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    Auteur Sujet: Jyôka se met à écrire !  (Lu 2699 fois)

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    Hors ligne Hakuro-Kaoru

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #15 le: 09 septembre 2016, 18:23:49 »
    Je viens donner mon avis ^^
    Spoiler
    En fait, je me disais qu'il n'était pas si nécessaire que ça de poster les deux en même temps. C'est vrai que l'action est un peu coupée, mais d'un autre côté, ça met du suspens entre les chapitres x) Enfin voilà, je voulais juste donner mon avis à ce sujet mais c'est ta fiction, tu gères la publication de tes chapitres comme tu veux.
    Je trouve ça marrant la reine qui s'incruste au voyage x) En soi, je comprends ses raisons, même si je comprends aussi que ça n'arrange pas Miku et les autres :p
    J'ai bien aimé aussi le petit passage où Gumi semble plus gentille, et puis finalement ça n'a pas duré longtemps :p Je l'apprécie de plus en plus, j'aurais dû la mettre plus haut dans le classement.
    Quel boulet Yohio, mes jumeaux font tout ça pour le sauver et il arrive encore à se faire assommer XD Mes doigts me démangeaient n'empêche pendant l'interrogatoire. Je comprends que Kyuu et Roku ne l'apprécient pas, mais d'un côté moi ça va, il tient bien son rôle dans la fiction quoi ;)
    Je suis curieuse de voir comment Fukase va réagir...
    Ouiii, l'arrivée de Leora à la fin ^^ Ca promet une belle rencontre avec ALYS ;)
    Voilà, j'ai dit un peu tout ce qui me passait par la tête :p Bonne chance pour la suite !
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    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #16 le: 11 septembre 2016, 20:43:03 »
    Spoiler
    Merci pour ton avis !  ;) ;)

    Ben, en fait, pour la sortie des deux chapitres en même temps, c'est parce que j'ai toujours le même problème, je ne sais pas gérer ce que j'écris justement  :hh: Ici, je voulais tout mettre dans le chapitre 8, sauf que ça aurait été très long, du coup... Donc, j'ai préféré scinder, mais j'aurai peut-être pu sortir le 8 une fois fini... (en tout cas, c'est bon à savoir pour la suite^^)

    Ah, Gumi, je m'amuse bien à l'écrire ^^ D'un côté, elle sait qu'elle a un sale caractère mais elle ne peut pas s'en empêcher haha (et puis, je pense que j'aime écrire les personnages un peu "associaux"... En plus, J'ai trouvé une story-line qui me plaît bien avec elle...) Et la scène de l'interrogatoire, je l'ai écrite super vite en plus, c'est mon côté sadique^^'

    Arigatô gozaimasu pour ton avis !

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #17 le: 11 septembre 2016, 20:53:13 »
    Citer
    c'est mon côté sadique
    *commence à lire toute la fanfic*
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    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #18 le: 25 septembre 2016, 17:30:47 »
    Eeeeet, le chapitre 10 est sorti !

    Spoiler
    Chapitre 10 : Révélations

    Après une journée bien agitée à Furisato, le retour à la capitale s'était plutôt bien déroulé. Le voyage s'était passé sans encombre, comme l'aller en somme, Miku ayant préféré faire bande à part et s'était lancée à cheval chargée du corps inconscient de Yohio. En effet, cet homme lui avait déjà joué assez de mauvais tours pour qu'elle puisse se permettre de prendre davantage de risques inconsidérés. Le reste du groupe, composé des deux lieutenants, Gumi et Yuma, de leurs deux disciples Rin et Len, mais aussi d'Alys et de la Reine Luka s'étaient serrés dans la diligence. L'ambiance était extrêmement calme, à cause des récents événements. La souveraine s'était juste permise de remercier et de féliciter les jumeaux pour leur mission d'escorte réussie lors de l'attaque des Genshine. Toutefois, aucune allusion au récent interrogatoire de Yohio ne sortit de la bouche d'un des protagonistes.

    Rin et Len s'observaient à intervalles réguliers. Ils avaient bien compris que l'allusion du prisonnier lors de son entretien forcé avec la commandante ne resterait pas sans conséquence. Le moment était peut-être venu de révéler la vérité sur leurs origines. Bien sûr, aussi bien le frère que la sœur savaient que ce moment arriverait, et que leurs divers subterfuges ne dureraient pas bien longtemps, mais ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils doivent tout révéler dans de telles conditions. En outre, ils n'étaient pas certains que Miku allait tout accepter. Cela restait tout de même une histoire de fous. Quoi qu'il en soit, ils ne pouvaient rien faire à cet instant, si ce n'était attendre leur probable futur entretien avec la patronne de la Garde. De son côté, Alys observait l'horizon à travers la fenêtre de la carriole, en silence. Sa situation n'était finalement pas meilleure que celle des Kagamine, puisqu'elle allait aussi devoir s'expliquer sur ses récents exploits. Même si les adeptes du Koryu se faisaient désormais rares, nul doute que Miku s'empresserait de demander l'aide de la jeune femme à la tresse. Elle qui s'était jurée de ne pas tomber dans les mêmes travers que son père autrefois, prenait également le même chemin.

    Le convoi pénétra à l'aube dans le quartier noble de la ville de Kyôu. La nuit en diligence avait été difficile, bien que tout le monde put s'assoupir, du fait de la fatigue accumulée. Miku descendit de son cheval, et s'empara de Yohio, qui était éveillé et fortement ligoté. Elle se dirigea ensuite vers la diligence, de laquelle sortirent tous les autres. Par la suite, la commandante donna ses instructions. Gumi et Yuma furent priés de conduire les jumeaux et Alys dans leur chambre, et d'attendre son retour, alors qu'elle irait déposer elle-même Yohio à la prison de Kyôu. La Reine Luka, quant à elle, se dirigea vers sa servante Meiko qui l'attendait à l'entrée du Palais Royal. Directement, elle lui donna un ordre: elle demanda de rapatrier les trois chefs de village restants dans la capitale, d'abord par mesure de sécurité, mais aussi pour une réunion spéciale. La servante retourna donc immédiatement à son bureau pour envoyer des corbeaux aux villages qui n'avaient pas encore été attaqués.

    Luka rejoignit ensuite Miku et lui demanda de lui parler quelques instants en privé. La patronne confia donc Yohio quelques instants à Gumi, et les deux femmes s'éclipsèrent.

    -   Que voulez-vous, ma Reine, demanda poliment Miku.
    -   L'heure est grave ! Je veux que tu me donnes toutes les informations que tu auras obtenues des jumeaux. Les allusions du prisonnier ont forcément un sens... Mais ne sois pas trop dure avec eux, je ne pense pas qu'ils soient mêlés à tout ça...
    -   Bien... Je pense que l'heure est venue pour eux de nous dire toute la vérité. Je viendrai vous faire mon rapport quand j'aurai terminé...
    -   Parfait, finit la souveraine.

    Tout le monde s'attela donc à la tâche qui lui était assignée, alors que Miku prit à pied le chemin de la prison, en compagnie de l'homme blond. Celle-ci était située à quelques centaines de mètres de la caserne de la Garde royale, un peu en dehors du quartier noble. Le but était d'allier la proximité des instances judiciaires du pays avec l'établissement, mais de ne pas gêner les habitants. Il s'agissait là de la plus grande prison du Royaume, qui abritait les criminels les plus dangereux. Un bon nombre d'entre eux avaient d'ailleurs été amenés là par Miku, Gumi ou Yuma lors de leurs missions. Cependant, la commandante devait bien avouer que se tenait à ses côtés son prisonnier le plus dangereux, ou tout du moins le plus énigmatique. Les deux personnes arrivèrent à l'entrée. Plusieurs gardes étaient postés le long des énormes murs en briques jaunes qui faisaient tout le tour du bâtiment. L'entrée était marquée par une énorme porte en fer, qui nécessitait plusieurs secondes à ouvrir, vu sa grandeur. Miku n'eût même pas besoin de prononcer un seul mot pour que la porte ne s'ouvre; la totalité des gardes connaissant son visage. Une fois à l'intérieur, elle se dirigea vers le bureau du directeur, Yohio étant toujours attaché et sonné à cause du coup d'Alys, même s’il était désormais éveillé.

    -   Bonjour Yamato, je t'apporte un nouveau pensionnaire !

    Le directeur, Ginsaki Yamato, était un homme d'une cinquantaine d'années, pourvu de cheveux gris et vêtu d'un costume argenté du plus bel effet. Son visage était toutefois marqué par les stigmates d'un passé tourmenté. Il s'était retrouvé en charge de la prison la plus importante de l'île et en était fort honoré. Il s'agissait en effet là d'un poste à responsabilités. Toutefois, il se trouvait loin du front militaire, qu'il avait fréquenté plusieurs décennies auparavant. Ce travail prenait des airs de retraite anticipée pour lui.

    -   Bonjour Miku, alors, qu'est-ce qu'il nous a fait celui-là ? lui rétorqua-t-il joyeusement.
    -   Justement, il faut que je t'en parle. Je voudrais que tu l'enfermes dans ta cellule la plus sécurisée. C'est important.

    Yamato approuva directement, et exhorta un de ses subalternes de mener Yohio vers le département sécurisé. Les deux haut-fonctionnaires restèrent donc dans le bureau de Ginsaki, et discutèrent quelques instants. La commandante insista sur le caractère extrêmement important de ce prisonnier, non sans lui avoir donné quelques informations sur l'enquête, mais pas plus que le strict nécessaire.

    Miku prit donc rapidement congé du directeur pour retrouver à la caserne de la Garde royale d'un pas décidé.

    -- ------------------------------------------ --

    Rin, Len et Alys avaient été raccompagnés dans leur chambre par les deux maîtres, Gumi et Yuma. L'ambiance était lourde; tous saisissaient parfaitement la gravité de la situation. Par chance, les deux sbires avaient fermé la porte, provoquant de ce fait une certaine intimité. Il était temps de mettre les choses au point. Mais par où commencer ? Rin commença par prendre la parole:

    -   Avec les insinuations de Yohio, on est bien dans la mouise !
    -   Ben, le moment que l'on redoutait arrivera plus tôt qu'on ne le pensait visiblement, répondit Len.
    -   Parce que tu comptais lui dire toute la vérité ? questionna sa sœur.
    -   Je m'étais fait à l'idée... De toute façon, ce petit jeu ne pouvait pas durer bien longtemps...
    -   Et qu'est-ce qu'on fait ?
    -   On lui dit tout, sans exception. C'est encore le meilleur moyen de s'en sortir... On vit une histoire de fous, là...

    Alys interrompit la conversation entre les jumeaux:

    -   Je pense que c'est la meilleure chose à faire en effet... D'un côté, Miku a appris à vous connaître, et vous avez passé quelques temps avec elle. Je pense que, vu ce qu'il s'est passé à Furisato, elle ne peut plus vous suspecter.

    Rin pensait que son amie comptait plutôt se rallier de son côté, d'où son expression d'étonnement. Toutefois, elle devait se mettre à l'évidence: leur analyse, à son frère et à elle, était plus que correcte. Leurs révélations pourraient même permettre à l'enquête d'avancer, et soulageraient les jumeaux d'un énorme poids. La décision était prise, et les Kagamine se mirent également d'accord pour annoncer tout cela à Miku ensemble. Il n'était plus question que Len assume tous les risques seul.

    Ce premier sujet évacué, il était temps de passer au second problème. Les jumeaux lancèrent donc un regard plein de questionnement vers Alys, en attendant qu'elle explique son exploit durant le combat contre Yohio.

    -   Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Comment tu fais ça? demanda Rin.

    Alys prit un temps de pause, assise sur son lit, et baissa la tête, comme par signe de honte.

    -   C'est ce qu'on appelle le Koryu. C'est une technique de combat au corps à corps, mêlé d'une sorte de magie. Je l'ai appris de mon père, qui était l'un des plus grands praticiens de cet art.

    Rin posa immédiatement sa question:

    -   Mais pourquoi l'avoir caché ? C'est plutôt une bonne chose !

    La jeune fille à la tresse répondit directement:

    -   Rin, si tout le monde pouvait penser comme toi... Le hic, c'est que toute sorte de magie est particulièrement mal perçue à Sekai depuis la Grande Guerre... Vous en avez déjà entendu parler. De ce fait, tous les magiciens du monde ont été expulsés vers une île, Maho... En ce qui concerne les adeptes du Koryu, il ne s'agit pas de la même magie, mais nous préférons vivre cachés, afin de ne pas nous attirer des problèmes. De plus, mon père est mort durant la Guerre, alors qu'il s'était mis au service de l'armée, je n'ai pas spécialement envie de vivre le même type de tourments que lui....

    Les Kagamine restèrent prostrés devant les informations d'Alys. Elle qui semblait pourtant si douce et si gentille, s'avérait être en fait une combattante redoutable. Comme pour rassurer, Len confia à son amie:

    -   Je pense que dans la situation actuelle, Miku n'en a strictement rien à faire que tu maîtrises le Koryu. Ça tombe, ça l'arrangera même, tu pourras nous aider, et combattre à nos côtés...
    -   C'est justement ce que j'essayais d'éviter... Les adeptes du Koryu sont mal vus dans l'armée. Je ne suis même pas certaine que Miku veuille de mon aide...

    Leur conversation fut brutalement interrompue par l'arrivée de Yuma et Gumi, qui conduisirent les trois amis vers le grand bureau de la commandante, pour leur entretien crucial.

    -- ------------------------------------- --

    Alys, Rin et Len entrèrent silencieusement dans la pièce constituant le bureau de Miku. Celui-ci était plutôt bien rangé: il était équipé de plusieurs étagères en bois, sur lesquelles reposaient divers livres militaires, ainsi que les distinctions de la commandante. Son bureau se situait au centre, dans le fond de la pièce. Il était fabriqué en marbre noir, et orné de quelques traces d'or. S'il ne possédait pas le faste de certains objets de la Reine, celui-ci témoignait néanmoins d'un certain luxe. Derrière le bureau se trouvaient, accrochées au mur, deux cartes, l'une représentant tout le monde de Sekai (que Rin et Len tentèrent d'analyser de façon très rapide, essayant de dénicher le plus d'informations possible), l'autre plan décrivant uniquement l'île de Kuni.

    Miku restait tranquillement assise sur son siège, derrière son office. Elle demanda calmement aux trois personnes de s'asseoir sur les chaises disposées face à elle, Gumi et Yuma étant restés en-dehors du local. La commandante posa ensuite ses coudes sur son bureau, et dévisagea les jumeaux et Alys pendant quelques secondes. Elle chercha par quoi commencer, quel sujet aborder en premier.

    Elle se décida finalement à commencer par Alys. Elle la regarda quelques secondes, en affichant un léger sourire:

    -   Le Koryu, hein?  fit-elle « Pourquoi ne pas m'en avoir informé avant ? »

    Alys baissa la tête en signe de dépit. Elle se doutait bien qu'après ses petits exploits, la commandante ne prendrait pas très longtemps à découvrir son secret.

    -   Vous connaissez le Koryu? demanda Alys.
    -   Je connais pratiquement toutes les formes de combat, même les plus ésotériques, au moins de nom, rétorqua Miku. « Je ferai un bien piètre commandante de la Garde Royale si ce n'était pas le cas. »

    Miku n'effectua aucune autre remarque. Les raisons qui poussaient la jeune femme à la tresse à cacher ses aptitudes étaient évidentes.

    Alys s'inquiéta directement:

    -   Qu'est-ce que vous allez faire de moi maintenant ?

    Le visage de Miku s'éclaira soudainement d'une expression radieuse.

    -   Moi, rien du tout ! Je ne fais pas partie de ces personnes qui cherchent à éliminer tout ce qui concerne la magie par tous les moyens... Et puis, ce ne serait pas juste de ma part de t'arrêter alors que tu viens de nous permettre d'arrêter un témoin crucial dans notre enquête...

    Alys poussa un soupir de soulagement.

    -   Mais, par contre, je vais devoir te demander de rester avec nous, reprit Miku. « Je sais que les pratiquants du Koryu se font assez rares aujourd'hui, et je n'ai pas envie de te laisser filer dans la nature, surtout au vu des circonstances. »
    -   Est-ce que je dois entrer dans la Garde? demanda Alys.
    -   Non... Tes capacités au combat ne sont pas adéquates pour entrer dans l'armée. J'aimerais juste que tu restes avec nous pour l'instant. Tu t'es déjà montrée très utile, et je suis certaine qu'il en sera de même dans le futur.
    -   D'accord... finit la jeune femme timidement.

    Puis, d'un coup, comme un éclair, Miku se tourna vers les jumeaux. Elle se doutait que les révélations de Yohio forceraient les Kagamine à parler. La patronne devait cependant trouver les bons mots, afin que cet entretien se déroule sous les meilleurs auspices.

    -   Bon, comme moi, vous avez entendu ce que le prisonnier a dit à Furisato. J'ai eu beau ruminer ces paroles durant tout le voyage, je ne parviens toujours pas à y voir clair, mais je pense que vous avez quelque chose à me dire, commença-t-elle en regardant les jumeaux d'un visage fermé et inexpressif.

    Rin et Len s'observèrent pendant un instant, comme pour déterminer qui allait commencer le discours le plus important depuis qu'ils étaient arrivés à Sekai. Tous les deux avaient bien compris qu'il n'était plus question maintenant de se démener à cacher la vérité, même si celle-ci allait être particulièrement difficile à avaler. Ils se tinrent tous les deux la main pour se donner du courage.

    Len débuta:

    -   Euh, comme Yohio l'a justement dit, nous avons un secret... Le fait est que... Nous ne venons pas d'ici...

    Devant la mine interrogative de Miku, Rin s'empressa d'enchaîner:

    -   Quand on vous dit que nous ne venons pas d'ici, c'est que nous venons d'assez loin, d'un autre monde. Nous avons été téléportés ici par accident, à cause d'une grosse machine qui faisaient des éclairs, et nous essayons de trouver un moyen de rentrer chez nous...

    Contre toute attente, la commandante n'exprima aucune émotion, se contentant simplement d'écouter le discours quelque peu décousu des jumeaux. Pour les Kagamine, passés outre l'inquiétude de vider leur sac, chaque mot sonnait comme une libération; ce petit jeu de cache-cache se terminait enfin. De plus, Len commençait à donner des détails sur leur monde qui pouvaient aider Miku dans son enquête. Par exemple, il lui annonça que les armes à feu étaient communes dans leurs univers, et que c'était pour cette raison que les tueurs avaient été aussi efficaces. Rin continuait à observer Len déblatérer son discours, et jeta quelques coups d'œil vers la patronne aux cheveux bleus, afin d'observer cette réaction. Celle-ci ne se mouvait point, toujours accrochée aux explications du frère. Lorsque les jumeaux eurent terminés, Miku se leva tranquillement de sa chaise, et leur annonça qu'elle partait s'entretenir avec la Reine. Bien qu'elle n'eût pas donné de plus amples détails, les trois amis avaient bien deviné qu'elle allait faire son rapport, et que les révélations ne resteraient pas secrètes bien longtemps pour la souveraine. Juste avant que Miku ne puisse ouvrir la porte, Rin lui posa une question qui lui taraudait les lèvres depuis un bon moment:

    -   Et, vous croyez tout ce que l'on vous dit maintenant, sans émettre de réserves ?

    Miku resta silencieuse un moment, puis rétorqua:

    -   Rin, le monde de Sekai est bien plus mystérieux que tu ne le crois... Et il te réserve encore des surprises. Et donc oui, je crois à votre histoire, puisqu'il m'est déjà arrivé un bon paquet de fois d'observer des événements auxquels je ne comprenais rien dans ce monde...

    Après cette phrase énigmatique, elle sortit de la pièce sans prononcer un seul mot, laissant les trois personnes dans l'inconnu.

    -- ---------------------------------- --

    Rin, Len et Alys restèrent quelques minutes dans le bureau de Miku, désormais absente, pour digérer ce qu'ils venaient de vivre. Le fait de révéler la vérité avait agi comme un soulagement pour les jumeaux, même si une légère inquiétude subsistait quant à leur avenir. De toute manière, celle-ci ne s'était jamais estompée depuis leur arrivée à Sekai. Le cas d'Alys était un peu plus problématique. La jeune femme restait dans l'expectative, et cela ne lui plaisait pas. Quoi qu'il en soit, la dernière phrase prononcée par la commandante eut l'effet d'un choc chez les trois amis. Le monde de Sekai était jonché de secrets, et leur avenir était toujours aussi incertain.

    Les trois personnes se dirigèrent tranquillement vers leur chambre, comme Miku l'avait demandé. Ils traversèrent la cour d'entraînement, toujours aussi sablonneuse, et profitèrent quelques instants de la légère brise qui tournait dans le patio. Puis, ils rejoignirent leurs quartiers. Leur chambre était située troisième porte à gauche en rentrant. Gumi et Yuma logeaient dans les deux premières chambres. La patronne de la Garde avait cru bon de les placer là pour assurer la surveillance des jumeaux suspects. Rin, Len et Alys marchèrent de manière automatique, leurs pensées tournées vers les difficultés qu'ils allaient bientôt affronter. Dans un élan d'inattention, Len ouvrit la deuxième porte à gauche, marquant l'entrée de la chambre de Gumi, et ce qu'il y vit le ramena sur terre.

    Sur le lit du fond, deux êtres, un homme et une femme, étaient visiblement en plein ébats. Une longue couverture s'emmêlait autour de leurs corps nus. Len ne pouvait détourner ses yeux de la scène, alors que les deux amoureux continuaient à s'enlacer et s'embrasser langoureusement. Le jeune frère resta immobile, provoquant de ce fait la curiosité de Rin et d'Alys, qui rapidement, se pressèrent devant la porte. En observant la scène, les trois amis purent identifier les cheveux verts caractéristiques de Gumi qui dépassaient de la couverture. Peu après, les cheveux roses de Yuma firent leur apparition. Quelques gémissements et cris caractéristiques s'échappaient du petit lit en bois. Une fois que l'identité des amants leur fut révélée, les disciples furent pris de panique et se réfugièrent directement dans leur chambre. Trop tard, le regard de Gumi était passé par là, et avait identifié les jumeaux Kagamine et la jeune femme à la tresse.

    Tous les trois étaient retournés dans leur chambre, ne sachant plus quoi penser, alors que Gumi se rhabilla en vitesse, non sans vociférer quelques critiques envers Yuma, qui se relevait lentement.

    -- -------------------------------- --

    Comme à son habitude, Miku était passée par l'office de Meiko afin de requérir une entrevue avec la Reine Luka, et comme d'habitude, la souveraine avait bouleversé son agenda pour la commandante. En outre, la situation était grave. Cette fois-ci, la Reine aux longs cheveux roses ne s'était pas assise sur son trône, mais attendait Miku assise à une table située dans un coin, qui servait entre autres à recevoir les dignitaires étrangers. La souveraine ne se leva pas, et, alors que la patronne de la Garde lui adressait un salut respectueux, lui demanda de prendre place.

    -   Alors, qu'as-tu pour moi, Miku ? As-tu appris quelque chose concernant Alys et les Kagamine.
    -   Par quoi voulez-vous que je commence, ma Reine ? demanda Miku.
    -   Fais comme tu le souhaites...

    La commandante n'avait pas pris le temps d'organiser ses idées. Elle réfléchit quelques instants, puis se décida de commencer par les révélations d'Alys. La Reine pourrait se trouver sous le choc de l'origine des jumeaux blonds, et mieux valait garder cela pour la fin, et avoir le temps d'en discuter. Miku expliqua alors que la jeune femme à la tresse maîtrisait le Koryu. Cela étonna sans plus la Reine. Elle connaissait en effet le père d'Alys, qui avait servi pendant la Grande Guerre Magique, et elle avait connaissance de ses aptitudes au combat. Bien sûr, elle ne se doutait qu'il s'était permis de transmettre ceci à ses enfants, principalement en cette période de troubles, mais il devait avoir ses raisons. La souveraine demanda à Miku ce qu'il allait advenir d'Alys. Heureusement, tombèrent-elles rapidement d'accord sur le fait de la garder près d'eux. Il n'aurait pas été de bon ton de l'expulser et de l'éloigner des Kagamine, surtout après ses exploits lors du combat contre Yohio et les Genshine.

    -   Et les jumeaux ? Interrogea la souveraine.
    -   C'est bien plus intéressant... Commença Miku. « Ils affirment venir d'un monde parallèle. »

    Le visage de Luka se remplit d'inquiétude à la suite de cette révélation.

    -   Un autre monde ?! Et qu'en penses-tu ?
    -   Je ne sais pas vraiment quoi en penser, regretta la commandante. « Et pourtant, je ne vois pas ce qui les pousserait à mentir, et à sortir de telles insanités. Je pense donc que cela doit être vrai. En tout cas, cela expliquerait pas mal de choses, dont les insinuations de Yohio pendant l'interrogatoire, pourquoi Rin et Len ont pu nous aider dans cette enquête pour l'instant, et pourquoi ces suspects si mystérieux parviennent à faire déjouer nos défenses avec des armes inconnues... Si on prend cette hypothèse en compte, tout s'éclaire ! »

    Luka se leva de son siège et se mit à faire les cent pas au milieu de la salle du trône. Les pensées se bousculaient dans sa tête, et elle essayait tant bien que mal de recoller les pièces de ce puzzle imaginaire. Une chose lui vint à l'esprit cependant: cette affaire s'avérait bien plus complexe que prévue, et les racines de ce mal pouvait remonter à bien longtemps. Elle tentait d'établir des connexions entre divers éléments.

    -   S’ils viennent vraiment d'un autre monde... hésita la Reine. « Cela voudrait-il signifier que les Magiciens ont de nouveau réussi à ouvrir un passage, comme autrefois ? »
    -   Je ne pense pas... D'un côté, les Mages sont bloqués sur l'île Maho grâce au Mur mis en place après la Guerre, et nous n'avons envoyé personne de l'autre côté, ce sont plutôt eux qui viennent à nous...

    La Reine pressa le pas, c'était signe de son inquiétude. Elle qui était particulièrement sensible aux agissements de la Guilde des Magiciens. Depuis la fin de la Guerre, les relations entre les Sorciers et le reste du Monde s'étaient réduites à peau de chagrin, la Guilde étant réduite à vivre recluse sur l'île Maho, après que les autres pays se soient unis pour les repousser vers cet endroit et ainsi mettre fin à la guerre, il y a environ une décennie. Pourtant, Luka savait que cette situation ne pouvait pas durer indéfiniment.

    -   On aurait donc ouvert un passage à partir de l'autre côté, proposa Luka.
    -   Ça m'en a tout l'air. Si les Magiciens en ont été capables par le passé, qui dit qu'ils ne le peuvent pas de l'autre côté ?

    La Reine fit silence, plongée dans ses pensées. Elle remercia Miku pour son aide, et lui demanda de retourner auprès des Kagamine. Ces deux jeunes gens pouvaient rester très utiles à leur cause, et Luka était d'avis, comme Miku, qu'ils ne représentaient pas un danger, mais plutôt une opportunité. La Reine chargea alors la commandante de poursuivre leur formation au combat, et renvoya Miku au Quartier Général de la Garde Royale. La jeune femme aux couettes salua de nouveau la Reine, et prit congé. Elle referma délicatement la lourde porte en bois décoré qui marquait l'entrée de la salle du trône, alors que Luka restait immobile au milieu de la pièce. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues, et elle laissa échapper quelques mots, seule au milieu de cette grande pièce luxueuse:

    -   J'espère que tu n'es pas mêlé à tout ça...

    -- -------------------------------------- --

    Les frères Genshine venaient également de rejoindre la capitale. Après avoir déposé les chevaux qu'ils avaient loués dans le relai prévu à cet effet, à l'entrée de la ville, ils se dirigèrent vers une petite maison du centre-ville, celle-là même par laquelle ils étaient arrivés à Sekai.

    -   Tu sais déjà comment on va présenter tout ça à Fukase, Kyuu ?

    L'aîné répondit du tac-au-tac:

    -   Il n'y a pas de bonne façon de lui présenter ça ! On a fait ce qu'on a pu, c'est ce gros boulet de Yohio qui s'est fait reprendre. Fukase n'a qu'à s'entourer de personnes compétentes, râla-t-il.

    Roku lui conseilla tout de même de mesurer ses propos. Il était en effet quasiment certain que leur patron se mettrait en colère à l'évocation de leur échec, et mieux ne valait pas en rajouter une couche. Kyuu regarda son frère quelques instants. Il savait au fond de lui qu'il avait raison, bien qu'il trouvât celui-ci trop gentil envers leur collègue blond. Yohio avait compliqué la situation par ses agissements, et Kyuu comptait bien en toucher un mot à Fukase.

    Ils arrivèrent quelques instants plus tard en vue de la maison. De l'extérieur, personne ne pouvait se douter de ce que les habitants pouvaient y trafiquer. Et c'était bien là le but: cette demeure ressemblait à toute autre habitation du quartier populaire. Pourtant, une fois à l'intérieur, le mobilier y était plutôt de pauvre facture, le strict minimum. La pièce du fond abritait deux appareils différents: une grande arche qui pour l'instant ne fonctionnait pas, ainsi qu'un dispositif composé d'un écran et d'un clavier qui leur permettait de communiquer avec l'autre monde. Kyuu s'assit alors sur le siège situé juste devant, et commença à tapoter sur le clavier, son frère restant à ses côtés. L'écran s'alluma, et laissait apparaitre une couleur bleue pendant quelques secondes, pour laisser ensuite la place à un jeune homme aux cheveux rouges, assis sur un fauteuil luxueux. Fukase jouait sans cesse avec sa canne, mais ne prononçait pas un mot. Kyuu commença donc la conversation:

    -   Bonjour, Monsieur Fukase, nous venons au rapport.

    Le chef s'avança de plusieurs centimètres vers la caméra, laissant apparaître son visage, jusqu'ici dissimulé dans l'ombre.

    -   Mon cher Kyuu, tu vas bien ? commença-t-il joyeusement. « Alors tu m'apportes de bonnes nouvelles, j'espère ». Puis, Fukase aperçut Roku dans le coin droit de son écran: « Et toi, Roku, comment vas-tu ? Et où est Yohio ? »

    Le visage de Kyuu se tordit légèrement à l'évocation du nom de leur congénère.

    -   Justement, on a un léger problème. Yohio a été arrêté par la Garde Royale...

    L'aîné des Genshine patientait tranquillement, guettant la moindre trace pouvant lui donner un indice sur la réaction de son chef. Fukase ne bougeait pas et garda le silence quelques instants. Puis, soudainement, il entra dans une colère noire.

    -   Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je vous avais pourtant dit de le protéger et de l'aider dans sa tâche, hurla-t-il. « Même à vous, je ne peux pas vous faire confiance, apparemment... Vous faites pourtant partie de vos meilleurs hommes ! Vous me décevez. »

    Kyuu grinça des dents, mais ne rétorqua pas pour l'instant. Entre-temps, Roku tentait de justifier les actes des jumeaux, en informant Fukase du comportement de Yohio (en y ajoutant quelques piques au passage, ce qui était étonnant de sa part). Kyuu lui emboîta le pas, en adoptant un discours plus sévère, en qualifiant Yohio de psychopathe (le cadet l'avait sous-entendu, mais n'avait pas employé ce mot). Il confia également à son patron qu'il était difficile de travailler avec lui. Finalement, Fukase reprit peu à peu son calme, gardant toutefois une moue renfrognée sur son visage, témoignant de son exaspération.

    -   Bon, et en ce qui concerne la première partie du plan, où en sommes-nous ? Demanda-t-il.
    -   Le quatrième chef est mort, donc ce point de la mission est réussi. Il nous en reste trois...
    -   Bien, bien...

    Kyuu se vit aussi dans l'obligation d'informer Fukase de la tournure des événements:

    -   Nous avons aussi croisé la Reine, ainsi que tout l'état-major de la Garde Royale. Ça m'étonnerait que la mission reste aussi facile pour les trois chefs restants. Ils vont se mettre à prendre des mesures...
    -   Vous avez croisé la Reine Luka ? Demanda Fukase. « Quelle surprise ! Elle commence à paniquer », ajouta-t-il en poussant un rire sadique.
    -   Selon ce que nous savons, ils sont également revenus à Kyôu.
    -   Très bien...

    Fukase patienta un moment devant son écran avant de donner ses instructions. Kyuu et Roku ne bougèrent pas de leur place, observant juste l’homme adopter des poses étranges sur son siège alors qu'il réfléchissait.

    -   Bon, voilà ce que vous allez faire: je vous charge de vous infiltrer dans le quartier noble de la ville en quête d'informations. Essayez de deviner les agissements de la Reine. Elle a sûrement une idée derrière la tête... Et revenez me faire un rapport dans quelques jours. De mon côté, je m'occupe de préparer la seconde phase de notre plan. On ne change rien à ce qu'on avait prévu... C'est bien compris ?
    -   Oui, répondirent de concert les jumeaux, ne sachant pas réellement quoi dire d'autre.
    -   Parfait, je vais vous laisser... A bientôt, mes chéris ! finit Fukase le sourire aux lèvres.

    Puis l'écran se coupa. Roku paraissait quelque peu soulagé, alors que Kyuu poussait des soufflements et des gémissements qui marquaient son agacement. Même dans une situation difficile, il ne pouvait s'empêcher de râler. Il ne supportait pas les changements d'humeur de Fukase, et par-dessus tout, les marques d'affection du genre "mes chéris". Le cadet s'y était habitué, puisque les jumeaux connaissaient leur patron depuis leur tendre jeunesse.

    -- ---------------------------------------- --

    L'écran coupé, Fukase se leva de son fauteuil. Il se trouvait seul dans son immense bureau d'un style moderne, quoique légèrement sombre. Son office était situé au dernier étage d'un immeuble de moyenne taille, situé près du ghetto. Même si le bâtiment ne bénéficiait pas d'un luxe certain, il marquait un contraste avec le reste du quartier très pauvre.

    L'homme aux cheveux rouges descendit lentement l'escalier qui menait au rez-de-chaussée, et emprunta la porte de sortie, pour ensuite partir vagabonder au milieu des sans-abris. Une partie de la population s'était réfugiée dans ces quartiers industriels, et habitait dans des logements de fortune au milieu des entrepôts. Rin et Len, par ailleurs, avaient grandi dans un quartier semblable, à quelques kilomètres de là.

    Fukase arpentait les allées dessinées par les différents bâtiments austères de la région, et croisait de temps à autres quelques clochards impressionnés par son allure. Il portait un costume blanc et rouge, particulièrement seyant, et qui faisait ressortir la couleur de ses cheveux. Il tenait de sa main droite une canne noire, ornée d'un pommeau en argent représentant un clown. On aurait dit un vrai noble qui s'était perdu au milieu du ghetto. Il était certain de se faire remarquer avec cet accoutrement. Le but était également de faire des émules, et de montrer sa richesse au plus grand nombre. Les autochtones du quartier l'avaient déjà croisé à plusieurs reprises. Au fil de sa marche, il s'arrêta près d'un trio de jeunes hommes, assis à même le sol.

    -   Salutations, jeunes hommes, lança-t-il à leur attention.
    -   Salut !  lui rétorquait de concert le groupe.

    Le visage de Fukase se para d'un large sourire, avant qu'il ne continue son discours.

    -   Je vous observe depuis un certain temps, et je pense avoir une bonne proposition pour vous. Cela vous intéresserait-il de sortir de ce bourbier et de venir travailler avec moi ?

    Le leader du groupe, un dénommé Kyo, se leva et s'avança vers le riche homme:

    -   Vous nous proposez un travail comme ça, sans rien connaître de nous ?
    -   J'ai souvent une bonne première impression, je pense que vous pourriez m'aider..., répondit-il.
    -   Et, qu'est-ce qu'on pourrait y gagner ?
    -   Une deuxième chance, et une vie meilleure, rien de moins.

    Kyo lança alors un regard rempli de moquerie envers ses deux compères, Yuu et Wil, qui riaient de bon cœur. Ce n'était pas la première fois que l'on venait leur proposer du travail, mais il s'agissait souvent de petits boulots dont la rémunération était bien faible. Le groupe se voyait, la plupart du temps, dans l'obligation de les accepter, ne fut-ce que pour manger. Mais, c'était la première fois qu'une personne s'avançait vers eux pour leur débiter un discours aussi perché.

    -   Si vous voulez être convaincus, je vous invite à me suivre dans mes locaux, je vous expliquerai tout plus en détail. De toute façon, vous n'avez rien à perdre...

    Kyo et son groupe se mirent à l'évidence, Fukase venait de marquer un point. Après avoir discuté quelques minutes, le trio se décida d'accompagner l'homme mystérieux dans son bâtiment. À l'entrée, Fukase exhorta un de ses employés de débarrasser le groupe de leurs guenilles et de donner des vêtements propres aux trois hommes.

    -   C'est là un premier remerciement pour avoir accepté de me suivre, se justifia le jeune homme au costume blanc. « Vous pouvez patienter quelques instants dans la pièce d'à-côté, j'ai quelques affaires à régler dans mon bureau, et je vous rejoindrai après. »

    Alors que les trois hommes furent pris en charge par les employés de Fukase et affichaient chacun un air médusé, étonnés par cet accueil, le jeune homme se retira quelques instants dans son bureau. Il s'affala quelques instants dans son fauteuil et dégusta tranquillement une boisson rafraîchissante. Il observa plusieurs minutes une peinture placée à la droite de son bureau, en affichant un immense sourire. L'œuvre représentait une jolie femme aux cheveux roses, habillée d'une splendide robe. Elle n'était autre que la Reine Luka, la souveraine du pays de Kuni. Fukase poussa alors un léger rire sarcastique.

    -   Je pense que nous allons bientôt nous revoir, ma belle...

    Bonne lecture, et n'hésitez pas à donner vos impressions^^
    « Modifié: 25 septembre 2016, 17:33:39 par Jyôka Ryu »

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #19 le: 25 septembre 2016, 21:42:33 »
    Ouiii, un nouveau chapitre ^^

    Spoiler
    Bon et bien, je crois que Rin, Len et ALYS sont morts là. Non mais Gumi va sûrement les tuer pour ça XD
    En même temps quelle idée d'oublier de verrouiller la porte. En tout cas je ne m'attendais pas du tout à ce qu'ils soient en couple ! (Et la manière de l'annoncer est originale XD)
    Donc voilà, un chapitre beaucoup plus calme, ce qui est normal après tout ce qui s'est passé. Il fallait bien que le trio principal s'explique à un moment ou un autre sur leurs secrets. On a aussi pu en apprendre plus sur la magie.
    C'est cool qu'on ait pu voir un peu plus Fukase dans ce chapitre, c'est quand même le "grand méchant" de l'histoire :p C'est intéressant aussi cette allusion à une relation avec Luka, ça donne envie d'en savoir plus. J'étais contente aussi de voir les vocaloids du project Zola, je les aime bien ^^

    Bonne continuation :3
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #20 le: 21 octobre 2016, 20:19:07 »
    Merci Hakuro pour ton avis, je le prends toujours en compte^^

    Et voici le chapitre 11 !

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Chapitre 11 : Le Conseil des Quatre

    Le lendemain matin, Rin, Len et Alys furent éveillés bien plus tôt qu'à l'habitude. Gumi et Yuma s'étaient pressés devant la porte de leur chambre, mais contrairement aux autres jours, la lieutenante aux cheveux verts ne prononça quasiment pas un seul mot, se contentant juste de leur demander de se préparer, puis de se rendre dans le bureau de Miku. Les trois amis lancèrent un regard méfiant en direction des deux maîtres, qui se trouvaient également dans l'embarras. La découverte de la veille avait laissé des traces, et personne ne trouvait le moyen correct de l'aborder. Les jumeaux s'étaient mis d'accord avec la jeune femme à la tresse: il valait mieux garder bouche close et attendre que l'un des deux mette le sujet sur le tapis. Au vu de l'ambiance pesante qui régnait dans la chambre, tous avaient saisi que les relations amoureuses entre collègues de l'armée ne jouissaient pas d'énormément de sympathie dans la Garde royale. En outre, les révélations sur les secrets d'Alys, d'une part, et des Kagamine d'autre part n'ajoutaient pas de joie en ce matin.

    Quand ils furent prêts, Yuma et Gumi escortèrent les trois personnes vers le bureau de Miku. Le soleil venait de se lever, et peinait à se faire une place au milieu des nuages nombreux dans le ciel. Il faisait relativement froid, ainsi Rin fut régulièrement prise de frissons, sans doute également causés par le stress. Tout au long du chemin, Rin et Len se lançaient des regards complices et inquiets. Alys commençaient à s'habituer à les voir communiquer comme cela. De temps en temps, l'un des jumeaux se tournait également vers la jeune villageoise afin de s'assurer qu'elle allait bien. Finalement, elle ne se trouvait pas dans une meilleure situation que les Kagamine, et était également en droit de s'inquiéter.

    À l'intérieur de la caserne, le groupe de cinq traversa le couloir tranquillement. Arrivée à la porte du bureau de la commandante, Gumi se retourna et s'adressa aux trois amis:

    -   Il faudra qu'on parle de ce que vous avez vu hier... C'est important pour nous... En attendant, nous vous demanderons de ne pas dire un seul mot à Miku sur ce sujet...

    Son ton s'avérait bien plus amical. La jeune femme ne prononça aucun ordre, mais avait plutôt présenté cela sous forme de requête. Yuma posait un regard grave sur Alys, Rin et Len, mais rien de bien menaçant non plus, sans doute en avaient-ils conclu que les admonestations ne constituaient certainement pas le meilleur moyen de s'adresser à ces trois personnes, surtout que les amants se trouvaient maintenant en position de faiblesse, en quelque sorte. Alys et les jumeaux opinèrent du chef lentement, tout en prenant soin de ne pas se gausser de l'ironie de la situation. Peu après, Gumi frappa doucement à la porte du bureau. Une voix connue lui répondit d'entrer, mais il ne s'agissait pas de celle à laquelle le groupe s'attendait.

    Gumi poussa la porte et entra dans la pièce, suivie de près par Yuma. Rin, Len et Alys leur emboîtèrent le pas, et s'arrêtèrent net lorsqu'ils virent l'identité de la personne assise sur le fauteuil de Miku. La Reine Luka se trouvait là, les coudes posés sur la table devant elle. Les cinq personnes qui venaient d'entrer lancèrent un regard furtif vers Miku, debout dans un coin de son bureau en compagnie de Meiko, puis, comme le voulait le protocole, s'inclinèrent respectueusement devant la souveraine.

    -   Je vous prie de prendre place, annonça-t-elle calmement, en désignant les sept sièges préalablement placés devant le bureau.

    La souveraine prenait un air sérieux et grave. Elle n'était pas la personne qui souriait le plus d'habitude, mais son expression faciale laissait paraître que la situation actuelle de son pays l'inquiétait. Elle se devait d'agir le plus vite possible, et, à la voir, elle avait déjà son plan en tête. Lorsque tous les participants à la réunion furent assis à leurs places respectives, elle commença ses explications.

    -   Dans l'état des choses, quatre chefs de village et membres du Conseil des Sages ont été assassinés. Il ne nous reste donc que les chefs des villages de Nozon, Enkan et Kyuuri.

    Rin et Len observèrent furtivement la carte du pays de Kuni qui était accrochée derrière le bureau de Miku afin de visualiser l'emplacement des villages restants, eux qui ne connaissaient rien à la géographie de ces terres ne voulaient pas importuner la conversation. Luka, de son côté, poursuivit sa pensée.

    -   Il nous faut agir vite ! Selon toute évidence, nous avons à faire à un ennemi commun... C'est pourquoi j'ai décidé de convoquer ce qui reste du Conseil des Sages pour une réunion, afin de décider de notre plan d'attaque. Et j'aurai besoin de vous, bien sûr. Le but de ce rapatriement est aussi de protéger les chefs restants le plus possible.

    -   Vous ne craignez pas de les mettre en danger justement ? demanda Rin. « Pendant toute une période, ils se trouveront tous au même endroit... »

    La Reine Luka avoua à la jeune fille qu'elle saisissait parfaitement son argumentation. Elle avait même déjà pensé à cette éventualité. Toutefois, la réunion apparaissait pour elle comme la meilleure solution, la sécurité étant plus forte dans la capitale que dans tous les villages réunis.

