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    Auteur Sujet: Jyôka se met à écrire !  (Lu 3775 fois)

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    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #30 le: 21 mai 2017, 17:45:55 »
    Chapitre 18 publié !

    Bonne lecture ~


    Spoiler
    Chapitre 18 : Si vis pacem, para bellum

    Fukase se tenait près de la fenêtre située tout en haut de la tour d'Uchi. La hauteur de cet édifice lui permettait de disposer d'une splendide vue sur les alentours du village. Il se voyait comme un grand leader. L'homme aux cheveux rouges appréciait particulièrement le bâtiment. Comme ses bureaux dans l'autre monde, ce donjon avait une certaine prestance, et permettait, selon Fukase, de faire une démonstration de son pouvoir.

    Mais le patron n'avait pas encore atteint son principal objectif. Il avait réussi la première phase de son plan avec brio, et devait maintenant assurer sa marche puissante vers la capitale du pays de Kuni. Il avait donc convié son état-major au sein même de la salle du trône afin de préparer plus précisément la suite des opérations. Leora occupait désormais une place prépondérante, juste à la droite du trentenaire. À leurs côtés se tenaient les trois généraux des compagnies : Kyo, Yuu et Wil. Les jumeaux Genshine avaient également été invités à la réunion mais s'étaient retrouvés un peu plus à l'arrière. Bien que le patron n'ait pas apprécié leurs dernières distensions, il pouvait encore avoir besoin d'eux. En effet, ils constituaient encore sa garde personnelle. De plus, outre Leora, ils étaient ceux qui avaient passé le plus de temps à Sekai, et pouvaient se montrer décisifs en stratégie, particulièrement Roku. Cependant, Fukase démontrait désormais une certaine méfiance envers eux, analysant de près tous leurs dires et leurs avis.

    Kyo avait déballé une large carte du monde de Sekai sur la grande table disposée au centre de la pièce. Yuu avait, quant à lui, fabriqué plusieurs dizaines de pions destinées à représenter les troupes, afin de faciliter l'établissement d'une stratégie. Fukase prononça un petit discours, de sorte de lancer le début de la réunion.

    - Bonjour à tous. Je vous félicite encore une fois pour cette brillante victoire et notre prise du village d'Uchi. Maintenant, nous devons déterminer la suite des opérations.

    Tous saluèrent l'homme à la canne blanche très respectueusement, même si Kyuu et Roku s'abaissaient moins que les autres. C'était là pour eux l'occasion de marquer quelque peu leur désaccord avec les récents événements.

    - Conformément à ce que l'on avait déjà discuté, le but serait de disposer d'un autre point de chute, lança Wil.

    - Exactement, compléta Fukase. « C'est d'ailleurs la raison première de la mission de Yohio. On aurait bien sûr eu plus de facilité si tous les chefs de village avaient été assassinés. Mais, ce n'est pas le cas... » Il lança alors un regard noir vers les jumeaux.

    - Comme options, il ne nous reste alors que les villages d'Hayashi, d'Aza et de Furisato, analysa Kyo.

    - Aza est trop loin et n'offre que peu d'intérêt, ajouta Yuu. « La meilleure option serait Hayashi. Caché dans la forêt, il est assez difficile d'accès et permettrait de disposer d'une arrière-garde non loin de la capitale. De plus, leurs défenses doivent être déforcées. »

    Fukase acquiesça, puis se tourna vers Kyuu et Roku.

    - Qu'en pensez-vous, les petits ?

    L'aîné serra les dents. Il détestait ouvertement ces sobriquets. Mais celui-ci revêtit une pique supplémentaire. D'habitude, Fukase les appelait "mes chéris", ou un dérivé, mais il s'agissait souvent d'un surnom affectueux, même si cela l'énervait. Ici, ces mots les remettaient à une position inférieure aux autres membres du groupe. Les jeunes jumeaux se contentèrent donc de secouer la tête en guise d'accord. Ils n'avaient de toute façon rien de bien important à ajouter.

    Leora interrompit la conversation: « Pourquoi n'attaquons-nous pas immédiatement Kyôu ? »

    Fukase éclata de rire. « Je reconnais bien là ta fougue, ma chère ! »

    Puis, il se calma. « Je préfère prendre mon temps. Je veux profiter de ma supériorité, et plus que tout, je veux que Luka s'en rende compte... » Le patron laissait planer une aura de mystère dans son discours, mais la mercenaire préféra ne rien relever.

    L’armée de Fukase se sépara, afin qu'une partie restât stationnée à Uchi (l’objectif étant tout de même de garder ce village en leur possession), tandis que l'autre se dirigeait vers le village d'Hayashi. Quelques heures plus tard, un cortège d'assez grande taille sortit des remparts en direction du nord-est.

    Pendant tout le trajet, l'armée ne dépensait aucun effort à se déplacer de manière furtive. Les commandants étaient assurés de leur supériorité technologique et militaire, si bien qu'ils pouvaient faire face à n'importe quel imprévu.

    À mi-chemin, l'avant-garde du convoi observa des mouvements suspects venant de quelques buissons situés à l'entrée de la forêt. Quatre hommes se lancèrent donc à pleine vitesse vers l'endroit incriminé et y délogèrent un soldat habillé de vêtements sombres. Ils ramenèrent le pauvre homme vers leur patron.

    - Chef, je pense que nous avons capturé un espion, lança un des soldats.

    - Un espion ? Chouette ! Cela signifie que la Reine se fait du souci ! Les autres membres de l'état-major se montrèrent étonnés par la réaction de leur chef.

    - Je ne parlerai pas, lança le soldat noir.

    Fukase ricana.

    - Je n'ai pas besoin que tu parles. Tu ne m'es d'aucune utilité, mon pauvre. Le visage du soldat se para d'une expression de forte peur.

    Le trentenaire dégaina son sabre, et le dirigea vers la carotide de l'espion. Celui-ci se tenait toujours debout, alors que Fukase était encore bien assis sur son étalon. Le soldat vit sa fin arriver au fur et à mesure que la lame se rapprocha doucement de son cou, mais le patron stoppa son mouvement à quelques millimètres du but.

    - Pars. Enfuis-toi, dit-il

    L'espion transpira et lâcha un énorme soupir.

    - Je te laisse partir, renchérit Fukase. « Par contre, je te demande une seule chose... Préviens ta Reine. Dis-lui que je prévois d'attaquer le village d'Hayashi. »

    L'homme au costume blanc retira son katana, et signifia à l'espion de s'enfuir d'un signe de la main. Celui-ci s'exécuta et partit en courant dans la direction opposée.

    Le bataillon reprit alors sa marche en avant.

     

    ***

     

    A Kyôu, Rin, Len et Alys avait quitté la bibliothèque, forts des informations qu’ils avaient glanées. Len et Alys retenait la jeune blonde, qui avait toujours la jambe dans le plâtre, et éprouvait encore des difficultés à se déplacer. Cependant, la douleur se faisait de moins en moins ressentir, et la combattante novice avait de bons espoirs en ce qui concernait son retour. La jumelle se rendait chez le médecin attitré de la Garde royale chaque jour, et celui-ci fut même étonné par ses progrès. Elle guérissait plus rapidement que prévu. Tant mieux, se disait-elle alors qu’elle commençait à s’agacer d’être mise sur le côté. Depuis que son frère et elle étaient arrivés à Sekai, les évènements s’étaient déroulés à une vitesse folle. Eux qui désiraient uniquement rentrer chez eux s’étaient retrouvés au beau milieu de ce qui ressemblait de plus en plus à une véritable guerre. Toutefois, il n’était pas dans le caractère de la blondinette d’abandonner. Ainsi, elle rongeait son frein, attendant patiemment de pouvoir se montrer de nouveau utile.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, les trois amis arrivèrent devant la façade du Palais Royal. Ils se dirigèrent directement vers le bureau de la servante Meiko. Ils quémandèrent urgemment un entretien avec la Reine, arguant disposer d’informations importantes pour l’avenir du pays. La jeune brune se sentait accablée par l’entrain des personnes en face d’elle. Alys, Rin et Len hurlaient. Un vacarme assourdissant s’échappait vers le couloir central du château. Au bout de quelques minutes, Luka sortit de la salle du trône et vint directement à eux.

    - Que se passe-t-il ? demanda-t-elle calmement, dans le but d’apaiser l’atmosphère.

    - Ma Reine, nous devons absolument vous parler. Nous avons des informations cruciales pour vous… lança Alys, pleine d’entrain.

    - Entrez, entrez…

    La souveraine les fit donc pénétrer au sein de la salle du trône. Dehors, le ciel était gris et orageux, si bien que les ténèbres prenaient peu à peu place dans la pièce. Quelques bougies disposées çà et là donnaient quelques touches jaunâtres à la salle.

    Luka, contrairement à son habitude, restait debout, face aux jumeaux et Alys.

    - Donc, dites-moi… Qu’avez-vous trouvé ?

    Alys fixa la Reine. Elle devait forcément savoir que la barrière créée par Monsieur Vo n’était pas éternelle. Et pourtant, elle avait gardé le silence. L’objectif de la fille à la tresse était de connaître les véritables desseins de la souveraine.

    - Que savez-vous, ma Reine ? J’ai l’impression que vous nous cachez quelque chose. Il était difficile pour Alys de rester relativement respectueuse, et, en même temps, de mettre suffisamment de pression.

    - Que voulez-vous dire ? Le jeu de dupes avait bien débuté.

    - Nous avons retrouvé les notes de mon père… Et selon lui, la barrière magique de l’île Maho n’est pas éternelle. Je suis convaincue que vous le saviez… Ce que je me demande, c’est pourquoi n’avez-vous rien dit ?

    Luka s’effondra sur son trône. Quelques légères larmes commençaient à coucher le long de ses joues rougeâtres.

    - Oui… Je le savais… balbutia la Reine.

    Alys et les Kagamine furent légèrement touchés par la réaction de leur interlocutrice. De cette façon, ils ne désiraient pas enfoncer le clou, mais se devaient d’obtenir des réponses à leurs questions.

    - Je le savais, répéta-t-elle. « Je comptais agir petit à petit. Faire de mon possible pour trouver la meilleure solution possible, mais le peuple n’est pas prêt. Le ressentiment anti-mages est encore trop présent… C’est de ma faute, j’ai failli à ma mission, celle que m’avait confiée mon père et Monsieur Vo. »

    Luka se montrait complètement perdue et déboussolée. Elle ne cessait de répéter des excuses devant les trois soldats. Alys, Rin et Len peinaient à trouver la réaction la plus appropriée.

    - Mais pourquoi, ma Reine ? Vous craigniez pour votre place ? interrogea Rin. Mine de rien, la belle image dont jouissait la souveraine dans l'esprit des Kagamine venait peu à peu de s'étioler.

    - Non... Ce n'est pas ça... Après cette réponse énigmatique et lacunaire, Luka se ravisa pendant un dixième de seconde, juste avant d'être interrompue par des tambourinements incessants provenant de la porte de la salle du trône.

    Elle invita les visiteurs à entrer rapidement. Le pas de la porte laissait ensuite apparaître Miku, suivie de près par Gumi et Yuma. Juste derrière se tenait un messager en sueur, épuisé, qui après quelques secondes s'écroula violemment sur le sol.

    - Ma Reine, l'heure est grave, lança Miku. « L'ennemi projette d'attaquer un autre village. Il est d'ailleurs déjà en route... »

    Le visage de la Reine fut soudainement marqué par une expression de panique. Pendant un instant, elle crût s'évanouir, sous le choc des dernières révélations. Elle reprit cependant rapidement ses esprits. Ce n'était, en effet, pas le moment de flancher. Tel un roc, elle se devait de rester calme et lucide afin de prendre les meilleures décisions.

    - De quel village s'agit-il, cette fois ?

    - Hayashi... rétorqua doucement MIku.

    Les jumeaux restèrent immobiles devant leurs maîtres de sabre, se sentant dépourvus. Alys, quant à elle, vit ressurgir soudainement dans son esprit les images de la bataille d'Uchi et refusait catégoriquement que cela se reproduise.

    Luka eut alors un regard pour chaque visiteur de la pièce. Elle invita ensuite Gumi à fermer la porte de la salle du trône, et les autres à s'asseoir avec elle à la grande table de réunion.

     

    ***

     

    Ce que l'on pouvait dès lors appeler l'état-major de l'armée du pays de Kuni était alors réuni autour d’une immense tablée. La situation avait encore empiré. Fukase avait très bien fait étalage sa toute-puissance lors de la première bataille, et comptait conforter ses ambitions néfastes et meurtrières. Surtout, il semblait vouloir faire durer son plaisir. En effet, au vu de sa puissance actuelle, il aurait très bien pu s'attaquer à la capitale immédiatement, remarqua Gumi.

     

    - Peut-être prend-il des précautions, pensa Miku. « Il n'est peut-être pas certain de remporter la victoire... »

    Rin s'exprima timidement: « Désolée, mais je ne pense pas. Il a clairement le dessus. Vu comme il est parti, il ne lui faudrait certainement pas plus de quelques heures pour prendre la capitale... » La jeune fille tentait de mettre les formes à son discours. Elle venait tout de même de contredire la commandante de la Garde royale ! Gumi et Yuma se montrèrent étonnés par l'audace de Rin. Il était excessivement rare qu'une jeune recrue ne mette en doute la parole de la commandante. Pourtant, il s'agissait bien ici de mettre toutes les idées en commun, et donc de révéler ses pensées. Rin l'avait compris. De son côté, MIku n'y vit aucun inconvénient, et accompagna même la remarque de Rin d'un léger sourire.

    - Tu as raison, ma chère, lui lança-t-elle. « D'ailleurs, tu ferais certainement une très bonne stratège, mais on en reparlera... »

    Le plus important à ce moment était de décider de la stratégie à adopter. Concrètement, l'armée disposait de deux choix: tenter d'envoyer les soldats à Hayashi pour défaire la guérilla d'Owari, ou rester à la capitale et préparer la défense. Hayashi étant le dernier bastion avant la capitale, il ne faisait quasiment aucun doute que Fukase préparait sa prochaine offensive vers Kyôu.

    Yuma, contrairement à son habitude, désirait intervenir : « Peut-être, devrons-nous mettre toute notre énergie dans l’évacuation des citoyens du village ? »

    Miku fut interloquée. Cette décision allait à l’encontre de ses idéaux ; elle détestait en effet fuir ses responsabilités. Son armée était complètement dépassée, et la seule issue qui lui restait – et elle ne supportait pas ce mot – était la fuite. Toutefois, elle devait se rendre à l’évidence, son subordonné avait totalement raison. Plus que tout, la commandante ne voulait pas risquer les vies de ses soldats une nouvelle fois, qui plus est avec la grande bataille qui se préparait. La patronne se rangea donc du côté de Yuma, rapidement rejointe par Gumi et Luka, qui avaient déjà adhéré à l’analyse de l’homme vêtu de noir.

    La femme aux couettes turquoise eut cependant une objection :

    - Ce qui me gêne… C’est que cette stratégie ne donne pas une bonne image de l’armée. Le peuple pourrait penser que nous sommes acculés, lança-t-elle devant la petite assemblée.

    - Ce qui n’est pas totalement faux, analysa Len très justement, le ton empli d’ironie.

    - Oui, mais nous ne devons pas le laisser paraître ! Miku regarda Luka : « Ma Reine, je pense que le moment est venu de vous adresser à la population. Vous devez faire un discours ! Leur dire que, peu importe ce qui arrive, nous garantissons leur sécurité. »

    Les joues de la souveraine se parèrent immédiatement de couleur écarlate.

    - Est-ce que je pourrais ? hésita-t-elle. « En suis-je capable ? »

    - Le moment est venu de faire face à vos responsabilités de Reine. Mais vous n’êtes pas seule. Nous resterons là.

    - D’accord…

    Luka n’avait que très rarement discouru devant une foule immense. Elle avait toujours préféré agir dans l’ombre, en gérant son royaume tranquillement. A cet instant, il devenait important qu’elle apparaisse au grand jour. Kuni avait désormais besoin d’un grand leader.

    Miku, de son côté, peaufinait sa stratégie. Elle demanda à Yuma de se rendre immédiatement vers le village d’Hayashi afin de superviser l’évacuation des habitants (de  plus, elle envoya directement un corbeau pour que les préparatifs commencent avant l’arrivée du lieutenant), tandis que Gumi, Rin, Len et Alys furent sommés de rester à la capitale et de continuer leur entraînement. Alys écopa d’une responsabilité encore plus forte que les autres, puisqu’elle devait maîtriser une nouvelle technique du Koryu qui permettrait à améliorer la défense de l’armée contre l’offensive de Fukase.

    La réunion se terminait dans le plus grand calme, chacun étant conscient de sa mission. Les lieutenants quittèrent ensemble la salle du trône pour rejoindre le long couloir d’entrée. Yuma partit immédiatement vers Hayashi, non sans une discrète marque de tendresse envers Gumi. Alys tenait déjà en main le livre de son père.

    - Len, je t’entraînerai durant l’absence de Yuma. Il ne faudrait pas que tu perdes le rythme, déclara Gumi. « Rin, quant à toi, je t’ai prévu autre chose… Même blessée, tu pourrais nous être utile ».

    Tous quittèrent dès lors le Palais Royal, laissant seules Miku et Luka dans la salle du trône. Les deux femmes planchaient déjà sur la déclaration royale au peuple de Kuni.

     

    ***

     

    Il ne fallut que quelques heures à Yuma pour atteindre les environs du village d’Hayashi. Le jeune guerrier approcha prudemment du petit hameau situé au milieu de la forêt. Celui-ci était en effet fourré au fond d’un bois dense. Yuma avait laissé son cheval à l’entrée de celui-ci et continuait à pied, en progressant doucement entre les fougères. L’objectif était de ne pas se faire remarquer par les éventuelles troupes de Fukase qui se rendaient au même endroit.

    Alors que le lieutenant observa attentivement l’entrée du village, il fut interrompu par une main se posant subrepticement sur son épaule. Il se retourna de suite et dégaina son katana d’un seul geste. Il vit alors un soldat habillé de l’uniforme standard de la Garde royale, et remballa immédiatement son arme. Le militaire était accompagné par une petite vingtaine de personnes qui se tenaient un peu plus loin, à l’abri derrière plusieurs dizaines d’arbres.

    - Que faites-vous là ? demanda Yuma.

    Le soldat était plutôt de petite taille, et suintait de sueur. Il tenta de parler, sa voix étant légèrement étouffée :

    - Je suis désolé… Je n’ai pu que sauver ces personnes… Ils sont arrivés très vite, nous n’avons rien pu faire.

    - Fukase a déjà pris le village ?

    - Oui, nous avions reçu le message de la commandante quelques dizaines de minutes avant qu’ils n’arrivent. Nous avons suivi les ordres et tenté d’évacuer le plus d’habitants possibles, mais c’était trop tard.

    Yuma voyagea entre les villageois encore sous le choc.

    - Et les autres soldats ? Où sont-ils ?

    - Morts… Ou prisonniers…

    - Je vois…

    Malgré la gravité de la situation, Yuma gardait son calme, et réfléchit. Il avait été envoyé là pour superviser les évacuations, mais ne s’attendait certainement pas à ce que l’armée de l’ennemi soit si rapide. Pourtant, il ne voulait pas rester sans rien faire. Sa présence ici pourrait être utile. Il patienta, toujours entre les rangs d’habitants qui l’observaient le regard perdu et triste. La plupart avait perdu des membres de leur famille, qui avaient dû rester là-bas, et ne savaient pas si ce qu’il allait advenir d’eux.

    - Vous connaissez la route de Kyôu ? interrogea soudainement Yuma.

    - Oui, bien sûr, répondit tranquillement le soldat.

    - Magnifique. Venez ici mon cher !

    Yuma s’éclipsa avec le soldat quelques mètres plus loin.

    - Voilà ce que vous allez faire, débuta Yuma. « Vous allez raccompagner ces habitants vers Kyôu. Une fois là-bas, rendez-vous à la caserne de la Garde et prévenez la commandante Miku. Je tente une mission d’infiltration. Je veux obtenir le plus d’informations possible sur leur armée ».

    - Vous voulez vous rendre dans le village seul ? Vous êtes fou !

    - Nous n’avons pas d’autre choix. La situation est grave, vous savez. Nous faisons certainement face à la plus grande menace que le pays n’ait jamais connue. Si nous n’agissons pas, nous courrons tout droit à la défaite… Yuma marqua une pause, et eût un nouveau regard vers Hayashi, puis il reposa les yeux vers son subordonné. « Et puis, ne discutez pas ! C’est un ordre ! »

    - Oui, chef. Le soldat se montrait circonspect. Mais si une personne pouvait mener cette mission à bien, c’était bien le lieutenant Yuma, sa réputation le précédait.

    Le jeune homme repartit donc vers le groupe d’habitants. A mi-chemin, il se retourna et salua Yuma :

    - Mon lieutenant, faites attention à vous. Et bon courage !

    - Merci, et ne vous en faites pas, rétorqua l’homme aux cheveux roses, qui lui rendit rapidement son salut.

    Tandis que les habitants quittèrent lentement la forêt, Yuma eût un dernier regard pour eux, avant de se retourner vers le village. Caché derrière un buisson dense, il guettait déjà une éventuelle entrée détournée pour accéder à Hayashi.

     

    ***
     

    Dans le village sylvestre, Fukase avait déjà pris ses quartiers dans la hutte du chef. Son armée avait pris rapidement le contrôle du village, celui-ci manquait effectivement d’un leader, son chef attitré ayant déjà été assassiné par Yohio.

    L’homme à la canne blanche avait déjà reconnu toutes les pièces de la maison, accompagné des trois commandants de ses compagnies, mais aussi de Leora, Kyuu et Roku.

    - Oooh, je n’aime pas cette demeure. Elle est bien moins faste que celle d’Uchi, lâcha Fukase dans un caprice digne d’un enfant de six ans.

    L’architecture du village d’Hayashi était en effet assez différente de celle des autres bourgs du pays. Sa superficie était assez limitée, et celui-ci était situé en plein milieu de la forêt. Les habitants s’étaient alors adaptés à leur environnement, et cela se voyait. Toutes les maisons du village, y compris celle du chef, étaient construites en bois et en matériaux simples. De ce fait, la plus grande habitation d’Hayashi ne disposait que d’un étage supérieur, bien loin des quelques étages de la tour d’Uchi. Fukase n'appréciait absolument pas ce bâtiment, mais il devait bien avouer que la position du village par rapport à la capitale lui était avantageuse. Il fut d'ailleurs un tant soit peu étonné de n'avoir rencontré quasiment aucune résistance lors de sa prise du hameau, mais avait fait passer cela sous le signe de son apparente supériorité. Sa confiance en lui, déjà exacerbée, augmentait encore. 

    La maison du chef comportait toutefois assez de chambres pour pouvoir loger les plus proches collaborateurs du patron: Kyo, Yuu et Wil se partageaient une chambre, Leora prenait la pièce adjacente à celle de Fukase, alors que les jumeaux Genshine avaient pris place dans la pièce du rez-de-chaussée. La nuit commençait à tomber, et le chef ressentit le besoin de se reposer. Tous rejoignirent donc leurs appartements. Les soldats qui avaient établi un bivouac à l'extérieur furent priés de réduire le volume au minimum, il ne fallait absolument pas déranger Fukase.

    La nuit était désormais tombée, les étoiles scintillaient dans le ciel ; un croissant de lune éclairait faiblement le village et les plaines alentours d'une couleur douce. Le calme régnait dans la maison du chef. Roku tentait tant bien que mal de dormir, encore sous le choc des récents évènements. Les questions continuaient à se bousculer dans sa tête. C'est alors que sa réflexion fut interrompue par le doux bras de son aîné qui vint se poser sur son épaule. Le cadet se retourna rapidement, Kyuu prit immédiatement la parole.

    - Viens, Roku. C'est le moment, murmura-t-il.

    - Le moment de quoi, répondit son frère naïvement.

    - C'est l'occasion. Cette nuit, on fout le camp !

    - Tu veux quitter Fukase finalement ? Pourquoi maintenant ? Il est juste à l'étage, ce n'est pas trop dangereux ?

    - Justement, il dort... Si on parvient à se glisser furtivement en dehors de la maison, on peut s'enfuir sans trop de problèmes, j'en suis sûr.

    Roku réfléchit quelques instants. Bien sûr, il éprouvait de plus en plus l'envie d'échapper à cette folie meurtrière venant de son mentor. Il n'approuvait absolument pas toutes ces actions. Mais, Kyuu était venu avec son plan de manière si imprévue, qu'il ne pouvait pas savoir si celui-ci l'avait préalablement préparé, et le cadet étant de nature prudente, il ne désirait pas se jeter dans la gueule du loup. Pourtant, son frère marquait un point. Ils devaient agir, et le moment n'était peut-être pas si mal choisi.

    - D'accord ! On y va ! lança Roku.

    - Prends ton sac, et suis-moi.

    Les jumeaux s'étaient rhabillés dans un silence absolu, et progressaient désormais lentement sur le plancher en bois qui craquelait. Dans le couloir qui menait à la sortie, ils rasaient les murs et ils finirent par s'extirper de la maison relativement facilement.

    Dehors, ils progressaient entre les tentes que les soldats de Fukase avaient installées tout le long du forum du village. Quelques recrues finissaient leur repas autour d'un feu de camp en buvant un coup, mais ne prêtèrent pas davantage attention aux jumeaux. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient leurs supérieurs, aucun soldat ne pouvait juger leurs actions. Ainsi, ils traversèrent rapidement la place du village pour se retrouver dans les rues étroites et sombres d’Hayashi.

    - On ne pourra pas sortir par l'entrée principale, analysa Roku. « Cela éveillerait les soupçons. »

    - Qu'est-ce que tu proposes ?

    Le cadet avait déjà analysé la géographie du village, et, fort de ses compétences en stratégie, était parvenu à élaborer un petit plan.

    - Le point faible des remparts se situe sur la partie sud. Là-bas se trouve un grand nombre d'arbres qui bouchent la vue des gardes pendant quelques temps. C'est risqué, mais c'est le meilleur endroit pour escalader le mur et sortir d'ici.

    - Il n'y a pas d'autre issue plus facile ? se demanda Kyuu.

    - Elles sont toutes gardées. Il faudra être prudent et progresser lentement quand on escaladera le mur. Par le sud, on peut également rejoindre plus facilement la forêt.

    - D'accord. On y va! décida l'aîné.

    Les Genshine se trouvaient encore vers le centre du village, en plein milieu d'une petite rue. À chaque coin, ils observaient rapidement les alentours, avançaient à un rythme assez lent et restaient très prudents.

    Alors qu'ils s'approchaient de leur objectif, ils tombèrent, au détour d'une rue, sur des cris de personnes affamées qui se mettaient à hurler. Ils restèrent bien à l'abri derrière un mur. Ils venaient de tomber sur la prison improvisée servant à enfermer les soldats prisonniers de la bataille qui avait eu lieu quelques heures auparavant. Celle-ci était gardée par trois hommes qui se mettaient à frapper quiconque daignait passer sa main au travers des barreaux.

    - Fermez-là tous, bande d'incapables, cria l'un des soldats, en pointant les soldats blessés avec son fusil M16.

    Kyuu et Roku restaient immobiles devant la cruauté dont faisait preuve les soldats de Fukase. Finalement, cela les confortait encore davantage dans leur position. Ils ne pouvaient cautionner cela.

    - Viens, on passe par l'autre côté, admonesta Kyuu. « On ne peut rien faire pour eux, malheureusement. »

    Roku suivit son frère à reculons, ne pouvant détacher son regard triste de la prison.

