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    Auteur Sujet: Jyôka se met à écrire !  (Lu 5877 fois)

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    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #45 le: 12 novembre 2017, 20:45:48 »
    Chapitre 25 publié !

    Pour info, j'ai migré le blog vers cette nouvelle adresse : https://jyokaryu.wordpress.com/. Tout est maintenant plus ergonomique pour une lecture plus agréable !

    Spoiler
    Chapitre 25 : World Domination How-To

    Le calme étonnant qui résonnait dans la cour de la caserne de la Garde royale accentuait l’atmosphère lourde qui régnait dans ce lieu. Une grande estrade en bois était placée au fond de la cour, près des bâtiments, et tous les soldats qui n’avaient pas succombé durant la bataille de Kyôu avaient été sommés de se rassembler. Quelques minutes plus tard, plusieurs soldats de l’armée de Fukase firent leur apparition, équipés de solides armes à feu. Ils furent accueillis par des gestes de dégoût, mêlés d’une certaine crainte de la part des gardes royaux. Derrière les soldats d’Owari arriva Leora, un énorme sourire aux lèvres, habillée de manière très chatoyante. Ses vêtements gardaient leurs dominantes blanches et rouges, mais ceux-ci étaient bien plus longs et plus luxueux. La guerrière s’installa sur l’estrade, entourée par les gardes de Fukase, et balaya du regard toute l’assemblée, en silence.
     
    - Gardes ! s’écria-t-elle. « Je me présente. Je suis Leora, et j’ai été récemment nommée nouvelle commandante de la Garde royale par notre nouveau leader, Fukase ».
     
    Cette entrée en matière, pourtant simple, fut accueillie par de nombreux cris de mécontentement. Leora ne fut cependant pas déstabilisée, et jeta un regard vers les soldats armés, qui se mirent soudainement à tirer en l’air, faisant ainsi étalage de leur puissance. Le calme revint immédiatement. La mercenaire avança de quelques pas et repris son discours.
     
    - Je préfère ça, ricana-t-elle. « Je voudrais vous faire part d’une chose. Le règne laxiste de la commandante Miku est désormais terminé. Vous, ainsi que le pays, allez entrer dans une nouvelle ère. Je vous signale que je considère mon autorité comme étant indiscutable. Celui qui n’est pas d’accord pourra toujours goûter à ceci... »
     
    Elle a lança un nouveau regard vers les soldats, qui se mirent à tirer une nouvelle salve de balles, cette fois-ci en direction de la première rangée du public.
     
    - D’ici peu de temps, notre leader Fukase s’adressera à la nation. Il mettra à la lumière du jour les différents agissements secrets de votre ancienne Reine Luka. Je vous conseille de bien l’écouter. Vous verrez, cela remettra tout ce que vous pensez en perspective.
     
    Les gardes royaux s’observèrent chacun, désabusés, mais cette fois en silence.
     
    - J’aimerai également vous signaler qu’en tant que commandante, j’ai évidemment accès à tous vos dossiers. Je suis donc susceptible de connaître tout de vous. Faites ce que vous voulez de cette information, lança Leora sur un ton de défi.
     
    Immédiatement, l’un des gardes royaux s’avança devant le public, et interpella la mercenaire. Très distinctement, il vociféra contre le discours, et appela les autres à le rejoindre. Les soldats de Fukase le mirent directement en joue, mais Leora leur fit un signe de la main, et tous relevèrent leurs armes.
     
    La guerrière descendit lentement de l’estrade et vint se poster face à face avec le jeune garde rebelle.
     
    - Vous n’êtes pas d’accord avec ma manière de procéder ? murmura-t-elle.
    - Non, je proteste vivement ! rétorqua le garde, sans se débiner.
     
    Soudainement, Leora se mit en position de combat. Le garde s’apprêtait à dégainer rapidement son katana, mais la guerrière fut bien plus prompte. Elle recula son bras droit en arrière, sa main droite se para d’une lueur rouge écarlate, et vint frapper le soldat directement en plein cœur. Celui-ci recula de plusieurs mètres, et atterrit au milieu de la foule. Trois autres gardes ramassèrent immédiatement le corps sans vie du jeune homme.
     
    - Si les armes à feu ne sont pas suffisantes pour vous convaincre, peut-être que ceci le pourra, répondit Leora.
     
    Puis, la nouvelle commandante se retira délicatement sans ajouter un seul mot, et rejoignit ses appartements. L’assemblée des gardes royaux resta prostrée en silence, dans la peur de ce nouveau règne de terreur.
     
    Leora avait renvoyé les soldats de l’armée de Fukase à leurs postes respectifs et avait pris la direction du bureau du commandant. Celui-ci était toujours soigneusement rangé, Miku ayant mis un point d’honneur à toujours le garder en ordre. Leora analysa attentivement les cartes de Kuni et de Sekai accrochées au mur. Puis son regard s’attarda sur l’ancien bureau de la dame aux couettes turquoise. Dans un accès de rage, la mercenaire envoya valser tous les éléments installés sur le meuble, et poussa un étrange rire, sadique et malfaisant.
     
    Une nouvelle ère venait réellement de débuter.
     
    ***
     
    - Amenez-moi le prisonnier !
     
    La voix de Fukase avait résonné dans toute la salle du trône. Rapidement, on pouvait entendre un branle-bas de combat provenant des soldats de son armée qui s’affairaient - dans une certaine désorganisation - à se rendre aux geôles du Palais pour aller chercher Yuma.
     
    Pendant ce temps, Fukase faisait les cent pas autour de la table de réunion. Il était désormais bien installé sur le trône et avait commencé à poser les premières pierres de sa stratégie de conquête de l’île Kuni. Il avait scellé une alliance avec Kaito lui permettant de garder le contrôle de la capitale assez facilement et Leora s’occupait de la gestion de la Garde royale. Il pouvait à présent s’atteler à combattre ses opposants. D’une part, il devait rechercher la Reine Luka (il ne pouvait pas se permettre de la laisser fomenter quelque plan afin de récupérer son trône), et d’autre part, Fukase s’inquiétait du sort des trois derniers chefs de village du Royaume : Kinzaki Koharu, Lily et Takahashi. Ceux-ci avaient clairement pris parti pour Luka lors de la bataille, et étaient parvenus à s’enfuir juste avant sa prise du palais. Ils essaieraient sans nul doute de lui nuire. Heureusement, Fukase avait un autre atout dans sa manche. Yuma pourrait lui révéler quelques informations importantes. Cependant, il s’agissait d’un lieutenant de la Garde ; il était certainement entraîné à subir les interrogatoires les plus poussés. Ainsi, l’homme aux cheveux rouges devrait se montrer assez persuasif et inventif dans sa méthode d’interrogation. Il avait donc fait amener un nouvel objet dans la salle, qu’il avait caché soigneusement derrière un drap blanc.
     
    Quelques minutes plus tard, Yuma fut amené dans la salle du trône par deux soldats. Son visage portait encore les stigmates des blessures de son combat précédent, et il paraissait assez amaigri. En effet, le combattant avait passé les derniers jours dans les geôles humides et sombres du Palais Royal sans manger, et était donc très faible. Néanmoins, Yuma savait que ce moment arriverait et il n’était pas disposé à donner à Fukase le moindre indice. Son séjour dans la prison n’avait fait qu’accentuer sa détermination.
     
    Les soldats l’installèrent sur une des chaises de la table de réunion et le ligotèrent. Fukase s’assit juste en face de lui, posa ses coudes sur la table, et l’observa pendant un long moment sans piper mot. Après quelque temps, il s’éclaircit la voix et lança :
     
    - Lieutenant Yuma, vos états de service sont parvenus à mes oreilles. Vous êtes un grand guerrier et un dur à cuire.
     
    L’homme aux cheveux roses toisa son ennemi. Où voulait-Il en venir ?
     
    - Cependant, je dois vous prévenir qu’il en est de même pour moi. Je suis prêt à tout pour arriver à mes fins. Et je sais pertinemment que vous êtes en possession d’informations cruciales. Comme par exemple : où se trouvent Luka et les chefs de village en ce moment ?
     
    Yuma se tut, et fit mine de balancer son regard ailleurs, comme s’il ne s’intéressait pas à la conversation.
     
    Fukase ne montra aucune réaction aux agissements du lieutenant, et fit signe à ses soldats d’apporter l’objet qu’il avait soigneusement préparé. Son visage se para alors d’un sourire malicieux.
     
    L’objet était toujours caché derrière son drap. Fukase se leva et tira le linge d’un coup sec, dévoilant ainsi une étrange structure en fer de la forme d’un sarcophage, équipé de plusieurs pointes sur sa face intérieure. Sa couleur dorée avait subi les dommages du temps. L’instrument était rouillé à plusieurs endroits.
     
    - Ah, je suis très heureux d’avoir pu mettre la main là-dessus ! Lieutenant Yuma, vous ne devez pas connaître. Cela s’appelle une vierge de fer. C’est inconnu ici mais assez utilisé dans d’autres contrées. Je peux vous faire une petite démonstration de son fonctionnement.
     
    Le signal donné, les soldats s’emparèrent de Yuma et l’attachèrent à l’intérieur de la structure. Yuma avait désormais compris comment ce moyen de torture fonctionnait.
     
    Fukase se mit bien droit et s’avança à hauteur du visage de Yuma.
     
    - Où se trouvent Luka et les autres ?
     
    Yuma ferma les yeux et hocha la tête en signe de refus. Fukase donna un signal puis Yuma sentit les pointes s’enfoncer à plusieurs endroits de son corps, provoquant une douleur lancinante. Il garda la bouche fermée, et émit quelques petits gémissements, mais rien de plus, il ne voulait pas accorder ce plaisir à son bourreau.
     
    - C’est pas mal, n’est-ce-pas ? se réjouit Fukase, qui en outre donnait l’impression d’apprécier les souffrances de Yuma. « Cela vous fera peut-être réfléchir... On recommence : où se trouve Luka ? »
     
    Le lieutenant prit une grande respiration. De nouveau, les pointes s’enfoncèrent dans plusieurs parties du corps, particulièrement douloureuses mais non vitales. Fukase répéta la manœuvre plusieurs fois, sans succès. Après plusieurs dizaines de minutes, le leader fit détacher Yuma de l’instrument de torture. Le samouraï tomba violemment sur le sol, et suffoqua.
     
    Puis, l’homme à la canne s’approcha de lui. Une lueur jaunâtre sortit de sa main gauche, qu’il posa sur la poitrine de Yuma. Ses blessures se résorbèrent d’elles-mêmes, bien que le lieutenant paraisse toujours exténué.
     
    - C’est quand même pratique, la magie. Ça me démangeait de ne plus l’utiliser ! dit-il.
     
    Puis, il murmura à l’oreille droite de Yuma.
     
    - Nous recommencerons cela tous les jours, jusqu’à ce que tu te décides de parler. Ne t’inquiète pas, cela arrivera. Personne ne peut tenir très longtemps.
     
    Ensuite, les soldats armés reconduisirent Yuma aux geôles du Palais, alors que Fukase se rassit sur le trône, l’air impassible.
     
    ***
     
    Le village de Kyuuri n’avait pas encore été touché par les derniers événements qui avaient frappé le pays de Kuni. Fukase n’avait pas pris le temps d’attaquer ce village. L’arrestation de Yohio, ainsi que le comportement des Genshine l’avaient forcé à revoir ces plans. Il s’en était alors remis au strict minimum, n’attaquant que les hameaux lui donnant un avantage stratégique dans sa conquête de la capitale.
     
    Par conséquent, trois chefs de village de l’Ancien régime étaient encore en fonction : Lily, Takahashi et Kinzaki Koharu. Cette dernière, cheffe de Kyuuri, s’était montrée particulièrement précieuse lors de l’attaque de Kyôu. Elle était à l’origine de la fuite de la Reine Luka et de ses compagnons, mais s’était également arrangée pour rapatrier Lily et Takahashi dans son village, en lieu sûr, après leur cuisante défaite. Elle bénéficiait d’une grande expérience qui pourrait se montrer cruciale durant ces sombres événements.
     
    Lily et Takahashi étaient toujours inconscients, allongés sur deux lits en bois de taille convenable, posés au centre d’une petite hutte au toit de paille. Il s’agissait d’une habitation typique du village de Kyuuri, qui était situé dans la forêt qui bordait la capitale. Ce hameau revêtait une architecture relativement simple, proche de celle du village d’Uchi. Les constructions étaient relativement sommaires, la hutte de la cheffe mise à part.
     
    Koharu avait d’ailleurs pris place dans son bureau et analysait la carte de Kuni, en attendant le réveil de ses deux homologues restants. Son visage était marqué par le poids de sa mission. En effet, l’avenir immédiat du pays se retrouvait entre leurs mains. Les trois leaders constituaient maintenant la plus grande force de lutte contre l’envahisseur, et ils se devaient de lutter. Néanmoins, Koharu savait pertinemment qu’il leur était impossible de remporter la guerre avec leurs armes habituelles ; il fallait donc réfléchir autrement.
     
    Quelques heures plus tard, les yeux de Lily commencèrent à s’ouvrir lentement. La jeune fille se sentait encore légèrement groggy. Un des gardes de la hutte partit directement alerter Kinzaki Koharu, qui arriva quatre à quatre au chevet de sa collègue, et l’aida à se redresser. Lily était encore désorientée, et posa plusieurs questions à la vieille dame. Celle-ci l’informa rapidement de la situation, alors que Takahashi était toujours endormi. Lily prit plusieurs instants pour se remettre du choc de la fuite de la Reine, bien que Koharu ait assuré qu’elle se trouvait en sécurité. Peu après, Lily se leva de son lit et voulut prendre la route du village d’Enkan, pour retrouver ses sujets.
     
    - Ce n’est pas le moment ! répliqua Koharu.
    - Pourquoi, nous devons nous trouver dans nos villages, pour les défendre, répondit la jeune cheffe.
     
    Koharu souligna alors l’évidence :
     
    - Nous ne pouvons pas nous opposer directement à eux. Ils sont bien trop puissants. Nous courrions droit à l’échec. Non… Nous devons être plus intelligents qu’eux.
     
    L’aînée dévoila alors la mission qu’elle avait – à peu près – confiée à la Reine. L’idée était de faire le plus possible appel aux puissances étrangères.
     
    - Et qu’est-ce qu’on fait ? On reste ici à attendre ? maugréa Lily.
    - Bien sûr que non ! Une fois que Takahashi sera réveillé, venez me rejoindre dans ma hutte. Tout est installé pour que nous ayons une petite réunion…
     
    Puis, la leader de Kyuuri quitta l’habitation, mystérieuse, en laissant Lily extatique. Celle-ci se retourna vers Takahashi et lui urgea de se réveiller. Elle se mit même à le secouer violemment avant d’être arrêtée gentiment par un garde qui lui suggéra de garder son calme. La jeune femme se rassit donc sur son lit, le regard dans le vide, essayant de deviner le plan de Koharu.
     
    Peu après, Lily entendit un son s’éclipser de la bouche de Takahashi. Le jeune homme commença à se tordre, puis se réveilla, encore sous le choc. Lily le releva – avec bien moins de délicatesse que Koharu – et l’emmena directement dans l’habitation de la vieille dame. L’inquiétude se lisait sur le visage de la cheffe d’Enkan, tandis que Takahashi n’avait encore les yeux qu’à moitié ouverts. Sur le parvis de la hutte, Koharu les fit rapidement entrer, et les invita à s’installer. Lily se montrait de plus en plus impatiente, mais Kinzaki Koharu jugea bon de résumer la situation à Takahashi. Quelques minutes plus tard, elle put faire étalage de son plan, sous l’œil attentif de ses deux invités.
     
    - Pour être claire, je pense que nous devons agir discrètement. Il nous fait améliorer la défense de nos villages respectifs. De plus, je suggère que nous soyons toujours en mouvement. L’ennemi cherchera certainement à nous mettre la main dessus. C’est difficile à dire, mais nous devons quitter nos villages momentanément…
     
    Lily se sentit outrée :
     
    - Donc, on adopte une attitude défensive ?! Ce n’est pas comme ça qu’on parviendra à reconquérir le pays !
    - Calme-toi Lily ! murmura Koharu. Takahashi restait taiseux, mais agrémenta chaque parole de l’aînée d’un geste d’acquiescement. « Je compte bien agir. D’ailleurs, je pense que tu vas adorer ma prochaine idée… », lança-t-elle sur un ton énigmatique.
    - Voyez-vous cela !
    - Il y a une personne qui pourrait nous aider. Vous ne le savez pas, mais le lieutenant Yuma a été arrêté par les troupes de Fukase. Il est urgent pour nous de le libérer et de l’aider. Non seulement, il détient des informations sur nous, mais il pourra certainement nous dévoiler certaines choses sur l’ennemi. Sans oublier qu’il est un guerrier émérite. »
    - Et comment on fait ça ? On ne sait même pas où il est, argumenta très judicieusement Takahashi.
    - Justement, Fukase le garde au Palais Royal. Il ne veut pas l’emmener pour l’instant à la prison, il veut l’interroger. C’est notre chance ! Il est plus facile d’accéder aux geôles du château qu’à la prison… Surtout quand on connaît bien les passages secrets, comme moi…
     
    En effet, elle était membre du Conseil des Sages depuis plus de quarante ans. Elle connaissait les moindres recoins du Palais. Elle avait même dû s’y réfugier durant la Grande Guerre Magique. Et la vieille dame était bien décidée de faire jouer son avantage contre Fukase, qui lui découvrait encore sa nouvelle habitation.
     
    - L’idée est d’y aller en petit groupe. Pas plus de 3 ou 4, ajouta-t-elle.
    - Je veux en être ! lança Lily.
    - Moi aussi ! compléta Takahashi.
     
    Koharu baissa ensuite la tête.
     
    - Je viens de vous dire qu’il fallait vous montrer discrets ! Ne vous jetez pas dans la gueule du loup !
     
    Mais les préoccupations de l’aînée ne changèrent en rien la détermination des deux plus jeunes Sages. Après plusieurs minutes de discussion, elle finit par accepter leur participation à l’opération. En quelque sorte, elle se revoyait quinze ans plus tôt, lorsqu’elle luttait contre la Guilde des Magiciens. A cette époque, personne n’aurait pu l’empêcher de combattre. D’un certain point de vue, elle aimait cette fougue de la jeunesse.
     
    Les trois leaders s’accordèrent donc rapidement sur la composition de l’équipe : Lily et Takahashi se verraient adjoindre l’aide de deux gardes de Kyuuri, dans lesquels Koharu avait placé tout sa confiance.
     
    - Et finalement, on agit quand ? s’interrogea Takahashi.
    - Il faut aller vite. Je prévois l’opération dans deux jours. Il faut sauver Yuma au plus vite, rétorqua Kinzaki Koharu.
     
    Le temps de la résistance avait commencé.
     
    ***
     

    Mizki se tenait toujours sur le pas de la porte de la chambre, devant les regards médusés de Gumi, Alys, Shirosaki, Rin et Len.
     
    - Je venais juste voir si vous étiez bien installés, commença-t-elle.
     
    Gumi la remercia avec hésitation. Il y eut un instant de silence lourd avant que Mizki ne tourna les talons et se prépara à quitter la pièce.
     
    - Attendez ! fit Gumi. « Euh... on pourrait s’entretenir quelques instants avec vous... Il y a quelque chose d’important que nous devons vous dire... »
     
    La conseillère se retourna, interloquée :
     
    - Cela concerne-t-il votre pays ?
    - Entre autres, oui...
     
    Intriguée par cette réponse énigmatique de Gumi, Mizki s’installa tranquillement dans la chambre. Elle prit place près de la table qui se situait au centre de la pièce, et observa les autres occupants, qui restaient debout.
     
    - Je vais être franche... J’ai l’impression que vous me cachez quelque chose... lança la conseillère.
     
    Gumi et Alys se regardèrent. Elles commençaient à se rendre compte que leur stratégie de jeux de dupes ne serait arrivée nulle part. Mizki se méfiait depuis le début. Peut-être que jouer directement cartes sur table permettrait d’établir une certaine confiance entre les nations de Kuni et de Seisui, même contre l’avis de la Reine Luka. De leur côté, Rin et Len restaient particulièrement attentifs. À tout moment, ils pourraient devenir l’objet de la conversation. En effet, si la question du pays d’origine de Fukase se posait, ils occuperaient un rôle de premier plan.
     
    Gumi prit alors la parole. Elle déballa à Mizki les récents événements auxquels avait dû faire face le pays de Kuni. L’arrivée de Fukase, la bataille d’Uchi (Alys fit, par ailleurs, encore couler quelques larmes quand le récit de Gumi s’étala sur ce point), et enfin la prise de pouvoir du demi-frère de Luka.
     
    - Et surtout, c’est à ce moment-là que nous avions fait une découverte... Il s’avère que la Reine Luka est une Magicienne.
     
    La surprise se refléta sur le visage de Mizki. En temps normal, elle aurait dit que ceci était impossible. Mais le sérieux avec lequel Gumi avait conté son histoire finit par la persuader. Et puis, qu’aurait à gagner la lieutenante à proférer des mensonges contre sa propre Reine ?
     
    - Mais... Luka est bien la fille du Roi de Kuni, Luki, non ? demanda la conseillère.
    - Oui, rétorqua Gumi. « Son sang de Magicienne provient de sa mère... Nous-mêmes n’étions pas au courant... »
    - Je vois... Elle est donc bien la descendante légitime... J’ai une autre question : savez-vous d’où vient ce Fukase ?
    - Nous y voilà, lança Len, qui fit ensuite un pas en arrière, prenant conscience de son intrusion peu subtile dans la conversation.
    - Selon nos informations, il proviendrait d’un monde parallèle... Il serait arrivé sur Kuni via un portail...
     
    Mizki marqua une pause. Un autre monde ? Cela était-il possible ? Si elle était prête à accepter les révélations précédentes, elle éprouva plus de difficultés à accepter cette dernière. Gumi lui présenta alors les jumeaux Kagamine. Rin parla alors de leurs origines, en essayant d’y ajouter le plus de détails possible, comme pour prouver qu’il ne pouvait s’agir d’un mensonge. Puis, Alys prit la parole :
     
    - Encore ? fit Mizki. « Ça n’arrête décidément jamais avec vous ! »
     
    La koryuiste fit alors part à Mizki de leurs découvertes dans la bibliothèque de Kyôu. Elle insista sur l’importance de la barrière de l’île Maho, et sur le fait que celle-ci n’allait plus tarder à tomber. Dorénavant, tout Sekai devait faire face à deux menaces potentielles. Plus le temps passait, plus Mizki semblait dépassée par le flot d’informations. Gumi se contenta alors de conclure :
     
    - Vous comprenez maintenant pourquoi nous avons besoin de votre aide... Mais nous nous devons de vous dire la vérité...
     
    Mizki se leva lentement de sa chaise, ajusta ses vêtements, et lança :
     
    - Laissez-moi un peu de temps... Mais je ferai part de tout ceci à la princesse IA, sans aucun doute... Je vous demande juste d’attendre le couronnement. En tout cas, merci pour ces informations. Je regrette juste de ne pas avoir appris tout ceci de la bouche même de la Reine Luka.
    - Vous pensez que la princesse voudra nous venir en aide ? demanda naïvement Len, qui recula encore quand il vit le regard assassin de Gumi, qui n’avait pas apprécié qu’il soit si direct.
     
    La conseillère baissa la tête :
     
    - Honnêtement, je ne sais pas. La princesse a perdu beaucoup de membres de sa famille durant la Grande Guerre, et nourrit une certaine rancœur envers les Mages. Mais nos deux pays sont amis. Après le couronnement, nous organiserons une réunion. Je pense que sa décision dépendra de la capacité de votre Reine à être persuasive...
     
    Mizki quitta ensuite la chambre tranquillement. Mentalement épuisée, Gumi s’écroula sur le lit en soupirant.
     
    - Voilà, on ne peut plus faire marche arrière.
     
    L’ambiance de la pièce demeurait lourde. La nuit commençait à tomber, et tous ne traînèrent pas à aller se coucher. Ils avaient bien besoin d’une bonne nuit de sommeil.
     
    ***
     
    Fukase avait pris place dans la diligence royale, et s’apprêtait à partir pour le centre de la capitale, accompagné de trois gardes fidèles. Cela lui donnait l’impression d’être quelqu’un d’important, qui se devait de voyager en escorte. Pourtant, Owari - il n’aimait pourtant pas ce nom - se sentait davantage en sécurité à Kyôu. D’après les derniers échos qu’il avait reçus de Kaito, celui-ci avait bien étendu son influence sur le quartier populaire, si bien que la plupart des potentiels rebelles avaient préféré quitter la ville. De son côté, la population s’était remise petit à petit de la dernière bataille. Cependant, la plupart des habitants avaient l’impression que tout pouvait dégénérer d’un moment à l’autre. La tension politique et militaire se montrait encore très présente. Les rondes de soldats et de gardes se multipliaient dans la ville, et les ouï-dire d’éventuelles coalitions contre le pouvoir en place avaient fait leur chemin. De plus, beaucoup s’interrogeaient également sur la fuite de la Reine Luka. Au final, il régnait sur le pays de Kuni le sentiment d’une nation au bord de l’explosion, malgré l’apparent calme de ses citoyens.
     
