeune homme possédait un air tellement serviable et gentil, qu’elle ne put se résoudre à le décevoir.

    - Je ne sais pas quand le temps me permettra, mais on pourrait s’arranger… répondait-elle le sourire aux lèvres.

    Devant cette réponse positive, le visage du bibliothécaire s’éclaira soudainement.

    - Merci, merci ! répéta-t-il inlassablement. « Depuis des années, je rêve de pouvoir observer un koryuiste de mes propres yeux ! »

    - Avec plaisir ! Alys ne savait pas quoi rétorquer d’autre.

    - Au fait, mon nom est Shirosaki Yuudai. Je vais vous laisser, vous devriez avoir pas mal de travail.

    L’homme se dirigea vers la sortie de l’étage mais rebroussa chemin rapidement.

    - Vous ne direz rien, n’est-ce-pas ? J’aimerai que personne ne sache que je suis venu lire les ouvrages ici… s’inquiéta-t-il.

    - Pas de soucis, rétorqua Alys. « Motus et bouche cousue ! » 

    - Merci, à bientôt donc !

    - A la prochaine !

    Le jeune homme quitta alors l’étage en sautillant à travers les étagères remplies de livres et regagnait sa place à la réception. Alys fixa Rin et Len le regard un peu perdu. Quel homme intriguant ! La villageoise ne s’était jamais retrouvée face à une personne qui admirait les gens de son « espèce », et ne la voyait pas spécialement comme une menace. Les trois amis se mirent toutefois rapidement au travail.

    Les recherches furent pénibles et excessivement longues. Si Len commençait à souffler après quelques heures et commençait peu à peu à somnoler au-dessus des livres, la détermination d'Alys n'était pas ébranlée. Comme depuis le début, elle avalait des centaines de pages de rapports militaires particulièrement indigestes, à la recherche d'un simple petit indice. Mais elle ne trouvait aucune trace de son père dans aucun des rapports, comme si son travail était gardé secret, même au sein des archives. La jeune femme refusait cependant de perdre espoir. Il ne lui était pas concevable que son père ait emporté dans sa tombe de tels secrets importants. Il avait dû laisser une trace, si infime soit-elle.

    Le soir commençait à tomber, bien que les trois amis n'eurent pas l'occasion de s'en rendre compte, la bibliothèque ne comportant pas de fenêtres à cet étage. Ils se contentèrent donc d'un éclairage à la bougie. Len se montrait de plus en plus distrait, et faisait désormais régulièrement des pauses. Il allait se balader au travers des allées bordées d'étagères. Rien de bien fascinant l'attendait, mais il pouvait au moins se permettre de se reposer les yeux quelques instants. Peu après, il aperçut sa soeur plongée dans un ouvrage plutôt inhabituel.

    - Qu'est-ce que tu lis, Rin ?

    - Euh... La jeune fille se retourna, gênée. « C'est un conte. Ca s'appelle "La villageoise et les ours." »

    - Tu n'as rien d'autre à faire que de lire des contes ?

    - Je me suis surtout demandée ce que ça faisait là au départ... Et puis, j'ai ouvert le livre, et j'ai trouvé l'histoire passionnante.

    Lorsqu'Alys entendit le nom du conte, elle se lança soudainement vers Rin.

    - Attends, tu as bien dit "La villageoise et les ours" ? C'était mon livre préféré quand j'étais enfant ! Mon père me le lisait quasiment tous les soirs.

    Les jumeaux restèrent sans voix.

    - Je peux te l'emprunter, s'il te plaît. Je me demande bien ce que ça fait ici. C'est bizarre...

    Alys inspecta alors chaque recoin de l'ouvrage. Le livre était en assez bon état, mais quelque chose lui semblait louche effectivement. Dans ses souvenirs, il n'était pas aussi épais.

    - Tu es déjà arrivée à la fin ? demanda-t-elle à la jeune blonde.

    - Non, Len m'a interrompue avant. Elle lui lança alors un regard accusateur.

    La villageoise ouvrit alors directement les dernières pages.

    - Ah, enfin ! Je le savais, j'ai trouvé !

    - Quoi ? interrogèrent de concert les jumeaux.

    - Ce livre... C'est exactement celui que j'avais quand j'étais petite. Mon père y a ajouté ses notes à la fin. Et il l'a caché ici.

    - Ça signifie que... murmurèrent les jumeaux.

    - Qu'il y a certainement un message dans son texte. Et que, selon toute vraisemblance, il m'est adressé ! Mon père a sans doute voulu me laisser un dernier message pour l'avenir, et ce livre s'est retrouvé ici par je ne sais quel hasard.

    Alys laissait entrevoir un certain espoir dans son discours, également mêlée d’un sentiment de joie difficile à définir. Elle qui venait de perdre sa famille, remarquait que ses proches lui avaient laissé des traces, comme si ils veillaient toujours sur elle, ou du moins qu’ils avaient besoin de la petite dernière de la famille.

    La jeune villageoise d’Uchi se mit donc à lire ce qui finalement constituait le dernier message de Monsieur Vo. Les mots utilisés étaient assez énigmatiques, de sorte qu’ils ne puissent être compris uniquement par un pratiquant du Koryu. L’ancien combattant évitait ainsi les fuites. Les Koryistes utilisaient en effet un jargon assez poussé lorsqu’ils parlaient de leur art. Il était donc très difficile pour un néophyte de suivre une quelconque conversation. Ainsi, n’importe qui pouvait tomber sur ce livre par hasard, il n’y aurait rien compris.

    Alys resta plongée quelques longues minutes dans sa lecture, sous le regard attentif de Rin et Len, qui attendaient patiemment sa conclusion. Puis, la jeune femme se pétrifia soudainement. Elle fixa Rin et Len dans le blanc des yeux, et restait coi.

    - On a un problème… balbutia-t-elle.

    - Ce n’est pas nouveau. Ce pays croule sous les soucis pour l’instant ! lança Len, immédiatement rabroué par sa sœur. Ce n’était certainement pas le moment de faire des petites phrases. Alys paraissait particulièrement préoccupée.

    - Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea alors Rin.

    - C’est… la barrière magique…

    - Quoi, la barrière ? Celle qui entoure l’île des Magiciens ? continua la blondinette

    - Oui, d’après ses notes, elle n’est pas éternelle. Il avait prévu d’y laisser la vie quand il l’a mise en place. Il a dû sacrifier toute son énergie vitale à sa construction. De telle sorte que cette protection n’est que temporaire… balbutia Alys, sous le choc.

    - Mais ce n’est pas logique… interrompit Len. « Quel est l’intérêt ? »

    - D’après ce qu’il a écrit, mon père avait construit cette barrière afin de bloquer les ambitions du chef de la Guilde des Magiciens, Utatane Piko. Selon lui, le but était que les générations futures rétablissent un lien avec les magiciens, quand tout le monde serait prêt.

    Alys poursuivit : « Et puis, c’était la seule manière de terminer cette guerre. La Guilde des Magiciens n’a eu d’autre choix que de capituler et d’accepter leur punition. Visiblement, il n’avait pas eu le choix, il fut obligé de créer cette barrière. »

    - Je me demande si la Reine est au courant… réfléchit Rin. « Elle aurait donc caché tout ceci au peuple. »

    - Il faudra lui en parler… insista Len, provoquant l’acquiescement de Rin et Alys. « En attendant, il y a quelque chose d’autre dans ces notes ? Quelque  chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre Fukase ? »

    - Il y a bien des notes. Mon père a essayé de rassembler toutes ses connaissances sur le Koryu. Mais c’est très complexe. Je ne pourrai pas y arriver sans entraînement, hésita Alys. Puis, elle poursuivit : « Mais il y a un espoir… Si je parviens à maîtriser cette technique ici, je pourrai protéger une bonne partie de l’armée en cas d’attaque. La jeune fille à la tresse indiqua une page griffonnée aux jumeaux, qui ne comprenait pas un traître mot à ces inscriptions, mais retrouvèrent le sourire.

    Alys tenait le livre entre ses bras, et ne semblait plus vouloir le lâcher, le conservant comme une relique. Les trois combattants novices restèrent en silence en plein milieu de la pièce pendant un moment. Ils venaient d’apprendre un assez grand nombre de nouvelles informations.

    - Il faut avoir une discussion avec la Reine ! Elle doit être au courant. J’aimerai bien savoir pourquoi elle ne dit absolument rien, ça me paraît louche…

    Les jumeaux rejoignirent Alys dans son argumentation.

    Les trois amis sortirent alors de la bibliothèque pour se diriger directement vers le Palais Royal. Leurs expressions de visage traduisaient un sentiment mitigé, entre l’inquiétude, l’espoir et une certaine détermination retrouvée. Des heures sombres s’annonçaient pour le pays de Kuni, mais des perspectives positives pointaient également à l’horizon.

    ***

    12
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 12 mars 2017, 20:13:01 »
    Coucou !
    Comme je l'avais fait pour ALYS, j'ai écrit deux nouveaux chapitres bonus centrés cette fois-ci sur les personnages des jumeaux, Genshine Kyuu et Roku !

    Merci à Hakuro-Kaoru, la créatrice de ces deux UTAUloids, pour sa collaboration^^

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Sekai Chronicles #2 : Genshine Kyuu et Roku (1ère partie)

    12 ans avant le chapitre 1.

    Le faste régnait dans cette demeure. La maison bourgeoise était composée d'une bonne dizaine de pièces, chacune étant décorée avec soin par la maîtresse de maison. On entrait dans ce foyer par un immense hall, qui donnait ensuite sur toutes les pièces du rez-de-chaussée: le salon, la cuisine, le bureau, etc. Dans le fond se trouvait un immense escalier en marbre permettant d'accéder aux deux étages supérieurs. Au dernier niveau se trouvait la salle de jeux des deux jeunes enfants de la famille. Les jumeaux, Kyuu et Roku, étaient surtout remarquables par leurs cheveux de couleur verte, assez rare, et par leur calme apparent pour de si jeunes garçonnets. Ils dessinaient en silence, à même le sol, sous l'œil attentif de leur mère, qui souriait. Cette femme était particulièrement fière de ses jumeaux, et avait arrêté toute activité professionnelle afin de s'atteler à leur éducation. Leur niveau de vie permettait cela. Son mari, le père des jumeaux, était un dirigeant de grande entreprise, et avait fait fortune dans l'électronique. Celui-ci avait pu flairer le potentiel de cette activité, et s'était dévoilé comme un précurseur. Kyuu et Roku étaient donc des fils de bonne famille, dont le destin était somme toute de reprendre l'entreprise de leur paternel. Le revers de la médaille était que celui-ci se trouvait dès lors rarement à la maison. Toutefois, leur mère bien aimée était toujours présente pour eux.

    Kyuu se releva rapidement, et se dirigea d'un pas décidé vers le fauteuil de sa mère, suivi de près par son cadet:

    - Regarde mon dessin, Maman, lança-t-il naïvement.

    L'aîné s'était concentré à représenter sa maison, de bien belle manière il faut dire, et s'était attelé à dessiner son frère et lui en train de s'amuser dans le jardin.

    - C'est très joli, mon petit Kyuu. Je vois que tu aimes bien dessiner ton frère !

    Roku s'empressa donc de montrer également son œuvre. Quatre personnes se trouvaient sur le dessin, sous un ciel bleu et ensoleillé. Les parents se tenaient par la main, et de part et d'autre étaient placés lui et son frère. Une famille unie, en somme.

    - Quel magnifique dessin Roku ! Venez, je vais les accrocher sur le mur là-bas. Il faut exposer vos œuvres, mes chéris.

    Ils suivirent leur mère dans un coin de la pièce, où elle se décida à accrocher les différents portraits. Plusieurs dessins des jumeaux se trouvaient déjà à cet endroit. Sur le chemin, Kyuu adressa la parole à son frère.

    - Pourquoi tu as dessiné Papa ? Il n'est jamais là, de toute façon, demanda-t-il.

    - Maman dit juste qu'il doit travailler beaucoup... Tiens, on devrait l'attendre devant la porte, ce soir ! Ça lui fera plaisir ! proposa Roku.

    - Moui, hésita Kyuu. « Ça tombe, il ne viendra juste pas... »

    - Mais si, allez viens...

    L'aîné éprouvait d'énormes difficultés à refuser quelque chose à Roku, surtout avec tant d'insistance. Bien que, selon lui, cette démarche s'annonçait inutile, il capitula et accepta d'attendre son père rentrer du travail.

    Ainsi, ils se positionnèrent, fin prêts, devant l'énorme escalier du hall. L'après-midi touchait à sa fin, leur père n'allait certainement pas tarder à pointer le bout de son nez.

    Le cliquetis incessant de l'immense pendule du hall donnait l’impression de faire s'allonger le temps. Les minutes paraissaient des heures. Cependant, cela n'annihilait en rien la patience de Roku, qui était toujours plein d'espoir de voir son père franchir le pas de la porte d'un instant à l'autre. Kyuu était plus mesuré, mais n'abandonnerait pas son frère. De ce fait, ils continuaient à patienter calmement, la main dans la main.

    Les heures passaient. La nuit était tombée, si bien que les jumeaux avaient fini par tomber dans les bras de Morphée. Et pourtant, toujours aucune trace de leur père. Leur mère, qui les avait observés doucement et tendrement jusque-là, les prit dans ses bras et les emmena vers leur lit. En sortant de la chambre à coucher, elle poussa un soupir de dépit. Le chef de famille allait encore rentrer trop tard, et s'était une fois de plus montré absent.

    ***

    Et la vie continua ainsi; la présence du père de Kyuu et Roku étant toujours aussi rare, les jumeaux passèrent leur vie en compagnie de leur charmante mère et des quelques domestiques engagés par la famille. Au final, les garçons s'y étaient habitués, même le cadet, bien qu'il semblait en souffrir davantage.

    Puis, un jour, alors qu'elle déambulait au rez-de-chaussée de la maison en compagnie de ses précieux enfants, la mère s'effondra soudainement sur le sol. Roku fut paniqué, et se mit à crier. Kyuu, inquiet mais plus réservé, se pressa d'aller prévenir un des employés de la maison qui emmena la mère dans sa chambre qui appela un médecin sur le champ. L'auscultation paraissait durer des heures pour les jumeaux. Bien qu'ils n’aient que quatre ans, ils se rendaient bien compte de la gravité de la situation. Quelques instants plus tard, le docteur sortit de la chambre en compagnie de la gouvernante. C'était un homme mince d'une assez grande taille, qui impressionnait par son sérieux. Il salua les garçons aux cheveux verts d'un air grave puis prit congé. Les jumeaux n'osaient pas pénétrer dans la pièce où se trouvait leur mère alitée, et attendirent le retour de la gouvernante. Celle-ci leur fit signe d'entrer. Ils purent alors observer que leur mère avait repris connaissance. Elle avait cependant un teint blafard, des cernes énormes s'étaient formés sous ses yeux, et elle éprouvait des difficultés à parler. Toutefois, elle voulait plus que tout prononcer quelques mots à l'égard de ses garçons:

    - Ne vous inquiétez  pas, mes chéris... Maman ira bientôt mieux...

    Roku sourit. Ces paroles, quoique peu prolixes, lui avaient redonné espoir. Kyuu était plus mesuré, et se mit à poser des questions sur ce qu'avait annoncé le médecin quelques minutes plus tôt.

    - Tout va bien, Kyuu... Je vais m'en remettre...

    L'aîné acquiesça. Il était néanmoins difficile de dire si cette expression permettait juste de rassurer sa parente, ou s'il croyait réellement qu'elle puisse se remettre de sa maladie.

    Les jumeaux demeurèrent plusieurs dizaines de minutes au chevet de leur mère, puis quittèrent la chambre, afin qu'elle puisse se reposer.

    Dans le couloir, Kyuu pesta:

    - Et Papa n'est toujours pas là... On ne l'a pas prévenu ?

    - Il doit être occupé, excusa Roku.

    - Ce n'est pas une raison ! Maman est malade, c'est plus important !

