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    Auteur Sujet: Jyôka se met à écrire !  (Lu 3128 fois)

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    Hors ligne Jyôka Ryu

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      • Les écrits de Jyôka Ryu
    Jyôka se met à écrire !
    « le: 14 mai 2016, 16:30:35 »
    Konnichiwa à tous !

    Dans ma présentation, j'avais déclaré que j'aimais bien écrire, et on m'avait tout naturellement dirigé vers cette section...
    Donc, je partage cette fanfiction que j'ai écrite (avec comme héros Kagamine Rin et Len, puisque ce sont mes préférés...  :jumro: mais d'autres chanteurs virtuels viennent (viendront) les rejoindre par la suite)
    J'ai attendu d'avoir fini les deux premiers chapitres, car l'intrigue commence réellement au chapitre 2...
    J'ai aussi mis tout ça sur un petit blog, parce que c'est plus simple pour m'organiser... (et j'espère aussi que ce sera plus facile à lire pour vous... ;D ;D)

    Donc voilà, je partage et j'espère que ça vous plaira...

    Sur Facebook : https://www.facebook.com/Sekai-Les-%C3%A9crits-de-Jy%C3%B4ka-Ryu-1641742506153565/

    Sekai - Chapitre 1 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/05/sekai-chapitre-1-l-arrivee.html
    Spoiler
    Chapitre 1 : L'arrivée

    Le vent soufflait extrêmement fort en cette nuit noire. Au milieu des lampadaires qui éclairaient les rues de la ville fatiguée, une frêle silhouette se hissait un chemin vers l’un des entrepôts qui se trouvaient au fond d’une rue sombre. L’homme était relativement rapide, et se retrouvait bientôt avec son objectif en vue. Il s’agissait d’un petit bâtiment gris et sale, qui ne se démarquait aucunement des autres édifices alentours. Le jeune homme s’introduisit dans le bâtiment et referma discrètement la lourde porte en fer.

    Le bâtiment était constitué d’une seule énorme salle, éclairée par de larges spots de lumière blanche. Le mystérieux individu était entré et s’était approché tellement discrètement du vieil homme présent dans la pièce que ce dernier n’eut aucun moyen de le voir venir. L’ancêtre se tenait au pied du mur du fond d’un blanc immaculé. Quand le jeune ne fut plus qu’à quelques mètres de lui, il commença à entendre le bruit de ses pas. L’intrus avait remarqué qu’il ne pouvait plus passer inaperçu, et se mit donc à lancer calmement la conversation.

    - Monsieur Rimo

    Rimo fut aussitôt pris d’un léger sursaut. Même s’il avait remarqué la présence de son visiteur. Il venait seulement de le reconnaître, et cette révélation provoqua la terreur en lui. Le vieil homme savait pertinemment la raison de sa présence en ces lieux. Il devait enfin faire face au moment qu’il redoutait depuis un certain temps.

    - Il est temps. Il faut me laisser y aller, annonça le jeune homme.

    - Je ne peux pas… J’ai fait une erreur… rétorqua Rimo.

    - C’est trop tard. Laisse-moi y aller !

    - Pas question !

    Juste après avoir terminé cette phrase, Rimo sortit un petit poignard de la poche de sa veste blanche et tenta de l’enfoncer dans la poitrine de son assaillant. Celui-ci fit un pas en arrière afin d’éviter l’assaut. Il recula encore de quelques mètres afin de pouvoir dégainer son pistolet. Le vieil homme n’eût juste le temps que de pousser un léger cri avant que la détonation provoquée par l’arme se fit entendre. La balle projetée venait se loger juste en plein cœur, et la victime mourut pratiquement sur le coup. Face à son cadavre, le jeune homme rengainait son arme à feu dans son fourreau personnalisé, tout cela d’un air impassible.

    Ensuite, il se dirigea vers la partie gauche de la salle, où se trouvait sur le mur un imposant bouton rouge sur lequel il appuya. Un étrange bruit parcourait l’espace vide pendant quelques secondes avant qu’une étrange lueur bleuâtre ne vienne envahir le centre de la pièce. L’homme ne parut pas étonné par sa présence. D’un seul saut, il se précipita au centre de la lumière et disparut en un éclat.

    ------------------------------------------------------

    Le lendemain matin, le calme était revenu près des énormes entrepôts. Les quelques clochards qui avaient élu domicile à cet endroit n’avait remarqué aucun changement par rapport à la veille. Il faut dire que le jeune homme à la frêle silhouette avait fait preuve d’énormément de discrétion et avait pris soin de ne pas réveiller les quelques personnes qui dormaient dans la rue, afin de ne pas perturber ses plans.

    Parmi les « habitants » du coin, on pouvait compter deux orphelins aux cheveux blonds. Âgés de 14 ans, ils répondaient aux noms de Rin et de Len. Ils étaient bien connus de la population, puisque, abandonnés depuis l’âge de trois ans, ils n’avaient jamais réussi à s’extirper de leur condition. Heureusement, les quelques SDF qui vivaient là prenaient soin d’eux, et s’étaient même pris d’affection pour eux. Finalement, ils avaient fini par grandir au sein de la communauté. Les deux enfants avaient même fini par devenir des génies de la débrouille, et, malgré leur pauvreté, ils étaient toujours parvenus à trouver à manger et à survivre dans cet endroit hostile. Cette vie difficile avait créé un étrange lien entre eux. Ils étaient frères et sœurs, et par conséquent, ils étaient naturellement proches, mais il s’agissait d’encore plus que cela. En effet, ils avaient déjà observé tous deux la mort de près et étaient devenus complètement inséparables depuis. En outre, ils forçaient l’admiration de la communauté de sans-abris qui les avaient recueillis. Effectivement, et ce malgré toutes les difficultés auxquelles les deux frères et sœurs avaient dû faire face lors de leur courte vie, aucune personne ne pouvait se vanter de les avoir vus pleurer une seule fois. Les deux jeunes croquaient la vie à pleines dents, et se satisfaisaient de ce qu’ils avaient, même si ce n’était pas grand-chose.