    -   Et puis, ici, je peux compter sur vous justement... ajoutait-elle.

    Miku approuva la Reine dans sa décision (de toute manière, elle n'avait pas vraiment le choix). Mais elle se doutait que la souveraine n'avait pas convoqué cette rencontre juste pour leur faire part de son plan. De ce fait, elle la laissa continuer, alors que tous les autres restèrent également parfaitement silencieux.

    -   Lors de la réunion, j'aimerai que vous constituiez la garde rapprochée des chefs et de moi-même. Miku, j'aurai également besoin de toi pour organiser la protection de tout le bâtiment.
    -   Oui, ma Reine, rétorqua simplement la commandante.

    Miku prit ensuite la parole. Elle avait pris le temps de réfléchir à une stratégie juste après sa dernière rencontre avec Luka.

    -   Voilà comment je perçois les choses. Le but est que chaque garde escorte le chef dont il a la responsabilité en tout temps, même pendant la réunion. Je m'occuperai personnellement de la Reine, Gumi du chef du village d'Enkan et Yuma du leader du village de Kyuuri.

    Puis, la demoiselle aux couettes se tourna vers Alys, et lui sourit.

    -   Alys, nous aurions besoin de tes compétences pour assurer la protection du chef de Nozon.

    La jeune femme sursauta. Elle ne s'attendait pas à ce qu'on lui donne une telle responsabilité. Bien sûr, on lui avait dit que la Garde royale pourrait recourir un jour à ses services, mais en aucun cas elle n'aurait pensé être chargée d'une mission aussi importante, et surtout aussi rapidement. La villageoise ne prononça pas un seul mot, mais son expression en disait énormément, ce qui força Miku à s'expliquer.

    -    Si je te demande ça, c'est parce que j'aurai besoin de Rin et Len pour une autre tâche...

    Alys se retourna alors vers les jumeaux, la mine inquiète. Les Kagamine avaient les traits tirés, et attendaient de savoir à quelle sauce ils allaient être mangés. Puis, Miku reprit la parole:

    -   Rin et Len, vous serez chargés de la surveillance générale du bâtiment. En effet, vous êtes les seuls ici à connaître les secrets des armes de nos ennemis. Et il est possible que les jumeaux que nous avons croisés à Furisato se décident d'agir, s'ils apprennent pour la réunion...

    Les Kagamine devaient s'incliner devant un tel raisonnement. Miku avait parfaitement raison. Ils étaient les seuls à connaître les secrets de la technologie de leur monde. Quelques secondes plus tard, Gumi réagit:

    -   Comment ça, ils connaissent les secrets de nos ennemis ? Ils sont de mèche avec eux ? Vociféra la lieutenante aux cheveux verts.
    -   Calme-toi, Gumi, répondit Miku. « Les jumeaux m'ont avoué leur secret. Selon toute vraisemblance, ils proviennent du même endroit que nos ennemis. C'est pour cette raison que je leur ai donné cette mission. »

    Gumi se tourna vers les jumeaux:

    -   Et vous pensiez nous mettre au courant à quel moment ? Je déteste cette manie de tout vouloir garder secret !

    Rin et Len ne répondirent pas. Néanmoins, la jumelle trouvait la réaction de son maître quelque peu exagérée. Avec sa découverte de la veille, elle n'était pas la meilleure personne pour venir reprocher aux autres de garder un secret. Sans prononcer un mot, Rin lança un regard suspect et très significatif vers Gumi. « Elle pouvait parler de secrets », se dit-elle. « C'est l'hôpital qui se moque de la charité », ajouta la jumelle dans sa tête, puisqu'elle n'était pas encore en mesure de se frotter à sa formatrice.

    Miku se décida de calmer le jeu, avant que la Reine Luka ne mette fin à la réunion, non sans s'assurer une dernière fois que tout le monde avait bien saisi l'importance de son poste. Rin et Len sortirent les premiers, suivis par Gumi et Yuma. Alys resta quelques instants en arrière, la tête baissée. Elle n'avait pas eu la force de s'opposer à son implication dans cette affaire. C'était plus fort qu'elle, la jeune femme ne pouvait pas s'empêcher d'aider les gens dans le besoin. Et l'expression de la souveraine du pays de Kuni était tellement remplie de détresse. Alors que les autres s'avançaient lentement dans le couloir pour rejoindre leurs appartements, Miku et Luka remarquèrent le doute inscrit sur le visage d'Alys. La Reine s'avança alors doucement vers la villageoise.

    -   Vous avez un problème, ma chère ?

    Alys fut surprise que Luka lui adresse aussi facilement la parole. Ainsi, sa réponse fut quelque peu hachée...

    -   C'est que... Je ne suis... pas certaine d'être à la hauteur...

    Luka la gratifia alors d'un sourire rassurant:

    -   Vous savez, je crois que nous n'aurions pas pu trouver meilleure personne pour cette mission... C'est aussi une façon pour nous de vous remercier après votre exploit de l'autre jour...

    Alys hésita. Une façon de la remercier ? Elle avait surtout l'impression que la Reine et la Garde Royale avaient trouvé un excellent moyen de se servir de ses talents. De toute manière, elle était prise au piège. Elle ne pouvait pas s'enfuir de cet endroit, et ne pouvait pas non plus rester là à ne rien faire. Mieux valait se rendre utile, bien qu’elle aurait préféré ne pas se trouver en première ligne. En outre, une question lui taraudait les lèvres. Elle patienta quelques secondes, en laissant vagabonder son regard un peu partout dans la pièce. Celui-ci finit par croiser les yeux de Miku, qui avait parfaitement compris son problème, et l'invita à en faire part à la Reine.

    -   Ma Reine, que pensez-vous de mon talent ? Celui-ci ne vous fait-il pas un peu peur ?

    Luka expulsa un profond soupir.

    -   J'ai connu votre père, lorsque j'étais enfant. Et c'était l'homme le plus intègre que je n'ai jamais rencontré. Et lui aussi maîtrisait le Koryu. Je n'ai pas peur de cet art, si c'est ce que vous voulez demander. Et je pense que dans une telle situation, n'importe quelle aide est la bienvenue. Si je peux vous donner un conseil, ne vous retenez pas ! Faites usage de votre talent, et n'en ayez pas honte. En tout cas, vous avez mon entière confiance.

    Alys sourit. Ce petit discours avait réussi à balayer ses doutes, du moins pour le moment. La Reine avait réussi à trouver les mots justes pour s'adresser à elle. Au fond, tout ce dont la jeune femme à la tresse avait besoin, c'était d'avoir confiance en elle.

    -- ---------------------------------------- --

    Les frères Genshine venaient d'entrer dans le quartier noble de la capitale pour la première fois. Ils restèrent immobiles un instant devant l'immensité et le faste des bâtiments et de l'architecture qui s'offraient à eux. Les jumeaux ne s'étaient jamais retrouvés face à autant de richesses, eux qui avaient grandis dans un quartier difficile, avant d'être recueillis par Fukase. Le visage de Roku se para d'un large sourire, trépignant d’impatience à l’idée de visiter un lieu si vaste et inconnu. Finalement, les jumeaux n’étaient âgés que de seize ans et pouvaient encore se permettre de s’époustoufler devant des choses futiles pour les adultes. Toutefois, Kyuu resta plus calme et continuait de faire la moue, comme à son habitude. Il ne parvenait à ressentir la même excitation que son cadet à l’idée de découvrir l’inconnu. Il était bien plus à l’aise dans ce qu’il connaissait. C’est pour cette raison qu’il éprouvait des difficultés à accomplir cette mission. Celle-ci le sortait de sa zone de confort. Roku avait accepté plus facilement la proposition de Fukase, et avait considéré cela comme une nouvelle expérience. Le début de la mission avait été difficile, principalement à cause de la difficile collaboration avec Yohio, et les deux frères tentaient de savourer l’un des premiers moments de bonheur depuis qu’ils furent arrivés dans ce monde mystérieux, chacun à leur manière.

    Roku agissait pour ainsi dire comme un enfant, examinant chaque échoppe ou édifice dans le moindre détail, et analysant la foule présente sur les différentes places du quartier. L’aîné des Genshine l’observait, pour l’instant sans prononcer un seul mot. Au fond de lui, il ne voulait troubler l’un des rares moments joyeux de son frère. Les jumeaux n’en avaient pas vécus beaucoup, leur vie ayant été particulièrement difficile par le passé. Cela avait conféré à Kyuu une sorte de carapace, il cherchait à s’éloigner du monde extérieur. Seul lui importait son jumeau, la seule personne à ne jamais l’avoir abandonné. Bien sûr, il était reconnaissant de ce que Fukase avait fait pour lui, mais son lien avec cet homme était différent. Il savait que son patron profitait du fait que lui et son frère devaient lui rendre des comptes, c'était pour cette raison qu'il avait fait d'eux ses sabreurs attitrés.

    Les frères aux cheveux verts s'arrêtèrent sur la terrasse d'une petite taverne située le long d'une place. De loin, ils pouvaient voir les autochtones et les touristes de passage se rafraîchir à la fontaine placée au centre du forum. Cette petite pause leur permettait de discuter un peu de leur plan d'action. Afin d'obtenir des indices, il fallait se glisser dans les environs du Palais Royal et de la caserne de la Garde. Or, il s'agissait certainement des endroits les plus gardés du pays. Et si les Genshine étaient passés maîtres dans l'art de l'approche furtive, cette mission représentait un certain défi pour eux. Mais tout d'abord, alors que la serveuse de la taverne approchait, il fallait décider des consommations à prendre.

    -   Je prendrai un jus de fruits, lança poliment Roku.
    -   Un saké pour moi, glissa Kyuu avec le sourire (c'était assez rare pour le souligner).

    La serveuse nota la commande et repartit vers le bar. Roku fixa son frère dans les yeux. Celui-ci avait bien compris son allusion, et répondit franchement :

    -   J'ai bien raison d'en profiter ! Toi aussi tu profites des joies de la ville.
    -   Tu ne penses pas qu'on est un peu jeunes pour boire de l'alcool, surtout avant une mission, rétorqua judicieusement le cadet.
    -   A 16 ans, on est un homme ! lança Kyuu. « Bon, bref, qu'est-ce qu'on fait pour obtenir des informations ? Tu as une idée ? »
    -   Il n'y a pas mille solutions. Le mieux est de traîner dans les environs, et d'observer s'il y a quelque chose de suspect. Si, comme nous le pensons, la Reine prépare quelque chose, ça finira bien par se voir.

    L'aîné prit un instant de pause pour digérer le plan de son frère et tenter d'y apporter des améliorations. Mais il devait bien avouer que Roku avait pris pleine mesure de la situation, et avait réfléchi à la meilleure stratégie à adopter. Même s'il regrattait un peu de ne pas apporter sa pierre à l'édifice, il marqua son accord avec l'idée de son frère, tandis que la serveuse revenait avec les consommations.

     - J'espère que nous réussirons notre coup, cette fois-ci, dit Kyuu en levant son petit verre de saké.

    Roku leva également son verre. « Oui, moi aussi... Santé ! »

    L'aîné approcha les lèvres du bord du verre et fit glisser lentement le contenu alcoolisé dans sa bouche. Soudainement, son visage changea de couleur:

    -   Pouaah ! C'est dégueulasse, ce truc !

    Il se mit à proférer quelques râles à l'égard de la serveuse et de la taverne qui avait osé lui servir quelque chose d'aussi mauvais, tout cela devant le visage amusé du cadet, qui lui avait pourtant bien signifié de ne pas boire cette boisson.

    -   Ça va, ça va, tu avais raison Roku, admettait Kyuu. « Madame, un autre jus de fruits ici » demanda-t-il en baissant la tête et en grommelant.

    -- ------------------------------ --

    Dans le quartier noble de la capitale, au milieu des cerisiers en fleurs, des rues pavées et des notables, Leora fouillait de fonte en comble tous les recoins de la région. Elle se trouvait déjà en position de combat: ses longs cheveux rouges étaient attachés, et elle portait sa tenue destinée aux missions les plus importantes. Son travail de mercenaire lui permettait de profiter d'un train de vie assez élevé. Elle travaillait souvent avec Kaito, le célèbre mafieux de la ville, même si elle devait bien avouer qu'il arrivait à celui-ci d'être en retard au niveau des paiements. Elle comptait lui en faire part, et le menacer un peu, mais le parrain avait réussi à étayer sa curiosité. Une adepte du Koryu se cacherait donc dans ce quartier ? Elle aurait bien accepté ce travail gratuitement, tellement ces combattants étaient rares, et qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion d'en affronter un dans une lutte acharnée, mais il fallait faire preuve d'une bêtise sans commune mesure pour refuser l'offre du brigand aux cheveux bleus.

    La jeune femme finit donc par s'infiltrer dans le quartier du Palais royal, où sa cible devait se trouver selon son employeur. Pour l'instant, la mission semblait assez facile mais il ne s'agissait que du début; Leora savait que la situation allait certainement vite se gâter, surtout qu'elle s'approchait dangereusement de la caserne de la Garde royale.

    -- ------------------------------ --

    Miku se trouvait devant l'entrée de la caserne. Un groupe de soldats de taille assez imposante se tenait face à elle, en attendant ses ordres. Même si son devoir d'organisation était périlleux, la commandante ne ressentait pas énormément de pression. Pourtant, un certain doute pointait toujours le bout de son nez. Bien que les jumeaux Kagamine (qui tenaient le garde-à-vous à ses côtés, accompagnés de Gumi et de Yuma) lui aient donnés quelques informations concernant leur ennemi, Miku s'inquiétait toujours un peu de leurs prochaines actions. Et réunir les trois chefs de village restants comportait des risques: si cela venait à trop d'ébruiter (ce qui, selon elle, était inévitable puisqu'il fallait bien entraîner les soldats avant une mission si importante), il fallait se préparer à des tentatives des jumeaux aux cheveux verts. Par chance, il semblait n'être plus que deux, après l'arrestation de Yohio. Mais qui savait ce qu'ils pouvaient encore réserver, eux qui avaient déjà semé le chaos dans le pays en agissant juste en trio ?

    Ce jour-là l'objectif était de répéter les manœuvres de garde, afin que chaque soldat connaisse correctement sa place, pour le jour où les chefs arriveraient. Les trois étaient déjà en route pour la capitale, et la population avait ouï dire de l'événement important que la Reine avait convié. Un groupe d'une trentaine de personnes restait debout de l'autre côté de la rue, en train d'observer la puissance et la grandiloquence de leur armée. Même en ces moments de doute, la population gardait confiance en leur puissance militaire, du moins dans la capitale, les habitants se sentaient toujours en sécurité. Au milieu de la foule, deux inconnus habillés de blanc se ressemblant comme eux gouttes d'eau étaient parvenus à se glisser et voyageait entre les personnes, tentant naïvement de découvrir ce qui se tramait là. Kyuu observait tranquillement les mouvements des cohortes vers le Palais royal, préférant laisser à son jumeau la "joie" de devoir s'adresser aux gens.

    Le jumeau interrogea une jeune femme inconnue, qui restait concentrée sur la commandante de la garde en souriant:

    -   Que se passe-t-il ici, Madame ? Demanda-t-il simplement.
    -   Les soldats s'organisent... Puis, elle se rapprocha de l'oreille de Roku, et lui murmura: « Il paraît que les trois derniers chefs vont tous se réunir avec la Reine. Cela concernerait les meurtres, visiblement, en tout cas, c'est ce qui se dit dans la rue ».

    Roku savait qu'il fallait parfois se méfier des racontars de la population. C'est pourquoi il partit interroger plusieurs autres inconnus, qui lui donnèrent peu ou prou le même son de cloche. Kyuu, de son côté, suivait toujours son frère, sans sourire, ne souhaitant simplement que quitter l'agitation de cette foule qui l'énervait.

    Un peu à l'écart de cet attroupement, une jeune femme aux cheveux rouges observait également la scène, cachée à l'entrée d'une ruelle sombre. Elle ne cherchait pas à savoir ce qui se tramait en ce moment: son esprit était simplement concentré à retrouver une unique personne. Si, comme Kaito lui avait confirmé, sa cible provenait de la Garde royale, les chances de la trouver en cet endroit, en ce moment étaient assez importantes. Elle balaya alors toute la formation du regard, en ce compris les commandants et les lieutenants. Alys était invisible. Puis, Leora se surprit de regarder en l'air, par-dessus les remparts qui marquaient l'entrée de la caserne. De là-haut, une jeune femme observait l'organisation créée par Miku. Le visage de Leora se para alors d'un sourire sadique. Sa cible était désormais en vue. Pourtant, hors de question de l'attaquer ici et maintenant, cette entreprise s'avérait bien trop dangereuse. Il valait mieux attendre quelques temps, et revenir par la suite avant d'agir. Mais, au moins, son champ de recherche s'était estompé, et elle avait repéré le terrier dans lequel se terrait sa proie. Telle un renard, elle n'avait qu'à attendre que celle-ci ose s'aventurer en dehors de sa zone de sécurité. 

    De leur côté, Kyuu et Roku avaient pris leurs distances d'avec la foule, et s'étaient réunis sur la place par laquelle ils étaient arrivés dans le quartier noble. Le cadet fit part de ses découvertes à son aîné, lequel prit le temps de réfléchir:

    -   Je pense qu'il vaudrait mieux en informer Fukase, et de discuter avec lui d'un plan d'action, conclut Kyuu.
    -   C'est le mieux, je suis d'accord... Nous n'avons pas le droit à deux échecs successifs, compléta Roku.

    Les jumeaux Genshine retournèrent alors tranquillement vers leur pied-à-terre dans ce monde, en tentant désespérément de deviner les intentions et le plan qu'allait imaginer leur patron.

    -- --------------------------------------- --

    Comme tous les soirs désormais, Kyuu se tenait devant son écran. Roku était placé à ses côtés, un peu plus en arrière. Fukase leur avait en effet demandé de lui fournir un rapport quotidien, dans le but d'éviter les errements et les erreurs inadmissibles, comme lors de l'arrestation de Yohio. Il ne disposait plus que de deux hommes dans Sekai, et comme ceux-ci étaient inséparables, ils n'avaient plus le droit à l'erreur. Kyuu alluma donc l'écran, laissant apparaître le petit homme à la canne de clown, assis sur son fauteuil. Il était encore particulièrement calme, mais les jumeaux savaient que cela ne pouvait s'agir que d'une façade. Fukase était connu pour ses sautes d'humeur, et sa capacité (légèrement dérangeante) de changer de ton en un quart de seconde. Cependant, aujourd'hui, les nouvelles étaient plutôt bonnes. Les Genshine avaient repéré le plan de la Reine et de l'état-major de l'armée de Kuni, et laisseraient le soin à Fukase de décider d'un plan. C'était là encore le meilleur moyen de limiter un éventuel échec.

    L'écran allumé, Fukase s'écria:

    -   Kyuu, mon petit chat ! Alors quelles sont les nouvelles ?

    Kyuu grommela. Qu'est-ce que c'était que ce nouveau surnom ? Son patron avait pris l'habitude de l'affubler de divers sobriquets, qu'il détestait tous. Sa mère avait tout de même pris le temps de leur donner des noms, à lui et à son frère, alors la moindre des choses serait de s'en servir. Il essaya toutefois de reprendre son calme et poursuivit:

    -   Nous avons de nouvelles informations, chef. Il semblerait que la Reine ait décidé de réunir tous les chefs de village restants au Palais Royal. Leur but serait de discuter de la situation actuelle et de trouver une solution.

    L'homme aux cheveux rouges ne laissa même pas le temps à son subalterne de terminer sa phrase.

    -   C'est excellent ça ! Voilà une nouvelle qui me remplit de joie.

    Il sauta de son fauteuil et se mit à gambader un peu partout dans la pièce. Il passait parfois devant la caméra. On aurait dit un véritable enfant à qui on venait d'annoncer qu'il allait partir au parc d'attractions. Quelques secondes plus tard, Fukase reprit son calme, et dévoila son plan. Malgré tout, son esprit continuait à travailler, et il était déjà parvenu à élaborer une stratégie.

    -   Voilà ce que vous allez faire. On peut dire maintenant que nous avons tous nos œufs dans le même panier. C'est l'occasion de frapper un grand coup ! Dans la cave, vous trouverez une réserve d'explosifs que j'avais spécialement préparée pour Yohio. Visiblement, cet imbécile n'a pas eu le temps de s'en servir. Je veux que vous vous en empariez et allez attaquer le Palais Royal. Vous avez maintenant la possibilité de laver tous vos échecs.

    Kyuu et Roku restèrent immobiles devant l'écran qui montrait Fukase paré d'un large sourire. Le cadet prit ensuite la parole.

    -   Vous nous demandez concrètement de commettre un attentat ?
    -   Attentat. Quel vilain mot ! Rétorqua le chef. « Je dirai plutôt qu'il s'agit d'une opportunité. Nous comptons lancer une guerre, ne l'oubliez pas ! »
    -   Mais, on ferait du mal à tout un tas d'innocents... compléta Roku.

    Fukase restait froid. « C'est le prix à payer... Ne me décevez pas ! » Puis il coupa de lui-même la connexion.

    Les Genshine gardèrent le silence pendant plusieurs minutes, ne se lançant que parfois quelques regard l'un à l'autre. Cet ordre commençait à semer le doute dans leur esprit.

    -   On ne peut quand même pas faire ça, Kyuu !
    -   On n'a pas vraiment le choix, répondit l'aîné en baissant la tête, lui aussi semblait quelque peu perdu. « Viens, on va voir ce qu'il y a à la cave... »

    --  ----------------------------------- --

    Le quartier noble de la ville de Kyôu se révélait bien calme en cette nuit noire. La pleine lune éclairait les très jolies allées qui paraient les sublimes habitations des résidents les plus notables de la capitale. Contrairement au quartier populaire où l'on pouvait trouver n'importe quand un endroit où il régnait une certaine activité, la partie noble était ce qu'il y avait de mieux pour se reposer. Quelques convois de gardes citadins passaient de temps en temps durant leurs rondes pour garantir la sécurité, mais rien d'autre ne venait troubler la tranquillité du lieu. Deux jeunes hommes parcouraient alors les rues à une certaine vitesse et d'un pas décidé. Chacun portait un sac sur son dos dont le contenu demeurait secret. Même s'ils avançaient relativement rapidement, leurs visages étaient marqués par l'inquiétude et l'interrogation. Tout en poursuivant leur chemin, ils murmurèrent:

    -   Kyuu, tu ne penses pas qu'on va un peu trop loin ?

    Le grand frère ne répondit pas. Il traça sa voie à travers les ruelles étroites et peu éclairées, gardant l'attention sur les éventuels gardes qui pratiquaient leur surveillance.

    -   Grand frère, je te le dis, je ne me vois pas capable de faire ça ! insista Roku.

    Le cadet avait fait part de ses doutes de nombreuses fois depuis que Fukase leur avait confié cette mission. En sa qualité de sabreur, il était arrivé à Roku d'ôter la vie à plusieurs personnes. Cependant, d'une part, il essayait de repousser l'option létale le plus souvent possible, et d'autre part, ces personnes n'étaient pas spécialement exemptes de tout reproche. Cette fois-ci, le dernier des jumeaux était d'avis que son chef avait dépassé les bornes de ce qui était acceptable. Par amour et reconnaissance pour lui, les Genshine avaient accepté de se téléporter dans Sekai et d'attaquer les chefs de village pour que le patron puisse accomplir ses desseins. Les jumeaux tentaient plus que tout d'éviter un trop grand nombre de victimes. Mais ici, ils passaient de simples fantassins à terroristes. En proie au doute, Roku stoppa net, et Kyuu fut obligé de s'arrêter à son tour.

    -   Roku, je te comprends, et plus que tu ne le crois. Mais nous n'avons pas le choix. Nous devons obéir à Fukase...
    -   Mais, tu ne penses pas qu'il exagère ?
    -   Si, bien sûr, mais c'est aussi la seule personne qui a été capable de nous sortir de notre galère... Tu veux retourner dans l'enfer de notre enfance ? Parce que c'est ce qu'il arrivera si nous ne répondons pas à ses ordres. C'est notre destin !
    -   ...
    -   Allez, continuons notre route. Et concentre-toi, il ne faudrait pas nous faire attraper !

    Kyuu avait tenté de trouver les mots pour rassurer son frère. Malheureusement, il fallait bien avouer que les discours n'étaient pas son fort. L'esprit de Roku restait embrouillé alors qu’ils arrivèrent en vue du Palais Royal. L'aîné bloqua son frère de son bras droit à la sortie d'une petite ruelle.

    -   Bon, l'entrée principale est gardée, forcément. Mais vu la grandeur de l'endroit, il y a certainement une autre possibilité de pénétrer à l'intérieur. Je me souviens avoir vu quelque chose vers l'ouest.

    Ils se dirigèrent donc vers le côté du château. Celui-ci était entouré de sortes de remparts en briques, et l'entrée principale revêtait une allure particulièrement riche, et était gardée en permanence. Un groupe de gardes spéciaux de la Reine faisaient sans cesse le tour des remparts à la recherche d'éventuels intrus. Il fallait donc être rapide et attentif. S'il était quasiment impossible pour des personnes lambda de pénétrer à l'intérieur de l'enceinte, des sportifs entraînés comme Kyuu et Roku disposaient d'une légère chance, mais il fallait rester rapide et attentif. Ils parvinrent à l'ouest des remparts après quelques minutes, puis Kyuu escalada le mur de quelques mètres afin d'observer la position du convoi de gardes. Ceux-ci venaient de passer cette partie de la propriété, ce qui laissait le champ libre aux jumeaux pendant un léger laps de temps. Kyuu lança donc un signal à son frère, et les jumeaux purent entrer dans le parc du Palais. Ils se réfugièrent directement derrière une des nombreuses plantes qui décoraient le jardin, et Kyuu récapitula le plan.

    -   Le but est de placer les explosifs à des endroits stratégiques, et de viser cette partie du bâtiment.

    Sur une carte dessinée grossièrement, l'aîné indiqua la partie gauche du château.

    -   C'est là que se trouve la salle du trône et la salle de réunion. Il y a gros à parier que le Conseil organisé par la Reine se déroulera à cet endroit. Et je ne vois pas l'intérêt d'attaquer ailleurs. L'explosion devrait déjà être assez puissante...
    -   Je pense toujours que nous faisons une grave erreur... avoua Roku.
    -   Reprends-toi! lança son frère d'un ton sec. « Tu ne veux quand même pas retourner à notre ancienne vie ? »
    -   Si je dois faire des choses aussi horribles pour cela...
    -   Non, on n'a pas le choix. Viens tout de suite...

    Bien qu'il fût en désaccord avec son aîné, Roku refusa de le laisser tomber. Kyuu était la personne la plus importante pour lui. Par ailleurs, ils s'étaient promis de ne jamais laisser tomber l'autre. S'ils devaient faillir à quoi que ce soit, ils failliraient en duo. De ce fait, Roku était embarqué dans cette histoire dont il ne maîtrisait rien. Il se surprit lui-même d'espérer l'échec de cette mission.

    Dissimulés derrière une des façades du Palais, Kyuu demanda à Roku de déballer la première partie des explosifs qu'il comptait placer à cet endroit, quand il fut brutalement interrompu par la voix d'une jeune femme qui venaient de poser sa main sur l'épaule du plus âgé des Genshine.

    -   Qu'est-ce que vous trafiquez là ? dit la jeune femme, dont les cheveux rouges flottaient dans le léger vent.

    Les jumeaux eurent un mouvement de recul, et ne savaient pas quoi répondre, complètement pris au dépourvu.

    -   On dirait que vous projetez d'attaquer le Palais. Qu'est-ce que c'est que tout ce bazar? Vous pouvez m'expliquer ?

    Kyuu dévisagea la femme:

    -   Qui êtes-vous, d'abord ? lança-t-il d'un ton agressif.
    -   Du calme, mon petit... rétorqua-t-elle, provoquant la fureur intérieure de Kyuu, qui ne supportait pas qu'on ne l'appelle en de termes si dégradants. « Mon nom est Leora, et ce que vous faites ici m'intéresse au plus haut point. »

    Roku prit la parole, caché derrière l'épaule de son frère:

    -   Vous n'avez aucune idée de ce que nous faisons là.
    -   J'en sais assez pour prouver que vous menacez la sécurité du Palais Royal. Et si j'étais vous, je resterai prudente. Vous êtes plutôt en position de faiblesse, là.
    -   Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? questionna Kyuu.
    -   Le fait est, mon petit, que je n'ai qu'à appeler les gardes qui font leur ronde autour du château pour vous envoyer directement en prison, voire pire...
    -   Mais vous êtes aussi entrée par effraction ! Les gardes vont vous arrêter aussi ! répondit Roku.
    -   Oh, je pense qu'ils seront plus intéressés par des personnes qui ont tenté de faire péter le Palais plutôt que par une faible femme qui s'était en quelque sorte perdue...

    Les jumeaux demeurèrent silencieux. Leora avait en partie raison. Ils courraient plus de risques qu'elle.

    -   Mais qu'est-ce que vous voulez à la fin ? s'interrogea Roku.
    -   Je pense que nous avons des intérêts communs, et que nous gagnerons à nous allier. Voyez-vous, je vous ai bien remarqués cet après-midi dans la rue, pendant les manœuvres de la Garde, et vous me sembliez déjà suspects. Je suis également d'avis que vous ne travaillez pas seuls. Ainsi, je demande à parler à notre chef.
    -   Parler à Fukase ?! s'étonna Kyuu.
    -   C'est donc ainsi qu'il se nomme. Menez-moi à lui, j'ai à lui parler.

    Kyuu laissa échapper un léger sourire, au milieu de sa tension:

    -   Ça ne va pas être possible...
    -   Vous refusez ? Si vous voulez, je peux toujours hurler et alerter la garde... Leora ouvrit grand la bouche, et inspira profondément.
    -   Non, arrêtez ! Murmurèrent les jumeaux.
    -   Conduisez-moi à votre chef !

    Kyuu et Roku s'observèrent un moment. Manifestement, leur plan avait échoué pour l'instant. Ils étaient pris au piège. Ils acceptèrent alors la proposition de la mercenaire et quittèrent l'enceinte du Palais Royal. Alors qu'ils retournèrent tous les trois vers le refuge des Genshine dans le quartier populaire, Roku ne pouvait s'empêcher de se sentir en quelque sorte satisfait de la tournure des événements. Pour l'instant, leur projet d'attentat était mis en suspens. Il disposait encore de temps pour faire changer Fukase d'avis, espérait-il. Un peu plus loin, il pouvait également observer son frère pousser un soupir de soulagement.


    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #21 le: 11 novembre 2016, 21:34:19 »
    Coucou !

    Je viens juste de terminer le chapitre 12 de "Sekai"...

    Bonne lecture

    Spoiler
    Chapitre 12 : Leora

    L'entraînement de ce matin-là s'était révélé encore plus difficile que ceux des autres jours pour Rin et Len. D'une part, les jumeaux ressentaient déjà une certaine pression principalement due à l'arrivée des derniers chefs de village dans la capitale, et d'autre part, l'ambiance qui régnait en ce début d'après-midi était assez pesante. Gumi et Yuma n'avaient en effet prononcé que peu de mots durant la session, se lançant souvent quelques regards à la fois complices et inquiets. Alys se tenait à l'écart et observait les Kagamine se faire quelques passes d'entraînement au sabre, et prêtait également son attention aux deux amants, et à leurs réactions.

    La session se termina en début de soirée, toujours dans la même ambiance lourde. Alors que les jumeaux rangeaient leurs affaires dans leur chambre, les deux maîtres se serraient à l'entrée de la pièce et demandèrent respectueusement à parler aux trois personnes, la jeune femme à la tresse étant aussi présente. Depuis la révélation, le comportement de Gumi envers ses disciples avait considérablement changé. Elle, d'habitude si autoritaire et franche, s'était mise à tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de leur adresser la parole. Rin se gaussait de cette situation par moments. Non pas qu'elle voulait profiter de ce moyen de pression, mais il fallait bien avouer qu'il était amusant de voir une guerrière si franche et courageuse perdre ses moyens devant une gamine de quatorze ans.

    - On peut vous parler de vous-savez-quoi ? demanda Gumi. Yuma se trouvait ses côtés et demeurait silencieux.

    Rin esquissa un léger sourire, tandis que Len et Alys invitèrent les deux soldats à s'asseoir. Malheureusement, leur chambre ne disposait pas de chaise, ils ne purent alors leur proposer que de s'asseoir sur le lit de Len.

    - Peux-tu fermer la porte s'il te plaît, Alys, supplia presque la dame aux cheveux verts.

    La villageoise s'exécuta, encore étonnée par l'excès de politesse inhabituel de Gumi.

    La lieutenante baissa la tête, ce qui sonna comme un signal pour Yuma qui prit la parole.

    - Comme vous le savez, les relations entre soldats sont strictement interdites dans la Garde royale, même pour les hauts officiers, comme nous. On doit donc vous demander de garder tout cela secret.

    Gumi pouffa. Au fond d'elle-même, cela l'ennuyait terriblement de s'abaisser à ce niveau. Cela ne lui ressemblait pas.

    En voyant la détresse dans les yeux des deux tourtereaux, Rin, Len et Alys s'échangèrent quelques regards. Puis, Yuma embraya la conversation.

    - Voyez-vous. Nous avons passé toutes les dernières années ensemble. Nous avons mené de difficiles batailles côte à côte, et avons fini par nouer des liens. Au bout d'un moment, on ne pouvait plus nier l'évidence, même si elle était difficile à accepter pour nous aussi.

    - Après ce qu'on a vu dans votre chambre, on peut dire que vous l'avez finalement bien accepté ! plaisanta Rin. Len se cacha le visage derrière sa main droite pour dissimuler son air hilare.

    Les jumeaux voulaient un peu profiter de leur "supériorité" par rapport à leurs maîtres. Cela n'arriverait pas souvent, et ils n'avaient pas vraiment trouvé les moments pour s'amuser depuis leur arrivée à Sekai.

    - S'il vous plaît, ne dites rien à Miku, pria Gumi en fixant les Kagamine, Alys semblant déjà convaincue.

    - Qu'est-ce qu'on y gagne ? demanda Rin. « En contre-partie de notre silence, il faudra être gentils avec nous désormais. » La jeune blonde appréciait encore ces petits moments de chantage.

    - Si vous voulez, on fera de notre mieux, répliquèrent ensemble les deux guerriers.

    Époustouflée par cette réponse, Rin se retourna vers son frère. Elle ne s'attendait pas à ce que Gumi et Yuma ne baissent leur garde aussi facilement. Les jumeaux n'avaient jamais eu l'intention de cracher le morceau, ne fut-ce que par respect pour tout ce qu'ils leur avaient appris jusque-là. Ils voulaient juste rigoler un peu. Finalement, Alys signifia aux jumeaux d'arrêter ce petit jeu qui avait assez duré.

    - C'est bon ! On vous faisait marcher ! rassura Rin. « On ne dira rien, rassurez-vous... »

    Un sourire se dessina alors sur le visage de Gumi, qui laissait apparaître pour la première fois une certaine sensibilité. Yuma se tourna vers Len, son expression traduisant sans aucun doute de la gratitude.

    - Miku n'est pas au courant. Vous êtes souvent tous les trois ensemble pourtant, non ? se demanda judicieusement Len.

    - On fait de notre mieux pour le cacher. Même si on connaît Miku depuis tout jeune, le règlement de l'armée est clair, elle n'aura d'autre choix que de nous mettre dehors si elle l'apprend, et même à contrecœur.

    - Et on peut dire que la commandante est réputée pour sa droiture, ajouta Gumi.

    - Je vois... fit Rin. Elle s'était mise un instant à la place de son maître et s'était rendue compte que sa situation ne devait pas être de tout repos, et que cela devait être difficile à vivre au quotidien.

    La conversation continua pendant quelques dizaines de minutes. Gumi et Yuma prirent ainsi le temps de raconter à leurs jeunes disciples leur rencontre et les différentes difficultés traversées par leur couple. Finalement, cette discussion avait fait un bien fou aux cinq personnes présentes dans la chambre. Pour la première fois, Rin et Len avaient l'impression que les maîtres leur parlaient d'égal à égal. Alys éprouvait également ce sentiment. Au final, une véritable dynamique de groupe et une relation de confiance s'étaient créées.

     

    -- -------------------------------------- --

     

    Kyuu et Roku accompagnaient Leora dans les différentes allées du quartier populaire de Kyôu. Le soleil brillait de ses premiers éclats. La nuit avait été longue pour les trois guerriers: les jumeaux baillaient à intervalles réguliers. Cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient pas pu profiter d'un bon sommeil revigorant. Ils n'avaient pas dormi la veille, ni le jour d'avant, trop préoccupés par leur opération et par le problème des explosifs. La jeune femme aux cheveux rouges était également en droit d'être exténuée, mais elle était trop excitée à l'idée de rencontrer le chef des Genshine qu'elle en oublia très rapidement la fatigue. Elle préparait déjà, par ailleurs, sa stratégie de commerciale. En tant que mercenaire, elle avait appris à se vendre de bien bonne manière. Il fallait que les clients potentiels soient assurés qu'elle représentait la meilleure option pour accomplir leur mission. Ici, elle avait subodoré un employeur intéressant. Elle devait le convaincre de l'engager. Au fond, elle ne cherchait qu’à travailler pour une autre personne que Kaito, puisqu’il lui arrivait souvent de ne pas payer en temps et en heure. Au mieux, elle pouvait lier les deux missions et ainsi obtenir une récompense de la part des deux hommes.

    Quelques minutes plus tard, les jumeaux firent entrer la mercenaire au sein de la maison pitoyable qui leur servait de refuge. Le voyage s'était déroulé dans le plus grand silence, aucun d'entre eux n'ayant désiré s'adresser la parole. Finalement, Roku dût bien commencer:

    - On vous aurait bien donné quelque chose à boire, mais, comme vous voyez, nous n'avons plus rien...

    - Ce n'est pas bien grave, répondit Leora. « Mais où se trouve votre chef. La maison est désespérément vide ! »

    Kyuu lâcha alors un petit rictus. La jeune femme n'était pas prête pour ce qu'elle allait voir.

    - On lui montre, Roku ? lança-t-il.

    - Il faudra bien...

    Les jumeaux la menèrent vers la salle du fond, où était placé le petit ordinateur servant à la vidéoconférence avec Fukase. Comme toujours, Kyuu prit place sur le siège devant l'écran et se mit à tapoter sur divers boutons. Quelques secondes plus tard, un homme dans la trentaine apparût, toujours affublé du même sourire maléfique.

    - Coucou, Kyuu, ricana-t-il. « Comment s'est déroulée la mission que vous avez confiée ? »

    L'aîné baissa la tête comme par signe de honte. « Nous nous sommes fait repérés, nous avons dû suspendre la mission... »

    - Comment ça ? Êtes-vous seulement capables de mener à bien une seule tâche que je vous ai assignée. Je ne compte plus vos échecs ! Qui vous a repérés ? La Garde royale ? hurla-t-il.

    - C'est plus compliqué que ça. Cette personne est avec nous en ce moment.

    - Ah bon ? Je veux la voir...

    Leora observait jusqu'à présent la conversation d'un œil attentif. Elle ne s'attendait pas à discuter à distance avec un homme aussi extravagant et étrange. La technologie de ces hommes lui était également inconnue.

    Roku lui expliqua brièvement que son frère et lui venaient d'un autre monde, celui-là même d'où leur parlait Fukase. Leora prit quelques secondes pour endurer la nouvelle. Heureusement, elle avait déjà entendu pas mal de choses bizarroïdes au cours de ses différentes opérations, et disposait d'une capacité à revenir rapidement à l'essentiel. Pour elle, peu importe d'où son client venait, elle ne cherchait même pas à comprendre tant qu'il la payait. Toutefois, elle garda toutes ses questions dans un coin de son esprit, et décida de ne pas les aborder pour l’instant.

    - Tout ce qu'il dit est vrai, renchérît le chef derrière son écran. « Approchez-vous ! Nous allons discuter un peu... »

    La pratiquante du Koryu s'exécutait, et prit place sur le vieux siège. Quand il la vit, le visage de Fukase se para immédiatement d'un large sourire.

    - Oh, une guerrière aux cheveux rouges ! Exactement comme moi ! Quelle bénédiction ! Comment vous appelez-vous ma belle ?

    Leora fut surprise par ce rapide changement d'humeur, mais déclina rapidement son identité. La discussion continua calmement, la mercenaire se chargeant de lui faire un état des lieux de la situation (ce qui irrita passablement Kyuu, qui patientait dans le fond de la pièce avec son frère), puis la jeune femme lui présenta ses atouts, son expérience de combattante et lui parla même de sa maîtrise du Koryu. Fukase se montra intéressé par toutes ses compétences, et lui proposa rapidement de l'engager. Il fut tout de même surpris lorsqu'ils abordèrent le point de vue pécuniaire, mais il fallait bien payer grassement les gens de talent. Puis, le patron demanda de parler de nouveau à Kyuu. Leora se retira donc de la chaise, l'air satisfait.

    - Bon, Kyuu, la mission que je vous avais donnée n'est pas terminée. Vous avez une nouvelle équipière dès à présent. Je compte sur vous pour collaborer correctement avec elle. Je ne tolérerai pas une nouvelle bourde !

    - Justement, Monsieur Fukase... commença Kyuu, en jetant rapidement un regard vers son petit frère. « Nous ne sommes pas certains qu'il s'agit là de la meilleure stratégie... »

    L'aîné tentait d'aborder le sujet prudemment, les jumeaux ne voulaient pas se rendre coupable d'un acte terroriste, et préféraient essayer une autre option pour arriver au même résultat. Cependant, Fukase rougit de colère et se mit à vilipender:

    - Tu oses remettre en cause ma stratégie. Dites tout de suite que vous manquez de courage ! Je peux aussi vous remettre à la rue, si vous préférez. Après tout ce que j'ai fait pour vous, je ne m'attendais pas à un coup aussi bas !

    - Ce n'est pas ça, Monsieur... essaya de rétorquer timidement Kyuu.

    - Écoute, mon petit, ton frère et toi n'avez pas le choix. Ou vous suivez mes ordres, ou je vous abandonne, et vous retournez dans l'enfer de votre enfance !

    Kyuu baissa la tête, il ne savait plus quoi répondre. Heureusement, Leora se décida d'intervenir dans la discussion de façon assez habile.

    - Si vous me permettez, Monsieur Fukase, je pense que les Genshine n'ont pas spécialement tort. Nous ne pouvons pas mener d'attaque à grande échelle pour l'instant. Nous ne sommes que trois face à toute la Garde royale. Je pense qu'il vaut mieux agir furtivement. C'est ce que Kyuu essaie de vous dire.

    Fukase s'interrompit et réfléchit: « C'est vraiment ce que tu pensais, Kyuu ? »

    Le grand frère sauta sur l'occasion, et fut également suivi par son jumeau. « Euh... Oui, c'est ça, nous en avons réfléchi sur le trajet avec elle d'ailleurs », ajouta-t-il pour ajouter plus de poids à son mensonge.

    - Que proposes-tu donc, Leora ? demanda Fukase.

    - Nous avons un objectif, la salle du trône. D’après ce que j’ai entendu hier, la Reine prévoit sa réunion à cet endroit. Et il sera plus facile d'y accéder à trois en se faufilant entre les sentinelles de la garde. J'ai remarqué que les jumeaux étaient doués pour ça aussi, commença-t-elle. Puis, elle prit plusieurs minutes pour élaborer son plan devant son nouveau patron.

    - Parfait !  fit Fukase. « Ce plan me plaît ! Et en plus, il nous permet d'économiser les explosifs. Je vous laisse donc faire comme cela. Je vous attends demain pour le rapport quotidien, en espérant de bonnes nouvelles. » Ensuite, il salua un par un les intervenants. « Roku, bonne chance, mon chéri. Kyuu, mon petit chat, ne soit pas trop froid avec Leora s'il te plaît. Et vous, ma belle, quel plaisir de vous avoir rencontrée. » Puis, l'écran s'éteignit subitement.