    Ils arrivèrent quelques minutes plus tard au pied du rempart sud du village. Les jumeaux analysèrent rapidement la hauteur de celui-ci et se préparèrent à le grimper. Kyuu eût à peine le temps de poser ses mains sur le mur qu'il fut interrompu:

    - Hé !

    Les jumeaux se retournèrent, figés par la surprise et la peur. Dans la pénombre, ils distinguèrent une silhouette fine, bordée de long cheveux rouges qui flottaient dans le vent. Leora se tenait devant eux.

    - Qu'est-ce que vous faites là ?

    - Vous nous avez suivis ? interrogea Kyuu.

    - Ce n'est pas la question ! rétorqua la mercenaire. « Qu'est-ce que vous foutez là en pleine nuit ? »

    Les jumeaux ne pipèrent mot.

    - Vous vouliez vous enfuir, c'est ça ?

    - Euh... Roku balbutia, et commençait à transpirer sous la pression.

    - Ne dites rien à Fukase. Kyuu se décida de plaider coupable. De toute façon, son frère et lui avaient été pris en flagrant délit.

    - Ça, je ne sais pas... Il faudra voir, sourit Leora. « Qu'est-ce que je gagne en échange ? »

    Kyuu ne savait pas quelle réponse apporter. Il n'avait, en effet, rien à proposer.

    - Cela ne se reproduira plus ! On vous le promet ! hurla Roku, cherchant des excuses.

    Leora réfléchit. Elle disposait dorénavant d'un point de pression sur les jumeaux, et elle aimait plus que tout se sentir supérieure. En outre, elle se doutait qu'elle pourrait dans l'avenir profiter de cette position.

    - C'est d'accord, je ne dirai rien pour l'instant, mais tenez-vous à carreaux désormais !

    La guerrière insista sur l'expression "pour l'instant", en signifiant aux jumeaux que sa magnanimité ne pouvait être que temporaire. Le reste dépendait d'eux.

    Dépités, Kyuu et Roku rentrèrent à la maison du chef. Leora ouvrait la marche quelques mètres devant eux, le regard satisfait. L'aîné observa la face déçue de son frère, le prit par la taille, et lui murmura à l'oreille:

    - Ne t'inquiète pas, mon frère ! Nous trouverons un autre moyen...

     

    ***

     

    Au Palais royal, la Reine Luka faisait les cent pas dans sa chambre, la tête abaissée. Elle tenait dans ses mains un petit carnet et un crayon, et réfléchissait à voix basse. Quelle tenure aurait le discours qu’elle tiendrait devant son peuple ? Devait-elle adopter un ton trivial, voire belliqueux ? Ou au contraire, un ton rassurant ? Toutes ces questions se bousculaient dans son esprit. La souveraine ne s’était jamais retrouvée face à pareille situation. Elle demeurait surtout une femme de l’ombre. Même si elle avait déjà accompli de bonnes choses pour le pays de Kuni, elle ne se mettait jamais en avant.

    Soudain, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Peu de personnes pouvaient se permettre de se montrer ainsi dans ses appartements personnels. Il devait donc s’agir que de Meiko ou de Miku. La Reine ouvrit lentement la porte, et aperçut la longue chevelure turquoise de la commandante, et la fit entrer.

    - Vous me paraissez bien perplexe, ma Reine. Qu’y-a-t-il ?

    - C’est ce discours… Je n’ai jamais fait ça, je ne parviens pas à trouver les mots…

    Miku tendit la main vers le carnet : « Puis-je y jeter un œil ? », demanda-t-elle calmement.

    - Oui, bien sûr. Toute aide est bienvenue !

    La patronne de la garde s’empara du cahier, et se mit à feuilleter les multiples pages blanches. Puis, elle se dirigea, toujours d’un calme olympien, vers la fenêtre, et jeta le carnet dans la rivière qui s’écoulait derrière le Palais.

    - Mais qu’as-tu donc fait ? s’écria Luka.

    - Je vous aide, ma Reine. Vous ne parviendrai à rien de cette façon.

    Miku se dirigea vers sa plus proche amie, et lui posa la main sur la poitrine. « Votre discours, il doit venir de là. Dites-leur ce que vous pensez. La sincérité sera toujours plus forte que le poids des mots ».

    Luka demeurait silencieuse, alors que Miku la gratifia d’un sourire rassurant. La Reine sourit également en retour, bien que son expression restât un peu forcée. Puis, la commandante quitta la chambre, sans prononcer un seul mot.

     

    ***

     

    Dans la cour de la caserne de l’armée, l’agitation battait son plein. Len suivait un entraînement intensif en compagnie de Gumi, qui ne le ménageait pas. Tous deux pratiquaient des exercices d’opposition au sabre. Rin, quant à elle, était restée sur le côté, la jambe toujours en attelle.

    - Comment Rin fait-elle pour supporter une telle rapidité ? pensa Len. « C’est tout bonnement inhumain ! »

    Le jeune homme fut rapidement extirpé de ses pensées par une violente claque sur le dessus de la tête.

    - Arrête de rêver ! glapit Gumi. « Reste concentré ! Je ne resterai pas sympa très longtemps ! »

    Len fit ensuite quelques pas en arrière, de sorte de reprendre son souffle.

    - Eh bien, mon pauvre ami, on n’est pas sorti du sable. Il va falloir te bouger si tu veux augmenter ton niveau ! »

    Len fit mine de rien entendre. Il ne voulait pas répondre aux provocations de son instructrice. Gumi s’approcha donc du jeune blond, et le murmura à l’oreille :

    - Tu veux protéger ta sœur contre ses sabreurs aux cheveux verts ? Parce que pour l’instant, tu es loin de leur niveau. Je me demande même si tu tiendrais plus de deux minutes face à eux…

    Une lueur de rage se fit alors remarquer dans les yeux de Len.

    - On dirait que j’ai touché un point sensible ! se réjouit Gumi. « Viens, maintenant, montre-moi ce que tu sais faire ! »

    Un combat acharné débuta donc entre les deux combattants. Len se battait désormais sans la moindre retenue, blessé dans son amour propre. Cependant, le niveau de la lieutenante à la tenue orange était bien supérieur, mais celle-ci s’étonna tout de même devoir employer certaines techniques élaborées pour contrer les attaques répétées de son adversaire. Quelques minutes plus tard, la calme revint dans la cour. Le vent soufflait à nouveau, faisant se lever légèrement le sable présent dans l’arène.

    - Tu vois quand tu veux ! Tu devrais me montrer ça plus souvent…C’est tout pour aujourd’hui, entraînement terminé. Demain, on refait la même chose !

    Len esquissa un sourire de satisfaction. Il se dirigea ensuite vers sa sœur qui se leva avant de reprendre le chemin vers leur chambre.

    - Minute papillon ! interrompit Gumi.

    - Qu’est-ce qu’il se passe ? sursautèrent les jumeaux.

    - Rin, tu vas venir avec moi. Il est temps de t’apprendre les rudiments de la stratégie militaire.

    - Comment ça ? s’interrogea la jeune fille.

    - D’après Miku, tu as montré des signes d’excellence en ce qui concerne la stratégie. Elle veut donc que je t’en apprenne les bases sérieusement, afin que tu puisses nous aider dans la guerre qui s’annonce, malgré ta blessure.

    Une expression de satisfaction mêlée d’une légère crainte parcourut le visage de Rin. Elle était honorée de ne pas avoir été laissée sur le côté, mais elle devait également prendre de nouvelles responsabilités, et elle ne savait pas si elle était prête.

    - Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. Allez, viens tout de suite. On n’a pas de temps à perdre.

     

    ***

    La foule était amassée devant le balcon luxuriant du Palais Royal. De nombreuses affiches avaient été placardées à travers toute la ville, annonçant une allocution urgente de la Reine Luka l’après-midi. La population s’était donc pressée en masse devant le château. Les spéculations allaient bon train. Depuis le début de son règne, Luka n’avait à aucun moment jugé utile de s’adresser de cette façon au peuple. Les rumeurs avaient déjà fait leur chemin, de sorte que la plupart des citoyens présents savaient déjà pour le meurtre des chefs de village, et pour la guérilla qui était en train de se former dans leur pays. Mais ils en ignoraient l’origine ou les détails.

    Dans un brouhaha assourdissant, la Reine se montra après quelques dizaines de minutes sur le balcon du Palais. Elle portait une robe de couleur rouge assez courte, loin de ses standards habituels. Son vêtement arborait un design excessivement simple, comme si elle voulait déjà signifier que l’heure n’était pas aux plus belles parures.

    Elle se montra donc sur une petite estrade, et prit une profonde respiration. Le calme avait subitement pris sa place parmi l’assistance.

    « Mes très chers sujets… », balbutia-t-elle. « L’heure est grave… »

    Ces hésitations, ainsi que les premiers mots de la Reine avaient déjà semé le doute parmi le public. Luka observait de loin les visages défaits des personnes placées au premier rang, et resta ensuite murée dans son silence pendant de longues secondes. Elle se retourna ensuite vers Miku, qui posa sa main sur sa poitrine, comme pour lui faire passer un message.

    Luka observa son amie, et lui signifia par un acquiescement qu’elle avait compris. Puis, elle s’avança de nouveau sur son promontoire.

    « Mes chers amis et sujets ! Je ne veux rien nous cacher. Nous faisons aujourd’hui face à une menace, plus forte encore que celle que nous avons connue il y quinze ans. L’ennemi nous a déjà pris plusieurs villages, mais, je peux vous assurer qu’il ne nous mettra pas à terre. Et vous savez pourquoi ? Parce que je crois dans le courage des habitants du pays de Kuni, je crois en les capacités de la Garde royale. Je crois en cet esprit qui nous anime tous : nous ne laisserons jamais le champ libre à la cruauté. Alors, comme toujours, nous allons nous battre, montrer à cet ennemi d’un nouveau genre que rien ne nous fera tomber, que les barrières de Kyôu sont impénétrables, et que nous lutterons jusqu’à la dernière minute ! La commandante Miku et ses troupes sont déjà en train de préparer la défense de la ville et du pays, et de réfléchir à une contre-attaque. Je peux vous assurer que je ne laisserai plus le sang de mes sujets couler.

    Je me souviens… Lorsque j’étais enfant, lorsque la Grande Guerre Magique a éclaté, personne n’aurait misé sur notre victoire, au vu de l’apparente supériorité des Magiciens. Et pourtant, quinze ans plus tard, nous sommes toujours là, debout et fiers. Alors, je veux passer un message à notre ennemi : vous voulez vous emparer de notre pays, le mettre à feu et à sang, mais préparez-vous, car ce ne sera pas une mince affaire. Les temps à venir seront difficiles, mais je suis convaincue, au plus profond de moi-même, que nous sortirons vainqueurs. Notre fierté et notre courage conduiront nos ennemis à la défaite ! »

    La souveraine avait dissimulé une épée qu’elle dégaina rapidement à la vue de la foule, qui se mit à l’acclamer. Elle, d’habitude si calme et fragile, avait décidé de montrer un nouveau visage. Personne ne pouvait se permettre de s’attaquer à son peuple.

    Elle salua la foule, puis retourna vers Miku, qui l’attendait le pouce levé. Son discours improvisé avait permis à la population d’oublier pendant un court instant ses craintes. En outre, le pays savait maintenant que l’état-major réagissait. La commandante de la Garde partit rapidement vers la caserne pour organiser les troupes de défense de la capitale, en prévision d’une prochaine attaque.

    Partout dans la capitale, les soldats s’entraînaient d’arrache-pied, la motivation retrouvée. Rin et Len se trouvaient avec Gumi, tandis qu’Alys travaillait ses capacités au Koryu dans son coin, en tentant toujours de déchiffrer les notes de son père.

    Au crépuscule, Miku s’empara également du sabre qui trônait fièrement dans son bureau :

    - Maintenant, il est temps pour moi aussi de m’y mettre.

    Toute la ville de Kyôu se trouvait désormais sur le pied de guerre, tandis qu’au village d’Hayashi, Fukase préparait sa prochaine attaque.

     

    ***

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #31 le: 23 juin 2017, 19:29:55 »
    Coucou !

    Et voilà le chapitre 19 !

    Spoiler

    Chapitre 19 : Love Is War

    Alys se tenait droite, au milieu d’une pièce sombre, éclairée par deux bougies déjà bien entamées. La salle d’entraînement qu’on lui avait attribuée était équipée d’une table et de deux simples chaises en bois. Le reste, d’une superficie de quelques mètres carrés restait désespérément vide. Sur la table basse était posé le livre de Monsieur Vo, ouvert environ à la moitié. On pouvait y voir de nombreuses notes manuscrites et quelques croquis. Les yeux clos, ses bras bringuebalaient le long de son corps. Elle tentait de reproduire les mouvements inscrits sur les schémas tracés par son père. Avant chaque prise fantôme, la villageoise prenait une longue respiration. Elle essayait de concentrer son énergie mais aucun résultat concluant ne ressortait pour l’instant de ses sessions d’entraînement. Elle finit donc par s’asseoir, la tête baissée, sur la minuscule chaise poussiéreuse, et se mit une nouvelle fois à feuilleter l’ouvrage.

    Plusieurs fois, elle se remémorait l’épisode de la bataille d’Uchi, et la mort de ses proches. Puis, elle se rappelait qu’une grande partie du destin du pays reposait sur sa réussite. Souvent, elle essayait de rejeter cette idée, de peur qu’elle ne lui provoque un trop plein de pression, et se remettait au travail. Mais, après plusieurs heures de travail acharné sans la moindre issue, le moral était au plus bas.

    C’est alors qu’une personne frappa lentement et délicatement à la porte. Alys sursauta. D’habitude, personne ne la dérangeait pendant son entraînement, de peur de venir troubler sa concentration. Cela la désolait d’ailleurs. Elle aurait bien aimé avoir une quelconque compagnie pendant les moments difficiles. Elle accusait encore le coup de la perte de sa famille. Rin et Len était bien présents le soir, mais eux aussi étaient préoccupés par leur entraînement avec Gumi. Ce qui résumait par conséquent leurs soirées à un sommeil relativement précoce.

    La jeune femme à la tresse s’approcha prudemment de la porte d’entrée et l’ouvrit lentement. Elle aperçut ensuite dans la pénombre un jeune homme à lunettes familier, et poussa un soupir de soulagement.

    - Désolé de vous déranger, chuchota le jeune homme.

    Il bafouilla. Le bibliothécaire s’en voulait déjà de déranger l’apprentie guerrière durant ses mouvements et se cachait le visage par honte.

    - Ce n’est rien... sourit Alys. « Entrez donc, Shirosaki. »

    Le visage du garçon se marqua d’un sourire satisfait. « Elle se rappelle de mon nom ! » pensa-t-il, et il s’en réjouit. La Koryuiste remarqua l’expression de Yuudai, et lui fit la remarque :

    - Pourquoi un tel sourire ?

    - Euh… Pour rien, je suis juste heureux de vous revoir…

    Il fouilla directement dans son sac, évitant par la même occasion le regard d’Alys, et en sortit un épais grimoire.

    - Je suis venu vous apporter ceci. C’est un des rares livres sur le Koryu. Il était conservé dans la bibliothèque. Je me rappelais l’avoir lu, et je me suis dit que cela pourrait vous être utile.

    La jeune femme fut très honorée par la sollicitude de Shirosaki. Celui-ci était d’ailleurs arrivé au meilleur moment, elle qui se sentait désespérément seule pour le moment. Ils s’installèrent donc à la simple tablée. Quelques gouttes de sueur perlaient le long du front d’Alys. Elle les essuya rapidement, puis lança un regard de désolation envers son invité.

    - Ce n’est pas facile… commença-t-elle timidement. La villageoise n’était pas du genre à se plaindre, encore moins devant un homme qu’elle venait à peine de rencontrer, mais elle devait maintenant vider son sac.

    - Je comprends, rétorqua Yuudai. « En tout cas, vous faites preuve d’un sacré courage pour vous embarquer dans cette mission. Cela force l’admiration ! »

    Alys ne trouva pas quelle réponse apporter à son affirmation. A vrai dire, elle ne s’était jamais considérée comme une personne exceptionnelle, bien au contraire. Même si elle était l’une des dernières représentantes d’un art oublié, la ségrégation dont elle avait été victime dans sa jeunesse avait eu des répercussions sur sa confiance en elle. Et cela se ressentait encore à l’instant présent. Par ailleurs, Shirosaki était la première personne qu’elle rencontrait à faire preuve d’un véritable fanatisme envers les Koryuistes. Cela avait contribué à le rendre sympathique. La fille à la tresse croisait enfin quelqu’un qui ne la voyait ni comme un monstre, un être inférieur ou dangereux, ou encore une arme, Rin et Len mis à part.

    Les deux jeunes adultes étaient installés de part et d’autre de la vieille table en bois. Alys s’était mise à consulter le grimoire fourni par le bibliothécaire, qui lui donnait par le même temps quelques compléments d’informations glanées au fil de ses lectures sur le Koryu. Puis, au fur et à mesure, la conversation gagna en profondeur. Tout d’abord, Alys en apprit davantage sur la vie et la personnalité de son nouvel ami, et également sur sa fascination pour le Koryu. Cela remontait à l’époque de la Grande Guerre Magique. Alors que son village était attaqué par la Guilde des Mages, et son père fait prisonnier, un pratiquant du Koryu l’avait sauvé des griffes de quelques magiciens qui voulaient attenter à sa vie. Pour le jeune garçon de cinq ans qu’il était, cela constituait une véritable révélation.

    - Et votre père ? demanda Alys, quelque peu gênée.

    - Malheureusement, il est mort durant la guerre, pendant une bataille. Ma mère ne s’en est jamais remise, et s’est éteinte à petit feu…

    La jeune femme présenta directement ses excuses. Sous ses airs de garçon timide, Shirosaki cachait également un lourd passé. Comme la plupart des jeunes de Sekai dans la vingtaine, victimes collatérales du conflit. En effet, on ne comptait plus les familles qui avaient perdu un membre dans l’une des nombreuses batailles.

    Shirosaki était d’assez frêle constitution. De ce fait, il abandonna rapidement l’idée de suivre les traces de son père et de rejoindre l’armée. Il était davantage passionné par l’art et les lettres. Alys découvrait devant elle une personne avec qui elle partageait étonnement énormément de points communs. Ainsi, ils passèrent plusieurs heures à discuter de choses et d’autres. La majorité de leurs sujets de discussion tournait autour de la musique et la littérature; deux domaines que les deux jeunes gens appréciaient particulièrement. Pendant plusieurs heures, Alys oublia la pression qui pesait sur ses épaules, mis de côté son rôle d’arme de la Garde royale, et retrouva tout simplement son statut d’être humain, avec ses passions, ses centres d’intérêt. Elle se retrouvait en face d’un homme particulièrement cultivé, et qui pourtant ne faisait pas étalage de ses connaissances. Yuudai restait en effet très modeste dans ses paroles.

    Les heures passaient extrêmement rapidement. Absorbés par leur conversation, les deux nouveaux amis n’avaient même pas remarqué que le Soleil était déjà couché. Ce n’est que lorsque que les deux bougies de la pièce s’éteignirent qu’ils se rendirent compte du temps qu’ils avaient passé ensemble. Cette rencontre avait eu l’effet d’une bouffée d’air frais pour Alys, tandis que Yuudai paraissait très heureux d’avoir pu passer autant de temps en compagnie de la jeune femme.

    Ils retournèrent ensuite dans le couloir silencieux de la caserne de la Garde royale. Face à face, ils se serrèrent tendrement et promirent de se retrouver rapidement.

    Alys retourna dans sa chambre, en compagnie de Rin et Len, l’esprit encore dans les étoiles.

     

    ***

     

    Dans la forêt qui bordait le village d’Hayashi, Yuma progressait lentement entre les fourrés. Il avançait en rampant, prenant soin de ne pas se faire repérer. Par chance, le village était entouré par de nombreux arbres d’assez grande taille, ainsi que de buissons. En outre, les hommes de Fukase n’avaient pas eu comme consignes d’agir de manière furtive. Ainsi, le lieutenant de la Garde royale pouvait les entendre approcher d’assez loin pour emprunter un autre itinéraire et donc, parvenir lentement à son objectif.

    L’officier s’était mis dans l’idée de pratiquer une mission d’espionnage. Bien sûr, elle s’avérait particulièrement risquée, surtout qu’il se retrouvait seul. Mais, il espérait que Fukase et ses hommes soient davantage occupés par leur prise du village que par son éventuelle présence. Il pourrait ainsi obtenir plus d’informations sur l’organisation de sa guérilla, qui pourraient se révéler déterminantes pour la guerre qui s’annonçait. Cependant, ne disposant d’aucun renfort à proximité, il devait rester prudent. Son rôle dans l’état-major de la Garde était trop important pour qu’il prenne un risque trop important de se faire capturer. Il avait donc décidé de se faufiler dans le hameau en tant que simple observateur. Il éviterait ici les démarches un peu trop entreprenantes.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, Yuma parvint au pied des remparts du village. Il était toujours couché sur le ventre (son équipement noir était d’ailleurs déjà bien marqué). Il s’accroupit derrière un large buisson et observa les environs. Le mur d’enceinte, si on pouvait l’appeler comme tel, était construit en bois, et disposait de quatre entrées situées aux points cardinaux, toutes gardées. Yuma patientait et réfléchit à une stratégie. Il ne pouvait pas attaquer l’un des postes de garde, il courrait le risque que celui-ci sonne l’alerte. Non, il devait se débrouiller pour entrer sans être vu. Sa seule solution était de forcer la muraille en bois. Pour ce faire, il partit se positionner au sud-est du village (alors qu’il se trouvait devant l’entrée est). Par chance, il remarqua que cette partie de l’enceinte était riche en végétation, et à peine surveillée. Comme les gardes de Fukase étaient postés aux quatre points cardinaux, même s’ils entendaient le bruit provoqué par Yuma quand il forcerait la muraille, ils prendraient un certain temps avant d’arriver sur les lieux. Le lieutenant dégaina donc son sabre et attaqua le mur en bois. Le bois utilisé était relativement ancien et commençait à pourrir, il put donc se permettre de ne pas trop forcer avant de s’ouvrir une brèche. Par prudence, il espaça de quelques minutes chaque coup de katana, pour éviter d’éveiller les soupçons. Après quelques instants, il parvint à se glisser à l’intérieur du village d’Hayashi. Première partie de la mission accomplie.

    Yuma ne s’y était jamais rendu. Il progressa dans les rues du village, désertes, en rasant les murs. Au détour d’une rue, il croisa une patrouille armée, mais se dissimula derrière un tonneau placé là par le marchand de saké situé à proximité. Sans peine, il arriva à se frayer un chemin vers la place, où un spectacle bien funeste l’attendait.

    Fukase se tenait debout, fier, malgré sa petite taille, devant la hutte du chef de village. A ses côtés, ses trois généraux, Kyo, Yuu et Wil restaient immobiles. En face d’eux étaient alignés ce qu’il restait de l’escadron de la Garde royale qui avait tenté de défendre Hayashi, une dizaine de soldats ensanglantés tout au plus.

    Kyo tenait en joue le premier militaire de la file, et le persuada d’avancer en direction du chef.

    Un large sourire s’inscrit sur le visage de Fukase :

    - Bon, mon petit… On peut dire que tu te trouves dans une situation pour le moins désespérée...

    Le soldat ne formula aucune réponse, mais expirait fortement. Des gouttes de sueur perlaient le long de son front.

    - Je te laisse pourtant encore une chance de t’en tirer, poursuivit l’homme aux cheveux rouges. « Je me doute que la Reine Luka prépare en ce moment même la défense de sa capitale. Allons droit au but. Je veux toutes les informations en ta possession. Ni plus, ni moins. Ses stratégies de défense, tout ça… Tu dois bien savoir quelque chose ! »

    Le silence régnait sur la plaine du forum. Le prisonnier restait cependant peu impressionné par son interlocuteur, et le fixa dans le blanc des yeux. Puis, il prononça calmement ces mots :

    - Plutôt mourir...

    Le sourire de Fukase ne s’était toujours pas effacé de son visage.

    - Ça peut se régler !

    D’un geste de la main, le chef ordonna à Wil de s’approcher du soldat. Le lieutenant approcha alors son pistolet de la tempe du prisonnier, et appuya sur la détente. Un immense flot de sang s’échappa du côté droit du crâne du soldat, qui s’écroula directement sur le sol poussiéreux, teinté maintenant de couleurs écarlates.

    Wil retourna rapidement à sa place. Puis, Fukase s’écria :

    - Quelqu’un d’autre est candidat au courage par ici ?

    Yuma était resté caché derrière le mur d’une petite habitation située en bordure de la place, et observait l’exécution sommaire de loin. Au moment de la détonation, son ventre se mit à gargouiller. Il ressentait de la colère, de l’impuissance et du dégoût. Il déglutit difficilement. Pourtant, il se devait de rester à sa place. Pour l’instant, il se trouvait dans l’incapacité d’agir. Seul, il ne pouvait rien, d’autant plus qu’il s’agissait de la première fois qu’il voyait ce type d’armes être utilisé. Divers sentiments traversèrent son esprit, de la rage à la tristesse, en passant par la peur. Comment lutter contre un ennemi si puissant ?

    A la suite passèrent les autres soldats. La même question leur était posée. Tous, par soucis de loyauté envers leur pays, refusèrent, et furent de la même façon sauvagement exécutés. Fukase et ses trois lieutenants avancèrent donc au travers des corps inertes et se posèrent fièrement devant le dernier soldat vivant. C’était un jeune homme de moyenne taille aux cheveux bruns foncés, coiffés en queue de cheval.

    - Tu ne comptes pas faire la même bêtise que tes camarades, j’espère ? lui lança Fukase.

    Les larmes coulaient le long des joues du jeune soldat.

    - Non, Monsieur… Je viens de fonder une famille… Ma femme et mon fils m’attendent à la maison. Je veux les revoir… murmura-t-il lentement. Son discours était pétri d’hésitations.

    L’interrogatoire fut soudainement interrompu par le retour de Leora, qui accompagnait les jumeaux Genshine. Kyuu et Roku baissèrent la tête. Le cadet observa cette macabre scène, et fut pris de nausées.

    - Où étiez-vous passés ? Vous n’avez pas tenté de vous enfuir tout de même ? demanda Fukase.

    - Nous étions parti faire une ronde dans le village… rétorqua Kyuu. Leora affichait une mine assez dérangeante, et eut un petit rictus malicieux à l’égard des jumeaux.

    - Et qui vous a demandé de faire une ronde ? C’est le rôle des soldats, ça ! pesta le chef. « Je commence à en avoir assez de votre insubordination. On en reparlera quand j’en aurai terminé ici… Prenez place à mes côtés. »

    Leora s’installa rapidement à la droite de Fukase. Kyuu prit place, en compagnie de son frère à côté de la mercenaire.

    - Euh… Sommes-nous obligés d’assister à tout cela ? interrogea timidement Roku.

    Le plus jeune frère éprouvait les pires difficultés à voir se faire massacrer des innocents. Même si leur tuteur les avait engagés comme gardes du corps personnels, et leur donnait de temps à autres quelques missions d’assassinat. Roku exécrait la violence. Il tenait le coup en évitant de tuer le plus possible les cibles. Et, dans le cas d’une mission létale, il se disait que cette personne ne devait pas être innocente. Mais là, c’en était trop pour lui.