    Ce jour-là, comme lors de beaucoup d’autres jours, ils s’étaient mis à traîner autour des énormes entrepôts sales qu’ils connaissaient bien. Les lieux étaient peu fréquentés, ce qui leur permettait de se promener là-bas sans causer trop de problèmes. Rin poursuivait donc Len qui se faufilait entre les différents édifices.

    - On fait la course, lança Len à sa sœur.

    - Oh, attends, tu ne vas pas commencer, rétorqua Rin.

    Len prenait de la vitesse et sa frangine peinait à le suivre. Après quelques minutes, Len décida de corser un peu le jeu et il finit par ouvrir une énorme porte en fer qui menait dans une salle qu’il pensait vide. Il avait pris assez de distance d’avec sa sœur, et tentait alors de se cacher. Rin le suivait quelques mètres derrière et l’aperçut au loin entrer dans l’immeuble gris. Elle marqua une pause et continua sa progression en marchant. Puisque Len était bloqué derrière la porte, plus aucune raison de se presser. Rin s’approchait donc de la porte en fer, et l’ouvrit assez difficilement. En rentrant dans la pièce, la jeune fille n’aperçut pas immédiatement son frère figé devant le mur blanc du fond de la salle.

    - Qu’est-ce que tu fais encore. Viens, on sort de là !

    Plus elle avançait vers lui, plus elle apercevait son frère prostré, silencieux et immobile dans l’obscurité. Mais elle ne vit pas encore ce qui l’avait mis dans cet état-là. Au fur et à mesure qu’elle s’approchait de Len, son regard se posa sur le cadavre de Rimo, et ses yeux affichèrent une expression de terreur. Rin se mit alors à courir en sens inverse et se redirigea vers la porte. Cependant, Len ne le suivait pas et resta figé devant le corps.

    - Viens vite ! s’écria Rin. « Il faut appeler la police ! »

    Len tourna sa tête vers sa sœur et se dirigea d’un pas lent vers elle, l’esprit encore troublé par sa récente vision. Sur son chemin, son regard croisa cet énorme bouton rouge situé sur la gauche de la pièce. Le garçon marqua un arrêt et alla analyser cet étrange objet. La pièce était désespérément vide, en dehors de quelques lumières et de ce gros bouton. A quoi cela pouvait-il bien servir ? Len ne put s’empêcher d’essayer d’appuyer dessus, ne fut-ce que pour voir ce qu’il se passait, par pure curiosité. Alors que ses doigts effleuraient à peine l’objet, Rin se mit encore à crier « Arrête et viens ! On n’a pas de temps à perdre ». Rien à faire, la curiosité de son frère fut plus forte et il pressa le bouton.

    Soudain, l’énorme reflet de lumière bleuâtre apparut. Rin vit son frère aspiré par cette réminiscence, et disparaître petit à petit… Le regard apeuré de Len fixa la jeune fille une dernière fois avant de partir dans le néant, le tout dans un bruit assourdissant qui avait envahi l’ensemble de la pièce.

    L’esprit de Rin fut tout à coup pris de panique. Elle venait de perdre son frère. Le seul être qu’elle n’ait jamais aimé venait de partir, et elle ne savait pas où. Était-il mort ? Ou autre chose ? La lumière bleue était toujours présente, mais commençait peu à peu à faiblir. Rin devait prendre une décision rapidement. Devait-elle suivre son frère dans l’inconnu ? Le bruit sourd se mettait également à faiblir. Néanmoins, Rin ne put se retenir d’éclater et sanglots et de tomber sur le sol, pleurant la perte soudaine de son frère. Et pourtant, il fallait agir. La lumière était toujours là et celle-ci représentait un lourd mystère. Se pourrait-il que Len soit encore présent et vivant quelque part ? Plus de temps pour l’hésitation, Rin décida de se lancer vers la lumière, toujours en pleurs, la réflexion ayant laissé sa place à l’action. Durant les quelques secondes qui suivirent, on pouvait voir l’ombre de l’enfant blonde disparaître du mur immaculé du bâtiment. Quelques dizaines de secondes plus tard, la lumière bleue s’éteignit doucement et l’endroit reprit son calme habituel, comme si rien ne s’était passé.

    ----------------------------------------------------------

    Au milieu d’un sentier de sable, deux corps inconscients jonchaient le sol. Le vent faisait se soulever la poussière qui recouvrait doucement leurs enveloppes inanimées. Tout autour se dressait une immense forêt d’arbres verts, le pourtour du sentier étant parsemé de buissons. Le temps était très sec et le soleil brillait, provoquant une chaleur relativement étouffante.

    Au loin, on pouvait voir une petite charrette tirée par deux poneys bruns arriver. Aux commandes se trouvait une jeune fille aux cheveux bleu foncé. Elle devait être âgée d’une vingtaine d’années et scrutait l’horizon. Elle vit au loin les deux jeunes gens couchés à terre. Juste avant d’arriver à leur hauteur, elle tira les rennes d’un coup sec afin d’arrêter la progression de son véhicule, et descendit de celui-ci. Elle se mit à examiner les corps inconscients assez prudemment, lorsque la main de l’un des deux êtres se mit à bouger. La fille fut prise d’un sursaut de stupeur avant de se calmer.

    La jeune fille blonde qui se trouvait devant elle se leva tout doucement et difficilement, se retint la tête et fit la grimace. La fille aux cheveux bleus continuait à la fixer d’un regard prudent sans prononcer un seul mot. L’inconnue, dont les vêtements étaient parsemés de poussière, continuait à émerger tout doucement. Sa vue était encore trouble, sans doute perturbée par le soleil brillant au zénith. Peu à peu, elle aperçut la jeune femme qui l’observait, et essaya de prononcer quelques paroles :

    - Bonjour, lança-t-elle dans un murmure.

    - Qui êtes-vous ?, demanda doucement la dame.

    - Mon nom est Rin, rétorqua simplement la jeune fille. « Où suis-je ? »

    - Sur la route qui mène au village d’Uchi.

    Cette dernière révélation eut l’effet d’un électrochoc dans l’esprit de Rin. Uchi, mais où était-elle encore tombée ? Elle n’avait encore jamais entendu parler d’un tel endroit. Elle se retint encore la tête entre ses deux mains, et fit les cent pas autour de son frère Len, encore inconscient. Quelques secondes plus tard, elle finit tout de même par poser la question à la personne qui venait de la sauver.