    Dans la chambre, la gouvernante avait calmement refait le lit de sa patronne, et l'aida à s'installer:

    - Pourquoi ne pas leur avoir dit la vérité, Madame ? Vous êtes atteinte d'une maladie grave !

    - Ma chère, je ne veux pas les inquiéter... Si mon heure est venue, je veux passer mes derniers temps dans ce monde avec eux, tranquillement...

    Cette situation perdura quelques mois. Selon les jours, l'état de la mère était plus ou moins bon. Elle s'était tout de même débrouillée pour organiser la plus somptueuse des fêtes pour le cinquième anniversaire de Kyuu et Roku. Elle pensait que c'était la dernière fois qu'elle pourrait les voir souffler ensemble les bougies de leur énorme gâteau, le sourire aux lèvres. Leur mère les observait, assise sur son fauteuil confortable. Plusieurs camarades des jumeaux étaient présents, l'ambiance était bonne; la matrone se délectait de cette atmosphère. A la fin de la fête, alors que tous les invités avaient pris congé, Kyuu et Roku s'approchèrent de la femme malade, et la serrèrent dans leurs bras, Roku laissant même échapper quelques larmes. Ils avaient passé une excellente journée, si bonne qu'ils ne furent même pas troublés par l'absence habituelle de leur père.

    ***

    Ce jour-là, le ciel était paré de nuages nombreux et gris. Une fine pluie tombait sur les étendues vertes situées çà et là. Un petit groupe de personnes était rassemblé en ce cimetière. Les jumeaux se trouvaient devant toutes les personnes présentes, juste face à la tombe de leur mère bien-aimée. Malheureusement, elle n’avait pas pu survivre à sa maladie.

    Ces derniers mois, elle s’était attelée à passer le plus clair de son temps avec ses fils, au sein de la maison familiale. Le paternel était toujours occupé aux affaires de la société, et demeurait absent. Cette situation irritait passablement Kyuu, malgré son jeune âge, mais il fit fi de ses sentiments, par égard pour sa mère. Néanmoins, le ressentiment et la colère qu’il éprouvait envers son père ne s’étaient qu’intensifiés en ce triste jour.

    La cérémonie des funérailles se conclut tranquillement. Alors que les invités reprenaient peu à peu leur route, et que leur père avait déjà rejoint sa voiture de luxe, Kyuu et Roku restèrent immobiles devant la tombe de leur mère. Ils se tenaient main dans la main :

    - Maintenant, nous sommes seuls, Roku, murmura l’aîné.

    - Comment ça ? Papa est toujours là ! Nous devons tenir !

    - Celui-là ? Il nous a abandonnés depuis longtemps déjà… Il n’était jamais là, même quand Maman était malade.

    - Mais il s’occupera de nous maintenant ! espérait Roku.

    - Je ne pense pas, regretta son frère. « Mais, moi… Je ne t’abandonnerai jamais, Roku. Tu es la personne la plus importante pour moi… ». Kyuu faisait preuve d’une maturité étonnante pour son âge.

    - Toi aussi, Kyuu…

    Puis, ils se retournèrent, toujours main dans la main, et rejoignirent la voiture dans laquelle se trouvait leur père. Ils s’installèrent lentement sur la banquette juste en face de lui, et ne prononcèrent pas un seul mot.

    - Mes fils, commença le père. « Je ne peux malheureusement pas vous garder avec moi pour le moment. Je vais vous envoyer chez votre tante, qui s’occupera de vous, le temps que je termine quelques affaires. Quand je serai prêt, vous pourrez revenir à la maison ».

    Kyuu gratifia Roku d’un regard empli de signification. Il avait vu juste ; leur père les avait abandonnés.

    Pour le moment, les jumeaux rentrèrent à la maison familiale avec leur père. Il leur faudrait plusieurs jours pour rassembler leurs affaires, avant de partir pour la maison de leur tante, la sœur de leur père, située dans le nord du pays. Les domestiques s’affrétèrent donc aux bagages des deux garçons. La majorité d’entre eux étaient tristes de voir s’en aller les jumeaux. Au fil des années, ils s’étaient attachés à eux. De son côté, le père se montrait toujours aussi absent.

    Pour leur dernière nuit dans leur maison de naissance, Kyuu et Roku avait décidé de partager un seul lit, comme s’ils voulaient passer cette épreuve ensemble. La nuit fut longue. Aucun d’entre eux ne parvenait à trouver le sommeil. La demeure entière était plongée dans un silence inquiétant.

    Le lendemain, Kyuu et Roku partirent pour le nord du pays. Si leur père avait daigné leur dire un dernier au revoir avant leur départ, l’aîné se gardait bien de le gratifier d’un seul regard, gardant sa rancœur en son for intérieur.

    ***


    Ainsi, les jumeaux s’étaient retrouvés pendant quelques mois chez leur tante. Même si elle restait un membre de la famille, cette femme n’éprouvait que peu d’affection pour ses neveux. Elle s’était surtout vue dans l’obligation d’accepter la demande de son frère, qui devait continuer de faire fonctionner l’entreprise familiale, dans laquelle elle avait également des intérêts.

    Les jumeaux disposaient de tout ce dont ils avaient besoin, leur tante n'étant également pas à l'abri du besoin. Elle travaillait en association avec leur père, ce qui lui avait permis de pouvoir mettre un joli pactole de côté. Cependant, Kyuu et Roku venaient désormais à manquer de la chose la plus importante pour eux : de l'affection. C'est également à ce moment que les jumeaux se rapprochèrent davantage. Ils avaient toujours été proches bien sûr, mais ils se coupaient désormais presque totalement du monde extérieur, pensant que celui-ci les avaient rejetés. Ils s'étaient recroquevillés dans leur monde, à l'abri, où ils pensaient être en sécurité, rien qu'eux deux.

    Plusieurs nuits durant, Kyuu avait surpris son cadet en train de pleurer la disparition de leur mère en plein milieu de la nuit. Lui-même éprouvait des difficultés à passer outre son deuil, mais se devait de rester fort pour Roku. Peu à peu, il s’édifia une certaine carapace autour de lui. Rien d’autre que le bien-être de son frère ne lui importait.

    Une fois par mois, leur père leur avait permis de retourner dans la maison familiale, le week-end. Cela ne plaisait pas particulièrement à Kyuu, qui se considérait comme étant complètement lâché par son père. Toutefois, Roku éprouvait encore le besoin de se rapprocher de ses racines, même si, parfois, cela s’avérait  difficile, si bien que Kyuu acceptait d'y retourner tous les mois sans rechigner. Cependant, le père continuait à vaquer à ses occupations de chef d'entreprise, laissant la responsabilité des jumeaux aux domestiques. Cette façon d'agir ne servait qu'à faire bonne figure.

    Les jumeaux rejoignaient leur ancienne chambre. Cette nuit fut particulièrement pénible pour Roku, le fait de revoir son ancienne maison, de raviver tous ces souvenirs de sa mère avait provoqué chez lui un choc, si bien que Kyuu l'invita à le rejoindre dans son lit, et le serra dans ses bras, pour le calmer. Le cadet sanglota sur le pyjama de son frère quelques minutes, puis trouva le sommeil.

    La maison était particulièrement calme, les domestiques avaient rejoint leurs appartements au sous-sol, et le père des Genshine était une nouvelle fois sorti.

    Soudainement, cette tranquillité fut troublée par le bruit de la porte d’entrée qui claquait. Ce vacarme réveilla les jumeaux, mais ils ne bougèrent pas de leur lit. Ensuite, ils entendirent deux voix distinctes se rapprocher de l’étage auquel ils se trouvaient. Kyuu entraîna donc son frère vers le couloir qui donnait sur leur chambre. Sa curiosité était titillée, il devait savoir qui avait provoqué ce bruit. Les deux garçons progressèrent alors dans la pénombre, et virent au loin deux ombres se diriger vers l’ancienne chambre de leurs parents. Kyuu tirait toujours son cadet par la main, et marchait furtivement. Il entrouvrit la porte de la pièce et surprit alors son père, placé au milieu de l’ancien lit conjugal en compagnie d’une jeune femme. Le couple était visiblement en plein ébats amoureux, si bien qu’aucun d’entre eux ne remarqua la présence des garçons. Kyuu cacha alors directement les yeux de son jumeau à l’aide de sa main droite, et le reconduisit calmement dans leur chambre. Roku n’avait eu le temps de ne rien voir, fort heureusement. L’ainé serrait les dents : ces derniers temps, tout son monde s’écroulait comme un château de cartes. Même s'il ne comprenait pas tout ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, il en devinait bien assez, sa confiance envers les adultes et les autres êtres humains était désormais complètement ébranlée. Son père les avait définitivement trahis, il était en compagnie d'une autre femme, et ce n'était pas sa mère. Seul comptait désormais son frère Roku, qu’il devait à tout prix protéger de ce monde corrompu. Surtout dans les temps difficiles à venir.

    Roku se posait des questions sur les récents événements. Il n’avait pas eu le temps d’observer la même scène que Kyuu, et celui-ci se gardait bien de lui expliquer les détails. Pour lui, Roku était fragile, il n’aurait pas supporté une telle nouvelle. Même pour lui, c’était difficile. Il garda alors ce secret, et n’annonça rien à son cadet, préférant le laisser dans l’ignorance et l’innocence.

    Mais cette scène travaillait l'aîné. Leur père était parvenu à se retrouver dans les bras d'une autre femme, peu après la mort de leur mère. Il en vint à en penser que cette relation datait d'avant le décès. Kyuu serrait le poing, comme pour maîtriser sa colère, et garda le silence jusqu'au lendemain, alors que les jumeaux repartirent pour la maison de leur tante, comme si de rien était.

    ***

    Dans la grande maison du Nord, la vie quotidienne était relativement monotone. Les garçons n'étaient pas scolarisés, leur précepteur, engagé par leur père, se chargeait de leur éducation, exactement comme auparavant. C'était d'ailleurs l'une des seules choses qui n'avaient pas changé ces derniers mois.

    Kyuu et Roku passaient le plus clair de leur temps en compagnie des domestiques de la maison, leur tante étant assez absente, ou tout du moins ne voulait-elle pas s'encombrer davantage de leur présence. Par conséquent, les jumeaux durent la plupart du temps se débrouiller seuls à la maison, et pouvaient faire une croix sur quelque forme d'affection.

    Cette situation dura plusieurs mois, avant qu'un autre événement ne vienne bouleverser leur vie. Leur père, l'un des plus grands chefs d'entreprise du pays, se fit arrêter par la police et les services financiers pour malversation et corruption au sein de son entreprise. Il fut rapidement incarcéré en attente de son procès. Ce jour-là, la tante adressa la parole aux jumeaux en panique. Il était difficile de leur expliquer la situation simplement, mais Kyuu percevait quelque chose en plus. Cette femme cachait quelque chose. La voix tremblante, elle commença:

    - Les garçons, je suis désolé... Votre père ne pourra plus vous voir pour l'instant...

    - Pff, ça ne change pas de d'habitude, ça ! lança l'aîné.

    - Tu ne comprends pas Kyuu, ton père vient d'être arrêté par la police... Il va aller en prison...

    Roku sursauta, touché par cette nouvelle. Contrairement à son frère, qui n'avait pas bougé d'un pouce, le cadet éprouvait encore un certain ressentiment familial. Il ne vivait que pour les rares moments où il pouvait encore voir son père, où il avait le maigre sentiment de faire partie d'une famille unie. En dehors de son jumeau, peu de membres de sa famille lui montraient de l'affection.

    Kyuu ne put cependant pas s'empêcher de dire ce qu'il pensait:

    - Bon débarras ! Il le mérite bien !

    Puis, il tourna les talons et retourna rapidement dans sa chambre, sous le regard désabusé de sa tante. Il fut rapidement suivi par Roku.

    - Qu'est-ce qu’il t'arrive, Kyuu. Tu te rends compte, on ne verra plus Papa.

    - Il n'était jamais là, de toute façon. Et puis, après ce qu'il a fait à Maman...

    - Qu'est-ce qu'il a fait ? interrogea le petit frère.

    Kyuu serra les dents, il ne voulait pas dévoiler la vérité: « Rien... Laisse tomber ».

    Quelques heures plus tard, une brigade de police pénétra dans la maison. Décidément, cette journée ne serait pas de tout repos. La cible était la tante. Les jumeaux observèrent les forces de l'ordre fouiller la maison depuis le haut de l'escalier en marbre. Ils demeurèrent calmes, tout le contraire de leur tante, qui courait partout dans l'habitation, prononçant çà et là des paroles incompréhensibles. Puis, elle fut arrêtée par le commandant de l'unité, et quitta la maison. Le reste des hommes resta là, et expliqua la situation aux employés. Manifestement, leur patronne était complice des actes du père des jumeaux, et serait certainement condamnée à la même peine.

    - Et les jumeaux ? demanda une jeune employée.

    - Nous n'avons pas le choix... regretta un policier. « Ils n'ont plus de mère, ni d'autre membre de leur famille, nous devons les emmener à l'orphelinat. »

    Kyuu et Roku entendirent cette nouvelle au loin. Leurs estomacs se tordirent. Leur vie allait une nouvelle fois être bouleversée. Juste avant que les policiers ne les emmènent, ils s'échangèrent un regard, et murmurèrent tous les deux simultanément.

    - Je ne t'abandonnerai jamais...

    ***

    A l'orphelinat, les mois passèrent tranquillement et se ressemblaient tous. Bien sûr, les jumeaux pouvaient profiter d'une tranquillité relativement bienvenue, surtout après tout ce qu'ils avaient vécu, mais ils ne se satisfaisaient pas de cette situation. Pire, ils se sentaient encore plus isolés qu'auparavant. De ce fait, ils ne parvinrent pas à s'intégrer parmi les autres enfants. Roku avait bien tenté de faire des efforts dans ce sens, ce qui n'était pas le cas de son frère. Kyuu était toujours rongé par la colère: envers son père, envers le monde parfois. Tout cela ne serait pas arrivé sans l’irresponsabilité de son paternel. Ainsi, il arrivait à l'aîné de se retrouver seul pendant plusieurs dizaines de minutes, à ruminer dans ses pensées. Pourtant, Roku avait bien tenté de deviner ce qui le tracassait et l'énervait à ce point, sans succès. Leur vie était déjà assez difficile comme ça pour que Kyuu ne vienne ajouter un fardeau supplémentaire sur les épaules de son cadet. Par conséquent, il lui passa sous silence la trahison de son père.                                                                                                                   

    Les Genshine vivaient donc tant bien que mal à l'institution en compagnie d'autres enfants. La plupart provenaient de familles pauvres; certains avaient été abandonnés à la naissance, et d'autres s'étaient retrouvés là après de sombres affaires, mais ils étaient les seuls à être originaires d'une famille aisée. Ce qui rendait d'autant plus compliquée leur adaptation. Quelques camarades n'hésitaient d'ailleurs pas à les railler, en leur affirmant qu'ils étaient pourtant nés avec une cuillère en argent dans la bouche, et qu'ils n'avaient pas pu en profiter. Ce type de remarques irritait passablement Kyuu, qui, la plupart du temps, ne vit que la violence pour répondre à de pareilles calomnies. Ce qui lui valut une bonne dizaine de punitions. Roku était plus calme, et n'avait que faire de ces remarques. Il essayait même la plupart du temps, de calmer son frère, ce qui n'était pas une tâche aisée.

    Toutes les semaines, le vendredi, se déroulait ce que les enfants appelaient "la foire aux visites". L'orphelinat était ouvert aux personnes de l'extérieur, désireuses d'adopter un nouveau chérubin. Les résidents de l'institution étaient alors appelés à se mettre en ligne, et à se montrer sur leur meilleur jour. Les visiteurs adultes passèrent donc entre les enfants, et pouvaient entamer quelques conversations avec eux. Le but, pour ces parents en herbe, était de trouver la perle rare, l'enfant qu'ils désiraient plus que tout. Pour les orphelins, il s'agissait surtout d'une sorte de loterie, dont le gros lot était de sortir de leur pénible condition, et de goûter à une vie meilleure. L'ambiance dans l'orphelinat était donc passablement tendue ces jours-là.