    - Mon cher Roku, tu es bien trop jeune et trop fragile. Aujourd’hui est une leçon, lui répondait Fukase. « Tu dois apprendre que rien dans la vie n’est juste. Et que la loi du plus fort prime ! Je t’ordonne de rester ici, les yeux grands ouverts. »

    Le trentenaire se tourna ensuite vers le jeune soldat de la garde.

    - Bon, reprenons, où en étions-nous ? Oui, c’est ça, en échange d’informations, je te garantis que je te laisse rejoindre ta famille. Qu’en penses-tu ?

    Le prisonnier éclata en sanglots. Il ne voulait pas passer pour un traître, mais se remémorait le souvenir de la naissance de son enfant. Juste à ce moment, il tomba, le ventre contre le sol, et s’évanouit.

    - Ils ne servent donc à rien, ces soldats ! Wil, liquide-le, il est inutile aussi !

    Le lieutenant s’exécuta et braqua son arme à une quarantaine de centimètres au-dessus de la tête du soldat évanoui.

    A ce moment, le sang de Yuma ne fit qu’un tour, mais il ne pouvait pas bouger d’un pouce. Dans son empressement, il se montra imprudent et marcha sur quelques branches d’arbres qui étaient déposées là. Le bruit attira l’attention de Fukase et ses hommes.

    - Qu’est-ce qu’il se passe par là ? Un intrus !

    Yuma était découvert. Wil s’empressa d’actionner la gâchette de son revolver. Alors que la détonation de l’arme à feu résonnait, Yuma prit directement la fuite, tandis que Fukase pesta violemment.

    - Leora, poursuis-le, s’écria-t-il.

    - A vos ordres ! Vous, venez avec moi ! lança-t-elle en direction de Kyuu et Roku.

    Le lieutenant aux cheveux roses était connu pour sa rapidité. Si bien qu’avec les quelques mètres d’avance qu’il possédait, il était quasiment impossible pour quiconque de le rattraper. Les jumeaux Genshine s’avéraient être de bons coureurs, jeunes et rapides, mais leur état d’esprit n’était pas au beau fixe. Ils ne se montrèrent pas très efficaces. D’ailleurs, avaient-ils encore envie de poursuivre cet homme ? Depuis un bon moment, ils ressentaient l’idée d’appartenir au mauvais camp. Pourquoi encore s’échiner à assouvir les désirs de Fukase, vu son comportement actuel ? Toutes ces idées traversèrent l’esprit des deux frères, alors que Yuma prit rapidement la direction de la sortie d’Hayashi, avant de s’enfoncer dans la forêt. Leora avait bien tenté quelques techniques du Koryu pour le freiner. Sans succès.

    Les trois subalternes retournèrent donc vers le forum du village, où Fukase les attendait, le visage rouge écarlate de colère.

    - Désolé, patron. Il était bien trop rapide. Nous n’avons rien pu faire… s’attristait Leora.

    - Mais qui était cet homme ?

    - Je l’ai déjà vu, lors de notre dernière opération à Kyôu. Il s’agit d’un lieutenant de la Garde royale, l’un des assistants de la commandante. Un membre important de l’état-major…

    Fukase dégaina un petit couteau, placé dans un fourreau situé à se cuisse droite. Il s’écria entre ses dents :

    - Il ne paie rien pour attendre, celui-là.

     

    ***
     

    A la caserne de la Garde royale, les jumeaux Kagamine traversaient les couloirs sombres en compagnie de Gumi. En l’absence de Yuma, la guerrière avait été chargée de l’entraînement de Len. Celui-ci en avait d’ailleurs accusé le coup. Sa nouvelle préceptrice se montrait encore plus sévère avec lui, il était d’ailleurs revenu de sa dernière passe d’armes avec elle trempé par la transpiration. De son côté, Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher, apprenait les rudiments de la stratégie militaire avec son ancien professeur. Gumi était moins un peu douée que Miku dans ce domaine, mais la commandante de la Garde était bien trop occupée à organiser les défenses de la capitale en prévision de l’attaque de Fukase que pour éduquer une recrue. Pourtant, elle avait décelé chez Rin une certaine intelligence stratégique qu’elle se devait d’utiliser. Couplée à ses connaissances sur les armes de l’ennemi, la jeune adolescente pourrait être d’une aide cruciale pendant les batailles.

    Les jumeaux avaient d’ailleurs discuté de leur situation et de leur implication dans le conflit la veille. Ils étaient arrivés à la conclusion que, malgré leur inexpérience, participer au combat était la meilleure manière pour eux de trouver un chemin vers leur monde. Ils étaient désormais certains que Fukase et les Genshine étaient originaires de chez eux. Par conséquent, ils devaient disposer d’un moyen pour voyager entre les univers. C’était là leur objectif, au grand dam d’Alys d’ailleurs, qui devait se mettre à l’évidence. Ses deux nouveaux amis finiraient bien par la quitter.

    Les jumeaux blonds et la guerrière à la tenue orange pénétrèrent donc dans la cour centrale de la caserne. Le Soleil venait de se coucher, tous les soldats étaient déjà rentrés dans leurs dortoirs respectifs, et on pouvait entendre le souffle du vent dans le patio. Tous les trois aperçurent soudain une silhouette familière gigotant dans tous les sens, pratiquant çà et là des mouvements relativement compliqués, et bondissant parfois majestueusement. La chevelure turquoise de la guerrière qui s’entraînait devant eux vagabondait au fil de ses déplacements. La lumière blanche de la Lune reflétait sur son visage. Rin et Len furent étonnés : il s’agissait de la première fois qu’ils voyaient Miku à l’œuvre, et il fallait bien avouer qu’elle se montrait impressionnante. Tout était juste. Ses mouvements étaient précis, sans fioriture, ni geste inutile. Gumi, elle, gardait un air sérieux, quoique légèrement inquiet.

    Lorsqu’elle vit ses trois subalternes s’approcher d’elle, Miku s’arrêta net. Son visage restait fermé. Elle s’avança alors vers Gumi, sentant que celle-ci avait quelque chose à confier :

    - Eh bien, ça fait longtemps que je vous ai vu vous entraîner avec une telle fougue.

    Miku restait calme, et gratifia Rin et Len d’un léger regard.

    - On ne sait jamais Gumi. L’heure est grave. On n’est jamais trop prudent !

    - Ne me dites pas que vous vous inquiétez, vous ? s’interloqua la lieutenante.

    - Je n’aime pas cette impression… Mais, je dois être honnête… Oui, je suis inquiète…

    Les Kagamine restèrent cois. La commandante, qui était d’habitude si sûre d’elle, si entreprenante, paraissait maintenant complètement perdue. Rin réfléchissait. La jeune fille fit preuve de compassion. Miku avait dû faire face à la pression ces derniers temps. La défense et la sécurité de tout le pays reposait presque entièrement sur ses épaules. Elle représentait également une confidente pour la Reine Luka, qui lui faisait part de tous ses questionnements. Son rôle de commandante et de conseillère devait commencer à lui peser, d’autant plus qu’elle ne laissait jamais rien transparaître et restait en tout temps impassible.

    Rin s’avança vers la patronne :

    - Vous savez… Je pense que c’est normal de ressentir cette impression. Mais, soyez certaine d’une chose. Vous n’êtes pas seule. Le destin du pays ne repose pas uniquement sur vous, mais sur toute l’armée. Si nous agissons tous ensemble, nous pourrons trouver une issue à ce conflit.

    La jeune femme retrouva subrepticement le sourire. Gumi éprouvait des sentiments contraires. En effet, personne n’avait jamais osé se montrer aussi proche de la commandante. Mais, d’un autre côté, c’était peut-être ce dont Miku avait besoin pour le moment.

    - Merci Rin. Cela me fait chaud au cœur.

    Les quatre guerriers furent soudainement interrompus par le bruit du galop d’un cheval qui s’immobilisa au centre de la cour. Yuma le chevauchait. Il descendit rapidement, et effectua un salut furtif en direction de Miku.

    - Yuma ! s’écria-t-elle. « Déjà de retour ? ».

    Le guerrier à l’armure noire ne perdit pas de temps. Il informa directement ses collègues de la fuite de quelques villageois, ainsi que de sa tentative d’intrusion dans Hayashi. Il aborda également le sujet fâcheux de la puissance de l’armée ennemie, ainsi que de la mégalomanie manifeste de son leader. Les mots de son discours laissaient transparaître également une certaine crainte.     

    - Ce type est un malade… Si nous ne l’arrêtons pas, nous courrons à la catastrophe…

    - Je vois… rétorqua Miku. « Notre seul espoir pour l’instant est qu’Alys parvienne à maîtriser les techniques de son père. Je suis allée la voir toute à l’heure. Elle m’expliquait avoir fait pas mal de progrès, mais avait encore besoin de temps. Cela risque d’être juste…

    - Il y a une autre chose, interrompit Yuma. « Il me semble également déceler des dissensions dans son groupe. »

    - Des dissensions ? Que veux-tu dire par là ? demanda Miku, alors que Gumi, Rin et Len restaient attentifs.

    - Surtout avec les jumeaux que nous avions déjà croisés. Je pense qu’ils ne soutiennent pas totalement les actions de leur maître. Tout cela pour dire que cet homme ne sera peut-être pas suivi tout le temps par son armée… ajouta-t-il en faisant référence à la scène dont il avait était témoin quelques heures plus tôt.

    Cette dernière remarque fit sursauter Rin et Len. Il y a quelques temps, les jumeaux avaient déjà eu une discussion à propos des frères aux cheveux verts. Rin se sentait relativement proche d’eux et ne pouvait l’expliquer. Elle semblait également émettre l’hypothèse qu’ils n’étaient pas si mauvais.

    - De toute façon, occupons-nous d’abord de notre camp. Nous n’avons que faire du leur, conclut Miku.

    Il faisait désormais nuit noire, et la tension était remontée d’un coup. Tous remontèrent tranquillement dans leurs quartiers : Miku la première, suivie par Gumi et Yuma qui s’effleurèrent rapidement la main, puis Rin et Len, plongés dans leurs pensées.

     

    ***
     


    Quelques jours plus tard, les jumeaux reprenaient une nouvelle fois le chemin de leur chambre après leur session d’entraînement. Rin poussa directement la porte d’entrée et surprit Alys, qui était accompagnée de Shirosaki Yuudai.

    Alys et Shirosaki étaient tranquillement assis sur le lit de la jeune femme à la tresse, et étaient en train de discuter.

    - Désolée de vous avoir dérangés… Je pensais que tu étais seule, Alys, s’excusa Rin.

    Le bibliothécaire restait muet, se cachant parfois le visage avec sa main.

    - Ce n’est pas grave, rétorqua Alys. Elle ne savait pas trop quoi ajouter.

    Shirosaki se leva alors, préférant laisser la place aux jumeaux, qui avaient bien besoin de se reposer.

    - Je vais retourner à la bibliothèque, dit-il. « Pardonnez-moi pour le dérangement ».  Il salua ensuite respectueusement Rin et Len. Puis, il s’approcha d’Alys, s’immobilisa quelques secondes. Leurs regards se croisèrent. Puis, il la salua calmement et prit congé.

    Rin attendit que le jeune garçon ait pris ses distances d’avec la chambre, et lança à Alys :

    - Tu es souvent avec lui, ces derniers temps… commença-t-elle dans un sourire. « Il ne se tramerait pas quelque chose ? »

    Alys restait pétrifiée, quelque peu gênée…

    - Il m’est d’une grande aide dans mon étude du Koryu. Il est très érudit, se justifia-t-elle, avant de marquer une pause. « En fait, on a pas mal de choses en commun, et il est très gentil… »

    La blondinette se retourna vers son frère, qui lui s’était couché dans sur sa paillasse, n’écoutant que peu ou prou la conversation.

    - Je pense qu’elle en pince pour lui… lui murmura-t-elle.

    - Rin ! s’écria Alys.   

    - Ben quoi ? Ce n’est pas si grave ! Tu peux l’avouer !

    - Ce n’est pas le moment de penser à ça… Je suis très occupée pour l’instant, et il m’aide beaucoup.

    Rin préféra dès lors remettre cette discussion à plus tard. Len commençait à fatiguer et était proche de trouver le sommeil.

    - D’accord, j’arrête de te taquiner… Mais on en reparlera !

    Alys resta muette.

     

    ***

     

    La nuit se déroula dans le plus grand des calmes. Toutefois, tôt le lendemain matin, tous furent réveillés par le son des cornes qui donnait l’alerte dans la cité de Kyôu. Quelques secondes plus tard, quelqu’un vint tambouriner à la porte des trois amis. Il s’agissait de Gumi et Yuma. Rin ouvrit la porte et découvrir les deux précepteurs le visage pétrifié.

    - Levez-vous, c’est urgent. On signale des mouvements de troupes ennemies dans les environs de la capitale. Descendez vite !

    Alys, Rin et Len préparèrent rapidement leurs affaires et se rendirent immédiatement au lieu de rendez-vous, devant la caserne de la Garde royale.

    A quelques centaines de mètres de là, l’armée de Fukase progressait rapidement à travers la plaine qui entourait la cité. L’homme à la canne et aux cheveux rouges était posté sur une colline environnante, d’où il profitait d’un splendide point de vue, chevauchant un majestueux étalon blanc. Il était entouré par ses trois lieutenants, ainsi que par Leora qui surveillait de très près les frères Genshine.

    - Let’s play now ! s’écria Fukase dans un rire sadique.

     

    ***




    Bonne lecture~

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #32 le: 23 juin 2017, 22:06:05 »
    Ah ! Enfin la suite ! Je suis pas mécontent d'avoir lu tous les chapitres en trois jours pour ne pas louper la parution du dernier :3.

    Spoiler
    Je le savais qu'il y aurait un truc entre Alys et Shirosaki, ça se voyait à des kilomètres !
    En tout cas c'est la grosse hype pour la bataille finale. Ça promet !  :D
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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #33 le: 25 juin 2017, 20:22:02 »
    Ah ! Enfin la suite ! Je suis pas mécontent d'avoir lu tous les chapitres en trois jours pour ne pas louper la parution du dernier :3.

    Spoiler
    Je le savais qu'il y aurait un truc entre Alys et Shirosaki, ça se voyait à des kilomètres !
    En tout cas c'est la grosse hype pour la bataille finale. Ça promet !  :D

    Merci ! (Ouaah, tu as lu tous les chapitres en trois jours, je suis impressionné  :D. En tout cas, ça fait plaisir !  ;D)

    Spoiler
    J'avoue que j'ai hésité pour cette partie, je ne sais pas si c'est bien amené...

    Oui, les prochains chapitres, c'est la grande bataille. Je vais commencer à les écrire prochainement.
    On arrive presque à la fin de la première partie (sur 3 prévues...) donc ça peut encore faire de la lecture xD

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    Re : Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #34 le: 25 juin 2017, 22:32:15 »
    Ahah, quand quelque chose me plaît je me lance à fond dedans ;).

    Spoiler
    C'est vrai que c'est un peu cliché le coup du "je vais resté avec toi pour t'aider à étudier mais au final on aura juste parlé pendant des heures sans voir le temps passer" mais ça permet d'introduire leur relation petit à petit et de s'attacher à Shirosaki. C'est un peu l'opposé de la relation Gumi/Yuma à laquelle, je pense, personne ne s'y attendait.
    (sur 3 prévues...)
    Ah oui quand même XD, t'as vu les choses en grand ^^. Bonne continuation, j'ai hâte de lire la suite ;D
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #35 le: 11 juillet 2017, 19:10:19 »
    En tout cas, ça fait vraiment plaisir d'entendre ça (et de t'avoir rencontré à Japan Expo aussi, soit dit en passant^^) Merci !

    Et voici le chapitre 20 (que je devais sortir hier normalement, mais je n'ai pas eu le temps xD)

    Spoiler
    Chapitre 20 : Espoir

    Alys, Rin, Len, Gumi et Yuma avaient rejoint Miku, ainsi qu’une partie de l’armée juste devant l’entrée de la caserne de la Garde royale. Partout dans la ville de Kyôu, on pouvait entendre les sirènes qui donnaient l’alerte aux habitants. La panique régnait. Les résidents du quartier noble se pressaient devant le Palais Royal, en espérant trouver davantage de sécurité à l’intérieur de la forteresse. Le chaos était de mise dans toute la ville. Des hordes de soldats déambulaient dans les rues en se dirigeant vers les remparts ouest, d’où venait l’attaque, au milieu des citoyens en panique.
     
    Quelques minutes plus tôt, la commandante avait observé la dispersion de son armée. Malheureusement, elle n’avait pas eu le temps nécessaire pour établir une véritable stratégie de défense des citoyens. Ainsi, elle ne sût que faire pour contrôler la panique ambiante; elle avait, en effet, concentré tous ses efforts au maintien des murs de la ville. En aucun cas la guérilla ennemie ne devait pénétrer l’enceinte de Kyôu.
     
    Cependant, la patronne devait bien avouer qu’elle ne s’attendait pas à une attaque aussi immédiate. Elle se retourna ensuite vers Alys, et lui posa une question, son regard cherchant un peu de réconfort, et espérant une bonne nouvelle:
     
    - Où en es-tu avec la technique du Koryu ?
     
    Alys baissa la tête.
     
    - Malheureusement, je n’ai pas eu suffisamment de temps pour la perfectionner. Je fais des progrès, mais c’est extrêmement difficile, tentait-elle de se justifier.
    - Tu peux protéger combien de personnes environ, demanda Miku dans un élan de logique. Elle essayait de rester impassible, faisant fi de ce qui se déroulait à quelques dizaines de mètres d’elle.
    - Je peux étendre le bouclier de protection sur une dizaine de mètres… Donc, je dirai quinze à vingt personnes.
     
    Miku réfléchit. Ce nombre était bien trop insuffisant que pour pratiquer l’idée initiale de son plan. Alys n’était pas en mesure de se poster devant les remparts, et de former son bouclier, annihilant par conséquent les attaques ennemies.
     
    - Tu te rendras près de la Reine, dans ce cas… conclut la commandante. « Protège-là à tout prix. Elle est le seul espoir qu’il nous reste. Si l’autre taré la capture, c’est terminé. »
     
    La jeune femme du village d’Uchi réagit à l’expression « à tout prix ». Dès à présent, elle ressentait tout le poids de la guerre sur ses épaules, ce qui lui apportait un regain de pression. Mais, elle avait accepté les ordres de Miku, et il s’agissait désormais de son fardeau.
     
    La commandante se tourna ensuite vers les autres membres de son état-major. Elle ordonna donc à Gumi, Yuma et Len de se poster en gardes devant les entrées du quartier noble, et de sonner l’alerte en cas de comportement suspect. Elle fixa ensuite le jeune garçon blond.
     
    - Ça ira, Len ? Tu es prêt ?
     
    Le blondinet ne sut pas quelle réponse apporter.
     
    - Il a fait pas mal de progrès. Et puis, il a déjà assisté à quelques combats. Il se débrouillera, interrompit Gumi.
    - Je vois… fit Miku.
    - Tu n’as pas été trop dure avec lui, pendant mon absence, hein Gumi ? demanda Yuma.
    - Certainement plus dure que toi. Mais, ce n’est pas bien difficile et ce n’est pas plus mal. Ça lui apprend la vie. Maintenant, il est prêt. De toute façon, nous n’avons pas trop le choix. Nous ne l’avons pas entraîné aux manœuvres de groupe. Il ne pourra s’en sortir qu’en combat individuel, pour l’instant. Il vaut mieux le mettre à ce poste de garde.
     
    Len, de son côté, pratiquait de longues et bruyantes respirations, trahissant son état d’esprit. Yuma s’approcha de lui et lui donna une légère claque sur l’épaule, puis lui fit un clin d’œil. Sans prononcer un mot, il parvint à instaurer un peu de confiance dans l’esprit de Len.
     
    Miku eût ensuite un regard vers Rin, qui s’aidait toujours d’une canne pour marcher.
     
    - Rin, tu ne peux pas combattre dans ces conditions malheureusement… Reste au Palais Royal avec la Reine et Alys.
     
    La sœur acquiesça gentiment. Elle n’avait pas d’autre choix. Puis, la patronne se rapprocha de son oreille droite et lui murmura:
     
    - J’espère que ton idée va fonctionner… Nous avons déjà tout mis en place aux remparts ouest. J’ai hâte de voir ce que ça donne !
     
    Rin sourit brièvement, puis prit le chemin du château de la Reine en compagnie d’Alys.
     
    - Dispersez-vous, hurla Miku. « Et bonne chance ».
     
    La guerrière aux cheveux turquoise prit ensuite la route vers la partie occidentale de la capitale. Arrivée aux murs, elle observa au loin l’armée de Fukase, et se tenait debout sur les remparts, la main droite posée sur son sabre dans son fourreau.
     
    - Qu’ils viennent ! On les attend !
     
    ***
     
    Jusqu’à présent, la plaine qui entourait la cité de Kyôu demeurait assez calme. Le Soleil venait de se lever, la rosée perlait encore sur les petites brindilles d’herbe, alors qu’un léger vent soufflait. Au loin, on pouvait entendre l’effroi dont souffraient les citadins derrière les murs. Fukase se tenait au-dessus de son armée, légèrement en retrait, sur une légère colline, et assis sur fidèle cheval blanc. Il souriait. Ce moment qu’il attendait depuis extrêmement longtemps était enfin venu. La bataille allait enfin débuter.
     
    Pour l’instant, ses soldats ne bougeaient pas d’un pouce. Il leur avait ordonné de patienter et d’attendre une réaction de l’adversaire avant de lancer l’assaut. Quelques minutes plus tard, les deux armées se firent face. La Garde royale restait cependant à l’abri derrière ses murs. Elle n’avait aucun intérêt à commencer les combats. L’armée de Fukase était disposée de la manière suivante: les soldats équipés de fusils d’assaut formaient la première ligne, suivis de près par les soldats armés de pistolets. Les snipers étaient postés un peu plus vers l’arrière. Le but initial du chef était d’utiliser les tireurs d’élite pour liquider les soldats ennemis placés sur les remparts de la ville. Ainsi, le reste de sa troupe pouvait infiltrer relativement facilement Kyôu, et prendre le pouvoir. Cependant, il avait omis un léger détail. La géologie de la région ne se prêtait pas à une telle stratégie. En effet, hormis la petite colline sur laquelle il s’était installé en compagnie de Leora, Kyuu et Roku, la géographie du lieu se révélait assez plate. De ce fait, les snipers ne disposaient d’aucun point d’attaque satisfaisant, et devraient dès lors tenter d’attaquer l’ennemi en étant postés à l’arrière-garde. Ce qui ne s’avérait pas très pratique.
     
    Alors que l’armée de Fukase patientait, la Garde royale se mit en formation. Comme prévu par l’homme aux cheveux rouges, la commandante Miku avait placé un certain nombre d’archers sur les remparts ouest de la ville. Toutefois, quelques minutes plus tard, l’ennemi vit apparaître une pléthore de catapultes. Miku ordonna le lancement du premier projectile, qui, en plus de sonner le départ de l’attaque, surprit grandement l’ennemi.
     
    - Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria Fukase, du haut de son cheval. Son visage devint soudain écarlate.
     
    Leora eût également une mine surprise, tandis que les frères Genshine restaient impassibles. « En tout cas, ils nous ont bien caché cela. Je n’ai jamais vu ces armes quand j’espionnais le Palais Royal » se justifia la mercenaire.
     
    - Ils n’ont pas pu construire cela en quelques jours ! s’écria Fukase. « Décidément, vous n’avez pas réfléchi », ajouta-t-il en direction de Leora et des jumeaux.
     
    Il tentait de faire passer la faute sur ses subalternes, ce qui énervait passablement Kyuu. « Il aurait également pu y penser… » jugea-t-il. Il ne réagissait cependant aucunement, tout comme Roku, et gardait sa colère pour lui. Les jumeaux ne faisaient désormais plus qu’acte de présence. Les derniers soucis connus avec leur tuteur continuaient à peser dans leurs pensées. Ils le suivaient, sans trop savoir pourquoi, peut-être espéraient-ils pouvoir encore mettre un terme à cette situation.
     
    Sur un ton de colère, le leader de la guérilla ordonna aux snipers de liquider le plus de soldats possibles. Dans un deuxième temps, il exhorta la première ligne de pratiquer un assaut vers les murs de la capitale. Ses soldats se lancèrent dans un vacarme assourdissant. Si les snipers parvinrent à tuer quelques ennemis, la première ligne n’eut pas la même réussite. En effet, malgré l’aspect rudimentaire des catapultes (surtout en comparaison avec les armes de Fukase), ces machines se montraient les plus efficaces dans l’instant présent.
     
    De son côté, Miku voyageait près du parapet, et observait le résultat des balistes. Elle sourit en voyant que les soldats ennemis faisaient marche arrière. Jusqu’à présent, l’espoir était de mise. La Garde royale faisait mieux que simplement résister face à un ennemi si puissant.
     
    - Il faudra que je pense à remercier Rin. C’était une bonne idée, ces catapultes ! lâcha-t-elle.
     
    Dans sa hâte, elle ordonna ensuite aux archers de se mettre en position d’attaque. Il ne fallait pas perdre cet avantage, et infliger le plus de dommages possible pendant qu’ils en avaient encore l’occasion.
     
    La patronne leva le bras et donna le signal. En quelques secondes, plusieurs centaines de flèches traversèrent la plaine de part en part. Certaines vinrent se loger dans le crâne de plusieurs soldats de Fukase, qui s’écroulèrent alors sur le sol vert, en lâchant leur dernier soupir.
     
    Le trentenaire descendit alors de son cheval en rage. Il n’eut cure de la vie de ses soldats, il considérait cette attaque comme une défaite personnelle, et cela touchait particulièrement son ego. Il se rendit près de ses troupes.
     
    - Attaquez, bandes d’incapables! Qu’est-ce que vous attendez ? vociféra-t-il.
     
    Un simple soldat prit la parole, au nom de tous ses collègues:
     
    - Mais Monsieur, si nous attaquons dans ces conditions, nous courrons droit à la catastrophe!
     
    Fukase se retourna brusquement sur son interlocuteur, et sortit de sa poche un six-coups en argent, qu’il braqua immédiatement sur lui. Il n’attendait aucune réponse, et appuya immédiatement sur la gâchette.
     
    - Je ne veux plus jamais entendre de tels propos ! C’est bien compris ?! hurla-t-il à l’adresse des autres soldats.
     
    Kyuu et Roku assistèrent au triste spectacle. Le cadet baissait la tête, ses yeux brillaient à cause de ses légères larmes, alors que l’aîné observait les remparts de la cité, comme s’il cherchait une issue.
     
    L’homme au costume blanc retourna ensuite à sa place, encore sous le choc. Alors qu’il s’apprêtait à lancer un nouvel assaut, il fut interrompu par Leora.
     
    - Attendez patron, je crois que j’ai une idée, déclara-t-elle le sourire aux lèvres en désignant le sac à dos qu’elle portait. « Si vous me laissez quelques minutes, je peux vous sortir de cette situation embarrassante. »
     
    Fukase retrouva soudainement le sourire. Il ignorait le contenu du sac, mais avait toute confiance en la Koryuiste.
     
    - Allez-y, ma chère. J’ai hâte de voir ce que vous avez prévu, rétorqua le chef d’un calme olympien, comme s’il ne s’était rien passé quelques secondes auparavant.
     