    - Mais, qu’est-ce que c’est, Uchi ?

    La jeune fille aux cheveux bleus, dont le chat venait de descendre de l’embarcation aux deux poneys pour venir se réfugier près de ses jambes, répondit simplement :

    - C’est mon village. Je m’appelle Alys.

    Puis, remarquant la solitude et la détresse dans les yeux de Rin, Alys ne put se résoudre à ne pas proposer son aide.

    - Vous avez l’air d’avoir faim. Venez chez moi, je vous préparerai un petit quelque chose. Et puis, vous avez l’air d’avoir besoin de vous reposer. Ramassez votre compagnon, il semble mal au point aussi.

    Devant tant de gentillesse, Rin ne put rétorquer qu’un simple « Merci ».

    Rin et Alys éprouvèrent quelques difficultés à porter Len pour l’installer à l’arrière de la charrette. Après quelques minutes, les deux filles reprirent leur souffle et se dirigèrent vers le centre du village d’Uchi, situé juste à l’orée de la forêt.
    Sekai - Chapitre 2 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/05/sekai-chapitre-2-deux-inconnus.html
    Spoiler
    Chapitre 2 : Deux inconnus

    La charrette continuait sa progression à travers le chemin de terre sec et tortueux. Les roues du carrosse sommaire provoquaient un nuage de poussière juste derrière lui. Alys et Rin se trouvait à l’avant du véhicule, la jeune fille aux cheveux bleus tenant toujours fermement les rennes de ses deux poneys bien dressés. Len était toujours installé à l’arrière, somnolent, en compagnie de Lupin, le chat d’Alys, qui s’était blotti près de son flanc. Rin, elle, était toujours perdu dans ses pensées, réfléchissant sans arrêt à l’endroit où elle et son frère avaient atterri. Tous deux n’étaient arrivés que depuis quelques dizaines de minutes, et pourtant, elle ressentait au fond de son esprit le sentiment de mal du pays. Elle était loin de la maison, elle en était certaine. Néanmoins, la jeune blonde était bien incapable de mettre un nom sur l’endroit dans lequel elle se trouvait. Alys lui avait bien annoncé qu’elle les emmenait à son domicile, à Uchi, mais Rin pouvait fouiller aussi loin qu’elle le pouvait dans sa mémoire, elle fut dans l’incapacité de se souvenir d’un tel nom de lieu à sa connaissance. Rin perdit son regard au travers de la forêt d’un vert pur qui s’étendait à perte de vue. Elle n’osait pas encore adresser formellement la parole à Alys, craignant la réaction de cette dernière à l’une de ses éventuelles questions.

    Finalement, quelques instants plus tard, c’est bien la conductrice du char qui ouvrit la bouche et annonça qu’ils allaient sous peu arriver en vue du village. Rin s’impatientait de découvrir celui-ci. La forêt qu’elle venait de traverser lui avait laissé une étrange impression, comme si elle avait fait un bond de mille ans en arrière. Il faut dire également que les vêtements portés par Alys n’aidaient en rien. Celle-ci portait en effet un kimono bleu marine, fermé par une ceinture gris foncé. Rin ne se doutait même pas qu’il était encore possible de porter une telle tenue. Cependant, elle n’effectua aucune remarque et tint son silence. Le convoi continuait de progresser à travers le chemin poussiéreux et arriva enfin au sommet d’une colline. De ce promontoire, on pouvait observer la vallée au sein de laquelle se trouvait le village d’Uchi.

    Sa vue provoqua chez Rin un deuxième électrochoc. Pour sûr maintenant, elle se trouvait loin de chez elle. La jeune fille se demandait même si elle n’était pas en train de rêver. En effet, le village était relativement petit, mais surtout, il n’était composé que de quelques maisons en bois, rangées en quartiers bien rectilignes (de leur perchoir, il était aisé d’analyser la structure générale du hameau). Quelques maisons étaient cependant pourvues de toits en tuiles rouges, mais Rin remarqua surtout l’immense tour en briques qui se dressait à l’est du village. A côté de cet édifice se trouvait une grande cour entourée de barbelés.

    Alys emprunta un petit chemin descendant vers la vallée. Len était toujours inconscient au fond de la charrette et n’avait pas pu profiter de la vue. Rin se trouvait toujours en pleine réflexion, encore plus depuis qu’elle avait posé les yeux sur le village. Elle ressentit soudain l’impression d’avoir atterri dans un décor de cinéma. Elle tentait de trouver des explications logiques à ce que les deux frères et sœurs étaient en train de vivre. Alors que le groupe pénétrait dans le village, Rin pouvait réellement s’apercevoir à quel point ce « monde » était éloigné du sien. La modernité de sa ville d’origine aux grands buildings était bien loin et avait fait place à une petite bourgade. Des deux côtés de la rue qu’ils avaient empruntée, Rin prenait le temps d’observer l’allure des autochtones. La plupart portait une tenue semblable à celle d’Alys, même si la couleur différait. Au loin, elle vit des enfants vendre des œufs à la sauvette aux passants, alors qu’ils passaient devant un petit bar où l’on pouvait observer deux hommes d’un certain âge déguster tranquillement une boisson alcoolisée, semblait-il.

    Après quelques minutes de trajet, le groupe s’arrêta devant une maison de taille moyenne, et Alys s’écria simplement :

    - Voilà, bienvenue chez moi !

    La maison était en bois, comme toutes les autres. On pouvait également remarquer une porte glissante qui permettait d’entrer dans l’habitation. Celle-ci était précédée d’un petit escalier de quelques marches, puisque la maison était totalement surélevée.

    Alys invita Rin à entrer, mais celle-ci posa un regard malheureux sur Len, toujours couché à l’arrière du chariot. Les deux filles n’avaient plus qu’à se résoudre à le porter afin de le mener à l’intérieur de la maison et de le laisser se reposer dans une pièce, avant qu’il ne reprenne connaissance.