    Un des vendredis, un couple semblant assez riche s'arrêta devant les jumeaux. L'homme, mesurant plus d'un mètre quatre-vingt, et coiffé de cheveux poivre et sel, était accompagné par sa femme, vêtue d'un vêtement de luxe du plus bel effet.

    - Mais qu'ils sont mignons ceux-là ! s'écria la dame.

    Roku sourit. Mine de rien, il appréciait que l'on remarque sa beauté. Le cadet n'était pas spécialement prétentieux, mais cela lui faisait un petit pincement au cœur, et lui rappelait les remarques des domestiques dans son ancienne maison familiale. Kyuu, par contre, baissa toujours la tête et ne prononçait pas un mot.

    - Comment vous appelez-vous ? demanda l'homme.

    - Lui, c'est Kyuu, répondit Roku avait de décliner lui-même son identité. L'aîné ne répondait toujours pas, et ne voulut même pas gratifier le couple d'un seul regard.

    L'homme et la femme entamèrent alors la conversation avec le cadet. Celle-ci parlait de sujets relativement dérisoires, les adultes désiraient connaître les hobbies et les passions du jeune garçon, mais n'avaient posé aucune question sur son passé. « Tant mieux », se disait Roku.

    Peu après, alors que tous les adultes étaient partis, et que la foire des visites était terminée, le directeur de l'orphelinat appela les jumeaux dans son bureau. Kyuu et Roku se retrouvaient donc face au bureau de cet homme, petit et à l'air austère.

    - J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, mes petits, commença-t-il.

    - Qu'est-ce qu'il se passe, interrogea Roku, curieux. Kyuu restait toujours terré dans son mutisme.

    - Les personnes que vous avez rencontrées tout à l'heure sont intéressées par l'adoption.

    Roku fit donc un large sourire, et se retourna vers son frère, dont le visage était marqué d'un air surpris.

    - C'est une bonne nouvelle, Kyuu ! On va enfin pouvoir sortir d'ici et vivre comme avant.

    Puis, le directeur interrompit cet élan de joie.

    - Il y a juste un petit problème... Ils ne sont intéressés que par adopter un seul enfant. Et c'est toi, Roku...

    Le sourire sur le visage du cadet s'effaça en un seul millième de seconde. Il n'était pas question qu'il abandonne son frère ! Ils se l'étaient jurés ! Pourtant, Kyuu se mit à réfléchir. Était-il prêt à faire obstacle à une vie meilleure pour son frère ? Même si cela signifiait qu'il ne pourrait jamais le revoir ?

    - Réfléchis, Roku... C'est l'occasion pour toi de sortir d'ici... Ne t'occupe pas de moi... Le cœur de l'aîné se déchira à la simple énonciation de cette phrase, mais il ne pouvait pas être un frein pour son frère.

    - C'est hors de question, Kyuu... Je reste avec toi, peu importe ce que ça coûte...

    Le directeur leur annonça donc qu'il n'était pas surpris par leur décision. Il avait bien remarqué leur attachement mutuel. Pour lui, il était impossible de les séparer. L'homme leur avoua même avoir déjà reçu quelques propositions d'adoptions pour eux, mais personne ne voulait prendre les deux enfants à la fois. Et il dût toujours refuser.

    Roku réaffirma sa position. Il ne quitterait en aucun cas son frère. Puis, les jumeaux quittèrent le bureau, main dans la main.

    Peu après, Kyuu et Roku étaient assis dans la salle de la cantine. L'aîné était toujours plongé dans ses pensées. 

    - Un problème, frangin, lança le cadet.

    - Non rien...

    - On ne dirait pas ! continua Roku, qui avait retrouvé le sourire. L'épreuve précédente et cette mauvaise nouvelle étaient désormais bien derrière lui.

    - Dis, tu ne m'en veux pas ? confia Kyuu. « Si je n'avais pas été là, tu aurais pu sortir d'ici ».

    - Et t'abandonner ? Jamais ! De toute façon, je n'aurais jamais pu être heureux si tu n'avais pas été là. Alors, arrête de t'inquiéter et mange, sinon je finis ton assiette, conclut Roku en dirigeant sa fourchette vers le plat de son frère.

    - Ça, tu peux toujours courir, rétorqua l'aîné, qui avait retrouvé la forme, en protégeant sa nourriture.

    Les jours passaient relativement calmement à l'orphelinat sans changement notable. Kyuu et Roku se trouvaient toujours passablement isolés du reste du groupe. Mais l'avantage d'être des jumeaux était qu'ils ne se retrouveraient jamais seuls. D'ailleurs, ils aimaient se le rappeler souvent. A deux, ils étaient bien plus forts que tous les autres.

    ***

    Quelques temps plus tard, alors que les jumeaux s'endormaient lentement sur leur lit superposé situé dans un coin du dortoir du rez-de-chaussée, un des employés de l’orphelinat tambourina à la porte d’entrée. Kyuu réveilla son cadet en sursaut, et ils partirent observer tous les deux l'origine de cette agitation. La porte à peine ouverte, les jumeaux sentirent une chaleur suffocante s'échapper de la pièce d'à-côté. Les cuisines venaient de prendre feu, et l’incendie s’était étendu à tout le bâtiment à une vitesse étonnante. Les employés tentaient tant bien que mal d'aider les enfants coincés au premier étage et piégés par les flammes. Le directeur, dont le bureau était également situé au premier, tentait de prévenir les pompiers par téléphone, mais il apparaissait que la ligne était déjà coupée.

    La priorité était bien sûr au sauvetage des enfants. Toutefois, en dehors de Kyuu et Roku et de deux autres enfants, qui logeait dans le plus petit dortoir du rez-de-chaussée, les autres orphelins dormaient à l'étage. Or, les flammes avaient déjà envahi les escaliers. Par conséquent, ces personnes n'avaient plus leur destin en main. La panique commençait à prendre le dessus. Les quelques adultes présents tentaient de se frayer un chemin pour partir sauver les enfants piégés, mais au prix de graves brûlures. Une atmosphère infernale commençait à régner dans le bâtiment.

    De leur côté, Kyuu et Roku sortirent rapidement de leur chambre, pour se diriger vers l'extérieur, en sécurité. A peine fussent-ils sortis du dortoir qu'ils se retournèrent vers leurs camardes de chambrée. Une énorme poutre en bois s'était écroulée, bloquant la sortie. Les voilà également pris au piège.

    - Qu'est-ce qu'on fait, Kyuu ? hurla Roku au milieu des flammes orangées, en panique.

    - On n'a pas le choix, on doit se sauver ! Viens !

    - Et on laisse tout le monde ici ?

    - Je te le dis: on n'a pas le choix, sinon on va mourir.

    Ils se frayèrent donc difficilement un chemin vers la sortie, en zigzaguant entre les flammes qui se faisaient de plus en plus étendues. Les jumeaux se protégeaient le visage d'une main, l'autre main tenant fermement la main de l'autre frère. C'est ainsi que Kyuu et Roku purent s'extirper de l'orphelinat. Leurs vêtements partiellement brûlés, ils ne purent assister de l'extérieur qu'à la destruction de leur nouvel habitat. Le bâtiment s'était écroulé quelques minutes plus tard, ne laissant que cendres et désolation.

    Les deux garçons restèrent immobiles plusieurs minutes devant les restes de l’ancien édifice. Pendant un moment, ils avaient espéré remarquer un survivant. Mais il n'en était rien, le calme régnait dans les alentours ravagés de l'ancien orphelinat. Ils attendirent quelques instants, afin d’observer si qui que ce soit arrivait. Mais l’orphelinat était assez isolé, personne n'était capable de leur venir en aide.

    - Et maintenant ? demanda Roku.

    Kyuu garda le silence. Il ne trouva pas de bonne nouvelle, ni de bon plan à annoncer à son cadet.

    - Je ne sais pas, Roku... On peut essayer d'aller vers la ville, et de voir là-bas... Je ne sais pas ce qu'on peut faire.

    Kyuu baissa la tête, lassé par son impuissance. Puis, les jumeaux quittèrent l'endroit main dans la main. Les lumières de la ville brillaient au loin, les garçons se voyaient obligés de se lancer dans l'inconnu.

    ***

    Plusieurs nuits avaient passé depuis l'incident. Kyuu et Roku ne parvenaient pas à faire échapper de leur esprit ces images d'horreur. Le cadet pleurait même à intervalles réguliers, se remémorant ces corps calcinés au milieu des cendres. Kyuu le prenait régulièrement dans les bras, mais ne prononçait pas un mot. Il le serrait fort, comme pour lui signifier que, malgré toutes les difficultés, ils resteraient toujours ensemble, et qu'ils finiraient bien par s'en sortir.

    Pourtant ces derniers jours s'étaient avérés bien difficiles. Les jumeaux étaient parvenus à rejoindre les faubourgs de la grande ville, et s'étaient retrouvés dans les ghettos, déjà peuplés de centaines de sans-abris.

    Leur existence ne se limitait plus qu'à quelques préoccupations vitales. Trouver à manger et à boire. Tout le reste leur paraissait superflu. Ils vagabondaient à travers le quartier, en espérant trouver quelqu'un pouvant les aider, ne fut-ce qu'en leur donnant un petit encas. Cela faisait plusieurs jours qu'ils n'avaient rien avalé, et ils commençaient à se sentir faibles.

    - J'ai faim, Kyuu...

    L'aîné ne rétorqua pas, et serra les dents. De plus, leur situation l'agaçait plus que tout. Dire que, quelques mois auparavant, son frère et lui se trouvaient encore dans la salle de jeux de leur immense maison, en compagnie de leur mère. Leur vie s'était détraquée à une vitesse vertigineuse. Plongé dans ses pensées, Kyuu nourrissait encore davantage de rancœur envers son père, qu'il considérait comme le responsable de tout cela. Sans son irresponsabilité, ni lui, ni son frère ne se seraient retrouvés dans cette situation indigne pour des enfants. Roku remarquait bien le comportement de son frère, et l'interrogeait à plusieurs reprises. Mais celui-ci ne répondit pas, il préférait garder tout ce fardeau pour lui. Il n'était pas nécessaire d'en parler à son cadet.

    Plusieurs jours plus tard, les jumeaux étaient adossés à l'enseigne d'un ancien magasin. Leurs jambes étaient lourdes, ils n'avaient même plus la force de se lever. Ces derniers temps, ils n'avaient pu se nourrir que des quelques restes trouvés çà et là dans les poubelles, et s'étaient arrangés pour trouver un peu d'eau, qu'ils s'étaient partagée.

    Cependant, ils sentaient que leur fin était proche. Tous leurs espoirs s'étaient complètement amenuisés. Complètement perdus, ils ne savaient même plus comment agir. Alors que le crépuscule commençait à tomber, Kyuu et Roku s'apprêtaient à s'endormir, passant une énième nuit au milieu de la rue. C'était alors qu'ils virent au loin un jeune homme au costume blanc s'approcher d'eux d'un pas décidé.

    Recroquevillés, Kyuu et Roku l'observèrent s'approcher d'eux, les yeux à moitié fermés, à bout de forces.

    - Bonjour, les garçons, lança-t-il.

    Les jumeaux ne purent lui rétorquer qu'un timide "bonsoir" en guise de réponse.

    Puis, l'homme leur tendit deux énormes sandwiches. Les yeux des garçons s'écarquillèrent, et ils se jetèrent directement sur le délicieux met. La dignité n'avait plus sa place à ce moment-là, ils ne désiraient plus que se remplir l'estomac. Quelques minutes plus tard, ils avaient terminé.

    - Merci, Monsieur, c'était très bon, complimenta Roku, le ton empli de gratitude.

    Kyuu, plus timide, se contenta de sourire à l'inconnu. Mais l'expression de son visage traduisait sa joie.

    - Ça va faire combien de temps que vous êtes ici, dites-moi... interrogea l'homme en costume.

    Kyuu reprit donc la parole: « Ça va faire une semaine... Ça commence à devenir très dur maintenant... »

    - Je vois... répondit l'homme dans la vingtaine. Il prit quelques instants de réflexion puis se lança.

    - Ça vous dirait de venir quelques temps chez moi ? Vous êtes les bienvenus ! J'ai une grande maison et je m'ennuie un peu...

    Kyuu et Roku s'observèrent pendant un long moment, étonnés par cette proposition. Celle-ci leur tombait comme un cadeau du ciel. L'aîné se demandait déjà comment ils parviendraient à survivre deux jours de plus dans cette situation. Bien sûr, ils ne connaissaient rien de cet homme, mais avaient-ils un autre choix que de le suivre ? C'était dangereux, mais leur situation était tellement désespérée qu'ils n'en étaient plus à un risque près. En outre, ils n'auraient certainement pas deux occasions comme celle-là.

    C'est alors que les jumeaux se mirent d'accord, puis ils annoncèrent tous les deux à leur nouvelle connaissance : « C'est d'accord ! On vous suit. »

    - Merveilleux. Magnifique. Cette décision semblait ravir le jeune homme plus que de raison.

    Tous les trois quittèrent alors le ghetto. Les Genshine se tenaient toujours fermement la main, et suivaient doucement leur bienfaiteur. Leur soulagement était inscrit sur leur visage. Enfin, une bonne nouvelle pour eux.

    Sur la route, l'homme aux cheveux rouges remarqua qu'il avait oublié de décliner son identité:

    - Au fait, mon nom est Fukase ! Enchanté de vous connaître !

    ***

    Spoiler
    Sekai Chronicles #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ème partie)

    9 ans plus tard. 2 ans avant le chapitre 1

    Les jumeaux sortaient calmement de leur salle d’entraînement. Depuis que Fukase les avait recueillis, Kyuu et Roku avait pris de l’âge, et ressemblaient maintenant à de biens beaux jeunes hommes. Malgré leur apparence frêle, ils se révélaient d’une sensible force physique et surtout, d’une rapidité à toute épreuve. A quatorze ans, ils avaient également acquis une bonne expérience dans le domaine de combat au sabre. Pendant neuf années, leur père de substitution les avait entraînés. Cela avait commencé par de petites séances de kendo, puis le niveau augmenta petit à petit, si bien que les garçons parvinrent dès leur adolescence à manier de véritables armes létales. C’est leur maître, ce mystérieux homme aux cheveux rouges qui leur avait demandé de s’entraîner avec une telle artillerie. Depuis leurs cinq ans, leur tuteur les avait encouragés à subir ces séances d’entraînement quotidiennes, et les Genshine n’en voyaient pas réellement le but. Au début, il s’agissait d’un bon moyen de les occuper, ils pratiquaient cette activité comme un sport, comme n’importe qui pratiquerait un art martial. Mais l’objectif de l’insistance de Fukase demeurait flou. De précieux sabres leur avaient même été forgés par un artisan de renom. De ce point de vue, Fukase les chouchoutait. Les jumeaux n’avaient d’ailleurs jamais eu à se plaindre. Il les avait extraits de leur sinistre condition, et leur avait redonné espoir.

    Il arrivait à Kyuu de douter toutefois : il ne savait pas s’il pouvait complètement faire confiance à cet homme. Le jeune garçon s’était en effet déjà senti trahi par son père, et éprouvait des difficultés  à accorder sa  confiance aux autres facilement, d’autant plus si ces personnes se trouvaient être du sexe masculin. Or, là, il n’avait pas hésité longtemps lorsque Fukase apparut devant son frère et lui. Les jumeaux avaient accueilli cette aide à bras ouverts, sans trop réfléchir. Ils ne disposaient pas d’autre choix.  Mais, le jeune homme aux cheveux rouges avait dû user de beaucoup de temps pour s’accorder la confiance des jumeaux, ceux-ci restant pendant un long moment relativement craintifs. Il avait donc passé énormément de temps avec eux, que ce soit durant les entraînements ou en dehors, et de ce fait, une certaine affection s’était créée entre lui et les Genshine.