    L’homme à la canne continuait, de son côté, la suite de son plan. Il ne comptait bien sûr pas s’arrêter à la conquête de Kuni (la seule personne au courant de ses desseins était d’ailleurs Leora, qui se montrait chaque jour un peu plus comme sa plus fidèle alliée). Mais, il lui fallait fonctionner par étapes. S’il en était toujours à la première phase de son plan, plus rien ne l’empêchait de penser à l’avenir.
     
    La diligence royale arriva finalement près de l’imposante prison de Kyôu, qui n’avait que très peu été abîmée par la récente guerre. Ses murs insurmontables avaient tenu le choc et aucune évasion n’était à déplorer.
     
    Fukase se dirigea vers l’entrée, toujours accompagné par ses trois gardes, chacun armé d’un fusil M16. D’un pas fier, il se dirigea vers le bureau du directeur, Ginsaki Yamato, et l’alpaga directement :
     
    - Je viens libérer un prisonnier. Auriez-vous l’obligeance de me donner les clés de la prison ?
     
    Ginsaki ne releva même pas le nez, et restait plongé dans ses papiers, provoquant soudainement l’ire de son interlocuteur.
     
    - Hum, hum, fit-il d’un ton insistant.
    - Plaît-il ? Rétorqua ironiquement Ginsaki Yamato.
     
    Cette attitude avait le chic pour énerver Fukase. Yamato avait immédiatement compris le caractère du nouveau leader de Kuni, et ne se privait pas pour en jouer.
     
    - Je dois libérer un prisonnier. En tant que votre souverain, je désire que vous vous exécutiez, répliqua Fukase d’un ton solennel.
    - Mon souverain n’est autre que la Reine Luka, répondit Ginsaki tout de go. « Jusqu’à preuve du contraire, je garde le pouvoir sur ce qu’il se passe dans cette prison. Veuillez déguerpir d’ici. »
     
    Le visage de Fukase devint soudainement écarlate. Les trois gardes braquèrent chacun leur fusil sur le visage de Yamato, qui restait stoïque. Le leader s’efforça de garder son calme, alors que le cliquetis des armes des soldats résonnait dans la pièce.
     
    - Vous vous exposez à de très graves sanctions, dit l’homme aux cheveux rouges.
    - Essayez pour voir. Je préfère encore mourir que de trahir la Reine Luka.
    - Ça peut s’arranger...
     
    Fukase fit donc un signe à ses trois compagnons qui s’écartèrent. Puis il ouvrit son manteau, joignit les mains, et murmura :
     
    - Hi no chikara...
     
    Une nuée de flammes se dirigea depuis le sol vers le corps de Yamato, qui criait de douleur. Pourtant, il ne regrettait pas sa décision. Rien n’aurait été plus dégradant que de vivre en sachant qu’il avait trahi son véritable souverain. Quelques secondes plus tard, Fukase ramassa le trousseau de clés qui était posé à côté de ce qui n’était désormais plus qu’un immense tas de cendres.
     
    - Venez, on y a va... ordonna Fukase qui avait subitement retrouvé son calme.
     
    Les quatre personnes parcoururent alors les différents étages de l’établissement. La plupart des prisons étaient fabriquaient en métal. L’odeur du fer rouillé recouvrait toute la prison. Arrivés au troisième étage, Fukase et ses sbires se retrouvèrent soudainement face à l’objet de leur visite. Face à eux se dressait un homme frêle, aux cheveux blonds décoiffés. Fukase mit même un certain temps avant de le reconnaître.
     
    - Yohio... C’est moi... J’ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes désormais libre.
     
    Le jeune guerrier accueillit la nouvelle avec un large sourire. On pouvait voir ses dents jaunies au travers de ses mèches décoiffées. Fukase ouvrit la prison, et Yohio sortit rapidement, sous les huées de ses comparses de cellule, auxquels il ne prit même pas la peine de répondre.
     
    - Si vous le voulez bien, nous pouvons nous installer dans le bureau de l’ex-directeur. Fukase avait bien insisté sur le « ex ». « Nous serions plus à l’aise pour discuter. Je crois même que nous pourrions trouver quelque chose à manger. »
     
    Quelques minutes plus tard, Yohio se retrouvait devant une assiette de poisson pleine, qu’il avala goulûment. Dans le même temps, Fukase le mit au courant de la situation.
     
    - Yohio, je pense que vous avait deviné. J’ai pris le pouvoir dans ce pays...
    - Un singe aveugle l’aurait remarqué, rétorqua-t-il, provoquant de ce fait un rictus dans le chef de son mentor.
    - Cependant, je dois bien avouer que tout ne s’est pas passé comme prévu...
    - Laissez-moi deviner... Kyuu et Roku se sont enfuis ?
    - Votre perspicacité m’étonnera toujours... De plus, Luka et son état-major sont en exil...
    - Mmh...
     
    Yohio finit son assiette jusqu’à la dernière miette. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas pu profiter d’un tel repas.
     
    - Je ne peux malheureusement pas mobiliser toute mon armée pour les retrouver... J’ai d’autres choses à régler ici, informa Fukase.
    - Vous voulez que je retrouve Kyuu et Roku ?
    - Exactement. Ils sont en possession d’informations très importantes, et je ne voudrais pas qu’elles passent à l’ennemi. Il faut donc retrouver ces jumeaux coûte que coûte. Et je me chargerai personnellement de leur châtiment. Je reste leur tuteur, après tout... lança-t-il dans un rire sadique.
     
    Yohio voulait plus que tout se venger des Genshine. Il savait pertinemment que Fukase ne pouvait pas leur faire confiance. L’idée même de cette chasse à l’homme le motivait.
     
    - Avez-vous une idée de l’endroit où ils sont partis ?
    - Certains soldats les auraient aperçus au sud de la capitale. Mais, si vous voulez mon avis, ils ont dû se débrouiller pour quitter l’île. Je vous mets donc à disposition un navire de guerre rien que pour vous. Cela vous permettra de voyager dans Sekai.
    - Merci, chef...
    - Une autre chose... S’il vous arrivait de tomber sur la Reine Luka, sachez que je la veux vivante.
    - C’est entendu...
     
    Yohio se dirigea ensuite vers la salle de bain du directeur, et se fit un petit brin de toilette (il en avait bien besoin). Fukase, lui, retourna tranquillement au Palais, après avoir salué respectueusement son subordonné.
     
    Quelques instants plus tard, Yohio foulait à nouveau le sol extérieur de la capitale. Il prit un grand bol d’air et s’écria à l’adresse des Genshine :
     
    - Attendez-moi, mes petits amis. J’arrive...
     
    ***
     
    Kyuu et Roku restaient immobiles devant le Palais Royal de Kabegami. Bien que celui-ci soit moins impressionnant que d’autres bâtiments qu’ils avaient déjà pu observer, ils se posaient encore tout un tas de questions. Comment allaient réagir les membres proches de la Reine Luka lorsqu’ils se présenteraient à eux ? Par légère crainte, les jumeaux restèrent donc cachés au détour d’une proche ruelle sombre, et analysèrent les vas-et-viens de et vers le château.
     
    - Nous y voilà, Roku…
    - Oui, Kyuu…
     
    Ils se contentèrent de rester plantés à cet endroit, comme s’ils étaient à la recherche de leur destin. Celui-ci frappa vite à leur porte, si l’on peut dire, quand une jeune fille blonde à l’allure familière sortit rapidement du Palais, accompagné d’un autre adolescent.
     
    Au loin, les Genshine entendirent Rin s’écrier :
     
    - Ah, c’est chouette de pouvoir sortir un peu…
     
    L’apparent optimisme de son discours contrastait fortement avec sa mine sombre. Rin et Len étaient encore sous le choc de leur conversation avec Mizki, et s’interrogeaient sur l’avenir des événements, et plus particulièrement sur la réaction de Luka et de Miku. Les Kagamine avaient demandé de pouvoir se promener quelques temps dans la capitale, histoire de se changer les idées. Un peu à contrecœur, Gumi accepta, mais leur ordonna de s’emparer de leur katana. Même si les exilés étaient en sécurité sur l’archipel de Seisui, mieux valait rester prudents.
     
    Kyuu déglutit fortement. C’était le moment ou jamais, mais il se doutait de la réaction des jumeaux, surtout de Len. Il n’allait certainement pas se montrer amical. Roku lui fit alors une légère tape sur l’épaule, comme pour lui donner du courage. Puis, les Genshine s’avancèrent subrepticement au centre de la petite place qui marquait l’entrée du Palais.
     
    En voyant les jumeaux, Len s’écria :
     
    - Vous ?!
     
    Il dégaina rapidement son sabre et se lança directement vers Kyuu, qui, lui aussi, déballa son katana à une vitesse prodigieuse pour parer le coup de l’ennemi. Dans le même temps, Rin tenta, tant bien que mal, de mettre fin à la fureur de son frère. Contrairement à Len, elle avait pris le temps d’analyser les réactions des frères aux cheveux verts et en avait déduit qu’ils ne devaient pas être si mauvais. Malheureusement, ses supplications n’eurent aucun effet. Len et Kyuu se lancèrent dans un combat violent. Roku vint alors à la rencontre de Rin – prudemment – et tenta d’engager la conversation.
     
    - Nous avons fui, nous aussi… Nous voulons vous aider, murmura-t-il.
     
    Rin l’avait bien entendu, mais elle restait davantage concentrée sur le combat qui avait lieu juste devant son nez. Des passants s’étaient également arrêtés au même endroit, constituant une sorte de grand cercle autour des deux combattants.
     
    - Euh… Je pense qu’il faudrait les laisser régler leurs différends à leur façon… déclara Roku à Rin, surprise.
    - Mais, ils vont se blesser !
    - Ne t’inquiète pas. Kyuu n’a pas l’intention de blesser ton frère. Regarde mieux, il ne fait quasiment que parer ses coups. Il ne profite pas des ouvertures que ton frère lui laisse.
    - A quoi ça sert alors ?
    - Ils ont besoin de se défouler… Si ton frère a le même caractère que Kyuu, il ne doit pas être très bon pour communiquer… souffla le cadet des Genshine.
     
    Pendant ce temps, le combat continuait. Len s’échinait de toutes ses forces à atteindre le corps de Kyuu, sans succès, celui-ci bloquant toutes ses tentatives. Rapidement, le blondinet s’effondra de fatigue. Il avait tout donné mais ne pouvait rien faire contre un combattant aguerri. En même temps, il n’avait appris à se battre que depuis quelques mois, alors que les Genshine s’étaient entraînés depuis leur plus tendre enfance.
     
    - C’est bon ? Tu as fini ? lança Kyuu. « Quand tu auras le temps, tu pourras peut-être nous écouter ? »
     
    Len frappa son poing sur le sol sablonneux de la place, tentant d’expulser sa rage. Puis, il eût un regard pour sa sœur, qui lui sourit, et lui signifia silencieusement que les deux familles de jumeaux n’étaient désormais plus ennemies. Len prit quelques secondes pour se relever, et se dirigea vers Kyuu, l’air grave.
     
    - Qu’est-ce que vous voulez ?
    - Nous nous sommes enfuis aussi… On n’en pouvait plus… Et comment dire… Je pense qu’on pourrait peut-être vous aider...
     
    Surpris, Len se dirigea vers Rin. « Qu’est-ce qu’on fait ?», dit-il. Rin ne répondit pas et invita les Genshine à entrer dans le Palais. Kyuu et Roku les suivirent tranquillement, et sentirent leur taux d’adrénaline monter en flèche.
     
    ***

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #46 le: 17 décembre 2017, 13:22:54 »
    Et voici le chapitre 26 ! (Après un bon moment ^^)

    Spoiler

    Chapitre 26 Boukoku no Nemesis

    Kyuu et Roku observaient, immobiles, le hall d’entrée du Palais de Kabegami. Ils cherchaient plus à détourner leur concentration et à éviter de s’inquiéter, dans l’attente de la venue des exilés du pays de Kuni. Les jumeaux analysèrent donc les différentes statues de chats qui ornaient l’entrée, juste en dessous des nombreux portraits d’anciens Rois et Reines de Seisui. Pendant un instant, ils se regardèrent chacun fixement, et émirent un petit rictus inquiet.

    Quelques minutes plus tard, Rin et Len arrivèrent dans le hall d’entrée, suivis de près par Miku et Mizki, la conseillère de la Reine IA. La commandante avait une expression très sérieuse sur le visage. Toutefois, elle ne se réjouissait pas de la présence des Genshine, elle était juste désireuse d’en savoir plus. Bien sûr, ils pouvaient s’avérer une énorme source d’informations sur les agissements de Fukase, mais Miku n’était pas encore certaine de pouvoir faire confiance à Kyuu et Roku.

    Les jumeaux aux cheveux verts restaient silencieux, et s’inclinèrent respectueusement devant Miku et Mizki (Roku posa la main dans le dos de son frère comme pour le forcer à saluer). Contre toute attente, ce ne fut pas l’ancienne commandante de la Garde royale qui embraya la conversation :

    – Qui sont-ils ? Ils viennent de chez vous ? demanda Mizki, perplexe. Plus le temps passait, plus la conseillère découvrait que les événements de Kuni se montraient plus complexes qu’ils ne paraissaient. Et cela commençait à avoir des conséquences sur sa propre nation. Sans compter le fait qu’elle savait que Miku et Luka lui cachaient la plus grande partie des révélations.

    – Ce sont les associés de Fukase, l’homme qui a pris le pouvoir dans notre pays. Que venez-vous faire ici ? interrogea Miku, en se tournant vers Kyuu et Roku et en les gratifiant d’un regard particulièrement insistant.

    Les Genshine tremblaient. Ils ne pouvaient désormais plus reculer :

    – Nous avons quitté Fukase. Nous voulons nous rallier à vous. C’en est trop, c’est allé trop loin… compléta Roku, avec hésitation.

    Miku se retourna alors vers Mizki, et lui demanda, avec respect, de pouvoir s’entretenir avec les jumeaux dans une salle annexe. Mizki accepta, et désigna une pièce qui se trouvait à quelques mètres de là. Le jeune femme aux couettes conduisit alors les Genshine vers la salle, et ordonna à Rin et Len d’attendre avec eux. Miku quitta alors le hall et partit chercher les autres exilés. De son côté, Mizki s’entretint avec les deux gardes présentes à cet endroit, à l’abri des regards.

    – Écoutez, je veux que vous gardiez cette salle durant tout le temps de la réunion.

    Le premier garde acquiesça, mais Mizki s’empressa d’ajouter :

    – Et je veux que vous me fassiez un rapport sur ce que vous aurez entendu… Je veux tout savoir de leur entretien… Restez discrets !

    Ensuite, la conseillère regagna rapidement la salle du trône, et continua les préparatifs du couronnement. Elle ne devait pas oublier que l’un des événements les plus importants de son pays allait avoir lieu dans quelque temps.

    ***

    Les jumeaux Genshine étaient tranquillement assis à la table, et faisaient face aux Kagamine. L’ambiance était lourde, personne n’osait prononcer le moindre mot. Kyuu et Roku sentirent des borborygmes traverser lentement leur ventre. Quelques gouttes de sueur perlaient sur leurs fronts. Soudain, la porte de la salle s’ouvrit et laissa apparaître Miku. Rin et Len se levèrent, laissèrent la place à la commandante et partirent s’installer près de Kyuu et Roku.

    Luka suivait Miku de près. Alys et Shirosaki assistaient également à la réunion et observaient les jumeaux aux cheveux verts d’un air sévère. Gumi arriva en dernier. Immédiatement, elle dégaina son sabre et se lança vers le jumeau le plus proche, à savoir Kyuu. Les Genshine s’échappèrent alors rapidement de leurs chaises et partirent se réfugier dans le fond de la pièce. Gumi, folle de rage, se dirigea vers eux. Tout se passa tellement vite que Miku n’eut pas le temps d’intervenir. Rin se positionna alors devant les jumeaux, les bras tendus, et fit face à Gumi, l’air déterminé. Len se trouvait à quelques mètres d’elle. La lieutenante s’arrêta à quelques centimètres de son élève. Les sourcils froncés, elle lui ordonna de s’écarter.

    – Maître, gardez votre calme. Ils sont ici pour nous aider ! hurla Rin.

    – Ils sont responsables de ce qui est arrivé à Yuma !

    – Ils ont souffert autant que nous… Écoutons au moins ce qu’ils ont à dire ! ajouta la jeune fille.

    Rin fut alors rejointe par Miku qui ramena Gumi sur le siège installé à côté d’elle. Luka était assise à la gauche de Miku. Les Kagamine et les Genshine regagnèrent leurs places, tandis qu’Alys et Shirosaki n’avaient pas bougé.

    – Merci Rin, murmura tranquillement Roku, reconnaissant.

    De son côté, Len analysa très précisément l’attitude de l’aîné des Genshine. Il ne faisait pas encore complètement confiance à Kyuu. Ainsi, il comptait profiter de cette petite réunion pour tirer des conclusions sur le comportement des jumeaux aux cheveux verts.

    – Bon qu’est-ce que vous voulez exactement ? demanda directement Miku.

    Roku tentait de retrouver son calme. Kyuu, de son côté, restait parfaitement silencieux. Finalement, ce fut le cadet qui prononça les premiers mots, bien qu’il fût quelque peu hésitant.

    – Nous venons vous proposer notre aide… Nous avons passé un long moment avec Fukase, mais nous pensons qu’il fait fausse route… Nous sommes allés trop loin… Nous voulons nous racheter.

    Le regard de Roku voyageait entre Miku, Gumi et son frère au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche.

    – Vous êtes donc des traîtres ! vociféra Gumi.

    Kyuu réagit à cette réplique. Les jumeaux avaient longtemps réfléchi sur la question de savoir si leur fuite pouvait être considérée comme de la traîtrise. La question demeurerait sensible pour eux. Finalement, les deux jeunes garçons baissèrent la tête, honteux.

    – Nous avons toujours essayé de faire le moins de dommages possible. Lorsque nous étions en mission, nous voulions faire le moins de victimes possible… répéta inlassablement Roku.

    – C’est vrai que nous n’avions retrouvé aucun mort, hormis le chef de village, quand nous avons inspecté la tour d’Uchi, admit Miku.

    Les Genshine relevèrent donc la tête, voyant cette dernière réplique de la commandante comme un léger signe de confiance.

    – Mais, ça ne devenait plus possible… Fukase devenait fou, et c’en était trop… Nous avons alors décidé de le quitter…

    Roku ne termina pas sa phrase.

    – Et vous pensez que vous pouvez revenir vers nous comme ça ? Après tous vos crimes ? lança Gumi. Miku ne disait rien, elle devait avouer que sa lieutenante avait raison.

    Ce fut donc au tour de Kyuu de se mêler à la discussion :

    – Nous voulons juste faire tomber Fukase, maintenant. Quand tout cela sera fini, nous serons prêts à accepter notre sanction pour ce que nous avons fait.

    Kyuu et Roku ne pensaient pas pouvoir se dérober de leurs crimes passés. Mais ils voulaient plus que tout essayer de se faire pardonner. L’avenir allait certainement encore être jonché de surprises, les jumeaux avaient désormais décidé de se laisser guider par leur instinct.

    Un léger instant de silence prit possession de la pièce, avant que Miku n’embraye, pour terminer la discussion. Elle jeta un regard vers la Reine Luka, qui lui fit un petit signe de la tête. Les deux femmes pouvaient parfois se comprendre sans avoir le besoin de parler.

    – Bon, nous acceptons de votre aide. Si la princesse IA et Mizki acceptent de vous héberger, nous vous incorporons à notre groupe… En ce qui concerne la sanction pour vos crimes, nous verrons cela lorsque la crise sera terminée…

    Miku laissait planer le doute. Kyuu et Roku éprouvèrent quelques difficultés à réfréner un soudain sourire. Ils bénéficiaient d’un moment de répit, et allaient pouvoir tenter de réparer leurs erreurs.

    – Mais, méfiez-vous, vous ne pourrez plus faire marche arrière. Mesurez bien les conséquences de vos actes. Vous pouvez disposer. Je referai appel à vous quand j’aurai besoin de vous parler.

    Les jumeaux aux cheveux verts quittèrent donc la salle de réunion, accompagnés par les Kagamine. Rin, de son côté, était assez satisfaite de la décision de Miku et de Luka. Len, au final, avait été relativement convaincu par les explications de Roku, et avait envie de croire à l’histoire des jumeaux. Dans la salle restaient Gumi, Luka, Alys et Shirosaki. La lieutenante pestait. Elle essayait de ne pas faire transparaître sa colère, sans grand succès. Elle se contenta alors de quitter la pièce, quelques minutes après les jumeaux, et lança à Miku, sur un ton inamical :

    – J’espère que tu sais ce que tu fais… Son ton se montrait particulièrement familier.

    Alys et Shirosaki prirent ensuite le chemin de la sortie, mais la koryuiste fut arrêtée net par Miku :

    – Alys, j’aimerai que tu surveilles les jumeaux…

    – Comment ça ? demanda la jeune fille à la tresse. « Je pensais que vous leur faisiez confiance…

    – Je préfère rester prudente… Je ne peux pas envoyer Gumi sur cette mission, elle semble éprouver bien trop de rancœur. Tu es la personne qui pourra rester la plus impartiale dans cette histoire. Essaie aussi d’en savoir plus sur leur passé, ça peut toujours être utile.

    Alys n’appréciait pas plus que ça d’être utilisée comme espion – d’autant plus qu’elle ressentait une légère pitié pour les jumeaux – mais elle acquiesça, estimant ne pas avoir d’autre choix.

    – Bien, commandante…

    ***
    Le jour était enfin venu. Dans sa grande chambre du Palais de Kabegami, IA se préparait pour le moment qu’elle avait attendu toute sa vie. Son existence entière l’avait conduite à cet instant précis ; elle avait été élevée pour devenir Reine de Seisui. La jeune femme avait déjà enfilé sa robe blanche de cérémonie et s’observait dans le miroir, en silence. Elle ressentait une certaine pression. Plus la cérémonie de couronnement approchait, plus elle s’interrogeait sur sa capacité à tenir les rênes de ce pays.

    Mizki était passée la voir quelques instants plus tôt, pour s’assurer que tout était en ordre. IA aurait bien voulu discuter avec elle, mais sa conseillère devait vaquer à plusieurs occupations. En outre, IA ne savait pas si Mizki pouvait véritablement l’aider. En effet, les personnes qui pouvaient comprendre son désarroi et son inquiétude se comptaient sur les doigts d’une main. Alors qu’IA s’assit tranquillement sur son lit et soupira, un son lourd se fit entendre, provenant de la porte de sa chambre. IA se leva et partit ouvrir. C’est alors que Luka apparut sur le pas de la porte, telle une providence que le destin avait placé là. En ce moment, aucune autre personne n’aurait pu être plus utile à IA.

    Luka resta un moment à l’extérieur de la chambre, le regard timide:

    – Je me suis dit que vous auriez certainement envie de parler juste avant le couronnement… commença-t-elle calmement.

    – Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, s’écria IA, qui invita directement la souveraine à l’intérieur.

    Luka s’assit sur une chaise située dans un des coins de la pièce. Elle ne put prononcer un seul mot, IA avait déjà pris la parole.

    – Est-ce que vous pensez que je suis prête ?

    La Reine exilée ne fut même pas étonnée par cette question. Comme elle s’en doutait, IA éprouvait les mêmes doutes qu’elle.

    – Je vais vous dire… On ne l’est jamais vraiment…

    IA se mit alors à bombarder Luka de questions. Comment allait-elle apprendre à gérer le pays ? De quelle façon allait-elle devoir se comporter avec son peuple ? Comment gérer une crise ? Bien qu’elle ait été préparée, IA ne parvenait pas à évacuer ses doutes.

    Luka sourit affectueusement.

    – Vous savez… Tout ce que vous avez à faire, c’est d’être honnête avec vous-même. Si vous faites ce qui semble être juste, tout se passera bien.

    La dame aux cheveux roses fut étonnée par son propre discours. Luka se dit qu’elle n’avait pas respecté elle-même ses préceptes. Pendant un moment, elle resta immobile et silencieuse, plongée dans ses pensées.

    Finalement, elle salua amicalement Luka, l’étreignit gentiment et quitta la chambre. Luka rejoignit l’état-major de Kuni qui se préparait pour le couronnement.

    ***

    Toutes les rues de Kabegami étaient copieusement décorées. Une immense foule s’amassait derrière les barrières en bois qui s’étalaient tout le long de la rue principale de la ville. Le soleil brillait et les cerisiers en fleurs donnaient encore plus de prestance et de beauté à l’ensemble du tableau. Les pétales des fleurs de cerisiers flottaient sous le vent léger qui parcourait toute la ville, amenant une sensation de paix et de sérénité. Une légère écume, provoquée par les nombreux points d’eau que comptait la ville, se faisait sentir dans toute la cité. D’aucuns n’auraient pu rêver meilleure scène pour le couronnement.