    Alors qu’elles venaient toutes les deux de poser le jeune homme dans un futon bien douillet, la mère d’Alys fit irruption dans la chambre et lança un timide « bonjour », très peu amical. Alys prit immédiatement la parole face à sa mère, afin de l’informer de la situation :

    - J’ai trouvé ces deux personnes inconscientes sur la route depuis la capitale. Il fallait les aider !, se justifia-t-elle.

    La mère ne prononça pas un seul mot. Alys, quant à elle, lança tout d’abord un regard désapprobateur en direction de sa mère avant de se tourner vers Rin et de s’excuser pour son inhospitalité. Rin répondit d’un signe signifiant que tout cela n’avait que peu d’importance, et qu’elle était déjà reconnaissante envers Alys de les aider, elle et Len. De toute façon, l’adolescente était encore trop souvent plongée dans ses pensées pour s’attarder sur de tels détails. Les deux jeunes filles se dirigèrent ensuite vers la plus grande pièce de la maison. Celle-ci était équipée d’une grande table en son centre, et était également pourvue de plusieurs bibelots. Rien de luxueux cependant, mais suffisamment d’objets pour vivre correctement. Un beau feu de bois s’échappait de la cheminée située au fond de la pièce. La jeune fille à la tresse bleutée informa Rin qu’elle allait lui préparer quelque chose à grignoter, et lui proposa de l’attendre quelques instants et de se détendre un peu. Alys avait bien remarqué le visage de plus en plus paniqué de sa nouvelle amie au fur et à mesure qu’elles progressaient de la rue principale du village, et elle se doutait que celle-ci aurait certainement besoin d’un petit moment de pause afin de reprendre ses esprits. Il serait toujours temps d’engager la conversation pour de bon plus tard.

    Rin restait donc là, à genoux devant la table basse, et continuait à réfléchir. Le silence qui régnait dans la maison (en dehors d’Alys qui faisait la cuisine) était le bienvenu pour faire le point. Alors, où était-elle ? Serait-elle en train de rêver ? Ou était-elle morte ? Plusieurs hypothèses traversèrent son esprit, mais elle ne put pas s’arrêter sur l’une d’entre elles. Elle tenta aussi de se remémorer les instants qui précédaient son arrivée ici : cette lumière bleue, la disparition de son frère… Tout était allé tellement vite qu’elle n’eut même pas le temps de se réjouir d’être encore aux côtés de Len, et que visiblement celui-ci n’était pas mort. Puis vint le temps des questions : que répondre aux éventuelles interrogations qu’Alys pourrait lui poser ? Est-ce que Rin devait jouer la carte de l’honnêteté ou devait-elle coudre une sorte de tissu de mensonges pour se protéger ? Pendant plusieurs minutes, elle continuait à se triturer les méninges, le regard posé sur le gros pot en terre cuite posé à la droite de la cheminée.

    Quelques instants plus tard, Alys revint de la cuisine en apportant un énorme bol de riz garni aux légumes qu’elle déposa sur la table devant la place de Rin. La jeune fille, qui mourait de faim, se lança vers la nourriture en murmurant quelques mots en guise de remerciements. Après avoir avalé quelques bouchées de riz, Rin ralentit le rythme, ce qui permit à Alys de commencer la conversation.

    - Alors, vous venez d’où comme ça ?

    Rin déglutit difficilement à l’évocation de cette question. Sa bienfaitrice attaquait directement par le point sensible, et il lui fallait trouver rapidement une parade pour éviter de lui dire la vérité, car elle voulait finalement à tout prix éviter de lui parler de quelque chose qu’elle-même ne comprenait pas.

    - Euh, je ne sais plus…, répondit timidement et machinalement Rin.

    L’adolescente n’avait pas songé à d’autre éventualité. Elle avait pris l’excuse de l’amnésie, et s’était lancée sur un chemin glissant. D’ailleurs, elle avait un peu honte de cette réponse. Il s’agissait tout de même d’un ressort très éculé. De plus, elle venait de s’embarquer dans un tas de difficultés et n’était même pas certaine qu’Alys allait croire à son histoire. Finalement, elle décidait de continuer dans cette voie, principalement parce que c’était sa seule idée.

    - Malheureusement, je n’ai aucun souvenir d’avant mon malaise. Nous avons dû être attaqués, se justifia-t-elle.

    Alys, gênée par sa question, poussa un léger « Ooh », et ne dit plus rien, se contenant de fixer la table, la tête baissée.

    - Et, où sommes-nous en fait ? demanda Rin.

    Alys regarda Rin et observa la détresse dans ses yeux. Elle remarqua qu’elle allait devoir tout lui expliquer sur son village, son pays, tout. La jeune fille s’éclaircit la voix et commença son discours :

    - Comme je te l’ai déjà dit, nous sommes dans le village d’Uchi. La route sur laquelle je vous ai trouvé tous les deux menait à Kyoû, la capitale de Kuni, la plus grande île de Sekai.

    Rin interrompit son amie d’un geste de la main. Sur deux phrases, elle était parvenue à prononcer trois mots qu’elle ne comprenait aucunement. Kyoû, Kuni, Sekai : tout cela sonnait comme du charabia pour elle. Ce devait être des noms de lieux, mais aucune de ces appellations ne faisait référence à un endroit qu’elle connaissait. Plus le temps passait, plus elle se sentait perdue. La jeune blonde prit un instant pour une nouvelle fois reprendre ses esprits, puis fit un signe en direction d’Alys pour qu’elle continue son explication. Celle-ci préféra toutefois ne pas poursuivre en raison de l’état de son invitée.

    - Ça va ?

    - Oui, oui, on va dire que ça fait beaucoup d’informations d’un coup…, expliqua Rin. « On pourrait aller faire un tour à Kyoû ? J’aurai bien envie de voir à quoi ça ressemble.

    - Ça serait pas mal, je dois y retourner bientôt. Vous pourrez venir avec moi…, proposa Alys.

    - Oh, avec plaisir !