    Les Genshine poussèrent alors un ouf de soulagement en déposant leur réserve d'explosifs au sol. Ils remercièrent également Leora de les avoir aidés à soudoyer Fukase pour qu'il n'aille pas plus loin dans sa folie. Cette marque de respect n'était pas dans leurs habitudes, mais les jumeaux durent se mettre à l’évidence : elle leur avait sorti une sacrée épine du pied.

    - Avec plaisir ! répondit-elle. « Maintenant, il faut se préparer pour la mission. »

    Les frères se dirigèrent donc vers la pièce d'à-côté pour se changer. Leora resta encore quelques instants, et observa les sacs d’explosifs posés par terre. Elle ouvrit celui de Roku et s'empara d'une petite partie du contenu, qu'elle fourra rapidement dans son sac personnel.

    - On ne sait jamais, ça peut toujours servir…

     

    -- ---------------------------------------------- --

     

    Près du Palais Royal et de la caserne de la Garde, tout était en place. Hatsune Miku s’était attelée à toute l’organisation de la sécurité pour cet événement unique. En effet, le pays de Kuni avait rarement dû faire face à une crise aussi compliquée, c’était même la première passe difficile depuis la Grande Guerre Magique, et la première à laquelle fut confrontée la Reine Luka. Elle savait que le peuple du pays comptait sur elle et que le moindre de ses agissements serait jugé. Le Conseil des Quatre qu’elle avait convié revêtait des allures de Conseil de Guerre ; on allait y parler énormément de stratégie et de manœuvres de troupes militaires. Le problème le plus évident était que leur ennemi demeurait le plus souvent invisible, et qu’il était donc quasiment impossible de l’attaquer avant qu’il ne se montre. Luka réfléchissait à tout ceci, alors qu’elle attendait devant la porte de la salle du trône, au bout du long couloir où étaient également stationnés Miku, Gumi, Yuma, Alys, Rin et Len. Meiko, elle, patientait dehors près de la porte afin d’accueillir les trois chefs qui venaient d’annoncer leur arrivée. A l’extérieur, l’atmosphère demeurait calme malgré l’importance de la venue des leaders de village. Mis à part les gardes postés tout le long du château, personne n’était à signaler. Les civils n’avaient pas été conviés à l’arrivée des Sages.

    Le premier chef s’arrêta juste devant le portail d’entrée. Au vu du blason affiché sur la diligence menée par deux splendides chevaux, Meiko put en déduire qu’il s’agissait de Lily, la patronne du village d’Enkan. Sa servante sortit la première, puis laissait place à cette jeune femme. Elle était pourvue de longs cheveux blonds, qui auraient pu rendre Rin jalouse, et était vêtue d’une tenue légère : un petit haut paré de noir et de blanc, au bas duquel on pouvait légèrement apercevoir son ventre, et d’une petite jupe noire. Elle portait également son sceptre, presque aussi grand qu’elle. Celui-ci était fabriqué en ébène, et disposait d’une pierre taillée en son sommet. Au final, malgré son âge relativement jeune, elle donnait l’impression d’être à la hauteur de son statut. Meiko se mit alors à lui présenter ses hommages comme il se devait, puis à l’accompagner à l’intérieur, où Lily s’inclina longuement devant la Reine.

    - Ma Reine, c’est un honneur de vous revoir enfin. Dommage que cette réunion ne serve à s’entretenir à propos d’évènements aussi funestes… Je vous présente d’ailleurs toutes mes condoléances pour la perte de tous les autres chefs du Conseil.

    - Merci, ma chère Lily, répondit Luka, avant de la présenter à Gumi, qui allait être chargée de sa protection durant tout son séjour à Kyôu.

    Elle avait déjà eu l’occasion de croiser Gumi à plusieurs reprises, mais ne lui avait encore jamais adressé la parole. Il faut dire que, la plupart du temps, Miku, Yuma, et la guerrière aux cheveux verts étaient uniquement responsables de la protection de la Reine, et n’avaient pas de temps à perdre en bavardages.

    - Au vu de la situation, je vous ai fourni une protection spéciale pour le temps que vous allez passer ici. Gumi est l’un de nos meilleurs éléments. Il ne devrait rien vous arriver avec elle, assura Luka.

    - Votre réputation vous précède ! lança Lily en direction de Gumi. « C’est un privilège pour moi d’être protégée par une personne de votre rang ! »

    - Tout le plaisir est pour moi, rétorqua Gumi en s’inclinant. De leur côté, Rin et Len restèrent bouche bée devant la politesse affichée par leur formatrice, provoquant un léger sourire moqueur chez Yuma.

    L’entrée des deux autres chefs de village se déroula de la même manière. Tous furent accueillis d’abord par Meiko, puis par la Reine, qui se mettait ensuite à leur présenter leur protecteur pour la durée de la réunion.

    Le deuxième chef, natif du village de Nozon, se nommait Takahashi. Assez jeune lui aussi, il était connu pour son comportement assez prétentieux. Il était le dernier à avoir été nommé au Conseil des Sages et aimait profiter de sa position. Pourtant, il restait pour l’instant relativement calme et salua la Reine avec respect. Luka lui présenta Alys, sa garde attitrée. Son visage changea alors subitement d'expression :

    - C’est bien gentil ma Reine, mais je pense pouvoir me défendre tout seul. Je n’ai pas besoin d’une femme pour cela.

    Alys, barrée par sa timidité, ne prit même pas la peine de répondre. Gumi, de son côté, serrait les dents, de sorte de ne pas s’énerver. Yuma s’avança vers le trio en discussion quand la Reine rétorqua à l’attention de Takahashi :

    - Vous n’avez de toute façon pas le choix. C’est un ordre de votre Reine. Et puis, il me semble que vous n’étiez pas très à l’aise la dernière fois contre l’un de nos gardes pendant un tournoi. J’espère pour vous et pour le village de Nozon que vos capacités en combat se sont améliorées ! En attendant, je vous prierai de montrer davantage de respect envers les femmes de mon armée ! A moins que vous ne vouliez tenter un duel avec Gumi, Alys ou Miku ?

    Takahashi se tût immédiatement. Il connaissait bien sûr le niveau de Miku et de Gumi, et savait qu’il ne tiendrait pas très longtemps en combat singulier. Il venait de rencontrer Alys, mais l’assurance de la Reine à son égard ne lui donna pas envie d’en apprendre plus sur les capacités de la jeune fille à la tresse. Il répondit donc calmement : « D’accord, ma Reine, comme vous voudrez », puis ajouta un mot d’excuse en direction d’Alys.

    - C’est bien ce qui me semblait, conclut la Reine.

    La troisième sage s’avança également quelques minutes plus tard dans le long couloir menant à la salle du trône en compagnie de Meiko. Il s’agissait de Kinzaki Koharu. Avec les meurtres des chefs des villages d’Uchi et Furisato, elle devenait la membre du Conseil la plus ancienne, du haut de ces cinquante ans. Son expérience de ce type de crises était grandement appréciée par la Reine. Koharu suivit par ailleurs le protocole à la lettre, avant d’être présentée à Yuma, qu’elle avait déjà croisé à plusieurs reprises.

    - Oh, Yuma, ça faisait longtemps ! Vous n’avez absolument pas changé !

    - Je peux en dire de même pour vous, Madame, répondit Yuma. « Je vois que le poids des années n’a aucune emprise sur vous… ». Il était vrai que Kinzaki ne paraissait pas son âge, elle portait toujours de longs cheveux noirs, et était vêtue d’un kimono blanc et rose du plus bel effet.

    - Qu’il est gentil, celui-là…

    Les trois chefs étant arrivés, la Reine s’empressa de les faire pénétrer à l’intérieur de la salle du trône afin de pouvoir commencer le Conseil. Chaque groupe composé du chef et de son garde entra à son tour et se plaça autour de la table. Miku resta encore quelques secondes dans le couloir en compagnie de Rin et de Len.

    - Vous n’avez pas oublié votre mission ? Je veux que vous patrouilliez dans les moindres coins et recoins des environs. Toutefois, ne vous aventurez pas non plus trop loin dans la cour du château. C’est inutile, les gardes surveillent déjà toutes ces zones. Au moindre problème, vous courrez ici pour me prévenir…

    Les jumeaux blonds marquèrent leur accord en même temps, et affichaient chacun sur leur visage le même air déterminé.

    - Bonne chance !, leur murmura Miku avant de refermer la porte de la salle du trône derrière elle.

    Rin et Len s’observèrent quelques instants en silence. Leur véritable première mission en duo allait commencer, et elle ne s’annonçait pas des plus évidentes. Pourtant, au-delà de l’inquiétude qu’ils éprouvaient, ils débordaient de motivation.

     

    -- -------------------------------------------------- --

     

    Le crépuscule commençait à tomber. Les gardes présents autour du château pouvaient observer les lumières s’échappant de la salle du trône. Le Conseil des Quatre se trouvait encore en pleine réunion. Depuis plusieurs heures déjà, les Sages tentaient de trouver une solution à la série de meurtres, et puis de réunir le plus d’indices possibles sur leur ennemi commun.

    Dehors, au détour d’une étroite ruelle, trois ombres agissaient, vêtues de vêtements sombres. Seules les chevelures rouges de la praticienne du Koryu et vertes des jumeaux Genshine s’extirpaient de leur capuchon. Les frères portaient chacun leur fidèle sabre à la ceinture, enfermé dans un fourreau bleu marine. Leora, quant à elle, portait un léger sac à dos, et était armée d’un long poignard. Elle n’avait pas besoin de davantage d’armement, sa spécialité étant le corps-à-corps. Les trois intrus observèrent pendant un petit moment le passage des gardes, en essayant de trouver la faille dans la surveillance. Comme ils s’en doutaient, Miku avait particulièrement accentué les sentinelles, rendant l’accès au Palais encore plus difficile que d’habitude.

    - Bon je pense qu’il sera plus facile de passer par l’arrière. J’ai déjà eu l’occasion de faire plusieurs fois le tour du château. Une entrée permet de passer par le sous-sol, moins fréquenté, puis de se frayer un chemin vers l’aile principale. Ca ne sera pas facile, il faudra rester prudents… Vous me suivez ?, murmura Leora.

    Les jumeaux acquiescèrent, et le trio entra en action. Ils se faufilèrent ainsi dans les petites rues qui jalonnaient les alentours du Palais Royal, afin de parvenir à l’endroit désigné par la guerrière. Les remparts qui se situaient derrière le château était moins élevés que les autres, ils furent par conséquent plus faciles à escalader. Après s’être assurés de l’absence des sentinelles au sommet, les Genshine grimpèrent à une vitesse digne de shinobis, alors que Leora parvint au sommet d’un unique saut. Ils purent ensuite se dissimuler derrière l’une des nombreuses plantes qui ornaient le jardin arrière. Quelques gardes se trouvaient là, heureusement fussent-ils légèrement isolés des autres. Si Leora et les Genshine agissaient furtivement et rapidement, ceux-ci n’auraient pas le temps de sonner l’alerte. Les trois guerriers se glissèrent donc le long des murs, bien aidé par les ténèbres qui envahissaient le lieu, et leurs vêtements sombres. Ils parvinrent alors à se retrouver juste dans le dos des gardes, et de les mettre hors d’état de nuire en quelques dixièmes de secondes. Kyuu, Roku et Leora n’avaient même pas dû dégainer leurs armes, un simple étranglement fit l’affaire pour leur faire perdre connaissance.

    - Bien joué, nous n’avons plus qu’à passer par cette petite porte. Elle mène au sous-sol. Apparemment, un escalier conduit directement au rez-de-chaussée, dans le couloir précédant la salle du trône… Restez sur vos gardes !

    Les jumeaux furent tout de même impressionnés non seulement par la technique de Leora, qui avait réussi à franchir le mur en un seul pas, mais aussi par la manière avec laquelle elle avait préparé leur expédition. Elle connaissait le plan du château par cœur. Ils progressèrent lentement dans le sous-sol et montèrent tranquillement l’escalier menant à l’étage supérieur. Puis, Roku entre-ouvrit la porte vers le couloir, et vérifia la présence de gardes. Il aperçut deux jeunes têtes blondes, un frère et une sœur, en train de patrouiller à cet endroit. Il referma la porte immédiatement.

    - Ce sont les jumeaux que nous avons croisés à Furisato ! chuchota le cadet.

    - Ce n’est pas bien grave ! rétorqua Kyuu « Ils n’avaient pas l’air bien dangereux la dernière fois. On s’en occupe », ajouta-t-il en direction de Leora avec une expression de défi. Selon lui, elle avait pris trop de place dans l’opération, et s’était même permise de s’attirer les faveurs de Fukase. Bien que Kyuu s’appréciait pas son patron plus que cela, cela l’ennuyait fortement de voir une novice prendre sa place dans l’organisation. Le moment était venu de réparer toutes leurs erreurs, à son frère et à lui.

    Les jumeaux aux cheveux verts sortirent donc rapidement de la cave, et firent face aux Kagamine, Rin et Len furent tout d’abord surpris, puis reprirent leurs esprits et retirèrent leurs sabres de leurs fourreaux. Pour eux aussi, il était temps de faire leurs preuves, même s’il fallait avouer que, pour leur premier combat réel, ils auraient pu tomber sur des adversaires d’un moindre niveau.

    D’un coup d’œil, Kyuu et Roku se partagèrent les cibles, l’ainé s’occupant de Len, tandis que le plus jeune s’attaqua à Rin. Les jumeaux blonds avaient déjà préparé leur parade de défense alors que les Genshine s’avançaient violemment devant eux, leurs épées disposées bien en avant. Les premiers coups n’atteignirent pas leurs cibles, provoquant de ce fait le bruit caractéristique du frottement entre les lames. De son côté, Len tentait de prendre le dessus sur son adversaire grâce à sa force appliquée directement sur son arme, répétant ainsi une technique bien connue que lui avait enseignée Yuma. Par contre, Rin fit preuve d’un jeu de jambes stupéfiant pour se démarquer de son ennemi. Ce style de combat n’aurait certainement pas déçu Gumi. Les Kagamine parvinrent à se défaire des attaques des Genshine et s’éloigner de quelques mètres. Ils tentèrent alors d’alerter les gardes présents aux alentours et dans la salle du trône de la présence d’intrus. Pendant ce temps, Leora restait bien à l’abri derrière la porte de la cave.

    - A l’aide ! cria Rin « Des intrus ! ».

    Les frères ennemis ne leur laissèrent pas le temps de réitérer leurs appels, et lancèrent une nouvelle salve d’attaques. Cette deuxième série était bien plus sérieuse que la précédente. Kyuu et Roku avaient en effet analysé le style de combat des Kagamine et avaient remarqué leurs progrès. Rin et Len contrèrent encore une fois les assauts de leurs adversaires. Cependant, Kyuu fit parler sa vitesse pour se projeter derrière Len, et lui asséner un coup de poing rapide dans la nuque. Le jeune blondinet perdit connaissance et s’allongea sur le sol. Rin se tenait encore debout, et se défendait plutôt bien contre Roku. Mais l’évanouissement de son frère la poussa une nouvelle fois à appeler à l’aide. Par conséquent, elle porta moins d’attention sur le combat en cours. Le cadet des Genshine en profita et trouva l’ouverture : il s’abaissa, et fit perdre l’équilibre à la jeune sœur en lui faisant un croche-patte dans les jambes. Rin s’écroula, puis Roku lui cassa la jambe, de sorte de la mettre hors combat. C’est à ce moment que Leora s’extirpa de la cave, son sac toujours sur le dos. Elle cria aux jumeaux :

    - Achevez-les !

    Les Genshine n’eurent pas le temps de réagir. Par le même temps, les appels à l’aide de Rin avaient enfin été entendus, ce qui poussa la Reine, les Sages, ainsi que leurs gardes à interrompre leur réunion. Ils se retrouvaient donc dans le couloir à quatre guerriers contre trois. D’un côté, Miku, Gumi, Yuma et Alys se tenaient devant le membre du Conseil à protéger. Les trois premiers maintenaient leur sabre devant eux, alors qu’Alys s’était mise en position de combat. Rin s’était retirée sur un côté du corridor, en traînant la jambe, hurlant de douleur, tandis que Len restait allongé.

    - Rendez-vous !  lança Miku. « Vous ne pouvez plus rien faire. Vous êtes finis ! ».

    Kyuu et Roku s’observèrent. L’opération avait pourtant tellement bien commencé. Ils commencèrent tous deux à baisser leur sabre. Ils se retrouvaient en infériorité numérique, et la mission avait selon eux définitivement capoté.

    - Une minute, ma petite dame ! interrompit alors Leora.

    La guerrière rouge se fraya un chemin au milieu des deux jumeaux encore debout, et tenait dans ses mains un objet circulaire.

    - Je ne serai pas si certaine de votre victoire si j’étais vous ! D’ailleurs, vous allez nous confier la Reine, sinon, je vous annonce que je fais exploser cet endroit !

    Kyuu et Roku restèrent immobiles, stupéfaits par l’alternative de Leora. L’aîné éprouva même un léger sentiment d’énervement. Ils avaient pourtant bien discuté et avaient tous décidé de ne pas faire usage des explosifs. Leora n’était donc pas digne de confiance. Il s’en était douté, mais avait été forcé de faire équipe avec elle. En outre, si son plan fonctionnait, elle recevrait les félicitations de Fukase. Il serra les dents. Roku, lui, demeurait silencieux, et observait la scène calmement, bien qu'il n'approuvait pas non plus le comportement de sa nouvelle collègue.

    - Jamais ! répondit Miku. « Plutôt mourir ! »

    - « Vous êtes sûre ? » questionna la pratiquante du Koryu.

    Elle déballa un petit explosif de son sac, l’alluma et le lança en direction de Lily. Le projectile détonna juste aux pieds du chef du village d’Enkan et de Gumi, les projetant plusieurs mètres en arrière. Heureusement, elles n’étaient pas blessées, juste assommées, la déflagration n’étant pas encore assez forte.   

    - Et ce n’était qu’un avant-goût de notre puissance de feu ! Vous voulez toujours négocier ? nargua Leora.

    Miku pratiqua une battue destinée à se lancer en direction de l’ennemie pour l’attaquer. Juste à cet instant, elle fut ralentie par Luka, qui tira le tissu de sa tenue pour l’empêcher d’aller à l’assaut.

    - Arrête Miku. Ca n’en vaut pas la peine… dit-elle.

    - Mais, ma Reine. On ne peut pas les laisser vous enlever ?

    - Et risquer la vie de toutes les personnes présentes ici ? Non, il vaut mieux accepter leur marché…

    Les yeux de Miku commençaient à briller, écarquillés.

    - Ma Reine, vous ne pouvez pas faire ça…

    - Leurs vies valent bien plus que la mienne. Et puis, j’ai confiance en vous, je sais que vous parviendrez à me délivrer… confia la souveraine en se dirigeant lentement vers Leora et les Genshine.

    Gumi, Yuma et Alys se préparèrent également pour un assaut.

    - Ne faites plus un geste, invectiva Luka. « C’est un ordre ! »

    Ils s’arrêtèrent nets, alors que Kyuu ligota la Reine, Roku reprit en main son sabre. Leora, quant à elle, gardait bien l’explosif en main. Ensuite, ils sortirent tous les quatre par l’entrée principale du château, provoquant par la même occasion le désarroi dans le chef de tous les gardes présents dehors. Miku, Gumi, Yuma, Alys, ainsi que les trois chefs les suivirent jusqu’à l’extérieur, sans agir. A la sortie du Palais, Miku vit la souveraine se retourner vers elle, et crût lire sur ses lèvres :

    - Tu me sauveras ! J’ai confiance en toi !

    Leora se retourna également juste avant de s’enfuir, et adressa un message à Alys :

    - On se retrouvera, pratiquante du Koryu. Prépares-toi bien à notre prochaine rencontre.

    Alys resta atterrée, interloquée par ces mots, tandis que les ennemis disparaissaient dans la nuit et les ténèbres, tenant la Reine du pays de Kuni en otage.

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #22 le: 04 décembre 2016, 17:28:26 »
    Coucou !

    Et voici le chapitre 13 :-)

    Spoiler
    Chapitre 13 : Owari


    Leora et les frères Genshine ruisselaient à travers les petites ruelles qui menaient au quartier populaire de la capitale. La Reine Luka était posée sur les épaules de Kyuu, qui, même avec ce poids supplémentaire ne ralentissait pas. Malgré son apparence frêle et mince, l'aîné disposait d'une force redoutable. Cela avait déjà surpris de nombreux adversaires; le dernier, Len, fut étonné par la violence du coup porté par son adversaire quelques dizaines de minutes avant, le laissant knock-out sur le coup.

    Le crépuscule était tombé, et il commençait à être ardu de s'orienter dans la ville. Heureusement, les trois associés connaissaient la route par cœur, et purent se rendre rapidement à leur refuge. Ils se tinrent alors devant la maison, le sentiment du devoir accompli. Luka, toujours ligotée, était pourtant parvenir à défaire l’un de ses bras et se tenait aux côtés de Kyuu et Roku. Leora fit immédiatement la remarque à l’aîné qui lui répondit, gêné : « On était pressé ! Et puis, elle n’a pas pu faire grand-chose… » Puis il gratifia la mercenaire de sa grimace traditionnelle, qui traduisait tout le bien qu’il pensait d’elle.

    -   On a réussi Kyuu, lança le cadet. « Fukase sera fier de nous cette fois ».
    -   Mouais, rétorqua le grand frère sans plus d'assurance. Puis, il se tourna vers Leora. « On s'était pourtant mis d'accord: nous ne voulions pas utiliser les explosifs ! On ne peut décidément pas vous faire confiance. Qui sait, la prochaine fois, vous nous préparerez peut-être un nouveau coup fourré ! »

    La guerrière aux cheveux rouges le ravisa d'un air dédaigneux.

    -   C'est le résultat qui compte ! se justifia-t-elle. « Et sur ce point, nous sommes allés au-delà des espérances. Et ce n'est pas grâce à toi, mon petit Kyuu... » défia-t-elle.
    -   Comment ça ? s'énerva l'aîné.
    -   Vous êtes trop justes, ton frère et toi, vous voulez toujours agir dans les règles. Ce n'est pas comme cela que vous arriverez à vos fins... En attendant, l'objectif est atteint, il vaut mieux s'en réjouir.

    Kyuu ne pipa mot. Il était vrai que le plan de sa collègue avait fonctionné, bien qu'il eût du mal à l'admettre. Roku se rapprocha de son frère et le tint par les côtes, lui chuchotant de ne pas emmener la discussion plus loin. Il était temps de montrer leur trophée de chasse à leur patron. Pour une fois, Fukase allait certainement se révéler de très charmante humeur.

    -- ------------------------------- --

    Au Palais Royal, les chefs de village accompagnés de leurs gardes restèrent immobiles devant la grande étendue sombre du quartier noble. Ils n'avaient rien pu faire et s'étaient contentés de laisser la Reine partir. La souveraine avait préféré se sacrifier plutôt que de risquer la vie de ses collaborateurs, et tous se sentaient coupables de cette situation. S'ils avaient pu prévoir une telle attaque, les choses n'auraient pas aussi mal tourné. Miku, surtout, restait sous le choc. Elle-même avait orchestré toutes les manœuvres de garde et de sécurité pour ce conseil, qui s'était soldé par un échec cuisant.

    -   Tout le monde, veuillez m'accompagner dans la salle du trône... Nous avons du pain sur la planche.

    Il fallait réagir au plus vite, et adopter une stratégie de contre-attaque. L'expertise des trois membres du Conseil des Sages ne serait pas de trop. Miku comptait sur la coopération de tous. Le pays vivait sa crise la plus grave depuis quinze ans, et aucun leader n'était là pour contrôler les troupes. Naturellement, la femme aux couettes endossa son rôle, ne fut-ce que par respect pour sa souveraine et amie. Elle se devait de la retrouver. Les derniers mots prononcés par Luka au moment de son départ résonnaient encore dans l'esprit de Miku, et lui donnèrent une force insoupçonnée et une motivation sans pareille.

    Au milieu du couloir menant vers la grande salle, on pouvait observer Len reprendre ses esprits, tandis que Rin était toujours couchée au sol, la jambe meurtrie. Le garçon prit quelques secondes pour se relever, puis aperçut sa sœur blessée, et fut soudainement pris d'un élan de panique.

    -   Rin ! Que t'est-il arrivé ? hurla-t-il.

    La jeune fille lui rendit un sourire. Elle ne put toutefois pas cacher la douleur lancinante qui lui traversait tout le bas du corps. Gumi demanda donc rapidement à un garde situé à l'extérieur du château d'appeler les secours au plus vite, et se rendit auprès de sa disciple.

    -   Désolée, maître... Je n'ai pas été assez forte, s'excusa Rin.

    Contre toute attente, Gumi se mit à enlacer la jeune fille. La blondinette s'attendait pourtant à recevoir une remontrance de la part de sa formatrice, c'est ce à quoi elle était habituée. Gumi se contenta de lui répondre:

    -   Tu as fait tout ce que tu as pu. L'adversaire était trop fort pour toi... Le fait que vous ayez pu tenir aussi longtemps face à eux relève de l'exploit. Vous avez bien progressé tous les deux. Maintenant, pense à te soigner et reviens-nous plus forte encore. Nous aurons besoin de toi, finit-elle alors que Rin fut placée sur un brancard qui la mènerait vers l'hôpital militaire, situé à quelques dizaines de mètres de la caserne.

    Peu après, les trois chefs de village restants retournèrent dans la salle du trône. Miku resta cependant encore quelques instants dans le corridor, et remarqua Alys, qui restait immobile devant la porte d'entrée du palais.

    -   Tu te doutes de ce que je vais te demander, Alys, commença Miku en se dirigeant vers la villageoise.
    -   Vous avez entendu ce que cette jeune femme a dit... Elle connaît mon secret... Cela voudrait dire que...
    -   Est-ce que tu sais combien il reste de pratiquants du Koryu en vie ? interrompit Miku.
    -   Plus énormément, c'est un art qui se perd... Dans mon village, nous étions la dernière famille à le connaître, elle doit donc venir d'ailleurs... expliqua Alys.
    -   Quoi qu'il en soit, nous aurons besoin de toi. S'il est vrai que notre ennemie pratique aussi ce type d'art martial, tu es la seule capable de nous aider...
    -   Justement, j'hésite...commença la fille à la tresse. « Je n'ai jamais combattu un autre pratiquant du Koryu, mis à part mon père, quand il m'entraînait... »

    Miku comprenait les inquiétudes d'Alys. Cette jeune fille n'avait pas été élevée en tant que soldat, et elle ne parvenait pas à faire fi de ses doutes. La commandante devait trouver les mots justes pour lui faire reprendre confiance.

    -   Tu sais, la réputation de ton père n'est plus à faire. Je pense que, de toute manière, il t’a bien formée. Ton niveau doit être plus élevé que celui de cette guerrière. Et puis, tu nous as déjà fait démonstration de tes talents, et tout le monde a été impressionné, même moi. Et je peux te dire que ce n'est pas facile, ajouta Miku sur un ton léger. C'était peut-être le meilleur point de vue à adopter.
    -   Merci, commandante. Je me préparerai à ce combat, physiquement et mentalement, conclut Alys.
    -   Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à venir me voir... proposa Miku avant d'accompagner la villageoise dans la salle du trône.

    Elles passèrent ainsi devant Yuma et Len, qui s'étaient assis près du mur gauche longeant le couloir. Le jeune garçon blond s'était déjà posé là depuis quelques minutes, la mine renfrognée. Yuma l'avait observé, et s'était rapproché de lui petit à petit.

    -   Qu'y a-t-il, Len ?
    -   Vous pensez que je suis assez fort, maître ? interrogea le jumeau.
    -   Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
    -   J'ai été incapable de la protéger... Mon adversaire m'a mis hors combat en moins de deux minutes, et l'autre en a profité pour blesser ma sœur... Je n'ai rien pu faire... Je suis son frère, j'aurai dû me concentrer à la protéger, mais je n'en ai pas été capable.

    Yuma prit quelques instants pour formuler sa réponse.

    -   Ta formation n'est pas encore terminée. En fait, je pense que vous n'étiez pas encore prêts pour une mission aussi difficile.

    Len regardait son formateur d'un œil étonné.

    -   Vous voyez, vous dites aussi que je suis faible.
    -   Ce n'est pas ce que je voulais dire, se reprit le guerrier aux habits noirs. « Ta sœur et toi avez accepté cette mission sans rechigner, bien que vous n'étiez pas prêts. Ce courage est à mettre à votre crédit. Je ne connais pas beaucoup de soldats qui auraient agi comme vous. »
    -   N'empêche que je n'ai rien pu faire pour Rin. Elle devrait m'en vouloir ! s'apitoya Len.
    -   Je ne pense pas, commença Yuma.
    -   Qu'est-ce que vous en savez? hurla le jeune homme.
    -   Le premier à avoir proposé d'entrer dans l'armée pour la protéger, c'est toi, Len. Tu accomplis parfaitement ton devoir de frère. Et puis, Rin est une jeune femme forte. Elle n'a pas besoin de toi sans arrêt pour la protéger. Va la voir à l'hôpital, et reste avec elle. C'est là-bas qu'est ta place pour l'instant.
    -   Et pour l'opération ? Je pourrais y participer ? Je dois me rattraper...

    Yuma sourit, charmé par l'abnégation de son disciple.

    -   Bien sûr, chaque aide est la bienvenue. Je viendrai te chercher à l'hôpital quand tout sera prêt. Maintenant, va voir Rin, elle a besoin de toi...

    Le maître de sabre prit finalement congé, et rejoignit tous les autres dans la salle du trône, alors que Len quitta le Palais Royal. Les paroles de Yuma lui avaient fait du bien. Le lieutenant était parvenu à lui remonter le moral, et à lui donner une certaine motivation. Le jeune Kagamine avait désormais un objectif, celui de se venger des frères Genshine, qui avaient osé blesser sa sœur.

    -- --------------------------------------- --

    Dans la salle du trône, Miku prit place à l'extrémité de la table de réunion. Le temps était compté, il fallait retrouver la souveraine au plus vite. Les motivations réelles de l'ennemi étaient toujours inconnues, mais, en concertation avec les autres participants, la commandante s'accorda à conclure que les opposants n'en voulaient pas à la vie de la Reine. En effet, Leora avait eu l'occasion d'en finir, mais avait préféré prendre Luka en otage et fuir. Ce qui laissait un mince espoir. Quelques minutes plus tôt, la patronne de la Garde avait pris contact avec le chef de l'escouade de surveillance afin de quadriller le périmètre dans toute la ville. Les jumeaux et la praticienne du Koryu ne pouvaient en aucun cas quitter la capitale. Finalement, la superficie de recherche était déjà réduite, mais Miku préféra encore discuter stratégie avec le Conseil, dans le but de maximiser l'efficacité:

    -   Donc, nous pouvons en conclure que l'ennemi n'a pas quitté Kyôu, commença-t-elle.
    -   Mais où pouvons-nous le chercher ? interrompit Kinzaki Koharu. « Si vous me le permettez, j'ai une petite théorie... »

    Kinzaki était la plus ancienne membre du Conseil, et son avis se révélait souvent très intéressant. Tous les participants autour de la table la regardèrent alors patiemment.

    -   Je pense que nous pouvons limiter les recherches au quartier populaire. Selon moi, leur cachette ne se trouve pas dans le quartier noble, mais dans l'une des nombreuses petites ruelles mal famées de l'autre partie de la ville.
    -   On devrait alors lancer toutes les troupes vers le quartier populaire ? demanda Yuma.

    Miku répondit tout de suite à sa question:

    -   Non, il ne faut surtout pas provoquer de mouvement de panique justement. Nous devons quadriller la zone par petits groupes, de sorte de ne pas inquiéter la population et surtout de ne pas se faire repérer...

    Tous s'accordèrent sur la stratégie. A l'aide d'une carte de cette partie de la capitale, ils divisèrent la zone en sept parties. La recherche dans chaque section était placée sous l'autorité d'un des chefs de village ou de l'un de ses gardes. Chacun disposait également d'un petit groupe de soldats chargés de patrouiller en ville pour retrouver la Reine. Finalement, même en cette période de crise, le gouvernement du pays de Kuni restait solidaire.

    L'organisation s’effectua assez rapidement et, dans l'heure, tous les groupes se retrouvèrent devant la Palais Royal prêts à accomplir leur mission.

    Miku se tenait devant tout le monde, près du portique qui marquait l'entrée du château. Sa prestance naturelle faisait que, même les chefs de village, qui étaient pourtant d'un rang social supérieur à elle, se courbaient légèrement devant la commandante et attendaient ses ordres.

    - On se retrouve ici toutes les deux heures. Je veux un rapport sur tous les éventuels indices que vous auriez trouvés. Toutefois, ne prenez pas de décisions hâtives, et n'entreprenez rien seul. Sur ce, je vous souhaite bon courage et bonne chance !

    Alys, Gumi et Yuma, ainsi que Lily, Takahashi et Koharu approuvèrent d'une signe de tête et se saluèrent tous avant de prendre la route.

    -- ---------------------------------------- --

    Len venait d'arriver à l'hôpital de Kyôu. Sa mine était défaite, mais les derniers mots de Yuma résonnaient encore dans son esprit. Il serra les dents, encore sous l'effet de l'énervement. Son attitude démontrait également une forme de motivation. Il allait se donner encore plus à l'entraînement. Le but maintenant était de progresser assez vite pour pouvoir rivaliser avec les jumeaux aux cheveux verts. D'autant plus qu'il demeurait  seul désormais, Rin étant certainement hors-jeu pour un certain temps.

    Au comptoir de l'accueil, le jeune garçon demanda poliment de le conduire au chevet de sa sœur. Il déclina son identité, puis l'infirmière le mena dans la grande pièce qui regroupait tous les blessés. Celle-ci était plus étendue que la salle de soins de l'hôpital du village d'Uchi, que Gumi et Yuma avaient visité après l'attaque de la tour, mais elle était bien moins remplie. Rin se trouvait dans l'un des lits du fond, et était en train de se faire soigner par une jeune soigneuse.

    La jeune fille ne remarqua pas immédiatement la présence de son frère, encore sous l'effet de la douleur tenaillante qui lui parcourait la jambe. Elle l'aperçut alors qu'il ne lui restait que quelques mètres à parcourir, et son visage s'illumina, comme si elle avait oublié la douleur. Len était également extrêmement ému, et ne trouvait pas ses mots. Qu'importe, sa sœur se mit à parler en premier.

    -   Alors, on s'évanouit en un seul coup? lui lança-t-elle, en référence à leur dernier combat. Rin pensait que l'humour ou la taquinerie représentaient le meilleur moyen de faire évacuer la pression. Elle avait en effet remarqué l’état de Len uniquement en observant les expressions de son visage quelques secondes.
    -   Oui... murmura-t-il, en simulant un faux rire.
    -   Ne reste pas là, assieds-toi près de moi, voyons...

    Le frère s'empara alors d'une petite chaise qui se trouvait sur le côté du lit, et s'installa doucement. Il prit ensuite délicatement la main de Rin, comme pour l'accompagner dans cette épreuve difficile.

    -   Il paraît que j'ai une fracture. J'en ai au moins pour un mois de soins. C'est dommage, je ne pourrais plus m'entraîner.

    Malgré la mauvaise nouvelle, le ton de Rin restait relativement positif. On sentait dans sa voix qu'elle ne désirait qu'une chose: guérir rapidement et se rendre de nouveau utile. Finalement, elle ressentait la même chose que Len, une dose de culpabilité en moins.

    -   Je m'entraînerai moi, confia Len. « Et je ne ferai qu'une bouchée de ces jumeaux... Je ne peux plus les voir... Comment peut-on être aussi cruel ? »

    La jeune Kagamine analysa son frère quelques instants.

    -   Justement, je ne pense pas qu'ils soient si cruels que ça...
    -   Comment ça ? s'énerva Len. « Tu as vu ce qu'ils t'ont fait ? Et tu veux encore faire preuve de pitié ? »
    -   Et s'ils étaient obligés de nous attaquer. Je ne pense pas qu'ils fassent cela de gaieté de cœur.
    -   Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

    Rin dévoila alors son argumentation:

    -   Souviens-toi. A Furisato, tout le monde était étonné... Même si la maison du chef avait été attaquée, on ne dénombrait pas beaucoup de morts. Je pense qu'ils ne tuent que quand ils sont obligés. Tout ça me fait penser que quelqu'un d'autre tire les ficelles en cachette. Clairement, ce ne sont pas eux les cerveaux. Et je pense qu'ils doivent souffrir de leur situation, vu comment ils agissent.
    -   Je ne vois pas vraiment où tu veux en venir... lui fit remarquer Len.
    -   Ils ne sont peut-être pas si différents de nous finalement...

    Son frère sursauta quand il entendit cette remarque, il n'avait pas encore fait de croix sur ce que ses ennemis avaient fait à sa sœur.

    -   Tu veux dire qu'on ne devrait pas se venger, et les laisser faire ?
    -   Non, rétorqua immédiatement Rin. « Mais on peut sûrement essayer de comprendre pourquoi ils font tout cela. Il suffit de réfléchir... »
    -   C'est tout réfléchi... murmura le garçon dans ses dents.

    Len marqua ensuite une pause et fixa un point lointain dans la pièce. Il laissa passer quelques secondes sans prononcer un seul mot.

    -   Qu'est-ce qui se passe ? Je vois que ça ne va pas, interrompit Rin.
    -   Rien, ça va...
    -   Je te connais trop, Len. Quand tu fais cette tête, tu caches quelque chose. Qu'est-ce qu'il y a ?
    -   C'est que... commença le jumeau. « C'est moi qui t'ai embarqué dans toute cette histoire... Je suis en partie responsable de ce qui t'es arrivé... Sans compter que je n'ai pas pu te protéger... »
    -   Comment ça ? Depuis quand j'ai besoin de toi pour me protéger, rigola Rin. Puis, elle reprit son sérieux. « Et puis, c'est moi qui ai voulu te suivre, pas l'inverse... Tu n'as pas à te sentir coupable... »
    -   Il n'empêche: on a quand même bien raté la mission...
    -   Alors, on doit encore s'entraîner ! conclut la jeune sœur. « Ce n'est pas en remuant le passé qu'on va s'améliorer ! Bouge-toi et rends-toi utile pour l'instant. Je vous rejoindrai quand je serai prête. »
    -   Justement, Yuma m'a demandé de continuer à participer aux opérations pour retrouver les jumeaux...
    -   Tu vois ? Il te fait encore confiance... Montre lui ce que tu vaux.

    Len sourit. Yuma avait raison: la seule personne qui pouvait le remettre d'aplomb après son échec était sa sœur. Le lieutenant avait remarqué le lien qui les unissait et avait conscience qu'il pouvait les faire bénéficier d'une certaine force mentale. Quoi qu'il arrive, ils ne se retrouveraient jamais seuls.

    -   D'accord ! Mais ne traîne pas, sinon tu ne pourras pas rattraper mon niveau ! finit Len sous forme de boutade.
    -   Cause toujours ! répondit-elle. « Essaie déjà te t'appliquer... Et bon courage ».
    -   Merci Rin, répondit le jeune en se levant de son siège. « Merci pour tout... »

    La jeune blonde était toujours couchée sur le lit, mais son visage se para d'un sourire radieux, cette conversation s’avérait très fructueuse. Len retourna sur ses pas quand il sentit une résistance dans le bas de sa veste.

    -   Fais attention... Et prends soin de toi, Len, lui chuchota Rin avant de le lâcher.

    -- ---------------------------------------- --

    Le temps s'écoulait très rapidement. C'était déjà la fin de l'après-midi dans le quartier populaire de Kyôu. Les recherches pour retrouver la Reine avaient déjà débuté depuis plusieurs heures, chaque équipe étant partie de son côté. Les différents soldats et leurs chefs avaient déjà dû rendre trois rapports, comme prévu, mais ceux-ci n'avaient fourni aucun résultat valable. Une certaine inquiétude commençait à se faire sentir dans le chef de Miku. Elle ne s'était jamais retrouvée dans pareille situation. Jusqu'à présent, elle était présente à chaque fois que la Reine s'était retrouvée menacée. Mais ici, elle devait faire face à son incompétence non seulement à la défendre contre Leora, mais aussi à tenir la promesse qu'elle avait faite à Luka avant de partir. « Tu me sauveras, j'ai confiance en toi », ces mots repassèrent sans cesse dans la tête de la célèbre guerrière aux couettes. Cette crise était sans aucun doute la plus dure qu'elle n'eût jamais traversée depuis son arrivée à son poste. C'était également la première fois qu'elle doutait de ses capacités. Heureusement, l'aînée Kinzaki Koharu était parvenue à s'entretenir en privé quelques secondes avec la commandante lors du dernier rapport. Selon la Sage, Miku représentait le dernier symbole de pouvoir du pays de Kuni en l'absence de la Reine. Elle ne pouvait pas faiblir. Et puis, son passé parlait pour elle. Miku n'avait pas subi toutes ces difficultés pour craquer dans les moments difficiles. Elle était donc repartie en chasse dans le quartier populaire, plus motivée que jamais.

    De l'autre côté de la ville, Lily parcourait à une vitesse vertigineuse les allées qui se trouvaient près de l'une des places du quartier. Sa silhouette fine lui donnait une certaine rapidité, si bien que certains soldats dont elle était responsable éprouvèrent des difficultés à la suivre. Pourtant, elle ne relâchait pas son attention, se concentrant sur chaque centimètre de terre dans l'espoir de trouver un indice. Au loin, elle finit par apercevoir un objet brillant. Elle stoppa net et ramassa cet artefact. Il s'agissait d'une boucle d'oreille en or sertie d'émeraude. Lily reconnaissait ce bijou : il appartenait à la Reine Luka. La cheffe de village aurait bien sauté de joie si elle le pouvait. Après toutes ces heures de recherche, et alors que l'espoir commençait à s'amenuiser, le premier indice était là !

    -   Elle nous a peut-être laissé une piste. Elle doit être parvenue à défaire ses liens ! se dit-elle. Puis, Lily appela tous les gardes à sa disposition à la rejoindre à l'entrée de la rue.

    Elle désigna le plus jeune pour se rendre près du Palais Royal lors du prochain rapport. La blonde ne pouvait pas quitter sa position et devait continuer à prospecter à cet endroit. Cependant, elle finirait sans aucun doute par avoir besoin de renfort.

    -   Les autres, vous inspectez le reste des environs. A la moindre chose suspecte, vous me prévenez. Lily disposait déjà de l'aura d'un grand chef, malgré son jeune âge.

    A la hâte, elle inspecta les moindres recoins des environs. Au bout d'une rue, elle aperçut un bout d'étoffe de la même couleur noire que celle de la robe que Luka portait juste avant son enlèvement. Le jeu du chat et de la souris commençait. Lily se mit également à réfléchir. Elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait rien faire seule: les ennemis étaient au moins trois, voire plus, puisqu'elle ne savait pas si ceux-ci avait noué d'autres alliances. Elle se trouvait dans l'obligation d'attendre les renforts. Pour l'instant, la jeune Sage au sceptre continuait son chemin, entourée par trois gardes. Dans l'une des rues adjacentes, elle repéra la deuxième boucle d'oreille de Luka. Celle-ci était placée juste devant la porte d'une maison modeste. De taille relativement petite, cette habitation ne disposait que d'une seule fenêtre au rez-de-chaussée, ainsi que d’une autre à l’étage, et revêtit une façade de couleur pâle. Lily se glissa doucement sous la fenêtre et tenta d'observer l'intérieur. Le carreau était très sale, de sorte qu'il était difficile d'y voir quoi que ce soit. La jeune blonde put tout de même y apercevoir quelques têtes. L'une d'entre elles avaient les cheveux rouges, tandis que les deux autres étaient d'un vert brillant. Elle reconnut directement le signalement des ennemis. Immédiatement, Lily fit quelques pas en arrière pour se dissimuler près de l'entrée de la rue, à l'abri avec les soldats qui l'accompagnaient. Puis, elle demanda à l'un d'entre eux de guider tous les renforts jusqu'à l'endroit désigné. Lily attendait, et plus les minutes passaient, plus la pression se fit ressentir. Pour elle, il s'agissait de la première véritable mission dangereuse, mais également de sa première véritable bataille, de son premier combat réel. Bien qu'elle dût faire face à de fortes responsabilités malgré son jeune âge, à cause de son poste, elle était loin de disposer d'autant d'expérience et de sang-froid que la patronne de la Garde royale, par exemple. Lily souffla alors plusieurs fois, et fermait les yeux, afin d'évacuer toutes ces pensées néfastes et négatives.