    Le groupe de Kuni, accompagné des jumeaux Genshine, avait pris place près du Palais Royal. Au loin, ils pouvaient observer les différentes délégations étrangères qui avaient également fait le déplacement. Néanmoins, la plupart des pays n’avaient fait qu’envoyer leurs ambassadeurs. Au final, la seule tête couronnée présente était Luka – qui était en exil. Depuis la dernière Guerre, tous les pays s’étaient paradoxalement repliés sur eux-mêmes, se concentrant davantage sur leur reconstruction.

    Soudain, IA apparut en haut des escaliers de l’entrée du Palais, provoquant les clameurs de la foule. Un immense cortège l’accompagnait. Mizki se trouvait à ses côtés. Un contingent assez important de prêtres du temple se contentait de suivre IA en silence. Puis, à l’arrière, les trompettes et les tambours vrombissaient. L’atmosphère était assez festive. Le groupe se mit alors en marche et commença à tracer sa route au milieu des barrières en bois. Alors qu’elle passait au niveau de la Reine Luka, Mizki proposa au groupe de se retrouver à l’arrivée du cortège, sur la baie de Kabegami. C’est à cet endroit que prendrait place le couronnement.

    – Vous serez étonnés, je pense, clama Mizki.

    Depuis leur arrivée, aucun membre de l’armée de Kuni n’avait pu voir la conseillère joyeuse à ce point. Même si la situation n’était pas facile et que Mizki n’avait eu que quelques heures de sommeil à son actif ces derniers jours, la dame avait choisi de faire fi de toutes les complications actuelles, au moins durant la cérémonie.

    Le cortège continua lentement vers la baie de Kabegami. Il passa ainsi sur les nombreux ponts de la ville. A certains moments, IA s’arrêta pour saluer la foule. Au bout d’une petite heure, le convoi arriva à sa destination finale. D’un coup, la musique s’arrêta, les clameurs de la foule s’estompèrent. Le Grand Prêtre du temple s’installa sur le petit promontoire en bois qui surplombait la baie de Kabegami. L’eau s’étendait à perte de vue. La lumière du soleil reflétait dans l’eau azurée.

    – Princesse IA, veuillez-vous avancer ! ordonna le prêtre. Celui-ci était d’un certain âge, portait une longue barbe grisâtre, et dégageait une impression de profonde sagesse. Il paraissait également tenir son rôle à cœur. Ainsi, une certaine forme de sévérité se dégageait de son regard.

    Alors que le prêtre restait au sec, IA plongea complètement dans l’eau douce. Elle y resta plusieurs secondes, dans le silence le plus complet. Dans le même temps, Mizki avait rejoint la Reine Luka et son groupe, principalement pour leur fournir des explications.

    – On dit que cette sorte de baptême permet au futur souverain d’être protégé par ses ancêtres. Il s’agit d’un passage obligatoire dans la cérémonie.

    Luka suivait tout cela avec attention. Rin et Len n’avaient pas tout compris à ces explications, mais profitaient de la ferveur qui entourait la population, en gardant leur calme. Alys et Shirosaki assistèrent à la cérémonie dans le plus grand respect. Le bibliothécaire ne se priva pas non plus de poser quelques questions à Mizki. La culture des pays étrangers l’intéressait fortement, et assister à un tel couronnement représentait un honneur pour lui. Miku et Gumi restaient immobiles, le regard absent. Sans doute avaient-elles l’esprit encore occupé par la crise contre laquelle ils devaient tous faire face. Quant à Kyuu et Roku, ils adoptèrent un comportement radicalement différent l’un de l’autre. Si le cadet avait rejoint Shirosaki et interrogeait souvent la conseillère, montrant le plus grand intérêt, Kyuu passait le plus clair de son temps à observer les oiseaux qui volaient dans le ciel.

    IA sortit rapidement de l’eau, et fut rapidement rejointe par plusieurs servants qui s’affairaient à l’essuyer. Puis le prêtre prononça quelques mots et lui brandit son sceptre. Celui-ci était d’une longueur assez grande, atteignant quasiment les deux mètres, et était fabriqué en argent. A son extrémité, on pouvait observer une sculpture représentant les dieux de l’eau, les protecteurs de Seisui.

    – C’est bientôt l’heure de la prière, informa Mizki. « La Reine doit demander la protection des dieux pour elle et son peuple ».

    Discrètement, Kyuu, qui n’écoutait que d’une oreille, soupira. Il ne croyait pas à toutes ses coutumes, et mourait d’envie de le faire savoir.

    – Beaucoup de choses peuvent t’étonner ici… réagit Len.

    L’aîné des Genshine ne répondit pas, se contentant d’observer son interlocuteur avec un certain dédain.

    Pendant ce temps, IA se mit à balancer son sceptre dans tous les sens, puis pratiqua quelques pas millimétrés. Ensuite, elle s’arrêta net, s’agenouilla et récita :

    « Ô, dieux de l’eau,
    Puisse votre toute puissance nous protéger de tous les maux.
    Moi, IA, nouvelle Reine de Seisui,
    Promet de garder chaque citoyen à l’abri,
    De ne pas me laisser envahir par la haine,
    Et d’accomplir mes obligations sans peine.
    Mais, si Seisui venait à être menacé de destruction,
    Puissiez-vous, ô dieux, nous accorder votre protection. »

    Soudainement, à la fin du petit poème, une étrange brise de vent froide mais rassurante parcourut l’assemblée.

    – Qu’est-ce que c’était ? s’écria Rin.

    – C’est le signe des dieux. Ils viennent d’accepter la requête de la Reine, expliqua Mizki.

    – Mais tout cela est donc vrai ? lança Kyuu, étonné.

    – Bien sûr !

    – Je t’avais bien dit que de nombreuses choses pouvaient t’étonner ici… ajouta Len.

    Kyuu se rapprocha du garçon blond:

    – Sérieusement, tu crois à tout ça toi ?

    – J’ai vu assez de choses étranges ici… Pratiquement plus rien ne m’étonne… analysa le frère Kagamine.

    Luka, de son côté, était admirative. C’était la première fois qu’elle assistait à une telle cérémonie. Elle remarqua que le peuple de Seisui possédait lui aussi ses croyances. Elle fut particulièrement frappée par la brise qui avait parcouru tout le monde. D’où venait-elle ? La Reine aux cheveux roses en vint à faire le parallèle avec son propre pouvoir. Et si, d’une certaine façon, la Magie de Sekai se manifestait de façon différente chez chaque peuple ?

    ***

    Yuma était toujours couché dans sa cellule du Palais de Kyôu. Fukase n’avait pas cessé ses interrogatoires. Le magicien espérait encore faire cracher le morceau à son seul prisonnier. Toutefois, le lieutenant n’avait encore pipé mot, et restait fidèle à la Reine légitime. Pourtant, son corps commençait à laisser apparaître les stigmates des tortures qu’il avait subies. Son mental tenait, mais Yuma se demandait combien de temps cette mascarade allait encore durer. Il arriverait bien un moment où son corps ne supporterait plus de se faire maltraiter de la sorte. Il refusait d’y penser, et s’assoupit plusieurs minutes, couché sur le sol froid.

    Plus les jours passaient, plus Fukase se montrait impatient. Hors de la vue de Yuma, le trentenaire cherchait d’autres solutions qui lui permettraient d’obtenir des informations sur la fuite de sa demi-sœur.

    La nuit était tombée. Hors des remparts de la capitale, un petit commando de soldats renégats composé de Lily, Takahashi et de deux autres soldats du village de Kyuuri observait l’entrée de la ville. Celle-ci était particulièrement bien gardée. Mais, les membres de la petite escouade avaient d’autres plans en tête. En effet, Kinzaki Koharu pouvait se targuer de connaître les moindres coins et recoins de toute la capitale, et principalement les accès au Palais Royal. Elle leur avait donc donné des instructions très claires quelques heures plus tôt, alors que tout le monde se trouvait encore dans sa hutte. Koharu avait déployé, sur l’immense table centrale, un plan représentant Kyôu et ses environs.

    – En fait, peu de personnes le savent, mais il existe de nombreux passages secrets permettant d’entrer ou de sortir du Palais. Ceux-ci datent de l’époque de la Grande Guerre Magique. Le Roi craignait de devoir faire évacuer la population, et avait donc fait construire une série de tunnels, en secret. Votre chance est que l’usurpateur Fukase ne connaît aucun de ses accès…

    Koharu pointa alors du doigt un endroit de la carte représentant un petit bosquet situé à quelques encablures des remparts nord.

    – Dans ce bosquet, il y a un tunnel qui mène jusqu’à l’entrée des geôles. Yuma y est certainement enfermé.

    – C’est super facile, s’enthousiasma Takahashi.

    – Pour y entrer certainement, reprit Koharu. « Mais le plus dur sera de ne pas vous faire repérer, et de transporter Yuma jusqu’ici. Qui sait ce que le pauvre homme a déjà subi ?

    Ainsi, Koharu, en grande stratège, discuta de chaque point de l’opération avec les deux soldats et les chefs de village.

    Lily avait encore tous les éléments en tête, alors qu’elle observait toujours la ville. Elle fut soudainement rappelée de ses souvenirs par l’un des deux soldats, qui lui indiqua l’entrée du tunnel, dissimulé sous plusieurs tas de fougères et une immense dalle en pierre.

    – On y va, murmura-t-elle. « Encore un peu de patience, lieutenant Yuma, nous arrivons. »

    ***

    De son côté, Yohio admirait la splendide armada maritime que Fukase lui avait mis à sa disposition. Trois navires de guerre se situaient, en effet, sur les quais du port d’Uchi, dans le sud de l’île. Fukase avait rapidement fait l’inventaire et pris possession des ressources militaires du pays qu’il venait de conquérir. Kuni étant l’un des pays les plus avancés militairement de tout Sekai. Si l’on ajoutait la puissance de son armée personnelle, Fukase se voyait tout simplement invincible. Ainsi, il pouvait se permettre de donner trois bateaux à Yohio pour sa mission : retrouver au plus vite les frères Genshine.

    Plusieurs passants s’étaient arrêtés le long des docks et observaient les soldats de Fukase préparer les embarcations pour leur expédition. L’atmosphère était lourde. En dehors du bruit causé par le travail des apprentis-matelots, le silence était complet. L’armée de Fukase avait complètement pris le contrôle du village d’Uchi, si bien que les habitants continuaient de vivre dans la peur, eux qui venaient également de perdre leur chef de village.

    Peu de temps après, un des soldats vint à la rencontre de Yohio, qui se tenait fier, sur le quai en bois qui surplombait la berge, et l’informa que les bateaux étaient prêts à prendre la route.

    – Nous attendons vos ordres, lança-t-il.

    Yohio avait déjà réfléchi et annonça directement ses ordres.

    – Prenez la route du sud, vers l’archipel Seisui. Quelque chose me dit qu’ils sont partis dans cette direction. S’ils sont partis vers le sud, c’est la destination la plus proche.

    Il déploya alors une carte du monde de Sekai, et se rapprocha de son subordonné :

    – Prévoyez assez de vivres pour rester longtemps en mer. Voici le plan : nous allons lancer un espion dans la capitale, Kabegami. Pendant ce temps, nous resterons en mer. Nous ne pouvons pas prendre le risque de débarquer maintenant en pays étranger. Si les Genshine se trouvent en effet sur l’île – et c’est ce que je pense – il faudra essayer de les attirer pour les attaquer en mer…

    – Comment savez-vous qu’ils se trouvent à Seisui ? L’homme craignait déjà de recevoir un retour de bâton, puisqu’il avait osé remettre en doute la stratégie du capitaine Yohio.

    – Ils sont partis bien trop rapidement de Kuni. Si Fukase a raison, et s’ils ont pris la direction du sud, je pense qu’ils se sont réfugiés dans le pays étranger le plus proche. Ils pouvaient ainsi être en sécurité rapidement, rétorqua tranquillement Yohio.

    Le soldat partit donner les instructions du nouveau capitaine à tous les équipages. Pendant ce temps, Yohio, qui avait coiffé un tricorne de couleur sombre du plus bel effet, se tenait sur la proue du plus grand des trois navires, alors que les équipages levaient l’ancre.

    – Vous ne perdez rien pour attendre, mes chers amis…

    ***

    A Kabegami, la cérémonie du couronnement était désormais terminée. La Reine IA avait repris le chemin du Palais, après sa prière devant les dieux de l’eau. La foule acclamait sa nouvelle souveraine. Pourtant, IA réfléchissait. Pour ses premières heures en tant que chef d’Etat, elle se verrait confrontée à un début de crise. Alors que le cortège s’arrêtait, IA rentra dans son château, et les portes se refermèrent brusquement. Les célébrations officielles venaient de prendre fin, mais la majorité des habitants de l’archipel allaient continuer de fêter ce jour heureux tout le long de la nuit.

    IA était rapidement retournée sur son trône et patientait. Elle regardait attentivement les différents portraits de ses ancêtres. Un soupçon de doute montait lentement dans son esprit. Elle se demandait si elle n’était pas trop frêle ou trop timide pour ces responsabilités. Bien sûr, elle y avait été préparée, mais on ne peut pas changer la façon d’être d’une personne en un tour de magie. Et si elle n’avait jamais été faite pour être Reine ? IA restait plongée dans ses pensées. Elle était maintenant responsable du pays, et devait se montrer à hauteur des espoirs de ses sujets.

    C’est alors que Mizki rentra brutalement dans la salle du trône. IA ne réagissait pas, l’esprit encore embrumé. La conseillère s’agenouilla respectueusement devant le trône et déclara:

    – Ma Reine, je suis navrée de devoir vous ennuyer directement avec cette affaire, mais je pense qu’il vaudrait mieux régler cette histoire avec le pays de Kuni au plus vite.

    – Je suis d’accord, répondit IA, qui se reconcentrait subitement. « Convoque directement une réunion avec eux. »

    – C’est que… J’ai de nouvelles informations… D’une extrême importance !

    IA sursauta. Le visage de Mizki l’inquiétait. Elle n’avait jamais adopté ce type de discours avec elle. La conseillère abordait toujours directement les choses, peu importe leur gravité. Le fait même qu’il y ait une once d’hésitation dans ses paroles signifiait que quelque chose n’allait pas. Mizki monta alors sur la petite estrade en bois, et se rapprocha du trône. Dans un léger murmure, elle révéla toutes les informations que Gumi lui avait données : le lien entre Luka et Fukase, ainsi que l’origine de la Reine de Kuni, mais aussi le problème de la barrière magique de l’île Maho.

    La souveraine de Seisui s’efforça à rester impassible. Pourtant, dans son for intérieur, ces révélations eurent l’effet d’une bombe. Prenant acte de ses récentes résolutions, elle se jura d’agir pour le bien de son pays, et de se montrer loyale et inflexible.

    C’est dans cet état d’esprit qu’IA franchit la porte de la salle de réunion, quelques dizaines de minutes plus tard. Luka, Miku, Alys, Shirosaki, Rin et Len se tenaient autour d’une immense table en bois sculpté, d’une très grande valeur. Les jumeaux Genshine s’étaient retranchés dans un coin de la pièce, et observaient la scène en silence. Mizki accompagnait IA mais resta près de la porte de la pièce. La Reine de Seisui passa alors en revue les différentes personnes puis partit s’installer tranquillement au bout de la table, près de la cheminée. Le portrait de son père surplombait l’ensemble. IA avait l’impression qu’il lui donnait une certaine force invisible. Déterminée, elle visa Luka et lança en guise d’introduction :

    – Nous savons que vous nous avez caché certaines informations. Si nous ne pouvons pas vous faire entièrement confiance, pour le bien de mon pays, je pense qu’il faudrait arrêter là les négociations.

    ***


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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #47 le: 01 janvier 2018, 15:58:10 »
    Coucou à tous !

    Je suis un peu plus actif pour l'instant ^^ J'ai également écrit le début d'une nouvelle fiction intitulée "Détective ALYS", dans un style assez différent (j'ai eu envie d'essayer d'autres choses). Ci-dessous, découvrez le chapitre 1, qui introduit l'univers, l'intrigue et les personnages.

    J'ai aussi changé un peu le premier post pour plus de clarté^^

    Spoiler
    Détective ALYS : Chapitre 1

    Un bruit de pas lourds se faisait entendre depuis l’une des ruelles sombres du ghetto de la ville de Tengai. Il n’était pas très judicieux de se balader dans cette partie de la cité à cette heure de la nuit. Une jeune fille courait. Elle apercevait au loin la lueur jaune et rassurante des bougies des lampadaires qui jonchaient la grande rue adjacente, et essayait de s’y rendre au plus vite. Mais elle commençait à ressentir la fatigue, sa respiration se faisait de plus en plus forte, et elle commençait légèrement à suffoquer. Ses poursuivants arrivèrent à sa hauteur, alors qu’il ne lui restait que quelques dizaines de mètres à parcourir avant d’atteindre un endroit plus sûr, plus éclairé, plus animé.

    – Tu vas venir avec nous… lança l’un de ses six poursuivants. Un homme de taille moyenne, décoiffé, et portant une longue cicatrice à l’œil.

    La jeune femme ne répondit pas. Elle observa son objectif rapidement, en jetant un coup d’œil à sa droite, puis refit face aux malfrats. Ceux-ci se rapprochèrent dangereusement.

    – Bon, je n’ai plus le choix…

    La jeune femme se mit en garde, et frappa l’homme qui était le plus proche d’elle d’un solide coup de pied. Les cinq autres reculèrent de quelques mètres. Elle profita de l’espace pour lancer un enchaînement de coups. L’un des assaillants fut frappé par un coup de pied retourné, tandis qu’un autre reçut presque simultanément un coup de poing puissant. Dans la hâte, on pouvait observer les cheveux rouges de la combattante voyager frénétiquement le long de ses épaules. Trois des six hommes étaient dorénavant hors d’état de nuire, et les autres commençaient à hésiter. Fallait-il s’occuper de leurs associés tombés, ou prendre le risque de se mesurer à cette femme ?

    Celle-ci profita du moment de répit qu’il lui était offert pour se rediriger vers la grande rue éclairée. Elle se mit alors à courir de toutes ses forces oubliant presque son épuisement, comme si la lumière lui apporterait une sorte de salut. L’essentiel était de se sauver. Dans sa course, elle aperçut rapidement une passante qui se trouvait à l’embranchement entre les deux chemins :

    – Cours ! hurla Leora.

    L’autre dame eut un léger moment d’hésitation, puis s’exécuta. Ses vêtements étaient bien plus luxueux que ceux de Leora. Ils étaient sombres et assez longs. « Pas vraiment une tenue pour sortir à cette heure et dans ce quartier », pensait la fuyarde. Mais l’heure n’était pas aux considérations vestimentaires. Heureusement, sa compagne de fuite se montrait suffisamment rapide, de sorte qu’elles semèrent rapidement les assaillants, qui n’avaient pas osé les poursuivre trop longtemps dans la rue un peu plus animée. Leora et la jeune femme continuaient à courir. Elles évitèrent de justesse plusieurs passants qui se mirent à les regarder d’un drôle d’œil pendant quelques instants. Au cours de la course, Leora observa plus attentivement l’autre fuyarde. Outre ses vêtements, elle avait un très joli visage, légèrement naïf. Sa tresse bleutée passait de part et d’autre de ses épaules pendant qu’elle courait.

    Arrivées à bonne distance des poursuivants, elles se sentirent enfin en sécurité et s’arrêtèrent quand elles atteignirent la frontière de ce que l’on appelait communément le « quartier des riches ».

    – Au fait, je m’appelle Leora.

    – Enchantée, je suis Alys.

    ***

    Les deux femmes reprirent leur souffle. Elles se reposèrent quelques secondes au milieu du large trottoir de la grande rue. Enfin, elles se trouvaient en sécurité. Les criminels n’auraient jamais osé les poursuivre jusque-là.

    – Il se fait tard, dit Alys. « Que diriez-vous de venir boire le thé chez moi, en guise de remerciement ? J’aurai pu être enlevée par ces hommes, ou pire, si vous n’aviez pas été là. »

    Leora se montra étonnée par une telle proposition. Personne ne l’avait jamais invité chez elle, encore moins une personne des quartiers riches. Elle hésita quelques secondes : son expérience lui avait appris qu’il n’était pas bon de suivre les inconnus. Mais cette Alys avait un petit quelque chose de rassurant, et ne paraissait pas menaçante. Toutefois, Leora s’interrogeait tout de même sur la raison de sa présence dans le ghetto. Les membres de la haute société évitaient, la plupart du temps, de s’aventurer dans ce quartier. Par conséquent, la cité de Tengai était véritablement coupée en deux, les « riches » et les « pauvres » ne se croisaient quasiment jamais. Ainsi, si le centre-ville, repère des plus aisés, était relativement calme et paisible, le taux de criminalité du ghetto était assez élevé. Ni le gouvernement de la ville, ni la police n’avait de pouvoir dans cette zone, qui se trouvait aux mains des malfrats les plus cruels du pays, ou autres associations de malfaiteurs. Après quelques secondes, Leora accepta l’invitation. De ce qu’elle avait observé d’Alys, la femme aux cheveux rouges serait toujours en mesure de se défendre contre elle, en cas de problème.

    Le duo se mit alors en route. Alys ouvrait la marche, indiquant la route à Leora, qui était davantage concentrée par l’architecture de la vieille ville. Les austères bâtiments aux briques rouges, sombres, du ghetto laissaient la place aux luxuriantes maisons aux façades joliment décorées. La plupart des habitations disposaient de balcons sculptés, et étaient parsemés de différents montages floraux. Les lampadaires fabriqués en fer forgé éclairaient les rues pavées, très propres, sur lesquelles passaient de temps en temps les fiacres tirés par de fiers chevaux. Un large contraste par rapport à ce que Leora connaissait. Par ailleurs, il ne lui était quasiment jamais arrivé de se rendre dans ce quartier. Au bout de quelques minutes, n’importe quel habitant du ghetto faisait face aux regards des habitants de la vieille ville. C’était d’ailleurs le cas en ce moment. Voilà pourquoi Leora s’efforça à rester la plus proche possible d’Alys. Les deux femmes passèrent également par la rue commerçante, dans laquelle l’habitante du ghetto put observer à sa guise les vitrines décorées de vêtements de luxe. Puis, les deux femmes passèrent juste en-dessous d’une sorte de pont. Leora leva la tête, et remarqua qu’il ne s’agissait pas de cela.

    – Çà, là… C’est le monorail ?

    – Oui, répondit Alys. « Il est encore en construction mais devait être bientôt terminé, pour l’exposition mondiale ».

    Leora avait déjà entendu parler de l’exposition mondiale. Tengai, et particulièrement la vieille ville, se trouvait sens dessus dessous depuis l’annonce de l’organisation par le maire. Cet événement devait faire entrer la cité au panthéon des plus grandes villes du monde. Le dirigeant s’échinait alors à donner la meilleure image de sa ville. De ce fait, les dissensions, déjà existantes, entre la vieille ville, partie des riches, et le ghetto, s’étaient encore accentuées. Pour les habitants du ghetto, l’exposition mondiale n’avait rien apporté de bon. Ils étaient d’autant plus considérés comme des parias, alors que la vieille ville continuait de s’enrichir.

    – Je me trouve vraiment chez les riches, marmonna Leora.

    Alys se retourna. Elle avait entendu sa remarque, à la grande surprise de sa compagne.

    – On peut dire ça… Mon travail me permet de maintenir un certain niveau de vie.

    Pendant un instant, Leora pensait avoir touché le gros lot. Il était toujours intéressant d’avoir des connaissances dans cette partie de la ville, cela pourrait certainement lui ouvrir quelques portes. Durant un court moment, il lui arriva de penser qu’elle pourrait se sortir de sa pauvreté, et qu’elle pourrait peut-être vivre dans ce quartier.

    Soudainement, Alys s’arrêta devant une demeure de plusieurs étages. La façade de la maison était d’un blanc immaculé. L’habitation disposait de plusieurs larges fenêtres, chacune étant équipée d’un petit balcon taillé, qui était du plus bel effet. La porte était fabriquée en ébène. Le numéro 42 était inscrit en lettres d’or sur la porte. Alys sortit la clé de l’une des poches de sa robe et l’enfonça dans la serrure.

    Un long couloir décoré de boiseries s’étendait devant Alys et Leora. Un escalier de marbre se situait au bout du corridor.

    – J’habite au deuxième étage, signifia Alys.

    Elles montrèrent l’escalier. Arrivées devant la porte de l’appartement, Leora posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.

    – Au fait, quel est votre travail ? Comment parvenez-vous à vous payer une maison comme celle-ci ?

    – Ah oui… Je ne suis que locataire ici, au juste… Plusieurs personnes habitent dans cette maison. Et, je suis la plus grande détective de la ville de Tengai.

    ***

    Quelques heures plus tôt…

    Alys se dirigeait d’un pas assuré vers le centre-ville. Au loin, elle pouvait admirer la construction de la Tour de l’Espoir, une immense structure en métal doré de plusieurs dizaines de mètres destinée à marquer l’organisation de l’exposition mondiale par Tengai. Elle pouvait donc observer les nombreux ouvriers – qui, à cette distance, étaient semblables à des fourmis – grimper parfois à des hauteurs très dangereuses, juste pour accomplir les desideratas du maire, et pour participer à l’envie de grandeur de la cité.