    Cette proposition avait présenté l’avantage de détendre l’atmosphère lourde. Au final, Rin était relativement satisfaite. L’excuse de l’amnésie, bien que très grosse, avait semblé passer, et quelqu’un se proposait en outre de lui faire découvrir ce monde inconnu. Pour l’instant, la préoccupation principale restait encore son frère Len, toujours alité dans la chambre d’à côté. Après le repas, elle partit le rejoindre.

    La chambre à coucher était relativement vide. Elle n’était en effet décoré que des quelques meubles minuscules sur lesquels étaient posées des bougies, éteintes pour l’instant. Le futon sur lequel était installé Len occupait la majeure partie de la pièce. Le jeune homme dormait encore profondément, alors que Rin se mettait à observer la rue extérieure par la fenêtre. Elle y vit la vie suivre son cours : elle observa de nouveau les enfants vendeurs d’œufs qu’elle avait aperçu auparavant, et posa son regard pendant un moment sur un groupe de trois hommes en train de jouer aux cartes sur le parquet en bois situé à l’entrée de la maison d’en face. Une idée saugrenue lui passa par la tête : et si elle se trouvait dans un autre monde, un monde parallèle. Elle avait déjà lu des histoires à ce sujet, mais cela restait de la science-fiction, rien d’autre...

    Soudain, elle entendit un grognement derrière elle. Elle se retourna et vit Len en train de se réveiller. Celui-ci ouvrit tout doucement les yeux et parcourut la pièce du regard. Il semblait quelque peu perdu, et puis vit Rin près de la fenêtre. Il ne put s’empêcher de poser la question évidente :

    - Où sommes-nous ?

    - A Uchi, rétorqua Rin

    - … et c’est où Uchi ?

    - Bonne question !

    Rin laissa encore quelques secondes à son frère pour bien se réveiller. Vu son regard, il ne s’était pas encore rendu compte de la complexité de la situation, mais cela n’allait pas tarder. Il se releva doucement de son futon, et fit quelques pas en direction de la fenêtre où il put avoir un aperçu de la rue en contrebas. Tout à coup, il se retourna sur Rin et lui demanda ce qu’il se passait. Celle-ci ne put apporter comme réponse que :

    - Je ne sais pas, je n’ai aucun souvenir d’après le moment où tu as couru comme un dératé vers la lumière bleue dans le hangar.

    - On aurait donc voyagé, conclut Len. « Mais où est-ce qu’on peut bien être ? »

    - D’après Alys, la fille qui nous a recueillis. Nous sommes à Sekai.

    - Ça ne ressemble à rien que je connais. Mais qu’est-ce que ça veut dire, où est-ce qu’on est ? On est en train de rêver ?, s’interrogea Len.

    - Et nous sommes tous les deux en train de faire le même rêve en même temps… C’est un peu gros, argumenta Rin

    - Alors, on s’est tous les deux retrouvés dans un lieu inconnu.

    Rin ne prit même pas la peine de répondre à cette dernière affirmation. Elle non plus n’avait aucune idée de l’endroit où ils se trouvaient. Elle avait pu tout au plus faire semblant pour éviter de les mettre dans une situation encore plus dramatique. Rin se mit à faire le tour de la pièce sous le regard inquiet de Len, qui s’était rassis sur le lit. Après une légère réflexion, elle annonça :

    - Au point où on en est, autant continuer à faire semblant. J’ai raconté à Alys que nous n’avions aucun souvenir d’avant notre évanouissement. Nous n’avons qu’à continuer comme ça, et nous finirons bien par avoir des informations sur cet endroit.

    - Pas bête, confirma Len. Sinon, il y avait toujours cet homme mort dans l’entrepôt. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à ça ?

    - On ne peut pas faire grand-chose pour l’instant. Quand on sera sorti de ce pétrin, on appellera la police.

    Alors que Len continuait à observer la vie quotidienne des habitants d’Uchi à travers la fenêtre (peut-être espérait-il glaner quelques informations par ce biais ?), Alys fit irruption dans la chambre :

    - Ah, vous êtes réveillé ? Vous allez mieux ? Si vous voulez, je vous ai aussi préparé de quoi manger.

    - Ah, très bien, merci, répliqua Len devant tant de gentillesse.

    Alors que Len prenait son repas, Alys lui posait encore quelques questions sur leur origine, mais elle se heurta à l’ignorance feintée de son interlocuteur. « Ce plan marche deux fois », s’étonna même le jeune blond. Mais il refusa de se plaindre. L’après-midi touchait doucement à sa fin, et Alys laissa ses deux invités se reposer encore un peu dans la chambre adjacente.

    -----------------------------------------------

    La nuit n’allait plus tarder à tomber, mais Alys décida tout de même d’emmener ses deux nouveaux amis dans le centre du village, là où il y avait davantage d’activité. C’était une bonne occasion pour les deux inconnus de découvrir de plus près cet endroit mystérieux dans lequel ils étaient susceptibles de demeurer un bon moment.

    - Vous allez voir, la place du village est très animée à cette heure-ci. Vous pourrez même voir la maison de notre chef !, s’enthousiasma la jeune fille à la tresse.

    - Ça a l’air chouette, ajouta Rin.

    Le groupe empruntait une rue en pente descendante qui menait un peu plus loin dans la vallée, la maison d’Alys étant située sur les sommets du village. En route, Len ne put s’empêcher de lancer la conversation avec son hôte, et commença directement par une question délicate :

    - Et ton père, Alys ? Est-ce qu’on aura l’occasion de le voir

    La jeune fille baissa la tête en signe de tristesse.

    - Malheureusement, il est mort…

    Len fit la grimace, mais ce n’était rien à côté du regard assassin que Rin venait de lancer à son frère. Elle profita du fait que leur nouvelle compagne s’était mise plus en avant de groupe pour le gronder silencieusement. Rin bouscula son frère :

    - Tu n’aurais pas pu te taire ?

    - Comment je pouvais deviner, moi ?

    Rin ne répondit pas et s’approcha d’Alys pour présenter ses excuses. Len suivit à son tour pour faire de même.

    - Excuse-moi… C’était il y a longtemps ?

    A peine cette phrase terminée, Len sentit le choc de la main de Rin sur sa tête. Il n’osa même plus lui adresser un regard. Cependant, Alys lui répondit poliment :

    - Il est mort pendant la Grande Guerre Magique, il y a 15 ans.