    Leora descendit donc de son cheval, et se concentra. Elle retira le sac de son dos et l’ouvrit. Elle ferma ensuite les yeux. Un léger voile blanc se forma tout le long de son corps. Puis, elle se dirigea à une vitesse folle vers les remparts. Les catapultes de la Garde royale continuaient à lancer leurs pierres, mais Leora les esquiva facilement grâce au Koryu. Fukase et son armée assistèrent à la scène, impressionnés. La guerrière parcourut tout le champ de bataille en quelques dizaines de secondes. Les archers présents sur les remparts la visaient mais Leora zigzaguait sans cesse à travers la plaine, de sorte qu’il fut impossible aux soldats du pays de Kuni de se concentrer pour l’atteindre. Elle parvint finalement à accéder aux catapultes. Fukase ne voyait plus très bien ce qu’il se passait, mais, quelques instants plus tard, une violente explosion retentit, détruisant la première baliste, située le plus à gauche. Ensuite, Leora détruisit une à une les différentes catapultes, en y plaçant à chaque fois quelques bâtons de dynamite, après avoir calmement liquidé les soldats qui s’activaient au fonctionnement des engins. La panique régnait dans leur camp. La plupart n’eurent même pas le temps de dégainer leur sabre que la guerrière rouge les avait déjà attaqués. Les archers placés plus haut continuaient de décocher leurs flèches. Sans succès.
     
    Miku pestait. Elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient au bas des remparts dans le but de se confronter à Leora. Toutefois, elle avait été surprise par cette stratégie. Si bien, que, quand elle se retrouva tout en bas, la mercenaire avait déjà fait son effet et avait disparu. La patronne poussa un énorme cri, maudissant cette armée ennemie, et surtout cette adepte du Koryu. Elle râlait également sur elle-même : peut-être qu’Alys aurait pu se révéler d’une grande aide dans la défense, bien qu’elle ne s’élevait pas au même niveau que Leora, à cause de son manque d’entraînement. Toutefois, elle avait préféré l’assigner à la défense de la Reine. C’était au final une erreur.
     
    Leora rejoignit rapidement son camp, et vit Fukase reprendre soudainement le sourire aux lèvres. S’il n’était pas peu tactile, il l’aurait déjà serré dans ses bras.
     
    - Bon travail, ma chère ! lança-t-il. « Ah, que je ne regrette pas de vous avoir engagée ! »
     
    La mercenaire apprécia la remarque de son patron, mais avait encore l’esprit occupé par la bataille en cours.
     
    Le chef se tourna ensuite vers Kyuu et Roku, qui restèrent immobiles, impressionnés. Même s’ils ne l’appréciaient pas, ils devaient bien avouer qu’elle s’était montrée efficace.
     
    - Vous avez vu ça, mes petits ! dit Fukase. « Ce sont des choses comme ça que je vous demande ! »
     
    Roku n’écoutait qu’à moitié les remarques de son tuteur. Depuis quelques temps, son esprit était embrumé. Il ne savait pas comment agir. S’il éprouvait toujours de l’attachement pour Fukase, il désirait également s’éloigner de lui, il ne voulait pas participer à de tels actes. En outre, la mégalomanie et la cruauté découverte de son maître commençait à peser énormément sur sa conscience et sur celle de Kyuu. Mais les jumeaux restaient prisonniers de leurs souvenirs et de leur inclination envers Fukase. Cette dichotomie avait des répercussions sur leurs actes récents. Preuve en est leur récente tentative de fuite. Sur un coup de tête, l’aîné avait décidé de quitter Fukase, même si cela ne pouvait être que temporaire. Il avait jugé que son frère et lui avait besoin de s’éloigner de lui quelques temps, ne fut-ce que pour se protéger. Même si les jumeaux désiraient plus que tout aider leur maître, ils souffraient de sa mauvaise influence. Mais désormais, c’en était trop. Il fallait agir. Ainsi, Kyuu prit la parole, pour faire ressortir ce que, son frère et lui, avaient à l’esprit depuis quelques temps.
     
    - Si c’est de la cruauté pure que vous cherchez. On ne pourra rien pour vous ! On veut bien vous aider, mais à quoi cela rime-t-il ?
    - C’est la guerre, mon cher Kyuu ! C’est comme ça. Je ferai payer à Luka et je suis près du but !
     
    Ces dernières phrases prononcées, il urgea ses trois généraux de lancer l’assaut. Toutes les troupes de Fukase s’élancèrent donc vers la plaine et se dirigèrent vers la muraille. Après quelques secondes, les snipers disposaient d’un bon point d’attaque et commencèrent à liquider les archers. Quelques flèches blessèrent les soldats aux armes à feu, mais le nombre de pertes était relativement faible, surtout en comparaison du nombre de tués dans l’autre camp. L’espoir dont avait bénéficié la Garde royale avait été de courte durée. Leur stratégie de défense était pour l’instant vouée à l’échec. Miku, postée au bas de la muraille, priait pour que les solides murs de la cité tiennent le coup face à une telle puissance.
     
    Quelques minutes plus tard, plusieurs dizaines de soldats se pressèrent devant la porte d’entrée de la ville. Celle-ci était construite en fer. Si elle pouvait facilement résister aux assauts des armées conventionnelles, elle n’était cependant pas conçue pour supporter ces armes d’un genre nouveau. Miku et Rin le savaient, c’était même pour cette raison que cette dernière avait élaboré la stratégie des catapultes. Ainsi, les soldats armés de fusils d’assaut ne traînèrent pas à détruire les gonds et à faire tomber la porte de la capitale, sous les yeux désabusés des Gardes royaux. Que faire maintenant ? Devaient-ils lutter jusqu’à la mort ?
     
    Fukase venait d’entrer dans la capitale.
     
    ***
    L’ouest du quartier populaire fut le premier attaqué. Les soldats ennemis envahirent les rues à une vitesse prodigieuse. Ils se dispersaient à travers les étroites ruelles aussi vite qu’une araignée tissait sa toile. Le massacre avait véritablement commencé. Les habitants innocents essayaient de s’enfermer chez eux, dans l’espoir que les ennemis passent devant leur maison sans y prêter attention. Mais les soldats de Fukase tiraient à tout bout de champ. Ils n’avaient cure de savoir si leurs cibles étaient des militaires ou des civils. L’objectif était de montrer qu’ils prenaient la ville. Les éclats de sang et les cris de détresse fusaient un peu partout. Çà et là, on pouvait voir des enfants pleurer à même le sol devant les corps inanimés des membres de leur famille.
     
    Les soldats de l’armée de Kuni tentaient de résister. Certains parvenaient à toucher les ennemis grâce à leur sabre, mais il s’agissait souvent de leur dernière action. La plupart du temps, un autre soldat armé les exécutait sur place.
     
    Miku observa cette scène atroce, toujours placée près des remparts. La commandante était complètement perdue. Elle ignorait les instructions à donner à ses subalternes. La patronne se dissimula derrière un mur quelques secondes et reprit ses esprits. Elle ne devait pas succomber à la pression. Après mûre réflexion, elle se dirigea furtivement vers l’entrée du quartier noble, où l’attendaient Gumi, Yuma et Len. Les habitants du quartier populaire tentaient également de rejoindre cette partie de la ville, plus sûre. Le dernier espoir du pays tenait dans le maintien de ce territoire. Si la Garde Royale parvenait à juguler l’avancée de Fukase à cet endroit, celui-ci ne  pourrait pas atteindre son objectif. Et puis, il fallait protéger la Reine. En outre, une partie de l’armée de Kuni était encore stationnée à cet endroit, en cas de coup dur.
     
    Derrière, à l’entrée de la ville, le patron aux cheveux rouges observait sa toute-puissance. A ses côtés se trouvaient Leora et les jumeaux Genshine. La mercenaire fit un léger signe à son chef. Elle voulait participer plus activement à la prise de la capitale. Dans un sourire, Fukase lui permit d’avancer seule. Elle se dirigea alors vers les entrailles de la ville.
     
    Kyuu et Roku, au contraire, restèrent cois. Ils observaient les expressions malsaines de leur tuteur, et s’échangèrent plusieurs regards.
     
    - Monsieur ? murmura timidement le cadet.
     
    Au début, Fukase ne l’avait même pas entendu, trop absorbé par le spectacle qui lui était fourni. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives que Roku parvint enfin à attirer son attention.
     
    - Qu’y-a-t-il, Roku ?
    - Vous êtes certains que tout cela est nécéssaire ?
    - Voyons, Roku. C’est ce que j’ai attendu toutes ses années ! Je prends enfin ma revanche. Tous ces sacrifices ne sont pas vains finalement !
    - Mais… continua Roku. « Votre but, c’est la Reine… Pourquoi un tel massacre ? Nous avons clairement le dessus. Pourquoi ne pas se rendre directement au Palais Royal ?
    - Que veux-tu dire ? interrogea l’homme à la canne en forme de clown.
     
    Le plus jeune des frères fit vagabonder son regard dans le vide pendant quelques instants. Puis, il eût un coup d'œil vers son jumeau. Il était temps de faire preuve de courage devant son maître.
     
    - Monsieur. Je ne cautionne pas ces actes. Nous vous avons suivi pendant toutes ses années, parce que nous croyons en vous. Mais, ces derniers temps… Je ne vois pas en quoi tous ces massacres sont nécessaires ! hésita-t-il.
    - C’est ma vengeance contre ce monde ! vociféra Fukase.
     
    Il observa ensuite Kyuu, qui n’avait pas encore pipé mot, se contentant de regarder son frère, étonné.
     
    - C’est également ton opinion, Kyuu ?
    - … Oui, je suis d’accord avec mon frère. Nous n’avons jamais voulu ça.
     
    Fukase marqua un instant de pause: « Vous me décevez… Énormément ! souffla-t-il. Puis, il reprit sa route vers le centre de la ville, seul, chevauchant toujours son cheval blanc.
     
    A cet instant, quelque chose s’était définitivement brisé dans la relation entre Fukase et les jumeaux. Le patron avait préféré prendre la fuite, encore trop englué dans sa mégalomanie. Kyuu et Roku étaient complètement perdus. Dans leur esprit revenaient les souvenirs de ce qu’ils avaient vécu durant leur enfance. Désormais, ils se retrouvaient de nouveau seuls. Que faire maintenant ? L’esprit embrouillé, ils reprirent leur chemin vers l’avant.
     
    - Qu’est-ce qu’on fait, Kyuu ? demanda Roku.
    - Avançons…
    - Tu ne veux plus t’enfuir ?
    - Ben… hésita Kyuu. « Nous sommes en plein milieu d’une guerre que nous avons en partie provoquée… C’est un peu tard. J’avais décidé de m’enfuir d’Hayashi en pensant qu’il serait mieux de s’éloigner quelques temps de Fukase… Mais je ne sais plus ce qu’on doit faire… Je le perçois comme quelqu’un de très dangereux, et je veux fuir… Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas l’abandonner comme ça… Qui sait, il n’est peut-être pas encore irrécupérable…
    - Tu penses qu’on peut encore l’arrêter ?
    - Je ne sais pas. J’hésite beaucoup ces derniers temps… Il est complètement aveuglé par sa vengeance. Et ce n’est jamais très bon…
    - C’est certain ! confirma le cadet.
    - Allons jusqu’au Palais Royal. On verra après…
    - D’accord, conclut Roku sans grande conviction.
     
    ***
     
    Pendant ce temps, l’armée de Fukase continuait d’avancer dans la ville. Les pillages et destructions continuaient. La capitale était mise à feu et à sang. L’objectif de l’armée de l’homme aux cheveux rouges était de conquérir tout d’abord l’ensemble du quartier populaire, afin d’assiéger littéralement tout le reste de la ville, avant de s’attaquer à la partie du Palais Royal. En effet, quelques jours plus tôt, alors qu’il venait de prendre le village d’Hayashi, Fukase avait réuni toute son équipe afin d’élaborer sa stratégie d’attaque. Leora, qui connaissait parfaitement la ville de Kyôu, avait alors mentionné un point qui pouvait constituer une faiblesse pour eux.
     
    La capitale était divisée en deux parties, chacune entourées de murailles. Les remparts extérieurs donnaient directement sur le quartier populaire, alors qu’une autre série de murs séparait encore celui-ci du quartier du Palais Royal. Les entrées vers celui-ci étaient relativement peu nombreuses, et assez étroites. Par conséquent, il leur était pratiquement impossible d’attaquer en nombre, l’armée se retrouverait littéralement bloquée à l’entrée du quartier. Pire encore, ces accès constituait une bonne opportunité pour la Garde royale de leur lancer une embuscade. Et nul doute que la commandante Miku ou un autre membre de son état-major n’hésiterait pas à exploiter cette faille. Pourtant, personne n’avait trouvé de solution satisfaisante à ce problème. La seule stratégie potentiellement passable était de rassembler les meilleurs soldats à l’entrée du quartier noble pour qu’ils se mesurent à la crème de la Garde royale. Pendant ces combats, le reste des troupes aurait certainement l’occasion de passer dans l’autre partie de la ville et de poursuivre l’invasion.
     
    Désormais, tout la partie ouest et la partie sud du quartier populaire étaient contrôlées par Fukase. Les soldats de la Garde royale continuaient à reculer. Parfois, certains soldats tentaient de se mesurer à l’ennemi lourdement armé, sous les yeux emplis de détresse des citoyens, mais ceux-ci ne firent souvent pas illusion plus que quelques secondes. La technologie de Fukase était bien trop forte.
     
    Alors que la guérilla avançait vers le quartier est, Leora aperçut un lieu qui la plongea dans des souvenirs pas si lointains. Au loin se trouvait une grande maison décorée de façon cossue. Celle-ci était située dans une ruelle sombre, et constituait le seul élément de richesse dans cette partie de la capitale. La mercenaire reconnut rapidement cet endroit. Il s’agissait des bureaux de son ancien employeur: Kaito. La jeune femme ne résista pas longtemps à l’idée de s’y rendre. Elle désirait plus que tout que son ancien patron se rende compte de sa soudaine montée en puissance. D’ici quelques temps, elle se retrouverait en haut de l’échelle sociale, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Même si elle n’en était pas encore à ce point, elle se montrait extrêmement vaniteuse.
     
    Juste sous la fenêtre de la maison, elle aperçut Kaito, Namine Ritsu et Yuzuki Yukari, accroupis, immobilisés par la peur. Leora approcha le sourire aux lèvres, alors que les combats se poursuivirent de plus belle derrière elle.
     
    Le mafioso admira son ancienne recrue:
     
    - Leora, quel bonheur de te voir ici ! S’il te plait, tu peux nous sortir d’ici ? supplia Kaito, alors que Yukari et Ritsu secouèrent la tête.
    - Kaito, vous ne m’avez toujours pas payée… je me trompe ? lança la mercenaire.
     
    L’homme aux cheveux bleus resta interloqué:
     
    - Je… Je te paierai immédiatement, une fois que je serai sorti d’ici ! confirma-t-il.
    - Je suis au regret de vous apprendre que j’ai trouvé un nouvel employeur, et que je mets fin à notre contrat.
    - Un autre employeur ? Qui ça ?
    - Regardez autour de vous… On peut dire que j’ai participé à ce dont vous êtes en train d'assister, sourit-elle.
    - Tu participes à la ruine du pays ?
    - N’oubliez pas, ce n’est pas mon pays. Seuls m’intéressent l’argent et le pouvoir. Et Monsieur Fukase est en mesure de m’offrir tout cela. Ce qui n’est pas votre cas.
     
    Kaito demeurait silencieux. Il en venait à s’en inquiéter pour sa propre vie.
     
    - Que comptes-tu faire ?
    - Je ne vais pas vous tuer, ne vous inquiétez pas… Quelque chose me dit que vous pourriez encore être utile. Mettez-vous à l’abri. Une fois que nous aurons pris le pouvoir, nous reprendrons contact avec vous.
    - … Mais…
    - Je pense que vous n’êtes pas en position de refuser, Kaito.
    - … C’est d’accord, je ferai ce que vous voudrez !
    - A la bonne heure. J’apprécie que vous sachiez vous montrer raisonnable !
     
    Leora se retourna ensuite vers une triplette de soldats qui étaient prêts à attaquer le repaire de Kaito. D’un signe de la tête, elle leur signifia de protéger cette habitation. Elle ne devait en aucun cas être détruite. Les soldats se positionnèrent donc le long de la maison, sous le regard inexpressif de Kaito. Le criminel était pris entre le soulagement et la peur. Il avait bénéficié d’un sursis, mais qu’allait-on lui demander ? Il se retrouvait dans une situation inédite, lui qui avait l’habitude d’avoir le pouvoir sur tout dans le quartier populaire de Kyôu.
     
    Une petite heure plus tard, le quartier populaire était complètement contrôlé par Fukase. Tous ses soldats se pressèrent devant la muraille qui menait au quartier noble, alors qu’il se tenait en arrière, droit sur son cheval blanc. Il observa l’ensemble de ses troupes. Au loin, il pouvait apercevoir son but final: le Palais Royal, dans lequel Luka était toujours terrée. Plus il s’approchait de son objectif, plus sa motivation augmentait.
     
    Fukase donna son signal, et ses soldats commencèrent à attaquer les portes des murailles du quartier noble. Derrière patientait les derniers soldats de la Garde royale. Gumi et Yuma se trouvaient derrière une de ses portes, alors que Miku avait rejoint Len vers la seconde. L’adrénaline montait encore.
     
    La lutte s’annonçait âpre et l’issue ne s’annonçait pas radieuse pour l’instant, mais tous tentaient de garder espoir.
     
    ***


    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #36 le: 22 juillet 2017, 11:21:14 »
    Et hop ! Chapitre 21 ^^

    Spoiler
    Chapitre 21 : Jumeaux


    Un solide escadron de la Garde royale se tenait derrière les murs et le fleuve qui marquaient la frontière entre le quartier populaire et le quartier noble de la capitale. La première partie de la ville était définitivement perdue par l’armée de Kuni. Leur dernier espoir résidait dans leur capacité à tenir ce dernier quartier. Qui prenait le Palais Royal, prenait le pouvoir dans le pays.
     
    Fort heureusement, la muraille intérieure ne comportait que quelques portes permettant de passer d’un quartier à l’autre. Les ponts qui menaient au quartier noble étaient également relativement étroits. Dans les us de la ville de Kyôu, il n’était pas courant de voir les habitants se mélanger. La distinction était relativement nette, de sorte qu’un simple visiteur pouvait souvent penser, lors de sa première visite, qu’il s’agissait de deux villes différentes, imbriquées l’une dans l’autre. Derrière les quelques portes se trouvait ce qu’il restait de l’armée. Gumi et Yuma avaient pris le commandement d’une des unités, alors que Miku avait rejoint Len à l’autre extrémité pour lui prêter main forte. En outre, elle désirait également laver son échec. L’armée de Fukase ne s’était positionnée que d’un seul côté de la muraille, les autres portes -  moins dangereuses - étaient dès lors gardées par de simples soldats.
     
    Bizarrement, un grand silence se fit. Le calme avant la tempête. Tout s’embrasa lorsque le chef au costume blanc leva la main et lança l’assaut. Ses soldats se dirigèrent vers les portes en métal protectrices et tentèrent de les faire tomber. Celles-ci ne devaient pas faire plus de deux mètres de large. Difficile pour une armée entière de passer. Quelques minutes plus tard, elles tombèrent, et les militaires aux armes à feu commencèrent à pénétrer au compte-gouttes dans le quartier noble.
     
    Les grands généraux de Fukase, Kyo, Yuu et Wil s’étaient regroupés à une seule porte. Une fois celle-ci détruite, ils se retrouvèrent face à face avec deux lieutenants de la Garde royale. L’une des deux portait un uniforme orange et de courts cheveux verts, et arborait un visage de colère, tandis que l’autre était complètement habillé de noir, et gardait son regard inexpressif. Devant Gumi et Yuma, les trois généraux se mirent à rire de façon prétentieuse :
     
    - À trois contre deux, vous n’avez aucune chance ! déclara Kyo. « Rendez-vous ! Cela vaut mieux… Qui sait, nous pourrions faire preuve de magnanimité ».
     
    Alors que les autres soldats envahirent le quartier progressivement et se dirigeaient vers les deux lieutenants, Yuu et Wil leur firent un signe. Ces deux-là leur étaient réservés. Eux devaient s’atteler à prendre le reste de la ville et attaquer les autres soldats.
     
    Les trois généraux continuaient de fanfaronner. Gumi et Yuma restèrent impassibles, quoiqu’outrés par autant d’autosuffisance.
     
    - Vous croyez nous battre facilement ?! Comme c’est mignon…
     
    Les deux amants se tinrent la main quelques instants, et s’échangèrent un regard.
     
    - Tu es prêt Yuma ?
    - Plus que jamais !
     
    Soudain, les épéistes se lancèrent vers leurs ennemis. Kyo se mit à tirer dans tous les sens, sans la moindre logique. En quelques secondes, les plus grands combattants de la Garde royale avaient réussi à les déstabiliser. Afin d’éviter les balles ennemies, Gumi et Yuma demeuraient sans cesse en mouvement. Forts de leur rapidité, il était quasiment impossible pour leurs adversaires de prendre le temps de les viser. Wil tenta de décocher plusieurs balles de son pistolet, tandis que Yuu restait immobile, son sniper s’avérant bien inutile dans ce type de situations.
     
    Les deux sabreurs s’approchèrent rapidement des ennemis. Leurs katanas étaient déjà dégainés. Ils lancèrent directement l’estocade et les trois généraux tombèrent rapidement sur le sol argileux.
     
    Gumi et Yuma ne prirent pas le temps de savourer leur facile victoire. Ils se rapprochèrent de la porte d’entrée et essayèrent de juguler l’arrivée massive des autres soldats de Fukase. Cette mission était bien plus difficile. Le flux de combattants était ininterrompu, et ce malgré l’espace exigu. Si les subalternes de la commandante Miku parvenaient à en blesser mortellement un certain nombre, plus nombreux furent ceux qui passèrent tout simplement devant eux pour attaquer les places fortes du quartier noble et se diriger vers le Palais Royal. Autour d’eux, on pouvait donc observer de nombreux combats incessants, entre l’armée du pays de Kuni et cette guérilla. Si Gumi et Yuma parvenaient à s’en sortir, les autres soldats de la Garde ne possédaient pas un tel niveau. De plus, les deux lieutenants ne pouvaient pas à eux seuls contenir tout cette armée.
     
    - Qu’est-ce qu’on fait Yuma, hurla Gumi, alors engluée dans un combat.
    - On ne peut plus rien faire de valable ici… Replions-nous au Palais ! Il faut à tout prix les empêcher de s’en emparer !
     
    D’un large geste, Yuma ordonna à toute l’unité de battre en retraite. Pour l’instant, il fallait éviter les pertes inutiles.
     
    ***
     
    Quelques encablures plus loin, Len était placé à son poste de garde. La commandante avait rallié cet endroit après sa lourde désillusion au quartier populaire, et observa le jeune garçon qui, visiblement, restait paralysé par la pression. Pour lui, il s’agissait du premier grand conflit. Miku ne voulut pas lui avouer que, elle aussi, vivait une guerre d’une telle intensité pour la première fois. Cependant, la patronne s’aperçut que le blondinet avait besoin de quelques mots:
     
    - Ça va, Len ? Cette réplique semblait inutile, mais c’était la seule chose qui lui était venue à l’esprit.
    - Oui, oui… se contenta de répondre Len.
     
    Miku laissa un moment de silence perdurer, puis poursuivit:
     
    - Écoute, ne prends pas de risques inutiles. Tu n’es pas un soldat d’expérience. N’attaque que les plus faibles et contente-toi de parer les coups. Je te couvrirai.
     
    Le jeune garçon considéra la guerrière aux cheveux turquoise d’un air rassuré.
     
    Les soldats de Fukase commençaient également à attaquer les portes de la cité de ce côté. Il ne leur fallut que quelques minutes pour défaire les défenses de cette partie de la muraille, et entrer dans cette partie du quartier.
     
    Directement, Miku lança ses nombreuses attaques. Comme prévu, les guerriers ennemis arrivaient relativement lentement, dérangés par l’étroitesse du passage. Elle put donc en éliminer quelques-uns. Toutefois, le flux de soldats demeurait sans fin, de telle sorte qu’une grande partie continuait son chemin vers le château de la Reine, sans se soucier de Miku. Les autres guerriers de la Garde royale, situés un peu plus loin, tentèrent également de lutter contre une telle puissance, mais de loin, on pouvait observer les troupes de Fukase avancer à vue d’œil vers le centre de la ville.
     
    Alors que Miku continuait d’agiter son katana dans tous les sens, avec une certaine majesté, Len éprouvait bien davantage de difficultés pour garder le dessus. Plusieurs fois, la commandante vint le sortir de situations désespérées. Les ennemis étaient trop nombreux pour lui.
     
    Quelques minutes plus tard, l’adolescent aperçut deux visages familiers juste derrière les remparts intérieurs. Il reconnut immédiatement cette chevelure verte caractéristique. Soudainement, l’esprit de Len ne fut plus préoccupé par les combats en cours et il se dirigea directement vers les frères Genshine. Enfin, il pouvait prendre sa revanche contre l’homme qui avait osé blesser sa sœur. Il quitta donc les combats et lança subrepticement une première attaque vers Roku. Ce premier assaut fut immédiatement contré par la lame d’un sabre. C’était celui de l’aîné, Kyuu.
     
    - Comme on se retrouve ! lança-t-il.
    - Depuis le temps que j’attends ça, rétorqua Len. « Je vais vous faire payer ce que vous avez fait à ma sœur ! »
    - Ha, j’espère que tu t’es entraîné depuis la dernière fois !
     
    Len répondit par une deuxième attaque, dirigée vers Kyuu cette fois. Le combat se poursuivit entre les deux jeunes hommes. Le niveau du frère Kagamine avait sensiblement augmenté, la lutte était davantage serrée que lors de leur première rencontre. Kyuu l’avait remarqué et s’était même permis de flatter son ennemi.
     
    - Je préfère ça ! Au moins un peu de résistance !
    - Tais-toi et bats-toi !
     
    Les bruits de sabre résonnaient sans cesse. Plus loin, Miku tentait de faire revenir Len à son poste. Il n’avait aucun intérêt à s’embourber sans un tel combat. Seul comptait la défense de la ville. Mais, le jeune soldat faisait fi de toutes les remarques.
     
    Pendant ce temps, Roku demeurait inerte. Il ne désirait plus se battre. « A quoi tout cela rime-t-il ? » pensait-t-il. De même, les attaques de Kyuu n’étaient pas destinées à blesser son ennemi volontairement, mais plutôt à assurer sa protection, sans plus. Durant un instant, Len observa une faille dans la garde de Kyuu, passa outre son adversaire et en profita pour balancer son sabre vers les jambes du cadet. Il réussit à lui toucher la cuisse gauche. Roku s’écroula sur le sol, et se tint rapidement la jambe meurtrie.
     
    - Ça, c’est pour ce que tu as fait à Rin… vociféra Len.
     
    Roku restait à terre. Il ne sut pas quoi rétorquer à cette interjection. D’un côté, il comprenait la volonté de son ennemi, celle de venger et de protéger sa seule famille. Finalement, les deux fratries n’étaient peut-être pas si différentes, pensait le jeune Genshine.
     
    Kyuu entra soudainement dans une colère noire. Comme d’habitude, une fois que quelqu’un avait osé toucher à son frère adoré, il ne pouvait plus se contrôler. Si, auparavant, l’aîné se concentrait simplement à esquiver les assauts de son adversaire, désormais, il voulait lui faire payer. Complètement incontrôlable, il se mit à hurler et s’avança vers Len, qui para difficilement son assaut.
     
    - Fini de jouer maintenant ! On ne touche pas à Roku, c’est bien compris ?!
     