    Mais Alys ne comptait pas se rendre à la Tour. À quelques rues de là se trouvait le commissariat principal de la ville. À force, elle connaissait le chemin par cœur. Le commissaire Yuji, un homme bien portant qui était âgé entre trente-cinq et quarante ans, faisait souvent appel à elle pour démêler  ses enquêtes les plus difficiles. Alys avait, en effet, un petit quelque chose en plus. Elle avait le chic pour dénicher des indices invisibles aux yeux des enquêteurs, ou pour établir des liens entre des événements auxquels les policiers n’avaient pas pensé une seule seconde. Finalement, elle s’était créé une certaine réputation. Pourtant, sa renommée ne dépassait pas les murs du commissariat, Alys préférant cultiver l’anonymat le plus possible, histoire que cela ne gêne pas ses enquêtes.

    Elle poussa donc la porte battante du bâtiment d’un geste brusque et se dirigea directement vers le bureau de Yuji. On aurait dit qu’Alys rentrait chez elle, tellement elle se trouvait à son aise. Elle salua rapidement les personnes qu’elles croisaient, mais, à aucun moment, elle ne donnait l’impression d’avoir été convoquée. Un quidam aurait même pensé que c’était elle qui dirigeait la police de Tengai, au vu de son attitude.

    Alys frappa à la porte du bureau, mais n’attendit même pas de réponse. Elle pénétra directement dans la pièce. Au fond, derrière son bureau, se tenait Yuji, qui réfléchissait tranquillement, en observant la ville depuis sa fenêtre. Il était très grand, environ un mètre quatre-vingt-dix, et avait les cheveux courts bien coupés. Certaines mèches grises étaient parsemées çà et là. Ses yeux bleus lui procuraient un regard extrêmement perçant et légèrement inquiétant. Il portait également une chemise beige et une sorte de pantalon bleu, une tenue bien différente de l’uniforme réglementaire, en somme. Lorsqu’Alys entra en toute hâte dans son bureau, Yuji se retourna, et, très peu étonné, l’invita à s’asseoir.

    – Le Maire arrivera très bientôt, commença-t-il.

    – Le Maire ? s’écria Alys. « Qu’est-ce qu’il a à voir avec ce que vous avez à me dire ? »

    Intrinsèquement, Alys se réjouissait, mais elle ne le laissait pas transparaître. Si le maire devait être présent, c’est qu’il s’agissait sans doute d’une affaire très dangereuse et compliquée. Alys allait pouvoir exercer ses capacités de déduction. Dans de tels cas, elle se comportait comme un enfant qui allait pouvoir s’amuser avec son jouet.

    – C’est une affaire très grave, et je ne m’en sors absolument pas… regretta Yuji.

    Il fut interrompu par l’arrivée du maire, en trombe. Cet homme d’une cinquantaine d’années, dégarni et bedonnant, paraissait extrêmement préoccupé. Son costume trois pièces laissait paraître une grande quantité de sueur. Yuji essaya de calmer le maire et l’invita à prendre place aux côtés d’Alys.

    – Un whisky, Monsieur le Maire ? J’en ai un très bon juste là, un single malt, dix-huit ans d’âge, une merveille.

    – Avec plaisir, répondit-Il. « J’en ai bien besoin. »

    – Et vous, Alys ?

    – Non merci, je ne bois pas d’alcool. Cela me déconcentre et m’encombre le cerveau.

    Le commissaire Yuji acquiesça, puis tourna la tête dans tous les sens mais n’avait rien d’autre à proposer à son invitée.

    – Il ne me faut rien, merci. Venons-en au fait.

    Yuji servit donc deux verres de whisky bien remplis, dont un avec des glaçons pour le maire, puis s’installa sur son fauteuil Voltaire, juste derrière son bureau.

    – Voilà, nous avons à faire avec une affaire d’enlèvements. On nous a déjà rapporté plus quatre enlèvements dans le ghetto. Les personnes n’ont aucun lien entre elles, et n’ont pas le même âge. En gros, nous pataugeons, nous ne savons même pas par où commencer. Le Maire est déjà au courant. Je lui ai donc suggéré de faire appel à vous, Alys. Vous êtes la seule à pouvoir nous aider sur ce coup.

    Alys réfléchit un instant. Le Maire l’observa, insistant.

    – Monsieur le Maire, vous vous inquiétez de ce qu’il se passe dans le ghetto maintenant ? lança Alys sur un ton de défi.

    Le Maire fut très gêné. Alys l’avait percé à jour en quelques secondes.

    – C’est que… L’expo mondiale a lieu dans quelques temps… Et je n’aimerai pas que les journaux du monde entier commencent à se mêler de cette affaire. L’image de la ville est très importante… essayait-il de rétorquer. Alys, quant à elle, était assez fière de sa légère pique.

    Alys s’avança vers le tableau où se trouvait l’ensemble des portraits des suspects, et les analysa un par un. Sur chacun était inscrit le nom de la victime, son âge et une photo. Le premier était Kôta Airi, 35 ans. La deuxième était une adolescente d’à peine 15 ans, Maëlys Hoshi. La troisième était plus âgée, la cinquantaine bien entamée et s’appelait Sybille Takuya. Nathan Ayate, la quatrième victime, était quant à lui un jeune adulte de 21 ans.

    À première vue, Alys ne trouvait rien qui pouvait relier ces victimes. Le commissaire l’avait juste informée que tous les quatre avaient été enlevés, visiblement quand ils s’étaient aventurés dans le ghetto. C’était le seul indice à sa disposition.

    – Très bien ! Je prends l’enquête ! annonça Alys. Celle-ci paraissait très compliquée, ce qui constituait un défi supplémentaire pour elle. Souvent, elle évitait les intrigues trop simples. Elle ne voulait être appelée que pour les affaires qui pouvaient mettre son esprit en ébullition. Et celle-ci était de cet acabit. « Je peux vous emprunter le portrait des victimes ? », demanda-t-elle.

    – Bien sûr, répondit Yuji.

    – Sur ce, à bientôt !

    Alys ne prit même pas la peine de saluer le commissaire et le Maire, et quitta directement le commissariat.

    Dans le bureau, le silence avait pris place. Désemparés, Yuji et le Maire restaient prostrés pendant plusieurs secondes.

    – Ça lui arrive souvent de partir comme ça ? demanda le Maire.

    – Toujours… pouffa Yuji. « Mais, ne vous inquiétez pas. Si quelqu’un est capable de résoudre ce mystère, c’est bien Alys ! »

    ***

    Leora entrait lentement dans l’appartement d’Alys, et parcourut la première pièce du regard. Alys se dirigea directement vers la cuisine, qui était située à gauche de l’entrée, pour boire un grand verre d’eau, puis elle sortit le nécessaire à thé.

    – Installez-vous ! J’arrive !

    Leora s’avança. Elle entra directement dans le salon, ou du moins dans une pièce qui ressemblait vaguement à un salon. Une table basse était située en son centre, avec, autour de celle-ci, un grand canapé en cuir rouge et un petit fauteuil. La table était envahie de divers papiers, coupures de presse, mais aussi de flacons contenant d’étranges liquides. Au fond de la pièce se trouvait un large tableau noir, sur lequel état placés plusieurs documents et plusieurs photos. Leora remarqua également quelques impacts de balle sur le mur, mais préférait ne pas demander à Alys ce qu’il s’était passé. Plusieurs livres se trouvaient également sur le sol. Leora se fraya un chemin vers le canapé rouge et s’assit lentement.

    – Hé, Alys, qu’est-ce que tu nous as ramené là ?

    Leora sursauta. Le chat était tranquillement assis sur la table basse devant elle. Mais il venait de parler. Pourtant, Alys lui répondit franchement :

    – C’est une jeune femme que je viens de rencontrer dans le ghetto. Elle était en danger, donc je l’ai conduite ici…

    Alys retourna dans le salon, et remarqua la mine effrayée de Leora.

    – Ah oui, j’allais oublier… Leora, je te présente Lupin. Lupin, voici Leora.

    Mais ce ne fut pas suffisant pour rassurer son invitée.

    – Ce chat… parle ?

    – En tout cas, c’est quelqu’un de sacrément perspicace, s’étonna Lupin.

    – Mais… Il parle… Vraiment…

    – Alys, tu penses que ça va lui prendre combien de temps pour qu’elle réalise…

    Leora s’effondra sur le canapé. Il persistait d’énormes différences entre ce à quoi elle s’attendait, de la part d’une fille du quartier riche de la ville, et ce qui se trouvait dans son appartement. Pendant un instant, elle se demanda si elle n’était pas tombée dans une maison de fous.

    – Oui, Lupin est un spécimen spécial… expliqua Alys. « Il est même unique au monde ! » Puis, elle se ravisa : « Ah oui, pour être unique, il l’est… »

     Lupin prit une posture de fierté, toujours assis sur la table basse.

    Leora reprit ses esprits. Elle n’avait pas encore totalement digéré l’existence d’un être tel que Lupin, mais elle essayait de faire bonne figure. Alys lui avait préparé une tasse de thé qu’elle avait posée au milieu du désordre. Puis, la jeune femme aux cheveux rouges se risqua à diriger sa main vers le chat.

    – Laisse tes sales pattes où elles sont ! Je ne suis pas ce genre de chat !

    – Heu, désolée… murmura Leora.

    – Lupin, sois gentil ! grogna Alys.

    – Depuis quand tu ramènes des gens du ghetto. C’est une nouvelle mode ?

    – Je suis navrée, lança Alys en direction de Leora. Puis elle se tourna vers Lupin : « Ce n’est pas une manière de traiter des invités, peu importe d’où ils viennent… Je te l’ai dit, elle était en danger… »

    – Je suis certain qu’il n’y a pas que ça…

    – En effet…

    Leora se montrait perplexe et inquiète.

     – Oui, je voudrais savoir : que vous voulez ces types ?

    – Vous ne venez pas souvent dans le ghetto… rétorqua Leora. « Merci pour le thé ! » ajouta-t-elle.

    – Je dois bien avouer que non…

    – Ce type de pratiques est courant là-bas. Je pense que ces hommes voulaient m’enlever pour m’emmener à leur patron. Le ghetto est gangrené par les gangs, vous savez… Et les chefs sont toujours intéressés par les jolies jeunes filles…

    – Mais vous n’avez aucune idée de leurs réelles intentions…

    – Malheureusement, non…

    Leur conversation fut soudainement interrompue par un tambourinement venant de la porte d’entrée.

    – Vous pouvez y aller plus doucement, rugit Lupin. « Nous ne sommes pas sourds ! »

    – Chut ! dit Alys.

    La jeune fille à la tresse se dirigea vers la porte d’entrée et ouvrit. Le commissaire Yuji se tenait sur le pas de la porte, en sueur.

    – Alys, nous avons un nouveau cas d’enlèvement.

    – J’arrive ! répondit-elle directement.

    Puis, Alys referma soudainement la porte et poussa un cri de joie. Son enquête pouvait véritablement commencer.

    – Si vous voulez, vous pouvez m’accompagner, chère Leora. Votre participation dans cette enquête me sera d’une grande aide. Il est toujours bon d’avoir avec soi quelqu’un qui connaît bien le ghetto.

    Leora hésita.

    – Et si vous voulez, vous pouvez loger ici. J’ai une chambre d’amis dans cette pièce, expliqua Alys en pointant une porte du doigt. « Vous êtes la bienvenue ! »

    – Tu ne comptes pas la faire dormir ici ? exhorta Lupin

    – Et pourquoi pas ?

    – Mais c’est ma pièce. Je dors toujours là…

    – Tu squattes cette pièce quand il n’y a personne, lui répondit Alys sur un ton de défi. « Tu n’auras qu’à dormir ailleurs… »

    Lupin eut un regard dédaigneux envers Leora. Cette fille n’était là que depuis une dizaine de minutes et avait déjà chamboulé toutes ses vieilles habitudes, et il n’aimait pas ça.

    Leora hésitait : « Je ne voudrais pas vous ennuyer ».

    – Disons qu’on se met d’accord. Vous m’aidez dans cette enquête, et vous pouvez vivre ici, à l’abri, proposa Alys.

    La fille du ghetto marqua quelques secondes de pause. Alys était tout de même étrange. Elle venait de lui proposer le gîte, alors qu’elle ne la connaissait que depuis une petite heure. Selon Leora, il fallait être totalement inconscient pour donner ainsi sa confiance au premier venu. Cependant, la jeune femme ne pouvait refuser de vivre, ne serait-ce que quelques jours, en dehors du ghetto, au calme.

    – C’est d’accord !

    – Alors, on y va !

    Alys enfila rapidement son chapeau de style victorien, et se dirigea vers la sortie. Leora la suivait, toujours un peu perdue. Elle se demandait déjà dans quelle histoire de fous elle s’était embarquée.

    – À plus, Lupin, lança Alys en refermant la porte.

    – Tsss... murmura le chat en guise de réponse. Puis, Lupin repartit se blottir contre les coussins du canapé.

    Alys et Leora retrouvèrent donc le fiacre du commissaire Yuji garé dans la rue. Celui-ci les attendait calmement.

    – Elle est avec moi, dit directement Alys en entrant dans le véhicule.

    – D’accord, répondit Yuji.

    Le cocher se mit alors en route, et le fiacre prit la direction du centre-ville. Alys était en route vers une nouvelle enquête, et Leora ne savait pas encore à quel point les jours à venir allaient changer sa vie.

    ***

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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #48 le: 01 janvier 2018, 20:55:40 »
    Oh !~ Une nouvelle histoire Avec Alys et Leora !
    Une Alys Sherlock Holmes en herbe dans un univers Victorien. Cela s'annonce fort sympathique ^^

    Spoiler
    Le numéro 42 était inscrit en lettres d’or sur la porte.
    42 évidement X)

    Tiens, la dualité riche/pauvre semble être un thème récurant chez toi
    ~ Somewhere over the rainbow ~

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #49 le: 19 janvier 2018, 20:55:58 »
    Merci Youkoulélé !
    J'essaie d'écrire dans un style différent, donc je suis content de voir que ça plaît un peu ^^

    Spoiler

    Ben oui, toujours 42 xD

    Tiens, je ne m'en étais pas rendu compte plus que ça en écrivant Sekai (je ne dis pas que ce n'est pas un aspect absent, mais je ne l'avais pas écrit exprès), je me suis plus concentré sur cet aspect-là dans cette fiction

    Du coup, voici le chapitre 27 de "Sekai" :

    Spoiler
    Chapitre 27 : Uso


    Immédiatement après son annonce, IA quitta précipitamment la salle de réunion, sous les yeux ébahis de Miku et de Luka. Gumi et Alys, elles, n’étaient pas franchement surprises. Elles s’attendaient à une telle réaction. Pourtant, elles pensaient qu’il valait mieux dire la vérité et se montrer honnête avec de potentiels alliés. En effet, le pays de Kuni ne pouvait pas demander à Seisui de se lancer dans une nouvelle guerre terrible sans avoir informé complètement tous ses dirigeants.

    Pour Miku cependant, c’en était trop. Cet acte constituait selon elle une trahison inqualifiable de la part d’Alys et de Gumi. La commandante se montra très sévère envers sa lieutenante, qu’elle savait à la base de cette fomentation. La Reine Luka restait silencieuse et baissait la tête. Après quelques secondes, elle se leva de son siège et sortit de la salle sans prononcer un seul mot. Cette situation fit entrer Miku dans une rage folle. Hors de contrôle, elle se lança vers Gumi et la plaqua contre le mur sombre et solide de la pièce.

    – Qu’avez-vous fait ? vociféra-t-elle.

    Gumi sourit.

    – Vous voyez ? Vous étiez complètement perdues. Vous preniez de mauvaises décisions. Nos actes ont permis de mettre en lumière vos agissements.

    – Mais tu as trahi notre pays, continua Miku sans relâcher sa prise.

    À moitié étranglée, Gumi ne se débinait pas. Elle était certaine d’avoir bien agi, même à l’encontre de ses supérieurs. Elle ne se voyait pas comme une traîtresse.

    – Qu’allons-nous faire maintenant ? Notre allié est perdu…

    Gumi ne savait quoi répondre. Finalement, Miku, plongée dans le désespoir, se contenta de quitter la pièce. Elle fut rapidement suivie par Alys. Shirosaki voulait les accompagner, mais la dame à la tresse  l’arrêta d’un geste du bras, et lui rétorqua dans le plus grand calme :

    – Je vais lui parler… Seule…

    ***

    Il faisait nuit dans la belle capitale du pays de Kuni. Lily, Takahashi et les deux soldats du village de Kyuuri s’étaient infiltrés dans le tunnel qui devait les mener directement aux geôles du château. Le souterrain était particulièrement sombre et tortueux. L’un des soldats ouvrait la route et tenait une torche dans sa main droite. Takahashi suivait et était très excité par cette opération. Pour la première fois, il se lançait dans une manœuvre risquée. Le jeune chef de village n’avait encore jamais participé à une guerre ; il avait eu la chance de devenir un Chef de village en temps de paix. De ce fait, son expérience au combat était relativement limitée, bien qu’il se défende plutôt bien. Lily se trouvait dans la même situation, elle était bien trop jeune, mais était beaucoup plus réfléchie que son homologue. La jeune cheffe se trouvait en troisième position dans le tunnel, et pensait déjà à la suite de l’opération. Le dernier soldat fermait la marche ; il avait sorti son épée de son fourreau et se tenait prêt à une éventuelle attaque.

    Environ dix minutes plus tard, les quatre personnes arrivèrent au bout du tunnel. À cet endroit se trouvait une échelle de cordes qui menait à une trappe en métal lourde. Ils montèrent à l’échelle dans le même ordre, et sortirent du tunnel dans le plus grand silence, non sans avoir préalablement pris toutes les précautions nécessaires. Aucun ennemi n’était à signaler pour le moment. La première partie du plan de Kizaki Koharu se déroulait à merveille. Les quatre envoyés avaient atteint la prison du Palais sans difficultés. Ensuite, ils se mirent en marche, en silence. Ils avançaient lentement, un pas après l’autre. On pouvait juste entendre légèrement le grésillement du sol argileux sous leurs pieds. Lily observait, attentivement et de loin, chaque cellule, à la recherche du lieutenant Yuma. La majorité des prisons étaient vides. Un peu plus tard, Lily reconnut la mèche de cheveux roses caractéristiques du samouraï noir.

    Yuma se trouvait dans un état désastreux. Son corps était couvert des stigmates consécutifs aux persécutions de Fukase. L’homme gisait sur le sol, et toussait à intervalles réguliers. Son visage était tuméfié.

    – Lieutenant Yuma, murmura Lily.

    Yuma se leva, et observa la cheffe de village armée de son sceptre en argent.

    – Qu’est-ce que vous faites ici ? C’est dangereux…

    – Nous sommes venus vous sauver.

    – Vous êtes complètement malades. C’est trop risqué. Si on vous perd maintenant, le pays est fichu, vous êtes notre dernier espoir de rébellion…

    – Peu importe… On va vous sortir d’ici…

    Yuma se retira dans le fond de la cellule. Lily essaya de crocheter la serrure, sans succès. Un des soldats tenta également la manœuvre, avec le même résultat. Après quelques tentatives, Takahashi fulmina :

    – C’est pourtant simple. Détruisons le cadenas !

    Il frappa alors de toutes ses forces avec la lame de son sabre sur le cadenas, dans un vacarme assourdissant.

    – Arrête, pauvre fou, lui dit l’un des soldats.

    – Nous n’avons pas d’autre choix. Il faudra combattre !

    L’heure n’était plus aux discussions. Juste après que Takahashi a détruit le cadenas de la cellule et libéré Yuma, un escadron de plusieurs soldats de Fukase fit irruption dans le couloir étroit des geôles. Ceux-ci étaient d’anciens membres de la Garde royale. Ils étaient équipés d’armes à feu, mais n’étaient pas encore familiarisés à leur fonctionnement. Ainsi, plusieurs détonations éclatèrent à travers l’étroit corridor, sans toucher aucun ennemi. Les gardes se décidèrent donc de revenir à leur arme habituelle : le sabre. Lily et Takahashi se mirent en garde, accompagnés par les deux soldats. Yuma se tenait à l’arrière. Le samouraï n’étant pas armé, il ne pouvait participer au combat. En outre, son état ne le permettait pas. Les premières passes d’armes avaient commencé. Les quatre rebelles au pouvoir en place se défendaient plutôt bien, mais ils avaient commis d’ores et déjà une erreur, dans la frénésie du combat. Comme ils avaient dévié de leurs positions, les gardes de Fukase entravaient désormais le chemin de retour. Plus moyen de passer par le tunnel.

    – Qu’est-ce qu’on fait ? hurla Takahashi.

    – On va trouver une autre issue, répondit Lily.

    Ils n’avaient d’autre choix que de passer par le Palais. Heureusement, Lily avait étudié les plans et les connaissait maintenant par cœur. Si bien qu’elle avait déjà réfléchi à un plan B. Mais il fallait d’abord se débarrasser de ces gardes.

    – Allez-y, cria l’un des soldats. « Je m’occupe d’eux ! »

    – Mais… dit Takahashi.

    – C’est la guerre, mon jeune garçon. Si l’on ne veut pas faire de sacrifices, nous n’irons pas loin… Fuyez maintenant ! Je les retiens !

    Le deuxième soldat tira Takahashi par la manche, et salua son collègue très respectueusement. Celui-ci fit ensuite face aux soldats, alors que les trois autres rebelles s’enfuyaient par la porte de derrière.

    – C’est l’heure.

    Il se lança directement sur ses ennemis, avec une énergie retrouvée. Il parvint ainsi à en mettre plusieurs hors d’état de nuire. Cependant, l’espoir ne fut que de courte durée. Après quelques secondes, et alors que la majorité de ses ennemis étaient à terre, il leva les yeux, et observa son dernier ennemi le sourire aux lèvres. Il sentit alors une douleur lancinante dans le bas du ventre. Quelques secondes plus tard, le soldat n’était plus, il s’évanouit lentement sur le sol jaune et argileux des geôles qui prit soudainement une couleur écarlate inquiétante. Le soldat poussa son dernier souffle tandis que le dernier Garde se lançait à la poursuite de Lily, Takahashi, Yuma et son collègue.

    ***

    Lily avait pris la tête du quatuor. Elle avait déjà son plan en tête, mais celui-ci s’avérait particulièrement compliqué. Le Palais était bien gardé.

    – Notre seule chance est de prendre l’une des sorties dérobées dont Kinzaki nous a parlé.

    Le groupe était posté au détour d’un mur. Lily avait, plutôt contre son gré, prit la tête des opérations. Elle avait remarqué qu’elle s’était bien mieux préparée que Takahashi. Le soldat était encore sous le choc de la mort de son ami. Aussi, il se rendit compte que ce n’était que le début, que l’opération de libération du lieutenant Yuma ne constituait que le commencement de cette guerre. Le pays allait encore vivre de longues heures sombres. De son côté, Yuma souffrait en silence. L’homme était sale, sa barbe avait largement poussé. Il essayait tant bien que mal de ne pas montrer ses souffrances, mais poussait un léger ricanement douloureux à chaque pas, ce qui attirait l’attention de Lily et Takahashi.

    Le couloir était vide. Lily entendit cependant les voix de certains gardes de Fukase au loin.

    – Il faut y aller. Maintenant !

    Ils se réfugièrent dans une petite pièce du Palais, semblable à un grand placard à balais.

    – Où est-ce qu’on va ? demanda Takahashi.

    – La meilleure issue, je pense, est celle qui se situe près des cuisines. Elle doit être moins gardée. C’est également la plus proche…

    – Ok !

    Takahashi et les autres furent alors interrompus par un bruit lourd. Une sorte d’alarme, jouée au cor, retentissait dans tout le château.

    – Qu’est-ce que c’est que ce truc ? grogna-t-il.

    – On est repérés ! Il faut s’en aller tout de suite !

    Le groupe suivit les instructions de Lily. Ils avancèrent prudemment, en longeant les murs. Heureusement, le Palais n’était que très peu éclairé à cette heure de la nuit. Au détour d’un couloir, ils croisèrent une patrouille de gardes. Ils se réfugièrent alors dans la pièce la plus proche, une chambre destinée aux employés du château.

    Cette pièce était occupée.

    Deux employés du château se trouvaient tranquillement sur leurs lits respectifs, et observaient les intrus dans leurs chambres. L’une d’eux se rapprocha doucement des infiltrés.

    – Excusez-moi… murmura la dame.

    Lily se retourna, provoquant la surprise de son interlocutrice.

    – Dame Lily ! Je vous connais, mais que faites-vous ici ?

    L’employée eut ensuite un regard vers Yuma, et semblait avoir tout compris. La plupart des travailleurs du château étaient au courant des séances de tortures envers le lieutenant. Yuma était devenu le symbole de la terreur qu’inspirait Fukase.

    – Vous êtes en train de… lança la dame.

    – Ne dites rien, s’il vous plaît ! implora Takahashi.

    – Ne vous en faites pas. Tous les employés du château sont de votre côté. Je suis même heureuse de voir que vous avez commencé la lutte.

    – Justement, nous sommes un peu dans l’impasse, là, informa Lily. « Vous n’auriez pas une solution pour que l’on puisse atteindre les cuisines sans se faire repérer ? »

    La dame sourit.