    Len observa la réaction de sa sœur, dont le regard désapprobateur d’il y a quelques secondes avait fait place à une expression de surprise. Les deux frères et sœurs avaient-ils bien entendu ? Alys venait-elle réellement de parler d’une « guerre magique » ? Elle leur avait annoncé ça d’une manière si simple et sans arrière-pensée qu’il ne pouvait pas s’agir d’un mensonge. Ce qu’elle disait ne pouvait être que la vérité… Rin et Len laissèrent Alys prendre les devants du groupe, alors qu’ils arrivaient en vue de la place du village. Celle-ci était en effet bien animée. Plusieurs boutiques étaient encore ouvertes, éclairées par les quelques petits feux qui se trouvaient sur le bord de la route. La jeune fille à la tresse bleue proposa à ses deux invités de s’installer en terrasse d’un petit bar. Rin accepta sans hésiter ; cela pouvait être une occasion d’observer la vie des habitants d’Uchi au plus près. Alys laissa les deux adolescents s’attabler, tandis qu’elle partit leur chercher de quoi boire. A ce moment-là, Len ne put s’empêcher d’interpeller sa sœur. Tant qu’Alys étaient encore là, il n’avait pas osé en rajouter :

    - J’ai bien entendu ? Elle a parlé de « grande guerre magique » ? Mais c’est pas possible, se demanda Len.

    - Qu’est-ce que tu veux que je te dise, lui rétorqua Rin. « On n’est bien loin de chez nous, c’est sûr, et la logique de cet endroit m’échappe complètement. »

    - Tu penses qu’on est toujours en train de rêver ?

    - C’est trop précis pour être un rêve… Et puis, on ne dormait pas quand tu t’es mis à te lancer vers la lumière bleue dans l’entrepôt…

    - Tu veux dire qu’on a voyagé, en conclut donc Len.

    - Ben, si on part du principe que l’appareil du hangar était une sorte de téléporteur (si on va très loin), on aurait peut-être voyagé ailleurs. Le problème, c’est qu’on ne reconnait rien ici. C’est comme si on se trouvait dans un autre monde.

    - Un autre monde, n’importe quoi !

    - Tu as une meilleure hypothèse, peut-être ? lui demanda Rin

    - Je dois bien t’avouer que non…

    Ils furent interrompus par le retour d’Alys qui leur avait rapporté deux verres de jus, estimant sans doute qu’ils n’avaient pas encore l’âge de boire de l’alcool. Rin et Len ne bronchèrent pas et acceptèrent cette gentille attention avec le sourire. Alors que tous les trois dégustèrent leur boisson, les deux blonds en profitèrent pour jeter un coup d’œil sur la place d’Uchi. Celle-ci était dominée par un énorme bâtiment en briques rouges (celui-ci même que Rin avait remarqué en arrivant), qui selon Alys, constituait la demeure du chef du village, Oji. Devant leur nouvelle interrogation, la jeune femme expliqua à ses deux compères que le rôle de chef de village était très important dans le pays de Kuni. Ils s’occupaient non seulement des affaires de leur village, mais avaient aussi une place au Conseil des Sages, qui prenait les décisions importantes sur l’avenir de l’île, en discussion avec la Reine Luka. Len posa ensuite les yeux sur le terrain sablonneux, situé à la droite de l’habitation du chef Oji. On pouvait observer au fond de celui-ci ce qui pouvait s’apparenter à un centre d’entraînement pour archers. C’est en tout cas ce que Len en déduisit en observant les quatre cibles situées au loin. A côté de ce terrain se trouvait un autre édifice imposant, en bois cette fois. Il demanda donc à son guide (Alys avait en effet peu à peu acquis cette fonction) ce qui pouvait bien se passer dans cet endroit. En fait, ce bâtiment abritait la garde d’Uchi, chargée de maintenir l’ordre dans le village. Cela servait également de terrain d’entraînement, c’était donc pour cela que Len avait remarqué les cibles pour les archers. La soirée continua ensuite dans le plus grand calme, ponctué cependant par les interventions des quelques artistes qui animaient la place du village, et que Rin et Len appréciaient grandement.

    La nuit était tombée depuis quelques dizaines de minutes lorsqu’une énorme détonation se fit entendre depuis la tour de la demeure du chef Oji. Tous les passants situés sur la place du village se figèrent tous sans exception à cet instant, les yeux rivés vers le donjon. Ils virent par la suite un corps tomber lourdement sur le sol argileux et découvrirent avec stupeur que leur chef venait d’être très sauvagement assassiné.

    ----------------------------------------------------------

    Alors qu’une partie de la population avait pris peur et s’était rapidement échappé de la place, quelques citoyens s’étaient rassemblés et observaient en pleurs la dépouille de leur bien-aimé chef. Rin, Len et Alys étaient également restés là. Cette dernière paraissait même extrêmement choquée par ce qui venait de se passer (c’était compréhensible), ce qui poussa Rin à aller la consoler. Len, de son côté, observa de près et silencieusement le cadavre du chef et remarqua l’impact de balle qu’il avait reçu en pleine tête. Il n’avait pu être tué que par une arme à feu.

    Peu après, une jeune fille aux cheveux bleu clair accompagnée par ses deux lieutenants, un homme et une femme, ainsi que par ce qui devait constituer une bonne partie de la police d’Uchi, arriva à hauteur du groupuscule qui s’était formé autour du chef décédé. La jeune fille qui semblait mener le groupe de représentants de l’ordre portait de longs cheveux séparés par deux longues couettes bleues. Elle portait un kimono qui paraissait de bien meilleure qualité que ceux que Rin et Len avaient vus jusqu’à présent, mais les deux adolescents remarquèrent surtout le grand katana posé dans son fourreau qui trimballait sur le flanc gauche de la demoiselle. Alors que Len avait toujours les yeux rivés sur l’impressionnante arme blanche, Rin demanda à Alys si elle connaissait cette personne :

    - Bien sûr !, répondit-elle « C’est Miku, la patronne de la garde royale. Tout le monde la connait ici. »

    La prestance naturelle de Miku, ainsi que sa célébrité, lui avaient en effet permis de faire disperser très rapidement le groupe de citoyens présents autour du chef. Seuls restaient donc les forces de l’ordre, dont Miku et ses deux lieutenants, ainsi qu’Alys, Rin et Len, qui n’étaient pas encore partis.