    La lutte qui s’ensuivit fut des plus épiques. Len n’avait jamais éprouvé autant de difficultés à résister à des assauts ennemis. Kyuu s’élevait au même niveau que Gumi. L’aîné des Genshine commençait peu à peu à prendre le dessus. Le frère Kagamine, malgré son entraînement intensif, ne pouvait que se défendre, au mieux. Son adversaire faisait preuve d’une rapidité et d’une force extraordinaire, comme s’il était contrôlé par une force supérieure. Finalement, quelques secondes plus tard, Kyuu parvint à effectuer un croche-pied à Len, qui s’effondra violemment sur le sol sablonneux. Il suffoquait et transpirait abondamment. Puis, son ennemi s’approcha lentement de lui. La terreur pouvait se lire dans le regard du jeune homme blond. Alors que Kyuu tentait une dernière attaque fatale, son sabre fut bloqué par une autre lame. Surpris, il leva la tête et aperçut Rin, qui avait contredit les ordres de Miku et avait rejoint son frère, fort heureusement.
     
    - On ne touche pas à mon frère ! commenta-t-elle.
     
    Kyuu effectua quelques pas vers l’arrière, et rejoignit Roku, qui se tenait toujours la tête entre les mains.
     
    - Rin, et ta jambe ? demanda Len.
    - Ça fait un peu mal, mais je ne pouvais pas te laisser seul… Et je vois que j’ai bien fait de venir…
     
    Leurs adversaires ne bougeaient plus, encore sous le choc de leur récent combat. Des souvenirs pas si lointains se mettaient désormais à revenir dans l’esprit de Kyuu. La parade de Rin pour sauver son frère était très semblable à celle qu’il avait effectuée pour sauver Roku lors de l’attaque du Palais Royal avec Leora. Depuis quelques temps, les Genshine avaient émis l’hypothèse d’appartenir au mauvais camp, et que les Kagamine n’étaient peut-être pas si différents d’eux. Rin se tenait devant Len, toujours couché sur le sol et qui peinait à se relever. Intrinsèquement, elle espérait que les Genshine ne désirent pas s’engager dans un combat plus long. Elle était en effet parvenue à faire illusion pendant un instant, mais sa condition physique n’était pas encore suffisamment optimale pour un combat à grande échelle.
     
    Heureusement, quelques instants plus tard, Kyuu passa son bras par-dessus l’épaule de son frère, et les deux jumeaux se retournèrent.
     
    - Viens, Roku… J’en ai vraiment assez… On s’en va…
    - D’accord, rétorqua-t-il simplement.
     
    Les Genshine reprirent alors le chemin vers la sortie de la ville, au milieu des combats incessants. Désormais, ils ne se préoccupaient plus du tout de cette guerre. Pour la première fois depuis des années, ils se retrouvaient complètement seuls, et ne possédaient plus d’objectif. Mais d’ailleurs, en avaient-ils toujours possédé ? Le seul but de leur vie jusqu’à présent était d’assouvir les desseins de Fukase. Pour le résultat actuel, dans lequel ils ne se reconnaissaient pas. Ils quittèrent donc le champ de bataille, impuissants et perdus, mais dorénavant complètement libres.
     
    ***
     

    Pendant ce temps, Fukase ne s’occupait aucunement des soucis moraux et intérieurs des jumeaux aux cheveux verts. Alors que le combat entre les Genshine et les Kagamine faisait rage, la conquête de la ville continuait à un rythme incommensurable. Les troupes continuaient d’avancer, annihilant çà et là les quelques faibles résistances qui la Garde royale pouvait bien leur proposer. Toutefois, l’écart de force et le fossé qui existait entre l’arsenal utilisé était bien trop fort. Gumi et Yuma avaient déjà ordonné la retraite à leur commando posté à l’entrée du quartier noble. Miku en avait fait de même, son unité s’était déjà réfugiée vers le Palais Royal.
     
    L’armée de Fukase prit donc une bonne partie du quartier assez rapidement. Après quelques dizaines de minutes, plusieurs douzaines de ses hommes se retrouvèrent sur le forum principal du quartier noble. D’habitude, cette place représentait à elle seule toute la richesse et la culture de la ville de Kyôu, et symbolisait sa puissance. En temps normal, cet endroit grouillait de personnes, les marchands ambulants faisaient leur beurre grâce aux touristes nombreux qui appréciait la majesté des différents édifices alentours. De cet endroit, on pouvait observer l’immense bibliothèque de Kyôu dans le coin droit. Un autre bâtiment, l’hôtel de ville, était situé plus au centre de la place. Il était paré de quelques dorures et construit en pierre jaune, qui se reflétait au soleil. Au contraire des autres routes de la ville, qui étaient pour la plupart parsemées de sable, le sol de cette place était recouvert de pierre bleue. Néanmoins, alors que ce lieu était réputé pour son animation, à ce moment-là, on ne pouvait observer pas une âme qui vive dans les environs. Les soldats ennemis étaient tous regroupés en plein centre de la place, et inspectaient les rues adjacentes avec la plus grande inquiétude. En effet, leur méconnaissance du terrain pourrait causer leur perte. Toutes les rues du quartier noble menaient vers ce forum. Les guerriers de la Garde pouvaient dès lors surgir de partout. Si ce n’est que le faible bruit du vent qui soufflait, on ne pouvait entendre le moindre bruit. Passée l'excitation des combats et leur apparente supériorité, une légère crainte était de mise.
     
    Soudain, plusieurs ombres se mirent à se mouvoir dans le haut des bâtiments. Les soldats de Fukase furent attaqués de toutes parts. La Garde royale avait lancé cette opération dans un dernier élan d’espoir, pour protéger leur pays. Plusieurs dizaines d’hommes avaient dégainé leur sabre, et frappaient à tout va. Fukase observait la scène légèrement reculé. Il aperçut alors les deux commandants de ces unités kamikazes.  Tous deux furent situés de part et d’autres du forum. L’une était reconnaissable par son sceptre caractéristique et ses longs cheveux blonds. C’était Lily, la cheffe de village d’Enkan. Elle hurlait à tout va ses instructions. De l’autre côté, plus calme, se tenait Takahashi. De temps à autre, les deux membres du Conseil des Sages se lancèrent de brefs sourires. Leur opération avait permis de mettre la pagaille dans les rangs ennemis. Ils savaient pertinemment que cet avantage ne serait que de courte durée. Il fallait donc être le plus efficace possible.
     
    Dans son coin, Fukase grommelait. Ses trois commandants, Yuu, Kyo et Wil avaient été mis hors d’état de nuire, et les jumeaux Genshine avaient disparu. Seule lui restait Leora, mais celle-ci était partie dans son coin, et n’avait laissé aucune trace.
     
    En observant les deux chefs de village, il sortit son splendide sabre de son fourreau, et descendit rapidement de son cheval.
     
    - Il faut tout faire soi-même ici, décidément !
     
    Lily avait remarqué le trentenaire qui s’apprêtait à lancer les hostilités. Elle lança un signe discret à Takahashi, qui acquiesça. Les deux jeunes Sages convergèrent donc vers la position de Fukase.
     
    - Halte ! Vous êtes fait ! Takahashi avait retrouvé sa vigueur.
     
    Le jeune garçon brandissait son sabre de très bonne facture, alors que Lily tenait son sceptre de façon menaçante.
     
    - Écartez-vous, fit Fukase. « Je n’ai pas de temps à perdre avec des sous-fifres comme vous ! »
     
    Lily gardait son calme.
     
    - Au nom du pays de Kuni, vous êtes en état d’arrestation. C’est terminé !
     
    L’homme au costume immaculé prit une pause, puis éclata soudainement de rire.
     
    - Parce que vous croyez faire le poids ! Vous vous battez au nom d’une justice inexistante, vous savez ! Vous donnerez votre vie pour votre Reine, c’est ça ?
    - C’est là le destin de tous les Sages, confirma Lily.
    - Vous me faites rire, vous n’avez aucune idée de qui elle est réellement ! Vous lui obéissez juste, comme de charmants toutous… La vérité éclatera bientôt, grâce à moi !
    - Il faudrait d’abord que vous passiez ! s’écria Takahashi.
    - Pff… Aucun problème ! Je ne devrai même pas utiliser tous mes pouvoirs pour cela !
     
    Pour la première fois, Fukase s’engageait dans un combat au katana. Il ressentait une vive excitation. De l’autre côté, Lily et Takahashi se mirent en garde, légèrement méfiants. Leur adversaire avait décidé de les attaquer à l’arme blanche, malgré sa technologie évoluée. Il semblait vouloir s’amuser, mais il fallait rester méfiant. Peut-être pouvait-il sortir un dernier atout dangereux de sa manche ?
     
    Le combat s’engagea. Takahashi bénéficiait d’une expérience limitée dans ce domaine, en raison de sa récente nomination au poste de chef de village. De ce fait, ses mouvements s’avéraient relativement simples. Il se contentait de défendre sa collègue et lui-même contre les assauts répétés de Fukase. Lily bénéficiait, elle, d’une meilleure allonge grâce à son long sceptre. Elle tenta par plusieurs fois d’atteindre la partie inférieure du corps de l’ennemi afin de lui faire perdre l’équilibre. Sans succès. L’homme aux cheveux rouges se révélait d’un nouveau bien supérieur à eux. Chacun de ses mouvements était calculé au millimètre. Il donnait même l’impression de juste s’échauffer, alors que les deux membres du Conseil des Sages avaient déjà mis toutes leurs forces dans la bataille. De temps en temps, Fukase émettait de petits rires sadiques. Ce qui provoquait une certaine ire chez Takahashi, qui maudissait alors son piètre niveau, et repartait de plus belle. Malheureusement, c’est justement ce que l’ennemi cherchait. Le chef était parvenu à semer la zizanie chez ses adversaires.
     
    - Maintenant, fini de jouer ! lança-t-il après quelques minutes de combat.
     
    Lily et Takahashi reculèrent, légèrement pétrifiés par la peur. L’homme qu’ils avaient pris pour un simple chef d’armée, incapable au combat et se cachant derrière ses soldats s’était révélé être un combattant d’exception, à leur grand dam.
     
    Au même moment, comme si le destin l’avait décidé ainsi, l’armée de Fukase recommençait à prendre le dessus sur la Garde royale, dans le champ de bataille que constituait le jadis magnifique forum animé de la ville de Kyôu. Le massacre recommençait. Les soldats tombaient les uns après les autres, impuissants face à une technologie si avancée.
     
    Fukase se remit en garde. Ses deux adversaires en firent de même. Le trentenaire se lança donc vers eux, et attaqua Lily en premier. Arrivé à sa hauteur, il se baissa au niveau de ses jambes, et attaqua. Son sabre la blessa au niveau du mollet. Les jambes de la jeune cheffe ne tinrent plus, et elle s’effondra soudainement sur le sol. Immédiatement, l’homme se releva et se tourna vers Takahashi. Celui-ci brandit son katana devant lui par désespoir. Il était complètement dépourvu. L’adversaire frappa alors directement dans la lame de l’arme. Takahashi se retrouva en déséquilibre, et le commandant au costume blanc en profita pour lui asséner un coup violent dans la nuque, qui le rendit inconscient sur le coup.
     
    Fukase avança alors vers son armée qui venait de prendre la victoire sur le camp ennemi. Le quartier noble était désormais en sa possession. Plus aucune résistance ne pourrait l’empêcher de mettre son plan en œuvre. Il se dirigea donc vers le Palais Royal, fier, traînant derrière lui son armée victorieuse. Sur le chemin, il croisa Leora.
     
    - Ma chère, je croyais vous avoir perdue ? Qu’avez-vous fait ? demanda-t-il.
    - Quelques petites choses à régler… Et puis, je me suis battue avec d’autres escadrons de l’armée !
    - Très bien, résuma le chef calmement.
    - Mais je ne voulais rater cela pour rien au monde
    - Oui, l’heure est enfin venue… murmura-t-il, le Palais en vue.
     
    ***
     
    Au Palais Royal, la Reine Luka se tenait, terrifiée, dans le fond de la salle du trône, en compagnie d’Alys et de Meiko, sa servante. L’adepte du Koryu inspectait régulièrement la porte d’entrée de la pièce, guettant l’arrivée d’ennemis.
     
    Quelques instants plus tard, elle fut surprise par l’arrivée d’un quintet bien connu. Miku, Gumi, Yuma, Rin et Len pénétrèrent dans l’enceinte du château, paniqués, et demandèrent à entrer dans la salle du trône.
     
    Alys s’exécuta, alors que la souveraine commençait à légèrement gémir, submergée par la pression.
     
    A peine entrés, Miku lança:
     
    - L’heure est grave. Nous avons perdu la ville. Je ne vois qu’une seule solution. La fuite… Elle se frappa de honte de prononcer ces mots.
     
    Gumi et Yuma gardaient la porte d’entrée, alors que les jumeaux Kagamine se dirigeaient vers la Reine.
     
    - Hâtez-vous, ma Reine. Nous n’avons plus de temps à perdre, dit Rin.
    - Mais, je ne veux pas abandonner mon Royaume, et ses habitants, rétorqua-t-elle.
    - Nous n’avons plus le choix. C’est cela ou la mort certaine. Retirons-nous dans l’espoir de reprendre notre ville par après, se résigna Miku.
    - … D’accord…
     
    Meiko s’empara d’une légère valise qu’elle avait préparée en cas de coup dur, et tous se dirigèrent vers la sortie, quand un immense ramdam se fit entendre à l’entrée du Palais.
     
    - Luka, montre-toi !
     
    Fukase venait d’entrer dans le Palais.
     
    ***

    Rendez-vous bientôt pour le final de la première partie !

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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #37 le: 22 juillet 2017, 12:06:26 »
    Super chapitre ! Publié pile au moment où je commençait à m'ennuyer, quel timing ! Ohlala la première partie est presque finie, j'ai hâte de lire la suite ^^

    Spoiler
    et rejoignit Roku, qui se tenait toujours la tête entre les mains.

    Il devrait pas plutôt tenir sa jambe ? Enfin je dit ça, je dit rein ^^
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #38 le: 22 juillet 2017, 12:13:08 »
    Merci ^^ (Ça, c'était pas calculé xD)

    Spoiler
    Oui possible... Enfin, on va dire qu'il bouge quoi...

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #39 le: 05 août 2017, 17:03:27 »
    Coucou,

    Et voici le chapitre 22 ! On est à la fin de la première partie... J'espère que ça vous plaira...

    J'en profite pour remercier les lecteurs, et toutes les personnes qui me donnent un feed-back sur la fiction, ça me fait super plaisir^^

    Sinon, je commencerais bientôt le début de la deuxième partie, mais un petit chapitre bonus viendra avant (sur un personnage mystère...)

    Spoiler

    Chapitre 22 : Secrets

    - Luka, montre-toi !
     
    Ces mots avaient provoqué un soudain effroi dans l’esprit de la Reine. Après plusieurs années, elle entendait de nouveau la voix d’Owari. Bien sûr, elle l’avait déjà « croisé » lors de son enlèvement, mais uniquement via une communication vidéo - à laquelle elle ne comprenait pas grand-chose d’ailleurs. Ici, sa réapparition revêtait une impression tellement réelle. La peur commençait à monter en elle.
     
    Sous les ordres de Miku, Luka partit se cacher dans une sorte de grand placard, adjacent à la salle du trône, en compagnie de Meiko. Fukase ne devait en aucun cas la voir. De son côté, la souveraine se sentait encore coupable. Toutes ses vies perdues par sa faute, et ses compagnons qui continuaient à se battre pour elle. Elle partit donc pour la pièce d’à-côté le cœur gros, alors que les six autres guerriers, Miku, Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys faisaient face à la porte qui tremblait.
     
    Celle-ci s’ouvrit, laissant apparaître Fukase et Leora, ainsi qu’une quinzaine de soldats. Les autres membres de l’armée de Fukase continuaient de contrôler la ville.
     
    Immédiatement, la mercenaire aux cheveux rouges se lança vers sa congénère koryuiste, qui para facilement son attaque.
     
    - Ne crois pas que ça sera aussi facile que la dernière fois, lança Alys. « Je me suis entraînée ».
    - Ooh, ricana Leora. « Mais, ça tombe bien. Je rêvais d’un peu de résistance. »
     
    Le combat s’engagea. Les techniques affluaient de toutes parts. De nombreux halos s’échappaient des membres supérieurs des deux guerrières. Le niveau d’Alys avait sensiblement augmenté; son entraînement avec Shirosaki avait porté ses fruits, elle avait également grandement amélioré ses capacités en combat. Après quelques temps, Fukase s’impatientait, bien que cette lutte fût relativement plaisante à regarder. Mais Leora le coupa dans son élan.
     
    - C’est mon combat, patron. Je n’ai besoin d’aucune aide. Laissez-moi faire, s’il vous plaît.
    - Oh, tu sais que je ne peux rien te refuser. Alors, je vais me mettre à m’occuper de ceux-là, conclut Fukase, un regard vers les cinq sabreurs devant lui.
     
    D’un geste de la main, il ordonna à ses soldats d’engager la lutte. Ceux-ci tenaient leurs ennemis en joug, et se mirent à tirer. À leur grand étonnement, les balles ricochèrent sur un mur invisible.
     
    - Qu’est-ce que tu croyais ? Que nous n’avions pas pris nos précautions ? hurla Miku.
    - Qu’est-ce que c’est que ça ? maugréa Fukase.
     
    Leora observa la scène, bien qu’elle fût engluée dans son combat contre Alys.
     
    - C’est ton œuvre, hein ma petite, lança-t-elle en direction de la villageoise.
    - C’est ça. Tu pensais que j’allais laisser mes amis en danger ?
    - Leora, tue là immédiatement. Tout dépend de toi ! cria Fukase.
     
    Les deux koryuistes se firent face de nouveau, pleines de sueur. Le combat avait été très exigeant pour leurs organismes, et la mercenaire ne s’attendait pas à une résistance aussi élevée. De rage, elle se mit à vociférer dans tous les sens et se lança de nouveau vers son ennemie.
     
    Pendant ce temps, Luka était toujours enfermée dans la pièce d’à-côté. Elle regardait Meiko, et des larmes commençaient à couler le long de ses joues.
     
    - Ça ne va pas, confia-t-elle. « Ils sont en train de se battre pour moi, et je ne fais rien. Quelle reine je fais ! »
    - C’est comme ça, rétorqua Meiko. « Votre vie est trop importante pour que vous preniez part au combat ».
    - Ce n’est pas comme ça que je vois mon rôle de Reine.
     
    L’esprit perdu, elle analysa tous les recoins de la pièce, puis se tint la tête entre les mains. Elle remarqua alors la bague sertie d’une pierre bleue qu’elle avait toujours portée à son doigt et se releva, avant de se diriger vers la porte.
     
    Le combat entre Alys et Leora était toujours en cours. Les autres protagonistes présents dans la salle du trône était réduits à l’immobilisme, les six combattants du pays de Kuni devant rester derrière la barrière dressée par Alys. La villageoise offrait une très belle résistance à la mercenaire. Même Fukase commençait à douter des capacités de son associée, alors que Miku reprenait espoir.
     
    - Mais où as-tu appris tout ça ? lança Leora, étonnée.
    - J’ai étudié le Koryu attentivement et je me suis entraînée. Je me hisse maintenant à ton niveau.
    - C’est ce que tu crois !
     
    Alys, toute motivation regagnée, lança alors une attaque foudroyante qui cloua Leora au sol.
     
    - Ne pense pas que je me sois exercée uniquement à la technique de la barrière protectrice…
     
    La guerrière ennemie pesta. Elle qui était tellement assurée de sa supériorité, était à deux doigts de se faire battre par une personne qui s’était remise à étudier sérieusement son art que depuis quelques mois. Pleine de rage, elle se releva rapidement. D’énormes reflets de lumière rouge s’échappaient de ses bras. Leora lança alors son attaque la plus destructrice directement sur Alys, qui ne pouvait pas parer. Cette prise était si rapide, si bien exécutée qu’elle pouvait l’envoyer directement au tombeau. La jeune femme à la tresse vit alors les moments importants de sa vie passer devant ses yeux: sa rencontre avec Rin et Len, les différents entraînements avec son père quand elle était enfant, ainsi que la mort de Syla et Lysa. Pétrifiée par la peur, elle ne pouvait plus bouger. Un sourire se dessina sur le visage de Leora. Elle allait gagner cette lutte, et mettre fin à cette lignée maudite de koryuistes.
     
    Alys fermait les yeux, attendant son sort. Mais, elle ne sentit rien. Quelques instants avant l’impact, un corps s’était interposé. L’adepte reconnue la chevelure ébène de son ami Shirosaki, qui s’était contenté d’interposer son bras à l’endroit du choc. Celui-ci s’était arraché de son corps, et le jeune homme hurlait de douleur. Mais Alys était sauvée, c’était là l’essentiel. Le sang de Yuudai commençait à couler, la teinte écarlate patinait tout le sol environnant. Puis, le jeune homme s’écroula. Alys tenta au mieux d’arrêter l’hémorragie. Le Koryu lui permettait de stopper l’afflux de sang, sans plus. Il s’agissait d’une solution temporaire, mais le temps pressait.
     
    Leora recula de quelques pas. Elle éprouvait des difficultés à reprendre sa respiration. La mercenaire avait en effet mis toutes ses dernières forces dans cette ultime attaque, de sorte qu’il lui fut impossible d’attaquer son ennemie alors qu’elle était occupée à administrer les premiers soins au blessé.
     
    - Shirosaki… Mais pourquoi, murmura Alys.
     
    Le bibliothécaire eût du mal d’articuler.
     
    - Je… Je ne veux pas te perdre…
     
    Alys restait immobile, tandis que Shirosaki s’effondrait de douleur. Dans le même temps, la barrière dressée par la koryuiste qui protégeait les derniers membres de l’armée de Kuni cessa soudainement son effet. La villageoise n’avait plus d’énergie.
     
    Fukase observa ce moment et s’apprêta à donner l’assaut, lorsqu’il fut interrompu par une voix bien connue.
     
    - Arrête, Owari ! hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
     
    ***

     
    - Luka ! Enfin je te retrouve ! sourit l’homme aux cheveux rouges.
    - Qu’est-ce que tu veux ? lui demanda la souveraine.
    - Je veux récupérer mon dû.
    - Le pays ne t’appartient pas !
    - Maintenant si. Regarde ! Mes soldats ont mis la ville à feu et à sang. C’est terminé !
    - Pas encore !
     
    Luka sortit alors sa bague à pierre bleue, qui se mit à briller. Miku observa la scène: « Ma Reine, ne faites pas ça ! » cria-t-elle.
     
    - Je n’ai pas le choix, Miku… Konaimu no nichi !
     
    Une lueur aveuglante s’échappa du bijou. Puis, quelques instants plus tard, une meute de gigantesques lions apparut au beau milieu de la salle du trône. Miku ne prononça plus un seul mot, de même que le reste de l’état-major de l’armée qui était sous le choc. Luka leur lança alors un regard significatif.
     
    - Oui, je suis une Magicienne. C’est l’héritage de ma mère !
     
    La couleur jaune des trois lions se reflétait dans tous les murs de la pièce. Quelques secondes plus tard, ils émirent tous un énorme grognement et se rangèrent aux côtés de la souveraine. Les six membres de la Garde royale reculèrent, effrayés.
     
    Fukase restait immobile, peu impressionné. A la vue des trois fauves devant eux, ses soldats firent mine de vouloir lancer une attaque, convaincus par leur supériorité technologique, mais le chef les arrêta d’un geste de la main. Il plaça ensuite sa canne en forme de clown devant lui. Le pommeau s’éclaira d’une lueur rougeâtre malfaisante.
     
    - Akai piero… énonça-t-il calmement.
     
    De nouveau, trois apparitions firent leur entrée dans la salle du trône. Les invocations de Fukase revêtirent une forme plus humaine. Elles ressemblaient à des marionnettes géantes. Par rapport aux lions, cette magie se montrait moins impressionnante. C’est ce que les spectateurs profanes pouvaient penser avant d’observer la vitesse à laquelle ces monstres de plusieurs mètres de hauteur pouvaient se mouvoir.
     
    Soudainement, une énorme barrière de feu se dirigea vers les invocations de l’homme à la canne. Celle-ci provenait de l’un des trois lions, mais fut facilement évitée par les marionnettes. Immédiatement, les deux autres invocations de Fukase se lancèrent vers les lions restants de Luka. Contrairement à ceux-ci, les marionnettes pouvaient faire parler leur vitesse. Ils esquivaient de ce fait les attaques puissantes des fauves de la souveraine.
     
    Alors que le combat magique faisait rage, Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys interrogèrent Miku avec attention:
     
    - Vous étiez au courant ? demanda Gumi.
    - Oui…
    - Mais pourquoi l’avoir caché ? interrogea Yuma.
    - C’est pourtant facile à comprendre, répondit Miku violemment, sans doute encore sous le choc. « Les Magiciens sont discriminés au pays de Kuni. Si la population apprenait que la Reine est liée d’une quelconque façon à cette guilde, elle risque sa place. »
    - Mais alors, elle n’est pas la fille du Roi ? conclut soudainement Len.
    - Si, elle tient ce pouvoir de sa mère. C’est une longue histoire…
    - Et Fukase, qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? Rin essayait d’intervenir dans la conversation.
    - Ça, je ne sais pas. Elle ne m’a jamais parlé de lui…
     
    Miku restait dans l’expectative. La lutte entre Luka et Owari continuait. Tout le monde, y compris les combattants de Fukase, étaient absorbés par la magie qui s’opérait devant eux.
     
    Les lions de Luka faisaient preuve d’une puissance indescriptible, mais ils ne parvinrent jamais à toucher les marionnettes de Fukase, trop rapides.
     
    - Alors, tu fais enfin face à ce que tu es, Luka ?
     
    La Reine ne répondit pas à ces provocations. Pourtant, et dès l’instant où elle avait révélé son secret, elle savait qu’elle pouvait tout perdre. Cet aveu, selon elle, allait lui coûter sa place.  Jamais les citoyens ne voudraient d’une Magicienne comme souveraine. Et qu’allaient dire les chefs de village ? Tous les doutes qui l’avaient forcé à ne pas dévoiler sa véritable face resurgissaient. Cependant, elle devait rester attentive à son ennemi. Il commençait à prendre le dessus. Le seul objectif de Luka en ce moment était de protéger le pays.
     
    Peu après, Leora, qui avait repris ses esprits après son combat contre Alys, décida de faire fi des événements en cours, et de porter de nouveau des attaques vers la villageoise. Dans son entrain, les soldats de Fukase se lancèrent vers l’état-major de la Garde Royale. Tous furent donc forcés de participer au combat.
     
    Yuma se lança rapidement vers la horde, et élimina quelques combattants. Gumi suivait juste derrière lui, ainsi que Miku. Alys avait contré les attaques de Leora et était prise dans un deuxième round de lutte. Rin et Len, eux, tentèrent tant bien que mal d’aider leurs amis et collègues, malgré leur plus faible niveau.
     
    La salle du trône ressemblait dès lors à un immense champ de bataille. Les lumières créées par les incantations de magie et de Koryu côtoyaient les mares de sang des soldats tombés. Pour le moment, aucun blessé, hormis Shirosaki, n’était à déplorer dans les rangs de l’armée de Kuni. Mais Fukase prenait peu à peu le dessus. Soudainement, un impact de balle toucha la jambe gauche de Yuma, provoquant un coup d’arrêt sec dans la lutte en cours. Plusieurs soldats l’encerclèrent et le firent prisonnier.
     