    – Si vous prenez l’autre porte (elle désigna du doigt la petite porte en bois qui se situait de l’autre côté de la pièce), vous accéderez aux couloirs des domestiques. Peu de personnes passent par là. Vous pourrez atteindre rapidement les cuisines.

    – Merci, dit Lily, rapidement suivi par ses compagnons.

    Le groupe prit alors la direction de la porte, sous les yeux implorants des deux employés. Lily fit passer tous ses compagnons avant elle. Juste avant de fermer la porte, elle eut un regard pour la dame et l’homme.

    – Bonne chance, murmurèrent-ils tous les deux.

    – Merci…

    Le quatuor s’infiltra dans le petit couloir, et atteint ainsi rapidement les cuisines. Il n’y avait aucun garde de Fukase à l’horizon.

    – Près du four ! Regardez ! Cette porte mène à l’extérieur.

    Le groupe passa rapidement (mais prudemment) dans les cuisines et se réfugia dans une petite cour intérieure. Lily désigna ensuite une grosse trappe en pierre, cachée au milieu des buissons, qui marquait l’emplacement d’un des tunnels dont Kinzaki avait parlé. Le groupe s’engouffra immédiatement dans le souterrain et prit la fuite, alors que les gardes étaient toujours à leur recherche dans le château.

    Vers le milieu du souterrain, Lily s’arrêta net.

    – Nous aurons juste un petit problème. Ce tunnel ne mène pas hors de la ville, mais dans le quartier populaire. Il faudra donc trouver un moyen de quitter Kyôu.

    Takahashi pesta. Il pensait avoir déjà réussi la mission, mais l’opération était loin d’être terminée. Néanmoins, ce n’était pas le moment de râler. Il fallait continuer.

    Le groupe quitta le souterrain après quelques minutes, et atterrit dans le quartier populaire de la capitale, plongé dans la nuit. Au loin, les membres entendirent les cloches du château sonnant l’alerte. Les soldats de Fukase n’allaient pas traîner à envahir les rues de Kyôu à leur recherche.

    – J’ai peut-être un plan. Je connais un endroit où l’on pourrait se réfugier, lança Takahashi, ravivant l’espoir au sein du groupe.

    – Ah oui ? grogna Lily.

    – Une amie tient une petite taverne dans les environs. Je suis certain qu’elle pourra nous aider.

    – C’est une personne de confiance ? demanda Yuma, à demi-mot.

    – Oui, je la connais depuis longtemps. Vous pouvez me croire. Suivez-moi !

    Yuma, Lily et le soldat suivirent alors Takahashi, qui parcourut le chemin à travers les rues de Kyôu, comme s’il pouvait le faire à l’aveugle. Environ au milieu du chemin, Lily ne put s’empêcher de lui poser une question.

    – Depuis quand connaissez-vous les tavernes de la capitale, Takahashi ?

    – Euh… hésita-t-il. « C’est différent… C’est une amie, elle vient de mon village… »

    – Oui, oui… ajouta Lily d’un ton narquois.

    Un peu plus tard, Takahashi et les autres parvenaient à leur objectif. Il s’agissait d’une petite auberge, assez pauvre, même si le bâtiment comportait deux étages (ce qui était plutôt rare dans le quartier). Le chef de village prit la tête du groupe et tambourina à la porte. Peu après, une jolie fille aux cheveux roses ouvrit.

    – Takahashi ? Que fais-tu ici ? C’est toi le responsable de tout ça ?

    – Bonsoir Teto. Peux-tu nous laisser entrer ? Je t’expliquerai tout à l’intérieur.

    Kasane Teto fit alors entrer le groupe. Lily ferma délicatement la porte, sous les bruits incessants les cloches du Palais Royal.

    ***

    À Kabegami, la Reine IA s’était directement rendue dans sa chambre à coucher. Les dernières heures avaient été riches en événements, et elle n’avait pas encore eu le temps de digérer tout cela. Si le couronnement s’était parfaitement bien déroulé, IA ne s’attendait pas à être mise au-devant de ses responsabilités aussi rapidement. Sa première décision avait été difficile. Elle appréciait plutôt la Reine Luka, mais le bien de sa patrie passait avant tout. La Reine s’effondra violemment sur son énorme lit, et soupira.

    Un peu plus tard, IA reçut une visite impromptue. Elle descendit lentement de son lit, et ouvrit doucement la porte, l’air inquiet. La Reine Luka se tenait devant elle, le visage sombre et triste. La Magicienne bafouilla plusieurs fois avant de prononcer quelques mots intelligibles :

    – Puis-je entrer… ?

    IA hésitait. Puis, elle se décida à laisser passer Luka. Si elle se sentait trahie, elle ne voyait pas en la Reine de Kuni une quelconque menace. Et plusieurs gardes se trouvaient dans le château, en cas de besoin. Elle invita Luka à s’asseoir sur un fauteuil en cuir luxueux et confortable, tandis qu’elle lui faisait face, installée sur le lit.

    – Je suppose que vous avez beaucoup de questions… commença Luka.

    IA réfléchissait :

    – Une seule, en fait. Pourquoi vous êtes-vous mise à mentir ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

    Luka fut étonné par la simplicité avec laquelle IA abordait la problématique. La question de la ségrégation des Mages ne lui était même pas venue à l’esprit. Peut-être l’archipel de Seisui avait-il une autre opinion sur les relations avec les Magiciens. Ainsi, Luka avoua les raisons de son mensonge, et elle eut l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, tant cela lui paraissait évident.

    – C’est tout ? conclut IA, sous les yeux ébahis de son interlocutrice.

    – Oui…

    Un silence pesant prit place pendant quelques instants dans la pièce.

    – Excusez-moi, Reine IA… Mais est-ce cela votre réaction ? demanda Luka.

    – Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Le fait d’être une Magicienne ne change rien à votre statut.

    – C’est que les Magiciens ont…

    – Je sais qu’ils sont mal vus dans ce monde, surtout après la Guerre. Et je m’en fiche. Cette ségrégation est totalement stupide. Si nous commettons les mêmes erreurs que nos aînés, nous nous retrouverons dans la même situation malheureuse. Non, je suis juste déçue que vous ne m’ayez pas avoué la vérité directement.

    Luka avait attendu toute sa vie que quelqu’un lui tienne ce discours. Elle ne pensait pas que les habitants de Sekai, qu’ils viennent de son pays ou d’un autre, soient capables d’un tel discernement. La réaction d’IA apparaissait pour elle comme une lueur d’espoir en ces temps difficiles. La conversation continuait, les deux Reines se trouvaient plusieurs points communs. Elles n’étaient finalement pas si différentes que cela.

    – En tout cas, j’apprécie que vous soyez venue m’en parler seule à seule. Je pourrai changer d’avis, en ce qui concerne notre alliance, rassura finalement IA.

    Elle ouvrit alors la porte de sa chambre et appela Mizki, sa conseillère. Celle-ci ne prit que quelques secondes pour apparaître.

    – Mizki, veux-tu réunir de nouveau tous nos invités du pays de Kuni dans la salle de réunion ? Nous allons discuter de notre stratégie, afin de régler cette situation.

    – Mais, ma Reine… Ils vous ont menti !

    – Je sais… Mais la Reine Luka vient de me présenter solennellement ses excuses, que j’ai acceptées.

    Mizki entraîna la Reine IA à l’écart, et lui déclara à demi-mot :

    – Vous savez qui elle est ?

    – Oui, la souveraine légitime du pays de Kuni.

    – Mais, c’est aussi une…

    La réaction de Mizki montra à IA la raison qui avait poussé Luka à omettre sa condition. IA se retourna vers la Magicienne, le regard défait.

    – Selon moi, la Reine Luka n’est pas dangereuse, lança-t-elle. « Elle a été Reine de Kuni pendant plusieurs années. Si elle avait été de mèche avec la branche des Mages qui a lancé la guerre, il y a belle lurette qu’elle aurait agi… »

    Luka s’inclina devant le discernement et la détermination d’IA.

    – Donc, Mizki, fais ce que je te dis. Convoque immédiatement la réunion. L’heure est grave. Le monde entier est en danger.

    Sur ces paroles pleines d’entrain, Mizki s’exécuta et quitta la pièce, laissant IA et Luka seules, dans le silence absolu.

    ***

    La mer était calme. Miku observait le soleil qui se couchait à l’horizon, installée sur un petit promontoire en bois, en espérant que la splendide vue lui permettrait de retrouver son calme. La commandante se sentait véritablement trahie, d’une part par Alys, sur qui elle fondait beaucoup d’espoirs, et d’autre part au Gumi, sa lieutenante la plus fidèle. La rébellion de cette dernière lui faisait d’autant plus de mal. Elles partageaient ensemble un lourd passé. Ainsi, Miku considérait Gumi comme la personne à qui elle pouvait le plus accorder sa confiance, en dehors de la Reine Luka. Mais même Gumi s’était retrouvée contre elle. Pour la première fois, Miku était complètement perdue, et ne savait plus quoi penser.

    Derrière elle, une petite ombre approchait lentement. Alys essayait de ne pas surprendre Miku, qui l’avait entendue arriver et lui rendit un regard glaçant. La jeune fille à la tresse fit fi des considérations de Miku et s’assit à ses côtés.

    – Gumi et moi voulions bien faire…

    – Vous avez trahi votre pays, tout simplement ! Comment avez-vous osé faire ça à la Reine ?

    Alys ne se débinait pas. Elle était totalement consciente d’être dans le vrai, et désirait argumenter ses décisions devant Miku.

    – Il y a eu beaucoup trop de mensonges. Tout cela nous a menés trop loin. Regardez où nous en sommes maintenant.

    Miku ne savait quoi répondre. Le raisonnement d’Alys était infaillible. Cette quête visant plus que tout à protéger le secret de Luka n’avait apporté que des problèmes.

    – Je voulais juste protéger la Reine… avoua Miku. « Elle est la personne la plus importante pour moi ! », sanglota-t-elle, comme si toute la pression de ces dernières semaines retombait d’un seul coup.

    Alys n’avait jamais vu la commandante dans cet état. Elle se trouvait, à présent, à mille lieues de sa légende. La commandante Miku, celle qui a gravi tous les échelons de la Garde royale, qui a sauvé la Reine Luka, la combattante la plus redoutée de tout le pays de Kuni montrait ses faiblesses.

    Pourtant, Alys commençait à comprendre Miku. Toutes ses décisions partaient d’un bon sentiment. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

    – Il faut parfois un moindre mal pour protéger une personne qu’on aime…

    Miku se retourna vers Alys. La villageoise l’avait complètement percée à jour. Miku prit quelques minutes pour réfléchir, en silence. Le bruit de la mer avait quelque chose d’apaisant.

    – Vous avez peut-être raison, avoua Miku. « Mais, qu’allons-nous faire maintenant ? La Reine IA ne voudra certainement plus nous accorder son aide… »

    C’est alors qu’un autre individu se présenta sur le petit port en bois. Il s’agissait de Shirosaki, en sueur, qui avait malgré tout encore le sourire aux lèvres.

    – La Reine IA vous appelle, tous… Elle compte s’entretenir avec nous… déclara-t-il.

    Miku observa Alys, surprise. La villageoise souriait. Finalement, la situation n’était pas si sombre qu’elle ne le paraissait.

    – Peut-être que la Reine IA fait preuve d’énormément de discernement, s’enjoua-t-elle, alors que les trois personnes se dirigèrent de nouveau vers le Palais de Kabegami.

    ***

    Tous les exilés du pays de Kuni avaient été finalement invités à la réunion. Miku avait également insisté pour que Kyuu et Roku y participent. Ils avaient été les plus proches collaborateurs de Fukase, et étaient par conséquent ceux qui pouvaient le plus interpréter ses desseins.

    Dehors, Mizki ne comprenait toujours pas la décision de la Reine IA. Selon elle, il aurait mieux fallu couper les discussions tout de suite, et expulser Luka et les autres hors de leur pays.

    – Mizki, si ce qu’ont dit Gumi et Alys est vrai, nous aurons besoin de l’aide de tous les pays de Sekai pour faire face à la menace des Magiciens, analysait IA.

    – Oui, mais avec un des leurs dans notre camp ?

    – Luka est la Reine légitime de Kuni…

    – Mais elle n’est même plus à la tête de son pays !

    – Justement, ce Fukase ne me dit rien qui vaille. Il pourrait constituer une menace encore plus dangereuse…

    – Donc, vous leur faites confiance ?

    – J’ai parlé avec la Reine Luka… Elle ne me mentait pas, je le sens…

    IA coupa court à la discussion et entra dans la salle de réunion, sous les yeux attentifs des exilés du pays de Kuni. Rin, Len, Kyuu et Roku se demandaient ce qu’ils faisaient là, mais Gumi leur avait bien spécifié que, comme ils venaient du même monde que Fukase, leur expertise pourrait leur être d’une grande aide.

    IA s’assit rapidement en tête de table et convoqua le début de la réunion.

    – Après ma discussion avec la Reine Luka, Seisui est disposé à vous aider, annonça-t-elle. Sa réplique fut suivie par un sourire enjoué de la souveraine de Kuni. « Mais, pas à n’importe quel prix… », ajouta la Reine aux couettes roses. « Il faut tout d’abord bien nous organiser, et nous avons besoin de toutes les informations à votre disposition. »

    Miku prit alors la parole et raconta l’histoire depuis le début. Elle commença par présenter Rin et Len, qui saluèrent respectueusement la Reine IA (Len se montrait encore maladroit en ce qui concerne le protocole). La commandante avait décidé de commencer par lui expliquer l’invasion de son pays, puisque c’est par cela que tout avait débuté. Elle en vint rapidement à la question de l’origine des jumeaux.

    – Donc, vous deux venaient d’un autre monde… répéta IA.

    – Encore mieux ! souffla Mizki. « Ma Reine, ils veulent essayer de vous faire avaler n’importe quoi ! »

    – Mais c’est pourtant vrai, interrompit violemment Len. Sa sœur essayait de le calmer. Ce n’était pas le moment de mettre de l’huile sur le feu.

    – Calmez-vous, mon jeune ami… Puis, IA jeta un regard vers la Reine Luka.

    – C‘ est difficile à croire, mais c’est pourtant vrai… annonça la Reine de Kuni. « Et notre ennemi provient également de ce monde. Il est équipé d’armes qui nous sont encore inconnues, et il est très difficile de lutter contre lui. C’est pourquoi il a rapidement pris le pouvoir à Kuni. »

    IA passa plusieurs minutes à ressasser les informations qu’elle venait d’obtenir. Depuis toute petite, elle avait appris que l’univers était bien plus compliqué qu’elle ne le pensait. D’ailleurs, durant son couronnement, elle avait prié ses ancêtres décédés pour obtenir leur protection, alors qu’elle n’avait aucune preuve de leur existence. Finalement, après s’être entretenue en aparté avec la Reine Luka pensant quelques minutes, elle décida de poursuivre la réunion.

    Miku continuait de relater les deniers événements survenus. Elle présenta ensuite Kyuu et Roku (qui, eux, contrairement aux Kagamine, ne bougeaient pas et n’avaient pas prononcé un seul mot). Contre toute attente, Miku ne les blâmait pas pour leurs actes, et restait neutre.

    La Reine de Seisui écoutait le récit de Miku d’une grande attention. Elle savait pertinemment qu’elle avait le dessus dans les négociations pour l’instant. Elle avait mis à jour les omissions et les mensonges de Miku et de Luka. Afin de sceller une alliance correcte, celles-ci devaient à tout prix dire la vérité. C’est ce qu’IA avait confié à Mizki, qui elle, restait prudente.

    De temps en temps, IA posait des questions sur la relation entre les jumeaux et Fukase, ainsi que sur le caractère de ce dernier. Miku avait également présenté les Genshine comme de bons combattants, qu’il valait mieux avoir de son côté. Kyuu et Roku restaient plus passifs, se contenant de répondre simplement aux questions d’IA, et souriant légèrement lorsque Miku vantait leurs mérites au combat.

    Après un rapport de plusieurs dizaines de minutes, IA se leva de son siège, dominant ainsi toute la table.

    – Je vois que l’heure est grave ! Permettez-moi de vous dire, chère Luka, que nous vous apporterons notre aide, mais à une seule condition…

    Luka ne répondit pas, mais fit signe à IA de poursuivre sa pensée.

    – Il faut nous occuper en priorité du conflit avec l’île Maho. Nous devons nous assurer que les Magiciens n’ont plus d’intentions belliqueuses. La crise est importante à Kuni. De plus, comme Fukase, comme vous, est un Mage, nous ne pouvons pas garantir qu’il ne scellera aucune alliance avec la Guilde.

    Miku et Luka acquiescèrent. Le raisonnement d’IA était sans faille. De son côté, Alys était plutôt de son avis. Gumi, elle, n’était pas franchement satisfaite par cette tournure. Yuma était certainement toujours prisonnier de Fukase, et elle se languissait de retourner à Kuni pour le sortir de là. Comme si IA avait remarqué la moue triste de la lieutenante, elle embraya :

    – Ensuite, vous avez ma parole. L’armée de Seisui vous aidera à reconquérir votre nation.

    Luka se leva et partit serrer la main d’IA, sur les conseils de Miku, afin de sceller cette alliance. Le calme pesant et lourd régnait toujours dans la salle. IA et Luka retournèrent à leurs places respectives, alors qu’un soldat de Seisui, dans son uniforme caractéristique, amena une énorme carte de Sekai et la déplia sur la table rectangulaire.

    – Cependant, nous ne pourrons pas contrer les éventuels assauts des Mages seuls. Il nous faut l’aide des autres pays. Je pense que seule l’union de toutes les nations de Sekai permettra de mettre une fin définitive à ce conflit, analysa IA.

    – Qu’est-ce que vous proposez ? demanda Luka.

    – Il faut faire le tour des autres pays, et demander leur coopération. L’histoire nous montre que c’est l’union des pays qui a permis de mettre fin à la Grande Guerre Magique.

    – Par où commencer alors ? embraya Gumi, qui désirait plus que tout participer à la conversation. « L’île Kanki a toujours été un partenaire privilégié, et ne nous a jamais déçu…

    IA laissa passer quelques secondes de silence avant de donner son point de vue.

    – Je pense que nous devons commencer à tenter de sceller une alliance avec l’île Tokai.

    Alys et Gumi sursautèrent. Miku et Luka étaient surprises, mais essayaient de ne rien laisser transparaître. De leur côté, les jumeaux Kagamine et Genshine ne réagissait pas. Leur méconnaissance de l’histoire de Sekai ne leur permettait pas de comprendre la surprise de leurs interlocuteurs.

    – Mais, les contacts ont été rompus avec l’île Tokai, ma Reine, poursuivit Gumi. « Depuis qu’ils ont pris le parti des Mages pendant la dernière guerre. »

    La Grande Guerre Magique, quinze ans auparavant, avait en effet vu s’affronter deux camps issus de tout Sekai. D’un côté, l’alliance des pays réunissait les Royaumes de Kuni, Seisui, Kanki, Saryu et Yamanami. Par contre, le Roi de Tokai avait préféré prêter allégeance à la Guilde des Mages. Cette décision avait été considérée comme une trahison par les autres nations. De ce fait, les échanges commerciaux et culturels avec l’île Tokai avaient été complètement rompus après la Guerre. Le pays vivait donc dans une sorte d’autarcie. Parmi les pays de l’ancienne alliance, la rancœur envers Tokai était encore forte.

    – C’est la meilleure solution, continua IA. « L’île Tokai dispose de la meilleure armée et de la meilleure technologie. De plus, ils sont les plus proches géographiquement de l’île Maho…. »

    – Mais qu’est-ce qui vous fait croire que l’île Tokai accepterait une alliance ? demanda Luka.

    – Le Roi de Tokai est décédé il y a quelques années. Mes informateurs m’ont rapporté que ses héritiers ont entrepris de transformer le pays. Ils ne veulent pas suivre les traces de leur père. C’est donc notre chance.

    – Excusez-moi, interrompit Rin. « Vous avez bien dit LES héritiers ? »

    – Oui, le Roi de Tokai a enfanté de jumelles. Avant sa mort, il n’a pas pu faire un choix pour décider laquelle devait monter sur le trône. Elles règnent donc toutes les deux sur le Royaume de Tokai.

    – Vous avez vu ça ? s’exclama Len en direction des Genshine. « Encore des jumeaux ! C’est surprenant. »

    Roku eut un sourire léger en guise de réponse, tandis que Kyuu leva les yeux au ciel. Il se demandait comment on pouvait être si joyeux dans un moment pareil. En outre, il se fichait bien de rencontrer d’autres jumeaux. Les seuls qu’il avait croisés jusque-là étaient les Kagamine, et on ne pouvait pas dire que l’ambiance était au beau fixe.

    – Et comment s’appellent-elles ? interrogea Len.

    Anon et Kanon.
    ***

    La réunion continuait, les discussions allaient bon train. Puisque l’alliance entre Kuni et Seisui avait désormais été entérinée, IA avait fait entrer les membres principaux de son état-major. Le commandant de son armée, Akira, était un homme d’une cinquantaine d’années, dont les effets de la guerre transparaissaient sur le visage. Celui-ci était en effet couvert de diverses cicatrices. Ses yeux d’un bleu azur et ses cheveux grisonnants lui donnaient une apparence mystique, comme un vieux sage. Il était accompagné par son plus fidèle lieutenant, nommé Dex. Celui-ci était plus jeune mais portait également les cheveux argentés. Il dégageait un air extrêmement sérieux et ne paraissait pas très amical.

    – Nous allons donc affréter un bateau qui vous conduira vers l’île Tokai. Nous allons également y adjoindre un petit bataillon destiné à garantir votre protection. Malheureusement, celui-ci ne pourra pas être très fourni. Il s’agit d’une mission diplomatique, pas d’une déclaration de guerre, dit Akira.

    – Nous nous joindrons à vous, lança Luka en désignant tous ses compagnons de l’île Kuni. « Je ne veux pas rester ici sans rien faire. Je dois participer ! »

    – Le lieutenant Dex vous accompagnera. Moi, je reste ici pour coordonner le reste de mon armée en cas de besoin. Nous devons aussi nous protéger contre une possible invasion de votre ennemi, Fukase.

    – Je comprends, conclut Luka.

    La discussion fut brusquement interrompue par le claquement violent des portes en bois de la pièce.

    – Je veux me joindre à vous, s’exclama One.

    IA se redressait brusquement, le visage rongé par la colère. Non seulement, elle reprochait à sa soeur d’écouter aux portes, mais aussi d’interrompre des discussions importantes pour l’avenir de son pays.

    – Il n’en est pas question. Tu es princesse de Seisui, pas guerrière. Ta place est ici, avec moi.

    – Le commandant vient bien de dire qu’il s’agissait d’une mission diplomatique, sans grand danger ! Je veux être utile à mon pays. Laisse-moi y aller.

    – Non, répondit violemment IA. « C’est trop dangereux ».

    – Mais, le commandant dit qu’il ne s’agit que d’une mission diplomatique, et ce serait bien d’avoir un membre de la famille royale.

    – Le lieutenant Dex et Mizki représenteront Seisui. Toi, tu restes ici avec moi. Les conflits commencent à naître. Il est trop dangereux de partir à l’aventure en ce moment…

    One pesta, frappa son poing brutalement sur l’imposante table en bois, et sortit en furie. Le calme revint alors peu à peu et le conseil organisa le voyage vers l’île Tokai.

    ***

    La nuit était déjà tombée quand la réunion se termina. Rin et Len avaient rejoints Kyuu et Roku sur le parvis du Palais de Kabegami, et observaient la ville. Plusieurs lueurs éclaircissaient les rues de la capitale, donnant un certain charme à l’ensemble. Les tons colorés jaunes-orangés se reflétaient dans les énormes étendues d’eau dispersées à travers Kabegami. Si l’on entendait au loin les bruits trahissant l’activité des quartiers, le tout reflétait une apparente quiétude. Les jumeaux aux cheveux verts avaient tellement l’air d’apprécier ces moments de calme que les Kagamine n’osaient pas les déranger et s’étaient assis en silence, à leurs côtés. Roku les gratifia d’un regard empli de gentillesse, tandis que Kyuu n’avait même pas tourné la tête, plongé dans ses pensées.

    Ce calme fut soudainement troublé par l’arrivée inopinée de la commandante Miku :

    – Je dois vois parler… Tous les quatre…

    Rin et Len se mirent directement au garde-à-vous. Pendant leur formation, ils avaient été bien initiés aux us militaires. Roku se retourna et força Kyuu à se relever. L’aîné fit la moue.

    – Écoutez, vous êtes très importants pour nous. Vous êtes les seuls à pouvoir nous aider en ce qui concerne les armes mystérieuses de Fukase. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de vous perdre. Par conséquent, dès demain, sur le bateau, je recommencerai votre entraînement au combat.

    – Vous allez nous entraîner ? Vous ? lança Len, surpris. La décision de Miku arrivait à poings nommés pour lui, qui venait de perdre son maître de sabre.

    – L’heure est grave. Prenez cela comme un privilège.

    – Vous nous sous-estimez ! hurla Kyuu, empli par la vanité.

    – Pas du tout, mais vous avez encore beaucoup à apprendre, même vous, rétorqua Miku en désignant les Genshine.