    Miku observa la dépouille de Monsieur Oji et semblait désemparée par la plaie béante sur sa tête. Interpellé par l’expression de son visage, Len s’exprima :

    - Mais c’est évident qu’il a été tué par balle !

    Miku tourna rapidement la tête vers son interlocuteur, et lui adressa une mine sévère :

    - Tué par quoi, tu dis ?

    Len prit quelques secondes de silence et reprit son calme.

    - Ben, ça se voit, non ? On lui a tiré dessus ! On voit même l’impact de la balle sur son crâne…

    - Tu veux dire que tu sais comment on l’a tué ?

    - Oui !

    - Dans ce cas, tu pourrais me suivre ?, lui exhorta Miku

    Len resta prostré à sa place, ne sachant plus prononcer un seul mot. Il n’allait pas être considéré comme un suspect, tout de même, alors qu’il avait juste remarqué une évidence ? Devant le silence de Len, Miku se décida à demander à ses deux lieutenants :

    - Gumi, Yuma, vous pourriez l’accompagner jusqu’à la caserne d’Uchi ? J’aurai besoin de lui poser quelques questions…

    Les deux subalternes s’exécutèrent. Len ne savait pas comment réagir, et décida finalement de se laisser prendre en charge par les deux gardes. Tout le contraire de Rin, qui s’élança vers eux en les sommant de ne pas arrêter son frère qui n’avait strictement rien à voir avec cette affaire. Elle fut cependant rapidement remise à l’ordre par la garde qui accompagnait Miku, chaque membre étant armé d’un katana de taille moyenne.

    Rin n’eut donc d’autre choix que de laisser partir son frère vers la caserne. Elle se retourna ensuite vers Alys :

    - Qu’est-ce qu’on peut faire ? On ne peut pas les laisser l’emmener !

    - Il vaut mieux rester calme, confia Alys. « Peut-être serait-il préférable de les suivre de loin jusqu’à la caserne. Apparemment, Miku veut juste lui poser des questions…

    - Mais pourquoi ? demanda Rin.

    - Il a bien dit qu’il savait comment on avait tué Monsieur Oji ?

    - Ben oui, tu n’as pas vu la blessure sur sa tête. On lui a tiré dessus, ce n’est pas difficile à comprendre.

    - Justement, on n’a jamais vu ça ici. C’est impossible de faire ça avec une épée ou un sabre…, informa Alys.

    - Tu veux dire que vous ne connaissez pas les armes à feu ?, en conclut Rin.

    - Les quoi ?

    Cette dernière réponse éclaira l’esprit de la jeune blonde. Visiblement, personne ne connaissait les pistolets, les revolvers et autres armes à feu dans l’endroit où son frère et elle avaient atterri. Par conséquent, il n’était pas étonnant que Len se soit fait arrêter s’il était en possession d’une quelconque information. Et comme il n’arrive jamais à se taire…

    Alys et Rin se décidèrent donc de suivre de loin le convoi qui emmenait Len vers le bâtiment d’entrainement de la garde, et d’attendre de voir comment la situation évoluerait.
    Sekai - Chapitre 3 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/05/sekai-chapitre-3-confessions-et-decisions.html
    Sekai - Chapitre 4 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/06/sekai-chapitre-4-la-tour.html
    Sekai - Chapitre 5 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/07/sekai-chapitre-5-kyou.html
    Sekai - Chapitre 6 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/07/sekai-chapitre-6-the-raising-fighting-spirit.html
    Sekai - Chapitre 7 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/08/sekai-chapitre-7-genshine-kyuu-et-roku.html
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    Sekai - Chapitre 14 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/12/sekai-chapitre-14-la-porte-vers-l-autre-monde.html
    Sekai - Chapitre 15 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/01/sekai-chapitre-15-the-servant-of-evil.html
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    Sekai - Chapitre 17 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/04/sekai-chapitre-17-un-litre-de-larmes.html
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    Sekai - Chapitre 19 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/06/sekai-chapitre-19-love-is-war.html
    Sekai - Chapitre 20 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/07/sekai-chapitre-20-espoir.html
    Sekai - Chapitre 21 : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/07/sekai-chapitre-21-jumeaux.html




    Bonus : Sekai Chronicles
    Série de bonus racontant le passé des personnages dans le même univers.

    Bonus #1 : Alys :http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/01/sekai-chronicles-1-alys.html
    Bonus #2 : Genshine Kyuu et Roku (1ère partie) :http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/03/sekai-chronicles-2-genshine-kyuu-et-roku-1ere-partie.html
    Bonus #3 : Genshine Kyuu et Roku (2ère partie) :http://jyoka-ryu.over-blog.com/2017/03/sekai-chronicles-3-genshine-kyuu-et-roku-2eme-partie.html


    Le guide des personnages (avec Spoilers) : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/07/sekai-guide-des-personnages-spoilers.html
    La carte du monde : http://jyoka-ryu.over-blog.com/2016/09/bonus-la-carte-de-sekai.html
    « Modifié: 22 juillet 2017, 11:22:32 par Jyôka Ryu »

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #1 le: 15 mai 2016, 13:21:32 »
    Salut! Au lien de mettre des liens pourrais-tu tout simplement faire copier coller et sous spoilers? Merci pour la commu' des mobiles pourris!

    sinon sache que le nombre de gens qui viennent lire sont vraiment peu x'D quand tu aura remi sous spoilers ta fan'fic' je te donnerai mon avis franc et directe et si je te suivrai ou pas.
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #2 le: 15 mai 2016, 13:43:23 »
    Salut !

    Voilà, j'ai mis les deux chapitres sous des balises spoiler... Je craignais que ça soit un peu long du coup, et pas très facile à lire, je n'avais pas pensé aux mobiles  :-\

    Citer
    sinon sache que le nombre de gens qui viennent lire sont vraiment peu x'D quand tu aura remi sous spoilers ta fan'fic' je te donnerai mon avis franc et directe et si je te suivrai ou pas.