    Miku observa la scène:
     
    - Ça sent très mauvais. Si nous restons là, nous filons vers la mort !
    - Mais on ne va pas fuir tout de même, répondit Gumi
    - Je pense que nous n’avons pas d’autre choix
     
    Rin, Len et Alys acquiescèrent de leur côté. Ils avaient beaucoup trop puisé dans leur énergie, et menaçaient de s’évanouir d’un instant à l’autre.
     
    - Et Yuma ? maugréa la guerrière aux cheveux verts.
     
    Le samouraï à la tenue noire avait suivi la conversation de loin, tombé au milieu des soldats ennemis. Il fixa la guerrière dans les yeux.
     
    - Pars, Gumi ! Nous ne pouvons plus rien faire !
    - Mais, je ne veux pas m’enfuir sans toi…
    - Tu n’as pas le choix. Sauve-toi et reste en vie ! Ne t’occupe pas de moi …
     
    Miku tira sa lieutenante par la manche, non sans jeter un dernier regard vers Yuma. Gumi fixa son compagnon :
     
    - Yuma, je t’aime…
     
    Le guerrier sourit subrepticement. « Moi aussi… », murmura-t-il.
     
    La commandante avait bien entendu les déclarations des deux amants mais était bien trop occupée par la guerre en cours. Malgré son inévitable surprise, elle décida rapidement de remettre ce sujet à plus tard.
     
    - Ma Reine, dit-elle.
    - Oui Miku…
     
    Luka prononça une dernière formule: « Hikari ». Immédiatement, une énorme lumière blanche aveuglante envahit la salle du trône, aveuglant tous les ennemis. Les derniers combattants du pays de Kuni - l’ultime espoir du pays - en profitèrent pour prendre la fuite par l’arrière du Palais.
     
    Quelques minutes plus tard, l’effet du sort était terminé, et Fukase observa la salle du trône vide, si ce n’est ses soldats et son prisonnier, Yuma.
     
    - J’ai gagné… murmura-t-il. « Le pays de Kuni est à moi… »
     
    Il partit directement s’installer sur le trône à baldaquin du souverain du Royaume.
     
    - Plutôt pas mal… N’est-ce pas, Leora ?
    - Oui, chef… Mais permettez-moi d’émettre une réserve… Ils se sont enfuis. On ne devrait pas se lancer à leur poursuite ?
    - Bien sûr… Ma splendide victoire m’a fait oublier ce détail… ria-t-il. « Passe l’ordre à toutes les forces dans la ville. Il me faut la Reine, et vivante. Les autres peuvent être tués. »
    - Comme vous voudrez, patron.
     
    Leora sortit du Palais Royal et partit donner les instructions, tandis que Fukase fit le tour de son nouveau domaine, le sourire en coin. Il trouva Meiko, réfugiée dans le placard depuis le début de la bataille finale. Celle-ci l’observa. La peur s’observait sur son visage. Fukase la regardait de haut, et souriait:
     
    - Je suis votre nouveau maître désormais.
     
    ***
    Quelques minutes plus tard, Luka se retrouvait en compagnie de Miku, Gumi, Rin, Len, Alys et Shirosaki dans le souterrain secret qui se situait au détour d’une porte dérobée, près de la salle du trône. Tous les membres du groupe restèrent silencieux. On pouvait également entendre Fukase fanfaronner à l’étage du dessus. La souveraine tentait de réprimer sa colère. Elle venait de perdre le pouvoir et devait prendre la fuite, en laissant son peuple aux mains de cet être irresponsable.
     
    - Dépêchez-vous, ma Reine, murmura Miku.
    - Mon pays…
    - Nous reviendrons… Plus forts… Pour l’instant, nous ne pouvons rien faire…
     
    Pour la première fois, Gumi avait les larmes aux yeux. Rin et Len se trouvaient à ces côtés, et la soutenaient. Les jumeaux se remémoraient tous les moments passés avec leur maître de sabre. La guerrière n’était plus que l’ombre d’elle-même. La situation avait eu pour effet de faire avouer au public son amour pour Yuma, et les tourtereaux étaient désormais séparés.
     
    Rin dévisagea Miku, l’air interrogatif.
     
    - Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
    - On essaie déjà de s’enfuir de la ville. Nous allons essayer de sortir par le Nord. Les troupes de Fukase devraient être moins nombreuses à cet endroit normalement.
    - Et après ?
    - Après, on verra…
     
    La commandante n’avait pas d’autre option en tête. Dans l’immédiat, il fallait quitter cet enfer. L’ennemi n’avait pas encore pris tout le pays. Il était donc encore possible de trouver, quelque part, un endroit sûr.
     
    Un peu plus loin, Alys retenait Shirosaki par son épaule encore valide. Le jeune garçon hurlait de douleur. Quelques larmes perlaient le long des joues de la villageoise. Peu après, Luka s’avança vers eux.
     
    - Allongez-le. Je peux l’aider…
     
    Alys s’exécuta.
     
    - Vous pouvez le soigner ? demanda-t-elle, en pleurs.
    - Je peux lui sauver la vie, si c’est ce que vous demandez. Par contre, pour son bras, il n’y a pas grand-chose que je puisse faire…
     
    Shirosaki allongé sur le sol pierreux du souterrain, Luka s’agenouilla près de son flanc droit. Elle prononça une formule mystérieuse, et la bague qu’elle portait au doigt se mit à briller d’une lumière bleu électrique. Quelques secondes plus tard, le bibliothécaire se releva. Quelques gouttes de sueur coulaient le long de son front, et un moignon avait pris la place de son bras droit.
     
    - Voilà, vous êtes hors de danger. Encore désolée pour votre bras !
     
    Le jeune garçon salua la souveraine en guise de remerciement, mais restait silencieux. Alys eut un sourire pour Luka durant un léger instant. Puis, le groupe reprit la route.
     
    Pendant leur progression, Len continuait à réfléchir. Il faisait le bilan des derniers événements :
     
    - Mais pourquoi avoir caché votre pouvoir ma Reine ? demanda-t-il naïvement. « Et d’où cela vous vient ? »
    - Cela fait beaucoup de questions, mon cher Len, répondit-elle légèrement paniquée. « Enfin, au point où on en est, je pense que je peux vous dévoiler mon secret… »
     
    Tout son auditoire se montrait soudainement excessivement attentif, bien que personne n’arrêtât sa progression.
     
    - Ma mère, la femme de l’ancien Roi de Kuni, était issue de la Guilde des Magiciens. J’ai donc hérité de son pouvoir. Et Fukase… Enfin, Owari… était son premier fils, issu de son premier mariage… Il est donc mon demi-frère.
    - Mais pourquoi il cherche à prendre le pouvoir dans le pays ? se demanda Len.
    - Il est d’un caractère impulsif… De plus, quand ma mère a dû quitter l’île Maho pour rejoindre mon père, la Guilde a refusé que le garçon aille avec elle. Il était donc resté sur l’île…Après ça…
     
    Miku interrompit soudainement le récit de la Reine. Le groupe était parvenu à l’extrémité du tunnel. Une lumière vivace indiquait la sortie.
     
    Les sept membres arrivèrent donc dans une ruelle. Plus loin, on pouvait observer les remparts nord de la ville. La patronne de la Garde parcourut quelques mètres en éclaireur, jusqu’à l’avenue principale, relativement déserte. Visiblement, le gros des troupes de Fukase n’était pas encore arrivé à cet endroit. Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre le groupe, elle fut interrompue par une vieille dame qui portait un châle noir sur la tête. Observant la mine surprise de la commandante, l’inconnue dévoila rapidement son visage.
     
    - Madame Koharu ! s’écria Miku. « Que faites-vous ici ? »
    - J’ai un moyen de mettre la Reine en lieu sûr pendant quelques temps…
     
    La cheffe du village de Kyuuri se dévoila également au reste du groupe. L’aînée salua respectueusement la Reine Luka.
     
    - Le pays est avec vous, vous savez…commença-t-elle. « Mais, pour l’instant, vous devez rester en sécurité. Vous n’êtes pas de taille à lutter contre cet envahisseur pour l’instant. Cependant, j’ai une petite idée… »
    - Merci, ma chère Kinzaki, rétorqua Luka. « Quelle est votre idée ? »
    - Nous en parlerons plus tard. Tout d’abord, nous devons fuir Kyôu.
    - Mais…
    - Suivez-moi ! conclut la doyenne, faisant fi des remarques de la Reine.
     
    Le groupuscule avança lentement et prudemment. Au loin, on pouvait entendre les troupes ennemies avancer au fil des pillages et des massacres. Quelques dizaines de minutes plus tard, Luka et les autres franchirent la porte qui marquait la sortie de la ville, au Nord. La Reine portait un dernier regard vers le Palais, son Palais, qu’elle devait laisser aux mains d’un dégénéré. Elle répugnait son impuissance, ainsi que celle de son pays.
     
    - Ne vous en faites pas, ma Reine. Nous finirons par les vaincre. Ici, vous ne faites que battre en retraite pour revenir plus forte.
    - Mais quel est votre plan ? interrogea encore une fois la souveraine.
    - Vous le saurez bien assez tôt…
     
    Ainsi, les personnes qui représentaient le dernier espoir du pays de Kuni prirent place à bord d’une diligence discrète, spécialement affrétée pour eux par Koharu. Les chevaux galopaient, s’éloignant de la capitale.
     
    ***

    La diligence faisait cap vers le sud. La vieille Kinzaki Koharu chevauchait son destrier à côté de la carriole, laissant quelques instants privés à Luka et son groupe. La cabine était de taille acceptable pour sept personnes. La Reine profitait de ce temps de pause pour étayer quelque peu ses propos sur son passé. Passé le choc d’apprendre que celle-ci était une magicienne, ses collaborateurs désiraient en apprendre davantage. Rin et Len étaient un peu perdus. S’ils avaient conscience que cette caste de la population était particulièrement rejetée dans le monde de Sekai, leur opinion sur la souveraine n’avait pas grandement changé. En effet, ils avaient tellement vu de choses et vécu tant d’événements étranges, qu’ils n’en étaient plus à cela près. Miku était déjà au courant de ce secret, depuis sa plus tendre enfance. En fait, les trois personnes les plus étonnées par cette nouvelle furent Gumi, Alys et Shirosaki. La villageoise, de son côté, avait déjà deviné les raisons d’un tel comportement. En tant que pratiquante du Koryu, elle avait déjà dû faire face à de telles discriminations. Elle savait parfaitement que la Reine mettait sa place en péril si elle dévoilait son secret. Shirosaki, quant à lui, avait l’esprit suffisamment ouvert et était davantage préoccupé par l’état de son bras, ou plutôt par son absence. De ce fait, il ne pavoisa pas outre mesure.
     
    Gumi demeurait pensive. Luka avait remarqué la moue renfrognée de la lieutenante.
     
    - Qu’en penses-tu, Gumi ? La souveraine avait décidé d’aborder directement le sujet.
    - Honnêtement, que vous soyez une magicienne, je m’en contrefiche…
     
    Luka sourit, soulagée d’entendre que le secret qu’elle portait comme un fardeau depuis de nombreuses années n’était sans doute pas si important.
     
    - Cependant, je me demande pourquoi vous n’en avez pas parlé avant… C’aurait peut-être pu éviter tous ces incidents. Je me dis que vous aviez l’occasion de renouer des contacts amicaux avec la Guilde et que vous ne l’avez pas fait.
     
    La Reine baissa la tête. Au fond, la guerrière avait raison, même si son discours était clairsemé de rancœur et de dégoût, surtout à la suite de la capture de Yuma. Le fait de perdre son amant transparaissait clairement dans son discours. Une partie de la confiance qu’elle avait dans la Reine s’était étiolée à ce moment-là. Elle la tenait comme une des responsables du sort de son amoureux.
     
    - Gumi, veux-tu cesser ? ordonna Miku.
     
    Luka l’interrompit.
     
    - Non, Miku. Laisse-la dire ce qu’elle pense. Mon obscurantisme nous a tous mis dans cette situation. Le moins que je puisse faire, c’est de faire face aux critiques et y répondre.
    - Je n’ai rien à dire de plus, conclut rapidement Gumi.
    - Le fait est que… Je craignais plus que tout la réaction des citoyens. Je pensais en parler un jour, mais je repoussais sans cesse l’échéance, par peur… La dame savait bien que cela ne constituait pas une excuse valable aux yeux de sa subordonnée, mais elle ne pouvait rien dire de plus.
     
    Au bout de quelques heures, la diligence s’arrêta. Rin et Len sortirent de la diligence les premiers, suivis par Alys et Shirosaki, ensuite Gumi et Miku. La Reine fermait la marche. Kinzaki Koharu était descendue de son cheval et se dirigeait vers un bateau spécialement affrété. Le groupe se trouvait maintenant le long de la côte sud de l’île de Kuni.
     
    - Ma Reine, prenez ce bateau. Il voguera vers l’archipel Seisui. C’est un pays ami, il pourra certainement vous accueillir. Vous serez en sécurité là-bas, le temps de faire le point.
    - Cela signifie quitter le pays ? s’écria Miku.
    - Oui. Vous n’avez pas le choix. Si vous restez à Kuni, vous serez traqués sans cesse. Pour organiser la résistance, mieux vaut faire ça de l’étranger. D’autant plus que vous aurez certainement besoin de l’aide de vos alliés pour reconquérir le pays. Le temps des alliances est venu…
     
    Luka éprouvait des difficultés à accepter cette décision. Toutefois, la sagesse de Koharu était telle qu’il s’agissait certainement de la meilleure stratégie à adopter.
     
    - Et vous ? Qu’allez-vous faire ? demanda Luka.
    - Nous nous en sortirons… Il faudra bien quelques personnes courageuses pour faire face à ce dégénéré… Vous, contenez-vous de vous mettre en sécurité et de nouer de bonnes alliances. Nous attendrons patiemment votre retour.
    - Merci. Merci pour tout.
     
    Fait extrêmement rare, la Reine se mit à prendre Koharu dans ses bras. Quelques larmes se mirent à couler le long de ses joues. Pendant ce temps, le reste du groupe se mit à embarquer sur le petit bateau. Malgré sa petite taille, il paraissait insubmersible. Miku salua le capitaine, ainsi que les deux matelots à bord. Rin et Len examinèrent les moindres recoins de l’embarcation, alors qu’Alys s’était assise dans un coin en compagnie de Shirosaki. Gumi observait l’horizon, pointant ses yeux dans la direction de la capitale, où Yuma était retenu prisonnier.
     
    - Tiens bon. Je reviendrai te sauver, murmura-t-elle, avant de retourner dans son silence.
     
    La Reine prit également place à bord du bateau, qui ne tarderait pas à voguer vers le sud. Un nouveau chapitre mystérieux allait désormais s’ouvrir dans l’histoire du pays de Kuni. Pour la première fois de son histoire, l’île comptait un souverain en exil, et devait faire face à un coup d’État.
     
    Luka vissait les yeux vers le sud, et tentait de reprendre espoir, tant bien que mal, alors que Koharu observait l’embarcation prendre ses distances, avant de reprendre la route de son village, où de sombres heures l’attendaient.
     
    ***
     
    À quelques dizaines de mètres de là, deux jumeaux aux cheveux verts caractéristiques avaient également pris la direction du sud après avoir fui la ville de Kyôu. Kyuu et Roku erraient pour l’instant sans but. Ils avaient définitivement quitté Fukase, et étaient dorénavant coincés dans ce monde inconnu. Le seul qui pouvait les ramener dans leur monde originel était leur ancien maître. De toute façon, les jumeaux n’étaient même pas certains de vouloir rentrer. Rien ne les attendait dans leur monde. Leur vie entière était quadrillée autour de leur patron.
     
    Alors qu’ils chevauchaient tranquillement sur la plage, le regard perdu, ils remarquèrent l'étrange branle-bas de combat qui s’organisait plus loin. Ils reconnaissaient également les chevelures blondes de Rin et de Len, au loin, puis observèrent la présence de Miku. Puis, ils furent quelque peu étonnés par la présence de la Reine.
     
    - Fukase a donc réussi son coup, analysa Kyuu.
    - Visiblement, on dirait que la Reine fuit le pays…
    - Qu’est-ce qu’on fait ? demanda l’aîné à son frère avisé.
    - Je ne sais pas…
     
    Roku laissa alors vagabonder son esprit quelques secondes.
     
    - Et si on les suivait ?
    - Pourquoi faire ? interrogea Kyuu. « Qu’est-ce que ça nous apporterait ? »
    - Je ne sais pas. Je me dis que ça pourrait toujours être plus intéressant que de rester ici. Ça nous permettrait de découvrir ce monde, et puis, j’ai bien envie de recroiser ces jumeaux. Je pense qu’on pourrait avoir une bonne conversation.
     
    Kyuu réfléchit.
     
    - D’accord. Je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre… Mais il nous faudrait un bateau.
    - Rendons-nous au village le plus proche. Il y a certainement moyen d’en trouver un.
     
    Les jumeaux rebroussèrent donc chemin, leur nouvel objectif en tête. Bien que celui-ci fût léger, il leur donnait une voie à suivre, et cette fois, il s’agissait d’une voie qu’ils avaient choisie. Pour la première fois de leur vie, ils avaient pris une décision pour eux seuls, sans se préoccuper des desiderata de Fukase. Une certaine excitation commençait à gagner leurs cœurs.
     
    Kyuu et Roku se retournèrent encore quelques instants, observant le bateau de la Reine Luka s’éloignant lentement vers l’horizon.
     
     
     
    FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #40 le: 08 août 2017, 12:24:41 »
    Hey,  comme la première partie est terminé je vais en profité pour donné mon avis général (un peu à chaud) sur la fanfic jusqu'ici.

    Tout d'abord la narration est maîtrisé,  j'imagine sans peine les décors, les personnage et l'action. J'ai trouvé la lecture est simple et fluide avec un vocabulaire riche et adéquat.
    Spoiler
    Le commentaire du dernier chapitre qui confirme la règle :
    hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
    Alors je sais pas si c'est moi ou quoi, mais l'emploi du mot "placard" m'a un peu coupé du moment dramatique x), on dirait presque un gag, ça m'a fait penser d'ailleurs quand j'ai lu ça à cet épisode de South park où Tom Cruise s'enferme dans le placard de Stan, mais là je digresse, Grèce. Un truc du genre "qui fit irruption" aurait été plus approprié pour ce genre de moment fort que "qui s'était échappée du placard"... BREF
    L'histoire est prenante, j'ai vraiment senti les enjeux de la situation, et le poids des forces en présence. Après j'ai trouvé que l'intrigue principale à mis un peu de temps à se mettre en place. Les personnage ont du relief (les principaux en tout cas) et sont attachant. J'ai aussi bien senti l'évolution des personnages au fil des chapitres et c'est quelque chose que je trouve très satisfaisant.

    Pour conclure j'ai trouvé cette première partie très bonne, très plaisante à lire. Bon travail et vivement la deuxième partie !  ;D

    Spoiler
    Ça rien à voir mais je trouve que Fukase c'est tellement Roman Torchwick dans RWBY :0
    « Modifié: 08 août 2017, 15:47:56 par Youkoulélé »
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #41 le: 09 août 2017, 20:37:27 »
    Oh, merci pour ton avis !

    Ouf, ça me rassure... Je me demande toujours si j'écris bien mes descriptions. Parfois, j'ai peur d'en faire un peu trop, et d'autres fois pas assez^^ (Oui, je suis quelqu'un qui doute énormément... x))

    Spoiler
    Le commentaire du dernier chapitre qui confirme la règle :
    hurla Luka, qui s’était échappée du placard.
    Alors je sais pas si c'est moi ou quoi, mais l'emploi du mot "placard" m'a un peu coupé du moment dramatique x), on dirait presque un gag, ça m'a fait penser d'ailleurs quand j'ai lu ça à cet épisode de South park où Tom Cruise s'enferme dans le placard de Stan, mais là je digresse, Grèce. Un truc du genre "qui fit irruption" aurait été plus approprié pour ce genre de moment fort que "qui s'était échappée du placard"... BREF

    Alors, autant je n'y avais pas fait attention en l'écrivant, autant maintenant, je ne vais penser qu'à ça xD
    (Ou alors, je la fais sortir du placard pour de vrai... )

    Oui, en relisant le début, je me rends compte que l'histoire prend quand même du temps à se mettre en place... Je pense même que ça peut me faire perdre des lecteurs. Mais d'un autre côté, j'ai essayé de décrire au mieux l'univers et le caractère des personnages dans les premiers chapitres avant de me lancer dans l'intrigue principale... Maintenant, ça aurait pu être mieux géré, certainement (a posteriori, je trouve le début un peu lent aussi, j'ai même déjà pensé à le réécrire un peu, genre les deux premiers chapitres au moins, mais je ne dois pas être doué pour les introductions, parce que je ne suis jamais vraiment satisfait^^-)...

    Et puis, je préfère me concentrer sur la deuxième partie :-)

    Encore merci, et j'espère que la suite te plaira aussi !

    Spoiler
    Ça rien à voir mais je trouve que Fukase c'est tellement Roman Torchwick dans RWBY :0

    Alors ça, ce n'est pas volontaire, parce que je ne connaissais pas ^^' Mais je suis allé voir un peu et c'est vrai qu'il a un air de ressemblance en plus... Pour le caractère, je ne sais pas... Pour être franc, je me suis surtout inspiré du Joker dans Batman, parce que c'est mon méchant préféré, et j'aime ce genre d'antagonistes un peu psychopathes...

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #42 le: 02 septembre 2017, 11:59:10 »
    Coucou tout le monde !

    J'ai oublié de le poster ici, mais pour l'anniversaire de Miku, j'ai écrit un chapitre bonus retraçant son passé (bon, il est publié ici avec trois jours de retard, mais sur le blog, je l'avais fait à temps^^)

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Sekai Chronicles #4 : Hatsune Miku

    11 ans avant le chapitre 1.
     
    La Grande Guerre Magique, le plus grand conflit qu’avait connu le monde de Sekai, s’était terminé quatre ans auparavant. Quelques stigmates de ce conflit pouvaient encore s’observer dans les recoins du pays de Kuni. Si la capitale, Kyôu, avait été largement reconstruite, les villages souffraient encore de l’effort de guerre, si bien que le niveau de vie de la population avait subi un sacré coup d’arrêt.
     
    Le Roi de Kuni, Luki, était un homme d’une prestance incroyable. Il avait pris le commandement des armées unifiées durant les dernières batailles, son intellect stratégique ayant été d’une grande aide dans la victoire. Bien sûr, il avait été secondé par son fidèle lieutenant, ami, et commandant de la garde royale, Mikuo. De carrure relativement frêle, cet homme excellait dans les arts de combat, si bien que sa position à la tête de l’une des plus grandes armées du monde ne faisait plus aucun doute.
     
    Les deux amis s’associèrent donc une fois de plus pour réparer les dommages de la guerre, Mikuo adossant alors un rôle plus politique, en sus de ses activités militaires.
     
    Le Palais n’avait subi que peu de dégâts. Les milices ennemies, provenant de la Guilde des Magiciens et de l’île Tokai, n’étaient pas parvenues à se hisser jusqu’à cet endroit. Il restait donc au pays de Kuni un zeste de sa splendeur passée, un signe montrant que cette nation n’était jamais complètement tombée.
     
    Au milieu des bibelots en métaux précieux disposés un peu partout dans la salle du trône jouaient deux jeunes filles âgées de sept et cinq ans. Leurs pères étaient attablés sur l’immense table placée dans un coin de la pièce. Les deux enfants avaient l’habitude d’être là, puisqu’elles se trouvaient êtres les propres progénitures du Roi et du commandant. Par conséquent, Miku et Luka avaient grandi ensemble. Comme leur famille ne quittait que rarement le château, les filles n’avaient pas l’occasion de nouer de relations sociales. D’ailleurs, Luka avait accueilli la naissance de Miku d’un très bon œil, comme si elle avait assisté à la naissance d’une petite sœur. En outre, elles possédaient plusieurs points communs. Leurs mères étaient décédées lorsqu’elles étaient assez jeunes, et leurs paternels s’étaient réfugiés dans leur travail. Les deux amies vivaient surtout en compagnie des servants du château, mais ces épreuves avaient renforcé les liens entre elles.
     
    ***
     
    Les années passaient. Tandis que Luka se préparait à son rôle de Reine (elle assistait à des cours de bienséance, de diplomatie, et son père s’appliquait à lui apprendre les rudiments de la politique), Miku cherchait toujours sa voie. Cette jeune fille courageuse désirait plus que tout suivre les traces de son père dans la Garde royale. Cependant, elle se heurtait à plusieurs obstacles. Tout d’abord, elle devrait assurer l’héritage de son père. Nombreux étaient les lieutenants de l’armée qui n’étaient pas prêts à lui faire de cadeaux, et à la pousser dans ses derniers retranchements. Puis, et surtout, Miku avait rapidement compris qu’elle n’était pas du « bon » sexe.
     
    L’armée de Kuni était entièrement masculine. Cela allait de pair avec la société largement patriarcale du pays. En conséquence, aucune femme n’avait jamais occupé ne serait-ce que le plus petit poste de la Garde.
     
    Du fait de sa place privilégiée près de son père, il était arrivé à Miku de pouvoir assister, de loin, aux entraînements de la Garde royale. Elle y voyait alors son père donner fièrement ses instructions, et faire étalage de son immense technique. A chaque fois, elle ressortait impressionnée de la cour dans laquelle se déroulait l’entraînement. Mikuo s’était révélé le plus grand commandant de toute l’histoire du pays de Kuni. Son habilité stratégique avait permis aux alliés de triompher de la Guilde Magique. De plus, il était également très bien considéré en sa qualité de bras droit du Roi. Si Miku regrettait ses longues absences, elle ne pouvait s’empêcher de ressentir de la fierté et de l’admiration envers son père. Plus que tout, elle voulait suivre ses traces.
     
    Un jour, vers l’âge de sept ans, la jeune fille décida de prendre son destin en main. Toutes les nuits, elle sortit en douce du Palais Royal et se dirigeait vers un petit patio, situé non loin du centre d’entraînement de la Garde royale. Cet endroit n’était que très rarement surveillé, dissimulé, et relativement facile d’accès sans se faire repérer. Elle avait entreposé à cet endroit divers instruments de travail. Toutes les nuits, elle s’entraînait durant plusieurs heures, sans perdre du regard son objectif. Miku essayait de reproduire les mouvements observés pendant les sessions d’entraînement. Elle en avait également profité pour améliorer sa forme physique. Après quelques temps, on pouvait observer les résultats. En dépit de son apparence frêle, la jeune Miku disposait d’une incroyable force.
     
    Toutefois, son père ne remarqua rien, sans doute trop occupé par ses fonctions avec le Roi. Il ne passait en effet que quelques minutes par jour en compagnie de sa fille, et était trop fatigué pour observer quoi que ce soit. Par contre, sa meilleure amie, la princesse Luka, avait, elle, noté le changement de comportement. Et la jeune fille aux cheveux roses était bien trop curieuse.
     