    – Je vous montrerai… grommela Kyuu.

    – J’attends de voir ! lui répondit Miku sur un ton de défi, avant de rejoindre ses appartements. Elle fut suivie par les quatre jumeaux, tandis que le bateau devant les mener vers l’île Tokai était en train d’être affrété sur les rives du port de Kabegami.

    ***

    Bonne lecture !

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #50 le: 11 février 2018, 11:32:16 »
    Hello,

    Je viens aussi de publier une histoire unique avec ALYS "Alys et Kibo".
    C'est un style très différent de ce que j'ai l'habitude de faire (ce qui a fait multiplier mon stress avant de publier par 10 000^^')
    J'espère que ça vous plaira !

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Alys et Kibo

    – Je n’en peux plus… Encore une journée…

    Tels étaient les mots d’Alys alors que le réveil ne cessait de sonner. Elle était toujours allongée sur son lit, maudissant ce bruit strident et incessant. La jeune fille finit enfin par se lever et descendit lentement les escaliers qui menaient vers la cuisine. Elle prépara alors machinalement son déjeuner, se prépara et partit pour sa journée de travail. Celle-ci passa lentement, comme d’habitude. Alys retourna chez elle en ayant le sentiment d’avoir encore gâché un jour de sa vie.

    Elle ne prêtait que peu d’attention aux quelques espaces verts qui parsemaient la ville. L’ensemble était désespérément étouffé par les énormes bâtiments austères en béton. De temps en temps, la jeune femme passait devant quelques magasins, où les annonces publicitaires scandaient sans cesse des slogans répétitifs.

    Mais ce n’était pas cela qui perturbait le plus Alys. Alors qu’elle marchait lentement dans la rue, elle sentait le regard des passants, persistant et inquisiteur. La dame à la tresse n’avait jamais eu le sentiment d’appartenir à ce monde. Quoiqu’elle fasse, elle se sentait à part. Pourtant, elle ne parvenait pas à trouver la raison de cette impression. Elle ne s’était jamais intéressée aux mêmes choses que ses prétendus amis. Elle n’écoutait pas la même musique, ne regardait pas les mêmes films, ne visionnait pas les mêmes émissions télé. Alys avait toujours été jugée pour cela. De ce fait, elle avait, toute sa vie, été mise à l’écart. Souvent, on la qualifiait d’« asociale », d’ « agoraphobe », ou d’un quelconque autre adjectif qui n’avait, pour elle, que peu de sens.

    Durant des années, elle avait supporté les brimades. Celles-ci avaient débuté à l’école primaire, et avaient continué durant toute sa scolarité. Au final, Alys s’était construite construit une sorte de carapace mentale, tentant de faire fi de toutes ses remarques. Bien souvent, elle parvenait à faire illusion. Elle se devait de rester forte, de montrer un mental d’acier. Ainsi, elle avait franchi tous les obstacles qui s’étaient dressés devant elle, et avait fini par trouver un emploi stable qui lui permettait de subsister à ses besoins. Cependant, elle se sentait désormais désespérément seule. Toutes ses années de moqueries avaient finalement eu un impact sur elle. Elle s’était, en quelque sorte, renfermée sur elle-même.

    Alys continuait de marcher dans la rue, au milieu de la foule et était, comme souvent, perdue dans ses pensées. Comment sortir de ce carcan ? Elle avait beau avoir vingt-et-un ans, un appartement et un travail fixe, elle désespérait de trouver le sens de sa vie. Elle passait le plus clair de son temps seule, « enfermée dans son monde », comme disaient les membres de sa famille.

    Parfois, elle pensait mettre fin à ce mal-être. « Quelle différence cela fera-t-il ? », songeait-elle régulièrement. Elle ne manquerait à personne. De plus, cette douleur inaccessible qu’elle ressentait constamment au fond de sa poitrine s’évanouirait enfin… Alys jeta un œil vers sa gauche, et vit l’immense pont de la ville, en métal, gris et froid, qui surplombait le fleuve.

    Quelques minutes plus tard, Alys eut atteint le pont. Elle ressentait subitement le vent fort et glacial. Elle monta sur la barrière de sécurité, et resta immobile.

    Sa vie repassait devant ses yeux… Les brimades, la solitude, les rares bons moments ne pouvaient éclipser les mauvais. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues.

    Puis, le silence… Rien d’autre que le froid et le silence…

    ***

    Le vide se faisait tout autour d’Alys. La jeune fille ne ressentait plus rien. Autour d’elle, il ne restait que le néant. Contrairement à ce qu’elle aurait pu penser, cette sensation n’était pas rassurante. Ses soucis ne s’étaient pas évanouis pour autant. Elle se retrouvait une nouvelle fois en position de faiblesse, elle ne pouvait plus rien faire. Elle ne ressentait que le désespoir.

    C’est alors qu’Alys sentit une forte pression sur son épaule droite. Elle tourna la tête et observa une main qui la ramena vers l’arrière. Alys tomba violemment, le dos au sol. La jeune fille reprit lentement ses esprits. Après quelques secondes, elle se retourna pour de bon, et observa le jeune homme aux cheveux bruns qui se tenait derrière elle, en sueur. Il était plutôt bien bâti. Il avait des yeux verts perçants, était rasé de près et portait des vêtements simples, un simple jean et une chemise bleue.

    Le jeune homme dit à Alys, toujours paniquée :

    – Vous allez bien ? Vous avez failli faire une grosse bêtise…

    Alys ne répondit pas. Le jeune homme avait souligné l’absurdité de son geste avant tant de simplicité. La fille à la tresse se contenta d’acquiescer en bougeant la tête de haut en bas. Puis, l’homme releva Alys, qui était toujours assise à même le sol, et la ramena vers sa voiture.

    – Je vais vous ramener chez vous. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas dangereux, ajouta-t-il comme pour se justifier. Il se doutait que la plupart des filles d’aujourd’hui se méfiaient des inconnus, et il ne pouvait pas leur donner tort. Il préférait donc spécifier que ses intentions n’étaient pas mauvaises.

    Tandis qu’ils se dirigèrent lentement vers la voiture, Alys fut soulagée d’avoir été sauvée. Elle regrettait déjà ce moment de folie qui avait failli lui être fatal. Finalement, elle n’avait pas encore trouvé la bonne solution pour se débarrasser de ses soucis, de son mal-être. Le jeune homme l’installa ensuite sur le siège passager de son véhicule, une petite voiture citadine rouge. Il partit chercher une grosse couverture dans le coffre et couvrit Alys. Puis, l’homme s’installa au volant et mit le contact.

    La radio démarrait en même temps que la voiture. Alys entendit alors l’une de ses chansons préférées. Un CD tournait dans l’autoradio, l’homme n’écoutait donc pas cette chanson par hasard. Cette musique avait quelque chose de rassurant pour Alys, rien d’autre n’aurait pu la réconforter davantage en ce moment difficile. Pourtant, elle fut étonnée de rencontrer un homme qui écoutait cette mélodie. Ce n’était pas le genre de chansons que l’on entendait régulièrement à la radio.

    – Vous aimez ça ? demanda le jeune homme.

    Alys, une nouvelle fois, se contenta de répondre par gestes.

    – C’est l’une de mes chansons préférées. C’est assez rare de croiser quelqu’un qui aime ce genre de musique.

    Alys se dit qu’il lui ôtait les mots de la bouche.

    – Au fait, je m’appelle Kibo. Enchanté.

    La fille à la tresse parla alors au jeune homme pour la première fois :

    – Je suis Alys. Ravie de vous connaître.

    ***

    Le soir venait de tomber. Les lumières de la ville calmaient et hypnotisaient quelque peu Alys, qui se contentait de donner à Kibo les légères instructions afin de se rendre à son appartement. La musique continuait de vrombir à travers les enceintes de la voiture. La jeune femme aurait bien pu s’endormir, apaisée. Bien qu’elle se trouvât dans un véhicule avec un inconnu, elle était rassurée par la présence de Kibo. L’homme dégageait une impression de confiance. Alys n’avait encore jamais ressenti cela pour un garçon.

    La voiture rouge continuait sa route dans les rues de la ville, lentement, les routes étant légèrement embouteillées. Kibo se disait que c’était mieux, cela permettait de calmer encore davantage Alys. Il posa sur elle un regard rassurant et protecteur.

    Ils arrivèrent ensuite dans la rue de l’appartement. Kibo se gara dans le petit parking avoisinant, et éteignit le moteur. Puis, il resta silencieux quelques secondes, comme s’il attendait une réaction. Alys joignit ses mains l’une à l’autre et baissa la tête. Elle rougissait. Prenant son courage à deux mains, elle invita son sauveur à monter.

    – Je pourrais vous offrir un petit quelque chose, murmura-t-elle, toujours timide. « Un thé… Je n’ai pas d’alcool, malheureusement », s’excusa-t-elle.

    Kibo sourit :

    – Un thé, c’est parfait !

    Les deux nouveaux amis montèrent alors ensemble l’escalier qui menait à l’appartement. Alys fouilla dans sa poche, et sortit la clé de la porte. Ses sentiments étaient mitigés : d’une part, elle n’osait plus prononcer un seul mot. C’était la première fois qu’un garçon rentrait chez elle, et elle se demandait ce qu’il allait penser de son appartement. D’autre part, elle aurait voulu que ce moment ne prenne jamais fin. Qu’eux deux restent figés dans ce moment précis.

    Alys ouvrit la porte, et entra la première, afin d’allumer la lumière. L’entrée donnait directement sur un petit salon. La jeune femme invita Kibo à s’installer sur le canapé, alors qu’elle se dirigeait vers la cuisine pour préparer le thé. Pendant que l’eau chauffait, elle rejoignit le garçon. Le silence était pesant, mais rassurant.

    – Vous n’avez personne pour veiller sur vous ? se risqua de demander Kibo. « Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de vous laisser seule ce soir… »

    – Je n’ai pas grand monde, répondit Alys. « Et je ne peux pas dire à ma famille ce que je viens de faire… »

    Kibo eut un regard compatissant. « Si c’est le cas, je veux bien rester auprès de vous… »

    Alys ne répondit pas, mais eut un léger sourire alors qu’elle partit chercher le thé. Elle servit la boisson dans son plus beau service, et posa les tasses délicatement sur la table.

    Les deux jeunes gens restèrent un instant silencieux sur le canapé. Puis Kibo se mit à discuter.

    – Alors, j’ai remarqué que la musique dans la voiture vous plaisait…

    – Oui, c’est très rare de rencontrer quelqu’un qui a les mêmes goûts que moi, rétorqua Alys.

    Ils continuèrent de discuter de divers sujets autour de plusieurs tasses de thé. Après quelques heures, Alys s’endormit paisiblement sur le canapé, sous l’œil attentif de Kibo. Même si cette journée aurait pu s’avérer fatalement tragique, Alys n’avait que rarement passé une aussi bonne soirée. Kibo, lui, ne s’endormit que d’un œil, préférant encore garder son attention sur la fille à la tresse.

    ***

    Alys et Kibo s’étaient vus plusieurs fois durant les semaines qui avaient suivi. Ils s’organisaient souvent des sorties au parc ou au cinéma. Ils possédaient également des goûts très semblables concernant les films. Ils pouvaient dès lors se permettre de se rendre au cinéma le plus proche, et de choisir un film rapidement. La discussion concernant le choix du film ne durait généralement pas bien longtemps. Ces sorties avaient permis à Alys de s’ouvrir un peu plus. En outre, elle commençait à vraiment s’attacher à Kibo. Si elle se montrait méfiante au début, elle avait fini par tomber sous le charme de cet homme galant, attentionné et gentil. Et puis, il lui permettait de se sentir mieux. Depuis leur rencontre, la jeune fille à la tresse n’était plus gangrenée par ses idées noires. Au final, Kibo avait réussi à lui faire prendre confiance en elle. Alys avait fini par oublier les brimades auxquelles elle avait dû faire face durant sa jeunesse. Désormais, quelqu’un l’appréciait pour ce qu’elle était réellement. Auparavant, elle tentait de jouer un rôle lorsqu’elle se trouvait en public, de se faire passer pour une autre personne, pour éviter la pression sociale. Mais cela ne fonctionnait pas. Kibo était parvenu à lui faire comprendre une chose très importante : elle pouvait être fière de la personne qu’elle était devenue.

    Ce jour-là, Alys et Kibo s’étaient donné rendez-vous dans un petit café pour boire un verre et discuter. Les sujets de discussion ne manquaient pas avec Kibo, Alys appréciait cela. Elle ne devait pas réfléchir bien longtemps à ce qu’elle devait dire. Lorsqu’elle était avec ce garçon, elle pouvait agir naturellement.

    Le soleil brillait, il faisait très chaud, mais une légère brise rendait le tout supportable. Alys s’était déjà installée à une table de la terrasse, assez exigüe, et observait les passants en attenant Kibo. Désormais, elle ne ressentait plus cette impression de regard accusateur. Quand elle marchait en rue, elle se tenait la tête haute. Kibo était même parvenu à faire changer ça chez elle, et en quelques semaines seulement. Elle lui avait d’ailleurs déjà signalé, au détour d’une discussion. Ce à quoi le jeune garçon avait répondu qu’elle avait toujours eu cela en elle, qu’il n’avait rien fait de spécial.

    Le temps passait. Kibo n’était toujours pas arrivé. Alys observait la trotteuse de sa montre à intervalles réguliers. L’heure de leur rendez-vous était pourtant passée depuis plusieurs dizaines de minutes, mais son ami ne s’était toujours pas montré. Alys commençait à ressentir la panique monter en elle. Kibo n’était jamais en retard. Au contraire, il était toujours en avance, et attendait Alys sans arrêt. Alors, pourquoi n’était-il toujours pas là ?

    Alys sortit rapidement son téléphone portable de sa poche. Elle parcourut les différents noms de son répertoire, avant de tomber sur celui de Kibo. Alors qu’elle fut à deux doigts de presser la touche pour l’appeler, elle se ravisa. Qu’allait-il penser ? Se montrait-elle trop insistante et possessive ? Elle décida d’attendre encore un peu.

    Mais Kibo ne se montrait toujours pas.

    C’en était trop. Il avait dû lui arriver quelque chose. Alys s’empara à nouveau de son téléphone, qui était posé sur la table, et chercha le numéro de Kibo. Le stress de la jeune femme montait encore alors qu’elle lança l’appel. Mais le message qui suivit lui glaça le sang.

    « Le numéro que vous avez composé n’est pas attribué ».

    Comment cela était-il possible ? Elle avait déjà composé ce numéro des dizaines de fois, sans aucun souci. Ce numéro existait, elle en était certaine. Kibo n’en aurait pas changé sans la prévenir !

    Un sentiment de tristesse mêlé de rage parcourut Alys. Elle ne comprenait plus rien. Avait-elle fait confiance à un imposteur ? Quel était son but ? Il paraissait si gentil et attentionné, Kibo n’était en aucun cas douteux.

    Alys quitta le café et se mit à errer dans la ville. Elle se rendit à tous les endroits régulièrement fréquentés par Kibo. Sa maison, le parc, le cinéma, elle se rendit même sur son lieu de travail. Sans résultat.

    Kibo avait disparu.

    Soudainement, Alys refit face à tous ses vieux démons, comme si ce garçon avait agi tel un exorciste depuis qu’elle l’avait rencontré. Les idées noires revenaient. Tout était de nouveau réduit à néant.

    Alys rentra chez elle, en pleurs. Elle s’écroula violemment sur son lit. Elle attrapa la boîte de somnifères qui était restée au fond du tiroir, et les avala d’un coup sec. La jeune femme voulait dormir, oublier cette dure réalité, oublier cette trahison.

    Et Alys s’endormit.

    ***

    Quand Alys se réveilla, elle ne vit pas le plafond sombre de sa chambre. Celui-ci laissait place à un large plafond d’un blanc immaculé. Son lit également n’était pas le même. Elle tourna la tête et remarqua les membres de sa famille, assis sur plusieurs chaises, l’air inquiet.

    – Où est Kibo ? murmura-t-elle, peinant à se faire entendre.

    – Où est-il ? répétait-elle plus fort.

    Elle commença à paniquer, craignant comprendre ce qui se passait.

    Sa mère s’avança vers elle, les larmes aux yeux, et lui expliqua :

    – Tu as sauté du pont… Mais qu’est-ce qui t’as pris ? Heureusement, un policier passait par là, et a pu te sauver et appeler les urgences… Alys, pourquoi ?, sanglota la mère.

    Mais Alys ne voulait pas encore s’expliquer. Elle était encore sous le choc. La jeune femme ne voulait pas s’avouer la vérité. Kibo n’existait pas. Tout ceci n’avait été que pure invention, que simple désir. Tous ces moments de joie n’étaient qu’inventés. Cette idée la ramena directement à la dure réalité.

    La journée passait. Les parents d’Alys restèrent à son chevet, jusqu’à ce qu’une des infirmières du service les informa que les visites étaient terminées. C’était donc à contrecœur qu’ils quittèrent la chambre. Le père s’assura tout de même que sa fille restait sous surveillance. Son état mental était encore préoccupant. Elle n’avait cessé de murmurer le nom d’un certain Kibo. L’infirmière le rassura. Il s’agissait d’un service spécial, destiné aux personnes en état de dépression. Le père quitta alors lentement la chambre d’hôpital, alors que la mère d’Alys l’enlaça une dernière fois.

    La nuit fut difficile. Alys peinait à trouver le sommeil. Pourtant, son souhait le plus cher était de retourner aux pays des rêves. Peut-être rencontrerait-elle de nouveau Kibo ? Plus elle y pensait, plus elle avait envie de pleurer. Les moments les plus joyeux de sa vie n’avaient été que fantasmés. Alys déraisonnait complètement.

    – Je suis là…

    Un murmure très léger parcourait son esprit. Elle reconnut la voix de Kibo. Mais cela ne se pouvait pas. Pourquoi y pensait-elle encore, alors qu’elle savait qu’il était l’objet de son imagination.

    Cette nuit-là, Alys pensa plusieurs fois à réitérer son geste fatal. Pourtant, le calme de l’hôpital lui avait permis de faire le point.

    – Trouve-moi…

    Néanmoins, cette voix imaginée continuait de la hanter. Elle ne pouvait l’oublier. Elle repensait aux mots que lui avaient prononcés Kibo, dans son rêve. Pendant quelques instants, ce garçon était parvenu à lui redonner confiance en elle. Elle avait ainsi retrouvé l’envie de vivre, du moins en rêve. Alys réfléchissait. Elle avait désormais toutes les cartes en main pour reprendre le contrôle de sa vie. Les mots de Kibo résonnaient encore dans sa tête. « Tu es une fille extraordinaire… », « Je suis content de t’avoir rencontré… ». Elle désirait plus que tout au monde entendre ses phrases de nouveau.

    Les heures de la nuit passaient lentement. Alys se retrouvait face à elle-même. Au fil de sa réflexion, elle voulait reprendre les choses en main. Kibo, même s’il n’existait pas, le lui avait dit. Elle était la seule maîtresse de sa vie. Elle ne devait pas avoir honte de sa personnalité, c’est ce qui la rendait unique.

    Au fond, c’était elle-même qui avait prononcé ses mots. Alys l’avait décidé. Dès le lendemain, elle relèverait la tête. Ce serait difficile, elle le savait. Mais, elle voulait s’en sortir. Le suicide n’était pas une solution. Elle se devait de relever la tête, de profiter de cette vie qui lui avait été donnée. Elle passa toute la nuit à se chercher un objectif, un but à atteindre, quelque chose qui donnerait un sens à son existence.

    Alys n’en avait pas dormi de la nuit.

    ***

    Le jour suivant, les parents d’Alys passèrent la rechercher à l’hôpital. Le médecin-chef avait validé son bon de sortie, non sans répéter qu’il fallait prêter attention à la jeune femme. Son était psychologique était encore sérieux. Il ne fallait pas la laisser seule.

    Sur le parking de l’hôpital, Alys s’installa à l’arrière de la voiture. Le véhicule parcourut les avenues de la ville embouteillée.

    – Tu es sûr que c’est bon de passer par là ?, interpella la mère d’Alys.

    – Je n’ai pas le choix… C’est le seul chemin…

    Les craintes de la mère remontèrent d’un cran. La voiture passait près de ce pont maudit, celui qui avait failli enlever la vie de sa fille. En outre, elle ne pensait pas que c’était une bonne idée qu’Alys revit cet endroit. Pourtant, la fille à la tresse bleutée se releva de la banquette arrière et s’avança vers ses parents.

    – Arrêtez-vous ! S’il vous plaît…

    La mère entra alors dans un état de panique. Il n’était pas question de s’arrêter ici ! Et si Alys réitérait son geste ? Pourtant, la jeune fille insistait. Finalement, le père s’arrêta sur le bas-côté, bien qu’il ne puisse cacher son inquiétude.

    Alys sortit de la voiture et s’avança vers le pont. Elle observa la baie et le fleuve pendant de longues minutes. Cet endroit, où elle avait failli commettre l’irréparable, serait le symbole de son nouveau départ. Un nouveau départ provoqué par une simple illusion. Pourtant, cette illusion venait d’elle-même, comme si son propre esprit avait voulu lui faire prendre conscience qu’elle avait tout en main pour résoudre son mal-être.

    – Papa, maman, j’ai décidé… Je vais partir d’ici…

    Sa mère faillit s’évanouir. Les pires idées lui venaient à l’esprit.

    – Ne fais pas ça, s’exclama-t-elle.

    – Non, je veux juste quitter la ville, parcourir le monde. J’ai un peu d’argent de côté, je peux en profiter…

    Alys possédait désormais un objectif. Pourtant, elle n’avait pas tout raconté à ses parents. Son but n’était pas de simplement parcourir le monde. Elle y rechercherait quelque chose, qui lui permettrait de combler un manque en elle.

    Cette idée n’avait cessé de lui parcourir l’esprit. Bien qu’elle eût imaginé Kibo, il lui avait permis de se sentir mieux, et de s’ouvrir davantage. Quelques jours plus tard, alors qu’elle préparait son sac avant d’entamer son tour de monde, une pensée la parcourait. Existait-il un Kibo sur cette Terre ? Le croiserait-elle ? Pour la première fois depuis longtemps, une idée positive lui vint à l’esprit. Elle ne savait dire pourquoi, mais elle était convaincue que, si une personne telle que Kibo existait dans ce monde, elle finirait par le rencontrer…

    Puis, Alys prit son sac, observa son appartement une dernière fois, et partit loin, laissant tous ses soucis de côté.

    ***


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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #51 le: 06 mars 2018, 19:45:51 »
    Nouveau chapitre de Sekai :

    Spoiler
    Chapitre 28 : Des flammes sur les vagues

    Le bateau avait levé l’ancre et se dirigeait vers l’île Tokai. À son bord se trouvaient plusieurs soldats de l’armée de Seisui, ainsi que Luka, Miku, Rin, Len, les jumeaux Genshine, Alys et Shirosaki. Les représentants de l’archipel, Mizki et Dex, avaient également pris place.

    Une petite salle de réunion avait aussi été aménagée dans l’une des cales du bateau. Miku et Luka avaient été invités à une réunion préparatoire. Mizki et le lieutenant Dex voulaient s’assurer qu’il n’y ait aucun malentendu avant d’accoster sur Tokai.

    Dex se tenait devant une grande carte représentant les différentes îles de Sekai. Il avait également avec lui quelques petites notes. Mizki était à ses côtés, un peu plus à l’écart, tandis que Miku et Luka étaient assises au fond de la cale, et écoutaient le soldat avec la plus grande attention.

    – Comme vous le savez, l’île Tokai a fermé ses frontières après leur défaite lors de la Grande Guerre Magique. Le Roi ne jouissait alors plus d’une grande popularité dans son pays, et sa santé était déclinante. Il est décédé il y a quelques années et a dû laisser sa place à ses jumelles, Anon et Kanon.

    – Et elles n’ont pas essayé de renouer le contact avec les pays voisins ? demanda naïvement Luka.

    – Anon et Kanon veulent réformer leur pays. Mais elles ne savent pas encore si les autres nations sont prêtes à pardonner la trahison de l’île Tokai lors de la Guerre. C’est pourquoi le pays vit en autarcie.

    – C’est un peu le cas de nous tous par ailleurs, ajouta Mizki. « Après la Guerre, tous les pays se sont attelés à leur reconstruction, les échanges n’étaient plus si nombreux… »

    Miku interrompit le discours de Dex : « Mais comment savez-vous tout cela ? »

    Dex s’étonna presque de cette question. Au final, le pays de Kuni pâtissait de son gouvernement particulièrement jeune. L’ancienne grande puissance était petit à petit devenue une proie facile pour les voisins malintentionnés.

    – Nous avons plusieurs espions en poste sur l’île Tokai…

    Miku sursauta.

    – Nous avons d’ailleurs quelques espions dans chaque pays du monde. Comme toutes les nations se replient sur elles-mêmes, c’est le seul moyen pour nous de savoir comment se portent nos alliés ou ennemis, admit Dex.