    Au final, Hatsune Miku saurait quoi faire, et avait certainement déjà établi un plan, se dit-elle. Cependant, elle ne put s'empêcher de penser à la Reine Luka. Qu'était-il advenu d'elle ? Était-elle réellement en danger ?

    Lily joignit les mains, et pria pour que le reste des soldats arrivât rapidement.

    -- ----------------------------------- --

    A l'intérieur de la maison faisant office de repère, Kyuu Genshine tenait toujours fermement la reine Luka dans le dos. De son côté, Leora faisait preuve d'une décontraction impressionnante: bien qu'elle eût mené sa mission à bien, tout était loin d'être terminé, mais elle pensait déjà à négocier une petite augmentation de salaire. Finalement, elle avait accompli bien plus que l'objectif fixé, cela valait bien une petite récompense. Alors que les jumeaux se chargeaient de ligoter la souveraine du pays sur une petite chaise en bois (ils ne possédaient pas de meubles de meilleure qualité), la mercenaire écrivit déjà mentalement son argumentaire.

    En voyant Leora faire les cent pas, Kyuu l'interrompait dans sa réflexion:

    -   Hé, je vous préviens ! Je vous interdis de vous tailler tout le mérite de la réussite de la mission. Nous aussi, on a travaillé ! Et puis, nous étions les seuls à avoir combattu.
    -   Mon petit Kyuu, quand vas-tu décider de me faire confiance ? Ce n'était pas du tout mon attention, rétorqua Leora en bombant le torse.

    Roku écoutait la conversation un peu en arrière, et se joignit ensuite au groupe.

    -   Je suis d'accord avec mon frère, dit-il, tandis que la jeune dame lui lança une expression feignant l'étonnement. « Vous nous avez roulé ! On avait bien dit "pas d'explosifs" ! »
    -   Ça a marché, c'est ce qui compte !

    Kyuu reprit ensuite:

    -   Ça n'a rien à voir, nous sommes responsables de cette mission. Vous n'êtes là que pour nous aider, vociféra l'ainé, qui faisait preuve d'une certaine assurance pour une fois, la jeune guerrière avait bien dû l'énerver. « D'ailleurs, nous parlerons à Fukase, et nous lui présenterons nous-même toute la situation. »

    Ceci ne réjouissait pas Leora pour le moins du monde. Les jumeaux voulaient la priver de son heure de gloire, et de l'argent supplémentaire qu'elle voulait négocier, en prime. Elle était bien disposée à se défendre et à utiliser la force. Cette idée parcourut son esprit un quart de seconde. Puis, elle se ravisa. Les Genshine avait pu faire preuve de leur force et de leur talent certain au combat pendant les luttes au Palais, si bien qu'elle n'était pas certaine d'être de taille contre les deux sabreurs aux cheveux verts. Ils avaient beau se révéler particulièrement naïfs, il ne fallait pas les sous-estimer. D'autant plus qu'elle était en infériorité numérique. La mercenaire déclara donc forfait, et accepta la proposition de Kyuu, sans abandonner pour autant l'idée de discuter avec Fukase plus tard ; elle finirait bien par l'obtenir, son augmentation !

    Kyuu et Roku se regardèrent mutuellement quelques secondes, l’air satisfait. Puis, ils emmenèrent la souveraine du pays dans la pièce du fond. Elle était toujours ligotée sur sa chaise, les trois ennemis désirant ne pas prendre de risques. Les jumeaux l’installèrent donc devant l’écran, puis Kyuu tapota sur le clavier en face de lui pour appeler Fukase. Pendant un instant, il émit de petits rires de satisfaction, il allait pouvoir étonner son patron. Il imaginait déjà son expression quand celui-ci apercevrait directement Luka au travers de son écran. Roku se tenait de l’autre côté de la Reine, tandis que Leora demeurait plus en arrière, et observait la scène calmement.

    L’écran fixé devant eux fut éclairé de différentes couleurs, jusqu’à laisser apparaître le visage sadique de l’homme aux cheveux rouges. Il était paré d’un large sourire. Fukase n’avait même pas encore pris la peine d’analyser ce qui passait devant lui qu’il s’écria :

    -   Coucou, Kyuu. J’espère que tu m’apportes d’excellentes nouvelles !

    Puis, il remarqua la présence de cette magnifique femme aux yeux azur, et à l’air mystérieux. Son expression changea soudainement : Fukase éprouva une foule de sentiments : tout d’abord de l’étonnement, puis de la joie, en passant par un léger moment de doute. Pendant un instant, il n’en croyait pas ses yeux. Ses sbires avaient donc réussi à aller plus loin que leur objectif, et lui avait même permis d’effectuer un énorme pas dans l’élaboration de son plan.

    -   Luka, c’est bien toi ? lança-t-il d’abord en direction de la jeune femme. Puis, il se retourna vers Kyuu. « Mon cher, vous venez de capturer la Reine, félicitations. Cela me remplit de bonheur. Je ne trouve même pas les mots pour vous dire ce que je ressens. »

    Kyuu et Roku bombaient le torse et se tenaient bien droits, particulièrement fiers. Derrière Leora restait silencieuse et attendait de voir comment les frères allaient présenter la situation à Fukase.

    -   Oui patron, rétorqua simplement Kyuu. « Ce n’était pas facile, nous avons dû batailler dur, mon frère et moi… »

    Dans le fond, la mercenaire se crispa. Ils n’allaient tout de même pas l’oublier !

    -   Et puis, Leora nous a bien aidés, ajoutait Roku. « Nous n’étions pas d’accord avec ces méthodes, mais nous devons avouer qu’elle nous a sorti d’un sacré pétrin ! ».

    Leora fut rassurée. Ils n’étaient finalement pas si mauvais que cela, ces jeunes jumeaux, se dit-elle.

    -   Bien, bravo à tous les trois, donc. Je n’oublierai jamais cela, vous pouvez en être sûrs ». Les trois personnes exécutèrent donc un petit geste de victoire, chacun de leur côté. « Vous pouvez approcher la Reine un peu plus près de moi, s’il vous plaît. J’ai à lui parler. »

    Luka restait silencieuse et n’avait pas prononcé un seul mot depuis le début de l’appel. La jeune femme semblait plongée dans ses pensées. Néanmoins, une tension certaine commençait à se faire sentir dans la petite pièce. Ce face à face pouvait s’avérer électrique.

    La Reine était débraillée et encore sous le choc de son kidnapping. Ainsi, elle prit quelques secondes pour observer de près l’homme de l’autre côté de l’écran. Puis, on pouvait observer une légère larme couler le long de son œil droit, comme si elle ne voulait pas accepter cette personne devant ses yeux. Elle s’exprima ensuite d’une voie légère et hésitante :

    -   C’est toi… ? Owari … ?

    Fukase ne prononça pas une seule phrase. De leur côté, Kyuu, Roku et Leora ne comprenaient pas grand-chose à ce qu’il se passait, mais ils sentaient, dans le comportement des deux personnes en face d’eux, que leur histoire était bien plus complexe qu’ils ne s’en doutaient.

    L’homme aux cheveux rouges sourit lentement, tranquillement assis sur son fauteuil luxueux. Il voulait savourer ce moment qu’il attendait depuis des années.

    -   Oui, c’est bien moi… Cela fait longtemps, ma chère sœur. Comment te portes-tu ? Je ne t’ai pas trop manqué, j’espère ?

    A la suite de cette révélation, Kyuu exulta et les interrompit : « Attendez, vous êtes frères et sœurs ? »

    Luka le coupa rapidement : « Je suis sa demi-sœur… ». Elle insista particulièrement sur le « demi ».

    -   Oh ! ajouta Fukase. « Maman ne serait pas heureuse que tu le prennes comme ça… »
    -   Ne parles pas de Maman de cette manière. Pas après ce que tu as fait…
    -   Je n’avais pas d’autre choix, tu sais…

    La somptueuse Reine de Kuni éclata en sanglots, alors que Fukase restait impassible. « Pourquoi fais-tu tout cela ? » hurla-t-elle.

    -   J’ai mes raisons… répondit-il sporadiquement.

    La discussion fut ensuite interrompue par le bruit sourd d’un claquement sur la porte en bois à l’entrée de la maison. Puis, la voix familière de la commandante de la Garde Hatsune Miku s’écria.

    -   Nous savons que vous vous cachez ici. Veuillez sortir en vitesse, sinon nous emploierons la manière forte !
    -   Et zut, s’écria Kyuu.  « Comment ont-ils fait pour nous retrouver ? »

    Roku s’éclipsa rapidement à l’étage de la demeure, et observa à travers une minuscule fenêtre la formation qui s’était établie tout au travers de la rue. De nombreux soldats étaient réunis en rang, avec à leur tête, en ligne, les trois chefs de village, Miku, Gumi, Yuma et Alys, ainsi que Len qui les avait rejoints entretemps.

    -   On est mal, informa Roku en descendant quatre à quatre les escaliers.

    Leora tentait de garder son calme et prit la conduite des opérations.

    -   Pour l’instant, nous ne bougeons pas d’ici. Laissez-moi le temps de réfléchir à un plan…

    De son côté, la Reine Luka reprenait espoir, tandis que Fukase hurlait de colère à travers son immense bureau ; la souveraine pouvait le voir de temps en temps passer devant la caméra.

    -   Gardez courage, ma Reine, lança Miku. « Nous allons vous sortir de là ! »

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #23 le: 20 décembre 2016, 20:16:46 »
    Et voici le chapitre 14 !

    Bonne lecture ;-)

    Spoiler
    Chapitre 14 : La Porte vers l'Autre Monde

    La horde de soldats stationnait devant le repère des Genshine. Miku et ses sbires attendaient patiemment une réaction de la part de leurs ennemis. La commandante de la Garde réfléchissait par ailleurs encore à sa stratégie. D'une part, elle savait que le bataillon de l'armée de Kuni se trouvait en position de force, mais les frères avaient déjà fait preuve d'une telle ingéniosité quand il s'agissait de sortir de situations difficiles qu'elle se mettait en doute à chaque fois dorénavant. De plus, ils avaient été rejoints par la mercenaire Leora, qui avait également montré ses talents en matière de tromperie. En outre, Miku aurait bien aimé les avoir vivants. Ils cachaient encore beaucoup de mystères, et la patronne se disait que cette crise était encore loin d'être terminée. Sa conscience lui dictait que ce n'était que le début. Pour finir, elle ne devait pas oublier que son groupe pouvait à tout moment se retrouver dans une impasse; elle ne pouvait en effet pas prédire que les assaillants n'allaient pas s'en prendre à la Reine. Ils avaient là leur meilleur moyen de pression, et pourraient certainement s'en servir.

    Aux côtés de Miku se trouvaient Gumi et Yuma, qui s'étaient furtivement effleurés la main, à l'abri des regards, comme avant chaque bataille désormais. A la droite du guerrier aux cheveux roses se tenait Len. Le jeune garçon serrait les dents, et émit de petits grognements à intervalles réguliers. Son maître de sabre remarqua rapidement son état et se décida à intervenir:

    - Len, calme-toi. Tu n'arriveras à rien de bon dans cet état. La clé d'un bon combat est le calme et la concentration, ne l'oublie pas...

    - Oui, maître, mais j'ai tellement envie d'en découdre ! D'un autre côté, le blondinet repensait au style de combat de son formateur, lui qui parvenait à passer du calme à la colère en une fraction de seconde, ce qui déstabilisait souvent son ennemi.

    - Méfie-toi... Leur niveau n'a pas diminué, et tu ne t'es pas encore assez amélioré. Il faut que tu aies conscience de tes limites, sinon ça va mal finir... lui conseilla Yuma.

    - Oui, j'ai compris... murmura Len.

    Le frère Kagamine essaya par la suite de retrouver son calme, mais cela s'avérait particulièrement compliqué. A chaque fois, l'image de sa sœur meurtrie par ce sabreur à la tenue blanche et à l'air enfantin lui revenait en tête, ce qui provoquait chez lui une immense poussée d'adrénaline.

    A l'extrémité du groupe, Alys observait l'horizon. Elle connaissait son objectif principal. Là où les autres membres pouvaient se partager les ennemis, le sien lui était tout désigné. Leora était sa cible. Miku lui en avait parlé, elle comptait sur elle. Pourtant, la jeune femme à la tresse était toujours rongée par le doute. Était-elle capable ? Sera-t-elle à la hauteur ? Elle fixait un point au sommet de la maison, lorsqu'une main familière vint se poser sur son épaule.

    - Ça va, Alys ? demanda la guerrière aux couettes.

    - Oui, je crois, hésita Alys.

    - Chasse les pensées négatives. Je sais que tu es capable de rivaliser avec cette femme. Tu n'es pas la fille de Monsieur Vo pour rien. Ce talent coule dans tes veines. Combats naturellement et tout se passera bien.

    - Merci, commandante.

    - De rien, sourit Miku en reprenant sa place. Finalement, elle s'était attachée à la villageoise. Elle appréciait les guerriers plein d'humilité. Son opinion était qu’ils étaient souvent les plus doués, leur seul point faible étant leur manque de confiance. Mais lorsqu'ils parvenaient en en faire fi, ils devenaient des combattants pratiquement imbattables, et Alys était de cet acabit, elle le savait.

    Après quelques minutes de silence qui parurent déjà durer des siècles, Hatsune Miku réitéra son ultimatum, et attendit une réponse de l'ennemi terré à l'intérieur de son refuge.

    -- ------------------------------------- --

    Dans la maison, Leora parcourut toute l'étendue de la pièce dans laquelle se trouvaient également Kyuu, Roku et Luka. Fukase, bien à l'abri de l'autre côté de son écran n'était pas encore passé outre son moment de colère, et fustigeait dans tous les sens, prononçant çà et là des mots incompréhensibles. Par contre, la jeune guerrière restait relativement calme: lors d'un certain nombre de missions, elle s'était déjà sortie de situations désespérées, celle-ci ne ferait pas exception, se dit-elle.

    - En tout cas, nous ne devons pas sortir, commença Leora. « Notre seule chance est de profiter de l'exigüité de ce lieu, ils ne pourront pas tous nous attaquer en même temps ici ».

    - C'est pas faux ! Remarqua Roku. L'aîné restait avec Luka et ne tendit qu'une seule oreille vers la conversation. Kyuu n'était pas bon en stratégie, c'était surtout la force du cadet. Son patron l'avait déjà mis en garde contre sa propension à l'improvisation. Si elle pouvait constituer de temps à autres une force en combat, lors de manœuvres plus délicates, Kyuu était souvent à la traîne et se contentait de suivre le mouvement.

    La mercenaire continuait de réfléchir, quand soudain, une idée pourtant simple lui parvint à l'esprit:

     - Mais, on pourrait utiliser les explosifs ! Il nous en reste.

    Kyuu se retourna directement vers la jeune femme, et se plaça près de son frère. Puis, ils rétorquèrent ensemble:

    - Oh non, il n'en est pas question. C'est trop dangereux ! Si on détruit la maison, on se réfugie où après ?

    Leora vit rouge. Il s'agissait pourtant de la seule échappatoire qui lui venait en tête, mais elle devait une fois de plus se heurter à la trop grande "gentillesse" des jumeaux. Elle se tourna donc vers l'écran et chercha du soutien auprès de Fukase, mais celui-ci n'était même plus visible à l'écran, il était sans doute encore occupé à déverser toute sa colère dans un coin de son bureau.

    Finalement, elle reprit: « Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas sortir, ou nous courrons à notre perte. Est-ce qu'on peut fuir par le toit ? » interrogea-t-elle en regardant Roku, elle savait qu'elle ne pourrait pas trouver réponse auprès de l'aîné.

    - Oui, c'est possible. On peut passer par le grenier, et sortir.

    - C'est notre seule chance. Si on emprunte les rues, nous sommes fichus.

    Leora se lança donc dans un récapitulatif de sa stratégie:

    - Donc, nous attendons qu'ils entrent et nous tentons de lutter contre les premiers assaillants, Comme la maison n'est pas grande, ils ne pourront pas faire entrer plus de quatre ou cinq combattants. Préparez-vous donc à affronter les commandants les mieux placés et les plus forts. Je ne pense pas qu'ils enverront de simples soldats. N'oubliez pas ! Votre objectif est la fuite, pas la confrontation directe. Et protégez la Reine... Maintenant, nous devons trouver un point de ralliement pour la suite...

    Fukase, calmé, réapparut et interrompit la mercenaire:

    - Nous pouvons nous retrouver devant la Porte. C'était également l'un des objets de mon appel. Nous sommes prêts à passer à la prochaine phase du plan...

    Kyuu et Roku furent étonnés: « Déjà ?! » hurlèrent-ils de concert.

    - Oui, rétorqua Fukase. « Vu les récents événements, j'ai décidé d'accélérer les choses. Tout est prêt de notre côté. Nous pouvons donc nous rejoindre dans la forêt, près de la Porte. »

    Le chef donna ensuite les instructions à Leora qui n'avait aucune idée d'où se trouvait cet étrange artefact.

    Dehors, la commandante Hatsune Miku lançait son dernier ultimatum, auquel répondit immédiatement Leora:

    - Venez nous chercher ! Nous ne bougerons pas d'ici !

    Puis, elle se tourna une dernière fois vers Kyuu et Roku: « Préparez-vous, il va y avoir du sport ! »

    Les jumeaux se mirent ainsi aussi en position de combat, et dégainèrent leur sabre. Malgré une légère inquiétude, un sourire se dessina sur chacun de leurs visages. Ils aimaient se battre malgré tout, et ils appréciaient les défis. Celui-ci revêtit une toute autre difficulté.

    -- ----------------------------------- --

    Dehors, Miku observait attentivement la lourde porte d’entrée en bois de la maison. Plusieurs fois, elle crût voir celle-ci s’ouvrir, mais dût rapidement se ramener à la raison.

    - Je crains que nous n’allions pas avoir le choix. Il va falloir entrer. Mais en nombre limité… Si on fait usage de notre surnombre, ils n’hésiteront pas à s’en prendre à la Reine.

    Elle prit quelques secondes pour se concentrer puis établit son plan :

    - Je m’occuperai de conduire toutes les opérations. Gumi, toi, tu te charges de la Reine, elle faut qu’elle soit mise le plus rapidement possible en sûreté, et agis dès que tu penses que Luka est en danger. Yuma et Len, vous vous occupez des jumeaux. Yuma, je compte sur toi pour protéger Len, et toi, mon garçon, sois d’une grande aide pour ton maître ! Je ne sais pas à quoi m'attendre à l'intérieur, mais s'ils font usage d'une technologie de votre monde, tu seras le mieux placé pour la contrer.

    - Oui, rétorqua simplement le jeune garçon, déjà concentré, le regard fixé sur la porte.

    Puis, la patronne se tourna vers Alys : « Tu sais ce que tu as à faire. Prends confiance en toi et tout ira bien » sourit-elle.

    - Merci, Madame, dit la jeune femme, le regard quelque peu perdu.

    Miku se prépara donc à lancer son offensive quand les trois chefs de village, Lily, Takahashi et Koharu l'arrêtèrent dans son élan:

    - On ne peut pas aider, nous ? lança Takahashi.

    La commandante patienta avant de formuler sa réponse. Malgré son haut statut, elle ne pouvait pas se permettre de froisser un Sage.

    - Nous ne pouvons pas prendre le moindre risque avec vous. Actuellement, vous êtes les trois derniers membres du Conseil, et donc les trois personnes les plus importantes pour l'avenir du pays. Nous ne pouvons pas vous joindre à toutes nos actions militaires. Vous nous avez déjà bien aidés jusqu'à présent, et vous n'y étiez pas obligé. Et puis, je pense que nous pouvons nous en sortir...

    Le degré d'assurance dans la voix de Miku poussa les chefs à ne plus intervenir et à se mettre un peu sur le côté. Finalement, ils n'avaient plus qu'à admirer sa petite équipe en pleine action.

    Elle se tourna ensuite vers les soldats placés dans la rue : « Vous restez ici. S’ils tentent de s’enfuir, je compte sur vous pour qu’ils ne fassent pas deux mètres ! Et n’oubliez pas qu’ils tiennent la Reine en otage… »

    Miku donna alors le signal de l'assaut. Tous les guerriers qui avaient été désignés pour l'opération se lancèrent vers l'habitation, juste avant que Yuma n'enfonce l'énorme porte d'entrée en bois d'un seul coup.

    -- -------------------------------------- --

    A l'étage de la maison, Kyuu et Roku s'étaient protégés à l'intérieur d'une petite pièce, gardant bien sûr en otage la Reine Luka. Ils entendirent le vacarme fracassant de la porte défoncée puis l'énorme série de pas lourds des soldats sur le parquet en bois du rez-de-chaussée.

    - On reste ici, dit Roku à son frère. « Si on tente de s’enfuir maintenant, on sera directement pris en chasse par les soldats… »

    En bas, Leora attendait ses adversaires, bien au centre du hall d'entrée. Le but étant également de bloquer le passage pour les empêcher d'accéder à la Reine. Bien sûr, la mercenaire savait qu'il allait lui être difficile de tenir longtemps, mais elle espérait les retenir pendant suffisamment de temps pour que les jumeaux aient le temps d'élaborer un plan de bataille (elle comptait par ailleurs sur Roku pour cela).

    Yuma et Len étaient entrés tout d'abord, suivis pieds à talons par Gumi. Alys pénétra dans le hall quelques secondes plus tard, tandis que Miku fermait la marche. La commandante s'était désignée responsable de la coordination entre les deux équipes, à l'intérieur et à l'extérieur, et aurait par conséquent du mal à se joindre au combat. Les deux hommes, ainsi que la guerrière aux cheveux verts se retirèrent, et laissèrent le passage à la jeune fille à la tresse. C'était là son moment de vérité, son combat, la première véritable lutte contre une pratiquante de son art.

    - C'est à toi, lui murmura doucement Miku à l'oreille. « Montre-nous ce que tu sais faire »

    Suite à ces derniers mots, une expression de détermination se dessina sur le visage d'Alys. La jeune femme se mit alors en position de combat, alors que son adversaire en fit de même, le sourire aux lèvres. La tension était palpable.

    - Voici donc le moment que j'attendais depuis longtemps... fit Leora. « Je vais enfin voir si les pratiquants du village d'Uchi méritent leur réputation. »

    Alys fut interloquée quelques instants par les propos de la mercenaire. Celle-ci connaissait son origine, elle s'était bien informée sur sa cible. La villageoise reprit son calme.

    - Trève de bavardages, viens te battre... lui lança-t-elle sur un ton de défi.

    - Avec plaisir, rétorqua Leora.

    Puis, la guerrière aux cheveux rouges se précipita vers son ennemie avec une fougue inouïe. Sa vitesse était impressionnante. En un seul pas, elle avait réussi à combler l'écart de plusieurs mètres qui se dressait entre les deux combattantes, et à se mettre à hauteur d'Alys. Leora décocha alors un lourd coup de poing qui envoya son adversaire sur le mur situé en face. Le corps d'Alys se fracassa sur la paroi, et elle retomba lourdement sur le sol. Elle dût prendre quelques temps pour se relever. De ce fait, Leora se tenait déjà prête pour sa deuxième salve d'attaques. Alors qu'Alys n'était pas encore parvenue à pratiquer ne serait-ce qu'une simple défense, la victoire de Leora commençait déjà à se profiler.

    La mercenaire attendit patiemment que son adversaire se relève, puis la refit perdre l'équilibre immédiatement en attaquant ses jambes. Leora se tenait alors au-dessus d'Alys, qui était allongée sur le sol essayant de masquer sa douleur:

    - Eh bien, j'espérais que ça aurait un peu plus longtemps ! Je suis très déçue. C'est donc tout cela que vous valez à Uchi ?

    En voyant l'attitude menaçante de l'ennemie, Gumi se tourna vers Miku, et lui fit signe qu'elle partait aider Alys. La commandante retint directement sa subalterne par la manche:

    - Gumi, tu ne bouges pas ! C'est son combat, c'est à elle de le terminer, lui ordonna Miku.

    - Mais, Madame, vous voyez bien qu'elle ne s'en sort pas !

    - Regarde un peu mieux, lui conseilla la commandante.

    Gumi analysa donc le comportement d'Alys. Tandis que Leora croyait la victoire acquise, la villageoise avait fait un signe discret en direction de Yuma et de Len. Leora était bloquée dans un coin de la pièce et avait donc laissé le champ libre. Les deux sabreurs, absorbés par le combat, n'y avaient pas prêté attention. Ils virent le signe de la villageoise en se précipitèrent à l'étage.

    La lieutenante sourit, et observa Miku, qui lui ordonna de suite de rejoindre ses deux collègues à l'étage.

    La guerrière rouge vit passer les trois soldats, mais n'y prêta aucun intérêt. Le combat de sa vie était en cours. Elle comptait bien sur les jumeaux pour s'occuper de ces trois-là, d'autant qu'ils tenaient toujours la Reine en otage.

    - Je n'ai que faire des autres ! C'est toi qui m'intéresse Alys, et la victoire est mienne !

    - J'en n'en serai pas si sûre.

    Soudainement, la femme à la tresse prit appui sur le mur avec ses bras et put repasser entre les jambes de son adversaire. Son corps parcourut plusieurs mètres pour se mettre hors d'atteinte de Leora. La combattante d'Uchi put donc se relever et de nouveau faire face à son adversaire.

    - On dirait que Monsieur Vo n'était pas si incompétent que ça, après tout, soliloqua Leora.

    - Tu vas voir ce qu'il m'a appris ! Le jeu est terminé !

    - Viens te battre !

    Les deux jeunes filles s'élancèrent alors l'une vers l'autre. La tension était encore remontée d'un cran, et la violence des coups portés pouvait se ressentir dans le claquement très particulier qui résonnait à travers la petite pièce. Miku observait toujours sa protégée: la commandante était impressionnée par un tel style de combat. Cela n'avait plus rien à voir avec la démonstration d'Alys lors du précédent combat contre Kyuu et Roku. Cette fois-ci, elle se donnait à fond.

    Coup et parades continuaient des deux côtés. Leora découvrait enfin le vrai niveau de la femme à la tresse. Alys, elle, était parvenue à se débarrasser de son appréhension, et ne pensait plus qu'au combat. De temps à autres, l'une des deux combattantes valsait de l'autre côté de la zone de lutte, mais arrivait à se relever assez vite pour continuer à se battre. Après quelques minutes de combat incessant et éprouvant, les deux filles se retrouvèrent de nouveau face à face.

    - Ah, pour une fois, je ne regrette pas que Kaito m'ait engagée. Ça faisait longtemps que je n'avais pas combattu de cette façon ! Lança Leora. « Mais c'est terminé désormais... »

    Un halo de lumière jaune s'échappa ensuite de la main droite de la mercenaire. Elle préparait à asséner son coup avec toute la force qu'il lui restait. Alys resta immobile pendant quelques secondes, puis reprit sa position de défense.

    - Cette technique. C'est le Koryu de l'île Tokai ! Tu n'es donc pas d'ici ?

    - Bien vu, je vois que tu connais cette technique, Alys. Tu sais donc à quel point elle est dangereuse.

    La villageoise ne semblait pas paniquée par cette prise. Elle garda son calme, et attendit patiemment son adversaire. Elle fermait également ses yeux et respirait lentement, comme si elle préparait elle aussi quelque chose.

    Leora s'élança ensuite à toute vitesse sur Alys, qui gardait toujours les yeux clos. Alors qu'il ne restait plus que quelques décimètres à parcourir à Leora, les deux bras d'Alys s'illuminèrent de reflets mauves. La fille à la tresse put alors se saisir du bras reluisant de son adversaire, et lui fit perdre l'équilibre. Leora, prise par son élan, s'éclata sur le sol. Pour finir, Alys pratiqua une dernière technique. Un halo de lumière blanche s'extirpait maintenant de son poing gauche, qu'elle enfonça dans le sternum de Leora, provoquant ainsi sa paralysie.

    Celle-ci restait écroulée sur le sol, et suffoquait:

    - Ce n'est pas possible... Cette prise existe bel et bien ? Je pensais que ce n'était qu'une légende... chuchota la mercenaire.

    - Non, rétorquait simplement Alys. "Il s'agissait bien de la technique d'annihilation des halos, la technique secrète de ma famille, qui permet d’annuler les effets du Koryu !"

    Leora ferma les yeux, incapable de bouger. Pendant ce temps, Miku avait déjà demandé aux gardes à l'extérieur de s'emparer de la jeune femme et de la mettre aux arrêts. Alors que ceux-ci s'exécutèrent, la patronne de la Garde s'avança vers la praticienne du Koryu:

    - Félicitations, Alys, mais il faudra que tu m'en dises plus sur cette technique secrète !

    - Merci, Madame... murmura Alys, pleine de sueur, fatiguée par l'intensité de la lutte.

    A l'étage, de nombreux bruits de pas se faisaient entendre, laissant présager là-bas aussi un combat acharné.

    -- ----------------------------------- --

    Yuma et Len s'étaient déjà engagés dans un combat sans merci contre les jumeaux aux cheveux verts. Gumi restait, quant à elle, en arrière, et guettait le meilleur moment pour s'emparer de la Reine. Kyuu et Roku formaient une barrière devant Luka, de sorte que celle-ci reste inaccessible. Pour l'instant, leurs actions se réduisaient à défendre leur position.  Les jumeaux avaient bien tenté de menacer les deux lieutenants et leur disciples en prenant la souveraine en otage, mais ils avaient été surpris par la rapidité avec laquelle Yuma s’était lancé dans le combat.

    Les deux membres de la Garde royale s'étaient partagés les ennemis: Yuma s'occupait de Kyuu, tandis que Len combattait le cadet. Peu avant d'entrer dans la maison, le jeune garçon avait insisté pour se frotter à cet ennemi: il voulait venger sa soeur. Son maître avait accepté, pensant que ceci ne changerait finalement pas grand-chose. Dès à présent, il regrettait ce choix. En effet, Len était désormais contrôlé par une rage terrible. Par conséquent, son attention n'était plus portée sur le combat. Pour quelqu'un de son niveau, c'était rédhibitoire. Le frère Kagamine avançait sans réfléchir en levant son katana et en poussant des cris stridents. En face, l'adversaire n'éprouvait aucun mal à parer ses attaques. Dans la hâte, Len se fit même contrer de bien pauvre manière et tomba sur le parquet en bois.

    Alors que Roku s'apprêtait à donner le coup de grâce à son adversaire, Gumi s'interposa et dressa son sabre devant le frère Genshine pour stopper son attaque.

    - Bouge-toi, vite, imbécile ! lui hurla la guerrière.

    Len recula rapidement et se remit debout dans le fond de la pièce. De cet endroit, il pouvait observer Yuma aux prises avec Kyuu. Chaque frappe du guerrier noir s'accompagnait d'une force incommensurable, et pourtant, on pouvait sentir que chaque coup était parfaitement contrôlé. Contrairement à Len, Yuma parvenait à contrôler sa colère, sa rage ne s'échappait qu'aux moments propices. Alors qu'il était toujours en train de combattre, le maître s'adressa à son disciple:

    - Len, reste concentré ! Ton objectif n'est pas la vengeance ici !

    Le jeune homme balbutia, il ne savait pas quoi penser. Gumi avait entre-temps pris sa place et se battait contre Roku.

    - T'énerver ne servira à rien ! Garde ton calme et agis comme tu sais le faire ! lui cria Yuma, toujours englué dans sa lutte.

    - D'accord, signifia Len, qui reprit ensuite sa place dans le combat. « Allez sauver la Reine, je m'occupe de lui », annonça-t-il à Gumi d'un air déterminé.

    En quelques secondes, le style de combat du blondinet changea du tout au tout. Il était bien plus appliqué, et fournit une belle résistance à Roku. Les attaques de l'un et de l’autre s'annihilèrent chacune à leur tour. De son côté, Gumi continuait à tenter de trouver un passage pour rejoindre la souveraine, mais la pièce était étroite et les jumeaux défendaient bien leur position.

    Soudainement, Len parvint à pratiquer un des mouvements qu'il avait auparavant observé chez Gumi, il s'abaissa et fit balancer sa jambe droite dans les jambes de Roku, lui faisant perdre son équilibre. Celui-ci s'éclata sur le sol, faisant également tomber son sabre plusieurs mètres derrière lui. Le garçon blond se tenait au-dessus du cadet et prenait un air grave. Il s'apprêtait à s'emparer de la victoire, quand Kyuu s'avança vers lui, délaissant son combat contre Yuma.

    - Non, cria l'aîné.

    Il para l'attaque de Len juste à temps. « Je t'interdis de toucher à mon frère ! » lança-t-il. Puis, Yuma se précipita lui aussi vers son adversaire.

    - N'oublie pas, je suis ton opposant, dit-il en approchant son katana de la carotide de Kyuu. L'aîné était maintenant pris en tenaille entre Len et Yuma, tandis qu'il demandait à Roku de reculer et de fuir.

    Ce comportement étonna Len. Sa sœur avait-elle raison ? Kyuu venait d'agir comme il l’aurait fait. Cet ennemi a tout lâché pour venir sauver son frère. Dans sa réflexion, le jeune Kagamine relâcha sa garde, ce qui permit à l'aîne des Genshine de parer ensuite la prise de Yuma et de sortir de ce mauvais pas.

    Pendant ce temps, Gumi était parvenue à se frayer un passage, puisque les quatre autres combattants s'étaient regroupés en un seul point, et à s'emparer de la Reine Luka.

    - Venez avec moi, ma Reine. Vous êtes tirée d'affaire.

    - Zut ! hurla Kyuu.

    Roku avait entre-temps repris sa place. Les jumeaux faisaient de nouveau face à leurs deux adversaires.

    - Je pense que nous n'avons pas le choix Kyuu, murmura le cadet.

    - J'ai compris, Roku.

    Immédiatement, les deux frères firent marche arrière et partirent en direction de la petite fenêtre située sur le toit. Très rapidement, ils s'échappèrent de la maison suivis aussi vite que possible par Yuma et Len. Une course-poursuite enragée débuta donc sur les toits du quartier populaire de la capitale.

    Au rez-de-chaussée, Gumi ramena la Reine saine et sauve à la commandante Miku. La souveraine enlaça directement sa plus vieille amie.

    - Je savais bien que tu réussirais Miku... Merci ! chuchota-t-elle encore sous le choc.

    - De rien, ma Reine, c'est normal, se contenta-t-elle de répondre.

    Gumi informa tout de suite la patronne que les jumeaux avaient fui, mais qu'il étaient pris en chasse par Yuma et Len. Miku lança donc les deux-tiers de sa troupe à leur poursuite dans les rues de la ville. Les soldats se dispersèrent donc à travers les rues, à la recherche des jumeaux.

    Plus loin, le maître et son disciple poursuivaient toujours les Genshine. En se retournant quelques instants, ils purent observer le déploiement des soldats venus les aider. Pour eux, c'était malheureusement trop tard. Ils avaient pris trop de retard.

    - On continue, Len ! Nous sommes les seuls à pouvoir les arrêter !

    Les quatre hommes sautèrent par-dessus les toits des maisons habilement. Len disposait d'une bonne pointe de vitesse. Malheureusement, celle-ci était sans commune mesure avec celle des frères, qui continuaient à prendre de l'avance.

    - Ils sont rapides, ces petits futés ! s'apitoya Yuma.

    Ils arrivèrent ensuite en vue des remparts de la ville. Deux gardes se trouvaient là, légèrement armés.

    - Arrêtez-les ! hurla le lieutenant dans leur direction.

    Cependant, Kyuu et Roku avaient déjà dégainé leurs sabres respectifs, et, dans leur mouvement, assénèrent un coup aux soldats présents sur la muraille, puis continuèrent à prendre la fuite, en direction de la forêt bordant la capitale.

    Yuma s'arrêta sur le rempart, et se mit à jurer. Len s'agenouilla, dépité.

    Près du repère des ennemis, Leora était toujours mise aux arrêts, entourée par les quelques soldats restants. Elle vit par la suite sortir à tour de rôle Gumi, Miku et la Reine, suivis par Alys.

    La jeune femme à la tresse s'écroula soudainement devant le pas de la porte. Gumi et Miku se précipitèrent à ses côtés:

    - J'ai utilisé beaucoup trop d'énergie... Je suis désolée... dit-elle.

    Leora n'aurait pas de meilleure occasion. La garde autour d'elle s'était considérablement réduite, et l'attention n'était plus portée sur sa personne. Elle sauta donc par-dessus les soldats qui l'entouraient, et pratiqua un salto arrière, pour se libérer.

    - A plus ! lança-t-elle avant de prendre congé.

    Miku pesta et envoya Gumi et le reste des soldats à sa poursuite.

    - Elle en avait gardé sous le pied, la peste ! souffla la commandante.

    Leora était passée maître dans l'art de la furtivité, de sorte qu'il était quasiment impossible de la retrouver dans une ville aussi étendue et dense.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, Gumi  et la Garde revinrent à son point de départ, la mine renfrognée:

    - Désolée, Madame, je n'ai pas pu la retrouver...

    -- ------------------------------------- --

    Le ciel jaune-orangé bordait l'immense forêt située tout à l'ouest de l'île de Kuni. L'automne approchait, les feuilles des arbres commençaient à brunir. Le bois se révélait particulièrement calme, des petits animaux passaient çà et là, à travers les étendues feuillues.

    Deux jeunes hommes approchaient et venaient perturber la quiétude de l'endroit.

    - Je me demande ce qu'il a prévu... dit l'un d'entre eux.

    - Oh, avec celui-là on peut s'attendre à tout, répondit l'autre. Il était difficile de les différencier, les deux garçons étant quasiment identiques, et avaient les mêmes cheveux verts.

    Cela faisait une semaine que Kyuu et Roku avaient quitté la capitale, après leur défaite contre la Garde royale. Les jumeaux eurent ainsi le temps de digérer, et, surtout sous l'impulsion du cadet, d'analyser leurs faiblesses. Ici, il était arrivé à la conclusion que l'armée était trop forte pour eux. L'enlèvement de la Reine avait fait office de soubresaut, mais, si leur patron voulait mener son plan à bien, il leur fallait davantage de renforts. Durant la semaine, les Genshine étaient repassés par quelques villages, et avaient pu témoigner du branle-bas de combat qu'avait provoqué la disparition des Sages. Fukase voulait mettre la pagaille dans le pays, et il avait réussi.

    Les jumeaux s'enfoncèrent petit à petit dans la forêt jusqu'à arriver à un étrange portique en métal gris, caché par la foule d'arbres qui l'entourait. Le dispositif mesurait plusieurs mètres de long et de large, en forme d'arche. Kyuu et Roku patientèrent calmement devant l'objet.

    Soudainement, une nouvelle personne jaillit des feuillages alentours et vint se poser aux côtés des frères, qui ne furent pas surpris. Ils avaient directement reconnu la chevelure rouge et les habits blancs caractéristiques de Leora.

    - Tiens, vous n'aviez pas été arrêtée, vous ? interrogea Kyuu d'un air moqueur.

    - Mon petit, les soldats qui parviendront à me mettre les menottes aux poignets ne sont pas encore nés, tu sais ! rétorqua-t-elle dans un éclat de rire.

    - C'est dommage, fit Roku. « On aurait pu se réunir un peu avant. »

    - Je ne tenais pas tant que ça à la voir, moi, lança Kyuu. « Au moins, on a eu une semaine tranquille, en l'absence de cette folle ! »

    Le cadet prononça immédiatement des mots d'excuses en direction de la mercenaire, qui faisait mine de n'avoir rien entendu. Au final, elle n'avait que faire de l'opinion de Kyuu.

    - En tout cas, vous êtes très bon dans l'art de la fuite. Cela rattrape vos carences en combat... ajoutait-elle toutefois sur un ton de défi. La guerrière aimait toujours avoir le dernier mot.

    Le visage de l'aîné rougit subitement. « Je vous signale que vous vous êtes fait battre, vous aussi, vous savez. Et cette fille ne fait même pas partie de la Garde royale, normalement ! »

    - Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, mon petit, déclara Leora.

    Comme pour toutes leurs disputes, c'est Roku qui dût s'interposer et tenter de calmer le jeu. Mais, cette fois il fut interrompu par un énorme bruit qui s'échappa du centre de l'arche. De grands éclairs mauves parcouraient la voûte, puis une lumière bleutée prit place sur toute l'étendue de l'arc de cercle. En plein centre sortit de la lumière un petit homme aux cheveux rouges, portant fièrement son costume blanc et sa canne noire, au pommeau en forme de clown.

    - Bonjour patron, s'écrièrent de concert Kyuu et Roku. « Et bon retour chez vous ! »

    Fukase arborait un large sourire, et se mit à respirer à plein poumons. « Oh, que ça fait du bien de respirer cet air pur ! Cela faisait si longtemps ».

    L'homme prit ensuite les jumeaux dans ses bras pendant quelques instants. La rage qui avait accompagné leur défaite à Kyôu une semaine plus tôt semblait avoir été oubliée. Ou alors, Fukase était-il submergé par l'émotion de retrouver Sekai. Il prit ensuite le temps de saluer respectueusement Leora, puis se retourna vers l'arche, le sourire en coin.

    - Et regardez ce que j'amène. Maintenant, nous sommes prêts pour le grand final.



    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #24 le: 02 janvier 2017, 14:21:08 »
    Voici le 1er chapitre bonus "Sekai Chronicles", centré sur Alys, 16 ans avant le début de l'histoire principale:

    Spoiler
    Sekai Chronicles #1 : Alys

    Sekai, 16 ans avant l'arrivée des Kagamine.

    Dans la cour, les cerisiers se mettaient à fleurir abondamment et à revêtir leur belle couleur rose caractéristique. Quelques feuilles s'envolaient çà et là, et venaient délicatement se poser sur le sol argileux qui recouvrait toute l'étendue. Au milieu de l'espace se tenaient trois personnes, habillées en kimono traditionnel. Le premier, âgé d'une quarantaine d'années, s'était placé devant ses deux enfants. L'aîné, Syla, était âgé de sept ans. Le garçon écoutait attentivement le discours de son père, debout aux côtés de sa soeur, Alys. La jeune fille souriait ; elle appréciait ses moments de partage avec sa famille. Elle écoutait d'une oreille les conseils que prodiguait son père à son frère, en silence.

    Ce même rituel se répétait tous les jours, durant une à deux heures. Monsieur Vo se chargeait de transmettre son savoir à ses héritiers. Si Syla commençaient déjà à se faire une idée de l'importance que cet entraînement avait pour sa famille, Alys se révélait encore naïve, du haut de ses cinq ans. En somme, elle assistait à ces séances plus par habitude, non pas qu'elle les détestait, elle ne comprenait pas encore tout à fait leur objectif.

    Syla se lança ensuite subitement vers son père, en prenant appui avec son pied droit sur le sol. Lorsqu'il était en l'air, une lueur jaune s'échappa de sa main, et le jeune garçon tenta de frapper son paternel à la poitrine. Celui-ci se défendit: il joint les mains, puis un halo mauve annihila l'attaque de son fils. Les deux hommes continuèrent à s'affronter pendant plusieurs joutes amicales, sous le regard amusé de la jeune fille, qui jouait de temps à autre avec sa longue tresse.

    -   Bien, Syla, tu as fait de bons progrès... Bravo ! lança le père.
    -   Merci, se contenta de répondre le garçon.

    Puis, la jeune fille interrompit soudainement leur conversation:

    -   Papa, papa ! Quand est-ce que je serai capable de faire comme vous ?

    Monsieur Vo éclata de rire, fier de voir autant de fougue chez sa progéniture.