    Une nuit, Luka s’extirpa également de sa chambre. La chambre de Miku était située à quelques mètres seulement de la sienne. La princesse avait guetté le moment où son amie s’échapperait. Comme elle l’avait prévu, Miku sortit alors que la pleine Lune brillait largement dans le ciel. Luka la suivit de loin à travers les couloirs du Palais. Après quelques minutes, la future Reine eut la confirmation de ses doutes alors qu’elle observait l’entraînement quotidien de l’apprentie. Luka était subjuguée par tant de technique, de force et de hargne. La détermination et l’envie de Miku transparaissait dans chacun de ses mouvements. La princesse resta cachée derrière un buisson, en silence, ne voulant pas perturber l’entraînement.
                                                                 
    Les nuits suivantes, Luka continuait à observer le rituel quotidien de Miku. Chaque nuit, la fille aux couettes sortait du Palais, se rendait au même endroit et y restait pendant plusieurs heures. Étonnement, elle ne s’était pas encore fait repérer par un membre de la Garde. Après quelques temps, Luka décida de se montrer au grand jour. Elle interrompit alors Miku en pleine session:
     
    - Qu’est-ce que tu fais, Miku ? lança-t-elle discrètement alors que la jeune guerrière était occupée.
    - Ah !  sursauta Miku. « Qu’est-ce que tu fais ici, Luka ? »
    - C’est plutôt à moi de te poser cette question…
     
    Miku baissa la tête, passablement gênée. Elle expliqua donc son objectif à son amie. L’envie de suivre les traces de son père, et de trouver sa place dans la Garde royale.
     
    - Miku… commença Luka. « Tu dois montrer tous ces progrès à ton père. Il en serait fier, j’en suis certaine… »
    - Non, je pense qu’il m’en voudrait de lui avoir désobéi… Je ne peux pas lui montrer maintenant. J’attendrai le moment venu…
     
    Luka considéra Miku d’une mine suspecte. Visiblement, Miku n’avait pas réfléchi à la suite des événements, et s’était laissée portée par son envie. Selon la princesse, la jeune fille n’aurait jamais l’occasion de montrer ses talents à son père, les femmes n’étant pas acceptées dans la Garde. Plus Luka l’observait, plus elle était d’avis que le père de Miku devait connaître les talents de sa fille. Une combattante débutante qui avait atteint un tel niveau rien qu’en s’entraînant seule ne pouvait que devenir une grande guerrière dans l’avenir.
     
    Un peu plus tard, alors que Miku continuait à agiter son sabre en bois devant un ennemi invisible, Luka s’éclipsa et se dirigea vers le couloir des chambres du Palais. Elle connaissait parfaitement l’emplacement de la chambre de Mikuo. Elle s’empressa d’y entrer. Sur le lit, le commandant de la Garde était plongé dans un sommeil profond, si bien que la princesse eût des difficultés de le réveiller. Ainsi, cette opération dura plusieurs minutes, l’homme paraissait extrêmement las.
     
    - Princesse ? murmura-t-il, tandis que ses yeux étaient à peine ouverts. « Que faites-vous ici ? Retournez dans votre chambre. »
    - J’ai quelque chose à vous montrer, commandant. C’est important !  Luka le tira du lit et le força à mettre une tenue plus décente que son léger pyjama.
    - Mais, qu’est-ce qu’il se passe ?
    - Dépêchez-vous !
     
    Le commandant protesta plusieurs fois, et ordonna à la princesse de retourner dormir. Cependant, le caractère têtu de Luka eut raison de l’homme. S’il voulait rapidement retourner dans son lit, le plus simple était de la suivre.
     
    La princesse l’emmena donc vers le minuscule terrain d’entraînement improvisé de Miku. Si le commandant était encore somnolent, la vision de sa propre fille en train de s’entraîner eut l’effet d’un électrochoc.
     
    - Miku, qu’est-ce que c’est que ça ! hurla-t-il.
     
    La fille aux couettes se retourna, effarée, tenant le sabre en bois fébrilement dans sa main droite.
     
    - Papa… Je peux expliquer…
    - Il n’y a rien à expliquer. Il est interdit de sortir pendant la nuit comme cela !
    - Mais…
    - Rentre te coucher !
     
    Miku lâcha le katana d’entraînement qui s’écrasa sur le sol terreux, puis passa devant son père et Luka, qui paraissait désolée pour elle. Elle ne se doutait pas de la réaction de Mikuo. Toutefois, alors que la jeune fille passait à hauteur de son paternel, celui-ci l’arrêta d’un geste du bras.
     
    - Ceci dit… C’était plutôt pas mal… Tu as réussi à atteindre ce niveau seule ?
    - Oui, répondit Miku qui ne savait plus où se mettre.
    - Mmh, considéra le père. « Tu veux continuer à t’entraîner ? »
    - Oui… rétorqua-t-elle timidement.
    - Dans ce cas, rends-toi demain à sept heures sur le terrain d’entraînement…
    - Je pourrai m’entraîner ?
    - Je me débrouillerai…
     
    Un sourire radieux se dessina immédiatement sur le visage de Miku. Luka arborait, dans son coin, également une expression de satisfaction. La jeune fille touchait enfin son rêve du bout des doigts.
     
    - Miku… Rappelle-toi, ce sera très difficile, prévint Mikuo.
    - Je sais… dit-elle.
     
    Cette réponse provoqua une légère hilarité chez le père. « C’est bien ma fille. Ça ne fait aucun doute », pensa-t-il.
     
    ***
     
    Le père de Miku avait finalement réussi à convaincre les instances dirigeantes de la Garde royale d’enrôler sa fille parmi les recrues. Ce ne fut pas une mission bien difficile, du fait de sa position et son influence auprès du Roi. La demoiselle avait donc été acceptée. Cependant, et Mikuo l’avait prévenue, le plus dur était à venir. Elle était désormais la première femme à accéder aux entraînements de la Garde royale, et devrait donc combattre les réflexions misogynes de ses congénères et supérieurs, en plus de devoir porter le fardeau d’être la descendance du commandant. De son côté, son père était assez satisfait. En effet, sa famille possédait une longue lignée de combattants aguerris, tous entrés au Panthéon de la Garde. Lui qui s’attendait à la fin de son héritage, du fait d’avoir une héritière femme, s’enorgueillissait. Au fond de lui, il avait confiance en Miku.
     
    Ses excellentes capacités en combat avaient permis à la jeune fille de monter rapidement les échelons qui étaient encore à sa portée, malgré les fortes dissensions de ses supérieurs. Elle passa ainsi rapidement chef des recrues, le seul poste à responsabilités réservé aux combattants les plus jeunes. Son niveau étant très supérieur à celui de ses camarades, sa nomination n’aurait dû, en temps normal, faire l’objet d’aucune réclamation. Cependant, beaucoup de pontes de l’armée avaient déjà, à ce moment, émis quelques réserves. Au fur et à mesure de son avancée, Miku pouvait ressentir le malaise ambiant qui accompagnait souvent sa présence.
     
    Devant les hommes, elle essayait de faire bonne figure. La guerrière se tenait toujours bien droite, fière, faisant fi de toutes les remarques, bien qu’elles l’atteignissent parfois. Intrinsèquement, elle caressait tout de même l’espoir que ses capacités et son entraînement suffiraient à prouver sa valeur, mais il n’en était rien. Les plus hautes sphères du commandement lui seraient à jamais interdites. Hormis son père, les autres membres importants de l’état-major n’accepteraient jamais sa nomination à un poste important, et les instances de la Garde étaient ainsi faites que le pouvoir de son père s’arrêtait là. Dans les heures difficiles, Luka s’avérait devenir la confidente de la jeune fille. Les deux amies ne s’étaient jamais quittées, même si l’imposant agenda de la fille aux couettes avaient systématiquement réduits leurs rencontres. Ainsi, Miku fut aux premières loges du couronnement de la Reine Luka. Elle s’était aussi montrée d’une oreille attentive après la mort subite de son père, terrassé par la maladie. Les deux filles se retrouvaient sur énormément de points : elles désiraient plus que tout montrer leur valeur au monde, et devait subir sur leur dos le poids du passé de leurs ancêtres.
     
    L’état-major de la Garde était composé de trois têtes pensantes : Mikuo, le commandant général, était ainsi secondé par deux lieutenants. Le premier, compagnon d’arme qui avait toute sa confiance, se prénommait Al. Son style de combat lui avait rapidement fait gagner le surnom de Big Al, tant son envergure dans les luttes au sabre était impressionnante. Le troisième, plus jeune, répondait au nom d’Akasaki Minato. Ce jeune homme, très présomptueux, était ainsi le plus jeune membre de la Garde à avoir jamais atteint les hautes sphères de l’état-major. En effet, il se montrait bon dans tous les domaines. Sabreur redoutable, il rivalisait d’ingéniosité dans les manœuvres stratégiques, et s’avérait également être un excellent enquêteur. Il avait ainsi pu déjouer crimes graves perpétrés par la pègre de Kyôu.
     
    Miku avait déjà rencontré ces deux personnes. Elle savait pertinemment qu’aucun des deux n’approuvait sa présence. Cependant, Big Al se rangeait davantage auprès des décisions de son ami Mikuo, même s’ils étaient en désaccord sur ce point. Minato se montrait bien plus prétentieux, ne manquant jamais une occasion de rabaisser Miku plus bas que son rang de chef des recrues. Pour lui, une femme n’était pas destinée à combattre ou à occuper une quelconque position militaire, et il ne se gênait pas pour le faire remarquer.
     
    Ce lot était le quotidien de Miku. Son sexe lui était rappelé à chaque moment, et, hormis les hommes qui étaient sous sa responsabilité et sur lesquelles elle possédait un certain impact, tous les soldats de la Garde royale lui remémorait sans cesse qu’elle ne méritait sa place qu’à la position de son père. Ainsi, plusieurs fois, elle s’éclipsa dans la salle du trône pour y rencontrer Luka et vider son sac, plein de rage et de tristesse, et revenait le lendemain sur le terrain d’entraînement, le moral gonflé à bloc.
    ***
     

    Quelques années plus tard, 2 ans avant le chapitre 1
     
    Miku était assise tranquillement sur son lit. Le soleil venait de se coucher, les missions de la journée et les entraînements étaient terminés. Son front suintait de sueur. Ainsi, elle partit se laver dans la salle de bains qui se trouvait tout près, puis partit en direction du bureau de son père. Il lui arrivait souvent de passer le voir cinq bonnes minutes, histoire de lui signifier que tout allait bien pour elle, qu’elle supportait les difficultés afférentes à sa place dans la Garde. Cela lui permettait également de jeter un petit coup d’œil à son paternel, qui commençait à prendre de l’âge. Les rumeurs au sein des groupes de soldats allaient bon train. Le bruit courait selon lequel le commandant allait se chercher un remplaçant. De ce fait, quelques soldats de seconde classe s’étaient mis dans l’idée d’organiser des paris, en cachette des supérieurs. Les prédictions donnaient bien sûr Big Al gagnant, mais une minorité commençait à voir d’un bon œil l’avènement d’Akasaki Minato.
     
    La guerrière se trouvait loin de tout cela. Elle désirait juste rendre visite à son père. Elle traversa le long couloir silencieux qui menait à son bureau, et remarqua la porte entrouverte.
     
    - Papa, c’est moi Miku. En temps normal, elle devait l’appeler « commandant » en présence des autres soldats, mais pas une âme qui vive à l’horizon. Cela ne posait donc pas le moindre problème.
     
    Aucune réponse.
     
    Miku réitéra son appel, toujours sans réponse, puis poussa la porte du bureau.
     
    La jeune fille fit trois pas rapides en arrière. Le corps de son père gisait sur le sol, au milieu d’une immense mare de sang. Directement, elle s’accroupit à ses côtés. Les larmes commençaient à couler le long de ses joues, comme si tout son monde s’écroulait soudainement. Elle qui était d’un caractère si solide ne put résister. Elle éclata en sanglots près du corps inanimé de Mikuo, la gorge tranchée.
     
    Prévenus par les cris incessants de Miku, une horde de soldats, dont Al et Minato, s’étaient réunis au sein même du bureau, constant le décès du plus grand commandant que le pays de Kuni n’avait jamais connu.
     
    ***

    Les funérailles de commandant Mikuo s’organisèrent dans le plus grand faste. L’objectif de la Reine Luka était de rendre hommage au grand combattant qu’il était. Ainsi, elle décréta également un jour de deuil national. Le cortège funéraire parcourut les rues principales du quartier noble de la capitale, où plusieurs milliers de citoyens s’étaient rassemblés, dans le plus grand silence. Miku, habillée de noir, suivait de près le cercueil de son père, la tête baissée. Luka la suivit, puis vinrent les deux lieutenants de la Garde, Al et Minato.
     
    Dans le cimetière, un défilé de personnalités vint présenter leurs condoléances à Miku. Al lui prit les mains, présenta ses excuses, et partit dans un grand silence. Puis, vient le tour de Minato :
     
    - Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Miku, n’hésitez pas à faire appel à moi…
     
    Cette phrase provoqua soudainement une immense rage dans le chef de la fille.
     
    - Akasaki, je sais que vous ne m’appréciez pas… Je préfèrerai encore mourir plutôt que de faire appel à vous… Allez-vous faire voir !
     
    Minato regretta ses propos et prit congé.
     
    Quelques jours plus tard, la fille aux couettes s’était rapidement réfugiée dans sa chambre, plongée dans ses pensées. Quelques dizaines de minutes plus tard, elle entendit quelqu’un frapper à la porte. Elle ne répondit pas.
     
    La porte s’ouvrit soudainement, laissant apparaître la Reine Luka.
     
    - Miku… murmura-t-elle.
     
    Sans réponse.
     
    - Ne reste pas cloîtrée ici… N’oublie pas ton objectif, continua la souveraine.
     
    Miku se retourna vers son amie.
     
    - Ma Reine, c’en est trop. Je sens quelque chose de pourri dans la Garde… Il y a quelque chose que je ne saisis pas…
    - Tu veux parler de ton père ?
    - Nous n’avons pas encore trouvé son assassin…
    - Big Al est en train d’enquêter. Il est particulièrement touché par le décès de son ami. Il a même renoncé au poste de commandant pour le laisser à Minato, histoire de pouvoir se consacrer à temps plein à la recherche de l’assassin de Mikuo…
    - Quelque chose cloche…
    - Quoi ? Va au bout de ta pensée, Miku. Luka était impatiente.
    - Je trouve bizarre qu’un tueur ait pu s’infiltrer dans l’endroit le plus gardé du pays, blindé de soldats. Une idée m’est venue… Si la menace était interne à l’armée…
    - Tu veux dire que…
    - Je pense que l’assassin de mon père est un soldat de la Garde, et je veux le trouver…
     
    Ainsi, Miku demanda à la Reine de s’éloigner quelques temps de ses responsabilités militaires. Elle voulait se consacrer à plein temps à la recherche du tueur.
     
    ***

    Toute la nuit, Miku était restée éveillée. Son esprit travaillait à plein régime. Convaincue que le coupable était interne à l’armée, elle décida de partir de son hypothèse. Qui avait le plus profité de l’assassinat de Mikuo ? Assurément Minato, qui avait pris sa place. Elle en fit donc rapidement son suspect numéro un. Seulement fallait-il encore prouver ses doutes, et elle ne disposait d’aucune preuve.
     
    Soudainement, un servant vint frapper à la porte de la chambre de Miku. Alors qu’elle ouvrit la porte, elle aperçut un jeune homme de petite taille, chargé d’un énorme carton contenant divers objets.
     
    - Madame Miku. Ce sont les objets de votre père. La Reine m’a demandé de vous les restituer.
    - Oh… Merci, rétorqua sensiblement Miku.
     
    Elle s’empara alors de l’imposante caisse, remercia encore une fois le coursier et déposa les objets au centre de la pièce. En fouillant un peu, elle retrouva, en plus de l’uniforme de commandant, quelques bijoux ayant appartenus à sa mère.
     
    - Ah, fit Miku. « Il ne l’a jamais oublié… »
     
    Puis, au fond de la caisse, la jeune fille aperçut une petite enveloppe dont le papier commençait à jaunir. Elle s’ouvrit précautionneusement et reconnut directement l’écriture de Mikuo.
     
    « Ma Reine,
     
    L’armée du pays de Kuni a besoin d’un chef d’exception. Une personne pouvant guider tous ces soldats vers le droit chemin. Quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance.
     
    Depuis quelques temps, je me mets à réfléchir. Je commence à penser que, malgré mon expérience, mon âge avancé m’empêche d’assumer au mieux cette fonction. Par la présente, je souhaite vous présenter ma démission. Soyez cependant certaine que toute aide sera apportée au cas où vous en aurez besoin. Cependant, je pense que le temps est venu de passer la main à la jeune génération.
     
    Toutefois, il m’est difficile de choisir un successeur. Mes deux lieutenants, Al et Minato, sont bien sûrs des personnes de confiance. Mais je ne pense pas qu’Al désire accéder à une fonction aussi importante, tandis que Minato pourrait se montrer trop arrogant.
     
    Bien sûr, il est également possible de choisir une autre personne. J’ai d’ailleurs entendu dire que ma fille Miku possédait de très bonnes capacités en combat, en plus de son leadership naturel. Mais, elle est encore trop jeune pour assumer ces responsabilités. Dans l’avenir, elle pourrait devenir une commandante de tout premier ordre.
     
    Le choix de mon successeur vous revient, comme le veut la Loi. Si vous voulez mon avis, il vous faut choisir une personne possédant toute votre confiance. Le secret de la stabilité du pays réside dans l’entente entre le souverain et le commandant de la Garde.
     
    En vous remerciant de tout votre soutien.
     
    Votre serviteur dévoué.
     
    Commandant Mikuo. »
     
    Miku replia la lettre et la plaça dans l’une de ses poches intérieures. Sa lecture lui faisait remettre tout la situation en perspective. Le fait de déconseiller ses deux lieutenants pour prendre sa place aurait pu causer la perte de son père. Si le contenu de cette lettre s’était ébruité, quelqu’un aurait certainement voulu agir. Dans l’état actuel des choses, cette découverte confirmait sa première hypothèse: le coupable ne pouvait être que Minato, le seul à avoir affiché ses ambitions, et celui qui avait le plus à perdre. Aujourd’hui, il avait été nommé Commandant de la Garde, un peu dans la précipitation, et alors que Big Al avait refusé le poste.
     
    La jeune guerrière réfléchit. Elle devait informer la Reine Luka de l’existence de cette lettre, mais voulait tout d’abord s’entretenir avec Minato.
     
    Soudain, deux recrues de la Garde se tinrent devant la porte de la chambre de Miku.
     
    - Le commandant vous appelle à son bureau, chef.
     
    Le destin frappait à sa porte. Elle se dirigea alors quatre à quatre vers le bureau qui, quelques jours auparavant, était encore occupé par son père. Alors qu’elle progressait dans le couloir, elle fut prise de nausées, en se remémorant ce jour funeste où elle découvrit le cadavre de Mikuo. Emprunter ce chemin était toujours aussi difficile. Elle parvint cependant jusqu’à la pièce, où Minato l’attendait, assis derrière le bureau.
     
    - Asseyez-vous.
     
    Miku s’exécuta. Le visage de Minato se para d’un large sourire malsain
     
    - Vous savez, ma petite dame, le temps des cadeaux est terminé. Vous savez bien que vous ne devez votre place qu’à votre illustre père. Je vous informe que tout cela, c’est terminé. Je vous retire vos adjudications. Vous redevenez civile.
     
    Miku serra les dents. Une telle injustice ne pouvait être tolérée. Puis, elle se rappela la lettre dans sa poche. Si elle pouvait prouver l’implication de Minato dans l’assassinat de Mikuo, c’en était fini de lui. Elle se leva donc, salua le commandant sans dire un mot, et prit congé.
     
    Alors qu’elle était sortie de la caserne, Miku laissa éclater sa rage.
     
    - Tu ne perds rien pour attendre, salopard.
     
    Puis, elle se dirigea vers le Palais Royal, tenant précieusement la lettre de son père entre ses mains.
     
    ***
     
    Dans la salle du trône, Miku s’était installée avec la Reine Luka sur la grande table de réunion. Elle se trouvait à sa droite, assez proche, et parlait à bas volume. Tout d’abord, elle l’informa de sa situation, de son récent licenciement, et lui montra la lettre de son père.
     
    - Quelle honte ! s’écria la souveraine. « Attends, je vais arranger ça ! »
    - Ce n’est pas la peine… répondit Miku, provoquant la surprise de Luka. « Le fait de ne plus avoir de responsabilités me permet de me concentrer à plein temps sur la recherche du meurtrier de mon père. Je ne pouvais pas rêver mieux. »
    - Mais Big Al est déjà sur le coup…
    - Je préfère mener mon enquête de mon côté…
    - Tu ne fais donc confiance à personne ?
    - Plus maintenant…La lettre de Papa est claire. Minato me voyait comme un obstacle. Je pense qu’il est lié à l’assassinat mais je ne peux pas encore le prouver. De plus, la soudaine disparition de Big Al m’inquiète aussi…
    - Il est parti enquêter…
    - Il aurait très bien pu faire ça depuis la caserne… Mais non, il a préféré tout quitter et ne plus donner signe de vie. Je trouve ça bizarre.
     
    Miku était donc redevenue simple citoyenne. La guerrière sortit du Palais et se mit à réfléchir à voix haute, le regard tourné vers les immenses bâtiments de la ville.
     
    Elle emprunta ensuite le chemin qui menait vers le forum du quartier noble. Sur la place, elle se trouvait au milieu de la foule bruyante, lorsqu’à un coin de rue, elle aperçut par chance un visage familier. Le lieutenant Al était habillé de vêtements sombres, et portait une large cape par-dessus. Il s’écarta dans les petites rues adjacentes, avec grande précaution. Miku se dit à cet instant que la chance était avec elle, et se mit à le poursuivre de loin. Un peu plus tard, Big Al prit la direction du quartier populaire de Kyôu par un des accès secondaires. Il continuait son chemin à travers les ruelles assombries pour arriver à une maisonnée en mauvais état. Il frappa à la porte. Une dame d’un certain âge vint lui ouvrir. Ils s’échangèrent quelques mots (Miku se trouvait bien trop loin pour entendre quoi que ce soit), et Al sortit de sa besace un énorme sac d’argent qu’il donna à la dame.
     
    L’esprit de Miku se retourna dans tous les sens. Ses suppositions se montraient vraies. Il y avait bien quelque chose de pourri au sein de la Garde royale. Elle observa encore quelques instants les déplacements de Big Al, qui retournait simplement vers le quartier noble. Puis, elle partit en direction de la petite maison, et se mit à frapper à la porte. Pas de réponse.
     
    Elle insista.
     
    Toujours rien.
     
    La guerrière aux couettes se décida alors de patienter dans les environs, jusqu’à la tombée de la nuit. Quelqu’un finirait bien par sortir et elle n’aurait alors qu’à l’alpaguer et l’interroger.
     
    Quelques heures plus tard, la Lune brillait dans le ciel. Miku observait sans discontinuer la maison, et aperçut de loin la poignée de la porte s’actionner. Ensuite, plusieurs hommes, tous habillés et noir et masqués, sortirent et se dirigèrent vers le quartier noble.
     
    Miku les suivait. Elle vérifia plusieurs fois le sabre qu’elle portait à sa ceinture, dernier cadeau de son père.
     
    Les mercenaires continuaient d’avancer et prenaient la direction du Palais Royal.
     
    ***
     
    Miku se pressait, sans avoir vraiment conscience de ce qu’il se tramait. Tout au plus avait-elle compris que ces hommes représentaient une menace. Cette horde de soldats qui se dirigeait vers le Palais était relativement rapide. Heureusement n’avaient-ils pas pris les accès secrets. Ainsi, la guerrière parvint à arriver avant eux à destination.
     
    Elle se dirigea directement vers la salle du trône. Ses réflexes lui ordonnaient de partir protéger la Reine à tout prix. Miku poussa la porte de la pièce, et retrouva Luka, face à face avec Big Al et Minato Akasaki.
     
    La fille aux couettes ne se pria pas pour couper leur conversation.
     
    - Ma Reine, éloignez-vous d’eux. Des mercenaires projettent d’attaquer le Palais !
     
    Big Al prit la parole, bien calmement.
     
    - Que dites-vous ? Ce ne sont que des sornettes. Vous délirez, ma petite !
    - Vous êtes derrière tout cela, Al. Je vous ai vu tout à l’heure dans le quartier populaire.
     
    Al émit un rire sadique, puis se tourna vers son coéquipier.
     
    - Minato !
     
    Le commandant aux cheveux rouges s’empara alors de la Reine, et la menaça, un couteau sous la gorge.
     
    - Vous êtes bien comme votre père, ma petite Miku. Toujours à vouloir fourrer votre nez dans les affaires des autres…
    - C’était donc vous, Al. Vous avez osé tuer votre ami.
    - Il n’y a pas d’amis qui tiennent quand on peut s’emparer du pouvoir absolu. L’amitié avec Mikuo ne valait rien pour moi. Juste un moyen d’assouvir mes ambitions. Honnêtement, vous voyez cette petite Luka supporter le poids de la gestion du Pays de Kuni. J’en doute. Il faut un homme fort pour cette responsabilité, et je suis celui dont la nation a besoin.
     
    Les cinq mercenaires firent alors leur entrée dans la salle du trône. Miku avait déjà dégainé son katana. Les soldats avaient à peine eu le temps de passer la porte que la guerrière faisait déjà parler sa vitesse, les éliminant un par un avec une facilité déconcertante.
     
    - Je dois avouer… Vous faites preuve d’une grande agilité.
    - Contrairement à beaucoup, j’ai dû prouver plusieurs fois que je méritais ma place. Alors que vous vous reposiez allègrement, je continuais mon entraînement. Je ne vous crains plus désormais.
    - Quelle présomption !
     
    Miku restait concentrée,  levant son sabre vers ses ennemis, à moitié plongée dans sa réflexion.
     
    - Il y a toutefois quelque chose que je ne comprends pas… Pourquoi avoir engagé des mercenaires ? Vous pourriez très bien prendre le pouvoir seuls, Minato et vous, maintenant que mon père n’est plus là.
     
    Big Al baissa la tête.
     
    - A moins que… réfléchit la guerrière. « Je vois… »
    - Je pense que tu comprends maintenant, tu es bien plus maligne que tu en as l’air ! rétorqua Al sur un ton dédaigneux. « Je ne peux pas garantir que tous les soldats me suivent. Le seul moyen de garantir ma réussite est d’engager des mercenaires. Eux ne sont motivés que par l’argent. Une fois que j’aurai instauré la terreur, je pourrai prendre le pouvoir dans l’armée. »
    - Vous craignez même vos subordonnées. Mon père avait raison, vous auriez fait un commandant exécrable !
    - Trêve de bavardages ! D’autres troupes ne vont pas tarder à arriver. C’est terminé pour vous. Le trône de Kuni est à moi, hurla Al.
     
    Minato fit preuve d’un moment d’égarement, si bien que Luka parvint à se défaire de son étreinte, et à se mettre à l’abri. Miku se retrouvait donc face à face avec les deux renégats.
     
    - Je peux m’occuper seul d’elle, lança Minato.
    - Allez-y donc, commandant !
    - Je vous attends, fit Miku.
     
    S’en suivit alors une lutte de haute volée. La réputation de Minato n’était en effet pas usurpée. Cependant, on pouvait voir dans ses techniques de combat que le guerrier prenait son adversaire à la légère. Une faible femme comme Miku ne pouvait en aucun cas rivaliser avec lui, pensait-il.
     
    Miku profita de la situation. Elle avait rapidement observé les énormes latences que laissait Minato dans sa garde. Ainsi pouvait-elle lui asséner quelques coups aux bras et aux jambes.
     
    - Battez-vous sérieusement, Minato. Sinon, c’est la fin pour vous, lui prévint la fille.
     
    Le commandant relança alors plusieurs attaques, beaucoup plus sérieuses cette fois. Mais sa vanité avait déjà causé sa perte. Les légères blessures que lui avait infligées Miku se montraient rédhibitoires pour la suite du combat. Sans mal, la jeune femme parvint à lui lancer un coup de katana directement dans les jambes, annihilant ses mouvements, et le laissant gésir sur le sol. Son sang coulait abondamment. Il n’en avait plus pour longtemps.
     