    Cette révélation fit énormément réfléchir la Reine Luka. Alors qu’elle pensait avoir plutôt bien géré ses devoirs de chef d’État (en dehors de tout ce qui concernait son appartenance à la Guilde des Magiciens), elle se rendait désormais compte que ses congénères étaient allés bien plus loin. D’autant plus que le lieutenant Dex lui affirma également que cette pratique n’était pas le propre des agents de Seisui. De nombreux espions étaient en action dans tous les pays. Pourtant, Luka n’avait jamais prêté attention à cette pratique. Elle se sentait d’abord désespérée, mais en y réfléchissant, le fait que Mizki et Dex lui fassent part de leurs agissements était une forme de confiance. Quoiqu’il en soit, la Reine de Kuni savait qu’elle devrait revoir sa politique une fois qu’elle aurait retrouvé son trône.

    La suite de la réunion consistait à établir la stratégie une fois que le bateau aurait accosté sur l’île Tokai. Il était important de respecter les us et coutumes en vigueur. Il fallait également discuter de la façon dont il fallait aborder la demande d’alliance. Mais, selon toute vraisemblance, le voyage devrait se dérouler sans embûches.

    Du moins, c’est ce qu’ils pensaient.

    ***

    Miku sortit de la cale en compagnie de Luka. Mizki et Dex étaient encore restés quelque temps à l’intérieur. La Reine s’en alla vers la proue du navire alors que Miku se dirigea vers Rin, Len, Kyuu et Roku qui se tenaient bien droits au milieu du pont. Alys, de son côté, s’entraînait déjà au Koryu. Elle comptait profiter de ce petit moment de calme pour parfaire sa technique. Elle n’avait pas oublié qu’elle devait toujours essayer de maîtriser la technique de la barrière de son père. Shirosaki l’observait. Bien que sa connaissance ne soit uniquement livresque, il lui prodiguait de temps en temps un petit conseil, ou lui faisait part de son interprétation de l’ouvrage koryuiste qu’ils étaient en train de consulter.

    Gumi, elle, se tenait également sur le côté. Miku lui avait demandé de ne pas se mêler de ce premier entraînement. La lieutenante se doutait que la commandante avait quelque chose derrière la tête, et cela ne la rassurait pas.

    – Bien, commença Miku. « J’ai tout d’abord besoin d’évaluer votre niveau. Nous allons donc procéder à des combats en un contre un ».

    Len ne se débinait pas. Gumi et Yuma leur avaient déjà donné ce type d’entraînement, à lui et sa sœur. Il se dirigea donc directement vers Rin, comme à son habitude.

    – Non, non, interrompit la commandante. « Rin, tu affronteras Roku. Et toi Len, tu feras face à Kyuu. Je veux vous voir face à d’autres adversaires. De plus, l’espace ici est assez reclus. Il s’agit d’un tout autre type de combat. Dans la réalité, vous n’aurez que rarement le choix de votre terrain de combat. Il faut donc vous adapter à toutes les situations ».

    Len lança un regard rageur vers Kyuu, qui lui en rendit un identique. Rin eut une expression bien plus amicale envers Roku. Le plus jeune jumeau ne tenait également pas plus que cela à se battre contre la jeune Kagamine.

    Miku donna le signal de départ. Kyuu et Len se lancèrent directement l’un vers l’autre. Leurs sabres claquèrent dans un son caractéristique. Le blondinet engagea directement l’épreuve de force avec le frère Genshine. Kyuu sourit. Un sourire malicieux qui inquiéta directement Len. Il prenait déjà le dessus. Soudainement, Kyuu balaya Len grâce à sa jambe droite et le déséquilibra. Il tomba violemment sur le sol, puis s’enfuit rapidement à quatre pattes afin d’éviter les attaques violentes de son adversaire.

    Dans l’autre combat, Rin attaqua Roku en premier. Le cadet ne faisait que parer, ne tentant aucune contre-attaque. Par moments, il observait la jambe de Rin, celle-là même qu’il avait blessée quelque temps auparavant. À en juger le combat de Rin, elle était désormais bien soignée et rétablie. Pourtant, la jeune fille ne prenait pas le dessus, et Roku se défendait plutôt bien, bien qu’il n’engagea aucun mouvement potentiellement dangereux.

    – Roku ! Combats normalement, hurla Gumi.

    – Mais… hésita le jumeau.

    – Fais ce que je te dis !

    Soudain, le combat prit une toute autre tournure. La moindre erreur de Rin se payait cash. Ainsi, Roku arrêta plusieurs fois sa lame près de la carotide de la jeune fille. S’il s’agissait d’un combat réel, elle aurait déjà perdu la vie depuis longtemps. La lutte continuait. Rin tentait tant bien que mal de résister aux assauts de Roku.

    Len continuait de fuir. Toutefois, le bateau était relativement étroit, Kyuu le poursuivait sans arrêt. Le jumeau aux cheveux verts semblait éprouver un malin plaisir à chasser sa proie. Un peu plus tard, Len reprit l’équilibre et parvint à relancer un assaut vers Kyuu. Si celui-ci semblait désorienté dans un premier temps, il renversa rapidement la tendance et se servit de son bras gauche pour déséquilibrer Len encore une fois. Alors que son adversaire était aplati sur le sol en bois du bateau, Kyuu brandit son katana juste au-dessus de son visage. Dans le même temps, Roku était parvenu à prendre définitivement le dessus sur Rin. Les deux combats prirent fin en même temps, résultant en une victoire cinglante des Genshine.

    – Bien, j’ai vu ce que je voulais voir, annonça Miku d’un air sérieux.

    Elle laissa quelques secondes pour que les Kagamine se remettent de leur combat. D’un geste galant, Roku tendit la main pour aider Rin à se relever. Kyuu n’eut, lui, même pas un regard pour Len. Le jeune blond était de toute façon trop enragé par sa défaite que pour apprécier le moindre geste amical de la part de l’aîné des Genshine.

    Les quatre combattants se tinrent droits devant Miku.

    – Je pense que vous avez vus où je voulais en venir… Rin et Len, vous êtes loin d’être des combattants de haut niveau. Kyuu et Roku, je suis ravie d’avoir vu une partie de vos talents.

    – Mais, on s’est entraîné pendant des heures ! râla Len.

    – Certes… Mais vos adversaires ici manient le sabre depuis leur tendre jeunesse. Vous, seulement depuis quelques mois. Je voulais que vous preniez conscience de cela. Les ennemis que nous allons affronter auront bien plus d’expérience que vous. Vous allez vous entraîner, mais restez prudents.

    – Pourtant, on a déjà combattu durant des batailles, interrompit Rin.

    – Nous étions toujours avec vous, Yuma et moi, révéla Gumi. « On assurait toujours vos arrières… »

    Un poids semblait s’abattre sur les épaules des jumeaux Kagamine. Ils pensaient avoir atteint un certain niveau. Mais ce dernier combat les remettait à leur place. Pourtant, Len avait toujours ce regard déterminé, brûlant d’envie de faire ses preuves.

    – Cet exercice n’a pas pour objectif de vous démotiver. Juste de vous faire voir la réalité. Vous avez du potentiel, mais vous êtes encore loin de certains combattants…

    Cette remarque n’entravait pas la motivation de Rin en Len, à la grande joie de Gumi, qui appréciait les voir réagir de cette façon.

    – Par contre, Kyuu et Roku, votre style de combat est très bon…

    Roku rougissait, tandis que Kyuu bombait le torse d’un air satisfait.

    Leur entraînement fut alors soudainement interrompu par l’annonce d’un des membres de l’équipage.

    – Navire en vue ! Il semble venir de l’île de Kuni !

    ***

    Tous les exilés du pays de Kuni se dirigèrent vers l’avant du bateau. La panique pouvait s’observer sur leur visage.

    – Il faut fuir ! hurla Luka.

    Mais le capitaine dut lui répondre par la négative :

    – Ils ont un navire de guerre. Ils sont bien plus rapides que nous. Nous pouvons essayer de les semer, mais ça sera compliqué… Nous devons nous préparer au combat.

    Luka se montrait particulièrement inquiète en envisageant cette idée. Miku, de son côté, mobilisa ses compagnons et quelques soldats du lieutenant Dex. Mais ils furent tous brutalement interrompus. Un impact de balle de sniper venait de s’écraser sur la tempe de l’un des soldats, qui s’écroula sur le pont en bois de l’embarcation. Le malheureux était mort sur le coup, son sang commençait déjà à couler le long du pont du bateau.

    Tous les passagers essayaient donc de se mettre à couvert. Dans la hâte, Kyuu et Roku eurent un regard vers le bateau ennemi. Ils aperçurent alors une mèche de cheveux blonde caractéristique.

    – C’est Yohio, sanglota Roku. « Fukase l’a libéré ! »

    Sur son navire, Yohio se montrait particulièrement fier et vaniteux. Il appréciait sa toute-puissance. Son tricorne vissé sur sa tête, il sortit sa longue-vue et observait les jumeaux, qui se dissimulaient derrière une grande caisse en bois.

    – Laissez–moi les jumeaux. J’ai un petit compte à régler avec eux. Par contre, massacrez tout le reste, excepté la Reine Luka.

    Le bateau de Kuni continuait de s’approcher dangereusement. Pendant ce temps, Miku voyageait sur le bateau. Plusieurs groupes étaient cachés pour se protéger des armes à feu.

    Kyuu observait toujours le bateau approchant.

    – Il vient pour nous… C’est nous qu’il veut, répéta-t-il en fixant Yohio.

    Au fur et à mesure que le bateau ennemi se rapprochait d’eux, la panique montait, non seulement chez les Genshine mais aussi chez tout l’équipage. Hormis Kyuu et Roku, tous les autres s’étaient dissimulés à l’abri des balles.

    – Laissez-nous faire ! hurla Roku. « Nous nous occupons de Yohio ! »

    Dans sa panique, le cadet avait complètement omis que le reste de l’équipage ennemi ne se priverait pas pour massacrer les passagers du bateau de Seisui. Quelques secondes plus tard, plusieurs planches atterrissaient sur le bord du bateau de Seisui.

    L’abordage avait débuté.

    Les soldats de Fukase, équipés de leurs armes à feu se mirent à massacrer tout l’équipage. Le capitaine fut l’un des premiers à périr. Il fut rapidement accompagné dans la mort par plusieurs de ses matelots, le tout dans une fureur meurtrière et sanglante. Le son provoqué par les armes à feu était assourdissant.

    Mizki, cachée derrière une large caisse en bois, n’en croyait pas ses yeux. Le pays de Kuni avait donc dû se battre contre un ennemi si puissant ? Bien qu’elle se doutât que la Reine Luka n’avait pas abandonné son trône à la suite d’une simple rébellion, elle ne pensait pas que son ennemi était si puissant. Immédiatement, elle ressentait une vive panique qu’elle n’avait jamais expérimentée auparavant. Pour la première fois, Mizki participait à une véritable guerre. Le danger de mort imminente n’était pas loin.

    L’assaut continuait, le sang coulait. Les exilés du pays de Kuni s’étaient, eux, réfugiés dans la cale, en compagnie du lieutenant Dex. La porte était verrouillée, ce qui leur permettait d’avoir un peu de temps pour élaborer une stratégie de combat.

    – Nous ne pouvons rien faire contre ces armes, confit Miku. « Mais nous pouvons nous battre. L’objectif est de rester sans cesse en mouvement, de sorte à ce qu’ils ne puissent pas viser. Ensuite, essayez d’atteindre quelques ennemis… »

    Rin avait observé l’ennemi durant quelques instants. Ainsi, elle avait remarqué que Yohio n’avait pas embarqué avec lui de soldats possédant des mitraillettes. Cependant, elle émettait des doutes sur la stratégie de Miku. Son frère et elle étaient-ils capables d’être assez rapides pour éviter les tirs de balles ?

    Gumi remarquait le doute dans les yeux de Rin. Alors que Miku était en discussions avec le lieutenant Dex (Luka, Alys et Shirosaki se trouvaient dans un coin de la cale), elle s’avança vers la jeune fille :

    – Tu y arriveras ! Tout ce que tu as à faire, c’est d’attaquer en mouvement. Puis, tu te mets à l’abri. Len !, lança-t-elle en se tournant vers le garçon, « protège ta sœur. Combattez toujours à deux. De cette manière, l’un peut toujours couvrir les arrières de l’autre. »

    Dex se dirigea subrepticement vers la sortie, et parcourut le bateau furtivement afin de passer le massage concernant la stratégie de Miku à ses soldats encore vivants.

    Miku se dirigea vers la porte. « Alys, ta pratique du Koryu pourrait bien nous être utile ! ». La villageoise s’avança, le regard déterminé. Miku ouvrit alors la porte et monta les escaliers qui menaient vers le pont du bateau. La commandante se tourna vers la Reine, et lui dit juste avant de sortir :

    – Vous, restez ici…

    Gumi suivait Miku, ensuite vinrent Alys, Rin et Len.

    À peine sortie de la cale, la commandante embrocha deux ennemis. Elle continua sa route en courant, baladant son sabre un peu partout, blessant au passage ses assaillants. Sa vitesse était prodigieuse, elle impressionna Rin et Len. De cette manière, les soldats de Fukase ne purent jamais l’atteindre. Gumi, de son côté, avait remarqué une ouverture vers la droite. La lieutenante dégaina sa lame et partit attaquer l’endroit d’où venaient les ennemis. Son objectif était d’arrêter le flux incessant d’assaillants.

    Alys, elle, avait préparé ses techniques du Koryu. Celles-ci s’avéraient bien utiles dans le moment présent. Non seulement elles lui permettaient d’attaquer à distance (elle put, de cette façon, sortir Rin et Len de plusieurs mauvais pas), mais la villageoise pouvait également utiliser ses prises de défense pour se protéger. Pendant plusieurs jours, elle avait travaillé la technique de la barrière qu’avait inventée son père. Elle parvenait désormais à se protéger totalement.

    Le sol était désormais paré d’une couleur pourpre. Plusieurs corps jonchaient le sol, le vacarme était toujours assourdissant. Rin et Len restèrent encore un certain temps à l’abri. Au loin, ils aperçurent les jumeaux aux cheveux verts qui faisaient face au capitaine de l’autre bateau.

    – Comme on se retrouve, lança Yohio, un sourire malsain aux lèvres.

    Kyuu et Roku ne répondirent pas à ses provocations. Puis, à leur grande surprise, Yohio sortit un sabre rouge de son fourreau.

    – J’ai toujours voulu me mesurer aux sabreurs fabuleux de Fukase. C’est le moment rêvé ! rit-il.

    Soudainement, l’homme blond se dirigea vers Roku. Sa première attaque fut facilement contrée par l’aîné des Genshine. Yohio fit quelques pas en arrière tandis que Roku dégaina son arme. La tension était pesante. Le prochain assaut allait être très difficile.

    Yohio ne perdit pas de temps et se lança, cette fois vers Kyuu. Celui-ci esquiva l’attaque en effectuant un pas vers la gauche. Dans le même temps, Roku tenta une attaque. Celle-ci se fit également contrée. En effet, Yohio avait pris soin de dissimuler sa deuxième arme, un wakizashi, un katana de plus petite taille. Alors qu’il le dégainait, Roku remarqua que l’ennemi possédait également un revolver. Toutefois, Yohio ne voulait pas en faire usage durant ce combat. Il battrait les Genshine à l’arme blanche.

    Le combat continuait et était assez équilibré. Les jumeaux furent impressionnés par le niveau de Yohio, même s’ils ne l’avaient pas sous-estimé.

    Un peu plus loin, Rin et Len étaient sortis de la cale et restaient le plus possible l’un contre l’autre, leurs sabres brandis devant eux. Comme Miku leur avait ordonné, ils restèrent sans cesse en mouvement. Néanmoins, leur niveau était bien moins élevé. Sur leur chemin, ils parvinrent à blesser quelques ennemis, mais ils devaient sans cesse se remettre à couvert. Petit à petit, ils se rapprochaient de l’endroit où combattaient Kyuu et Roku.

    Leur combat faisait toujours rage. Plus le temps passait, plus Yohio se montrait déterminé, il était de plus en plus agressif. Durant un instant, il perçut une ouverture dans la garde de Roku et le jeta par-dessus bord. Puis, il attaqua Kyuu, mais son coup fut paré par la lame du sabre de l’aîné.

    Une nouvelle épreuve de force débutait. Aucun ne voulait lâcher sa garde. Pourtant, Kyuu paraissait préoccupé. S’il gardait la force nécessaire pour contrôler l’attaque de Yohio, il jeta plusieurs coups d’œil vers la mer afin de retrouver son frère.

    – A l’aide ! Quelqu’un ! Roku ne sait pas nager !

    Cette remarque provoqua un énorme rire sadique dans le chef de Yohio.

    – Tu peux dire adieu à ton frère !

    La garde de Kyuu baissait, comme sa force. Le simple fait de penser à l’éventuelle perte de son frère lui ôtait toute envie de vivre.

    – Ne t’inquiète pas, tu iras bientôt le rejoindre !

    Kyuu commença à perdre espoir. La lame de Yohio se rapprochait dangereusement de la tête de Kyuu. C’est alors que Len sauta à l’eau, sous les yeux ébahis du garçon aux cheveux verts.

    – Ne te laisse pas faire Kyuu ! Len va sauver ton frère ! Toi gagne ce combat ! cria Rin.

    Néanmoins, Kyuu ne parvenait toujours pas à se concentrer, toujours préoccupé par le sort de son jumeau. Pendant ce temps, Len nageait dans les eaux froides de la mer, à la recherche du cadet. Il plongea, sous les yeux de Rin, inquiète. Roku était inconscient et en train de plonger vers les abysses. En quelques secondes seulement, Len remonta à la surface, prit un grand bol d’air et replongea, se préparant à une longue apnée. Il nageait et luttait contre la poussée de l’eau qui le ramenait sans arrêt vers la surface. Après un petit moment, il atteint le corps de Roku, le ceintura et actionna ses jambes le plus vite possible pour le remonter. Le jeune garçon aux cheveux verts était toujours inconscient, mais il était sauvé.

    – Kyuu ! Len a retrouvé Roku ! Il est sauvé, informa Rin.

    La tristesse de Kyuu se transforma soudainement en terrible rage. D’un seul mouvement de jambe, il fit perdre l’équilibre de Yohio. Le capitaine blond roula sur le sol, et resta couché quelques instants, juste assez longtemps pour que Kyuu le rejoigne. L’aîné observa la main de Yohio, à laquelle il manquait plusieurs doigts, un signe de l’interrogatoire que lui avait fait subir Miku. Il tenait donc son sabre de l’autre main. Sans hésitation, Kyuu trancha la main de Yohio, et lui lança au visage.

    – Tiens, tu donneras ça en souvenir à Fukase.

    Une expression de peur prenait désormais place sur le visage de Yohio.

    ***
    Yohio avait beau être vaincu, le reste des soldats de Fukase continuait leur carnage à bord de leur bateau. Si les soldats les plus aguerris, parmi lesquels les membres de l’état-major du pays de Kuni, avaient réussi à se protéger et même à éliminer plusieurs ennemis, la plus grande partie de l’équipage avait péri. Quelques gardes de Seisui se dissimulaient encore tant bien que mal à plusieurs endroits du bateau. L’attaque devait rapidement être repoussée, sinon la défaite allait s’avérer cuisante.

    Luka, qui avait suivi les instructions de Miku et était restée en sécurité dans la cale du bateau, pestait. Elle ne supportait pas d’être encore la femme à protéger, celle pour laquelle de nombreuses vies allaient être sacrifiées. Elle devait faire quelque chose. Pourtant, elle éprouvait toujours une certaine réticence à utiliser la magie. Elle en avait fait usage lors du combat contre Fukase, mais celui-ci l’avait quasiment forcée. Elle ne l’avait plus pratiqué depuis. Cependant, elle ne pouvait pas laisser cette puissance cachée. Dans le cas présent, elle pouvait se montrer d’une immense aide. Il était temps d’oublier cette peur de la ségrégation.

    La Reine sortit de la cale, emprunta rapidement les escaliers et prit rapidement la direction du flanc du bateau. Elle fit alors face à l’embarcation ennemie.

    – Hi no tama, s’écria-t-elle.

    Une boule de feu enflamma l’embarcation ennemie. L’incendie se propageait. Il n’eut besoin que de quelques minutes pour que le feu n’atteigne tout le bateau. Ensuite, la Reine de Kuni se dirigea vers Alys, non sans asséner quelques boules de feu à certains ennemis qui se trouvaient là.

    – Alys ! J’ai un plan ! Regroupe tout le monde dans un coin du bateau, et laisse-moi faire !

    – Ma Reine, vous êtes sortie de la cale ! rétorqua Alys.

    – Ne t’inquiète pas, je sais ce que je fais. Fais ce que je te dis !

    La Koryuiste rappela donc tous les derniers membres de l’équipage vivants dans le coin du bateau, comme lui avait demandé la Reine. Miku s’inquiéta dès qu’elle vit sa protégée en première ligne des combats. Selon elle, ce n’était pas la place d’une souveraine. Rin et Len retinrent la commandante pour l’empêcher de rejoindre Luka.

    – C’est bon, ma Reine ! Tout le monde est regroupé ! hurla Alys.

    – Bien, maintenant, lance ton bouclier. Il faut que tout le monde soit protégé !

    – Ma Reine, vous ne comptez pas… murmura Miku.

    Luka s’avança au centre du bateau. Les ennemis s’arrêtèrent. Sa petite démonstration de magie avait réussi à les plonger dans la terreur. La souveraine tourna légèrement la tête vers la droite afin de s’assurer que le bouclier d’Alys était lancé. Puis, elle joignit les mains :

    – Ishiki no shimetsu…

    Un énorme nuage noir se matérialisa au-dessus du bateau. Alors que le ciel était jusqu’à présent paré d’un bleu cyan, il revêtit désormais une couleur sombre et inquiétante. Puis, plusieurs éclairs vinrent frapper la tête de tous les ennemis. Les alliés, bien protégés derrière le bouclier, assistèrent médusés à ce spectacle. Voilà ce dont état capable une Magicienne au maximum de sa puissance…

    Tous les corps s’écroulèrent un par un. Le silence se fit sur le bateau, pesant, malsain. Pourtant, la victoire était acquise. Mais cette démonstration avait laissé un goût de crainte.

    – Ils sont seulement endormis, rassura Luka.

    Quelques minutes plus tard, les rescapés de la bataille chargèrent les corps endormis dans quelques barques de secours qu’ils jetèrent ensuite à la mer. Kyuu et Roku déposèrent le corps de Yohio, inconscient, sur l’une des barques. Rin et Len disposèrent plusieurs rames sur chacune des embarcations, de sorte à ce qu’ils puissent retrouver la terre ferme une fois éveillés. Le reste de l’équipage prit également le temps de pratiquer une petite cérémonie pour leurs camarades tombés au combat. Leurs corps furent jetés à la mer. Il n’était pas possible de débarquer sur l’île Tokai avec une dizaine de cadavres.

    Puis, le bateau reprit sa route, cap sur l’île Tokai. Luka observait l’horizon, alors que Miku vint se placer subrepticement à ses côtés.

    – Ma Reine, vous nous avez sauvés… Merci… murmura-t-elle.

    – Je n’ai fait que mon devoir, répondit la jeune fille aux cheveux roses.

    – J’ai une petite question. Les Mages sont-ils tous comme vous ?

    – Si tu veux savoir s’ils sont aussi puissants que moi… Certainement. Je n’ai reçu qu’une éducation sporadique. Le but n’était pas de faire de moi une Magicienne. J’ai quasiment tout appris toute seule, et je ne connais que quelques sorts… Je suppose qu’un Mage ayant grandi sur l’île Maho est bien plus puissant que moi…

    Miku s’inquiétait. La problématique concernant la Guilde des Magiciens et la barrière de l’île Maho pourrait s’avérer bien plus inquiétante que prévu. La rancœur devait demeurer dans la Guilde, du moins chez certains membres. Et si, comme Alys le supposait, la barrière allait bientôt s’étioler, le retour des Magiciens pourrait rebattre les cartes du conflit en cours.

    Miku le savait, et cette hypothèse lui glaçait le sang.

    De l’autre côté du bateau, Rin avait remonté Len et Roku de l’océan. Kyuu se lança directement vers son frère, qui reprit peu à peu conscience. Il s’assura, durant de longues minutes, que celui-ci était hors de danger. Puis, il se tourna vers Len. Le frère Kagamine était encore trempé. Le comportement de Kyuu le surprenait.

    – Merci… murmura l’aîné des Genshine.

    En guise de réponse, Len lui tendit simplement la main. Kyuu la serra immédiatement. Pour la première fois depuis longtemps, son visage était paré d’un large sourire, quoiqu’on puisse également y déceler une pointe de soulagement.

    Jamais Kyuu n’oublierait ce que Len a fait ce jour-là.

    ***


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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #52 le: 02 avril 2018, 18:21:50 »
    Après un long moment, j'ai enfin réussi à terminer le chapitre 2 de "Détective ALYS" ^^'

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Chapitre 2
     

    Le fiacre emmenant Alys et Leora vers le commissariat de Tengai fonçait à toute vitesse à travers les rues pavées de la ville. De son côté, Leora s’était accoudée sur le rebord de la petite lucarne du véhicule, et observait le quartier de la vieille ville. Elle n’avait jamais vu autant de richesses concentrées en un seul endroit. Elle s’éblouissait des façades luxuriantes des bâtiments, de vêtements magnifiques des passants, et de l’architecture historique du quartier. Il y régnait une atmosphère de calme, à mille lieues de ce qu’elle avait connu dans le ghetto. Malgré tous les éléments bizarroïdes qu’elle avait croisés cette journée, comme Alys et son chat parlant, elle se réjouissait à l’idée de passer quelque temps dans cet endroit.