    -   Patience, Alys. Ton tour viendra. Tu es encore trop jeune pour que le Koryu n'apparaisse chez toi...
    -   Oh, zut, alors, rétorqua-t-elle dans un caprice. «  J'aime bien observer les couleurs qui sortent de vos mains, je trouve ça joli. Je veux faire comme vous ! » ajoutait-elle naïvement.

    Les deux hommes se gaussèrent ensemble, avant que le père ne prenne sa fille dans les bras et l'enlaça pendant quelques instants.

    Soudainement apparut au fond de la cour, sur la petite terrasse en bois qui s'étalait devant la maison, la mère de famille, accompagnée d'un visiteur pour le moins surprenant. Monsieur Vo reposa immédiatement sa fille par terre et partit saluer respectueusement son hôte.

    -   Monsieur Oji, bienvenue. C'est un vrai plaisir de vous accueillir ici.
    -   Merci Vo, vous me flattez, répondit le chef de village.
    -   Serait-ce indécent de vous demander l'objet de votre visite, si plaisante soit-elle.
    -   Pas du tout, sourit Oji. « Je dois juste vous parler en privé. C'est important. Pourrions-nous nous éclipser quelque peu ? »
    -   Bien sûr ! lâcha Monsieur Vo. Puis, il se tourna vers sa femme. « Chérie, tu veux bien nous préparer du thé, s'il te plaît ? »

    La maîtresse de maison s'exécuta, tandis que le père dût mettre fin à l'entraînement de ses enfants. Ceux-ci furent déçus, mais surtout curieux de découvrir pourquoi le chef du village d'Uchi, l'un des plus importants Sages du Conseil, s'était invité chez eux.

    -- ----------------------------------------- --

    Les deux hommes s'étaient installés à genoux devant la table basse du petit salon. La mère d'Alys leur avait apporté une théière remplie, ainsi que deux tasses de leur plus beau service à thé. En effet, on ne recevait pas le chef du village tous les jours. Puis, la dame s'éclipsa et partit rejoindre ses deux enfants, qui jouaient calmement dans leur chambre à l'étage.

    En bas, Monsieur Vo versa tranquillement le thé à son invité, qui n'avait pas encore prononcé un seul mot. Devant ce silence pesant, le praticien du Koryu se décida à entamer la conversation.

    -   Bon, que voulez-vous me dire ?

    Oji sirota tranquillement son thé, et complimenta la maîtresse de maison pour son goût exquis. Puis, il en vint au fait.

    -   Vo, tu sais que nous sommes en guerre ?
    -   Je sais que l'Armée royale cherche à écraser la rébellion de la Guilde des Magiciens, si c'est ce que vous voulez dire.

    Le monde de Sekai était composé de plusieurs ethnies: l'une d'entre elles était ainsi porteuse de pouvoirs magiques. Cette population représentait une minorité dans ce monde, et était parvenue à se frayer une place au sein même de la société civile. Pour faire valoir leurs droits et pour pouvoir exercer une politique commune, la Guilde des Magiciens fut créée. Son chef était chargé de nouer de bonnes relations avec les pouvoirs en place dans chaque pays, afin que tout ce beau monde puisse vivre en harmonie.

    Toutefois, quelques mois auparavant, un nouveau chef avait pris le pouvoir au sein de la Guilde. La politique de ce jeune homme, Utatane Piko, différait par de nombreux points avec celle de ses prédécesseurs. Plutôt que de travailler de concert avec les autorités en place, il était d'avis que les Mages devaient prendre leur destin en main, et prendre par conséquent le pouvoir. Son discours trouva écho auprès de quelques franges de la Société des sorciers, ce qui mena à une rébellion.

    Le vieux Oji reprit ensuite la parole et posa une question particulièrement énigmatique à Monsieur Vo:

    -   Dans quel camp te situes-tu, Vo ?
    -   Voilà une façon bien directe de me poser la question, chef !  s'étonna l'homme.
    -   Et donc ?

    Vo prit une profonde respiration; sa réponse allait s'avérer bien plus compliquée que le vieux Sage ne le pensait.

    -   Je suis un praticien du Koryu. Cet art repose sur une sorte de magie, donc on peut en déduire que ma famille, moi, ainsi que tous les autres adeptes de ce style de combat sommes des magiciens.

    Le visage du chef changea subitement de couleur. Il n'appréciait pas le chemin sur lequel son interlocuteur s'embarquait.

    -   Cependant, nous sommes un peu à part, continua-t-il. « La Guilde ne nous considère pas comme faisant partie de leur cercle... Pour eux, nous pratiquons ce qu'ils appellent une "Magie inférieure" ».

    Cette dernière affirmation, bien que particulièrement sombre, rassura le chef du village, qui laissa le soin au combattant de continuer son explication.

    -   Pourtant, le sentiment anti-mage augmente dans le pays, à cause de la guerre, et nous en souffrons aussi. De telle sorte que nous avons décidé, tous les adeptes de l'île de Kuni, de faire profil bas.
    -   Vous vous cachez, en définitive ? conclut Oji.
    -   Pour vivre heureux, vivons cachés, comme on dit... confirma Vo. « Notre objectif n'est pas de choisir formellement un camp, mais de protéger nos familles. Elles souffrent déjà bien assez comme cela... »

    A ce moment, une petite fille fit irruption dans la pièce, troublant la tranquillité des deux hommes.

    -   Papa, papa, qu'est-ce qu'il te veut le vieux monsieur ? demanda Alys.

    Oji éclata de rire devant la gêne de son hôte, qui s'excusa plusieurs fois. Monsieur Vo tenta bien de renvoyer sa progéniture gentiment dans sa chambre, mais celle-ci ne voulait rien entendre, et désirait rester avec son père.

    -   Laisse-la. Elle ne me dérange pas, avoua Oji.
    -   Youpi !  cria Alys en se dirigeant vers les genoux de son père.

    La discussion continuait. Vo fit état des épreuves auxquelles les membres de son clan devaient faire face chaque jour. Il en était même arrivé à la décision de cacher son pouvoir, même s'il était toujours heureux de l'apprendre à ses descendants. Il considérait cela comme une sorte d'héritage familial.

    -   Justement, si je te donne la possibilité de faire changer tout ça. Qu'en penses-tu ? proposa Oji.
    -   Je me demande bien comment faire.
    -   Le Roi de Kuni pense à demander publiquement l'aide des adeptes du Koryu, pour l'aider à mener cette guerre. Une fois à nos côtés, tous les praticiens ne connaîtront plus ce problème de rejet. En gros, il vous demande de rejoindre son armée.

    Vo sursauta, puis patienta quelques secondes. Il demanda aussi à Alys de rejoindre sa mère dans la pièce d'à-côté. La décision qu'il s'apprêtait à prendre allait être une des plus difficiles de sa vie.

    -   Vous êtes bien naïf, cher leader. Qu'est-ce qui vous fait penser que vous pouvez changer l'opinion publique d'un seul coup ?
    -   Ce n'est pas à moi de la changer, je n’ai pas ce pouvoir, rétorqua Oji. « Mais toi, tu peux le faire. Vous pouvez tous le faire. Il est temps de choisir votre camp. D'après ce que je sais, les adeptes du Koryu de l'île Tokai ont, en plus, déjà décidé de rejoindre les Magiciens dans leur lutte. »

    Cette dernière révélation eut l'effet d'un électrochoc dans l'esprit du père. Cette décision n'allait pas être sans conséquences. Désormais, tous les praticiens allaient passer pour des ennemis, dans toute la société.

    -   Laissez-moi le temps d'y réfléchir. Ce n'est pas une décision que je peux prendre à la légère, confia Vo.
    -   Je comprends... Je te laisse pour aujourd'hui. Fais-moi savoir quand tu t'es décidé, lança le chef en se relevant. Puis il quitta tranquillement la maison, après avoir salué tous les membres de la famille respectueusement.

    -- ------------------------------------------ --

    L'esprit de Monsieur Vo était resté embrouillé toute la nuit par la proposition de son chef de village. Bien sûr, celui-ci disposait de solides arguments, et le père ne pouvait pas rester insensible à l'occasion qui lui été donnée de changer la réputation de tout son clan. Mais cela signifiait également qu'il devait abandonner sa famille, et par ces temps de guerre, cela était particulièrement déchirant pour lui.

    Toutefois, comme à son habitude, il avait commencé l'entraînement de ses deux enfants en ce début d'après-midi. Il se disait que cela pouvait également lui permettre de se changer les idées, et de passer un bon moment en famille. Syla était déjà présent dans la cour, et pratiquait les mouvements que son père lui avait appris la veille. De temps à autre, on pouvait apercevoir une petite lueur s'échapper de ses mains ou de ses pieds.

    Alys venait à peine de sortir de la maison, et se dirigea directement vers son père, le sourire aux lèvres.

    -   On y va, papa ?
    -   Oui, Alys. Tu peux commencer par pratiquer les mouvements de bras que je t'ai montrés la semaine passée. On va voir si tu t'en souviens, lui lança son père sur un ton de défi.
    -   Bien sûr !

    La jeune fille s'exécuta et pratiqua à la perfection toutes ses prises. Pour une fillette de cinq ans, ses mouvements étaient particulièrement précis, ce qui étonna beaucoup son père. A son âge, même Syla ne montrait pas de progrès aussi rapides.

    Soudainement, un halo orange se mit à tournoyer autour de la main droite de la jeune fille à la tresse. Celle-ci s'arrêta tout de suite, quelque peu effrayée par ce phénomène. Son père accourut immédiatement auprès d'elle.

    -   Ça alors ! Ton pouvoir s'est déjà réveillé ?
    -   Et c'est bien ça, papa ? demanda la fillette.
    -   Oui, bien sûr... Tu es une vraie guerrière de talent maintenant... lui annonça son père comme pour la rassurer.

    Ensuite, alors que ses deux enfants avaient recommencé à s'exercer, Monsieur Vo s'écria soudainement :

    -   On rentre ! C'est tout pour aujourd'hui.

    Puis, il rentra à l'intérieur de son habitation la mine basse, sans dire un seul mot.

    -- ----------------------------------------- --

    Le dîner s'était déroulé de façon relativement calme, Vo n'ayant quasiment pas prononcé une parole durant tout le repas, et s'étant contenté de fixer un point non défini. Les évènements de ces derniers jours le travaillaient. Le discours du chef Oji commençait à le faire réfléchir: au fond, quel monde souhaitait-il pour ses enfants ? En tant que représentant de tous les adeptes du Koryu, il avait le pouvoir, même s'il en était incertain, de changer la perception de la population sur les Mages et les Koryuistes. La révélation d'Alys naviguait aussi dans son esprit. Elle aussi avait découvert son pouvoir, comment allait-elle supporter d'être une paria tout le long de sa vie ?

    Le repas étant terminé, Monsieur Vo prit tranquillement une tasse de thé dans son salon, alors que la mère de famille avait raccompagné les enfants dans la chambre. Lorsqu'elle redescendit, elle se plaça directement aux côtés de son époux et le serra fort dans ses bras:

    -   Je vois que quelque chose te tracasse, chéri...

    Vo garda le silence. Son épouse l'observa quelques instants, puis lui fit comprendre qu'il était temps de se confier.

    -   C'est ce monde... Quelque chose ne tourne pas rond... Nous sommes victimes de discrimination à cause de notre pouvoir... Les gens d'ici ont peur de nous...
    -   Et que veux-tu faire ? Rallier la rébellion des Mages ? demanda sa femme en panique.
    -   Non, absolument pas ! C'est à cause de ce malade de Piko que nous en sommes là. Le but était que tout le monde puisse vivre en harmonie. Non... Je pensais plutôt à l'autre option...

    La mère d'Alys ne répondit pas, mais son silence se montra particulièrement révélateur.

    -   Tu ne l'as pas vue... ajouta Vo. « Alys aussi a révélé son pouvoir... »

    Il marqua un instant de pause, puis reprit:

    -   Oji m'a fait une proposition. Le Roi veut que les adeptes du Koryu aident l'armée royale à combattre les Mages. De cette façon, selon lui, nous serons mieux vus dans la société...
    -   C'est une façon bien naïve de voir les choses. On ne change pas le comportement des gens d'un claquement de doigts ! rétorqua la mère.
    -   Tu as raison, mais si ça pouvait aider ? Cela permettrait au moins à nos enfants de vivre dans un monde moins pourri.

    Il reprit ensuite une gorgée de thé, et déposa délicatement la tasse sur la table basse en bois.

    -   Je pense que je vais accepter sa proposition... De toute façon, nous ne pouvons pas rester éternellement les bras croisés. En plus, ils ont besoin de nous: les adeptes de l'île Tokai ont officiellement rejoints les rangs des Mages.
    -   Ces rapaces... gloussa la mère.
    -   Je dois le faire, pour Syla, pour Alys, pour leur avenir...

    Le silence marquait les ténèbres profondes qui recouvraient toute la maison. Dans la pénombre, Vo embrassa langoureusement sa femme, comme s'il s'agissait de l'une des dernières fois.

    -- ----------------------------------- --

    Le lendemain, Monsieur Vo avait fait part de sa décision à son chef de village, lequel avait accueilli la nouvelle avec une grande joie. Il s'était d'ailleurs directement attelé à envoyer un message par corbeau au Roi.

    Plus tard, le combattant avait convié tous les pratiquants de l’île au village d’Uchi  afin de leur exposer la situation et la majorité s'était ralliée à son avis. Il n'était en effet pas sûr pour l'avenir du pays de laisser un fou comme Piko diriger ce monde. Il fallait écraser ce coup d'état le plus rapidement possible. De plus, Vo avait également fait part à ses collègues de sa réflexion à propos des conditions de vie des Mages à Sekai. Selon lui, bien que les Koryuistes de l'île Tokai s'étaient rangés du côté de la Guilde des Magiciens, il valait mieux prêter allégeance à la royauté de Kuni, et ainsi envoyer un message fort à la population: « nous combattons à vos côtés, nous mettons nos aptitudes à votre service ». Au final, un escadron d'assez bonne taille, remplis de guerriers entraînés, s'était rassemblé dans le petit hameau du sud de l’île, et s'apprêtait à partir pour Kyôu, la capitale.

    L'esprit de Vo était encore occupé par une ribambelle d'interrogations. S'il était maintenant persuadé d'avoir fait le bon choix, il se demandait encore comment expliquer cela à ses enfants. En effet, il était très ardu d'aborder une matière aussi difficile et délicate. En outre, il ne désirait pas que l'émotion prenne  le pas chez lui quand son départ arriverait, cela ne causerait que douleurs supplémentaires à Alys et Syla. Mais comment leur expliquer ?

    L'heure était venue. Le groupe de pratiquants s'étaient rassemblé sur le forum du village où plusieurs diligences les attendaient pour faire route vers le Palais Royal, où le Roi leur avait accordé une audience exceptionnelle. Le but étant également de peaufiner leurs stratégies de batailles, et d'utiliser au mieux leurs aptitudes en combat.

    Alys et Syla se tenaient de part et d'autre de leur mère, alors que Vo se trouvait juste devant eux. Il jeta un œil à la carriole et au cocher qui patientait. Ce moment s'était révélé encore plus difficile qu'il ne le pensait. Il s'agenouilla à hauteur de ses enfants, puis ferma les yeux, et attendit quelques instants. Durant plusieurs heures, il s'était imaginé pléthore de discours à exposer à ses enfants, mais aucun d'entre eux ne lui apportait entière satisfaction. Il décida donc de leur parler franchement, même si son message pouvait paraître décousu.

    -   Les enfants, il faut que je parte. Le Roi a besoin de moi pour protéger le pays, contre une lourde menace...

    Alys l'écoutait attentivement, mais Syla se mit déjà à l'interrompre. Il avait déjà saisi le sens de son message:

    -   Le Roi a besoin de tes aptitudes, du Koryu, c'est ça ?
    -   Oui, mon fils. Il faut que vous sachiez une chose. Je pense que le destin nous a fait cadeau de notre don, afin que nous puissions protéger les autres. C’est mon devoir d’aller là-bas.

    Syla acquiesça. Puis, Vo se tourna vers Alys:

    -   Ma princesse, ton don vient seulement de se réveiller. Je veux que tu t'entraînes avec ton frère, et ne sois pas trop dure avec lui, plaisanta-t-il. « Enfin... sachez que je fais cela aussi pour vous protéger, et que dans tous les moments difficiles, une seule image me viendra en tête : l'image de vous trois réunis. Tant que je pense à vous, il ne pourra rien m'arriver. »

    Ensuite, le père serra ses enfants dans ses bras si fort qu'Alys parut étouffer. Et pourtant, elle en voulait en aucun cas se détacher de l'étreinte de son paternel, souhaitant même que ce moment dure des heures.

    Vo se releva, et embrassa sa femme encore une fois: « J'essaierai de vous envoyer le plus de messages possible... Prenez soin de vous ! » Et il s'éloigna vers le carrosse qui le menait vers la capitale, vers l'inconnu.

    La place du village était bondée de familles qui voyait un membre partir, sans savoir ce qu'il adviendrait de lui. De nombreux habitants anonymes s'étaient également donné rendez-vous à cet endroit, par soutien. Alors que les chevaux attelés quittèrent la place, puis le village, Alys fixa son regard sur les remparts d'Uchi, puis observa le ciel:

    -   Courage papa, et fais attention à toi...

    -- ------------------------------------------ --

    La Grande Guerre Magique avait encore fait rage durant une année complète. Diverses alliances et trahisons avaient jalonné son cours, d'un côté comme de l'autre. De nombreux combats meurtriers avaient eu lieu. Le confit avait ensuite prit une ampleur mondiale, quand tous les pays avaient décidé d'y prendre part; la Guilde des Magiciens était en effet présente dans tout Sekai et menaçait l'intégrité de tous les pouvoirs en place.

    Les Mages, par un habile jeu de conquêtes et d'alliances, étaient parvenus à prendre le contrôle de tout le Nord de la carte. Ils avaient pris l'ïle Yamanami, dont l'armée était faible et peu encline à se battre, et avaient finalement conclu un accord avec le gouvernement de l'île Tokai. La bataille finale prit finalement place dans la capitale de la grande île nordique, que les autres pays cherchaient à libérer, et où la Guilde avait établi son siège définitif. Les deux camps s'affrontèrent durant des jours. D'une part, les partisans de la Guilde, accompagnés par ce qui restait de l'armée de Yamanami et les traîtres de l'île Tokai, et d'autre part, les soldats des quatre autres pays de Sekai, qui s'étaient regroupés sous une seule et même bannière.

    De son côté, le petit village d'Uchi, sur l'île de Kuni, avait plutôt bien résisté à la guerre. Sa position au sud du pays, en plein centre de la zone contrôlée par la coalition des quatre pays le rendait plutôt bien protégé. Quelques alertes parvenaient jusqu'au hameau de temps en temps, ravivant l'inquiétude des habitants. Appréhension qui n'avait jamais quitté la famille d'Alys, toujours préoccupée par le départ du père au combat. Monsieur Vo avait tenté tant bien que mal de garder le contact avec sa famille, mais cela faisait tout de même plusieurs mois qu'aucune lettre ou qu'aucun message n'était parvenu jusqu'à eux. La mère essayait de cacher son tourment à ses enfants, mais ceux-ci n'étaient pas dupes. Pis, ils avaient parfaitement connaissance du monde dans lequel ils vivaient. Le fait de grandir en temps de guerre leur avait apporté une certaine maturité, si bien qu'ils étaient totalement conscients du guêpier dans lequel se trouvait leur père. Syla avait toutefois continué à entraîner Alys, qui fournissait davantage d'énergie durant les sessions d'entraînement, comme pour exprimer un respect envers Monsieur Vo.

    Au final, la nouvelle parvint au village. L'Alliance des quatre pays avait finalement remporté le conflit au prix de lourds sacrifices, et était parvenue à enfermer la Guilde des Magiciens sur l'ïle Maho. La Grande Guerre Magique était désormais terminée. De nombreuses scènes de liesse parcouraient toute l'étendue de Sekai. Les fêtes battaient son plein. Pourtant, dans un petit coin du village d'Uchi, la famille d'Alys ne se laissa pas entraîner par la joie, et attendait patiemment le retour du chef de famille. Plusieurs jours passaient, ravivant l'inquiétude de tous les membres. Jusqu'au jour où, dès l'aube, un étranger se mit à frapper à la porte de la maison.

    Il s'agissait d'un homme plutôt bien bâti, équipé de cheveux turquoises, et affublé d'une armure de couleur sombre en cuir. Il avait bien fière allure, bien que son visage trahisse une envie de fondre en larmes soudainement. L'homme balbutia:

    -   Vous êtes bien la femme de Monsieur Vo ? commença-t-il timidement.
    -   Oui, Monsieur... Excusez-moi, mais qui êtes-vous ?
    -   Je suis le commandant de la Garde Royale de Kuni...

    Alys et Syla avaient entretemps rejoint leur mère sur le pas de la porte, et saluaient poliment l'étranger.

    -   Je suis désolé de vous annoncer cela de cette manière. Mais, durant la dernière bataille, Monsieur Vo, votre mari, a malheureusement été tué...

    Les deux enfants éclatèrent alors en sanglots. Toutefois, la mère voulut rester digne. Intrinsèquement, elle s'était habituée à cette idée. Le fait de n'avoir aucune nouvelle dans les jours qui avaient suivi la fin de la guerre était déjà un signe. Au fond d'elle, elle espérait revoir son époux franchir timidement la porte de la maison et prendre ses enfants dans ses bras, comme si de rien n'était. Mais la raison la poussait à considérer que cette idée n'était qu'utopie.

    -   Votre mari était l'un des hommes les plus courageux que je n'ai jamais connu. Il a perdu la vie lors d'une mission visant à déstabiliser l'ennemi. Sans son intervention, nous n'aurons jamais pu remporter cette guerre.

    Le fait que le commandant se mit de parler de son homme au passé fit couler quelques larmes sur le visage de la mère d'Alys, qui, par politesse, proposa au guerrier de prendre le thé dans le salon. Le commandant accepta, ne désirant pas laisser cette pauvre famille seule, directement après leur avoir annoncé cette terrible nouvelle. Il entra donc dans la maison, en silence, tandis que la matrone prépara sa boisson en compagnie de ses enfants.

    -   Il m'a également chargé de vous remettre cette lettre. Malheureusement, il n'a pas pu vous l'envoyer juste avant de partir en mission.

    Le commandant posa la lettre sur la table, patienta encore quelques instants, insistant encore sur la bravoure du pratiquant du Koryu qui venait de quitter ce monde, puis se vit dans l'obligation de prendre congé.

    Quelques minutes plus tard, les trois membres restant de la famille se réunissaient au coin du feu, pour lire ensemble ce qui représentait le dernier message de Monsieur Vo:

    "Ma famille adorée,

    La lutte est âpre en ce moment. Les temps sont difficiles pour l'Alliance des quatre pays, et nous sommes sans arrêt mis sous pression. Pourtant, aucune douleur n'est plus lancinante que celle de me trouver loin de vous actuellement. De nombreuses choses me manquent sur le champ de bataille: les séances d'entraînement avec les enfants, nos batailles de boules de neige avec Alys quand l'hiver arrivait, nos moments calmes rien qu'à deux, ma chère femme. Que ne donnerai-je pas pour ne serait-ce que vivre une seule minute de ces moments ?

    La Guerre devrait pourtant toucher bientôt à sa fin. Nous allons tenter une dernière stratégie, mais celle-ci s'avère très dangereuse. Par conséquent, je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi. S'il devait m'arriver quoi que ce soit, sachez qu'à chaque moment difficile, le simple fait de penser à vous, votre simple image dans mon esprit suffisait à me redonner du courage. D'un coup, je savais pourquoi je m'étais embrigadé dans cette guerre. Je voulais protéger l'avenir de nos enfants. A aucun moment, je n'ai regretté mon choix, car je l'avais fait en âme et conscience, pour vous protéger.

    S'il m'arrivait de ne plus vous revoir (et cette idée me fait terriblement mal au cœur), je voudrai vous faire passer ce message, surtout à vous, Alys et Syla: ne vivez pas votre vie avec des regrets, et n'ayez pas honte de ce que vous êtes. Vous faites partie de la noble famille des Koryuistes et vous pouvez en être fier. Gardez courage, vous êtes assez forts pour vous en sortir dans ce monde, et vous avez le pouvoir d'accomplir de grandes choses.

    A ma chère femme, sache que j'ai chéri chacun des instants passés avec toi. Je sais que, quoi qu'il m'arrive, tu parviendras à éduquer nos jeunes enfants de la meilleure des manières. Enfin, et je crains tellement que ce soit la dernière possibilité pour moi d'écrire ces mots: je t'aime, je vous aime tous...

    Votre père, votre mari dévoué.

    Vo."

    Alys, Syla et leur mère avaient lu cette lettre, dernier témoignage de l'homme qu'ils considéraient comme le plus grand, dans le calme. Puis, les larmes coulèrent à flots une fois qu'ils eurent terminés. Pourtant, les mots écrits sur cette simple lettre résonnaient déjà dans leur esprit. La meilleure façon de rendre hommage au père de famille était de respecter ses souhaits.

    D'ailleurs, ces mots refirent surface dans la tête d'Alys, le jour où elle se décida de partir pour Kyôu avec les jumeaux Kagamine, en suivant ainsi le vœu de son père. Jamais aucun regret.

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    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #25 le: 14 janvier 2017, 17:56:01 »
    On reprend le cours de l'histoire principale avec le chapitre 15  :hh:

    Spoiler
    Chapitre 15 : The Servant of Evil

    Fukase se tenait devant l'imposante arche en métal, fier et droit comme un "i", et savourait ce qui lui paraissait comme sa toute-puissance. Des éclairs vrombissaient tout le long de l'arc de cercle. Puis, le petit auditoire vit sortir de la lumière bleuâtre trois hommes, tenant chacun une arme à feu différente entre les mains. Le chef de l'organisation, souriant, présenta immédiatement ces hommes à Kyuu, Roku et Leora.

    - Voici Kyo, Yuu et Wil. Ils seront chargés de diriger mon armée.

    Kyo s'avança en premier, tenant son fusil de type M16. Il salua respectueusement ses trois collègues. Puis, ce fut le tour de Yuu, qui lui était équipé d'une sorte de sniper, et enfin Wil. Les jumeaux remarquèrent que ce dernier ne possédait qu'un petit pistolet et commençaient à s'interroger sur la signification de tout ceci. Quel plan Fukase avait-il en tête ? Pourquoi avaient-ils tous une arme différente ? Et surtout, qui étaient ses hommes ?

    Kyuu voulut directement poser la question, mais il fut interrompu. Quelques secondes après l'arrivée des nouveaux commandants, une cohorte d'une centaine d'hommes sortit de l'arche, et prenait position dans la forêt. Fukase se trouvait sur le côté et appréciait son œuvre. Il avait clairement le sentiment que la victoire lui était acquise.

    Leora et les jumeaux s'approchèrent lentement de leur chef, alors que chaque groupe de soldats partit se poster devant son commandant désigné. La mercenaire souriait : selon elle, elle avait misé sur le bon cheval, et cette découverte la convainquit encore davantage de son succès. Kyuu et Roku étaient plus mesurés, et une foule de questions se heurtèrent dans leurs têtes.

    - Qui sont-ils, ces trois hommes ? interrogea Kyuu en désignant Kyo, Yuu et Wil.

    - Je les ai recueillis dans la rue. Ils me paraissaient très bons. Je les ai éduqués au maniement des armes, un peu comme ton frère et toi, mon petit Kyuu.

    Une once de doute pouvait alors s'observer sur le visage de l'aîné. Il jeta un regard vers Roku qui paraissait tout aussi désorienté. En effet, avant leur voyage vers Sekai, Fukase avait promis aux Genshine une place de choix dans son organisation. Naïvement, les jumeaux y avaient cru. Dès à présent, ils avaient le sentiment d'être mis sur la touche. En outre, cela n'amusait pas Kyuu de voir que le patron s'était trouvé de nouveaux protégés. Au final, il s'était surtout servi d'eux, en dépit des services qu'il leur avait rendus. Il observa à nouveau son frère, puis ils décidèrent ensemble de discuter de cet aspect plus tard, le moment étant mal choisi.

    Fukase se plaça ensuite sur un petit promontoire, qui lui donna une bonne vue sur toute sa petite armée. L'homme aux cheveux rouges s’appuyait sur sa canne, et s'imagina en véritable chef de guerre. Kyo, Yuu et Wil se tenait devant leur compagnie respective et regardèrent le patron en silence.

    - Messieurs, nous sommes enfin arrivés à Sekai. Le moment est venu pour nous de prendre notre revanche !

    Cette seule phrase réussit à créer des clameurs à travers tout le groupe d'hommes. Ce bruit saisissant et menaçant vint perturber l'habituelle quiétude de la forêt.

    ***

    Dans le Palais royal de Kyôu, la tension était quelque peu retombée. La Reine avait demandé à se reposer et à passer outre ses émotions avant de poursuivre le Conseil des Quatre. Elle resta alors plusieurs jours cloîtrée dans sa chambre, encore sous le choc, et provoquait de ce fait des inquiétudes dans le chef de Miku et des chefs de village, qui logeaient dès lors au château. Seule la commandante de la garde bénéficiait du droit d’entrer dans la chambre royale. Pendant tout ce temps, Luka ne se décida pas à dévoiler les événements qui s’étaient déroulés durant sa détention, accentuant encore l’anxiété générale. Cependant, après insistance de Miku, elle se décida à cracher le morceau ; cinq jours étaient passés.

    Ce jour-là, la patronne de l’armée s’était délicatement installée aux côtés de Luka, assise au milieu de son immense lit à baldaquin. La pièce était fastueusement décorée : la couleur dominante était le rose clair, mais quelques touches d’or, de blanc et de bleu ciel donnait un certain charme à l’ensemble, et apportait en outre une atmosphère paisible.

    - Ma Reine, vous savez que vous pouvez tout me dire. Que s’est-il passé là-bas ? Qu’est-ce qui vous a mis dans cet état ?

    - C’est compliqué, Miku…

    La commandante était passablement excédée par le comportement de la souveraine. Dans ses souvenirs, elle cachait une force de caractère derrière son attitude douce. Mais ici, elle agissait comme si elle laissait tout tomber. En sus de l’agacement vint également s’ajouter une angoisse. La Reine avait dû faire face à quelque chose de particulièrement difficile émotionnellement pour se retrouver dans un tel état. Miku se décida alors à changer sa stratégie. Elle prit la Reine dans ses bras, un geste synonyme de sécurité.

    - Ma chère amie, vous êtes la Reine de ce pays. Et cela ne doit pas être facile tous les jours… Mais sachez que, peu importe ce qu’il arrivera dans l’avenir, je serai toujours à vos côtés.

    Luka laissa échapper quelques larmes et son visage devint écarlate :

    - Je sais…

    - Mais vous devez tenir, c’est votre rôle, votre destin, votre fardeau… Vous devez vous relever et continuer à vous battre…

    Que devait rétorquer la Reine à ces mots pleins de bon sens ? Au fond, elle savait que Miku avait raison, mais la soudaine réparation d’Owari lui faisait rejaillir des souvenirs qu’elle préférait par-dessus tout oublier. Désormais, tout refaisait surface, et elle devait affronter ce passé qu’elle avait fui durant des années. La véritable identité de Fukase devait éclater au grand jour pour le bien du pays de Kuni. Toutefois, elle voulait en parler tout d’abord à sa plus proche amie, qui se trouvait à ses côtés. Sans doute l’épreuve en serait plus aisée. La souveraine reprit alors son souffle plusieurs fois, alors que la patronne de la Garde resserrait son étreinte.

    - C’est le kidnappeur, le chef du complot… Je le connais, bafouilla-t-elle.

    Miku évita de sursauter, malgré la surprise qui accompagnait cette nouvelle.

    - En fait, c’est mon demi-frère, Owari …

    - Vous avez un frère ? interrogea directement la femme aux couettes.

    - C’est l’autre fils de ma mère. Il est mon aîné. Maman a eu cet enfant avant qu’elle n’épouse le Roi, mon père. Je pensais qu’il était mort, qu’il avait disparu…

    Luka marqua ensuite une pause, puis s’étonna elle-même. Instinctivement, elle avait servi à Miku son excuse officielle pour expliquer sa relation avec Owari. Afin de protéger son passé et son trône, elle se devait de garder le secret, même à sa confidente. En outre, l’épreuve qu’elle avait traversée petite ne devait pas resurgir. Elle s’était donc décidée à distiller uniquement les informations capitales pour l’avenir du pays et la lutte contre cette menace, mais rien de plus. Tous les autres antécédents devaient rester secrets, il en allait également de la stabilité de Kuni.

    - Que vous veut-il ? Pourquoi vous avoir enlevée si sauvagement si vous êtes de la même famille ? se demanda la commandante de la Garde.

    - Owari a un caractère un peu spécial. Déjà quand nous étions jeunes, je me souviens qu’il désirait ma place, et pourtant je n’avais que trois ans. Mais j’étais la fille légitime du Roi. Il a toujours vécu cela comme une injustice. Finalement, ne supportant plus cette situation, il s’est enfui du château… Tout cela s’est déroulé un peu avant que tu ne naisses, Miku.

    La guerrière aux cheveux turquoise avait en effet passé toute sa vie au Palais Royal. Fille du précédent commandant de la Garde, elle profitait de ses appartements au château, et avait par conséquent noué une amitié solide avec la princesse héritière, Luka, dont elle était de quatre ans la cadette.

    - J’ai toujours eu du mal à accepter son choix… Depuis, je ne l’ai plus jamais revu… Jusqu’à maintenant !

    - Et vous pensez qu’il revient pour vous chasser du trône, c’est ça ?

    - Il y a des chances, il a tout de même mis au point un plan pour affaiblir le pays, et il s’est plutôt bien débrouillé. Il ne reste plus que trois chefs de village sur les sept. Et qui sait ce qu’il a prévu pour son prochain coup…

    - Nous nous battrons, lui assura son amie. « Jusqu’au bout ! »

    - Il a également parlé d’une Porte, il devait rejoindre les jumeaux aux cheveux verts, et l’autre Koryuiste à cet endroit. Apparemment, elle est située dans une forêt… C’est ce que j’ai entendu…

    Miku exhorta tout de même la souveraine de faire part de ces informations au Conseil des Quatre, ainsi qu’à ses lieutenants Gumi et Yuma (ceux-ci possédaient toute la confiance de la Reine), mais aussi à Rin et Len, et indirectement à Alys. En effet, la commandante avait également une petite idée derrière la tête, et avait déduit qu’il était possible que Fukase, par un quelconque moyen, vienne du même monde que les Kagamine. Au début de ses opérations, il disposait d’une technologie qui n’était connue que des jumeaux. Même s’il n’était plus parvenu à en faire usage par la suite, cette donnée n’était pas à négliger. Quoi qu’il en soit, un petit entretien avec Rin et Len s’imposait.

    Le lendemain, Luka prononça un discours devant les membres du Conseil, accompagnés par leurs gardes attitrés. Miku avait également convié les deux blonds à l’exposé. Entre-temps, Rin était sortie de l'hôpital mais restait condamnée à marcher à l'aide de béquilles pour les trois prochaines semaines. De plus, tout entraînement ou autre exercice physique était proscris.

    La Reine tint également le même laïus que celui de la veille face à la commandante. Mais cette palabre était toujours cousue de fil blanc. Luka ne pouvait en aucun cas dévoiler la vérité sur son véritable passé. Pour l’instant, les Sages avaient dans leur main ce dont ils avaient besoin pour réfléchir à une stratégie afin de contrer les ambitions de Fukase. C’était tout ce qui comptait.

    Toutefois, un doute parcourut l’esprit de Luka pendant quelques minutes à la fin de la séance. Et si son secret finissait par être découvert pour de bon…

    ***

    Len était retourné dans sa chambre, accompagné de sa sœur Rin et d'Alys. Cela faisait déjà un petit moment que le jeune garçon et la fille à la tresse n'avaient pas pu profiter d'un moment de calme et de repos. Ces derniers temps, les événements s'étaient enchaînés très rapidement, de telle sorte qu'aucun d'entre eux n'avait pris le temps de se poser quelques instants et de faire le point sur leur situation. Peu importe ce qu'il arrivait, l'objectif premier des jumeaux était de retrouver un chemin vers leur monde. Le hasard avait fait que ce but était un peu passé au second plan, mais ils ne l’oubliaient pas.

    Rin avait éprouvé des difficultés à monter les escaliers pour accéder à l'étage de leur chambre. Elle fut vite aidée par ses deux compagnons, et s'installa directement dans le lit du bas une fois entrée dans la pièce. 

    - Bon, il faut qu'on parle ! admonesta directement Len.

    - Qu'est-ce que tu veux qu'on dise, lui rétorqua sa sœur.

    - Plein de choses ! D'abord, cette histoire de Porte... Si on met toutes les pièces en place, on peut déduire que Fukase vient de notre monde, et que cette porte est un bon moyen de rentrer chez nous !

    - Oui, c'est vrai... hésita Rin.

    Alys restait toujours silencieuse, se contentant d'observer la discussion entre les jumeaux. Quoi qu'il en soit, elle n'avait pas tellement son mot à dire. Elle connaissait leur objectif et se doutait qu'il ne leur était pas totalement sorti de l'esprit.

    - D'accord, ajouta Rin. « Mais est-ce que tu es prêt à les abandonner comme ça. Vu la tournure des événements, on peut encore leur être utile. Tu penses vraiment que tu peux les laisser tomber ? » lança-t-elle en désignant Alys de sa main droite.

    - C'est justement ça, Rin. C'est la question que je voulais te poser: si on trouve le moyen de rentrer chez nous, qu'est-ce qu'on fait ?

    La jeune femme d'Uchi était toujours taiseuse, et pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait de se mêler à la conversation. Elle brûlait d'envie de leur dire: "Restez ici, nous avons encore besoin de vous, j'ai encore besoin de vous !" Mais elle trouvait également cette attitude égoïste, et ne voulait pas leur imposer un choix.

    Puis, elle fut surprise quand les jumeaux se retournèrent contre elle, et attendirent son opinion. La jeune femme à la tresse bafouilla, étonnée, et tenta de leur donner une réponse qui traduisait le mieux possible ce qu'elle avait sur le cœur:

    - Je pense que c'est à vous de voir. Personne ne peut prendre cette décision à votre place. Maintenant, si vous me demandez mon avis, sachez que je me suis particulièrement attachée à vous, et que je redoute un peu le jour de votre départ, même si celui-ci est inévitable...

    - Oh, c'est gentil ! rétorqua affectueusement Rin.

    - Et concernant notre rôle ici... Qu'en penses-tu ? poursuivit Len.

    - C'est pareil. Personne ne peut décider de votre destin. Tout ce que je peux vous dire, c'est que, oui, on aura besoin de vous. Surtout si l'ennemi nous attaque avec sa technologie.

    Les jumeaux s'observèrent pendant de longues minutes, sous le regard quelque peu inquiet d'Alys. Puis, Len conclut, comme si il avait également saisi l'opinion de sa sœur.

    - Bon, ben, je pense qu'on va encore rester ici un moment !

    - C'est vrai ? se réjouit Alys. « Vous comptez rester, même si il y a moyen pour vous de rentrer ? »

    - Ce n'est pas dans notre caractère d'abandonner les gens auxquels on tient. Et puis, nous nous sommes embarqués dans cette histoire. Nous nous devons de rester jusqu'à la fin, compléta Rin, rapidement accompagnée par les acquiescements du blondinet. « Et, on est pas encore rentrés… »

    Alys retrouva rapidement le sourire, mais fut brutalement interrompue.

    - En voilà une bonne nouvelle, cria Miku de l'extérieur de la chambre.

    La commandante disposait de son escorte de lieutenants, Gumi et Yuma.

    - Bon dans ce cas, nous avons encore besoin de discuter, continua la commandante. « D'après ce que j'ai entendu, vous êtes du même avis que moi. Fukase provient de votre monde. J'irai droit au but: vous savez ce qu'il va nous préparer ? »

    Rin et Len s'échangèrent un regard. Puis, la jeune fille prit la parole, toujours assise, la jambe dans le plâtre:

    - S'il a trouvé du renfort, il est possible qu'il revienne ici avec encore plus d'armes à feu que la dernière fois. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à ça...

    - Des armes à feu ?, maugréa Miku. « Du même genre que celle qu'utilisait Yohio ? »

    - Oui, rétorqua Rin. « Et peut-être même des plus puissantes. Et je ne sais pas si vous êtes prêts à subir une telle attaque... » regratta la jeune fille.

    Miku avait auparavant demandé un rapport aux Kagamine sur ces armes inconnues. Les jumeaux s'étaient attelés à résumer leurs connaissances, précieuses quoique maigres, pour tenter d'aider au mieux la Garde royale. Malgré cette perspective peu réjouissante, la dame aux couettes gardait son air déterminé, comme si elle avait déjà son plan en tête. Elle fit quelques pas le long de la chambre, la tête baissée, en pleine réflexion, puis s'arrêta soudainement et s'écria:

    - Alys, tu peux venir dans mon bureau ? J'ai besoin de te parler en privé... Gumi, Yuma, je pense que vous avez quelques mots pour ce cher Len, n'est-ce-pas ? Je vous laisse...

    La villageoise accompagna la commandante d'un pas hésitant vers son office situé à l'étage d'en-dessous. Elle jeta également un dernier regard plein de compassion vers les jumeaux, qui lui rendirent un sourire, redonnant à Alys une certaine dose de courage.

     

    ***

    La commandante ouvrit rapidement la porte de son bureau, et rejoignit vite sa place. Elle invita également Alys à s'asseoir en face d'elle. Durant le petit trajet qui séparait la chambre de l'office, Miku n'avait pas dit un mot, restant plongée dans ses pensées. Alys se doutait bien que la patronne avait un plan, et que celui-ci la concernait de près. Aussi voulait-elle parler de son combat contre Leora, et de sa fameuse technique d'annihilation des halos. Finalement, tous les derniers événements avaient besoin d'être débriefés, et c'était également le cas pour Len qui, dans sa chambre, devait faire face à l'ire de Gumi et Yuma par rapport à son comportement dans le repère des Genshine. Alys avait d'ailleurs déjà pu entendre les vociférations de Gumi à l'encontre du garçon, alors qu'elle était à peine sortie de la chambre.

    Miku joignit les mains devant son visage, et en vint directement au fait, comme à son habitude:

    - Alys, tu peux m'en dire plus sur la technique de ta famille ?

    - Celle que j'ai utilisée contre Leora ?

    - Oui...

    - Il s'agit d'une technique familiale: l'annihilation des halos. Elle permet d'annuler les effets magiques du Koryu de l'adversaire. Mais, elle est difficile à maîtriser et assez pénible à mettre en place. C'est pour cette raison que je me suis évanouie après le combat.

    Le regard de la commandante vagabondait dans la pièce, bien qu'elle restât attentive au discours de son interlocutrice. La femme à la tresse pensait que, d'une certaine façon, Miku cachait ses connaissances sur son art, à en observer ses réactions. De toute évidence, elle en savait plus qu'elle ne le faisait paraître. Ce qui était normal au final, pour le chef de la Garde royale. Alys continua cependant son explication.

    - Il n'y a pas longtemps que je parviens à maîtriser cette prise... Cela demande énormément de travail, mais aussi de la chance. Par exemple, mon frère, Syla, n'y est jamais parvenu...

    - Et ton père ? interrogea directement Miku, le sourire aux lèvres.

    - Bien sûr, lui la maîtrisait. Il nous avait même appris avant de mourir les mouvements de base au cas où...

    La dame aux cheveux turquoise prit une pause. Elle se leva de son siège et se mit à faire les cent pas dans son grand bureau, en tournoyant autour de la chaise d'Alys.

    - Je vais être franche. Pour tout te dire, je connaissais déjà un peu cette technique ancestrale.

    Alys voulut directement se lever de son assise, pour marquer sa surprise, mais elle ne se bougea point, de sorte de ne pas vexer Miku.

    - Comment ça ? maugréa-t-elle toutefois.

    - Je suis la commandante de la Garde royale. Tu crois bien que j'ai lu tous les rapports secrets de la Grande Guerre Magique, à laquelle ton père a participé !

    - Vous savez des choses sur mon père ?