    En effet, si Fukase était d’une grande aide, il s’avérait être une oreille attentive pour Kyuu et Roku. Les jumeaux le voyaient désormais comme la seule personne qui ne les laisserait pas tomber dans ce monde, et comme leur seul identifiant du monde extérieur. Au final, ces neuf ans passés en sa compagnie étaient certainement la meilleure chose qui pouvait leur arriver. L’adulte s’était affairé à leurs soins, leur donnait l’affection dont ils manquaient et leur avait également proposé un objectif, Kyuu et Roku se sentant doués à quelque chose lors de leurs entraînements au combat au sabre. 

    Ce jour-là, l’entraînement s’était déroulé comme d’habitude, si ce n’est cet étrange sourire mêlé de concentration qui n’avait pas quitté le visage de Fukase de toute la séance. Une fois sortis, l’homme aux cheveux rouges demanda aux jumeaux de passer le voir un peu plus tard dans son bureau. Il restait énigmatique, leur communiquant toutefois avoir une bonne nouvelle à leur annoncer. Il s'éclipsa alors, laissant les deux jeunes en tête à tête.

    - Qu'est-ce qu'il nous veut ? C'est quoi cette bonne nouvelle ? Qu'est-ce que tu en penses, Roku ?

    - Je ne sais pas Kyuu... C'est peut-être un cadeau ? On ne sait jamais...

    - Tu rêves un peu... rigola Kyuu. « Pourquoi il nous offrirait un cadeau ? »

    - Peut-être parce qu'on a bien travaillé à l'entraînement !

    - On travaille toujours très bien, et on n'a jamais eu de cadeau, remarqua judicieusement l'aîné.

    - Qu'est-ce que tu veux que je te dise, sourit Roku. « Allons-y ! Nous verrons bien. »

    Les jumeaux se dirigèrent donc d'un pas hésitant vers le bureau de leur maître. A trente ans, celui-ci avait déjà amassé une belle petite fortune via l'entreprise qu'il avait créée dans le secteur bancaire. Fukase s'était donc hissé parmi les personnes les plus riches du pays. Le luxe de sa maison et de bureau surtout en était la parfaite illustration. Les Genshine ne se plaignirent pas: c'était également pour eux l'occasion de renouer avec leur niveau de vie d'antan. Ils craignaient plus que tout devoir revivre l'enfer de leur enfance, lorsque leur monde s'était écroulé, et qu'ils s'étaient retrouvés dans ce modeste orphelinat, puis dans le ghetto, ayant perdus tous leurs repères. Fukase avait agi comme un sauveur pour eux, et les jumeaux lui devaient en être redevables. C'est dans cet état d'esprit qu'ils entrèrent dans son bureau.

    La teinte de l'office était assez sombre. Les murs et la plupart du mobilier étaient de couleur noire, même si quelques teintes d'or parsemées çà et là apportaient un peu de lumière à l'ensemble. Fukase les accueillit derrière son bureau taillé dans l'ébène, et les invita à s'asseoir sur les deux fauteuils en cuir situés face à lui.

    - Kyuu, Roku... J'ai une faveur à vous demander, et j'espère que vous répondrez par l'affirmative...

    Les jumeaux restèrent prostrés devant la formulation de leur tuteur. Comme si ils étaient en état de lui refuser quelque chose.

    - Monsieur, vous savez que vous pouvez nous demander ce que vous voulez... Après tout ce que vous avez fait pour nous, annonça Kyuu.

    - Et pourtant, ce n'est pas si simple, mon petit... (Kyuu serra les dents. Malgré toute la gratitude qu'il éprouvait envers cet homme, il n'acceptait pas qu'il l'affuble de tels sobriquets). « Vous savez que l'entreprise se porte particulièrement bien ? »

    Les deux garçons acquiescèrent, ne sachant pas vraiment où Fukase voulait en venir.

    - Nous avons cependant un concurrent gênant. Nous cherchons à reprendre une banque, et celui-ci fait tout pour nous la ravir.

    Kyuu et Roku suivirent l'exposé attentivement. Cependant, le cadet se mit tout de même à interrompre son tuteur.

    - Mais, en quoi ça nous concerne ? Et que pouvons-nous faire ?

    - Justement, commença Fukase. « Vos entraînements au combat pourraient enfin s'avérer utiles. Je vais être direct. Je vous demande d'aller lui faire un peu peur, et de le convaincre d'abandonner la course. »

    - Vous nous demandez de lui faire du chantage ? interrogea Kyuu.

    - En gros, oui. Ne vous inquiétez pas ! Je suis certain que le fait de voir vos deux sabres le fera subitement changer d'avis.

    - N'est-ce pas un peu déloyal, Monsieur ? La conscience du cadet reprit le dessus.

    - Roku... Tu es l'être le plus pur que je connaisse, mais, sauf ton respect, ce n'est pas en étant loyal que je suis parvenu à ma position... Alors, vous acceptez, oui ou non ?

    Les jumeaux furent surpris par l'ultimatum subitement lancé par Fukase. Ils s'échangèrent un regard un instant, mais ne formulèrent pas de réponse.

    - N'oubliez pas que je vous ai sortis de votre misère. C'est un moyen de payer votre dette. Leur maître appuyait sur la corde sensible, les Genshine se retrouvaient en mauvaise posture.

    - C'est d'accord, lancèrent les deux garçons de concert. « On veut bien essayer ». Ils baissèrent cependant la tête, ayant le sentiment d'être pris au piège.

    - Magnifique, ponctua Fukase.

    Il leur donna ensuite les instructions quant à l'emplacement de cet individu. Les jumeaux sortirent alors du bureau de leur maître dans le calme, et patientèrent quelques instants dans le long couloir.

    - Ça ne me plait pas tout ça, Kyuu.

    - Moi non plus, Roku. Mais est-ce qu'on a le choix ? Il l'a dit lui-même. Nous lui sommes redevables. Après tout ce qu'il a fait pour nous, on ne peut plus rien lui refuser.

    - J'espère que ça ne tournera pas trop mal, et que ce Monsieur prendra vite peur.

    - C'est tout ce qu'on peut espérer...

    Dans le bureau, Fukase dégustait un petit verre de whisky, bien assis dans son fauteuil de style Louis XV, et observant la ville du haut de son building. Un proche collaborateur s'approcha ensuite de lui. Il portait les cheveux blonds, et était affublé d'un air particulièrement menaçant.

    - Vous pensez qu'ils se montreront à la hauteur, Monsieur ?

    - Ne t'inquiète pas, Yohio. Je ne leur ai pas tout dit. J'ai d'autres atouts dans ma manche... Quelque chose me dit que ces deux-là vont dépasser toutes mes espérances...

    ***

    Kyuu et Roku se trouvaient dans leur chambre. Le nez dans leur dressing, ils se préparaient pour leur mission. Leurs regards respectifs manifestaient toujours une certaine détresse. Par conséquent, ils se mirent à se rassurer mutuellement.

    - Il ne s'agit que de faire un peu peur à cet homme. Ce n'est pas si grave... commença Kyuu.

    - Oui, c'est vrai. Quoi que je n'approuve pas trop cette manière de faire, renchérit le cadet.

    - De toute façon, on n'a pas vraiment le choix. C'est ça ou on retourne à la rue...

    Roku baissa les yeux à l'énonciation de cette phrase. Fukase avait, au fil du temps, tissé un lien très fort sur eux, dont ils peineraient à décrocher. A chaque fois, leur tuteur n'aurait qu'à leur rappeler tout ce qu'il avait fait pour eux. Pourtant, les jumeaux commençaient à penser que tout cela était quelque peu prémédité. L'homme à la canne ne leur avait certainement pas fait prendre des cours de combat au sabre pour le plaisir. Celui-ci avait certainement une idée derrière la tête. Et il s'apprêtait à la mettre à exécution.

    Alors que les garçons descendirent l'escalier menant vers le grand hall où se trouvait la sortie, ils continuaient à murmurer que cela ne pouvait pas mal tourner. En tout cas, c'est ce qu'ils espéraient.

    Fukase les attendait sur le pas de la porte, prêt à leur donner ses dernières informations et instructions.

    - Comment allez-vous ? Vous en faites une tête !

    - Ça va, Monsieur... assurèrent les jumeaux.

    - Bon, tant mieux... Alors, d'après mes informations, votre cible se trouve dans un hôtel du quartier des affaires (Fukase déballa alors une carte de la ville pour leur désigner l'endroit exact). Il se trouve exactement dans la chambre numéro 42. Le but est que vous  pénétriez à l'intérieur de la chambre, et que vous lui fassiez un peu peur. Je veux qu'il retire son offre sur la reprise de la banque. Cachez vos armes sous vos vêtements amples.

    - D'accord, Monsieur, maugréèrent Kyuu et Roku.

    - Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance.

    Les Genshine saluèrent donc respectueusement Fukase, avant de prendre la route. Le doute était toujours présent dans leur esprit. Au final, il s'agissait de leur première mission.

    ***

    Kyuu et Roku avaient atteint cet hôtel du centre de la ville. Il s'agissait d'un énorme bâtiment en béton, d'un luxe certain. Les jumeaux étaient vêtus, contrairement à leur habitude, de vêtements sombres et amples. Cela leur permettait de passer relativement inaperçus, le crépuscule ayant déjà pointé le bout de son nez. De plus, ils pouvaient également se permettre de cacher leur katana sous leur large manteau. Kyuu se trouvait par ailleurs assez élégant. S'il n'était pas paralysé par la gravité de sa mission, il aurait pu se mettre à parader et à se prendre pour le héros d'un de ses films préférés. Roku, lui, était plus mesuré par rapport à sa tenue. Il portait le plus souvent des vêtements clairs, et la couleur de ceux-ci le dérangeait. Les garçons s'avancèrent alors vers le hall de l'hôtel.

    Celui-ci était très faste. Ils venaient à coup sûr de pénétrer dans un établissement de luxe. Le hall était assez bondé, de nouveaux touristes venaient d'arriver et faisaient la queue devant la réception. Les employés s'attelaient à s'occuper de leurs demandes, et Roku put même remarquer quelques serveurs qui se mettaient à servir des verres d'alcool aux clients fortunés qui attendaient qu'on leur attribue une chambre. Cette animation était bienvenue pour eux. Ils n'eurent donc aucun mal à raser les murs, et à se rendre au quatrième étage du bâtiment. Ils passèrent par les escaliers (selon Roku, c'était plus prudent, quoi que plus physique), et arrivèrent rapidement devant la chambre que Fukase leur avait désignée.

    La porte en bois était peinte d'une couleur rouge écarlate, et le numéro de la chambre inscrit en dorures. 42, c'était le numéro que leur avait indiqué leur mentor. Celui de la chambre dans laquelle se trouvait leur cible. Kyuu et Roku s'échangèrent encore un regard:

    - Ça va bien se passer..., murmura Roku.

    - Oui, confirma son frère comme pour se convaincre lui-même. L'atmosphère qui régnait dans ce couloir assez sombre se révélait assez tendue. « J'espère juste que ça ne tournera pas mal, et qu'il capitulera vite ».

    - Fukase nous a dit qu'on pouvait le blesser, s'il ne coopérait pas...

    - J'espère ne pas en arriver à une telle extrémité...

    Naïvement, Kyuu frappa à la porte. Il n'avait pas réfléchi à comment entrer dans cette chambre, et son naturel revint au galop.

    - Qu'est-ce que tu fais, Kyuu ?

    - Ben, tu as une autre idée, toi ?

    Soudain, une voix masculine se fit entendre. L'homme avait l'air assez essoufflé et agacé.

    - Qu'est-ce que c'est, beugla-t-il du fond de la pièce.

    Les jumeaux se regardèrent une fois de plus. Leur respiration se fit plus forte, puis Kyuu démontra ses talents d'improvisation.

    - Euh... Room-service, cria-t-il. « Vous avez besoin de quelque chose ? »

    Roku leva son pouce en l'air. Il appréciait la manière avec laquelle son aîné avait géré la situation. Pourtant, l'homme répondit, toujours embêté:

    - Je n'ai besoin de rien... Allez-vous-en !

    Les jumeaux baissèrent la tête. Comment avaient-ils pu croire que cela allait être aussi simple ?

    -  Qu'est-ce qu'on fait Kyuu ?

    - Attends... Je vais employer la manière forte !

    Ne réfléchissant pas plus loin, l'aîné se décida à enfoncer la porte. Le cadet fut surpris. Ils pénétrèrent tous deux dans la chambre, mais la vue qui s'offrait à eux les laissèrent prostrés et immobiles.

    Ils se retrouvèrent face à face avec cet homme d'une cinquantaine d'années, placé sur son lit. Une jeune fille qui devait avoir à peu près le même âge qu’eux lui tenait compagnie, et était en train de pleurer. L'homme se trouvait à cheval sur cette adolescente, qui, elle était à plat ventre. Kyuu et Roku hésitèrent un instant, outrés par ce qu'ils venaient de voir. Ce couple était en plein acte, en pleins ébats... Et cette fille ne semblait pas subir cela de son plein gré. Ses yeux bleus fixèrent les jumeaux d'un air triste et empli de détresse, et elle murmura.

    - Aidez-moi, s'il vous plaît.

    Si Roku, de son côté, restait paralysé et ne parvenait plus à bouger, soudainement, Kyuu entra dans une rage folle. La vue de cette fille dans le besoin provoqua chez lui une foultitude de sentiments. Il ressentait plus que tout l’horreur de cet acte. Pour lui, il ne fallait plus faire confiance à personne. Cette scène en était encore la preuve. Il observa pendant un léger instant l’expression sadique de l’homme se trouvant en face de lui, et son visage se parut d’une expression de dégoût. Pendant un instant aussi, il s’était mis à repenser à son père. Lui aussi était un sale type, même s’il ne s’était pas montré coupable d’un acte aussi odieux. Une pléthore d’images apparaissait alors dans l’esprit de Kyuu, montrant toutes les injustices auxquelles il avait dû faire face durant sa vie. La mort de sa mère, la trahison de son père, l’incendie de l’orphelinat, la rue… L’aîné pensa à la fille installée sur le lit. Elle avait certainement dû traverser des épreuves semblables à celles les jumeaux. D’un côté, il sentait proche de cette personne. L’esprit troublé, il voulait agir.

    En outre, toute la colère qu’il avait retenue durant toutes ces années ne demandait qu’à s’échapper. L’aîné se lança donc vers l’homme nu, et dégaina son katana avec une rapidité ahurissante. Roku ne put rien faire d’autre que d’assister impuissant à la scène. Cependant, il hurla :

    - Kyuu ! Non ! Arrête !

    Rien n’y fait. Son frère  n’entendait plus rien, il n’avait plus aucune conscience du monde autour de lui. Pendant ce court instant, il ne subsistait que cet homme et lui-même. Tout le reste était entouré d’un lourd voile noir.  Puis, il ressentit la chair de cet homme blessé par sa lame, qui le transperça de part en part. Le vieux observa Kyuu ; son regard était teinté de surprise, de cruauté et de terreur. La tension retombait subitement. Pendant ce temps, la jeune fille était partie, apeurée, se réfugier dans un coin de la pièce, et se dissimula le visage derrière le rideau de couleur bleue. Roku s’approcha ensuite de son frère, et lui posa délicatement la main sur l’épaule droite. Puis, il le regarda d’un air empli de compassion.

    - Qu’est-ce que j’ai fait, Roku ?

    Le cadet n’était pas d’humeur à gronder son frère, ni à lui faire la morale. Plus que tout, il désirait le comprendre. S’il avait émis l’idée que Kyuu lui avait caché quelque chose sur leur passé, il n’était jamais parvenu à mettre la main dessus. Il ne s’était même jamais  douté que cela puisse être aussi grave, ni que cet événement avait pesé à ce point sur l’état psychologique de Kyuu.

    - Viens, je crois qu’on a des choses à se dire… lui murmura doucement le cadet à l’oreille.