    De son côté, Alys écoutait le rapport du commissaire Yuji. Celui-ci paraissait passablement désorienté. Son discours se montrait assez décousu. Alys était parvenu à déchiffrer de ce charabia qu’une femme s’était rendue au commissariat et avait signalé la disparition de son mari. Mais, contrairement à ce qui aurait été d’usage, le visage d’Alys se para d’un immense sourire. Elle pouvait enfin commencer à travailler. Un mystère épais s’était noyé juste devant elle, et elle n’attendait qu’à faire la lumière sur cette affaire. C’était son petit plaisir. Elle était un véritable bourreau de travail, ce qui lui avait d’ailleurs été reproché par bon nombre de policiers. Yuji lui-même évitait de la laisser trop longtemps avec les proches des victimes. Elle était tellement absorbée par son métier qu’elle en oubliait les règles de bienséance. Et, bien souvent, Yuji devait venir à la rescousse pour rattraper les dégâts. Ainsi, le commissaire rappela à Alys de se montrer courtoise lors de l’interrogatoire de la victime. La jeune femme balaya la remarque d’un geste violent.

    Le cocher s’arrêta finalement devant le parvis du commissariat. Yuji sortit en premier, mais fut rapidement dépassé par Alys, qui le bouscula presque pour entrer dans le bâtiment. Leora suivait d’un pas hésitant.

    – Où est-elle ? s’écria-t-elle.

    Le commissaire Yuji calma tout de suite ses ardeurs.

    – Oh, on vous emmènera la voir. Mais attendez et calmez-vous, son mari vient de disparaître…
    – Plus on attend, plus les chances de le retrouver sont minces ! lança la jeune dame à la tresse.

    De son côté, sa compagne restait discrète. Elle se présenta timidement aux quelques individus qui s’intéressaient à elle. Leora n’était pas dans son élément, entourée de riches et de policiers. Elle était, en effet, beaucoup plus sûre d’elle dans le ghetto, son lieu natal, même si celui-ci se révélait particulièrement dangereux.

    Alors que Yuji commençait à briefer Alys sur le comportement à adopter pour l’interrogatoire. Leora se glissa dans la petite pièce où se trouvait la femme de l’homme disparu.

    – Bonjour, dit-elle.
    – Bonjour, sanglota la dame. « Qui êtes-vous ? »
    – On peut dire que j’accompagne les enquêteurs… Je m’appelle Leora…
    – Enchantée, je suis Deliys Sato. Mon époux Sebastian vient d’être enlevé…
    – Ne vous inquiétez pas, rétorqua Leora dans un souci de ramener de l’espoir. « Ce sont de bons détectives, ils retrouveront votre mari… »

    Les deux femmes furent alors interrompues par l’arrivée de Yuji.

    – Ah, au moins votre amie sait y faire avec les victimes. Vous devriez la garder près de vous, lança-t-il en direction d’Alys.
    – J’y compte bien, répondit la détective.

    Alys s’installa ensuite sur la chaise en bois située en face de Deliys.

    – Bon, racontez-nous tout, en en détails, s’il vous plaît. Le moindre indice peut se révéler d’une importance capitale !

    La jeune détective fut interrompue par le regard noir du commissaire Yuji, qui n’appréciait pas sa manière de lancer l’entretien. Il demanda à Alys de se raviser, et celle-ci adopta donc un ton plus doux pour la suite de la discussion.

    Deliys ne savait pas grand-chose. Elle informa Alys que son mari n’était pas rentré chez lui depuis trois jours, ce qui était plutôt inhabituel. Sebastian Sato exerçait le métier d’ouvrier, et travaillait à la construction de la Tour de l’Espoir, le nouveau joyau de la ville. Cette construction avait permis à énormément de travailleurs peu qualifiés de trouver un emploi. La plupart des ouvriers venaient ainsi du ghetto. C’est pourquoi la construction de la Tour avait, au départ, été accueilli comme une excellente nouvelle. Mais les conditions de travail étaient désastreuses – Deliys insista encore sur ce point – et beaucoup d’ouvriers revenaient blessées de leur journée de travail.

    Alys savait tout cela. Elle ne cautionnait cependant pas cette situation. Mais elle s’évertuait à oublier tout ce qui n’était pas utile à l’enquête. Elle exhorta donc Deliys de parler plutôt des habitudes de son mari : où il aimait aller, ce qu’il faisait pendant son temps libre. Généralement, c’était en fouillant la vie privée des victimes qu’on trouvait les indices les plus intéressants.

    – Il passait souvent boire un verre au Kinon’s Inn avec des amis.
    – Le Kinon’s Inn, qu’est-ce que c’est que ça ?
    – C’est une taverne bien connue dans le ghetto, la plus populaire, la plus mal famée aussi, répondit Leora.
    – Comment savez-vous cela, ma chère ? questionna Yuji.
    – Euh… J’ai grandi dans le ghetto, rétorqua timidement Leora.

    Alys se releva soudainement, et tourna le dos à Deliys :

    – Merci pour toutes vos informations !

    Yuji et Leora se lancèrent à la poursuite de la fille à la tresse, qui prenait déjà la direction de la sortie.

    – Euh, c’est tout ? s’étonna Yuji.
    – J’en sais déjà assez… Et c’est très préoccupant…
    – Comment ça ? demanda Leora, qui commença réellement à s’intéresser à l’enquête.
    – C’est extrêmement simple. Nous allons faire un petit tour au Kinon’s Inn. J’aurai d’ailleurs besoin de votre aide, Leora. Je ne suis pas encore suffisamment à l’aise dans cette partie de la ville…
    – Surtout pour deux femmes… interrompit Yuji.
    – Cela n’a rien à voir ! maugréa Alys. « Je ne connais rien du ghetto. Leora pourra m’aider. Vous, vous restez ici. Vous ne ferez que nous gêner. C’est une mission discrète ! »
    – D’accord, regretta Yuji. « Mais, vous aviez bien dit que vous êtes préoccupée. Qu’avez-vous déduit ? Un nouvel élément ? »


    Alys souffla.

    – Ce que vous pouvez être lents, parfois… C’est pourtant évident. Le coupable ne s’attaque pas uniquement aux riches. L’enlèvement de Sebastian Sato, un simple ouvrier, le confirme.

    Yuji confirma d’un léger signe de tête.

    – En tout cas, cela rend cette enquête encore plus intéressante… sourit Alys. « Leora, venez, on file au Kinon’s Inn ».

    Leora et Alys s’éloignèrent donc du commissariat, et prirent la route vers les faubourgs de Tengai.

    – Vous êtes certaine que vous n’avez pas besoin de renforts ? hurla le commissaire Yuji.

    Alys lui répondit en le saluant d’un geste désinvolte, juste avant de disparaître de sa vue.

    ***

    Alys et Leora s’enfonçaient peu à peu dans les faubourgs de la ville de Tengai. Les deux femmes n’avaient même pas pris le temps de se changer avant leur mission. Heureusement, Alys portait une tenue assez simple, qui ne trahissait pas ses origines bourgeoises. Il ne valait mieux pas attirer l’attention dans le bar. Leora, quant à elle, portait toujours la même tunique blanche.

    Le crépuscule tombait petit à petit. Alors qu’Alys et Leora s’éloignaient peu à peu du centre-ville, elles pouvaient apprécier le joli coucher de soleil à l’horizon. Les teintes orangées du ciel donnaient au quartier une forme de quiétude. Cependant, quelques minutes plus tard, l’atmosphère changeait du tout au tout. Les rues devenaient sombres et sales. Le nombre de sans-abris augmentait considérablement. Leora n’y prêtait même plus attention. Depuis son enfance, elle avait connu le quartier tel quel. Alys, elle, n’y avait passé que quelques heures dans sa vie, tout au plus.

    – Comment peut-on vivre dans l’opulence, alors que ces gens meurent de faim à quelques kilomètres de chez nous ?

    Leora apprécia la remarque d’Alys, bien que celle-ci ne fût pas dénuée d’une dose de naïveté. Selon la jeune femme aux cheveux rouges, il fallait être aveugle pour ne pas voir ce qui se passait devant son nez. Pourtant, elle se contenta de prévenir sa nouvelle amie.

    – Évitez de telles remarques. Les gens de la vieille ville ne sont pas les bienvenus ici…

    Alys se tut directement, et eut un geste d’excuse et de compassion envers Leora. Alys l’avait même emmenée avec elle pour cette raison. Leora lui permettait de mieux se fondre dans le décor. En outre, elle pouvait lui permettre d’en savoir plus sur cet endroit. La connaissance du terrain constitue souvent la clé de la résolution d’une enquête.

    Alors qu’elles s’enfonçaient de plus en plus dans les rues, une lueur rouge se reflétait au loin.

    – C’est le Kinon’s Inn, informa Leora.
    –  On y va ! lança Alys, pleine d’entrain.
    – Attendez ! Qu’est-ce que vous comptez y faire ?
    – A votre avis ?

    Leora se rendit compte de l’absurdité de sa question. Toutefois, le Kinon’s Inn n’était pas ce qu’on pouvait appeler un salon de thé. Il était le repère des plus grands malfrats de la ville. Leora prévint encore Alys sur ce point.

    – Justement ! Vous ne trouvez pas bizarre que Sebastian Sato, un simple ouvrier honnête, vienne s’enterrer dans un repère de malfaiteurs. Il doit bien avoir d’autres bars dans les environs. Alors, pourquoi fréquenter celui-ci ? Je suis certaine qu’on trouvera beaucoup de choses intéressantes à l’intérieur, rétorqua Alys.

    Leora tint Alys par la manche.

    – Et ne vous inquiétez pas, j’ai plus d’un tour dans mon sac.

    ***

    La pièce principale du Kinon’s Inn était assez sombre. Par un système de verres colorés que le tenancier avait placé au-dessus des lampadaires (le même système qu’à l’entrée), la salle était parcourue de lueurs jaunes, rouges et bleues. Pourtant, cette décoration ne donnait pas de sensation d’apaisement, plutôt l’inverse. De plus, la population du pub était complètement masculine. L’arrivée d’Alys et Leora ne passa pas inaperçue. Pour la furtivité, c’était raté. Tous les regards s’étaient tournés vers elles dès qu’elles eurent franchi le portique d’entrée.

    – Pourquoi nous regardent-ils ainsi ? demanda Alys.
    – C’est un bar, réagit Leora. « Il est très rare que des femmes osent s’aventurer ici… »
    – Pourquoi ? Chez moi, les femmes aussi ont le droit d’aller boire un verre. Alys avait délibérément omis de mentionner les termes « vieille ville » ou « quartier riche », qui auraient pu trahir ses origines.
    – Il ne s’agit pas d’un salon de thé ! maugréa Leora à l’oreille de son amie. « Et puis, c’est un endroit plutôt mal famé. On dit que la mafia a ses quartiers ici… »

    Alys sourit encore une fois à l’évocation de la bande de malfaiteurs. Leora se demanda quelques instants si la jeune enquêtrice n’aimait pas se mettre dans des situations difficiles exprès, vu le plaisir qu’elle semblait prendre.

    Les deux détectives se dirigèrent donc vers le comptoir du bar. La clientèle était déjà retournée à ses occupations. Passé la surprise de voir débarquer Alys et Leora, les clients avaient bien remarqué qu’elles ne comptaient pas repartir de sitôt. Les dames s’installèrent donc sur deux tabourets en bois et observèrent la salle remplie.

    – Bonjour, que désirez-vous ? lâcha le barman d’un ton étonnement amical.
    – Euh, attendez… demanda Alys « Pourrais-je avoir un thé ? »

    Alys sentit un violent coup de coude dans son flanc.

    – Mais qu’est-ce que vous faites ? On ne commande pas de thé dans un endroit pareil… lança Leora. « Deux bières, s’il vous plaît », annonça-t-elle à l’adresse du serveur, qui se dirigea vers les pompes.
    – Mais je ne bois pas d’alcool… informa Alys.
    – Faites semblant. Nous nous sommes déjà faites remarquer en entrant ici. Pas besoin d’en rajouter…

    Soudainement, un lourd silence prit place dans la salle du bar. Quelqu’un venait de frapper quatre fois à la porte. Les habitués avaient déjà reconnu ce signal. Quelques secondes plus tard, deux hommes forts en costumes noirs, chemises blanches, et cravates bleu marine se glissèrent à l’intérieur du pub et se placèrent de part et d’autre de la porte d’entrée. Puis, un homme en costume blanc luxueux entra dans le bar. Il mesurait environ un mètre soixante-dix (mais il semblait plus petit à côté de ses deux gardes du corps), avait les cheveux largement grisonnants et portait d’épaisses lunettes de soleil.

    – Tôsan… Tôsan… Son nom résonnait légèrement dans toute la pièce. Une large sensation de crainte se faisait ressentir dans le ton de chaque voix.

    Tôsan patienta quelques secondes, immobile devant la porte d’entrée, puis il s’adressa à l’assemblée :

    – Voyons, voyons, ne vous occupez pas de moi. Vaquez à vos occupations, je ne fais que passer…               

    Alors que l’homme passa à plusieurs tables et salua plusieurs hommes à l’air patibulaire, Alys murmura à l’oreille de Leora.

    – Qui est cet homme ?
    – Quoi ? Vous ne le connaissez pas ? s’étonna la dame aux cheveux rouges. « Tôsan est le chef de la pègre. On dit qu’il est le véritable leader du ghetto… »
    – Ah ! Intéressant…
    – Attendez, vous travaillez avec la police et vous ne le connaissez même pas ?demanda Leora, pleine de discernement. « On dit que les policiers ont déjà essayé de l’arrêter, mais n’ont jamais réussi à le coincer. »
    – Je dois vous faire une confidence… Je n’ai jamais effectué d’enquête dans le ghetto… avoua Alys. « Ma notoriété n’a jamais passé les frontières de la vieille ville, parce que je n’ai résolu des enquêtes qu’à cet endroit… »

    Leora marqua une longue pause. D’après ce qu’on lui avait déjà dit, Alys était l’une des plus grandes détectives de ces dernières années. Elle avait donc pensé que la jeune femme avait vécu d’innombrables aventures, qui l’avaient emmenée aux quatre coins du monde. Mais, contre toute attente, il n’en était rien.

    – C’est la première fois que j’enquête dans le ghetto. C’est pourquoi votre aide m’est très précieuse.

    Au fond d’elle-même, Leora appréciait cette sollicitation. Cependant, elle reprit rapidement ses esprits et prévint Alys.

    – Tôsan est un homme dangereux. Il vaut mieux ne pas l’approcher.

    Alys opina du chef, puis se tourna vers le barman qui venait leur apporter leurs deux commandes. La jeune femme à la tresse attendit que le serveur s’éloigne de quelques mètres avant de porter les lèvres à son verre. Elle prit une respiration et but une légère quantité de bière. Elle déglutit difficilement.

    – Pouah ! C’est infect… Ce n’est pas maintenant que je vais me mettre à boire de l’alcool, s’exclama-t-elle.
    – Chut ! N’en faites pas de tonnes, demanda Leora. « Nous ne devons pas nous faire remarquer ».

     Alys décida donc de faire comme si de rien n’était, mais ne toucha plus son verre de la soirée. Elle épia toute la salle à la recherche d’indices. Le bar était assez bruyant. Plusieurs groupes étaient présents : la plupart d’entre eux jouaient à un mystérieux jeu de cartes, assis à différentes tables au milieu de plusieurs verres de bière. De son côté, Tôsan avait allumé un immense cigare et scrutait la salle avec attention. De temps en temps, l’un de ses subalternes venait lui susurrer quelques mots à l’oreille.

    Quelques instants plus tard, alors qu’Alys n’en pouvait plus d’attendre, elle interpella le barman qui venait de repasser devant elle.

    – Excusez-moi, mais en fait, nous cherchons un ami. Un certain Sebastian Sato. On nous a dit qu’il fréquentait régulièrement cet établissement, mais, malheureusement, nous ne le trouvons pas…

    Leora baissa la tête. Elle espérait que le ton adopté par Alys ne paraissait pas trop guindé. Souvent, les habitants du ghetto n’utilisaient pas un vocabulaire soutenu. Leora se disait qu’elle devrait lui en parler un peu plus tard. Le serveur du bar lui répondit sans se poser de questions, cependant :

    – Ah ! Sebastian, un chouette gars ! Il passait souvent ici après sa journée de travail avec ses collègues.
    – Et vous n’avez jamais remarqué quelque chose d’étrange dans son comportement, interrogea Alys, dont le regard se montrait de plus en plus insistant.
    – Il était encore plus présent que d’habitude, ces derniers temps. Il passait souvent pour jouer à ce jeu, celui que vous voyez là-bas (il désigna les tables qu’Alys et Leora avaient déjà remarquées quelques instants auparavant). Je lui avais pourtant dit de ne pas perdre son argent là-dedans, mais il était devenu complètement accro…
    – Ça a l’air d’être le cas de beaucoup de personnes ici… compléta Alys.
    – Pour les gens du ghetto, c’est certainement l’un des seuls loisirs disponibles, répondit Leora. « Du coup, certains s’y plongent corps et âme. Il n’y a pas grand-chose à faire ici. »
    – Je sais que Sebastian avait intégré un cercle de joueurs haut placés. Je pense qu’il a même pu participer à certaines sessions qui se tenaient au manoir de Tôsan…
    – Quoi ? Tôsan organise des parties chez lui ?
    – Oui, il gère tout le business qui tourne autour de ce jeu… Il invite certains grands joueurs chez lui parfois…

    Tandis que la discussion continuait, Alys et Leora n’avaient pas remarqué que le patron de la pègre avait quitté sa place. A peine le barman eut terminé sa dernière phrase que Tôsan passa juste derrière les deux jeunes filles. L’homme grisonnant s’arrêta à hauteur d’Alys.

    – Quelle charmante jeune femme ! s’écria-t-il. « Mais que venez-vous faire dans un taudis pareil ? »

    Le barman ne souleva pas la remarque. En effet, le respect accordé à Tôsan était immense. Personne n’aurait osé le vexer.

    Alys se retourna : « Je ne suis que de passage… » Puis, elle voulut reprendre le fil de sa conversation avec le serveur et refit face au bar. C’est alors qu’un des gardes du corps l’interpella : « On ne tourne pas le dos au chef », hurlait-il. La situation commençait à s’envenimer.

    – Excusez-là, elle est étrangère, justifia Leora, en panique.

    Cela ne parvenait pas à calmer les ardeurs du bodyguard. Pourtant, le visage de Tôsan afficha un large sourire :

    – Ah ! Des étrangers ! J’adore ! Je viens moi-même d’un pays lointain…

    Il marqua une pause.

    – Que diriez-vous de m’accompagner à l’arrière du bar. Je dispose en effet d’une pièce personnalisée. Nous serions plus à l’aise pour discuter…
    – C’est que… balbutia Leora.
    – C’est d’accord ! Avec grand plaisir ! s’exclama Alys.

    Tôsan demanda alors discrètement à un employé de l’établissement de le conduire à sa pièce personnelle, située près de l’arrière-boutique. L’homme était toujours accompagné de ses deux gardes du corps qui le suivaient pieds à talons. Ensuite, d’un geste de la main, il signifia à Alys et Leora de le suivre. Elles s’exécutèrent, tout en gardant une certaine distance de sécurité.

    – Vous comptez vraiment le suivre, Alys ? murmura Leora.
    – Bien sûr, c’est notre meilleur moyen de découvrir ce qui est arrivé à Sebastian.
    – Mais cet homme est très dangereux !
    – Il faut toujours se rapprocher le plus possible de l’ennemi dans mon métier, se contenta de répondre Alys.

    Rien ne se mettrait en travers de son objectif, pas même l’homme le plus dangereux de la ville. Toutefois, la détective appréciait la sollicitude de Leora, sans compter qu’elle aurait sans doute encore besoin de son amie. Alys s’apprêtait à se lancer dans les fins fonds du ghetto, au sein même de la pègre de Tengai.

    ***

    Tôsan était déjà entré dans la pièce mystérieuse depuis plusieurs minutes quand Alys et Leora y pénétrèrent. La salle était d’une taille imposante et bien plus luxueuse que le bar en lui-même. De nombreux rideaux de toile rouge étaient étendus et cachaient les fenêtres. Six hommes, en plus du chef de la pègre et de ses gardes du corps, étaient rassemblés autour d’une table et jouaient au jeu de cartes. Chaque joueur était installé sur un confortable fauteuil en cuir. Quelques-uns fumaient un large cigare. Alys et Leora rejoignirent Tôsan qui était installé dans le canapé situé dans le fond de la pièce sombre. Elles s’asseyaient sur deux autres fauteuils face à lui. Alys ne pouvait détacher ses yeux des joueurs de cartes, intriguée par les règles de ce jeu, et par ce qui poussait les hommes à y dépenser des sommes astronomiques. Leora, quant à elle, regardait Tôsan d’un air inquiet.

    – Vous désirez un verre ? Je peux vous proposer quelque chose de mieux que ce qu’il y dans ce rade miteux… demanda Tôsan.
    – Merci, dit immédiatement Leora. « Nous prendrons ce que vous voudrez… » Elle ne savait pas quoi répondre d’autre. La dame aux cheveux rouges chercha un soutien auprès d’Alys qui avait toujours le regard rivé sur la table de jeu, sur laquelle les hommes restaient étonnement silencieux.

    Tôsan, d’un simple signe du doigt, ordonna à l’un de ses hommes d’apporter aux deux femmes de quoi se réhydrater. Puis, il porta son attention sur Alys :

    – Vous m’avez l’air bien intriguée par ce jeu, ma chère…
    – Oui, répondit Alys. « J’ai toujours aimé les jeux de cartes. La plupart exigent énormément de stratégie. J’aime ça ! »
    – Je pourrai certainement vous apprendre les règles un jour, conclut rapidement Tôsan. « Sinon, vous m’aviez dit venir de l’étranger ? D’où venez-vous exactement ?

    Cette question impromptue attira de nouveau l’attention d’Alys sur Tôsan.

    – D’une ville lointaine, Kireime… Elle venait de la première ville qui lui était venue à l’esprit. Selon Alys, cette cité était suffisamment lointaine pour que Tôsan n’y ait jamais mis un pied. Ainsi, son subterfuge pourrait certainement durer plus longtemps.

    – Kireime… Intéressant (Alys et Leora déglutirent fortement, en espérant que leur mensonge passe inaperçu). Il paraît qu’il y a un très beau château là-bas…

    Cette remarque rassura Alys. Le mafioso n’y était probablement jamais allé. Ainsi, il lui posa plusieurs questions sur le célèbre monument, et Alys y répondit, faisant état de sa connaissance encyclopédique. Pour le moment, elle pouvait faire illusion.

    Soudainement, l’un des joueurs de cartes s’exclama, interrompant de ce fait le chef de la pègre, qui s’apprêtait à poser une autre question à Alys : « J’ai gagné ! A moi tout le pognon ! »

    Tôsan interrompit la discussion : « Veuillez m’excuser », lança-t-il aux deux femmes en les saluant. Puis, il se dirigea vers le vainqueur, un homme dans la trentaine, d’assez petite taille.

    – Mon cher, vous avez gagné la récompense… Le patron lâcha une liasse de billets et la brandit devant le visage de l’homme, qui s’en empara, l’air ravi.

    L’homme prit la direction de la porte de sortie quand Tôsan l’interpella.

    – Attendez, cette victoire vous a également donné le droit d’accéder à la division supérieure. Venez jouer la prochaine partie, mais celle-ci se déroulera dans mon manoir. Un fiacre nous attend dehors. J’en ai assez de cet endroit. Je veux rentrer…

    Intimidé par l’air insistant du patron de la pègre, l’homme ne put refuser. Il repartit donc dans la grande salle du bar et attendit Tôsan près de la sortie.

    – Ce serait un grand honneur pour moi si vous acceptez de poursuivre la soirée dans mon manoir… annonça Tôsan.
    – C’est que…
    – Oui, nous acceptons ! répliqua Alys, sous le regard anxieux de Leora.
    – Magnifique ! Suivez-moi. Le fiacre est assez grand pour nous tous…

    Alors que les deux amies suivirent le patron de la pègre au milieu de la grande salle du bar, Leora interpella silencieusement Alys.

    – Mais qu’est-ce que vous faites ?
    – C’est une magnifique occasion tout de même ! Ce type est très suspect…
    – Mais il est extrêmement dangereux ! Si nous nous faisons repérer…

    Alys coupa court à la discussion alors que l’un des gardes du corps l’invita à monter à bord de la diligence. Leora eut un regard vers la haute falaise qui se situait à l’extérieur de la ville, là où se trouvait le manoir de Tôsan, le repère du plus grand mafieux de Tengai.

    Le fiacre prit la route alors qu’il commençait à pleuvoir.

    ***