    Miku se rassit à sa place, dans un grand éclat de rire.

    - Nous y voilà ! Je savais que tu avais aussi tes raisons d'être ici. Tu ne voulais pas que suivre les Kagamine.

    Alys baissa la tête. La patronne avait vu clair dans son jeu. Bien sûr, elle tenait aux jumeaux, même si elle les avait rencontrés il y a peu. Mais, elle disposait d'une opportunité de se rapprocher de l'armée de Kuni, et de découvrir la vérité sur ce qui ce qu'avait vécu son père quinze ans auparavant. Il avait participé à la Grande Guerre, et avait été réquisitionné en raison de ses compétences. Au cours de la dernière bataille, il perdit la vie, et l'ancien patron de l'armée en personne était venu annoncer cette funeste nouvelle sur le pas de la porte de la maison d'Alys. La jeune fille savait au fond d'elle que quelque chose clochait. En effet, le chef des armées ne pouvait pas se déplacer pour annoncer la mort d'un proche dans toutes les familles du pays. Et pourtant, il l'avait fait pour celle de Monsieur Vo. Cette attitude lui avait mis la puce à l'oreille. Elle se doutait que tout n'était pas blanc dans cette affaire, et voulait en avoir le cœur net. Dès qu'elle eût la possibilité de se rapprocher de la capitale et des hautes sphères du pouvoir, elle se jeta sur l'occasion.

    Miku avait laissé le temps de la réflexion à la jeune femme pendant quelques secondes, puis reprit la parole.

    - Tu as raison. Il y a quelque chose que tu ne sais pas sur ton père, et sur son rôle dans l'issue de la Guerre.

    A cet instant, Alys se releva subitement, et frappa des points sur la table. Elle en avait assez de ces mystères et de ces secrets.

    - Dites-moi ce qu'il s'est passé ! hurla-t-elle.

    Miku demeurait d'un calme olympien. Elle avait beaucoup d'expérience, et avait dû faire face de nombreuses fois à des personnes qui perdaient leur sang-froid. Elle resta assise et continua:

    - Tu sais que les Magiciens sont bloqués derrière une barrière magique, qui les empêche de s'échapper de l'île Maho.

    - Oui, tout le monde sait ça. C'est même cette barrière qui a permis de mettre fin à la guerre.

    - Et tu n'as pas une idée de comment on l'a construite ? demanda Miku.

    Alys s'était toujours rattachée à la version officielle. Les ingénieurs de l'île Kuni avait réussi à trouver un moyen pour annuler les effets de la Magie, et s'en était servi pour créer cette barrière. C'est exactement ce qu'elle raconta à la commandante.

    - Petite idiote ! Tu penses que nous avons les moyens de créer une telle technologie ? Surtout en temps de guerre ? vociféra la patronne.

    La pratiquante du Koryu était quelque peu outrée par les réactions de Miku.

    - Je vais te raconter la vérité. Je connaissais déjà, de nom, cette technique d'annihilation des halos. Puisque ton père a utilisé un dérivé de cette prise pour créer la barrière magique.

    - Quoi ? sursauta Alys. « C'est mon père qui a créé la barrière magique ? »

    - Oui, l'état-major de l'armée avait eu connaissance du don de ton père, et se demandait s'il était possible de l'améliorer. La base de cette technique est d'annihiler le potentiel magique du Koryu. De ce fait, il était logique de penser qu'elle pouvait aussi annuler les pouvoirs des Mages. On demanda donc à Monsieur Vo de perfectionner cette prise. Ce qu'il fit. Il était parvenu à détruire tous les effets commis par la Magie. Et donc, on a eu cette idée d'enfermer tous les Mages derrière cette barrière.

    Quelques larmes commençaient à couler sur le visage d'Alys. Elle était partagée par un sentiment de tristesse - ce récit lui rappelant la mort de son paternel - mais aussi de fierté, non seulement envers Monsieur Vo, mais aussi pour elle-même. Elle avait raison, l'armée avait bien caché la véritable raison de la mort de son père, elle commençait à le comprendre.

    - Monsieur Vo a donc construit cette barrière, en se servant du Koryu. Mais cette technique était tellement endurante pour son corps qu'il dût y laisser la vie...

    Un silence pesant régnait désormais à travers le bureau de Miku.

    - C'est pour cette raison que ton père est considéré ici comme un héros, ajouta la commandante. « Il est l'artisan de notre victoire il y a quinze ans. »

    Alys tenta tant bien que mal de se remettre de ses émotions.

    - Mais pourquoi ne nous avoir rien dit ? se demanda-t-elle.

    - L'armée voulait éviter que l'affaire s'ébruite, et que quelqu'un de mal attentionné ne découvre la véritable origine de la barrière. Souviens-toi, les Koryuistes de l'île Tokai se trouvaient du côté de la Guilde des Mages. Il n'était pas impossible qu'un d'entre eux ne tente de détruire la barrière. Nous préférions éviter cela.

    Miku laissa quelques instants Alys seule dans la pièce, face à elle-même. Elle avait conscience de l'épreuve mentale qu'elle venait de passer, et voulait surtout lui faire part de son plan pour le futur. Le fait de lui raconter la vérité sur la passé de sa famille ne visait qu'à la mettre en confiance. Deux ou trois minutes plus tard, la guerrière aux couettes réapparut dans la pièce, et se plaça à quelques centimètres à peine du visage de la villageoise.

    - J'ai quelque chose à te demander, Alys. Et cela concerne le Koryu.

    - Allez-y, rétorqua la jeune femme.

    - Penses-tu pouvoir également mettre au point une technique faisant office de bouclier contre les armes de notre ennemi. C'est l'objet de notre entretien ici...

    - Je ne sais pas. Il faudrait que je m'entraîne. Et je ne suis pas certaine de pouvoir faire cela seul. J'aurai peut-être besoin de l'aide de mon frère.

    - Mais, ça serait possible ? sourit Miku.

    - En théorie, oui. Mon père a fait quelque chose de semblable, visiblement...

    Miku fit alors une confidence à son interlocutrice. Ces armes d'un genre nouveau, inconnues, lui faisaient terriblement peur. Elle voulait analyser n'importe quelle solution à sa disposition afin de contrer ces instruments. Et Alys venait de lui donner cet espoir.

    - Bien... Un grand merci, ma chère. Nous partirons voir ton frère dès demain. Il faut que l'on mette en œuvre notre plan d'attaque, et tu en es la pierre angulaire !

    Alys éprouva un instant le sentiment de suivre les mêmes traces que son père. Sans doute était-ce le destin ? Elle se rappela les dernières paroles qu'elle avait entendues de la bouche de Monsieur Vo, et espérait au fond ne pas connaître le même sort funeste.

    - C'est décidé ! Demain, nous partons pour Uchi, lança Miku.

    ***

    Fukase se tenait droit, debout sur un petit rocher, devant son armée aux allures de guérilla dispersée juste devant lui. Il appela ensuite à ses côtés ses lieutenants, les jumeaux Genshine, Leora, ainsi que Kyo, Yuu et Wil. Le temps était venu de mettre en place leur plan d'attaque. Désormais, ils pouvaient se permettre de rivaliser avec la Garde royale.

    - Il faut frapper un grand coup, lança Fukase. « Les premières manœuvres consistaient à les affaiblir. Même si cela n'a pas eu tous les effets escomptés, nous avons tout de même réussi à liquider quatre chefs de village. »

    Roku prit la parole, histoire de donner son analyse de la situation.

    - Cette semaine, nous sommes passés avec mon frère dans quelques villages. Et on peut dire qu'ils sont un peu désorganisés.

    - Voilà ! Merci, mon cher Roku. Le moment est venu de prendre possession d'un village, pour y établir notre base, renchérit le chef à la tenue immaculée. « Quel est pour vous la meilleure option ? »

    Le groupe parcourut donc la carte du pays de Kuni que les Genshine avaient à leur disposition. Les villages d'Aza et de Hayashi étaient les plus proches de leur position, à l'ouest de l'île. De plus, ils demeuraient relativement difficiles d'accès en raison de la forêt dense qui les entouraient. Furisato, quant à lui, n'offrait que peu d'avantages. Il était situé trop à découvert. De plus, comme il s'agissait du dernier village à avoir été attaqué, un nombre assez important de militaires demeuraient à cet endroit. Cette hypothèse fut donc rapidement écartée, une fois de plus sur les conseils du cadet des Genshine, qui s'était érigé en stratège du groupe.

    Leora interrompit soudainement tout le monde, dans son style caractéristique, assez brut de décoffrage:

    - Vous ne voyez pas l'évidence. C'est le village d'Uchi que nous devons attaquer. Il est situé en bordure de forêt, et est en plus positionné non loin de la capitale. Pour la suite des opérations, c'est la meilleure stratégie à adopter !

    Kyuu Genshine avait vu clair dans le jeu de la mercenaire. Il savait qu'Alys, son ennemie, était originaire de ce hameau, et se doutait bien qu'une certaine dose de vengeance s'était glissée dans l'envie de sa collègue. Il s'approcha donc de la guerrière et lui murmura:

    - Je sais ce que tu cherches à faire ! Tu veux te venger d'elle, avoue-le !

    Fukase fut interloqué par la remarque de l'aîné et demanda immédiatement des explications:

    - Que cherches-tu, Leora ?

    - Rien, je me dis juste que le village est bien placé ! Et puis, si ça peut aussi permettre de faire réagir cette petite peste d’Alys, ce n’est pas plus mal...

    Le patron du groupe s'éclipsa quelques instants à l'écart. C'était à lui de prendre la décision.

    - D'accord, nous allons prendre le village d'Uchi !

    Kyuu pesta, et fit part de son dégoût à son jumeau. Une fois de plus, Leora avait fait valoir ses intérêts. Ce comportement l'agaçait de plus en plus. Et puis, il avait un mauvais présentement, il sentait que cette manœuvre pouvait mal se terminer. Il fit quelques pas de côté en compagnie de son frère, pour pouvoir discuter durant une poignée de secondes avec lui, alors que les autres établissaient déjà la stratégie de l'attaque.

    - Roku, nous devons faire attention. La tournure des événements ne me plaît pas. Cette Leora n'en fait encore qu'à sa tête, et elle a trop d'influence sur Fukase. Qu'en penses-tu ?

    - Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire. Je ne suis pas certain que c'était la meilleure stratégie à adopter, mais elle comporte des avantages, c’est sûr. Je n'ai pas vraiment confiance en Leora non plus mais nous ne pouvons pas abandonner Fukase, tu le sais bien...

    - Oui...

    Dépité, Kyuu retourna dans le groupe, en compagnie de son frère. Il ne prêtait que peu d'attention à la conversation, et ne détacha pas son regard de Roku. Intrinsèquement, il se jura une nouvelle fois de tout faire pour protéger son frère, peu importe ce qui allait se passer.

    La formation guerrière de Fukase avait monté un bivouac en plein milieu de la forêt pour y passer la nuit. Le chef avait également chargé les jumeaux de lui trouver des montures avant d’effectuer le trajet. Dès le lendemain, l'armée se mettait en marche vers le village d'Uchi, avec à sa tête, Fukase, accompagné des jumeaux et de Leora, chevauchants à travers les petits sentiers forestiers. Derrière suivaient à pied les trois chefs de rang, Kyo, Yuu et Wil, en compagnie de la troupe dont ils étaient responsables.

    Quelques heures plus tard, l'armée de Fukase se tenait sur l’une des collines qui surmontaient le village d'Uchi, et observait les remparts du village au loin.

    Les gardes du village virent apparaître la horde de soldats au loin :

    - Qu'est-ce que c'est que ça ? Une armée ! brama un garde. « Donne l'alerte immédiatement, et envoie un corbeau à la Garde royale » oblitéra-t-il à l'adresse d'un collègue. « Je pense que nous sommes attaqués ! »

    La première bataille de l'offensive de Fukase était sur le point de débuter.


    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #26 le: 05 février 2017, 14:37:04 »
    Coucou !
    Voici le chapitre 16 !

    Spoiler
    Chapitre 16 : Fade To Black

    Le patron aux cheveux rouges et à la canne se tenait sur la colline, assis sur son cheval, faisant preuve d’une fierté exacerbée. Il s'imaginait déjà en chef de guerre, tel Jules César, Hannibal le Carthaginois ou encore Gengis Khan. Bien sûr, il savait que son armée n'était pas aussi puissante que celles précédemment citées, mais il disposait d'une arme secrète, et de ce fait la victoire lui était quasiment acquise. Au loin, il observait déjà la panique dans les mouvements des gardes présents sur les remparts du village, qui s'attroupaient en quelques endroits. Ils avaient l'air désorganisés, ne s'attendant pas à une attaque aussi immédiate. Fukase ne pouvait pas perdre de temps, il apprécia encore quelques secondes sa toute-puissance du haut du promontoire qui surplombait le hameau d'Uchi, puis se décida à lancer le premier assaut.

    La première équipe, celle dirigée par Kyo et armée de fusils d'assaut, se dirigea en courant vers la porte d'entrée du village. La deuxième compagnie, menée par Yuu, profitait de ses snipers pour liquider les quelques archers disposés sur le rempart. Ils représentaient le plus grand danger pour l'instant. Wil et ses soldats étaient davantage spécialisés dans les missions d'infiltration, de telle sorte qu'ils ne pouvaient pas se montrer très utiles lors d'une manœuvre comme celle-ci. Cela n'avait que peu d'importance pour le moment, ils se contentaient de rester en embuscade derrière Fukase, qui appréciait la scène d'un sourire sadique. Le chef était accompagné par Leora, qui eût à peu de choses près la même expression faciale, ainsi que Kyuu et Roku, qui restèrent silencieux. Les jumeaux éprouvaient déjà un mauvais pressentiment quant à la poursuite de cette opération. Ils se contentèrent pour le moment de rester inactifs, et de jouer leur rôle de gardes personnels de Fukase. De toute façon, les sabreurs étaient assez superflus lors d'une telle opération.

    Soudain, quelques soldats menés par Kyo parvinrent à créer une brèche dans la porte d'entrée au village, et pénétrèrent dans les premières rues. Des coups de feu éclatèrent de toutes parts, dans un vacarme assourdissant, mêlés de cris et de pleurs. De leur point d'observation, Fukase, Leora et les jumeaux pouvaient remarquer quelques civils qui avaient flairé le danger et tentaient d’échapper à la tuerie. Ils furent cependant rapidement rattrapés par les soldats ennemis qui les exécutèrent de sang-froid. A ce moment, Roku déglutit. Une sensation étrange lui avait envahi la bouche, et il fut pris de nausées.

    - Ça va, Roku ? demanda son aîné, paniqué.

    Le cadet ne répondit pas, et baissa la tête, afin de cacher cette vue atroce. De leur côté, Fukase et Leora souriaient toujours et se décidèrent à rejoindre le champ de bataille à l'intérieur d'Uchi. La première équipe avait déjà dû bien avancer. Kyuu rapprocha son cheval de celui de son frère, et lui tapota le dos.

    - Viens, nous devons y aller...

    - Oui... murmura Roku « Je vous suis... »

    Ainsi, ils descendirent la colline quatre-à-quatre, et arrivèrent devant la porte une poignée de secondes plus tard. Le spectacle qui s'offrit alors à leurs yeux fut pour le moins terrifiant: hommes, femmes et enfants gisaient sur le sol, inertes, plongés dans d'énormes mares de sang. La couleur écarlate avait remplacé la jolie teinture jaune de la terre argileuse. Plus loin, on pouvait encore entendre les cris des villageois paniqués. Le groupe progressa doucement dans les rues. Kyuu et Roku pouvaient alors observer la barbarie avec laquelle l'assaut avait été donné. De nombreux innocents avaient perdu la vie, simplement abattus parce qu'ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, à en juger par les cadavres adossés simplement sur les pas des portes des maisons.

    Fukase et son groupe se dirigèrent alors vers le centre du village, où se trouvait l'ancienne demeure du chef Oji. Ses soldats étaient toujours occupés à se battre contre les quelques gardes restants, qui se voyaient bien démunis face à une telle puissance de feu. Quelques minutes plus tard, les quelques soldats du pays de Kuni n'eurent d'autre choix que de déposer les armes devant Kyo, puis Fukase, qui arborait un rictus malicieux du haut de son cheval blanc.

    Celui qui apparaissait comme le plus gradé des gardes se posta devant l'homme aux cheveux rouges, et se courba devant lui:

    - Nous nous rendons, pouvez-vous s'il vous plait épargner nos vies ? Nous vous servirons s'il le faut.

    Fukase restait silencieux, mais effaça le sourire de son visage. Il observa de haut le pauvre soldat qui transpirait abondamment et dont les jambes tremblaient à un rythme irrégulier.

    Puis il éclata de rire: « Ha ha ha, vous lâchez votre mission aussi rapidement que cela. L'armée de Kuni n'est plus ce qu'elle était ! Mais j'entends bien votre requête... »

    Le soldat semblait soulagé pendant un petit instant. Fukase se tourna alors vers Wil, qui était armé de son petit pistolet, et lui fit un signe de la main. Suivant ses instructions, Wil abattit directement le chef ainsi que ses subalternes.

    L'homme à la canne de clown admira ensuite l'imposante tour d’Uchi.

    - Voilà une base qui a de l'allure.

    Sa première bataille s'était soldée par une immense victoire. Le calme revint peu à peu dans les rues. Une atmosphère lourde pesait. Les habitants s'étaient réfugiés et enfermés dans leurs maisons respectives, se demandant ce qu'il allait advenir d'eux. Peu importait à Fukase toutefois, qui se contenta de rejoindre le plus haut étage de la tour, accompagné par Leora, Kyuu et Roku. Il remarqua directement le petit trône destiné au Sage du village et s'installa directement dessus. Sa mine était particulièrement fière. Leora exprima également sa joie à son nouveau chef, tandis que les jumeaux Genshine se tenaient à l'écart, au fond de la pièce, l'esprit troublé.

    ***

    Au Palais Royal, les préparatifs avaient été très brefs. Six personnes se tenaient dans le couloir, prêtes à partir au village d'Uchi comme prévu. Alys se réjouissait même à l'idée de revoir son frère Syla et sa mère Lysa. Elle ne pensait pas revenir dans sa maison natale aussi vite. Plus sérieux, Miku, Gumi et Yuma étaient déjà occupés à organiser le trajet. La guerrière aux cheveux verts pestait toutefois:

    - Et voilà, on est repartis pour la tournée des villages paumés !

    - Tu peux te calmer, Gumi, s'il te plaît. Ça ne sera pas long, nous devons juste chercher une personne.

    - Pourquoi on doit se pointer ensemble alors ? Alys et vous, c'était bien suffisant, non ?

    - Tu sais que j'aime bien vous avoir à mes côtés quand je pars.

    Soudain, un garde se précipita vers Miku, l'air inquiet, un petit parchemin à la main. Il ne prononça pas un seul mot et se contenta de lui donner le message. Le visage de la commandante se para alors d'un seul coup d'une expression mêlée d'inquiétude et de surprise. Les autres personnes présentes furent pendues à ses lèvres, attendant de savoir de quoi il retournait.

    - Le village d'Uchi a été attaqué. Apparemment, les assaillants possédaient des armes d'un genre nouveau.

    Tous sursautèrent. Miku, de son côté, jugea bon d'en informer la Reine rapidement, puis de modifier l'établissement de son plan. Cette attaque avait changé la donne. Alys, quant à elle, se mit directement à genoux, et laissa couler quelques larmes. Sa famille était là-bas, prise sous le joug de cet ennemi inconnu. Rin et Len s'approchèrent d'elle pour la réconforter du mieux possible, alors que Gumi et Yuma avaient accompagné la patronne vers la salle du trône.

    Luka était installée sur son trône. Elle avait le teint pâle et l'expression de son visage était vide. Plongée dans la lecture d'un livre, la souveraine fut surprise par l'arrivée inopinée de Miku.

    - Ma Reine, j'ai le regret de vous annoncer que le village d'Uchi a été attaqué.

    Luka marqua une pause, le temps d'endurer la nouvelle. Elle descendit ensuite de son trône posé sur une petite estrade, et vint se placer juste en face de son amie aux couettes, la mine baissée.

    - C'est Owari, c'est ça ?

    - C'est bien possible. Les gardes nous informent qu'ils ont été surpris par des armes inconnues...

    - Alors, il met bien son plan à exécution... maugréa-t-elle en retournant sur ses pas.

    - Je vais former un bataillon, afin d'aller analyser ce qu'il se passe là-bas. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés.

    Puis Miku se tourna vers Gumi et Yuma.

    - Vous deux, vous restez ici et vous veillez sur la Reine. En raison de la relation entre elle et notre ennemi, je préfère ne pas la laisser seule. J'emmène Alys, Rin et Len avec moi.

    - Rin aussi ? interrogea Gumi. « Mais elle est blessée ! »

    - Oui, mais elle peut nous informer sur les mouvements et la stratégie de notre ennemi. Je me chargerai personnellement de la protection des jumeaux.

    - D'accord, acceptèrent les deux lieutenants.

    Les préparatifs avaient déjà bien débuté, mais Miku prit le soin d’également mettre en place tout un bataillon. Jusqu’à présent, il s’agissait de terrorisme, mais désormais, leur ennemi avait lancé une guerre.  La diligence de Miku, accompagnée par les Kagamine et Alys, fit alors route rapidement vers le village attaqué, suivis par des hordes de soldats, tous installés sur des charrettes tirées par des chevaux, et prêts à l’assaut, malgré une légère appréhension. En effet, la dernière guerre qu’avait connu le pays remontait à plus d’une décennie, et nombreux étaient les combattants qui n’avaient jamais dû sortir leur arme en situation réelle. La commandante aussi s’inquiétait, même si elle restait forte devant les troupes. Il s’agissait également de son premier grand conflit. Et bien qu’elle eût déjà enduré quelques crises et résolu un bon nombre de mystères, la nature inconnue de l’armée de Fukase la perturbait, et elle comptait bien sur Rin et Len pour l’extirper de ses doutes.

    - Rin, Len, si vous avez la moindre idée d’une stratégie à adopter pour contrer ces armes, c’est le moment, lança directement Miku, des trémolos dans la voix.

    Les jumeaux s’observèrent. Même s’ils connaissaient les forces de l’ennemi, ils ignoraient pratiquement tout de la pratique militaire. Le fait même que Miku leur demande un conseil traduisait son inquiétude. La patronne était complètement perdue. Néanmoins, Rin, la jambe posée sur  la banquette située en face d'elle, juste à côté d'Alys, tenta de rassurer sa commandante:

    - Nous avons certainement l'avantage du nombre. Cela m'étonnerait que l'ennemi ait pu parvenir jusqu'ici avec un grand nombre de combattants. Nous pouvons aussi bénéficier de l'effet de surprise, puisque je pense que vous connaissez bien le terrain. L'inconnu reste leurs armes, je ne sais vraiment pas ce qu'ils ont pu apporter.

    Rin fut rejointe dans son analyse par Len, qui acquiesça. Miku écoutait attentivement, et tentait de mettre au point une stratégie.

    -  D'accord, je vais y réfléchir, conclut la dame aux couettes en déballant une carte de taille imposante représentant la région.

    Le voyage continuait tranquillement, alors que Miku tentait d’élaborer son plan d'attaque. Alys, de son côté, se préoccupait toujours du sort de sa famille. Syla et sa mère étaient certainement reclus dans leur maison, à l'abri. Mais qu'arriverait-t-il si l'ennemi venait à découvrir leur secret ? Rin gratifia la fille à la tresse d'un sourire rassurant, essayant de lui redonner de l'espoir. Pour le moment, c'était tout ce qu'elle pouvait faire.

    Le convoi de combattants arriva en vue d'Uchi à la tombée de la nuit. Miku ordonna alors de ne pas s'approcher trop près du village, et de monter un bivouac dans la forêt avoisinante, histoire de ne pas se faire repérer.

    La nuit tombée, la pleine lune brillait dans le ciel. L'astre reluisait sur les remparts en bois du village. On ne pouvait entendre que le souffle du vent. La plaine voisine du village se revêtît d'un calme reposant. Miku se tenait debout derrière un arbre situé sur la colline qui surplombait Uchi. Plongée dans ses pensées, elle s'imaginait déjà la bataille du lendemain. L'heure était venue. La guerre était déclarée pour de bon.

    ***

    Du haut de sa tour, Fukase contemplait son œuvre. Ses soldats s’étaient dispersés dans toutes les rues du village et patrouillaient. Le chef n’éprouvait aucun regret concernant le massacre de la veille, et souriait naïvement, alors qu’il rejoignait le trône appartenant au chef du village. Kyuu et Roku se tenaient à ses côtés, et se lancèrent des regards à intervalles réguliers. Leora se trouvait de l’autre côté de la pièce, et s’approcha doucement du patron à la tenue blanche. Elle avait visiblement quelque chose à lui demander. Les Genshine, et particulièrement Kyuu, l’observaient avec méfiance et attention.

    - Chef, j’ai une requête à vous demander, commença-t-elle directement.

    Fukase fut à la fois curieux et surpris :

    - Parle ! Que veux-tu Leora ? demanda-t-il d’un air supérieur.

    - Je sais qu’il y a des pratiquants du Koryu ici. Je voudrais essayer de les retrouver.

    Le chef prit un instant pour formuler sa réponse :

    - Si tu veux, cela m’importe peu. Mais reviens vite ici, je finirais par avoir besoin de toi.

    - Je peux emprunter quelques soldats avec moi ?

    L’expression de Kyuu, qui se tenait debout à la gauche de Fukase, se para d’un air interrogateur. Il n’allait tout de même pas accepter tous ses caprices ?

    -  Accordé ! lança le chef. « Je te donne trois soldats du groupe de Wil. Ils n’ont pas encore travaillé beaucoup. Cela leur dégourdira les jambes… »

    -  Merci, chef ! Leora quitta la salle du trône improvisée le sourire aux lèvres. Son plan s’était déroulé pour l’instant comme elle l’avait prévu.

    Les jumeaux aux cheveux verts s’échangèrent de nouveau quelques regards significatifs. Il était grand temps qu’ils aient une discussion.

    -  Pouvez-vous nous excuser quelques minutes ? demanda Roku. « Mon frère et moi avons faim. Nous aimerions bien faire un tour aux cuisines… Nous serons de retour dans quelques minutes. »

    Kyuu sourit furtivement. Son cadet était passé maître dans l’art de trouver des alibis.

    - Faites donc, mes chéris. Mais faites vite, je me languis de votre présence, leur rétorqua le trentenaire.

    Les Genshine s’éclipsèrent donc rapidement. Ils descendirent quelques étages et tentèrent de trouver une salle vide, à l’abri des regards. La tour étant assez imposante, ils découvrirent une ancienne chambre deux étages plus bas. Celle-ci disposait d’une petite table et de deux chaises. Roku se pressa de s’installer sur l’une d’entre elles et se mit soudainement à éclater en sanglots. Le cadet avait en effet retenu toutes ses larmes et sa pression pendant tout ce temps, mais il n’avait pas supporté le massacre auquel il avait assisté. Kyuu était plus impassible, mais n’en pensait pas moins. Tout cela avait assez duré.

    -  Roku, calme-toi. Il est encore temps d’agir ! commença-t-il, en espérant apporter du baume au cœur à  son frère.

    - Qu’est-ce qu’on peut faire, Kyuu ? On ne demandait pas ça !

    - Tu sais qu’on ne peut pas se permettre de laisser tomber Fukase. Il est la seule personne à nous avoir fait confiance, à ne pas nous traiter comme des parias.

    - Oui, mais est-ce que ça justifie tout ce massacre ?

    - …

    Kyuu se trouvait dans une impasse. Roku avait parfaitement raison. Il le savait. Mais il ne pouvait pas se réduire à abandonner son chef. Qu’allaient-ils devenir son frère et lui, seuls dans un monde qu’ils ne connaissent pas ?

    - J’irai parler à Fukase ! se décida Kyuu. « Il est temps »

    - Tu es certain ?

    - Oui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te protéger, Roku, et pour que tu n’aies pas à subir ces horreurs.

    Le plus jeune des frères sécha ses larmes, se releva et posa délicatement sa main droite sur l’épaule de son aîné.

     - Si c’est comme ça, j’irai avec toi. On doit se serrer les coudes, comme toujours. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.

    - Oui…

    Les jumeaux restèrent ensuite plusieurs minutes dans la chambre sombre, pourtant dotée d’une tranquillité revigorante et inspirante, à ressasser certains souvenirs.

    ***

    Leora arpentait les nombreuses allées argileuses du village d'Uchi. Son visage affichait une expression sadique mêlée de concentration. Telle une chasseuse, elle ne lâcherait jamais sa proie. La mercenaire était parfaitement au courant que des pratiquants du Koryu se cachaient dans ce village, Alys en étant originaire, et elle comptait bien mettre la main dessus. Les nombreuses rues du hameau, autrefois très animées, remplies de marchands et de passants, se révélaient désormais d'une quiétude presque inquiétante. Tous les habitants s'étaient recroquevillés dans leurs maisons, impuissants face à une telle force. Leora, accompagné de son groupe de trois soldats, se décida donc de piocher au hasard dans les maisons, afin de trouver ce qu'elle cherchait.

    Pour chaque habitation, le processus était semblable. La guerrière aux cheveux rouges y pénétrait la première, suivie de près par ses trois sous-fifres, et inspectait la maison, avec une attention toute particulière sur les traits physiques des habitants qui pouvaient les rapprocher de près ou de loin à son ennemie jurée. L'inspection du village dura ainsi plusieurs heures, mais la détermination de Leora ne faiblissait pas. Les Koryuistes étaient dangereux, et il était de son devoir de s'en emparer. De temps en temps, des cris de peur s'échappaient de la demeure que le petit groupe était en train d'inspecter. De cette manière, le climat de terreur qui s'était déjà emparé de la bourgade tranquille du sud de l'île s'était encore intensifié. L'armée de Fukase avait définitivement pris le pouvoir.

    Le crépuscule tombait quand Leora s'approcha d'une maison située en bout de rue. Celle-ci était fabriquée en bois de bonne qualité et était décorée de bien belle manière. La mercenaire demanda ensuite à l'un des soldats d'enfoncer la porte et entra par la force. Elle accéda d’abord dans un petit couloir. La maison paraissait désespérément vide. Leora avança ensuite vers le salon, et se retrouva face à face avec un jeune homme aux cheveux bleu marine en train de siroter un bon thé noir de sa préparation. L'homme, à genoux devant sa table, ne bougeait pas d'un pouce et termina tranquillement sa tasse. Alors qu'il la but jusqu'à la lie, une dame plus âgée sortit subitement de la cuisine et resta immobile devant le groupe de soldats:

    - Qu'est-ce qui vous prend d'entrer chez les gens comme ça ? hurla la vieille dame.

    - Du calme, maman, je m'en occupe, lui rétorqua le jeune homme en se relevant doucement.

    Il se plaça juste en face du visage de Leora:

    - Je pense savoir pourquoi vous êtes ici. Je m'étonnais même de ne pas vous avoir encore vu. Je me nomme Syla, et je suis le fils de Monsieur Vo.

    La mercenaire à la tenue blanche afficha alors un large sourire:

    - Monsieur Syla, je vous mets en état d'arrestation ! Vous, ainsi que votre mère.

    La tension montait d'un cran. Syla parcourut tranquillement la pièce:

    - Ha, sérieusement, vous pensiez que ça allait être aussi simple ?

    Dès lors, deux énormes halos mauves s'échappèrent des mains de Syla qui se lança directement vers Leora. Celle-ci esquiva plutôt facilement l'attaque, tandis que les trois soldats s'emparèrent de Lysa, la mère. Soudainement, Leora se mit en position de combat et dévoila également ses atouts. Des reflets blancs s'échappèrent également de ses membres supérieurs. Syla en fut surpris.

    - Si je m'attendais à ça... Une autre pratiquante !

    -  Rendez-vous ! exhorta Leora.

    Syla se mit rapidement en garde et tenta une nouvelle salve d'attaques. Malheureusement, le niveau des deux guerriers s'avérait être assez déséquilibré, de telle manière que Leora mit rapidement fin au combat, après un enchaînement de son invention qui avait fait perdre l'équilibre à son ennemi. Elle n'avait plus qu'à le tenir en joug et à le mettre aux arrêts. De son côté, le jeune homme regretta son manque d'entraînement.

    - Qu'allez-vous faire de nous ? interrogea Lysa, la mère.

    - Vous emmener à la tour, pour commencer. Pour la suite, nous verrons bien...

    Leora sortit ensuite de la maison, particulièrement fière, tenant derrière elle ses deux prisonniers. Le bruit provoqué par le court combat avait fait sortir les voisins de leurs habitations. La mine fermée, ils observèrent l'un des derniers espoirs de lutte du village d'Uchi se diriger lentement vers l'ancienne tour du chef.

    ***

    Le soleil venait de se lever sur la plaine verte et le bois situés aux alentours d’Uchi. Tôt le matin, Miku avait convié tous les soldats à une assemblée générale, au milieu de la forêt, dans un endroit relativement discret. L’assaut ne pouvait plus tarder. La commandante avait passé la nuit à essayer de trouver une stratégie d’attaque, mais se heurtait sans arrêt à une donnée inconnue. Elle ne connaissait pratiquement rien de l’armement de l’ennemi. Les Kagamine avaient bien tenté de lui donner des conseils, mais ceux-ci s’avéraient bien légers, en raison du jeune âge des jumeaux et de leur inexpérience. Finalement, la patronne de la Garde était contrainte d’envoyer ses troupes au casse-pipe. Toutefois, il s’agissait là de la seule carte qu’elle avait à jouer. Elle ne pouvait pas laisser Fukase agir indéfiniment.

    Sa stratégie d’attaque se basait sur deux points : d’une part, l’objectif était de mettre la main sur Syla, le frère d’Alys, afin qu’il puisse rejoindre la Garde, et assister sa sœur dans sa mission. D’autre part, Miku désirait tout de même reprendre le contrôle du village. C’était là une question d’honneur, elle se devait de libérer la population. Elle scinda donc son bataillon en deux groupes. Le premier était dirigé par Alys, qui serait chargée de mener le plus vite possible le groupe de soldats vers sa maison, et d’escorter son frère et sa mère en dehors des remparts. Ceux-ci iraient par la suite rejoindre Rin, restée bien sagement au campement à cause de sa blessure. Le deuxième groupe serait mené par Miku elle-même, qui garderait également Len sous son aile, et se chargerait de reprendre le contrôle de la tour d’Uchi.

    La guerrière aux cheveux turquoises avaient également analysé la géographie du hameau. La porte d’entrée principale se situait au nord du village. Mais, il existait également d’autres accès à l’est et à l’ouest, plus discrets. Alys avait informé sa supérieure que sa maison se situait du côté occidental du village, c’est donc tout naturellement que son groupe prendrait cette direction, tandis que Miku attaquerait par l’est. La commandante espérait ainsi provoquer une désorganisation des forces de l’ennemi, et bénéficier d’un effet de surprise.

    Il n’y avait plus de temps à perdre. Il ne fallut qu’une petite dizaine de minutes pour que les troupes se mettent en place, de part et d’autre de la forêt et lancèrent un assaut simultané. Ainsi, les gardes de Fukase qui étaient principalement postés sur la face nord des remparts ne s’aperçurent pas de l’attaque. L’astuce de Miku semblait fonctionner. Ses soldats se pressèrent devant les entrées ouest et est, pratiquement pas gardés, et parvinrent à pénétrer dans l’enceinte d’Uchi.

    Malheureusement, l’espoir ne fut que de courte durée. Les forces militaires ennemies ne prirent pas longtemps pour se réorganiser, et firent rapidement face aux troupes de Miku sur le forum du village, juste à côté de la tour. Tout en haut, Fukase, qui avait fulminé dans un premier temps, s’était calmé et observait la scène. En première ligne se trouvaient ses fantassins armés de fusils d’assaut, suivis par la compagnie de Wil, et leurs pistolets.

    Len observa les armes ennemies, et fut soudainement pris de panique. Fukase possédait donc des armes de ce calibre-là ? Le jeune garçon s’approcha rapidement de Miku, et lui lança :

    - Vite, nous devons fuir ! Nous ne pouvons rien faire contre eux !

    La commandante se retourna vers le blondinet, et afficha une mine paniquée. Elle suivit le conseil de son subalterne et ordonna directement la retraite. Cependant, les hommes de Fukase se mirent à faire feu. Le vacarme était assourdissant. Les balles fusaient de toutes parts, les soldats tombaient les uns après leurs autres. Toute la compagnie de la Garde royale rebroussait chemin en zigzaguant, dans le but d’éviter les impacts des projectiles. Miku et Len parvinrent à sortir d’Uchi sains et saufs, et à se réfugier à leur point de départ dans la forêt, par miracle. Néanmoins, la commandante dût déplorer la perte de plus de la moitié de ses troupes, tombées au combat.

    A l’entrée ouest, Alys et sa troupe durent faire face au même problème  que Miku. Si son groupe avait pu parcourir quelques dizaines de mètres à l’intérieur du village, ils se retrouvèrent rapidement nez-à-nez avec des soldats armés, qui ouvrirent directement le feu. La jeune fille à la tresse ne traîna pas à ordonner la retraite, et à sortir d’Uchi. Alors qu’elle et sa troupe se dirigeait vers la forêt, Alys fut interrompue par une interjection provenant du sommet d’un des remparts.

    - Hé Alys ! J’ai une surprise pour toi !

    La jeune femme leva les yeux, et observa Leora, entourée de snipers. A ses pieds se tenaient deux personnes à genoux, la tête enveloppée dans un linge sombre, les mains et les jambes ligotées. La mercenaire retira ensuite rapidement le sac recouvrant la tête de ses prisonniers et laissa apparaître le visage de Syla et Lysa. Alys fut désemparée : la situation dans laquelle elle se trouvait était inextricable. Elle ne pouvait absolument rien faire pour les protéger, et se retrouvait face à sa propre impuissance.

    - Leora, relâche-les ! Ils sont innocents, et ils n’ont rien à voir avec toute cette histoire !

    La guerrière aux cheveux rouges prenait un air supérieur, et rétorqua en direction d’Alys :

    -  Si je me souviens bien, ton frère aussi est un pratiquant du Koryu. Ce qui fait de lui une menace…

    - Leora, s’il te plaît… cria Alys en pleurs.

    A cet instant, une lueur blanche en forme de sabre s’échappa de la main droite de Leora. N’ayant cure des lamentations de la fille à la tresse, elle approcha le halo de la carotide de Syla, puis d’un coup sec décapita le jeune homme.

    Alys s’écroula à genoux, et se mit à hurler.

    - Et ce n’est pas tout ! continua Leora.

    La fille à la tresse releva difficilement la tête, et observa le regard perdu de sa mère. Toutes les deux se regardaient droits dans les yeux, désarmées, alors que Leora ôta la vie de Lysa d’un coup net, insensible, comme elle l’avait fait pour Syla. Ensuite,  elle ramassa les têtes de ses deux victimes et les exhiba fièrement devant elle.

    Alys resta au sol et sanglotait. Un soldat de sa compagnie s’approcha d’elle, et lui rappela de prendre la fuite. Celui-ci la prit sous son épaule et l’aida à se relever.

    - Elle me paiera ça… ruminait la Koryuiste, plongée dans ses larmes.

    Le bataillon de la Garde fuit directement. Leora avait de son côté ordonné un cessez-le-feu.

    L’armée de Kuni venait d’accuser une cuisante défaite, et c’est en silence que les troupes de la Reine Luka partirent se réfugier à l’abri dans la forêt, avant de repartir vers la capitale.

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #27 le: 12 mars 2017, 20:13:01 »
    Coucou !
    Comme je l'avais fait pour ALYS, j'ai écrit deux nouveaux chapitres bonus centrés cette fois-ci sur les personnages des jumeaux, Genshine Kyuu et Roku !

    Merci à Hakuro-Kaoru, la créatrice de ces deux UTAUloids, pour sa collaboration^^

    Bonne lecture !

    Spoiler
    Sekai Chronicles #2 : Genshine Kyuu et Roku (1ère partie)

    12 ans avant le chapitre 1.

    Le faste régnait dans cette demeure. La maison bourgeoise était composée d'une bonne dizaine de pièces, chacune étant décorée avec soin par la maîtresse de maison. On entrait dans ce foyer par un immense hall, qui donnait ensuite sur toutes les pièces du rez-de-chaussée: le salon, la cuisine, le bureau, etc. Dans le fond se trouvait un immense escalier en marbre permettant d'accéder aux deux étages supérieurs. Au dernier niveau se trouvait la salle de jeux des deux jeunes enfants de la famille. Les jumeaux, Kyuu et Roku, étaient surtout remarquables par leurs cheveux de couleur verte, assez rare, et par leur calme apparent pour de si jeunes garçonnets. Ils dessinaient en silence, à même le sol, sous l'œil attentif de leur mère, qui souriait. Cette femme était particulièrement fière de ses jumeaux, et avait arrêté toute activité professionnelle afin de s'atteler à leur éducation. Leur niveau de vie permettait cela. Son mari, le père des jumeaux, était un dirigeant de grande entreprise, et avait fait fortune dans l'électronique. Celui-ci avait pu flairer le potentiel de cette activité, et s'était dévoilé comme un précurseur. Kyuu et Roku étaient donc des fils de bonne famille, dont le destin était somme toute de reprendre l'entreprise de leur paternel. Le revers de la médaille était que celui-ci se trouvait dès lors rarement à la maison. Toutefois, leur mère bien aimée était toujours présente pour eux.

    Kyuu se releva rapidement, et se dirigea d'un pas décidé vers le fauteuil de sa mère, suivi de près par son cadet:

    - Regarde mon dessin, Maman, lança-t-il naïvement.

    L'aîné s'était concentré à représenter sa maison, de bien belle manière il faut dire, et s'était attelé à dessiner son frère et lui en train de s'amuser dans le jardin.

    - C'est très joli, mon petit Kyuu. Je vois que tu aimes bien dessiner ton frère !

    Roku s'empressa donc de montrer également son œuvre. Quatre personnes se trouvaient sur le dessin, sous un ciel bleu et ensoleillé. Les parents se tenaient par la main, et de part et d'autre étaient placés lui et son frère. Une famille unie, en somme.

    - Quel magnifique dessin Roku ! Venez, je vais les accrocher sur le mur là-bas. Il faut exposer vos œuvres, mes chéris.

    Ils suivirent leur mère dans un coin de la pièce, où elle se décida à accrocher les différents portraits. Plusieurs dessins des jumeaux se trouvaient déjà à cet endroit. Sur le chemin, Kyuu adressa la parole à son frère.

    - Pourquoi tu as dessiné Papa ? Il n'est jamais là, de toute façon, demanda-t-il.

    - Maman dit juste qu'il doit travailler beaucoup... Tiens, on devrait l'attendre devant la porte, ce soir ! Ça lui fera plaisir ! proposa Roku.

    - Moui, hésita Kyuu. « Ça tombe, il ne viendra juste pas... »

    - Mais si, allez viens...

    L'aîné éprouvait d'énormes difficultés à refuser quelque chose à Roku, surtout avec tant d'insistance. Bien que, selon lui, cette démarche s'annonçait inutile, il capitula et accepta d'attendre son père rentrer du travail.

    Ainsi, ils se positionnèrent, fin prêts, devant l'énorme escalier du hall. L'après-midi touchait à sa fin, leur père n'allait certainement pas tarder à pointer le bout de son nez.

    Le cliquetis incessant de l'immense pendule du hall donnait l’impression de faire s'allonger le temps. Les minutes paraissaient des heures. Cependant, cela n'annihilait en rien la patience de Roku, qui était toujours plein d'espoir de voir son père franchir le pas de la porte d'un instant à l'autre. Kyuu était plus mesuré, mais n'abandonnerait pas son frère. De ce fait, ils continuaient à patienter calmement, la main dans la main.

    Les heures passaient. La nuit était tombée, si bien que les jumeaux avaient fini par tomber dans les bras de Morphée. Et pourtant, toujours aucune trace de leur père. Leur mère, qui les avait observés doucement et tendrement jusque-là, les prit dans ses bras et les emmena vers leur lit. En sortant de la chambre à coucher, elle poussa un soupir de dépit. Le chef de famille allait encore rentrer trop tard, et s'était une fois de plus montré absent.