    Ils furent toutefois interrompus par l’arrivée impromptue d’un nouveau protagoniste. Les jumeaux ne prirent pas longtemps pour le reconnaître. La lueur de ses cheveux rouges reluisait grâce aux lumières des rues de la ville environnante.

    - Monsieur Fukase ? Vous ici ? lança Roku.

    Kyuu était toujours à genoux, à même le sol, et séchait ses larmes grâce à sa longue tenue noire. Fukase s’approcha doucement de lui.

    - Monsieur… Désolé… Je n’ai pas pu… hésita l’aîné.

    - Ne t’en fais pas, je vais arranger ça… Retournez au manoir, et prenez une bonne douche. Je reviendrai vers vous plus tard.

    Ensuite, les jumeaux s’avancèrent vers la porte de la chambre et prirent congé. Dans le couloir, ils croisèrent un mystérieux homme aux cheveux blonds, qui se dirigeait vers le même endroit. Roku, qui soutenait l’épaule de son aîné, toujours pétrifié par son récent acte, marqua une pause. L’homme entra dans la chambre, et les jumeaux purent entendre un bout de leur conversation.

    - Ah, Yohio, bienvenue, je pense que tu connais ton travail. Je ne veux plus aucune trace d’effraction ni d’un quelconque crime dans cette chambre.

    Les jumeaux s’éloignèrent lentement et quittèrent l’hôtel en prenant bien soin de ne pas se faire repérer.

    Dans la chambre, les deux hommes restants firent face à la jeune fille. Fukase s’avança vers elle :

    - Dis, je te propose un marché… Tu ne dévoiles rien de ce qui s’est passé ici, et je ferai en sorte que tu sortes de cette vie misérable.

    Yohio l’interrompit : « Ca ne serait pas plus facile si je… »

    - Pauvre sot, rétorqua Fukase. « Elle pourrait encore nous être utile. J’aime garder des atouts dans ma manche… »

    - Et concernant les jumeaux, l’interrogea son homme de main.

    - Ils se sont bien débrouillés, non ? Quelque chose me disait qu’ils avaient ça au fond d’eux…

    - Vous êtes machiavélique, patron… Vous aviez donc tout prévu ? continua Yohio.

    - Machiavélique, quel vilain mot ! Je dirai plutôt malin. J’ai appris à voir la véritable nature des gens. C’est plus joli, dit comme ça…

    Kyuu et Roku étaient entretemps rentrés au manoir. Cette fois-ci, les  garçons étaient entrés ensemble dans la salle de bain, Roku ne désirant pas laisser son frère seul dans un tel état mental. Après deux bonnes douches, les frères rejoignirent leur chambre, et s’installèrent chacun sur leur lit, face à face.

    - Je pense que tu as des choses à me dire, Kyuu…

    Ainsi, l’aîné lui dévoila toute l’histoire. Les trahisons répétées de leur père. Et son ressentiment à son égard. Roku baissa à plusieurs moments la tête, comme si la vérité sur les événements qui avaient bouleversés sa vie s’éclaircissait enfin.

    Kyuu était toujours troublé par son acte récent. Il ne savait pas comment Fukase allait réagir. Il ne leur avait pas demandé de tuer cet homme. Mais l’aîné des Genshine ne possédait plus le contrôle de lui-même à ce moment-là. Il s’était laissé envahir par ses sentiments confus.

    Roku prit donc la parole, comme pour rassurer son frère.

    - C’était quand même un sale type… Peut-être même que Monsieur Fukase nous a envoyés là-bas dans cet objectif. Il voulait que cet homme soit puni.

    - Tu penses ? interrogea Kyuu,

    - C’est possible… On pourra lui en parler de toute façon...

    Malgré les tentatives de Roku pour le réconforter, Kyuu ressentait toujours une gêne au fond de lui. Et celle-ci ne disparaîtrait pas facilement. Il était trop tard. Il devait maintenant assumer les conséquences de ses actes.

    Voyant son frère baissant la tête, le regard perdu, le cadet s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

    En tout cas, je ne t’abandonnerai jamais Kyuu…

    ***

    Ainsi, à la suite de cette mission, les jumeaux avaient acquis une place toute particulière dans l’entourage de Fukase. Il n’était pas rare de le voir accompagné de ces garçons aux cheveux verts. Conscient de leur force, le patron les avaient nommés gardes personnels. Ils  restèrent cependant relativement discrets, se contentant le plus souvent d’agir dans l’ombre. Ils continuèrent également à s’entraîner au maniement du sabre, et étaient toujours aussi bien traités par leur tuteur. Toutefois, il ne se passa pas un seul jour de leur existence sans que Kyuu et Roku ne se souviennent du jour de leur première mission.

    13
    Présentation / Re : Présentation
    « le: 13 février 2017, 20:18:56 »
    Bienvenue !  ;)

    14
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 05 février 2017, 14:37:04 »
    Coucou !
    Voici le chapitre 16 !

    Spoiler
    Chapitre 16 : Fade To Black

    Le patron aux cheveux rouges et à la canne se tenait sur la colline, assis sur son cheval, faisant preuve d’une fierté exacerbée. Il s'imaginait déjà en chef de guerre, tel Jules César, Hannibal le Carthaginois ou encore Gengis Khan. Bien sûr, il savait que son armée n'était pas aussi puissante que celles précédemment citées, mais il disposait d'une arme secrète, et de ce fait la victoire lui était quasiment acquise. Au loin, il observait déjà la panique dans les mouvements des gardes présents sur les remparts du village, qui s'attroupaient en quelques endroits. Ils avaient l'air désorganisés, ne s'attendant pas à une attaque aussi immédiate. Fukase ne pouvait pas perdre de temps, il apprécia encore quelques secondes sa toute-puissance du haut du promontoire qui surplombait le hameau d'Uchi, puis se décida à lancer le premier assaut.

    La première équipe, celle dirigée par Kyo et armée de fusils d'assaut, se dirigea en courant vers la porte d'entrée du village. La deuxième compagnie, menée par Yuu, profitait de ses snipers pour liquider les quelques archers disposés sur le rempart. Ils représentaient le plus grand danger pour l'instant. Wil et ses soldats étaient davantage spécialisés dans les missions d'infiltration, de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas se montrer très utiles lors d'une manœuvre comme celle-ci. Cela n'avait que peu d'importance pour le moment, ils se contentaient de rester en embuscade derrière Fukase, qui appréciait la scène d'un sourire sadique. Le chef était accompagné par Leora, qui eût à peu de choses près la même expression faciale, ainsi que Kyuu et Roku, qui restèrent silencieux. Les jumeaux éprouvaient déjà un mauvais pressentiment quant à la poursuite de cette opération. Ils se contentèrent pour le moment de rester inactifs, et de jouer leur rôle de gardes personnels de Fukase. De toute façon, les sabreurs étaient assez superflus lors d'une telle opération.

    Soudain, quelques soldats menés par Kyo parvinrent à créer une brèche dans la porte d'entrée au village, et pénétrèrent dans les premières rues. Des coups de feu éclatèrent de toutes parts, dans un vacarme assourdissant, mêlés de cris et de pleurs. De leur point d'observation, Fukase, Leora et les jumeaux pouvaient remarquer quelques civils qui avaient flairé le danger et tentaient d’échapper à la tuerie. Ils furent cependant rapidement rattrapés par les soldats ennemis qui les exécutèrent de sang-froid. A ce moment, Roku déglutit. Une sensation étrange lui avait envahi la bouche, et il fut pris de nausées.

    - Ça va, Roku ? demanda son aîné, paniqué.

    Le cadet ne répondit pas, et baissa la tête, afin de cacher cette vue atroce. De leur côté, Fukase et Leora souriaient toujours et se décidèrent à rejoindre le champ de bataille à l'intérieur d'Uchi. La première équipe avait déjà dû bien avancer. Kyuu rapprocha son cheval de celui de son frère, et lui tapota le dos.

    - Viens, nous devons y aller...

    - Oui... murmura Roku « Je vous suis... »

    Ainsi, ils descendirent la colline quatre-à-quatre, et arrivèrent devant la porte une poignée de secondes plus tard. Le spectacle qui s'offrit alors à leurs yeux fut pour le moins terrifiant: hommes, femmes et enfants gisaient sur le sol, inertes, plongés dans d'énormes mares de sang. La couleur écarlate avait remplacé la jolie teinture jaune de la terre argileuse. Plus loin, on pouvait encore entendre les cris des villageois paniqués. Le groupe progressa doucement dans les rues. Kyuu et Roku pouvaient alors observer la barbarie avec laquelle l'assaut avait été donné. De nombreux innocents avaient perdu la vie, simplement abattus parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, à en juger par les cadavres adossés simplement sur les pas des portes des maisons.

    Fukase et son groupe se dirigèrent alors vers le centre du village, où se trouvait l'ancienne demeure du chef Oji. Ses soldats étaient toujours occupés à se battre contre les quelques gardes restants, qui se voyaient bien démunis face à une telle puissance de feu. Quelques minutes plus tard, les quelques soldats du pays de Kuni n'eurent d'autre choix que de déposer les armes devant Kyo, puis Fukase, qui arborait un rictus malicieux du haut de son cheval blanc.

    Celui qui apparaissait comme le plus gradé des gardes se posta devant l'homme aux cheveux rouges, et se courba devant lui:

    - Nous nous rendons, pouvez-vous s'il vous plait épargner nos vies ? Nous vous servirons s'il le faut.

    Fukase restait silencieux, mais effaça le sourire de son visage. Il observa de haut le pauvre soldat qui transpirait abondamment et dont les jambes tremblaient à un rythme irrégulier.

    Puis il éclata de rire: « Ha ha ha, vous lâchez votre mission aussi rapidement que cela. L'armée de Kuni n'est plus ce qu'elle était ! Mais j'entends bien votre requête... »

    Le soldat semblait soulagé pendant un petit instant. Fukase se tourna alors vers Wil, qui était armé de son petit pistolet, et lui fit un signe de la main. Suivant ses instructions, Wil abattit directement le chef ainsi que ses subalternes.

    L'homme à la canne de clown admira ensuite l'imposante tour d’Uchi.

    - Voilà une base qui a de l'allure.

    Sa première bataille s'était soldée par une immense victoire. Le calme revint peu à peu dans les rues. Une atmosphère lourde pesait. Les habitants s'étaient réfugiés et enfermés dans leurs maisons respectives, se demandant ce qu'il allait advenir d'eux. Peu importait à Fukase toutefois, qui se contenta de rejoindre le plus haut étage de la tour, accompagné par Leora, Kyuu et Roku. Il remarqua directement le petit trône destiné au Sage du village et s'installa directement dessus. Sa mine était particulièrement fière. Leora exprima également sa joie à son nouveau chef, tandis que les jumeaux Genshine se tenaient à l'écart, au fond de la pièce, l'esprit troublé.

    ***

    Au Palais Royal, les préparatifs avaient été très brefs. Six personnes se tenaient dans le couloir, prêtes à partir au village d'Uchi comme prévu. Alys se réjouissait même à l'idée de revoir son frère Syla et sa mère Lysa. Elle ne pensait pas revenir dans sa maison natale aussi vite. Plus sérieux, Miku, Gumi et Yuma étaient déjà occupés à organiser le trajet. La guerrière aux cheveux verts pestait toutefois:

    - Et voilà, on est repartis pour la tournée des villages paumés !

    - Tu peux te calmer, Gumi, s'il te plaît. Ça ne sera pas long, nous devons juste chercher une personne.

    - Pourquoi on doit se pointer ensemble alors ? Alys et vous, c'était bien suffisant, non ?

    - Tu sais que j'aime bien vous avoir à mes côtés quand je pars.

    Soudain, un garde se précipita vers Miku, l'air inquiet, un petit parchemin à la main. Il ne prononça pas un seul mot et se contenta de lui donner le message. Le visage de la commandante se para alors d'un seul coup d'une expression mêlée d'inquiétude et de surprise. Les autres personnes présentes furent pendues à ses lèvres, attendant de savoir de quoi il retournait.

    - Le village d'Uchi a été attaqué. Apparemment, les assaillants possédaient des armes d'un genre nouveau.

    Tous sursautèrent. Miku, de son côté, jugea bon d'en informer la Reine rapidement, puis de modifier l'établissement de son plan. Cette attaque avait changé la donne. Alys, quant à elle, se mit directement à genoux, et laissa couler quelques larmes. Sa famille était là-bas, prise sous le joug de cet ennemi inconnu. Rin et Len s'approchèrent d'elle pour la réconforter du mieux possible, alors que Gumi et Yuma avaient accompagné la patronne vers la salle du trône.

    Luka était installée sur son trône. Elle avait le teint pâle et l'expression de son visage était vide. Plongée dans la lecture d'un livre, la souveraine fut surprise par l'arrivée inopinée de Miku.

    - Ma Reine, j'ai le regret de vous annoncer que le village d'Uchi a été attaqué.

    Luka marqua une pause, le temps d'endurer la nouvelle. Elle descendit ensuite de son trône posé sur une petite estrade, et vint se placer juste en face de son amie aux couettes, la mine baissée.

    - C'est Owari, c'est ça ?

    - C'est bien possible. Les gardes nous informent qu'ils ont été surpris par des armes inconnues...

    - Alors, il met bien son plan à exécution... maugréa-t-elle en retournant sur ses pas.

    - Je vais former un bataillon, afin d'aller analyser ce qu'il se passe là-bas. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

    Puis Miku se tourna vers Gumi et Yuma.

    - Vous deux, vous restez ici et vous veillez sur la Reine. En raison de la relation entre elle et notre ennemi, je préfère ne pas la laisser seule. J'emmène Alys, Rin et Len avec moi.

    - Rin aussi ? interrogea Gumi. « Mais elle est blessée ! »

    - Oui, mais elle peut nous informer sur les mouvements et la stratégie de notre ennemi. Je me chargerai personnellement de la protection des jumeaux.

    - D'accord, acceptèrent les deux lieutenants.

    Les préparatifs avaient déjà bien débuté, mais Miku prit le soin d’également mettre en place tout un bataillon. Jusqu’à présent, il s’agissait de terrorisme, mais désormais, leur ennemi avait lancé une guerre.  La diligence de Miku, accompagnée par les Kagamine et Alys, fit alors route rapidement vers le village attaqué, suivis par des hordes de soldats, tous installés sur des charrettes tirées par des chevaux, et prêts à l’assaut, malgré une légère appréhension. En effet, la dernière guerre qu’avait connu le pays remontait à plus d’une décennie, et nombreux étaient les combattants qui n’avaient jamais dû sortir leur arme en situation réelle. La commandante aussi s’inquiétait, même si elle restait forte devant les troupes. Il s’agissait également de son premier grand conflit. Et bien qu’elle eût déjà enduré quelques crises et résolu un bon nombre de mystères, la nature inconnue de l’armée de Fukase la perturbait, et elle comptait bien sur Rin et Len pour l’extirper de ses doutes.

    - Rin, Len, si vous avez la moindre idée d’une stratégie à adopter pour contrer ces armes, c’est le moment, lança directement Miku, des trémolos dans la voix.

    Les jumeaux s’observèrent. Même s’ils connaissaient les forces de l’ennemi, ils ignoraient pratiquement tout de la pratique militaire. Le fait même que Miku leur demande un conseil traduisait son inquiétude. La patronne était complètement perdue. Néanmoins, Rin, la jambe posée sur  la banquette située en face d'elle, juste à côté d'Alys, tenta de rassurer sa commandante:

    - Nous avons certainement l'avantage du nombre. Cela m'étonnerait que l'ennemi ait pu parvenir jusqu'ici avec un grand nombre de combattants. Nous pouvons aussi bénéficier de l'effet de surprise, puisque je pense que vous connaissez bien le terrain. L'inconnu reste leurs armes, je ne sais vraiment pas ce qu'ils ont pu apporter.

    Rin fut rejointe dans son analyse par Len, qui acquiesça. Miku écoutait attentivement, et tentait de mettre au point une stratégie.