    - Perdre par manque de respect pour son adversaire. Définitivement, vous êtes pathétiques, maugréa Miku en guise de phrase d’adieu.
     
    Elle s’avança alors vers Big Al. L’homme avait déjà retiré son sabre de son fourreau. Depuis longtemps, il avait compris l’issue du combat précédent.
     
    - Ça ne sera pas aussi simple. Je ne suis pas comme Minato.
    - Je sais…
     
    Miku se lança la première vers son adversaire pour la première attaque. Al para celle-ci avec la lame de son sabre. Les bruits scintillants des katanas résonnaient à travers tout le château. Luka observait la lutte, priant pour la victoire de son amie. Mais, dans un premier temps, le traître parvint à atteindre le bras droit de Miku, qui lâcha son sabre.
     
    - Ton bras droit est inutilisable. Tu ne peux plus m’attaquer… Il s’avança vers elle d’un air menaçant. « C’est terminé ! »
    - Que tu crois…
     
    D’un geste extrêmement rapide, Miku s’empara de son arme de la main gauche.
     
    - Tu es ambidextre ?!
    - C’est le résultat de mes longues heures d’entraînement… Mais, vous ne pouvez pas comprendre… La sensation de la sueur qui coule le long de votre front doit être bien lointaine, non ?
     
    Le combat reprenait. Miku éprouvait toutefois des difficultés à se battre à un seul bras. Elle prit plusieurs instants pour régler son équilibre. Pendant ce temps, les attaques de Big Al ne diminuaient pas. L’idée de prendre définitivement le dessus et le pouvoir motivait encore davantage le traître. Mais l’espoir de Miku ne désemplit pas. D’un coup de jambe, elle arriva à atteindre la main droite d’Al. Celui-ci fut déséquilibré. Miku ne réfléchit pas plus loin et lui planta son sabre en plein cœur, par l’ouverture qui s’était créée.
     
    Big Al cracha une large quantité de sang par la bouche, et s’écroula, inanimé, aux côtés de Minato, dont le souffle de vie avait déjà disparu.
     
    Alors que Miku reprenait son souffle en observant les corps meurtris de ses ennemis, tentant de récupérer son calme, Luka s’approcha de son amie et la serra fortement dans ses bras.
     
    - Merci, Miku…
     
    Peu après, de nouvelles troupes de mercenaires fit irruption dans le Palais, décimant les gardes en service. On pouvait en dénombrer une centaine, tout du moins. Big Al avait certainement prévu de les faire arriver par vagues successives, et prendre le contrôle du Palais, puis de la capitale petit à petit. Les hommes pénétrèrent dans la salle du trône et observèrent directement le cadavre de leur employeur à même le sol. Miku n’eut même pas besoin de les éconduire. Les guerriers masqués repartirent aussi vite qu’ils furent venus, faisant définitivement une croix sur leur généreuse rémunération.
     
    Luka et Miku restèrent immobiles en face du trône de Kuni, et se prirent dans les bras.
     
    - Ma Reine, il ne sera pas simple de garder votre place… Il vous faut pour cela un commandant d’armée loyal et efficace, déclara la jeune fille aux couettes.
    - Je pense l’avoir déjà trouvé, répondit la Reine en fixant son amie d’un regard significatif.
     
    ***
     
    La nouvelle de la trahison des deux anciens lieutenants de Mikuo avait rapidement fait le tour de la capitale et des soldats de la Garde royale. Quelques jours plus tard, Luka fit une déclaration devant toutes les armées et nomma Miku nouvelle commandante de la Garde. Ses exploits et ses combats contre Al et Minato avaient déjà fait le tour de toutes les recrues. Désormais, son autorité était inébranlable, y compris parmi la population civile.
     
    Juste après sa nomination, Miku prit possession de son nouveau bureau dans lequel trônait encore une vieille photo de son père, accompagné du l’ancien Roi de Kuni.
     
    La jeune commandante versa alors quelques larmes.
     
    - J’ai réussi, Papa…
     

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    « Réponse #43 le: 24 septembre 2017, 14:30:09 »
    Bonjour à tous !

    Je reprends la publication de la fiction avec le début de la deuxième partie, et le chapitre 23 !

    Bonne lecture !

    Je ne l'avais pas encore publié ici, mais le 6 septembre, un chapitre est aussi sorti pour célébrer l'anniversaire des jumeaux Genshine Kyuu et Roku, créés par Hakuro-Kaoru^^ : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/09/sekai-hors-serie-joyeux-anniversaire-kyuu-et-roku.html

    Bonne lecture

    Spoiler
    Chapitre 23 : Le début du voyage

    Le bateau voguait tranquillement dans les eaux de la mer qui séparait l’île de Kuni de l’archipel de Seisui. Hormis le capitaine de l’embarcation qui hurlait de temps à autres ses instructions à ses quelques matelots, l’ambiance était relativement lourde et pesante.
     
    Alys était assise aux côtés de Shirosaki Yuudai et veillait sur lui. Le garçon avait plutôt bien récupéré de sa blessure, même s’il se sentait encore un peu faible, et observait souvent l’ancien emplacement de son bras et se retournait vers la jeune femme, l’air désemparé. Il devrait s’habituer à ce changement. 
     
    Rin et Len observait l’horizon. En temps normal, les jumeaux se seraient ébahis devant la grandeur de l’océan et auraient manifesté bruyamment leur joie. Cependant, ils sentaient que l’heure ne s’y prêtait pas. De plus, les récents événements les avaient calmés. Les Kagamine étaient donc partagés entre la vision de ce monde magnifique et la menace à laquelle celui-ci devait faire face.
     
    Miku avait pris la direction des opérations, toujours bien installée dans son rôle de commandante. Elle s’entretenait souvent avec le capitaine, et réfléchissait déjà à la stratégie à adopter, surtout dans le cadre de cette visite impromptue en pays étranger. Bien que Seisui fusse un pays ami, les fuyards avaient désormais le statut d’exilés, et personne ne pouvait deviner l’attitude de l’archipel vis-à-vis du nouveau pouvoir en place à Kuni. La guerrière préféra donc opter pour la discrétion dans un premier temps.
     
    A l’autre bout du bateau, Luka rejoignit Gumi. La lieutenante n’avait pas pipé mot depuis le départ de l’embarcation, encore sous le choc de l’arrestation de son amant. Le fait même que cette relation soit interdite par les préceptes de la Garde royale était passé au second plan. La Reine, elle, était désespérée, mais tentait de faire bonne figure. Son rôle exigeait qu’elle ne montre aucune faiblesse. Et pour l’instant, elle n’y était pas franchement parvenue. Elle s’approcha doucement de la dame aux cheveux verts:
     
    - Gumi…
     
    Son interlocutrice n’y prêta même pas attention. Luka réitéra son appel.
     
    - Si tu veux me parler, n’hésite pas… Oublie mon statut…
    - Je vous ai déjà dit tout ce que j’avais à dire, ma Reine.
    - Justement, laisse-moi répondre
    - Qu’est-ce que vous allez dire ? Que vous aviez honte de vos origines ? Honnêtement, je me fous complètement que vous êtes une Magicienne. Tout ce que je vois, c’est que le pays était en danger, en partie à cause de votre silence…
    - Gumi, hurla Miku, tentant de mettre fin à ce semblant de procès.
    - Non Miku, laisse-là, ordonna Luka. « Oui, je craignais la réaction des citoyens. Tu sais à quel point les Mages sont discriminés dans tout Sekai, depuis la Guerre. Si j’avais joué franc jeu, le pays n’aurait plus de souverain.
    - Au moment où le pays était en danger, et que vous aviez le pouvoir d’agir, vous n’avez rien fait, continua Gumi. « Résultat: Kuni est aux mains d’un malade, et Yuma est prisonnier. » Elle tenta de dissimuler ses accès de rage, avec difficulté.
    - Mais… hésita Luka, peinant à trouver justification.
     
    Les Kagamine avaient observé la scène de loin. Voyant que cela s’envenimait, Rin agit:
     
    - Mais pourquoi ne rien avoir dit plus tôt, ma Reine. Sans vous juger, j’essaie de comprendre, demanda la jeune fille.
    - C’est long à expliquer…
    - Justement, on a tout notre temps.
     
    Luka profita alors de ce moment pour révéler une partie de son passé. Elle rappela aux jumeaux, novices, les discriminations auxquelles devaient faire face la Guilde des Magiciens. Puis elle ôta le voile sur ses origines familiales. Elle était bien la fille de l’ancien Roi de Kuni, son sang magique provenait de sa mère, Sadame. Elle ne l’avait que peu connue. Concernant la rencontre entre le Roi Luki et sa mère, Luka ne connaissait que la version racontée par son père dans son enfance.
     
    Le Roi était un grand voyageur. Si bien qu’il pouvait parfois passer plusieurs mois hors de Kuni, en gérant le pays depuis l’étranger. Durant l’un de ses voyages, il s’était alors entiché d’une jeune femme, rencontrée dans l’un des petits villages de l’île Tokai. Sa première femme venait de mourir de maladie, et cette rencontre lui avait permis de remonter la pente. Luki ne s’était même pas présenté à elle en tant que Roi de Kuni, il avait dès lors apprécié sa bienveillance à son égard. Pour une fois, quelqu’un avait oublié son statut. Quelques temps plus tard, il rapatria Sadame dans le Palais Royal, et la demanda en mariage. C’est alors qu’elle lui révéla son secret, et son lien avec la Guide des Magiciens. Les règles des Mages étant très strictes : en cas de mariage avec un non Mage, le membre concerné devait quitter la Guilde.
     
    - Ouah, c’est dur, s’exprima Len, qui cassa un peu ce moment solennel. Tout le groupe s’était alors rassemblé vers Luka qui continuait son histoire.
     
    Sadame avait alors accepté de quitter la Guilde, par amour réciproque pour le Roi Luki. Mais il subsistait un problème. Elle avait un enfant issu d’un premier mariage. La dame avait bien demandé de l’emmener avec elle, pour qu’il soit élevé au Palais Royal (ce que le Roi avait accepté, par ailleurs), mais le maître de la Guilde refusa. Selon les propos du Roi rapportés par Luka, le maître, Utatane Piko, ne voulait pas voir deux membres quitter la Guilde en même temps. L’enfant fut donc séparé de force de sa mère. Son nom était Owari.
     
    - Cet Owari, c’est Fukase, demanda Miku pour s’en assurer.
    - Oui… Je ne sais pas pourquoi il a changé son nom. D’ailleurs, ma mère ne l’avait quasiment plus jamais revu. Je ne l’ai rencontré que quelques fois en cachette avec ma mère, alors qu’il était entouré par les gardes de la Guilde.
    - Mais pourquoi est-il devenu un tel psychopathe ? s’interrogea Alys.
    - Il s’est toujours senti abandonné, et a blâmé le monde pour cela, répondit Luka. « Je pense que la prise de Kuni est la première étape de son plan. Pour moi, il ne va pas s’arrêter là. C’est pourquoi nous devons agir. »
     
    Len intervint également dans la conversation.
     
    - Mais comment Fukase a-t-il pu arriver dans notre monde, à Rin et à moi, s’il est originaire d’ici ?
    - Je vous ai dit tout ce que je savais, rétorqua Luka. « Je ne sais pas ce qu’il est advenu de lui par après… »
     
    La conversation avait permis d’éclaircir un peu plus les origines du conflit naissant, à défaut d’avoir aplani l’ambiance. Des heures sombres s’annonçaient encore à l’horizon pour le petit groupe, ils en étaient conscients. Mais ils restaient pieds et poings liés tant qu’ils n’étaient pas arrivés à Seisui.
     
    ***
     
    À Kyôu, Fukase avait déjà fait le tour de tout le Palais Royal, sous l’œil désabusé des servants et des employés, qui n’avaient pas osé réagir. Plusieurs membres de son armée avaient également investi les lieux, ce qui accentuait encore plus cette aura de terreur. Leora le suivait comme son ombre, toujours à sa droite, alors que son employeur arborait un sourire malsain.
     
    - Ah, quel plaisir d’apprécier cette victoire, lança Fukase.
     
    Ils retournèrent ensuite tous les deux vers la salle du trône, où l’homme aux cheveux rouges s’installa fièrement sur le siège luxueux. La mercenaire se trouvait devant lui.
     
    - Patron, que devons-nous faire maintenant ?
    - Ah, Leora, je reconnais bien là ta fougue. Sache que nous n’avons réussi que la première phase de mon plan. Nous pouvons maintenant passer à la phase deux.
    - Que voulez-vous dire ?
    - J’ai pris le pouvoir. Je dois maintenant écraser toutes les rebellions. La première chose est de s’emparer une bonne fois de la Garde royale. Certaines personnes pourraient encore être loyales à Luka. Je dois y placer une personne de confiance.
    - A qui avez-vous pensé ?
     
    Fukase descendit du trône, toujours le sourire aux lèvres. Il s’approcha doucement de Leora, jusqu’à se trouver à quelques centimètres de son visage.
     
    - Ça me paraît évident, Madame la Commandante.
     
    Immédiatement, les deux renégats s’embrassèrent langoureusement. Leora poussa le nouveau chef du pays vers le siège royal, sans détacher ses lèvres de sa bouche. Fukase tomba sur le trône, alors que la mercenaire dirigea doucement sa main gauche vers l’entre-jambe de l’homme. Leurs respirations respectives se faisaient de plus en plus fortes. Par la suite, Leora emmena Fukase vers la table de réunion, où celui-ci s’allongea. La guerrière retira donc sa tunique, sous l’œil attentif et heureux de son nouvel amant. Doucement, elle monta sur la table et se mit à ramper lentement vers lui. Puis, leurs ébats continuèrent dans le plus grand silence. Pas une âme qui vive dans les environs. Seuls quelques bruits discrets s’échappaient de la salle du trône.
     
    ***

    Le village d’Uchi demeurait relativement calme, même à la suite de sa prise par Fukase. Le trentenaire avait en effet emmené avec lui la quasi-totalité de son armée pour envahir la capitale. Dans l’esprit de l’homme aux cheveux rouges, Uchi n’était qu’une étape. Il aurait très bien pu prendre un autre village pour prouver sa supériorité. Mais Leora avait tellement l’air insistante que son choix s’était finalement porté sur ce hameau côtier.
     
    Les stigmates de la bataille étaient encore visibles, bien que les habitants aient essayé tant bien que mal de reprendre le cours de leurs vies. Ainsi, si quelques gardes de l’armée d’Owari étaient encore présents, les seuls autres signes de la guerre récente étaient les quelques murs restants tachés de sang. La population, elle, continuait ses occupations habituelles, sans pour autant oublier que leur pays était lancé dans un conflit armé, et que leur village était occupé. Cette sensation régnait en filigrane au-dessus du village. Les habitants n’y faisaient pas spécialement allusion, mais on pouvait sentir une sorte de méfiance, de temps à autres.
     
    Des jumeaux à la tenue blanche marchaient lentement en plein milieu de la rue principale, main dans la main, alors que le soleil se couchait. Ils venaient à peine de sortir d’une petite fête surprise, et cela les avait requinqués. Ils étaient dès à présent prêts à relever les défis qui se dresseraient devant eux.
     
    Roku emmena son frère vers le forum du village, près de la tour de l’ancien chef Oji. A cet endroit, ils s’installèrent tranquillement sur un banc en bois rouge. Le cadet déploya sa carte de Sekai et observa quelques instants son aîné. Kyuu analysait chaque recoin du plan. Il n’était pas le plus futé en stratégie, mais il sentait que c’était le bon moment pour faire preuve d’attention et d’efforts.
     
    - Bon, d’après moi, ils se dirigent vers l’archipel Seisui, commença Roku en abordant directement le sujet. « S’ils ont pris le bateau ici, c’est leur destination la plus probable, sinon je pense qu’ils seraient partis d’un autre endroit ? »
    - Mais pourquoi partir spécifiquement là-bas ? demanda Kyuu.
    - Ils doivent avoir leurs raisons. Peut-être s’agit-il d’un pays ami ? Je ne connais pas assez les relations entre eux.
     
    Kyuu acquiesça. Il est vrai que les jumeaux n’avaient pas eu de temps à perdre avec la géopolitique de ce monde inconnu pour eux.
     
    - Qu’est-ce qu’on fait alors ? On se décide à partir à Seisui ? interrogea l’aîné.
    - Est-ce qu’on a un autre choix ? On ne peut pas lutter à deux contre Fukase… Et puis, j’ai envie de revoir ces jumeaux… Les réactions de Rin et Len durant leur dernier affrontement avaient largement pesé dans la décision des frères Genshine de s’éloigner de leur tuteur.
    - Mais, c’est un archipel ! Sais-tu au moins sur quelle île ils vont débarquer ? poursuivi Kyuu.
    - Je pense qu’on ne prend pas trop de risques en se disant qu’ils partent vers la capitale. Le plus jeune pointa la carte de l’index. « Regarde ! La capitale de Seisui est Kabegami. Leur Palais Royal doit certainement se trouver là. Je pense que le premier réflexe de Luka sera de chercher refuge chez quelqu’un comme elle. Il me paraît logique de demander asile chez le Roi du pays, quand on a son statut…
     
    Une fois de plus, l’aîné fut époustouflé par l’analyse et le sang-froid de son frère. Même en tentant de se concentrer un peu plus, il ne parviendrait jamais à atteindre son niveau.
     
    Les jumeaux prirent alors la direction du port d’Uchi. Celui-ci était un simple port de pêche, par conséquent sa taille était relativement petite. Ainsi, il était facile de s’y orienter. Kyuu et Roku voyagèrent entre les quais, auxquels étaient attachées diverses embarcations, allant de la simple barque au bateau plus imposant. Ils s’arrêtèrent finalement sur un bateau de moyenne taille. Des marchands sans doute, au vu des diverses caisses que transportait l’un des matelots.
     
    Kyuu interrompit alors le jeune homme en plein travail :
     
    - Excusez-moi. Mais où allez-vous comme ça ?
     
    Le garçon regarda les jumeaux d’un air circonspect. Il portait un petit chapeau blanc, sous lequel il dissimulait sa calvitie naissante. L’homme était habillé d’une simple chemise bleue et d’un pantalon beige. Kyuu n’avait pas l’habitude de s’adresser aux inconnus de cette façon, il avait donc pu se montrer trop direct.
     
    - Euh, nous retournons vers Seisui. Nous aurions dû livrer toute cette cargaison, mais l’acheteur est décédé pendant la récente bataille. Du coup, nous repartons.
     
    Les Genshine baissèrent la tête. Cette remarque leur rappelait qu’ils avaient participé à cette tuerie. Bien sûr, ils s’étaient trouvés là contre leur gré, et n’avaient aucunement cautionné les actes de leur ancien mentor. Pourtant, ils ne purent pas s’empêcher de ressentir une certaine culpabilité. Ils auraient peut-être dû parler à Fukase, ou alors le quitter plus tôt. Cela aurait pu le faire réagir. Les pensées néfastes se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.
     
    Roku chassa tant bien que mal ces mauvaises réflexions, et rétorqua :
     
    - Est-ce qu’on peut vous être utile ? Nous cherchons à rallier l’archipel… Si vous voulez, nous pouvons vous aider…
    - Je vais chercher le capitaine…
     
    Quelques minutes plus tard, le capitaine du bateau se montra. C’était un homme de grande taille, mesurant près de deux mètres. Il était habillé richement, bien que ses vêtements fussent adaptés au voyage. Il portait également un longue barbe grisonnante. Un véritable air de pirate !   
     
    - Que voulez-vous ?
     
    Roku prit la parole, et tint environ le même discours que celui qu’il avait prononcé quelques minutes auparavant.
     
    - Je n’ai pas besoin de matelots supplémentaires ! Toutefois, si vous pouvez payer votre voyage, vous ne serez pas de trop…
     
    Roku fit la grimace en entendant la proposition du capitaine. Celui-ci ne perdait pas le nord ! Tout profit était bienvenu. Pourtant, le cadet devait bien avouer que les jumeaux étaient quelque peu en manque de liquidités.
     
    - C’est d’accord ! lança Kyuu. « Est-ce que ceci sera suffisant ? », compléta-t-il en jetant un petit sac d’argent qui atterrit  directement aux pieds du géant.
     
    Roku observa son frère, étonné.
     
    - Mais où as-tu trouvé tout cet argent, Kyuu ?
    - On va dire que Fukase n’est pas le plus attentif des hommes. Et que je suis assez habile… ricana-t-il.
     
    Le cadet sourit alors légèrement, quoiqu’un peu embêté.
     
    - C’est parfait ! Bienvenue à bord ! hurla le capitaine.
     
    Kyuu et Roku embarquèrent donc sur le bateau. Ils saluèrent silencieusement l’équipage, et s’assirent dans un coin, préférant rester discrets.
     
    Quelques dizaines de minutes plus tard, le bateau levait l’ancre. Les Genshine observèrent alors le littoral de l’île de Kuni, non sans ressasser quelques souvenirs.
     
    - Est-ce que nous sommes des traitres ? murmura Roku, le regard interrogateur.
    - Non, pour la première fois, nous faisons ce que nous voulons, répondit Kyuu. « Et nous faisons quelque chose de juste. »
     
    ***
     

    La traversée de la mer avait duré plusieurs heures. Rin et Len commençaient à se fatiguer. Si la vue de la côte de l’île Kuni avait quelque chose de reposant, seule l’eau s’était étendue à perte de vue durant le reste du voyage. Ainsi, les jumeaux étaient sagement restés assis sur le bateau, pratiquant parfois certains jeux privés, incompréhensibles du reste de l’équipage. Ces jeux n’étaient que leur pure invention, pendant toutes ses années où les deux frères et sœurs étaient restés seuls dans la rue.
     
    Alys était également venue s’entretenir avec eux. Le rôle des jumeaux au sein de cet état-major de Kuni exilé restait très peu clair. Ils pouvaient toujours être utiles, et étaient toujours en mesure de donner quelques informations cruciales aux éventuels alliés de la Reine Luka. Pis, la jeune fille à la tresse se préoccupait aussi des informations qu’ils avaient glanées dans la bibliothèque de Kyôu. La barrière magique de l’île Maho n’étant pas éternelle, la Guilde des Mages pouvait débarquer à tout moment. La Koryuiste avait essayé d’en parler à la Reine Luka, mais celle-ci était encore bien trop occupée par son exil. Alys se tourna donc vers Rin et Len pour vider son sac.
     
    - Cette barrière. On devrait prendre ça en compte non ?
    - C’est sûr… Mais la Reine doit bien avoir une idée de ce que l’on doit faire… analysa Rin. « C’est une Magicienne, ça change tout… ». La jeune fille observa que les autres passagers se trouvaient hors distance d’écoute pour prononcer sa phrase.
    - Oui… Justement, je pense qu’on ne sait pas encore tout à ce sujet. Ce Fukase doit avoir plus d’un tour dans son sac…, compléta Alys.
    - De quoi vous parlez ? interrompit Miku qui surgit de l’ombre.
     
    « Comment elle a fait ça ? » pensa Rin. Elle ne l’avait même pas remarquée. Len prenait, quant à lui, une expression de surprise.
     
    Alys raconta donc toute l’histoire à la patronne. Ce qu’ils avaient trouvé dans l’un des livres de la bibliothèque, le sacrifice de son père, la barrière, etc. Miku écoutait tout cela bien attentivement. On pouvait la voir de temps à autres lever la tête vers le ciel, comme si elle réfléchissait à la bonne stratégie à adopter. Après quelques minutes, elle appela la Reine Luka, ainsi que Gumi à ses côtés. Une petite réunion d’urgence s’imposait.
     
    - Bon, voyons, nous devons demander l’asile à Seisui, puis tenter de reprendre le contrôle de notre pays, commença Miku. « Et puis, il y a cette histoire de barrière. Nous devrons potentiellement faire face à deux menaces simultanées. »
    - Et comment deviner les actions de Fukase ? compléta Rin.
    - Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda Alys.
    - Ben, c’est un Magicien. On peut penser qu’il essayera de reprendre contact avec les siens. Dans ce cas, on pourrait avoir un sacré problème.
     
    Luka observait tous les intervenants silencieusement. Cette attitude taiseuse continuait d’ailleurs à agacer Gumi. Malgré tout le respect qu’elle avait pour le rang royal de Luka, son comportement de laisser-aller les avaient en partie tous mis dans cette situation.
     
    - Ma Reine, qu’est-ce que vous en pensez ? lança-t-elle plus ou moins poliment à Luka. « C’est vous qui le connaissez le plus… Donc c’est vous qui êtes le plus à même de deviner sa stratégie… »
     
    La souveraine observait la lieutenante. Elle ne pouvait pas contredire un tel raisonnement. Néanmoins, elle devait se rendre à l’évidence, elle ne connaissait que très peu son demi-frère.
     
    - Je ne sais pas… Il est assez imprévisible….  murmura-t-elle.
    - Est-ce qu’il pourrait faire alliance avec la Guilde des Mages ? Shirosaki intervint soudainement dans la conversation, toujours assis sur le bord du bateau.
    - Il n’a pas dû les voir depuis un moment, vu qu’il se trouvait dans notre monde, compléta Len.
    - Ça se tient… rétorqua Miku. « Mais, dans l’absolu, on pourrait faire face à deux menaces. »
     
    La patronne prit quelques instants pour réfléchir.
     
    - Nous n’avons pas le choix. Il va falloir nouer des alliances. Miku observa Luka fixement. « Ce sera à vous de jouer, ma Reine. Il va vous falloir être persuasive. »
     
    La Reine se montra quelque peu surprise par la tournure de la réunion. Son visage était tout de même marqué par une expression de détermination. Elle se devait de sauver son pays. Le destin de Kuni, voir de tout Sekai se trouvait entre ses mains et celles de ses amis.
     
    Le groupe se dispersa sur tout le bateau. Rin et Len se parlèrent encore quelques secondes.
     
    - Tu penses qu’on pourra bientôt rentrer chez nous ? interrogea le garçon.
    - Je ne sais pas… En tout cas, si on lutte contre Fukase, on devrait trouver un moyen… Il vient bien de notre monde, il doit avoir une sorte de portail ou un autre moyen pour voyager.
    - Sinon, il faut avouer que ce n’est pas si mal ici… lança Len en jetant un regard rapide vers Alys et Shirosaki. « On peut encore rester quelques temps ».
     
    Rin fixa Len dans les yeux et lui prit délicatement la main droite. Les deux jumeaux fixèrent alors l’avant du bateau, qui arrivait en vue de l’archipel Seisui.
     
    Plus loin, Luka et Miku se trouvaient encore en plein entretien. La fille aux couettes turquoise prenait désormais son rôle de conseillère très à cœur. La Reine n’avait encore jamais dû faire face à pareille crise. Comme Miku était dotée d’un caractère plus dur que celui de la souveraine, elle devait se montrer solide, et l’aider du mieux possible.
     
    - Bon, il va falloir se montrer prudent. Surtout que nous arrivons à l’improviste. Luka, Seisui est un pays ami, donc nous bénéficierions certainement d’un bon accueil. Mais profitez de cette occasion pour négocier au mieux une alliance guerrière.
    - D’accord… répondit simplement Luka.
    - Aussi, je sais que le Roi de Seisui vient de mourir. Sa fille doit bientôt prendre sa place. L’avantage, c’est qu’elle est assez jeune, on pourrait jouer là-dessus. Mais elle n’est peut-être pas du même avis que son père en ce qui concerne les alliances. Il faudra rester attentif.
    - Comment s’appelle-t-elle, cette nouvelle Reine ?
    - IA…
    ***