    ***

    Et la vie continua ainsi; la présence du père de Kyuu et Roku étant toujours aussi rare, les jumeaux passèrent leur vie en compagnie de leur charmante mère et des quelques domestiques engagés par la famille. Au final, les garçons s'y étaient habitués, même le cadet, bien qu'il semblait en souffrir davantage.

    Puis, un jour, alors qu'elle déambulait au rez-de-chaussée de la maison en compagnie de ses précieux enfants, la mère s'effondra soudainement sur le sol. Roku fut paniqué, et se mit à crier. Kyuu, inquiet mais plus réservé, se pressa d'aller prévenir un des employés de la maison qui emmena la mère dans sa chambre qui appela un médecin sur le champ. L'auscultation paraissait durer des heures pour les jumeaux. Bien qu'ils n’aient que quatre ans, ils se rendaient bien compte de la gravité de la situation. Quelques instants plus tard, le docteur sortit de la chambre en compagnie de la gouvernante. C'était un homme mince d'une assez grande taille, qui impressionnait par son sérieux. Il salua les garçons aux cheveux verts d'un air grave puis prit congé. Les jumeaux n'osaient pas pénétrer dans la pièce où se trouvait leur mère alitée, et attendirent le retour de la gouvernante. Celle-ci leur fit signe d'entrer. Ils purent alors observer que leur mère avait repris connaissance. Elle avait cependant un teint blafard, des cernes énormes s'étaient formés sous ses yeux, et elle éprouvait des difficultés à parler. Toutefois, elle voulait plus que tout prononcer quelques mots à l'égard de ses garçons:

    - Ne vous inquiétez  pas, mes chéris... Maman ira bientôt mieux...

    Roku sourit. Ces paroles, quoique peu prolixes, lui avaient redonné espoir. Kyuu était plus mesuré, et se mit à poser des questions sur ce qu'avait annoncé le médecin quelques minutes plus tôt.

    - Tout va bien, Kyuu... Je vais m'en remettre...

    L'aîné acquiesça. Il était néanmoins difficile de dire si cette expression permettait juste de rassurer sa parente, ou s'il croyait réellement qu'elle puisse se remettre de sa maladie.

    Les jumeaux demeurèrent plusieurs dizaines de minutes au chevet de leur mère, puis quittèrent la chambre, afin qu'elle puisse se reposer.

    Dans le couloir, Kyuu pesta:

    - Et Papa n'est toujours pas là... On ne l'a pas prévenu ?

    - Il doit être occupé, excusa Roku.

    - Ce n'est pas une raison ! Maman est malade, c'est plus important !

    Dans la chambre, la gouvernante avait calmement refait le lit de sa patronne, et l'aida à s'installer:

    - Pourquoi ne pas leur avoir dit la vérité, Madame ? Vous êtes atteinte d'une maladie grave !

    - Ma chère, je ne veux pas les inquiéter... Si mon heure est venue, je veux passer mes derniers temps dans ce monde avec eux, tranquillement...

    Cette situation perdura quelques mois. Selon les jours, l'état de la mère était plus ou moins bon. Elle s'était tout de même débrouillée pour organiser la plus somptueuse des fêtes pour le cinquième anniversaire de Kyuu et Roku. Elle pensait que c'était la dernière fois qu'elle pourrait les voir souffler ensemble les bougies de leur énorme gâteau, le sourire aux lèvres. Leur mère les observait, assise sur son fauteuil confortable. Plusieurs camarades des jumeaux étaient présents, l'ambiance était bonne; la matrone se délectait de cette atmosphère. A la fin de la fête, alors que tous les invités avaient pris congé, Kyuu et Roku s'approchèrent de la femme malade, et la serrèrent dans leurs bras, Roku laissant même échapper quelques larmes. Ils avaient passé une excellente journée, si bonne qu'ils ne furent même pas troublés par l'absence habituelle de leur père.

    ***

    Ce jour-là, le ciel était paré de nuages nombreux et gris. Une fine pluie tombait sur les étendues vertes situées çà et là. Un petit groupe de personnes était rassemblé en ce cimetière. Les jumeaux se trouvaient devant toutes les personnes présentes, juste face à la tombe de leur mère bien-aimée. Malheureusement, elle n’avait pas pu survivre à sa maladie.

    Ces derniers mois, elle s’était attelée à passer le plus clair de son temps avec ses fils, au sein de la maison familiale. Le paternel était toujours occupé aux affaires de la société, et demeurait absent. Cette situation irritait passablement Kyuu, malgré son jeune âge, mais il fit fi de ses sentiments, par égard pour sa mère. Néanmoins, le ressentiment et la colère qu’il éprouvait envers son père ne s’étaient qu’intensifiés en ce triste jour.

    La cérémonie des funérailles se conclut tranquillement. Alors que les invités reprenaient peu à peu leur route, et que leur père avait déjà rejoint sa voiture de luxe, Kyuu et Roku restèrent immobiles devant la tombe de leur mère. Ils se tenaient main dans la main :

    - Maintenant, nous sommes seuls, Roku, murmura l’aîné.

    - Comment ça ? Papa est toujours là ! Nous devons tenir !

    - Celui-là ? Il nous a abandonnés depuis longtemps déjà… Il n’était jamais là, même quand Maman était malade.

    - Mais il s’occupera de nous maintenant ! espérait Roku.

    - Je ne pense pas, regretta son frère. « Mais, moi… Je ne t’abandonnerai jamais, Roku. Tu es la personne la plus importante pour moi… ». Kyuu faisait preuve d’une maturité étonnante pour son âge.

    - Toi aussi, Kyuu…

    Puis, ils se retournèrent, toujours main dans la main, et rejoignirent la voiture dans laquelle se trouvait leur père. Ils s’installèrent lentement sur la banquette juste en face de lui, et ne prononcèrent pas un seul mot.

    - Mes fils, commença le père. « Je ne peux malheureusement pas vous garder avec moi pour le moment. Je vais vous envoyer chez votre tante, qui s’occupera de vous, le temps que je termine quelques affaires. Quand je serai prêt, vous pourrez revenir à la maison ».

    Kyuu gratifia Roku d’un regard empli de signification. Il avait vu juste ; leur père les avait abandonnés.

    Pour le moment, les jumeaux rentrèrent à la maison familiale avec leur père. Il leur faudrait plusieurs jours pour rassembler leurs affaires, avant de partir pour la maison de leur tante, la sœur de leur père, située dans le nord du pays. Les domestiques s’affrétèrent donc aux bagages des deux garçons. La majorité d’entre eux étaient tristes de voir s’en aller les jumeaux. Au fil des années, ils s’étaient attachés à eux. De son côté, le père se montrait toujours aussi absent.

    Pour leur dernière nuit dans leur maison de naissance, Kyuu et Roku avait décidé de partager un seul lit, comme s’ils voulaient passer cette épreuve ensemble. La nuit fut longue. Aucun d’entre eux ne parvenait à trouver le sommeil. La demeure entière était plongée dans un silence inquiétant.

    Le lendemain, Kyuu et Roku partirent pour le nord du pays. Si leur père avait daigné leur dire un dernier au revoir avant leur départ, l’aîné se gardait bien de le gratifier d’un seul regard, gardant sa rancœur en son for intérieur.

    ***


    Ainsi, les jumeaux s’étaient retrouvés pendant quelques mois chez leur tante. Même si elle restait un membre de la famille, cette femme n’éprouvait que peu d’affection pour ses neveux. Elle s’était surtout vue dans l’obligation d’accepter la demande de son frère, qui devait continuer de faire fonctionner l’entreprise familiale, dans laquelle elle avait également des intérêts.

    Les jumeaux disposaient de tout ce dont ils avaient besoin, leur tante n'étant également pas à l'abri du besoin. Elle travaillait en association avec leur père, ce qui lui avait permis de pouvoir mettre un joli pactole de côté. Cependant, Kyuu et Roku venaient désormais à manquer de la chose la plus importante pour eux : de l'affection. C'est également à ce moment que les jumeaux se rapprochèrent davantage. Ils avaient toujours été proches bien sûr, mais ils se coupaient désormais presque totalement du monde extérieur, pensant que celui-ci les avaient rejetés. Ils s'étaient recroquevillés dans leur monde, à l'abri, où ils pensaient être en sécurité, rien qu'eux deux.

    Plusieurs nuits durant, Kyuu avait surpris son cadet en train de pleurer la disparition de leur mère en plein milieu de la nuit. Lui-même éprouvait des difficultés à passer outre son deuil, mais se devait de rester fort pour Roku. Peu à peu, il s’édifia une certaine carapace autour de lui. Rien d’autre que le bien-être de son frère ne lui importait.

    Une fois par mois, leur père leur avait permis de retourner dans la maison familiale, le week-end. Cela ne plaisait pas particulièrement à Kyuu, qui se considérait comme étant complètement lâché par son père. Toutefois, Roku éprouvait encore le besoin de se rapprocher de ses racines, même si, parfois, cela s’avérait  difficile, si bien que Kyuu acceptait d'y retourner tous les mois sans rechigner. Cependant, le père continuait à vaquer à ses occupations de chef d'entreprise, laissant la responsabilité des jumeaux aux domestiques. Cette façon d'agir ne servait qu'à faire bonne figure.

    Les jumeaux rejoignaient leur ancienne chambre. Cette nuit fut particulièrement pénible pour Roku, le fait de revoir son ancienne maison, de raviver tous ces souvenirs de sa mère avait provoqué chez lui un choc, si bien que Kyuu l'invita à le rejoindre dans son lit, et le serra dans ses bras, pour le calmer. Le cadet sanglota sur le pyjama de son frère quelques minutes, puis trouva le sommeil.

    La maison était particulièrement calme, les domestiques avaient rejoint leurs appartements au sous-sol, et le père des Genshine était une nouvelle fois sorti.

    Soudainement, cette tranquillité fut troublée par le bruit de la porte d’entrée qui claquait. Ce vacarme réveilla les jumeaux, mais ils ne bougèrent pas de leur lit. Ensuite, ils entendirent deux voix distinctes se rapprocher de l’étage auquel ils se trouvaient. Kyuu entraîna donc son frère vers le couloir qui donnait sur leur chambre. Sa curiosité était titillée, il devait savoir qui avait provoqué ce bruit. Les deux garçons progressèrent alors dans la pénombre, et virent au loin deux ombres se diriger vers l’ancienne chambre de leurs parents. Kyuu tirait toujours son cadet par la main, et marchait furtivement. Il entrouvrit la porte de la pièce et surprit alors son père, placé au milieu de l’ancien lit conjugal en compagnie d’une jeune femme. Le couple était visiblement en plein ébats amoureux, si bien qu’aucun d’entre eux ne remarqua la présence des garçons. Kyuu cacha alors directement les yeux de son jumeau à l’aide de sa main droite, et le reconduisit calmement dans leur chambre. Roku n’avait eu le temps de ne rien voir, fort heureusement. L’ainé serrait les dents : ces derniers temps, tout son monde s’écroulait comme un château de cartes. Même s'il ne comprenait pas tout ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, il en devinait bien assez, sa confiance envers les adultes et les autres êtres humains était désormais complètement ébranlée. Son père les avait définitivement trahis, il était en compagnie d'une autre femme, et ce n'était pas sa mère. Seul comptait désormais son frère Roku, qu’il devait à tout prix protéger de ce monde corrompu. Surtout dans les temps difficiles à venir.

    Roku se posait des questions sur les récents événements. Il n’avait pas eu le temps d’observer la même scène que Kyuu, et celui-ci se gardait bien de lui expliquer les détails. Pour lui, Roku était fragile, il n’aurait pas supporté une telle nouvelle. Même pour lui, c’était difficile. Il garda alors ce secret, et n’annonça rien à son cadet, préférant le laisser dans l’ignorance et l’innocence.

    Mais cette scène travaillait l'aîné. Leur père était parvenu à se retrouver dans les bras d'une autre femme, peu après la mort de leur mère. Il en vint à en penser que cette relation datait d'avant le décès. Kyuu serrait le poing, comme pour maîtriser sa colère, et garda le silence jusqu'au lendemain, alors que les jumeaux repartirent pour la maison de leur tante, comme si de rien était.

    ***

    Dans la grande maison du Nord, la vie quotidienne était relativement monotone. Les garçons n'étaient pas scolarisés, leur précepteur, engagé par leur père, se chargeait de leur éducation, exactement comme auparavant. C'était d'ailleurs l'une des seules choses qui n'avaient pas changé ces derniers mois.

    Kyuu et Roku passaient le plus clair de leur temps en compagnie des domestiques de la maison, leur tante étant assez absente, ou tout du moins ne voulait-elle pas s'encombrer davantage de leur présence. Par conséquent, les jumeaux durent la plupart du temps se débrouiller seuls à la maison, et pouvaient faire une croix sur quelque forme d'affection.

    Cette situation dura plusieurs mois, avant qu'un autre événement ne vienne bouleverser leur vie. Leur père, l'un des plus grands chefs d'entreprise du pays, se fit arrêter par la police et les services financiers pour malversation et corruption au sein de son entreprise. Il fut rapidement incarcéré en attente de son procès. Ce jour-là, la tante adressa la parole aux jumeaux en panique. Il était difficile de leur expliquer la situation simplement, mais Kyuu percevait quelque chose en plus. Cette femme cachait quelque chose. La voix tremblante, elle commença:

    - Les garçons, je suis désolé... Votre père ne pourra plus vous voir pour l'instant...

    - Pff, ça ne change pas de d'habitude, ça ! lança l'aîné.

    - Tu ne comprends pas Kyuu, ton père vient d'être arrêté par la police... Il va aller en prison...

    Roku sursauta, touché par cette nouvelle. Contrairement à son frère, qui n'avait pas bougé d'un pouce, le cadet éprouvait encore un certain ressentiment familial. Il ne vivait que pour les rares moments où il pouvait encore voir son père, où il avait le maigre sentiment de faire partie d'une famille unie. En dehors de son jumeau, peu de membres de sa famille lui montraient de l'affection.

    Kyuu ne put cependant pas s'empêcher de dire ce qu'il pensait:

    - Bon débarras ! Il le mérite bien !

    Puis, il tourna les talons et retourna rapidement dans sa chambre, sous le regard désabusé de sa tante. Il fut rapidement suivi par Roku.

    - Qu'est-ce qu’il t'arrive, Kyuu. Tu te rends compte, on ne verra plus Papa.

    - Il n'était jamais là, de toute façon. Et puis, après ce qu'il a fait à Maman...

    - Qu'est-ce qu'il a fait ? interrogea le petit frère.

    Kyuu serra les dents, il ne voulait pas dévoiler la vérité: « Rien... Laisse tomber ».

    Quelques heures plus tard, une brigade de police pénétra dans la maison. Décidément, cette journée ne serait pas de tout repos. La cible était la tante. Les jumeaux observèrent les forces de l'ordre fouiller la maison depuis le haut de l'escalier en marbre. Ils demeurèrent calmes, tout le contraire de leur tante, qui courait partout dans l'habitation, prononçant çà et là des paroles incompréhensibles. Puis, elle fut arrêtée par le commandant de l'unité, et quitta la maison. Le reste des hommes resta là, et expliqua la situation aux employés. Manifestement, leur patronne était complice des actes du père des jumeaux, et serait certainement condamnée à la même peine.

    - Et les jumeaux ? demanda une jeune employée.

    - Nous n'avons pas le choix... regretta un policier. « Ils n'ont plus de mère, ni d'autre membre de leur famille, nous devons les emmener à l'orphelinat. »

    Kyuu et Roku entendirent cette nouvelle au loin. Leurs estomacs se tordirent. Leur vie allait une nouvelle fois être bouleversée. Juste avant que les policiers ne les emmènent, ils s'échangèrent un regard, et murmurèrent tous les deux simultanément.

    - Je ne t'abandonnerai jamais...

    ***

    A l'orphelinat, les mois passèrent tranquillement et se ressemblaient tous. Bien sûr, les jumeaux pouvaient profiter d'une tranquillité relativement bienvenue, surtout après tout ce qu'ils avaient vécu, mais ils ne se satisfaisaient pas de cette situation. Pire, ils se sentaient encore plus isolés qu'auparavant. De ce fait, ils ne parvinrent pas à s'intégrer parmi les autres enfants. Roku avait bien tenté de faire des efforts dans ce sens, ce qui n'était pas le cas de son frère. Kyuu était toujours rongé par la colère: envers son père, envers le monde parfois. Tout cela ne serait pas arrivé sans l’irresponsabilité de son paternel. Ainsi, il arrivait à l'aîné de se retrouver seul pendant plusieurs dizaines de minutes, à ruminer dans ses pensées. Pourtant, Roku avait bien tenté de deviner ce qui le tracassait et l'énervait à ce point, sans succès. Leur vie était déjà assez difficile comme ça pour que Kyuu ne vienne ajouter un fardeau supplémentaire sur les épaules de son cadet. Par conséquent, il lui passa sous silence la trahison de son père.                                                                                                                   

    Les Genshine vivaient donc tant bien que mal à l'institution en compagnie d'autres enfants. La plupart provenaient de familles pauvres; certains avaient été abandonnés à la naissance, et d'autres s'étaient retrouvés là après de sombres affaires, mais ils étaient les seuls à être originaires d'une famille aisée. Ce qui rendait d'autant plus compliquée leur adaptation. Quelques camarades n'hésitaient d'ailleurs pas à les railler, en leur affirmant qu'ils étaient pourtant nés avec une cuillère en argent dans la bouche, et qu'ils n'avaient pas pu en profiter. Ce type de remarques irritait passablement Kyuu, qui, la plupart du temps, ne vit que la violence pour répondre à de pareilles calomnies. Ce qui lui valut une bonne dizaine de punitions. Roku était plus calme, et n'avait que faire de ces remarques. Il essayait même la plupart du temps, de calmer son frère, ce qui n'était pas une tâche aisée.

    Toutes les semaines, le vendredi, se déroulait ce que les enfants appelaient "la foire aux visites". L'orphelinat était ouvert aux personnes de l'extérieur, désireuses d'adopter un nouveau chérubin. Les résidents de l'institution étaient alors appelés à se mettre en ligne, et à se montrer sur leur meilleur jour. Les visiteurs adultes passèrent donc entre les enfants, et pouvaient entamer quelques conversations avec eux. Le but, pour ces parents en herbe, était de trouver la perle rare, l'enfant qu'ils désiraient plus que tout. Pour les orphelins, il s'agissait surtout d'une sorte de loterie, dont le gros lot était de sortir de leur pénible condition, et de goûter à une vie meilleure. L'ambiance dans l'orphelinat était donc passablement tendue ces jours-là.

    Un des vendredis, un couple semblant assez riche s'arrêta devant les jumeaux. L'homme, mesurant plus d'un mètre quatre-vingt, et coiffé de cheveux poivre et sel, était accompagné par sa femme, vêtue d'un vêtement de luxe du plus bel effet.

    - Mais qu'ils sont mignons ceux-là ! s'écria la dame.

    Roku sourit. Mine de rien, il appréciait que l'on remarque sa beauté. Le cadet n'était pas spécialement prétentieux, mais cela lui faisait un petit pincement au cœur, et lui rappelait les remarques des domestiques dans son ancienne maison familiale. Kyuu, par contre, baissa toujours la tête et ne prononçait pas un mot.

    - Comment vous appelez-vous ? demanda l'homme.

    - Lui, c'est Kyuu, répondit Roku avait de décliner lui-même son identité. L'aîné ne répondait toujours pas, et ne voulut même pas gratifier le couple d'un seul regard.

    L'homme et la femme entamèrent alors la conversation avec le cadet. Celle-ci parlait de sujets relativement dérisoires, les adultes désiraient connaître les hobbies et les passions du jeune garçon, mais n'avaient posé aucune question sur son passé. « Tant mieux », se disait Roku.

    Peu après, alors que tous les adultes étaient partis, et que la foire des visites était terminée, le directeur de l'orphelinat appela les jumeaux dans son bureau. Kyuu et Roku se retrouvaient donc face au bureau de cet homme, petit et à l'air austère.

    - J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, mes petits, commença-t-il.

    - Qu'est-ce qu'il se passe, interrogea Roku, curieux. Kyuu restait toujours terré dans son mutisme.

    - Les personnes que vous avez rencontrées tout à l'heure sont intéressées par l'adoption.

    Roku fit donc un large sourire, et se retourna vers son frère, dont le visage était marqué d'un air surpris.

    - C'est une bonne nouvelle, Kyuu ! On va enfin pouvoir sortir d'ici et vivre comme avant.

    Puis, le directeur interrompit cet élan de joie.

    - Il y a juste un petit problème... Ils ne sont intéressés que par adopter un seul enfant. Et c'est toi, Roku...

    Le sourire sur le visage du cadet s'effaça en un seul millième de seconde. Il n'était pas question qu'il abandonne son frère ! Ils se l'étaient jurés ! Pourtant, Kyuu se mit à réfléchir. Était-il prêt à faire obstacle à une vie meilleure pour son frère ? Même si cela signifiait qu'il ne pourrait jamais le revoir ?

    - Réfléchis, Roku... C'est l'occasion pour toi de sortir d'ici... Ne t'occupe pas de moi... Le cœur de l'aîné se déchira à la simple énonciation de cette phrase, mais il ne pouvait pas être un frein pour son frère.

    - C'est hors de question, Kyuu... Je reste avec toi, peu importe ce que ça coûte...

    Le directeur leur annonça donc qu'il n'était pas surpris par leur décision. Il avait bien remarqué leur attachement mutuel. Pour lui, il était impossible de les séparer. L'homme leur avoua même avoir déjà reçu quelques propositions d'adoptions pour eux, mais personne ne voulait prendre les deux enfants à la fois. Et il dût toujours refuser.

    Roku réaffirma sa position. Il ne quitterait en aucun cas son frère. Puis, les jumeaux quittèrent le bureau, main dans la main.

    Peu après, Kyuu et Roku étaient assis dans la salle de la cantine. L'aîné était toujours plongé dans ses pensées. 

    - Un problème, frangin, lança le cadet.

    - Non rien...

    - On ne dirait pas ! continua Roku, qui avait retrouvé le sourire. L'épreuve précédente et cette mauvaise nouvelle étaient désormais bien derrière lui.

    - Dis, tu ne m'en veux pas ? confia Kyuu. « Si je n'avais pas été là, tu aurais pu sortir d'ici ».

    - Et t'abandonner ? Jamais ! De toute façon, je n'aurais jamais pu être heureux si tu n'avais pas été là. Alors, arrête de t'inquiéter et mange, sinon je finis ton assiette, conclut Roku en dirigeant sa fourchette vers le plat de son frère.

    - Ça, tu peux toujours courir, rétorqua l'aîné, qui avait retrouvé la forme, en protégeant sa nourriture.

    Les jours passaient relativement calmement à l'orphelinat sans changement notable. Kyuu et Roku se trouvaient toujours passablement isolés du reste du groupe. Mais l'avantage d'être des jumeaux était qu'ils ne se retrouveraient jamais seuls. D'ailleurs, ils aimaient se le rappeler souvent. A deux, ils étaient bien plus forts que tous les autres.

    ***

    Quelques temps plus tard, alors que les jumeaux s'endormaient lentement sur leur lit superposé situé dans un coin du dortoir du rez-de-chaussée, un des employés de l’orphelinat tambourina à la porte d’entrée. Kyuu réveilla son cadet en sursaut, et ils partirent observer tous les deux l'origine de cette agitation. La porte à peine ouverte, les jumeaux sentirent une chaleur suffocante s'échapper de la pièce d'à-côté. Les cuisines venaient de prendre feu, et l’incendie s’était étendu à tout le bâtiment à une vitesse étonnante. Les employés tentaient tant bien que mal d'aider les enfants coincés au premier étage et piégés par les flammes. Le directeur, dont le bureau était également situé au premier, tentait de prévenir les pompiers par téléphone, mais il apparaissait que la ligne était déjà coupée.

    La priorité était bien sûr au sauvetage des enfants. Toutefois, en dehors de Kyuu et Roku et de deux autres enfants, qui logeait dans le plus petit dortoir du rez-de-chaussée, les autres orphelins dormaient à l'étage. Or, les flammes avaient déjà envahi les escaliers. Par conséquent, ces personnes n'avaient plus leur destin en main. La panique commençait à prendre le dessus. Les quelques adultes présents tentaient de se frayer un chemin pour partir sauver les enfants piégés, mais au prix de graves brûlures. Une atmosphère infernale commençait à régner dans le bâtiment.

    De leur côté, Kyuu et Roku sortirent rapidement de leur chambre, pour se diriger vers l'extérieur, en sécurité. A peine fussent-ils sortis du dortoir qu'ils se retournèrent vers leurs camardes de chambrée. Une énorme poutre en bois s'était écroulée, bloquant la sortie. Les voilà également pris au piège.

    - Qu'est-ce qu'on fait, Kyuu ? hurla Roku au milieu des flammes orangées, en panique.

    - On n'a pas le choix, on doit se sauver ! Viens !

    - Et on laisse tout le monde ici ?

    - Je te le dis: on n'a pas le choix, sinon on va mourir.

    Ils se frayèrent donc difficilement un chemin vers la sortie, en zigzaguant entre les flammes qui se faisaient de plus en plus étendues. Les jumeaux se protégeaient le visage d'une main, l'autre main tenant fermement la main de l'autre frère. C'est ainsi que Kyuu et Roku purent s'extirper de l'orphelinat. Leurs vêtements partiellement brûlés, ils ne purent assister de l'extérieur qu'à la destruction de leur nouvel habitat. Le bâtiment s'était écroulé quelques minutes plus tard, ne laissant que cendres et désolation.

    Les deux garçons restèrent immobiles plusieurs minutes devant les restes de l’ancien édifice. Pendant un moment, ils avaient espéré remarquer un survivant. Mais il n'en était rien, le calme régnait dans les alentours ravagés de l'ancien orphelinat. Ils attendirent quelques instants, afin d’observer si qui que ce soit arrivait. Mais l’orphelinat était assez isolé, personne n'était capable de leur venir en aide.

    - Et maintenant ? demanda Roku.

    Kyuu garda le silence. Il ne trouva pas de bonne nouvelle, ni de bon plan à annoncer à son cadet.

    - Je ne sais pas, Roku... On peut essayer d'aller vers la ville, et de voir là-bas... Je ne sais pas ce qu'on peut faire.

    Kyuu baissa la tête, lassé par son impuissance. Puis, les jumeaux quittèrent l'endroit main dans la main. Les lumières de la ville brillaient au loin, les garçons se voyaient obligés de se lancer dans l'inconnu.

    ***

    Plusieurs nuits avaient passé depuis l'incident. Kyuu et Roku ne parvenaient pas à faire échapper de leur esprit ces images d'horreur. Le cadet pleurait même à intervalles réguliers, se remémorant ces corps calcinés au milieu des cendres. Kyuu le prenait régulièrement dans les bras, mais ne prononçait pas un mot. Il le serrait fort, comme pour lui signifier que, malgré toutes les difficultés, ils resteraient toujours ensemble, et qu'ils finiraient bien par s'en sortir.

    Pourtant ces derniers jours s'étaient avérés bien difficiles. Les jumeaux étaient parvenus à rejoindre les faubourgs de la grande ville, et s'étaient retrouvés dans les ghettos, déjà peuplés de centaines de sans-abris.

    Leur existence ne se limitait plus qu'à quelques préoccupations vitales. Trouver à manger et à boire. Tout le reste leur paraissait superflu. Ils vagabondaient à travers le quartier, en espérant trouver quelqu'un pouvant les aider, ne fut-ce qu'en leur donnant un petit encas. Cela faisait plusieurs jours qu'ils n'avaient rien avalé, et ils commençaient à se sentir faibles.

    - J'ai faim, Kyuu...

    L'aîné ne rétorqua pas, et serra les dents. De plus, leur situation l'agaçait plus que tout. Dire que, quelques mois auparavant, son frère et lui se trouvaient encore dans la salle de jeux de leur immense maison, en compagnie de leur mère. Leur vie s'était détraquée à une vitesse vertigineuse. Plongé dans ses pensées, Kyuu nourrissait encore davantage de rancœur envers son père, qu'il considérait comme le responsable de tout cela. Sans son irresponsabilité, ni lui, ni son frère ne se seraient retrouvés dans cette situation indigne pour des enfants. Roku remarquait bien le comportement de son frère, et l'interrogeait à plusieurs reprises. Mais celui-ci ne répondit pas, il préférait garder tout ce fardeau pour lui. Il n'était pas nécessaire d'en parler à son cadet.

    Plusieurs jours plus tard, les jumeaux étaient adossés à l'enseigne d'un ancien magasin. Leurs jambes étaient lourdes, ils n'avaient même plus la force de se lever. Ces derniers temps, ils n'avaient pu se nourrir que des quelques restes trouvés çà et là dans les poubelles, et s'étaient arrangés pour trouver un peu d'eau, qu'ils s'étaient partagée.

    Cependant, ils sentaient que leur fin était proche. Tous leurs espoirs s'étaient complètement amenuisés. Complètement perdus, ils ne savaient même plus comment agir. Alors que le crépuscule commençait à tomber, Kyuu et Roku s'apprêtaient à s'endormir, passant une énième nuit au milieu de la rue. C'était alors qu'ils virent au loin un jeune homme au costume blanc s'approcher d'eux d'un pas décidé.

    Recroquevillés, Kyuu et Roku l'observèrent s'approcher d'eux, les yeux à moitié fermés, à bout de forces.

    - Bonjour, les garçons, lança-t-il.

    Les jumeaux ne purent lui rétorquer qu'un timide "bonsoir" en guise de réponse.

    Puis, l'homme leur tendit deux énormes sandwiches. Les yeux des garçons s'écarquillèrent, et ils se jetèrent directement sur le délicieux met. La dignité n'avait plus sa place à ce moment-là, ils ne désiraient plus que se remplir l'estomac. Quelques minutes plus tard, ils avaient terminé.

    - Merci, Monsieur, c'était très bon, complimenta Roku, le ton empli de gratitude.

    Kyuu, plus timide, se contenta de sourire à l'inconnu. Mais l'expression de son visage traduisait sa joie.

    - Ça va faire combien de temps que vous êtes ici, dites-moi... interrogea l'homme en costume.

    Kyuu reprit donc la parole: « Ça va faire une semaine... Ça commence à devenir très dur maintenant... »

    - Je vois... répondit l'homme dans la vingtaine. Il prit quelques instants de réflexion puis se lança.

    - Ça vous dirait de venir quelques temps chez moi ? Vous êtes les bienvenus ! J'ai une grande maison et je m'ennuie un peu...

    Kyuu et Roku s'observèrent pendant un long moment, étonnés par cette proposition. Celle-ci leur tombait comme un cadeau du ciel. L'aîné se demandait déjà comment ils parviendraient à survivre deux jours de plus dans cette situation. Bien sûr, ils ne connaissaient rien de cet homme, mais avaient-ils un autre choix que de le suivre ? C'était dangereux, mais leur situation était tellement désespérée qu'ils n'en étaient plus à un risque près. En outre, ils n'auraient certainement pas deux occasions comme celle-là.

    C'est alors que les jumeaux se mirent d'accord, puis ils annoncèrent tous les deux à leur nouvelle connaissance : « C'est d'accord ! On vous suit. »

    - Merveilleux. Magnifique. Cette décision semblait ravir le jeune homme plus que de raison.

    Tous les trois quittèrent alors le ghetto. Les Genshine se tenaient toujours fermement la main, et suivaient doucement leur bienfaiteur. Leur soulagement était inscrit sur leur visage. Enfin, une bonne nouvelle pour eux.

    Sur la route, l'homme aux cheveux rouges remarqua qu'il avait oublié de décliner son identité:

    - Au fait, mon nom est Fukase ! Enchanté de vous connaître !

    ***

    Spoiler
    Sekai Chronicles #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ème partie)

    9 ans plus tard. 2 ans avant le chapitre 1

    Les jumeaux sortaient calmement de leur salle d’entraînement. Depuis que Fukase les avait recueillis, Kyuu et Roku avait pris de l’âge, et ressemblaient maintenant à de biens beaux jeunes hommes. Malgré leur apparence frêle, ils se révélaient d’une sensible force physique et surtout, d’une rapidité à toute épreuve. A quatorze ans, ils avaient également acquis une bonne expérience dans le domaine de combat au sabre. Pendant neuf années, leur père de substitution les avait entraînés. Cela avait commencé par de petites séances de kendo, puis le niveau augmenta petit à petit, si bien que les garçons parvinrent dès leur adolescence à manier de véritables armes létales. C’est leur maître, ce mystérieux homme aux cheveux rouges qui leur avait demandé de s’entraîner avec une telle artillerie. Depuis leurs cinq ans, leur tuteur les avait encouragés à subir ces séances d’entraînement quotidiennes, et les Genshine n’en voyaient pas réellement le but. Au début, il s’agissait d’un bon moyen de les occuper, ils pratiquaient cette activité comme un sport, comme n’importe qui pratiquerait un art martial. Mais l’objectif de l’insistance de Fukase demeurait flou. De précieux sabres leur avaient même été forgés par un artisan de renom. De ce point de vue, Fukase les chouchoutait. Les jumeaux n’avaient d’ailleurs jamais eu à se plaindre. Il les avait extraits de leur sinistre condition, et leur avait redonné espoir.

    Il arrivait à Kyuu de douter toutefois : il ne savait pas s’il pouvait complètement faire confiance à cet homme. Le jeune garçon s’était en effet déjà senti trahi par son père, et éprouvait des difficultés  à accorder sa  confiance aux autres facilement, d’autant plus si ces personnes se trouvaient être du sexe masculin. Or, là, il n’avait pas hésité longtemps lorsque Fukase apparut devant son frère et lui. Les jumeaux avaient accueilli cette aide à bras ouverts, sans trop réfléchir. Ils ne disposaient pas d’autre choix.  Mais, le jeune homme aux cheveux rouges avait dû user de beaucoup de temps pour s’accorder la confiance des jumeaux, ceux-ci restant pendant un long moment relativement craintifs. Il avait donc passé énormément de temps avec eux, que ce soit durant les entraînements ou en dehors, et de ce fait, une certaine affection s’était créée entre lui et les Genshine.

    En effet, si Fukase était d’une grande aide, il s’avérait être une oreille attentive pour Kyuu et Roku. Les jumeaux le voyaient désormais comme la seule personne qui ne les laisserait pas tomber dans ce monde, et comme leur seul identifiant du monde extérieur. Au final, ces neuf ans passés en sa compagnie étaient certainement la meilleure chose qui pouvait leur arriver. L’adulte s’était affairé à leurs soins, leur donnait l’affection dont ils manquaient et leur avait également proposé un objectif, Kyuu et Roku se sentant doués à quelque chose lors de leurs entraînements au combat au sabre. 

    Ce jour-là, l’entraînement s’était déroulé comme d’habitude, si ce n’est cet étrange sourire mêlé de concentration qui n’avait pas quitté le visage de Fukase de toute la séance. Une fois sortis, l’homme aux cheveux rouges demanda aux jumeaux de passer le voir un peu plus tard dans son bureau. Il restait énigmatique, leur communiquant toutefois avoir une bonne nouvelle à leur annoncer. Il s'éclipsa alors, laissant les deux jeunes en tête à tête.

    - Qu'est-ce qu'il nous veut ? C'est quoi cette bonne nouvelle ? Qu'est-ce que tu en penses, Roku ?

    - Je ne sais pas Kyuu... C'est peut-être un cadeau ? On ne sait jamais...

    - Tu rêves un peu... rigola Kyuu. « Pourquoi il nous offrirait un cadeau ? »

    - Peut-être parce qu'on a bien travaillé à l'entraînement !

    - On travaille toujours très bien, et on n'a jamais eu de cadeau, remarqua judicieusement l'aîné.

    - Qu'est-ce que tu veux que je te dise, sourit Roku. « Allons-y ! Nous verrons bien. »

    Les jumeaux se dirigèrent donc d'un pas hésitant vers le bureau de leur maître. A trente ans, celui-ci avait déjà amassé une belle petite fortune via l'entreprise qu'il avait créée dans le secteur bancaire. Fukase s'était donc hissé parmi les personnes les plus riches du pays. Le luxe de sa maison et de bureau surtout en était la parfaite illustration. Les Genshine ne se plaignirent pas: c'était également pour eux l'occasion de renouer avec leur niveau de vie d'antan. Ils craignaient plus que tout devoir revivre l'enfer de leur enfance, lorsque leur monde s'était écroulé, et qu'ils s'étaient retrouvés dans ce modeste orphelinat, puis dans le ghetto, ayant perdus tous leurs repères. Fukase avait agi comme un sauveur pour eux, et les jumeaux lui devaient en être redevables. C'est dans cet état d'esprit qu'ils entrèrent dans son bureau.

    La teinte de l'office était assez sombre. Les murs et la plupart du mobilier étaient de couleur noire, même si quelques teintes d'or parsemées çà et là apportaient un peu de lumière à l'ensemble. Fukase les accueillit derrière son bureau taillé dans l'ébène, et les invita à s'asseoir sur les deux fauteuils en cuir situés face à lui.

    - Kyuu, Roku... J'ai une faveur à vous demander, et j'espère que vous répondrez par l'affirmative...

    Les jumeaux restèrent prostrés devant la formulation de leur tuteur. Comme si ils étaient en état de lui refuser quelque chose.

    - Monsieur, vous savez que vous pouvez nous demander ce que vous voulez... Après tout ce que vous avez fait pour nous, annonça Kyuu.

    - Et pourtant, ce n'est pas si simple, mon petit... (Kyuu serra les dents. Malgré toute la gratitude qu'il éprouvait envers cet homme, il n'acceptait pas qu'il l'affuble de tels sobriquets). « Vous savez que l'entreprise se porte particulièrement bien ? »

    Les deux garçons acquiescèrent, ne sachant pas vraiment où Fukase voulait en venir.

    - Nous avons cependant un concurrent gênant. Nous cherchons à reprendre une banque, et celui-ci fait tout pour nous la ravir.

    Kyuu et Roku suivirent l'exposé attentivement. Cependant, le cadet se mit tout de même à interrompre son tuteur.

    - Mais, en quoi ça nous concerne ? Et que pouvons-nous faire ?

    - Justement, commença Fukase. « Vos entraînements au combat pourraient enfin s'avérer utiles. Je vais être direct. Je vous demande d'aller lui faire un peu peur, et de le convaincre d'abandonner la course. »

    - Vous nous demandez de lui faire du chantage ? interrogea Kyuu.

    - En gros, oui. Ne vous inquiétez pas ! Je suis certain que le fait de voir vos deux sabres le fera subitement changer d'avis.

    - N'est-ce pas un peu déloyal, Monsieur ? La conscience du cadet reprit le dessus.

    - Roku... Tu es l'être le plus pur que je connaisse, mais, sauf ton respect, ce n'est pas en étant loyal que je suis parvenu à ma position... Alors, vous acceptez, oui ou non ?

    Les jumeaux furent surpris par l'ultimatum subitement lancé par Fukase. Ils s'échangèrent un regard un instant, mais ne formulèrent pas de réponse.

    - N'oubliez pas que je vous ai sortis de votre misère. C'est un moyen de payer votre dette. Leur maître appuyait sur la corde sensible, les Genshine se retrouvaient en mauvaise posture.

    - C'est d'accord, lancèrent les deux garçons de concert. « On veut bien essayer ». Ils baissèrent cependant la tête, ayant le sentiment d'être pris au piège.

    - Magnifique, ponctua Fukase.

    Il leur donna ensuite les instructions quant à l'emplacement de cet individu. Les jumeaux sortirent alors du bureau de leur maître dans le calme, et patientèrent quelques instants dans le long couloir.

    - Ça ne me plait pas tout ça, Kyuu.

    - Moi non plus, Roku. Mais est-ce qu'on a le choix ? Il l'a dit lui-même. Nous lui sommes redevables. Après tout ce qu'il a fait pour nous, on ne peut plus rien lui refuser.

    - J'espère que ça ne tournera pas trop mal, et que ce Monsieur prendra vite peur.

    - C'est tout ce qu'on peut espérer...

    Dans le bureau, Fukase dégustait un petit verre de whisky, bien assis dans son fauteuil de style Louis XV, et observant la ville du haut de son building. Un proche collaborateur s'approcha ensuite de lui. Il portait les cheveux blonds, et était affublé d'un air particulièrement menaçant.

    - Vous pensez qu'ils se montreront à la hauteur, Monsieur ?

    - Ne t'inquiète pas, Yohio. Je ne leur ai pas tout dit. J'ai d'autres atouts dans ma manche... Quelque chose me dit que ces deux-là vont dépasser toutes mes espérances...

    ***

    Kyuu et Roku se trouvaient dans leur chambre. Le nez dans leur dressing, ils se préparaient pour leur mission. Leurs regards respectifs manifestaient toujours une certaine détresse. Par conséquent, ils se mirent à se rassurer mutuellement.

    - Il ne s'agit que de faire un peu peur à cet homme. Ce n'est pas si grave... commença Kyuu.

    - Oui, c'est vrai. Quoi que je n'approuve pas trop cette manière de faire, renchérit le cadet.

    - De toute façon, on n'a pas vraiment le choix. C'est ça ou on retourne à la rue...

    Roku baissa les yeux à l'énonciation de cette phrase. Fukase avait, au fil du temps, tissé un lien très fort sur eux, dont ils peineraient à décrocher. A chaque fois, leur tuteur n'aurait qu'à leur rappeler tout ce qu'il avait fait pour eux. Pourtant, les jumeaux commençaient à penser que tout cela était quelque peu prémédité. L'homme à la canne ne leur avait certainement pas fait prendre des cours de combat au sabre pour le plaisir. Celui-ci avait certainement une idée derrière la tête. Et il s'apprêtait à la mettre à exécution.

    Alors que les garçons descendirent l'escalier menant vers le grand hall où se trouvait la sortie, ils continuaient à murmurer que cela ne pouvait pas mal tourner. En tout cas, c'est ce qu'ils espéraient.

    Fukase les attendait sur le pas de la porte, prêt à leur donner ses dernières informations et instructions.

    - Comment allez-vous ? Vous en faites une tête !

    - Ça va, Monsieur... assurèrent les jumeaux.

    - Bon, tant mieux... Alors, d'après mes informations, votre cible se trouve dans un hôtel du quartier des affaires (Fukase déballa alors une carte de la ville pour leur désigner l'endroit exact). Il se trouve exactement dans la chambre numéro 42. Le but est que vous  pénétriez à l'intérieur de la chambre, et que vous lui fassiez un peu peur. Je veux qu'il retire son offre sur la reprise de la banque. Cachez vos armes sous vos vêtements amples.

    - D'accord, Monsieur, maugréèrent Kyuu et Roku.

    - Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance.

    Les Genshine saluèrent donc respectueusement Fukase, avant de prendre la route. Le doute était toujours présent dans leur esprit. Au final, il s'agissait de leur première mission.

    ***

    Kyuu et Roku avaient atteint cet hôtel du centre de la ville. Il s'agissait d'un énorme bâtiment en béton, d'un luxe certain. Les jumeaux étaient vêtus, contrairement à leur habitude, de vêtements sombres et amples. Cela leur permettait de passer relativement inaperçus, le crépuscule ayant déjà pointé le bout de son nez. De plus, ils pouvaient également se permettre de cacher leur katana sous leur large manteau. Kyuu se trouvait par ailleurs assez élégant. S'il n'était pas paralysé par la gravité de sa mission, il aurait pu se mettre à parader et à se prendre pour le héros d'un de ses films préférés. Roku, lui, était plus mesuré par rapport à sa tenue. Il portait le plus souvent des vêtements clairs, et la couleur de ceux-ci le dérangeait. Les garçons s'avancèrent alors vers le hall de l'hôtel.