    -  D'accord, je vais y réfléchir, conclut la dame aux couettes en déballant une carte de taille imposante représentant la région.

    Le voyage continuait tranquillement, alors que Miku tentait d’élaborer son plan d'attaque. Alys, de son côté, se préoccupait toujours du sort de sa famille. Syla et sa mère étaient certainement reclus dans leur maison, à l'abri. Mais qu'arriverait-t-il si l'ennemi venait à découvrir leur secret ? Rin gratifia la fille à la tresse d'un sourire rassurant, essayant de lui redonner de l'espoir. Pour le moment, c'était tout ce qu'elle pouvait faire.

    Le convoi de combattants arriva en vue d'Uchi à la tombée de la nuit. Miku ordonna alors de ne pas s'approcher trop près du village, et de monter un bivouac dans la forêt avoisinante, histoire de ne pas se faire repérer.

    La nuit tombée, la pleine lune brillait dans le ciel. L'astre reluisait sur les remparts en bois du village. On ne pouvait entendre que le souffle du vent. La plaine voisine du village se revêtît d'un calme reposant. Miku se tenait debout derrière un arbre situé sur la colline qui surplombait Uchi. Plongée dans ses pensées, elle s'imaginait déjà la bataille du lendemain. L'heure était venue. La guerre était déclarée pour de bon.

    ***

    Du haut de sa tour, Fukase contemplait son œuvre. Ses soldats s’étaient dispersés dans toutes les rues du village et patrouillaient. Le chef n’éprouvait aucun regret concernant le massacre de la veille, et souriait naïvement, alors qu’il rejoignait le trône appartenant au chef du village. Kyuu et Roku se tenaient à ses côtés, et se lancèrent des regards à intervalles réguliers. Leora se trouvait de l’autre côté de la pièce, et s’approcha doucement du patron à la tenue blanche. Elle avait visiblement quelque chose à lui demander. Les Genshine, et particulièrement Kyuu, l’observaient avec méfiance et attention.

    - Chef, j’ai une requête à vous demander, commença-t-elle directement.

    Fukase fut à la fois curieux et surpris :

    - Parle ! Que veux-tu Leora ? demanda-t-il d’un air supérieur.

    - Je sais qu’il y a des pratiquants du Koryu ici. Je voudrais essayer de les retrouver.

    Le chef prit un instant pour formuler sa réponse :

    - Si tu veux, cela m’importe peu. Mais reviens vite ici, je finirais par avoir besoin de toi.

    - Je peux emprunter quelques soldats avec moi ?

    L’expression de Kyuu, qui se tenait debout à la gauche de Fukase, se para d’un air interrogateur. Il n’allait tout de même pas accepter tous ses caprices ?

    -  Accordé ! lança le chef. « Je te donne trois soldats du groupe de Wil. Ils n’ont pas encore travaillé beaucoup. Cela leur dégourdira les jambes… »

    -  Merci, chef ! Leora quitta la salle du trône improvisée le sourire aux lèvres. Son plan s’était déroulé pour l’instant comme elle l’avait prévu.

    Les jumeaux aux cheveux verts s’échangèrent de nouveau quelques regards significatifs. Il était grand temps qu’ils aient une discussion.

    -  Pouvez-vous nous excuser quelques minutes ? demanda Roku. « Mon frère et moi avons faim. Nous aimerions bien faire un tour aux cuisines… Nous serons de retour dans quelques minutes. »

    Kyuu sourit furtivement. Son cadet était passé maître dans l’art de trouver des alibis.

    - Faites donc, mes chéris. Mais faites vite, je me languis de votre présence, leur rétorqua le trentenaire.

    Les Genshine s’éclipsèrent donc rapidement. Ils descendirent quelques étages et tentèrent de trouver une salle vide, à l’abri des regards. La tour étant assez imposante, ils découvrirent une ancienne chambre deux étages plus bas. Celle-ci disposait d’une petite table et de deux chaises. Roku se pressa de s’installer sur l’une d’entre elles et se mit soudainement à éclater en sanglots. Le cadet avait en effet retenu toutes ses larmes et sa pression pendant tout ce temps, mais il n’avait pas supporté le massacre auquel il avait assisté. Kyuu était plus impassible, mais n’en pensait pas moins. Tout cela avait assez duré.

    -  Roku, calme-toi. Il est encore temps d’agir ! commença-t-il, en espérant apporter du baume au cœur à  son frère.

    - Qu’est-ce qu’on peut faire, Kyuu ? On ne demandait pas ça !

    - Tu sais qu’on ne peut pas se permettre de laisser tomber Fukase. Il est la seule personne à nous avoir fait confiance, à ne pas nous traiter comme des parias.

    - Oui, mais est-ce que ça justifie tout ce massacre ?

    - …

    Kyuu se trouvait dans une impasse. Roku avait parfaitement raison. Il le savait. Mais il ne pouvait pas se réduire à abandonner son chef. Qu’allaient-ils devenir son frère et lui, seuls dans un monde qu’ils ne connaissent pas ?

    - J’irai parler à Fukase ! se décida Kyuu. « Il est temps »

    - Tu es certain ?

    - Oui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te protéger, Roku, et pour que tu n’aies pas à subir ces horreurs.

    Le plus jeune des frères sécha ses larmes, se releva et posa délicatement sa main droite sur l’épaule de son aîné.

     - Si c’est comme ça, j’irai avec toi. On doit se serrer les coudes, comme toujours. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

    - Oui…

    Les jumeaux restèrent ensuite plusieurs minutes dans la chambre sombre, pourtant dotée d’une tranquillité revigorante et inspirante, à ressasser certains souvenirs.

    ***

    Leora arpentait les nombreuses allées argileuses du village d'Uchi. Son visage affichait une expression sadique mêlée de concentration. Telle une chasseuse, elle ne lâcherait jamais sa proie. La mercenaire était parfaitement au courant que des pratiquants du Koryu se cachaient dans ce village, Alys en étant originaire, et elle comptait bien mettre la main dessus. Les nombreuses rues du hameau, autrefois très animées, remplies de marchands et de passants, se révélaient désormais d'une quiétude presque inquiétante. Tous les habitants s'étaient recroquevillés dans leurs maisons, impuissants face à une telle force. Leora, accompagné de son groupe de trois soldats, se décida donc de piocher au hasard dans les maisons, afin de trouver ce qu'elle cherchait.

    Pour chaque habitation, le processus était semblable. La guerrière aux cheveux rouges y pénétrait la première, suivie de près par ses trois sous-fifres, et inspectait la maison, avec une attention toute particulière sur les traits physiques des habitants qui pouvaient les rapprocher de près ou de loin à son ennemie jurée. L'inspection du village dura ainsi plusieurs heures, mais la détermination de Leora ne faiblissait pas. Les Koryuistes étaient dangereux, et il était de son devoir de s'en emparer. De temps en temps, des cris de peur s'échappaient de la demeure que le petit groupe était en train d'inspecter. De cette manière, le climat de terreur qui s'était déjà emparé de la bourgade tranquille du sud de l'île s'était encore intensifié. L'armée de Fukase avait définitivement pris le pouvoir.

    Le crépuscule tombait quand Leora s'approcha d'une maison située en bout de rue. Celle-ci était fabriquée en bois de bonne qualité et était décorée de bien belle manière. La mercenaire demanda ensuite à l'un des soldats d'enfoncer la porte et entra par la force. Elle accéda d’abord dans un petit couloir. La maison paraissait désespérément vide. Leora avança ensuite vers le salon, et se retrouva face à face avec un jeune homme aux cheveux bleu marine en train de siroter un bon thé noir de sa préparation. L'homme, à genoux devant sa table, ne bougeait pas d'un pouce et termina tranquillement sa tasse. Alors qu'il la but jusqu'à la lie, une dame plus âgée sortit subitement de la cuisine et resta immobile devant le groupe de soldats:

    - Qu'est-ce qui vous prend d'entrer chez les gens comme ça ? hurla la vieille dame.

    - Du calme, maman, je m'en occupe, lui rétorqua le jeune homme en se relevant doucement.

    Il se plaça juste en face du visage de Leora:

    - Je pense savoir pourquoi vous êtes ici. Je m'étonnais même de ne pas vous avoir encore vu. Je me nomme Syla, et je suis le fils de Monsieur Vo.

    La mercenaire à la tenue blanche afficha alors un large sourire:

    - Monsieur Syla, je vous mets en état d'arrestation ! Vous, ainsi que votre mère.

    La tension montait d'un cran. Syla parcourut tranquillement la pièce:

    - Ha, sérieusement, vous pensiez que ça allait être aussi simple ?

    Dès lors, deux énormes halos mauves s'échappèrent des mains de Syla qui se lança directement vers Leora. Celle-ci esquiva plutôt facilement l'attaque, tandis que les trois soldats s'emparèrent de Lysa, la mère. Soudainement, Leora se mit en position de combat et dévoila également ses atouts. Des reflets blancs s'échappèrent également de ses membres supérieurs. Syla en fut surpris.

    - Si je m'attendais à ça... Une autre pratiquante !

    -  Rendez-vous ! exhorta Leora.

    Syla se mit rapidement en garde et tenta une nouvelle salve d'attaques. Malheureusement, le niveau des deux guerriers s'avérait être assez déséquilibré, de telle manière que Leora mit rapidement fin au combat, après un enchaînement de son invention qui avait fait perdre l'équilibre à son ennemi. Elle n'avait plus qu'à le tenir en joug et à le mettre aux arrêts. De son côté, le jeune homme regretta son manque d'entraînement.

    - Qu'allez-vous faire de nous ? interrogea Lysa, la mère.

    - Vous emmener à la tour, pour commencer. Pour la suite, nous verrons bien...

    Leora sortit ensuite de la maison, particulièrement fière, tenant derrière elle ses deux prisonniers. Le bruit provoqué par le court combat avait fait sortir les voisins de leurs habitations. La mine fermée, ils observèrent l'un des derniers espoirs de lutte du village d'Uchi se diriger lentement vers l'ancienne tour du chef.

    ***

    Le soleil venait de se lever sur la plaine verte et le bois situés aux alentours d’Uchi. Tôt le matin, Miku avait convié tous les soldats à une assemblée générale, au milieu de la forêt, dans un endroit relativement discret. L’assaut ne pouvait plus tarder. La commandante avait passé la nuit à essayer de trouver une stratégie d’attaque, mais se heurtait sans arrêt à une donnée inconnue. Elle ne connaissait pratiquement rien de l’armement de l’ennemi. Les Kagamine avaient bien tenté de lui donner des conseils, mais ceux-ci s’avéraient bien légers, en raison du jeune âge des jumeaux et de leur inexpérience. Finalement, la patronne de la Garde était contrainte d’envoyer ses troupes au casse-pipe. Toutefois, il s’agissait là de la seule carte qu’elle avait à jouer. Elle ne pouvait pas laisser Fukase agir indéfiniment.

    Sa stratégie d’attaque se basait sur deux points : d’une part, l’objectif était de mettre la main sur Syla, le frère d’Alys, afin qu’il puisse rejoindre la Garde, et assister sa sœur dans sa mission. D’autre part, Miku désirait tout de même reprendre le contrôle du village. C’était là une question d’honneur, elle se devait de libérer la population. Elle scinda donc son bataillon en deux groupes. Le premier était dirigé par Alys, qui serait chargée de mener le plus vite possible le groupe de soldats vers sa maison, et d’escorter son frère et sa mère en dehors des remparts. Ceux-ci iraient par la suite rejoindre Rin, restée bien sagement au campement à cause de sa blessure. Le deuxième groupe serait mené par Miku elle-même, qui garderait également Len sous son aile, et se chargerait de reprendre le contrôle de la tour d’Uchi.

    La guerrière aux cheveux turquoises avaient également analysé la géographie du hameau. La porte d’entrée principale se situait au nord du village. Mais, il existait également d’autres accès à l’est et à l’ouest, plus discrets. Alys avait informé sa supérieure que sa maison se situait du côté occidental du village, c’est donc tout naturellement que son groupe prendrait cette direction, tandis que Miku attaquerait par l’est. La commandante espérait ainsi provoquer une désorganisation des forces de l’ennemi, et bénéficier d’un effet de surprise.

    Il n’y avait plus de temps à perdre. Il ne fallut qu’une petite dizaine de minutes pour que les troupes se mettent en place, de part et d’autre de la forêt et lancèrent un assaut simultané. Ainsi, les gardes de Fukase qui étaient principalement postés sur la face nord des remparts ne s’aperçurent pas de l’attaque. L’astuce de Miku semblait fonctionner. Ses soldats se pressèrent devant les entrées ouest et est, pratiquement pas gardés, et parvinrent à pénétrer dans l’enceinte d’Uchi.

    Malheureusement, l’espoir ne fut que de courte durée. Les forces militaires ennemies ne prirent pas longtemps pour se réorganiser, et firent rapidement face aux troupes de Miku sur le forum du village, juste à côté de la tour. Tout en haut, Fukase, qui avait fulminé dans un premier temps, s’était calmé et observait la scène. En première ligne se trouvaient ses fantassins armés de fusils d’assaut, suivis par la compagnie de Wil, et leurs pistolets.

    Len observa les armes ennemies, et fut soudainement pris de panique. Fukase possédait donc des armes de ce calibre-là ? Le jeune garçon s’approcha rapidement de Miku, et lui lança :

    - Vite, nous devons fuir ! Nous ne pouvons rien faire contre eux !

    La commandante se retourna vers le blondinet, et afficha une mine paniquée. Elle suivit le conseil de son subalterne et ordonna directement la retraite. Cependant, les hommes de Fukase se mirent à faire feu. Le vacarme était assourdissant. Les balles fusaient de toutes parts, les soldats tombaient les uns après leurs autres. Toute la compagnie de la Garde royale rebroussait chemin en zigzaguant, dans le but d’éviter les impacts des projectiles. Miku et Len parvinrent à sortir d’Uchi sains et saufs, et à se réfugier à leur point de départ dans la forêt, par miracle. Néanmoins, la commandante dût déplorer la perte de plus de la moitié de ses troupes, tombées au combat.

    A l’entrée ouest, Alys et sa troupe durent faire face au même problème  que Miku. Si son groupe avait pu parcourir quelques dizaines de mètres à l’intérieur du village, ils se retrouvèrent rapidement nez-à-nez avec des soldats armés, qui ouvrirent directement le feu. La jeune fille à la tresse ne traîna pas à ordonner la retraite, et à sortir d’Uchi. Alors qu’elle et sa troupe se dirigeait vers la forêt, Alys fut interrompue par une interjection provenant du sommet d’un des remparts.

    - Hé Alys ! J’ai une surprise pour toi !

    La jeune femme leva les yeux, et observa Leora, entourée de snipers. A ses pieds se tenaient deux personnes à genoux, la tête enveloppée dans un linge sombre, les mains et les jambes ligotées. La mercenaire retira ensuite rapidement le sac recouvrant la tête de ses prisonniers et laissa apparaître le visage de Syla et Lysa. Alys fut désemparée : la situation dans laquelle elle se trouvait était inextricable. Elle ne pouvait absolument rien faire pour les protéger, et se retrouvait face à sa propre impuissance.

    - Leora, relâche-les ! Ils sont innocents, et ils n’ont rien à voir avec toute cette histoire !

    La guerrière aux cheveux rouges prenait un air supérieur, et rétorqua en direction d’Alys :

    -  Si je me souviens bien, ton frère aussi est un pratiquant du Koryu. Ce qui fait de lui une menace…

    - Leora, s’il te plaît… cria Alys en pleurs.

    A cet instant, une lueur blanche en forme de sabre s’échappa de la main droite de Leora. N’ayant cure des lamentations de la fille à la tresse, elle approcha le halo de la carotide de Syla, puis d’un coup sec décapita le jeune homme.

    Alys s’écroula à genoux, et se mit à hurler.

    - Et ce n’est pas tout ! continua Leora.