    Celui-ci était très faste. Ils venaient à coup sûr de pénétrer dans un établissement de luxe. Le hall était assez bondé, de nouveaux touristes venaient d'arriver et faisaient la queue devant la réception. Les employés s'attelaient à s'occuper de leurs demandes, et Roku put même remarquer quelques serveurs qui se mettaient à servir des verres d'alcool aux clients fortunés qui attendaient qu'on leur attribue une chambre. Cette animation était bienvenue pour eux. Ils n'eurent donc aucun mal à raser les murs, et à se rendre au quatrième étage du bâtiment. Ils passèrent par les escaliers (selon Roku, c'était plus prudent, quoi que plus physique), et arrivèrent rapidement devant la chambre que Fukase leur avait désignée.

    La porte en bois était peinte d'une couleur rouge écarlate, et le numéro de la chambre inscrit en dorures. 42, c'était le numéro que leur avait indiqué leur mentor. Celui de la chambre dans laquelle se trouvait leur cible. Kyuu et Roku s'échangèrent encore un regard:

    - Ça va bien se passer..., murmura Roku.

    - Oui, confirma son frère comme pour se convaincre lui-même. L'atmosphère qui régnait dans ce couloir assez sombre se révélait assez tendue. « J'espère juste que ça ne tournera pas mal, et qu'il capitulera vite ».

    - Fukase nous a dit qu'on pouvait le blesser, s'il ne coopérait pas...

    - J'espère ne pas en arriver à une telle extrémité...

    Naïvement, Kyuu frappa à la porte. Il n'avait pas réfléchi à comment entrer dans cette chambre, et son naturel revint au galop.

    - Qu'est-ce que tu fais, Kyuu ?

    - Ben, tu as une autre idée, toi ?

    Soudain, une voix masculine se fit entendre. L'homme avait l'air assez essoufflé et agacé.

    - Qu'est-ce que c'est, beugla-t-il du fond de la pièce.

    Les jumeaux se regardèrent une fois de plus. Leur respiration se fit plus forte, puis Kyuu démontra ses talents d'improvisation.

    - Euh... Room-service, cria-t-il. « Vous avez besoin de quelque chose ? »

    Roku leva son pouce en l'air. Il appréciait la manière avec laquelle son aîné avait géré la situation. Pourtant, l'homme répondit, toujours embêté:

    - Je n'ai besoin de rien... Allez-vous-en !

    Les jumeaux baissèrent la tête. Comment avaient-ils pu croire que cela allait être aussi simple ?

    -  Qu'est-ce qu'on fait Kyuu ?

    - Attends... Je vais employer la manière forte !

    Ne réfléchissant pas plus loin, l'aîné se décida à enfoncer la porte. Le cadet fut surpris. Ils pénétrèrent tous deux dans la chambre, mais la vue qui s'offrait à eux les laissèrent prostrés et immobiles.

    Ils se retrouvèrent face à face avec cet homme d'une cinquantaine d'années, placé sur son lit. Une jeune fille qui devait avoir à peu près le même âge qu’eux lui tenait compagnie, et était en train de pleurer. L'homme se trouvait à cheval sur cette adolescente, qui, elle était à plat ventre. Kyuu et Roku hésitèrent un instant, outrés par ce qu'ils venaient de voir. Ce couple était en plein acte, en pleins ébats... Et cette fille ne semblait pas subir cela de son plein gré. Ses yeux bleus fixèrent les jumeaux d'un air triste et empli de détresse, et elle murmura.

    - Aidez-moi, s'il vous plaît.

    Si Roku, de son côté, restait paralysé et ne parvenait plus à bouger, soudainement, Kyuu entra dans une rage folle. La vue de cette fille dans le besoin provoqua chez lui une foultitude de sentiments. Il ressentait plus que tout l’horreur de cet acte. Pour lui, il ne fallait plus faire confiance à personne. Cette scène en était encore la preuve. Il observa pendant un léger instant l’expression sadique de l’homme se trouvant en face de lui, et son visage se parut d’une expression de dégoût. Pendant un instant aussi, il s’était mis à repenser à son père. Lui aussi était un sale type, même s’il ne s’était pas montré coupable d’un acte aussi odieux. Une pléthore d’images apparaissait alors dans l’esprit de Kyuu, montrant toutes les injustices auxquelles il avait dû faire face durant sa vie. La mort de sa mère, la trahison de son père, l’incendie de l’orphelinat, la rue… L’aîné pensa à la fille installée sur le lit. Elle avait certainement dû traverser des épreuves semblables à celles les jumeaux. D’un côté, il sentait proche de cette personne. L’esprit troublé, il voulait agir.

    En outre, toute la colère qu’il avait retenue durant toutes ces années ne demandait qu’à s’échapper. L’aîné se lança donc vers l’homme nu, et dégaina son katana avec une rapidité ahurissante. Roku ne put rien faire d’autre que d’assister impuissant à la scène. Cependant, il hurla :

    - Kyuu ! Non ! Arrête !

    Rien n’y fait. Son frère  n’entendait plus rien, il n’avait plus aucune conscience du monde autour de lui. Pendant ce court instant, il ne subsistait que cet homme et lui-même. Tout le reste était entouré d’un lourd voile noir.  Puis, il ressentit la chair de cet homme blessé par sa lame, qui le transperça de part en part. Le vieux observa Kyuu ; son regard était teinté de surprise, de cruauté et de terreur. La tension retombait subitement. Pendant ce temps, la jeune fille était partie, apeurée, se réfugier dans un coin de la pièce, et se dissimula le visage derrière le rideau de couleur bleue. Roku s’approcha ensuite de son frère, et lui posa délicatement la main sur l’épaule droite. Puis, il le regarda d’un air empli de compassion.

    - Qu’est-ce que j’ai fait, Roku ?

    Le cadet n’était pas d’humeur à gronder son frère, ni à lui faire la morale. Plus que tout, il désirait le comprendre. S’il avait émis l’idée que Kyuu lui avait caché quelque chose sur leur passé, il n’était jamais parvenu à mettre la main dessus. Il ne s’était même jamais  douté que cela puisse être aussi grave, ni que cet événement avait pesé à ce point sur l’état psychologique de Kyuu.

    - Viens, je crois qu’on a des choses à se dire… lui murmura doucement le cadet à l’oreille.

    Ils furent toutefois interrompus par l’arrivée impromptue d’un nouveau protagoniste. Les jumeaux ne prirent pas longtemps pour le reconnaître. La lueur de ses cheveux rouges reluisait grâce aux lumières des rues de la ville environnante.

    - Monsieur Fukase ? Vous ici ? lança Roku.

    Kyuu était toujours à genoux, à même le sol, et séchait ses larmes grâce à sa longue tenue noire. Fukase s’approcha doucement de lui.

    - Monsieur… Désolé… Je n’ai pas pu… hésita l’aîné.

    - Ne t’en fais pas, je vais arranger ça… Retournez au manoir, et prenez une bonne douche. Je reviendrai vers vous plus tard.

    Ensuite, les jumeaux s’avancèrent vers la porte de la chambre et prirent congé. Dans le couloir, ils croisèrent un mystérieux homme aux cheveux blonds, qui se dirigeait vers le même endroit. Roku, qui soutenait l’épaule de son aîné, toujours pétrifié par son récent acte, marqua une pause. L’homme entra dans la chambre, et les jumeaux purent entendre un bout de leur conversation.

    - Ah, Yohio, bienvenue, je pense que tu connais ton travail. Je ne veux plus aucune trace d’effraction ni d’un quelconque crime dans cette chambre.

    Les jumeaux s’éloignèrent lentement et quittèrent l’hôtel en prenant bien soin de ne pas se faire repérer.

    Dans la chambre, les deux hommes restants firent face à la jeune fille. Fukase s’avança vers elle :

    - Dis, je te propose un marché… Tu ne dévoiles rien de ce qui s’est passé ici, et je ferai en sorte que tu sortes de cette vie misérable.

    Yohio l’interrompit : « Ca ne serait pas plus facile si je… »

    - Pauvre sot, rétorqua Fukase. « Elle pourrait encore nous être utile. J’aime garder des atouts dans ma manche… »

    - Et concernant les jumeaux, l’interrogea son homme de main.

    - Ils se sont bien débrouillés, non ? Quelque chose me disait qu’ils avaient ça au fond d’eux…

    - Vous êtes machiavélique, patron… Vous aviez donc tout prévu ? continua Yohio.

    - Machiavélique, quel vilain mot ! Je dirai plutôt malin. J’ai appris à voir la véritable nature des gens. C’est plus joli, dit comme ça…

    Kyuu et Roku étaient entretemps rentrés au manoir. Cette fois-ci, les  garçons étaient entrés ensemble dans la salle de bain, Roku ne désirant pas laisser son frère seul dans un tel état mental. Après deux bonnes douches, les frères rejoignirent leur chambre, et s’installèrent chacun sur leur lit, face à face.

    - Je pense que tu as des choses à me dire, Kyuu…

    Ainsi, l’aîné lui dévoila toute l’histoire. Les trahisons répétées de leur père. Et son ressentiment à son égard. Roku baissa à plusieurs moments la tête, comme si la vérité sur les événements qui avaient bouleversés sa vie s’éclaircissait enfin.

    Kyuu était toujours troublé par son acte récent. Il ne savait pas comment Fukase allait réagir. Il ne leur avait pas demandé de tuer cet homme. Mais l’aîné des Genshine ne possédait plus le contrôle de lui-même à ce moment-là. Il s’était laissé envahir par ses sentiments confus.

    Roku prit donc la parole, comme pour rassurer son frère.

    - C’était quand même un sale type… Peut-être même que Monsieur Fukase nous a envoyés là-bas dans cet objectif. Il voulait que cet homme soit puni.

    - Tu penses ? interrogea Kyuu,

    - C’est possible… On pourra lui en parler de toute façon...

    Malgré les tentatives de Roku pour le réconforter, Kyuu ressentait toujours une gêne au fond de lui. Et celle-ci ne disparaîtrait pas facilement. Il était trop tard. Il devait maintenant assumer les conséquences de ses actes.

    Voyant son frère baissant la tête, le regard perdu, le cadet s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

    En tout cas, je ne t’abandonnerai jamais Kyuu…

    ***

    Ainsi, à la suite de cette mission, les jumeaux avaient acquis une place toute particulière dans l’entourage de Fukase. Il n’était pas rare de le voir accompagné de ces garçons aux cheveux verts. Conscient de leur force, le patron les avaient nommés gardes personnels. Ils  restèrent cependant relativement discrets, se contentant le plus souvent d’agir dans l’ombre. Ils continuèrent également à s’entraîner au maniement du sabre, et étaient toujours aussi bien traités par leur tuteur. Toutefois, il ne se passa pas un seul jour de leur existence sans que Kyuu et Roku ne se souviennent du jour de leur première mission.
    « Modifié: 12 mars 2017, 20:17:16 par Jyôka Ryu »

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #28 le: 15 mars 2017, 03:16:04 »
    yup, depuis le temps que je me disais "bon je vais mettre un commentaire parce que là le milliard de double post (allala la section ecriture...)"

    Me voila donc! Et je trouve vraiment que tu introduis bien les perso virtual singers dans tes intrigues
    ıɱ ŋơɬ ɬơɬąƖƖყ ცཞơƙɛŋ
    ı ῳıƖƖ ʄıɠɧɬ ųŋɬıƖ ɬɧɛ ɛŋɖ
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    ...
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #29 le: 27 avril 2017, 21:41:49 »
    Haha, oui, je commençais un peu à me sentir seul avec tous ces doubles-posts... x)

    Merci pour ton commentaire, ça me fait très plaisir !

    Je viens aussi de terminer le chapitre 17.

    Bonne lecture~

    Spoiler
    Chapitre 17 : Un Litre De Larmes

    Le convoi rassemblant ce qui restait du bataillon de l'armée de Kuni, dirigée par Miku, retournait vers la capitale, la mine renfrognée. La défaite d'Uchi fut cuisante. S'il fallait bien avouer que la commandante avait lancé son bataillon vers l'inconnu, sans rien savoir de l'artillerie dont disposaient les soldats d'en face, elle ne s'attendait pas à un tel massacre. Pire, les derniers événements de la bataille, et le meurtre du frère et de la mère d'Alys pesaient sur sa conscience. Elle ne s'était pas non plus attendue à un tel déferlement de haine de la part de leur ennemi. Cette fois-ci, il était certain que la guerre avait bel et bien débuté.

    Alys restait assise dans le fond de la diligence, en observant l'horizon, le regard vide. Elle ne prononça pas un mot durant tout le voyage. Tout du long, elle se repassait sans cesse cette scène ignoble dans la tête. Les autres passagers pouvaient le remarquer quand elle serait les dents. Rin et Len étaient assis à ces côtés. La jeune fille avait passé un bras par-dessus son épaule, comme pour lui signifier qu'elle la soutenait tant bien que mal dans ce moment difficile. Len cherchait des mots de réconfort: malheureusement n'était-il pas suffisamment doué pour les discours. De plus, que dire dans pareille situation ? De temps en temps, une larme coulait doucement sur la joue rougeâtre de la fille à la tresse, accentuant encore cette ambiance pesante.

    Le voyage continuait. Les différentes charrettes transportant les soldats, pour la plupart blessés, voyageaient entre les sentiers forestiers et se dirigeaient tranquillement vers la capitale. De son côté, Miku avait jeté un coup d'œil derrière elle, et avait ouï les lamentations et les cris de douleur de ses soldats. Jusqu'à maintenant, son rôle de commandante de la Garde royale se résumait à gérer les entraînements des soldats, et à enquêter sur certaines affaires ayant trait de près ou de loin à l'Etat. Elle n'avait jamais dû lancer une telle offensive sur un village, ni mener une véritable guerre. Si la patronne avait lu tous les récits des plus grands héros et chefs des temps anciens, histoire de lui donner de l'inspiration, elle s'était retrouvée soudainement face à la réalité. Et tout cela n'était pas beau à voir. Miku porta ensuite son regard vers Alys et son ressentiment négatif en reprit un coup: c'était elle qui l'avait convaincue de rejoindre la Garde royale, c'était elle qui lui avait conseillé d'utiliser son pouvoir. Une idée lui vint à l'esprit: la famille d'Alys serait-elle encore vivante si elle n'avait pas été là ? Cette idée la hantait. Pourtant, elle ne se sentit pas la force d'en parler à la jeune femme pour le moment: peut-être fallait-elle lui laisser le temps du deuil.

    Le groupe arriva en vue des remparts de la ville de Kyôu, et le convoi se dirigea directement vers le Palais Royal. A l'entrée attendait patiemment la Reine Luka, accompagnée de sa servante Meiko, ainsi que de Gumi et Yuma. Tous furent désemparés quand ils aperçurent l'état général du bataillon, et les mines défaites de Miku, Rin, Len et Alys. La commandante s'avança vers le groupe, et s'adressa à la Reine, la tête baissée:

    - Ma Reine, l'heure est grave... Nous avons perdu...

    Au vu de l'expression de Miku, Luka réalisa que quelque chose la tracassait:

    - Miku, suis-moi... Tu m'expliqueras tout cela dans la salle du trône.

    La souveraine invita également les autres membres à se joindre à elle.

    Juste avant de pénétrer dans le Palais, Alys retint les Kagamine par leurs tuniques respectives, au niveau des hanches :

    - Leora... murmurait-elle. « Elle me paiera ça... »

    Les jumeaux se regardèrent pendant un instant, ne sachant pas quelle réponse apporter à cette affirmation. Puis, Rin affirma, comme pour rassurer son amie:

    - On est avec toi... Quoi qu'il arrive...

    ***

    A Uchi, Fukase était toujours installé sur son trône. Il effectuait des allées et venues entre celui-ci et la fenêtre à partir de laquelle il lui était possible d'observer l'horizon. Leora se trouvait également à ses côtés. De loin, sur la place du forum, on pouvait voir deux tombes improvisées: les corps de Syla et de Lysa avaient été enterrés à cet endroit, la tombe était surplombée d'une pique sur laquelle étaient installées leurs têtes, comme un trophée, un signe de la victoire écrasante de l'armée d'Owari sur celle du pays de Kuni. Leora se félicitait: elle avait enfin parié sur le bon cheval. Tous deux savouraient ensuite un bon verre d'alcool, histoire de fêter leur puissance.  D'ailleurs, Fukase et Leora commençaient à réellement se rapprocher. Le patron était particulièrement fier d'être tombé sur une recrue de ce genre, et la jeune femme d'avoir enfin trouvé un employeur à sa mesure.

    Alors qu'ils étaient toujours occupés à boire (personne n'aurait pu deviner qu'un véritable massacre s'était déroulé sous leurs yeux quelques heures auparavant), Kyuu entra discrètement par la porte arrière de la salle du chef. Il fut suivi dans son ombre par son jeune frère. Le visage des deux jumeaux était fermé, et ils restèrent immobiles devant l'estrade sur laquelle se trouvait leur chef, qui interrompit sa célébration. Fukase sentait que ces deux-là avaient quelque chose à lui dire. La mercenaire se recula de quelques pas et suivit la conversation de loin.

    - Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? commença Kyuu.

    - Fais donc, mon cher. Quand il s'agit de vous deux, je suis toujours toute ouïe.

    - C'est que... L'aîné hésitait déjà, il éprouvait des difficultés à trouver les mots pour exprimer leur pensée, à son frère et lui.

    - Vas-y, parle ! insista Fukase. Plus en arrière, Leora avait déjà sa petite idée sur le discours du garçon.

    Puis, Kyuu prit son courage à deux mains, poussé par son frère qui lui murmurait des mots d'encouragements à l'oreille.

    - Vous êtes certains que tout ceci est nécessaire ? Kyuu posa sa requête sous forme de question, peut-être passerait-elle mieux.

    - Que veux-tu dire ? Va au bout de ta pensée. Fukase le poussait à bout.

    - Tous ces massacres, ces gens n'ont rien demandé !

    Le silence gronda soudainement dans la pièce. Le patron aux cheveux rouges était descendu de son trône, et faisait les cent pas sur l'estrade. Pendant tout un temps, il ne prononça pas un seul mot, si bien que Kyuu se demanda même s'il l'avait bien entendu. Puis, le trentenaire s'approcha d'un vase posé sur une petite table d'appoint, le saisit, et le fracassa d'un seul coup sur le mur de la salle.

    - Comment ça ? Vous osez remettre en doute mes ordres !

    Il entra alors dans une colère noire. De nombreuses répliques cinglantes à l'égard des jumeaux fusaient, Kyuu et Roku se reculèrent même vers la porte de sortie.

    - Vous n'êtes que des esprits faibles ! lança Fukase, puis il se tourna vers Leora, comme pour trouver un soutien. « Regardez ça, ma chère... J'ai passé des années à être aux petits soins pour eux, et voilà comment on est remercié ! »

    - Ce n'est pas ça, embraya Kyuu, espérant expliciter sa pensée au travers de ce ramdam. « On aimerait juste savoir pourquoi vous faites tout cela. Et est-ce que toutes ces morts sont vraiment nécessaires ? On se demande ce que vous recherchez... »

    Fukase se rapprocha des Genshine. Il arborait toujours le même air menaçant. Des marques de doute pouvaient se lire sur le visage des jumeaux.

    - Tu veux savoir, mon cher Kyuu, mais fais attention, tu t'embarques sur un terrain extrêmement glissant. Mais bon, voilà, si tu veux connaître mon objectif, je veux juste m'emparer de ce monde qui m'a rejeté !

    Leora, qui suivait toujours la conversation de loin, resta coi. Les mots de Fukase trouvèrent un écho dans l'esprit des jumeaux. S’ils savaient qu'il venait de ce monde, ils ignoraient qu'il en avait été rejeté. Cette dernière information poussa les jeunes garçons à réfléchir. Fukase aussi avait été mis au ban de la société. Peut-être même qu’il les avait recueillis parce qu'il se retrouvait en eux. Pléthore d'idées se bousculèrent dans chacun de leurs esprits.

    - Mais si vous voulez m'abandonner, faites donc, défia le chef. « Mais ne comptez plus sur moi ! »

    Kyuu et Roku se regardèrent quelques instants, puis l'aîné rétorqua à leur mentor: « Non, ça ira, excusez-nous pour cette intervention... »

    En effet, les mots que Fukase avaient employés avaient un impact certain sur la conscience des Genshine. D'un coup, ils se reconnaissaient quelque peu en lui, même s’ils ne faisaient pas preuve d’une telle cruauté. Leur parent adoptif aurait donc vécu le même type d'expérience qu'eux, et avait aussi été abandonné par sa famille. Lui aussi avait tout perdu. En outre, le patron avait appuyé sur une autre corde sensible: si les jumeaux l'abandonnaient maintenant, que deviendraient-ils ? Kyuu n'était pas prêt à revivre la situation de son enfance, et voulait plus que tout protéger son cadet. Un autre espoir jaillit aussi en eux: et s'ils parvenaient à faire changer d'avis Fukase ?

    Les jumeaux quittèrent donc la pièce calmement, et l’homme aux cheveux rouges reprit tranquillement son souffle, avant de se rasseoir sur le trône.

    Une fois sortis, Roku attendit d’être à bonne distance de la salle pour s’adresser à son frère.

    - Qu’est-ce que tu en penses, Kyuu ?

    - Je ne sais pas, Roku. Fukase a peut-être bien une bonne raison de faire tout cela… Kyuu réagit immédiatement à la phrase qu’il venait de prononcer, et s’empressa d’ajouter : « Même si cela ne justifie pas toutes ces morts… »

    - On pourrait s’enfuir aussi … lança le cadet, hésitant.

    - Pour faire quoi ? rétorqua Kyuu. « Nous sommes dans un monde que nous ne connaissons pas, et le plupart des gens ici vont nous considérer comme des ennemis. Si on quitte Fukase maintenant, on ne pourra rien faire !                                                                                           

    Le plus jeune des jumeaux baissa la tête, déçu. Il se rendait compte de l’impasse dans laquelle il se trouvait. Pourtant, c’était plus fort que lui, il ne pouvait cautionner de tels actes. Observant le visage fermé de son frère, Kyuu ajouta :

    - On peut aussi essayer de le faire changer d’avis, de le contrôler un peu, en quelque sorte. Il lui arrive de nous écouter parfois…

    Roku releva la tête lentement et gratifia son aîné d’un léger sourire forcé.

    - Oui, on peut toujours essayer… souffla-t-il.

    - Et si ça ne fonctionne pas, on avisera sur le moment, selon la situation… rassura Kyuu.

    - C’est-à-dire ? Tu serais prêt à prendre la fuite ? interrogea le cadet.

    - Qui sait ?

    ***

    Au Palais Royal, Miku se tenait en bout de table face à la Reine, accompagnée de Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys. Meiko se trouvait vers l’arrière. Elle prêtait tout de même une oreille attentive à la conversation. Au final, celle-ci concernait tout de même l'avenir du pays. La commandante de la Garde avait rapidement convoqué cette réunion, jugeant que la situation était excessivement grave. Il fallait en effet préparer la ville très rapidement à un assaut de l'ennemi. Fukase, après sa cinglante victoire, ne traînerait certainement pas à réorganiser ses troupes pour attaquer la capitale, et ainsi atteindre son présupposé objectif.

    Luka observait les discussions calmement. Celles-ci impliquaient surtout Miku, Gumi et Yuma, qui tentaient d’élaborer les meilleures stratégies pour défendre la ville. Kyôu disposait d'un avantage: ses remparts étaient d'une solidité à toute épreuve, plus que ceux de tous les autres villages réunis. Ce qui permettrait d'obtenir assez de temps pour mettre la population à l'abri. Cependant, Miku se rendit rapidement compte d'un élément. S'ils avaient trouvé le moyen de protéger les civils temporairement, ils ne disposaient encore que de peu de chances d'arracher la victoire finale, et Kyôu ne pouvait pas se permettre de subir un siège long de plusieurs mois. Dans tous les scénarios, l'armée de Fukase triomphait et prenait le pouvoir, fort de sa puissance militaire.

    Luka prit alors la parole, et vissa son regard vers Alys:

    - Il nous faudrait un moyen de contre-attaquer, ou du moins de rendre leurs armes inutiles. Alys, n'aurais-tu pas une idée ?

    La jeune fille à la tresse était encore perdue dans ses pensées. Ce moment précis où Leora décapitait les têtes des derniers membres de sa famille repassait toujours en boucle dans sa tête, de sorte qu'elle eût du mal à se concentrer aux tractations en cours. Elle fut donc soudainement interloquée par le silence pesant et les regards de tous les autres participants tournés vers elle.

    - Je ne sais pas, ma Reine... Avec Syla, nous aurions pu trouver un moyen. Nous aurions pu partager nos connaissances, mais seule... Je ne sais pas ce que je peux faire...

    A l'énonciation du mot "seule", Alys éclata en sanglots, comme si le poids des mots la rappelait à sa sinistre condition. En effet, elle était désormais isolée... Elle avait tout perdu, et la jeune femme finissait même par se demander ce qu'elle faisait encore là, l'armée de Kuni lui avait déjà bien détruit la vie.

    Quand elle vit l'état de désespoir d'Alys, Luka demanda à tous les autres participants de les laisser seules à seules quelques minutes. Tous s'exécutèrent immédiatement. La fille aux cheveux marine restait assise, étonnée que la Reine puisse lui accorder un entretien personnel, même si elle n'avait rien demandé. C'était, là encore, un signe de l'extrême gentillesse de la souveraine.

    Luka se mit à la hauteur d'Alys, et s'installa sur la petite chaise en bois située à sa droite. La jeune koryuiste se tenait la tête dans les mains, essayant le plus possible de sécher ses larmes. La Reine commença son discours calmement:

    - Je suis... Désolée pour tout ce qui vous est arrivé...

    La souveraine se rendait bien sûr compte de l'absurdité de ses excuses. Cela ne changerait rien. Cependant, Alys fut relativement touchée par sa sollicitude et releva la tête. Dans le même temps, elle tenta de lui rendre un sourire forcé.

    - Je comprendrai tout à fait que vous ayez besoin de prendre du recul. Mais, je dois vous avouer que votre présence à vos côtés nous est d'une grande aide, poursuivit Luka.

    - Je n'ai pas envie de vous abandonner. Et je ne veux surtout pas laisser Leora impunie... rétorqua Alys. La colère se ressentait de nouveau dans sa voix. « Toutefois, bien que je veuille aider, je me vois dépourvue. Notre plan est tombé à l'eau, et je ne vois pas ce que l'on peut faire pour nous défendre contre une telle puissance de feu. »

    Luka se releva, et se mit à vagabonder dans la pièce. Elle garda le silence pendant plusieurs longues dizaines de secondes.

    - J'ai un peu connu votre père, quand j'étais enfant. Un homme charmant. Il n'avait pas hésité à se donner corps et âme pour le bien du pays. Jusqu'à donner sa vie.

    Alys ressentit un sentiment mêlé de fierté et de tristesse. Puis, soudainement, une idée lui vint à l'esprit:

    - Mon père n'aurait-il pas pris des notes pendant la Grande Guerre ?

    La Reine ravisa Alys. « Que voulez-vous dire par là ? »

    - Si mon père avait écrit le résultat de ses recherches, il y aurait peut-être moyen de trouver quelque chose pour nous aider dans la lutte contre Fukase.

    - C'est bien possible, renchérit Luka. « Monsieur Vo faisait partie des soldats les plus importants de l'armée, il y a quinze ans. Et il était réputé pour ses recherches et sa grande maîtrise de l'art du Koryu, qu'il avait continué à perfectionner ici. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a pu créer la grande barrière de l'île Maho. »

    La souveraine reprit alors sa place à la tête de la table de réunion: « Je vais vous donner l'accès aux archives militaires. Il s'agit là de notre meilleur atout. » Puis, Luka fit rentrer de nouveaux les autres participants à la réunion et leur fit un petit résumé de la situation.

    - Je peux encore vous demander une petite chose, ma Reine, quémanda Alys.

    - Tout ce que vous voudrez, ma chère.

    - Je peux emmener Rin et Len avec moi aux archives ? Ils me seraient d'une grande aide, et connaissent mieux que quiconque les armes de l'ennemi.

    - Accordé !

    La Reine fit de nouveau entrer les autres participants à la réunion à l’intérieur de la salle du trône.

    Une fois n'était pas coutume, Luka prenait les décisions tel un véritable chef de guerre. La Reine fut suivie dans tous ses choix par Miku, qui opina du chef.

    Ainsi, Rin, Len et Alys se dirigèrent directement en sortant du Palais Royal vers la Grande Bibliothèque de Kyôu, alors que Miku, Gumi et Yuma retournaient à la caserne de la Garde Royale afin de déjà se préparer au mieux à un nouvel assaut.

    ***

    Alys et les jumeaux Kagamine furent donc rapidement conduits vers la Bibliohèque de Kyôu par un soldat de l'armée royale. Le somptueux bâtiment se trouvait en centre-ville. A peine arrivés au pied de l'édifice, les trois personnes constataient l'imposante majesté de l'endroit, qui s'élevait sur plusieurs étages. Il s'agissait là de la plus grande collection de livres du pays de Kuni, voire du monde. En outre, l'architecture de la bibliothèque était luxuriante. Le soleil reflétait de bien belle manière sur la façade jaune, qui donnait à l'ensemble un aspect légèrement doré.                                                               

    Alys, Rin et Len entrèrent par la grande porte, gardée par deux hommes de moyenne taille, qui les saluèrent respectueusement. Ils pénétrèrent alors dans l'imposant hall d'entrée. Le plafond était très haut, et décoré de peintures de grands artistes représentant les grandes scènes de l'histoire du Pays de Kuni. La pièce en elle-même se trouvait être relativement vide, si ce n'est l'énorme comptoir situé au fond, à l'intérieur duquel les attendaient un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il portait des cheveux foncés et une épaisse paire de lunettes. La couleur blanche de ses vêtements le faisait ressortir dans la pénombre qui régnait dans la bibliothèque. Pourtant, il aborda les trois visiteurs de manière assez timide et hésitante.

    - Bonjour à vous, commença-t-il.

    Alys répondait calmement, tandis que les Kagamine n'avaient même pas remarqué cette marque de respect, encore sous l'effet de la beauté de l'endroit. Quelques secondes plus tard, les jumeaux virent Alys les dévisager, et s'excusèrent directement devant leur hôte.

    - J'ai reçu les instructions du Palais Royal. Vous pouvez avoir accès à toute la bibliothèque, y compris aux archives militaires, qui sont d'habitude réservées aux commandants de l'armée.

    - Merci ! lança directement la jeune fille à la tresse. « Où se trouvent les ouvrages d'histoire militaire. Je pense qu'il vaudrait mieux commencer nos recherches par-là ».

    - Au quatrième étage. Mais je vous préviens, nous possédons de très nombreux livres. Si vous avez besoin d'un quelconque aide, n'hésitez pas à demander.

    - C'est gentil, rétorqua Alys. Rin et Len, toujours quelque peu perdus, se contentèrent de saluer.

    Les trois amis furent donc accompagnés à l'étage concerné par le sympathique employé. En passant, ils purent admirer l'énorme collection d'ouvrages divers dont disposait le pays de Kuni. Par le même temps, le bibliothécaire les gratifia d'un petit exposé. Ils apprirent donc que la grande majorité de ces ouvrages avaient été rassemblés par la Reine Luka elle-même, qui se trouvait être une lectrice avertie. Elle s'impliquait énormément dans l'entretien de la bibliothèque, et permettait à toute la population du pays à venir consulter les livres gratuitement. Seuls les ouvrages militaires étaient réservés à certaines personnes, sécurité oblige.

    - Pour la Reine, la lecture est le meilleur moyen d'éduquer les gens.

    Rin et Len appréciaient cette manière de fonctionner. Bien qu'ils aient un a priori plutôt positif par rapport à la Reine Luka, ils ne l'avaient jamais imaginé aussi proche et soucieuse de son peuple. Finalement, derrière son air timide, elle agissait en tant que véritable chef d'Etat, malgré son jeune âge.

    Alys et les jumeaux arrivèrent donc au quatrième étage, et se retrouvèrent soudainement devant un nombre d'étagères impressionnant. Des milliers de livres retraçant toute l'histoire militaire du pays de Kuni étaient entreposés à cet endroit, et certains ouvrages dataient même de plusieurs siècles, selon les dires du bibliothécaire. Rin et Len restèrent quelques instants prostrés devant cet énorme amas de bouquins, eux qui n'avaient jamais réellement eu le temps de s'adonner au passe-temps de la lecture. La jeune fille à la tresse, elle, ne perdait pas son objectif de vue, certainement poussée par son ressentiment envers Leora, et s'informa immédiatement à propos des ouvrages traitant de la Grande Guerre Magique. Si les notes de son père existaient, elles devaient forcément se trouver à cet endroit.

    Au milieu de l'imposante pièce se trouvaient un ensemble de trois tables en bois entourées de quelques chaises, qui servaient d'espace de lecture. Alys invita les Kagamine à s'installer, et ils se dirigèrent quelques secondes plus tard vers le lieu indiqué par le bibliothécaire. Les recherches allaient s'avouer pénibles et longues, les trois amis l'avaient vite compris quand ils se retrouvèrent nez à nez avec une bonne dizaine d'étagères remplies:

    - Voilà, communiqua le jeune garçon. « Tous les livres ici traitent de la Grande Guerre... »

    - Eh ben, on n'est pas sorti, souffla Len. « Comment on va s'y retrouver dans cet océan de papier ? Et puis, qu'est-ce qu'on cherche exactement ? »

    Rin, quant à elle, restait sage et silencieuse.

    - Nous devons fouiller tous les rapports militaires. D'après la Reine, mon père a travaillé de près aux stratégies martiales durant la Guerre, et il aurait perfectionné sa technique du Koryu. Le but est de trouver là-dedans quelque chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre notre ennemi. C'est pour cette raison que je vous ai emmenés. Si quelqu'un peut déceler une manière de se défendre contre ces armes à feu, c'est bien vous, analysa très judicieusement Alys.

    Les jumeaux sentirent à cet instant une certaine sorte de pression. Comme si la défense du pays reposait sur leurs frêles épaules. Durant un petit moment, ils s'observèrent mutuellement, comme pour partager leur stress collectif, puis pour se rappeler qu'ils n'étaient tout de même pas seuls dans cette mission. Puis, ils suivirent Alys qui s'était déjà emparée d'un livre et s'était installée sur la table de lecture.

    Elle fut cependant interrompue par le jeune employé de la bibliothèque, qui lui avait tiré subrepticement la manche de son haut.

    - Excusez-moi, mais j’ai une question… hésita-t-il.

    - Allez-y… Qu’est-ce qu’il se passe ? Alys se montra désarçonnée par la demande de son interlocuteur.

    - Il paraît que vous maîtrisez le Koryu ?

    - Comment le savez-vous ? Peu de personnes sont au courant, s’étonna-t-elle.

    Le visage du jeune homme devint écarlate :

    - On va dire… que j’aurai peut-être jeté un œil aux archives…

    Alys sourit. La voix du bibliothécaire laissait transparaître son inquiétude de voir son secret révélé et, par conséquent, de perdre son emploi. Il était en effet interdit de consulter les archives secrètes de l’armée. Mais il ne pouvait s’en empêcher, et s’était plongé dans leur lecture. 

    - C’est parce que, j’ai toujours été curieux d’observer l’art du Koryu. Je m’intéresse beaucoup aux éléments magiques à Sekai. Et j’aurai adoré avoir une démonstration, si ce n’est pas trop vous demander…

    Alys n’éprouvait pas tellement d’envie de répondre à cette requête, surtout en ce moment. Elle avait tenté de cacher sa maîtrise du Koryu pendant toute sa vie. Il était difficile pour elle de tout révéler au grand jour. Mais le jeune homme possédait un air tellement serviable et gentil, qu’elle ne put se résoudre à le décevoir.

    - Je ne sais pas quand le temps me permettra, mais on pourrait s’arranger… répondait-elle le sourire aux lèvres.

    Devant cette réponse positive, le visage du bibliothécaire s’éclaira soudainement.

    - Merci, merci ! répéta-t-il inlassablement. « Depuis des années, je rêve de pouvoir observer un koryuiste de mes propres yeux ! »

    - Avec plaisir ! Alys ne savait pas quoi rétorquer d’autre.

    - Au fait, mon nom est Shirosaki Yuudai. Je vais vous laisser, vous devriez avoir pas mal de travail.

    L’homme se dirigea vers la sortie de l’étage mais rebroussa chemin rapidement.

    - Vous ne direz rien, n’est-ce-pas ? J’aimerai que personne ne sache que je suis venu lire les ouvrages ici… s’inquiéta-t-il.

    - Pas de soucis, rétorqua Alys. « Motus et bouche cousue ! » 

    - Merci, à bientôt donc !

    - A la prochaine !

    Le jeune homme quitta alors l’étage en sautillant à travers les étagères remplies de livres et regagnait sa place à la réception. Alys fixa Rin et Len le regard un peu perdu. Quel homme intriguant ! La villageoise ne s’était jamais retrouvée face à une personne qui admirait les gens de son « espèce », et ne la voyait pas spécialement comme une menace. Les trois amis se mirent toutefois rapidement au travail.

    Les recherches furent pénibles et excessivement longues. Si Len commençait à souffler après quelques heures et commençait peu à peu à somnoler au-dessus des livres, la détermination d'Alys n'était pas ébranlée. Comme depuis le début, elle avalait des centaines de pages de rapports militaires particulièrement indigestes, à la recherche d'un simple petit indice. Mais elle ne trouvait aucune trace de son père dans aucun des rapports, comme si son travail était gardé secret, même au sein des archives. La jeune femme refusait cependant de perdre espoir. Il ne lui était pas concevable que son père ait emporté dans sa tombe de tels secrets importants. Il avait dû laisser une trace, si infime soit-elle.

    Le soir commençait à tomber, bien que les trois amis n'eurent pas l'occasion de s'en rendre compte, la bibliothèque ne comportant pas de fenêtres à cet étage. Ils se contentèrent donc d'un éclairage à la bougie. Len se montrait de plus en plus distrait, et faisait désormais régulièrement des pauses. Il allait se balader au travers des allées bordées d'étagères. Rien de bien fascinant l'attendait, mais il pouvait au moins se permettre de se reposer les yeux quelques instants. Peu après, il aperçut sa soeur plongée dans un ouvrage plutôt inhabituel.

    - Qu'est-ce que tu lis, Rin ?

    - Euh... La jeune fille se retourna, gênée. « C'est un conte. Ca s'appelle "La villageoise et les ours." »

    - Tu n'as rien d'autre à faire que de lire des contes ?

    - Je me suis surtout demandée ce que ça faisait là au départ... Et puis, j'ai ouvert le livre, et j'ai trouvé l'histoire passionnante.

    Lorsqu'Alys entendit le nom du conte, elle se lança soudainement vers Rin.

    - Attends, tu as bien dit "La villageoise et les ours" ? C'était mon livre préféré quand j'étais enfant ! Mon père me le lisait quasiment tous les soirs.

    Les jumeaux restèrent sans voix.

    - Je peux te l'emprunter, s'il te plaît. Je me demande bien ce que ça fait ici. C'est bizarre...

    Alys inspecta alors chaque recoin de l'ouvrage. Le livre était en assez bon état, mais quelque chose lui semblait louche effectivement. Dans ses souvenirs, il n'était pas aussi épais.

    - Tu es déjà arrivée à la fin ? demanda-t-elle à la jeune blonde.

    - Non, Len m'a interrompue avant. Elle lui lança alors un regard accusateur.

    La villageoise ouvrit alors directement les dernières pages.

    - Ah, enfin ! Je le savais, j'ai trouvé !

    - Quoi ? interrogèrent de concert les jumeaux.

    - Ce livre... C'est exactement celui que j'avais quand j'étais petite. Mon père y a ajouté ses notes à la fin. Et il l'a caché ici.

    - Ça signifie que... murmurèrent les jumeaux.

    - Qu'il y a certainement un message dans son texte. Et que, selon toute vraisemblance, il m'est adressé ! Mon père a sans doute voulu me laisser un dernier message pour l'avenir, et ce livre s'est retrouvé ici par je ne sais quel hasard.

    Alys laissait entrevoir un certain espoir dans son discours, également mêlée d’un sentiment de joie difficile à définir. Elle qui venait de perdre sa famille, remarquait que ses proches lui avaient laissé des traces, comme si ils veillaient toujours sur elle, ou du moins qu’ils avaient besoin de la petite dernière de la famille.

    La jeune villageoise d’Uchi se mit donc à lire ce qui finalement constituait le dernier message de Monsieur Vo. Les mots utilisés étaient assez énigmatiques, de sorte qu’ils ne puissent être compris uniquement par un pratiquant du Koryu. L’ancien combattant évitait ainsi les fuites. Les Koryistes utilisaient en effet un jargon assez poussé lorsqu’ils parlaient de leur art. Il était donc très difficile pour un néophyte de suivre une quelconque conversation. Ainsi, n’importe qui pouvait tomber sur ce livre par hasard, il n’y aurait rien compris.

    Alys resta plongée quelques longues minutes dans sa lecture, sous le regard attentif de Rin et Len, qui attendaient patiemment sa conclusion. Puis, la jeune femme se pétrifia soudainement. Elle fixa Rin et Len dans le blanc des yeux, et restait coi.

    - On a un problème… balbutia-t-elle.

    - Ce n’est pas nouveau. Ce pays croule sous les soucis pour l’instant ! lança Len, immédiatement rabroué par sa sœur. Ce n’était certainement pas le moment de faire des petites phrases. Alys paraissait particulièrement préoccupée.

    - Qu’est-ce qu’il y a ? interrogea alors Rin.

    - C’est… la barrière magique…

    - Quoi, la barrière ? Celle qui entoure l’île des Magiciens ? continua la blondinette

    - Oui, d’après ses notes, elle n’est pas éternelle. Il avait prévu d’y laisser la vie quand il l’a mise en place. Il a dû sacrifier toute son énergie vitale à sa construction. De telle sorte que cette protection n’est que temporaire… balbutia Alys, sous le choc.

    - Mais ce n’est pas logique… interrompit Len. « Quel est l’intérêt ? »

    - D’après ce qu’il a écrit, mon père avait construit cette barrière afin de bloquer les ambitions du chef de la Guilde des Magiciens, Utatane Piko. Selon lui, le but était que les générations futures rétablissent un lien avec les magiciens, quand tout le monde serait prêt.

    Alys poursuivit : « Et puis, c’était la seule manière de terminer cette guerre. La Guilde des Magiciens n’a eu d’autre choix que de capituler et d’accepter leur punition. Visiblement, il n’avait pas eu le choix, il fut obligé de créer cette barrière. »

    - Je me demande si la Reine est au courant… réfléchit Rin. « Elle aurait donc caché tout ceci au peuple. »

    - Il faudra lui en parler… insista Len, provoquant l’acquiescement de Rin et Alys. « En attendant, il y a quelque chose d’autre dans ces notes ? Quelque  chose qui pourrait nous aider à nous défendre contre Fukase ? »

    - Il y a bien des notes. Mon père a essayé de rassembler toutes ses connaissances sur le Koryu. Mais c’est très complexe. Je ne pourrai pas y arriver sans entraînement, hésita Alys. Puis, elle poursuivit : « Mais il y a un espoir… Si je parviens à maîtriser cette technique ici, je pourrai protéger une bonne partie de l’armée en cas d’attaque. La jeune fille à la tresse indiqua une page griffonnée aux jumeaux, qui ne comprenait pas un traître mot à ces inscriptions, mais retrouvèrent le sourire.

    Alys tenait le livre entre ses bras, et ne semblait plus vouloir le lâcher, le conservant comme une relique. Les trois combattants novices restèrent en silence en plein milieu de la pièce pendant un moment. Ils venaient d’apprendre un assez grand nombre de nouvelles informations.

    - Il faut avoir une discussion avec la Reine ! Elle doit être au courant. J’aimerai bien savoir pourquoi elle ne dit absolument rien, ça me paraît louche…

    Les jumeaux rejoignirent Alys dans son argumentation.

    Les trois amis sortirent alors de la bibliothèque pour se diriger directement vers le Palais Royal. Leurs expressions de visage traduisaient un sentiment mitigé, entre l’inquiétude, l’espoir et une certaine détermination retrouvée. Des heures sombres s’annonçaient pour le pays de Kuni, mais des perspectives positives pointaient également à l’horizon.

    ***