    La fille à la tresse releva difficilement la tête, et observa le regard perdu de sa mère. Toutes les deux se regardaient droits dans les yeux, désarmées, alors que Leora ôta la vie de Lysa d’un coup net, insensible, comme elle l’avait fait pour Syla. Ensuite,  elle ramassa les têtes de ses deux victimes et les exhiba fièrement devant elle.

    Alys resta au sol et sanglotait. Un soldat de sa compagnie s’approcha d’elle, et lui rappela de prendre la fuite. Celui-ci la prit sous son épaule et l’aida à se relever.

    - Elle me paiera ça… ruminait la Koryuiste, plongée dans ses larmes.

    Le bataillon de la Garde fuit directement. Leora avait de son côté ordonné un cessez-le-feu.

    L’armée de Kuni venait d’accuser une cuisante défaite, et c’est en silence que les troupes de la Reine Luka partirent se réfugier à l’abri dans la forêt, avant de repartir vers la capitale.

    15
    Ecriture / Re : Jyôka se met à écrire !
    « le: 14 janvier 2017, 17:56:01 »
    On reprend le cours de l'histoire principale avec le chapitre 15  :hh:

    Spoiler
    Chapitre 15 : The Servant of Evil

    Fukase se tenait devant l'imposante arche en métal, fier et droit comme un "i", et savourait ce qui lui paraissait comme sa toute-puissance. Des éclairs vrombissaient tout le long de l'arc de cercle. Puis, le petit auditoire vit sortir de la lumière bleuâtre trois hommes, tenant chacun une arme à feu différente entre les mains. Le chef de l'organisation, souriant, présenta immédiatement ces hommes à Kyuu, Roku et Leora.

    - Voici Kyo, Yuu et Wil. Ils seront chargés de diriger mon armée.

    Kyo s'avança en premier, tenant son fusil de type M16. Il salua respectueusement ses trois collègues. Puis, ce fut le tour de Yuu, qui lui était équipé d'une sorte de sniper, et enfin Wil. Les jumeaux remarquèrent que ce dernier ne possédait qu'un petit pistolet et commençaient à s'interroger sur la signification de tout ceci. Quel plan Fukase avait-il en tête ? Pourquoi avaient-ils tous une arme différente ? Et surtout, qui étaient ses hommes ?

    Kyuu voulut directement poser la question, mais il fut interrompu. Quelques secondes après l'arrivée des nouveaux commandants, une cohorte d'une centaine d'hommes sortit de l'arche, et prenait position dans la forêt. Fukase se trouvait sur le côté et appréciait son œuvre. Il avait clairement le sentiment que la victoire lui était acquise.

    Leora et les jumeaux s'approchèrent lentement de leur chef, alors que chaque groupe de soldats partit se poster devant son commandant désigné. La mercenaire souriait : selon elle, elle avait misé sur le bon cheval, et cette découverte la convainquit encore davantage de son succès. Kyuu et Roku étaient plus mesurés, et une foule de questions se heurtèrent dans leurs têtes.

    - Qui sont-ils, ces trois hommes ? interrogea Kyuu en désignant Kyo, Yuu et Wil.

    - Je les ai recueillis dans la rue. Ils me paraissaient très bons. Je les ai éduqués au maniement des armes, un peu comme ton frère et toi, mon petit Kyuu.

    Une once de doute pouvait alors s'observer sur le visage de l'aîné. Il jeta un regard vers Roku qui paraissait tout aussi désorienté. En effet, avant leur voyage vers Sekai, Fukase avait promis aux Genshine une place de choix dans son organisation. Naïvement, les jumeaux y avaient cru. Dès à présent, ils avaient le sentiment d'être mis sur la touche. En outre, cela n'amusait pas Kyuu de voir que le patron s'était trouvé de nouveaux protégés. Au final, il s'était surtout servi d'eux, en dépit des services qu'il leur avait rendus. Il observa à nouveau son frère, puis ils décidèrent ensemble de discuter de cet aspect plus tard, le moment étant mal choisi.

    Fukase se plaça ensuite sur un petit promontoire, qui lui donna une bonne vue sur toute sa petite armée. L'homme aux cheveux rouges s’appuyait sur sa canne, et s'imagina en véritable chef de guerre. Kyo, Yuu et Wil se tenait devant leur compagnie respective et regardèrent le patron en silence.

    - Messieurs, nous sommes enfin arrivés à Sekai. Le moment est venu pour nous de prendre notre revanche !

    Cette seule phrase réussit à créer des clameurs à travers tout le groupe d'hommes. Ce bruit saisissant et menaçant vint perturber l'habituelle quiétude de la forêt.

    ***

    Dans le Palais royal de Kyôu, la tension était quelque peu retombée. La Reine avait demandé à se reposer et à passer outre ses émotions avant de poursuivre le Conseil des Quatre. Elle resta alors plusieurs jours cloîtrée dans sa chambre, encore sous le choc, et provoquait de ce fait des inquiétudes dans le chef de Miku et des chefs de village, qui logeaient dès lors au château. Seule la commandante de la garde bénéficiait du droit d’entrer dans la chambre royale. Pendant tout ce temps, Luka ne se décida pas à dévoiler les événements qui s’étaient déroulés durant sa détention, accentuant encore l’anxiété générale. Cependant, après insistance de Miku, elle se décida à cracher le morceau ; cinq jours étaient passés.

    Ce jour-là, la patronne de l’armée s’était délicatement installée aux côtés de Luka, assise au milieu de son immense lit à baldaquin. La pièce était fastueusement décorée : la couleur dominante était le rose clair, mais quelques touches d’or, de blanc et de bleu ciel donnait un certain charme à l’ensemble, et apportait en outre une atmosphère paisible.

    - Ma Reine, vous savez que vous pouvez tout me dire. Que s’est-il passé là-bas ? Qu’est-ce qui vous a mis dans cet état ?

    - C’est compliqué, Miku…

    La commandante était passablement excédée par le comportement de la souveraine. Dans ses souvenirs, elle cachait une force de caractère derrière son attitude douce. Mais ici, elle agissait comme si elle laissait tout tomber. En sus de l’agacement vint également s’ajouter une angoisse. La Reine avait dû faire face à quelque chose de particulièrement difficile émotionnellement pour se retrouver dans un tel état. Miku se décida alors à changer sa stratégie. Elle prit la Reine dans ses bras, un geste synonyme de sécurité.

    - Ma chère amie, vous êtes la Reine de ce pays. Et cela ne doit pas être facile tous les jours… Mais sachez que, peu importe ce qu’il arrivera dans l’avenir, je serai toujours à vos côtés.

    Luka laissa échapper quelques larmes et son visage devint écarlate :

    - Je sais…

    - Mais vous devez tenir, c’est votre rôle, votre destin, votre fardeau… Vous devez vous relever et continuer à vous battre…

    Que devait rétorquer la Reine à ces mots pleins de bon sens ? Au fond, elle savait que Miku avait raison, mais la soudaine réparation d’Owari lui faisait rejaillir des souvenirs qu’elle préférait par-dessus tout oublier. Désormais, tout refaisait surface, et elle devait affronter ce passé qu’elle avait fui durant des années. La véritable identité de Fukase devait éclater au grand jour pour le bien du pays de Kuni. Toutefois, elle voulait en parler tout d’abord à sa plus proche amie, qui se trouvait à ses côtés. Sans doute l’épreuve en serait plus aisée. La souveraine reprit alors son souffle plusieurs fois, alors que la patronne de la Garde resserrait son étreinte.

    - C’est le kidnappeur, le chef du complot… Je le connais, bafouilla-t-elle.

    Miku évita de sursauter, malgré la surprise qui accompagnait cette nouvelle.

    - En fait, c’est mon demi-frère, Owari …

    - Vous avez un frère ? interrogea directement la femme aux couettes.

    - C’est l’autre fils de ma mère. Il est mon aîné. Maman a eu cet enfant avant qu’elle n’épouse le Roi, mon père. Je pensais qu’il était mort, qu’il avait disparu…

    Luka marqua ensuite une pause, puis s’étonna elle-même. Instinctivement, elle avait servi à Miku son excuse officielle pour expliquer sa relation avec Owari. Afin de protéger son passé et son trône, elle se devait de garder le secret, même à sa confidente. En outre, l’épreuve qu’elle avait traversée petite ne devait pas resurgir. Elle s’était donc décidée à distiller uniquement les informations capitales pour l’avenir du pays et la lutte contre cette menace, mais rien de plus. Tous les autres antécédents devaient rester secrets, il en allait également de la stabilité de Kuni.

    - Que vous veut-il ? Pourquoi vous avoir enlevée si sauvagement si vous êtes de la même famille ? se demanda la commandante de la Garde.

    - Owari a un caractère un peu spécial. Déjà quand nous étions jeunes, je me souviens qu’il désirait ma place, et pourtant je n’avais que trois ans. Mais j’étais la fille légitime du Roi. Il a toujours vécu cela comme une injustice. Finalement, ne supportant plus cette situation, il s’est enfui du château… Tout cela s’est déroulé un peu avant que tu ne naisses, Miku.

    La guerrière aux cheveux turquoise avait en effet passé toute sa vie au Palais Royal. Fille du précédent commandant de la Garde, elle profitait de ses appartements au château, et avait par conséquent noué une amitié solide avec la princesse héritière, Luka, dont elle était de quatre ans la cadette.

    - J’ai toujours eu du mal à accepter son choix… Depuis, je ne l’ai plus jamais revu… Jusqu’à maintenant !

    - Et vous pensez qu’il revient pour vous chasser du trône, c’est ça ?

    - Il y a des chances, il a tout de même mis au point un plan pour affaiblir le pays, et il s’est plutôt bien débrouillé. Il ne reste plus que trois chefs de village sur les sept. Et qui sait ce qu’il a prévu pour son prochain coup…

    - Nous nous battrons, lui assura son amie. « Jusqu’au bout ! »

    - Il a également parlé d’une Porte, il devait rejoindre les jumeaux aux cheveux verts, et l’autre Koryuiste à cet endroit. Apparemment, elle est située dans une forêt… C’est ce que j’ai entendu…

    Miku exhorta tout de même la souveraine de faire part de ces informations au Conseil des Quatre, ainsi qu’à ses lieutenants Gumi et Yuma (ceux-ci possédaient toute la confiance de la Reine), mais aussi à Rin et Len, et indirectement à Alys. En effet, la commandante avait également une petite idée derrière la tête, et avait déduit qu’il était possible que Fukase, par un quelconque moyen, vienne du même monde que les Kagamine. Au début de ses opérations, il disposait d’une technologie qui n’était connue que des jumeaux. Même s’il n’était plus parvenu à en faire usage par la suite, cette donnée n’était pas à négliger. Quoi qu’il en soit, un petit entretien avec Rin et Len s’imposait.

    Le lendemain, Luka prononça un discours devant les membres du Conseil, accompagnés par leurs gardes attitrés. Miku avait également convié les deux blonds à l’exposé. Entre-temps, Rin était sortie de l'hôpital mais restait condamnée à marcher à l'aide de béquilles pour les trois prochaines semaines. De plus, tout entraînement ou autre exercice physique était proscris.

    La Reine tint également le même laïus que celui de la veille face à la commandante. Mais cette palabre était toujours cousue de fil blanc. Luka ne pouvait en aucun cas dévoiler la vérité sur son véritable passé. Pour l’instant, les Sages avaient dans leur main ce dont ils avaient besoin pour réfléchir à une stratégie afin de contrer les ambitions de Fukase. C’était tout ce qui comptait.

    Toutefois, un doute parcourut l’esprit de Luka pendant quelques minutes à la fin de la séance. Et si son secret finissait par être découvert pour de bon…

    ***

    Len était retourné dans sa chambre, accompagné de sa sœur Rin et d'Alys. Cela faisait déjà un petit moment que le jeune garçon et la fille à la tresse n'avaient pas pu profiter d'un moment de calme et de repos. Ces derniers temps, les événements s'étaient enchaînés très rapidement, de telle sorte qu'aucun d'entre eux n'avait pris le temps de se poser quelques instants et de faire le point sur leur situation. Peu importe ce qu'il arrivait, l'objectif premier des jumeaux était de retrouver un chemin vers leur monde. Le hasard avait fait que ce but était un peu passé au second plan, mais ils ne l’oubliaient pas.

    Rin avait éprouvé des difficultés à monter les escaliers pour accéder à l'étage de leur chambre. Elle fut vite aidée par ses deux compagnons, et s'installa directement dans le lit du bas une fois entrée dans la pièce. 

    - Bon, il faut qu'on parle ! admonesta directement Len.

    - Qu'est-ce que tu veux qu'on dise, lui rétorqua sa sœur.

    - Plein de choses ! D'abord, cette histoire de Porte... Si on met toutes les pièces en place, on peut déduire que Fukase vient de notre monde, et que cette porte est un bon moyen de rentrer chez nous !

    - Oui, c'est vrai... hésita Rin.

    Alys restait toujours silencieuse, se contentant d'observer la discussion entre les jumeaux. Quoi qu'il en soit, elle n'avait pas tellement son mot à dire. Elle connaissait leur objectif et se doutait qu'il ne leur était pas totalement sorti de l'esprit.

    - D'accord, ajouta Rin. « Mais est-ce que tu es prêt à les abandonner comme ça. Vu la tournure des événements, on peut encore leur être utile. Tu penses vraiment que tu peux les laisser tomber ? » lança-t-elle en désignant Alys de sa main droite.

    - C'est justement ça, Rin. C'est la question que je voulais te poser: si on trouve le moyen de rentrer chez nous, qu'est-ce qu'on fait ?

    La jeune femme d'Uchi était toujours taiseuse, et pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait de se mêler à la conversation. Elle brûlait d'envie de leur dire: "Restez ici, nous avons encore besoin de vous, j'ai encore besoin de vous !" Mais elle trouvait également cette attitude égoïste, et ne voulait pas leur imposer un choix.

    Puis, elle fut surprise quand les jumeaux se retournèrent contre elle, et attendirent son opinion. La jeune femme à la tresse bafouilla, étonnée, et tenta de leur donner une réponse qui traduisait le mieux possible ce qu'elle avait sur le cœur:

    - Je pense que c'est à vous de voir. Personne ne peut prendre cette décision à votre place. Maintenant, si vous me demandez mon avis, sachez que je me suis particulièrement attachée à vous, et que je redoute un peu le jour de votre départ, même si celui-ci est inévitable...

    - Oh, c'est gentil ! rétorqua affectueusement Rin.

    - Et concernant notre rôle ici... Qu'en penses-tu ? poursuivit Len.

    - C'est pareil. Personne ne peut décider de votre destin. Tout ce que je peux vous dire, c'est que, oui, on aura besoin de vous. Surtout si l'ennemi nous attaque avec sa technologie.

    Les jumeaux s'observèrent pendant de longues minutes, sous le regard quelque peu inquiet d'Alys. Puis, Len conclut, comme si il avait également saisi l'opinion de sa sœur.

    - Bon, ben, je pense qu'on va encore rester ici un moment !

    - C'est vrai ? se réjouit Alys. « Vous comptez rester, même si il y a moyen pour vous de rentrer ? »

    - Ce n'est pas dans notre caractère d'abandonner les gens auxquels on tient. Et puis, nous nous sommes embarqués dans cette histoire. Nous nous devons de rester jusqu'à la fin, compléta Rin, rapidement accompagnée par les acquiescements du blondinet. « Et, on est pas encore rentrés… »

    Alys retrouva rapidement le sourire, mais fut brutalement interrompue.

    - En voilà une bonne nouvelle, cria Miku de l'extérieur de la chambre.

    La commandante disposait de son escorte de lieutenants, Gumi et Yuma.

    - Bon dans ce cas, nous avons encore besoin de discuter, continua la commandante. « D'après ce que j'ai entendu, vous êtes du même avis que moi. Fukase provient de votre monde. J'irai droit au but: vous savez ce qu'il va nous préparer ? »

    Rin et Len s'échangèrent un regard. Puis, la jeune fille prit la parole, toujours assise, la jambe dans le plâtre:

    - S'il a trouvé du renfort, il est possible qu'il revienne ici avec encore plus d'armes à feu que la dernière fois. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à ça...

    - Des armes à feu ?, maugréa Miku. « Du même genre que celle qu'utilisait Yohio ? »

    - Oui, rétorqua Rin. « Et peut-être même des plus puissantes. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à subir une telle attaque... » regratta la jeune fille.

    Miku avait auparavant demandé un rapport aux Kagamine sur ces armes inconnues. Les jumeaux s'étaient attelés à résumer leurs connaissances, précieuses quoique maigres, pour tenter d'aider au mieux la Garde royale. Malgré cette perspective peu réjouissante, la dame aux couettes gardait son air déterminé, comme si elle avait déjà son plan en tête. Elle fit quelques pas le long de la chambre, la tête baissée, en pleine réflexion, puis s'arrêta soudainement et s'écria:

    - Alys, tu peux venir dans mon bureau ? J'ai besoin de te parler en privé... Gumi, Yuma, je pense que vous avez quelques mots pour ce cher Len, n'est-ce-pas ? Je vous laisse...

    La villageoise accompagna la commandante d'un pas hésitant vers son office situé à l'étage d'en-dessous. Elle jeta également un dernier regard plein de compassion vers les jumeaux, qui lui rendirent un sourire, redonnant à Alys une certaine dose de courage.

     

    ***

    La commandante ouvrit rapidement la porte de son bureau, et rejoignit vite sa place. Elle invita également Alys à s'asseoir en face d'elle. Durant le petit trajet qui séparait la chambre de l'office, Miku n'avait pas dit un mot, restant plongée dans ses pensées. Alys se doutait bien que la patronne avait un plan, et que celui-ci la concernait de près. Aussi voulait-elle parler de son combat contre Leora, et de sa fameuse technique d'annihilation des halos. Finalement, tous les derniers événements avaient besoin d'être débriefés, et c'était également le cas pour Len qui, dans sa chambre, devait faire face à l'ire de Gumi et Yuma par rapport à son comportement dans le repère des Genshine. Alys avait d'ailleurs déjà pu entendre les vociférations de Gumi à l'encontre du garçon, alors qu'elle était à peine sortie de la chambre.

    Miku joignit les mains devant son visage, et en vint directement au fait, comme à son habitude:

    - Alys, tu peux m'en dire plus sur la technique de ta famille ?

    - Celle que j'ai utilisée contre Leora ?

    - Oui...

    - Il s'agit d'une technique familiale: l'annihilation des halos. Elle permet d'annuler les effets magiques du Koryu de l'adversaire. Mais, elle est difficile à maîtriser et assez pénible à mettre en place. C'est pour cette raison que je me suis évanouie après le combat.

    Le regard de la commandante vagabondait dans la pièce, bien qu'elle restât attentive au discours de son interlocutrice. La femme à la tresse pensait que, d'une certaine façon, Miku cachait ses connaissances sur son art, à en observer ses réactions. De toute évidence, elle en savait plus qu'elle ne le faisait paraître. Ce qui était normal au final, pour le chef de la Garde royale. Alys continua cependant son explication.

    - Il n'y a pas longtemps que je parviens à maîtriser cette prise... Cela demande énormément de travail, mais aussi de la chance. Par exemple, mon frère, Syla, n'y est jamais parvenu...

    - Et ton père ? interrogea directement Miku, le sourire aux lèvres.

    - Bien sûr, lui la maîtrisait. Il nous avait même appris avant de mourir les mouvements de base au cas où...

    La dame aux cheveux turquoise prit une pause. Elle se leva de son siège et se mit à faire les cent pas dans son grand bureau, en tournoyant autour de la chaise d'Alys.

    - Je vais être franche. Pour tout te dire, je connaissais déjà un peu cette technique ancestrale.

    Alys voulut directement se lever de son assise, pour marquer sa surprise, mais elle ne se bougea point, de sorte de ne pas vexer Miku.

    - Comment ça ? maugréa-t-elle toutefois.

    - Je suis la commandante de la Garde royale. Tu crois bien que j'ai lu tous les rapports secrets de la Grande Guerre Magique, à laquelle ton père a participé !

    - Vous savez des choses sur mon père ?

    Miku se rassit à sa place, dans un grand éclat de rire.

    - Nous y voilà ! Je savais que tu avais aussi tes raisons d'être ici. Tu ne voulais pas que suivre les Kagamine.

    Alys baissa la tête. La patronne avait vu clair dans son jeu. Bien sûr, elle tenait aux jumeaux, même si elle les avait rencontrés il y a peu. Mais, elle disposait d'une opportunité de se rapprocher de l'armée de Kuni, et de découvrir la vérité sur ce qui ce qu'avait vécu son père quinze ans auparavant. Il avait participé à la Grande Guerre, et avait été réquisitionné en raison de ses compétences. Au cours de la dernière bataille, il perdit la vie, et l'ancien patron de l'armée en personne était venu annoncer cette funeste nouvelle sur le pas de la porte de la maison d'Alys. La jeune fille savait au fond d'elle que quelque chose clochait. En effet, le chef des armées ne pouvait pas se déplacer pour annoncer la mort d'un proche dans toutes les familles du pays. Et pourtant, il l'avait fait pour celle de Monsieur Vo. Cette attitude lui avait mis la puce à l'oreille. Elle se doutait que tout n'était pas blanc dans cette affaire, et voulait en avoir le cœur net. Dès qu'elle eût la possibilité de se rapprocher de la capitale et des hautes sphères du pouvoir, elle se jeta sur l'occasion.

    Miku avait laissé le temps de la réflexion à la jeune femme pendant quelques secondes, puis reprit la parole.

    - Tu as raison. Il y a quelque chose que tu ne sais pas sur ton père, et sur son rôle dans l'issue de la Guerre.

    A cet instant, Alys se releva subitement, et frappa des points sur la table. Elle en avait assez de ces mystères et de ces secrets.

    - Dites-moi ce qu'il s'est passé ! hurla-t-elle.

    Miku demeurait d'un calme olympien. Elle avait beaucoup d'expérience, et avait dû faire face de nombreuses fois à des personnes qui perdaient leur sang-froid. Elle resta assise et continua:

    - Tu sais que les Magiciens sont bloqués derrière une barrière magique, qui les empêche de s'échapper de l'île Maho.

    - Oui, tout le monde sait ça. C'est même cette barrière qui a permis de mettre fin à la guerre.

    - Et tu n'as pas une idée de comment on l'a construite ? demanda Miku.

    Alys s'était toujours rattachée à la version officielle. Les ingénieurs de l'île Kuni avait réussi à trouver un moyen pour annuler les effets de la Magie, et s'en était servi pour créer cette barrière. C'est exactement ce qu'elle raconta à la commandante.

    - Petite idiote ! Tu penses que nous avons les moyens de créer une telle technologie ? Surtout en temps de guerre ? vociféra la patronne.

    La pratiquante du Koryu était quelque peu outrée par les réactions de Miku.

    - Je vais te raconter la vérité. Je connaissais déjà, de nom, cette technique d'annihilation des halos. Puisque ton père a utilisé un dérivé de cette prise pour créer la barrière magique.

    - Quoi ? sursauta Alys. « C'est mon père qui a créé la barrière magique ? »

    - Oui, l'état-major de l'armée avait eu connaissance du don de ton père, et se demandait s'il était possible de l'améliorer. La base de cette technique est d'annihiler le potentiel magique du Koryu. De ce fait, il était logique de penser qu'elle pouvait aussi annuler les pouvoirs des Mages. On demanda donc à Monsieur Vo de perfectionner cette prise. Ce qu'il fit. Il était parvenu à détruire tous les effets commis par la Magie. Et donc, on a eu cette idée d'enfermer tous les Mages derrière cette barrière.

    Quelques larmes commençaient à couler sur le visage d'Alys. Elle était partagée par un sentiment de tristesse - ce récit lui rappelant la mort de son paternel - mais aussi de fierté, non seulement envers Monsieur Vo, mais aussi pour elle-même. Elle avait raison, l'armée avait bien caché la véritable raison de la mort de son père, elle commençait à le comprendre.

    - Monsieur Vo a donc construit cette barrière, en se servant du Koryu. Mais cette technique était tellement endurante pour son corps qu'il dût y laisser la vie...

    Un silence pesant régnait désormais à travers le bureau de Miku.

    - C'est pour cette raison que ton père est considéré ici comme un héros, ajouta la commandante. « Il est l'artisan de notre victoire il y a quinze ans. »

    Alys tenta tant bien que mal de se remettre de ses émotions.

    - Mais pourquoi ne nous avoir rien dit ? se demanda-t-elle.

    - L'armée voulait éviter que l'affaire s'ébruite, et que quelqu'un de mal attentionné ne découvre la véritable origine de la barrière. Souviens-toi, les Koryuistes de l'île Tokai se trouvaient du côté de la Guilde des Mages. Il n'était pas impossible qu'un d'entre eux ne tente de détruire la barrière. Nous préférions éviter cela.

    Miku laissa quelques instants Alys seule dans la pièce, face à elle-même. Elle avait conscience de l'épreuve mentale qu'elle venait de passer, et voulait surtout lui faire part de son plan pour le futur. Le fait de lui raconter la vérité sur la passé de sa famille ne visait qu'à la mettre en confiance. Deux ou trois minutes plus tard, la guerrière aux couettes réapparut dans la pièce, et se plaça à quelques centimètres à peine du visage de la villageoise.

    - J'ai quelque chose à te demander, Alys. Et cela concerne le Koryu.

    - Allez-y, rétorqua la jeune femme.

    - Penses-tu pouvoir également mettre au point une technique faisant office de bouclier contre les armes de notre ennemi. C'est l'objet de notre entretien ici...

    - Je ne sais pas. Il faudrait que je m'entraîne. Et je ne suis pas certaine de pouvoir faire cela seul. J'aurai peut-être besoin de l'aide de mon frère.

    - Mais, ça serait possible ? sourit Miku.

    - En théorie, oui. Mon père a fait quelque chose de semblable, visiblement...

    Miku fit alors une confidence à son interlocutrice. Ces armes d'un genre nouveau, inconnues, lui faisaient terriblement peur. Elle voulait analyser n'importe quelle solution à sa disposition afin de contrer ces instruments. Et Alys venait de lui donner cet espoir.

    - Bien... Un grand merci, ma chère. Nous partirons voir ton frère dès demain. Il faut que l'on mette en œuvre notre plan d'attaque, et tu en es la pierre angulaire !

    Alys éprouva un instant le sentiment de suivre les mêmes traces que son père. Sans doute était-ce le destin ? Elle se rappela les dernières paroles qu'elle avait entendues de la bouche de Monsieur Vo, et espérait au fond ne pas connaître le même sort funeste.

    - C'est décidé ! Demain, nous partons pour Uchi, lança Miku.

    ***

    Fukase se tenait droit, debout sur un petit rocher, devant son armée aux allures de guérilla dispersée juste devant lui. Il appela ensuite à ses côtés ses lieutenants, les jumeaux Genshine, Leora, ainsi que Kyo, Yuu et Wil. Le temps était venu de mettre en place leur plan d'attaque. Désormais, ils pouvaient se permettre de rivaliser avec la Garde royale.

    - Il faut frapper un grand coup, lança Fukase. « Les premières manœuvres consistaient à les affaiblir. Même si cela n'a pas eu tous les effets escomptés, nous avons tout de même réussi à liquider quatre chefs de village. »

    Roku prit la parole, histoire de donner son analyse de la situation.

    - Cette semaine, nous sommes passés avec mon frère dans quelques villages. Et on peut dire qu'ils sont un peu désorganisés.

    - Voilà ! Merci, mon cher Roku. Le moment est venu de prendre possession d'un village, pour y établir notre base, renchérit le chef à la tenue immaculée. « Quel est pour vous la meilleure option ? »

    Le groupe parcourut donc la carte du pays de Kuni que les Genshine avaient à leur disposition. Les villages d'Aza et de Hayashi étaient les plus proches de leur position, à l'ouest de l'île. De plus, ils demeuraient relativement difficiles d'accès en raison de la forêt dense qui les entouraient. Furisato, quant à lui, n'offrait que peu d'avantages. Il était situé trop à découvert. De plus, comme il s'agissait du dernier village à avoir été attaqué, un nombre assez important de militaires demeuraient à cet endroit. Cette hypothèse fut donc rapidement écartée, une fois de plus sur les conseils du cadet des Genshine, qui s'était érigé en stratège du groupe.

    Leora interrompit soudainement tout le monde, dans son style caractéristique, assez brut de décoffrage:

    - Vous ne voyez pas l'évidence. C'est le village d'Uchi que nous devons attaquer. Il est situé en bordure de forêt, et est en plus positionné non loin de la capitale. Pour la suite des opérations, c'est la meilleure stratégie à adopter !

    Kyuu Genshine avait vu clair dans le jeu de la mercenaire. Il savait qu'Alys, son ennemie, était originaire de ce hameau, et se doutait bien qu'une certaine dose de vengeance s'était glissée dans l'envie de sa collègue. Il s'approcha donc de la guerrière et lui murmura:

    - Je sais ce que tu cherches à faire ! Tu veux te venger d'elle, avoue-le !

    Fukase fut interloqué par la remarque de l'aîné et demanda immédiatement des explications:

    - Que cherches-tu, Leora ?

    - Rien, je me dis juste que le village est bien placé ! Et puis, si ça peut aussi permettre de faire réagir cette petite peste d’Alys, ce n’est pas plus mal...

    Le patron du groupe s'éclipsa quelques instants à l'écart. C'était à lui de prendre la décision.

    - D'accord, nous allons prendre le village d'Uchi !

    Kyuu pesta, et fit part de son dégoût à son jumeau. Une fois de plus, Leora avait fait valoir ses intérêts. Ce comportement l'agaçait de plus en plus. Et puis, il avait un mauvais présentement, il sentait que cette manœuvre pouvait mal se terminer. Il fit quelques pas de côté en compagnie de son frère, pour pouvoir discuter durant une poignée de secondes avec lui, alors que les autres établissaient déjà la stratégie de l'attaque.

    - Roku, nous devons faire attention. La tournure des événements ne me plaît pas. Cette Leora n'en fait encore qu'à sa tête, et elle a trop d'influence sur Fukase. Qu'en penses-tu ?

    - Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire. Je ne suis pas certain que c'était la meilleure stratégie à adopter, mais elle comporte des avantages, c’est sûr. Je n'ai pas vraiment confiance en Leora non plus mais nous ne pouvons pas abandonner Fukase, tu le sais bien...

    - Oui...

    Dépité, Kyuu retourna dans le groupe, en compagnie de son frère. Il ne prêtait que peu d'attention à la conversation, et ne détacha pas son regard de Roku. Intrinsèquement, il se jura une nouvelle fois de tout faire pour protéger son frère, peu importe ce qui allait se passer.

    La formation guerrière de Fukase avait monté un bivouac en plein milieu de la forêt pour y passer la nuit. Le chef avait également chargé les jumeaux de lui trouver des montures avant d’effectuer le trajet. Dès le lendemain, l'armée se mettait en marche vers le village d'Uchi, avec à sa tête, Fukase, accompagné des jumeaux et de Leora, chevauchants à travers les petits sentiers forestiers. Derrière suivaient à pied les trois chefs de rang, Kyo, Yuu et Wil, en compagnie de la troupe dont ils étaient responsables.

    Quelques heures plus tard, l'armée de Fukase se tenait sur l’une des collines qui surmontaient le village d'Uchi, et observait les remparts du village au loin.

    Les gardes du village virent apparaître la horde de soldats au loin :

    - Qu'est-ce que c'est que ça ? Une armée ! brama un garde. « Donne l'alerte immédiatement, et envoie un corbeau à la Garde royale » oblitéra-t-il à l'adresse d'un collègue. « Je pense que nous sommes attaqués ! »

    La première bataille de l'offensive de Fukase était sur le point de débuter.


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