    Oh, je fais ça par plaisir, donc s'il y a peu des gens qui viennent lire, ce n'est pas bien grave... Je me disais que ça valait peut-être le coup de poser la fic là, plutôt que de la laisser sur mon pc...

    Thanks  ;)

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #3 le: 15 mai 2016, 15:03:20 »
    J'aime beaucoup les détails du debout meme si je trouve quelque chose de flou car j'ai du mal a rentré dans ton univers. (meme si j'ai connu une autre fanfic qui commençait pareil avec l'histoire d'un mec qui se retrouve accuser et tout, amnésique avec des voix qui parle dans un univers vocaloid et heroic fantasy, dommage que l'auteur s'est déserté et qu'il a effacé ses traces sur le forum)

    ça me fait egalement penser à pleins d'autre fanfic' non vocaloidienne.

    Le petit clin d'oeil avec Alys m'a fait énormément plaisir x)

    mais je t'avoue que peut etre que je ne suivrai pas plus que ça :/
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #4 le: 15 mai 2016, 15:17:10 »
    C'est pas mal du tout ! En fait, tu écris vraiment bien, tu es bien plus doué pour faire des descriptions que moi. Il y a beaucoup de vocabulaire aussi, tu as un bon français.
    Concernant l'histoire (en spoiler pour les gens qui n'ont pas encore lu):

    Spoiler
    Déjà, avec Rin et Len en personnages principaux, et ALYS, tu avais de fortes chances que j'accroche. Et j'ai bien accroché :p
    Il y a juste un passage que j'aurais quelque chose à redire, c'est au réveil de Rin. C'est à peine si elle jette un coup d'oeil à son frère, alors que je crois que vu l'inquiétude qu'elle a eu pour lui juste avant, la première chose qu'elle aurait fait aurait été de s'assurer qu'il allait bien.
    Sinon il se passe déjà pas mal de choses. Il y a des morts, on découvre un nouveau monde... Rin et Len sont fort déboussolés, mais ça ira mieux après x)
    Il y a déjà quelques Vocaloids aussi. J'ai été surprise par "La Reine Luka", elle est reine dans ma fiction aussi XD

    Voilà, tu as au moins une lectrice de sûr, j'ai hâte de lire la suite ^^
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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #5 le: 17 mai 2016, 16:32:10 »
    J'aime beaucoup les détails du debout meme si je trouve quelque chose de flou car j'ai du mal a rentré dans ton univers. (meme si j'ai connu une autre fanfic qui commençait pareil avec l'histoire d'un mec qui se retrouve accuser et tout, amnésique avec des voix qui parle dans un univers vocaloid et heroic fantasy, dommage que l'auteur s'est déserté et qu'il a effacé ses traces sur le forum)

    ça me fait egalement penser à pleins d'autre fanfic' non vocaloidienne.

    Le petit clin d'oeil avec Alys m'a fait énormément plaisir x)

    mais je t'avoue que peut etre que je ne suivrai pas plus que ça :/

    Pas grave, merci pour ton avis déjà  ;)

    C'est pas mal du tout ! En fait, tu écris vraiment bien, tu es bien plus doué pour faire des descriptions que moi. Il y a beaucoup de vocabulaire aussi, tu as un bon français.
    Concernant l'histoire (en spoiler pour les gens qui n'ont pas encore lu):

    Spoiler
    Déjà, avec Rin et Len en personnages principaux, et ALYS, tu avais de fortes chances que j'accroche. Et j'ai bien accroché :p
    Il y a juste un passage que j'aurais quelque chose à redire, c'est au réveil de Rin. C'est à peine si elle jette un coup d'oeil à son frère, alors que je crois que vu l'inquiétude qu'elle a eu pour lui juste avant, la première chose qu'elle aurait fait aurait été de s'assurer qu'il allait bien.
    Sinon il se passe déjà pas mal de choses. Il y a des morts, on découvre un nouveau monde... Rin et Len sont fort déboussolés, mais ça ira mieux après x)
    Il y a déjà quelques Vocaloids aussi. J'ai été surprise par "La Reine Luka", elle est reine dans ma fiction aussi XD

    Voilà, tu as au moins une lectrice de sûr, j'ai hâte de lire la suite ^^

    Merci  ;D ;D
    J'ai commencé à écrire le chapitre 3, mais je ne sais pas encore quand je l'aurai terminé (puisqu'en plus, il risque d'être plus long que le deuxième, vu comment je suis déjà démarré...  :-X

    En tout cas, j'essaierai de prendre toutes les remarques en compte pour la suite^^

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #6 le: 03 juin 2016, 20:49:25 »
    Bonjour !

    Juste pour signaler que j'ai posté le chapitre 3 (je dis, vive les week-ends et jours de congés  ;D )

    Il a été posté sur le blog, le lien est sur le premier post du sujet^^ et ci-dessous sous balises spoiler pour ceux qui veulent (je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à le mettre sur le premier post...)

    Spoiler
    Chapitre 3 : Confessions et décisions
    Le convoi de gardes qui escortaient Len quittait lentement la place du village. Le jeune garçon blond était entouré par les deux personnes de confiance de Miku, ses lieutenants Gumi et Yuma, celle-ci préférant prendre la tête du cortège. Len ne pipa mot pour ne pas aggraver sa situation. Pourtant, il ne savait toujours pas sur quel pied danser. Était-il considéré comme un suspect ou allait-il être entendu comme simple témoin ? Vu la pression qui lui était mise, il penchait davantage pour la première option. Gumi et Yuma ne le lâchaient pas d’une semelle, leurs mains droites respectives posées continuellement sur le pommeau de leur sabre. Len prit le temps de les analyser de fonte en comble. Gumi portait une tenue militaire légère, un peu dans le genre de celle de Miku même si elle était de moindre qualité. Une longue robe orange et blanche s’arrêtait juste à ses chevilles, de sorte à ne pas la gêner durant ses manœuvres de combat, sans doute. Yuma était vêtu d’une armure en cuir noire, bordée de quelques teintes de blanc. Tous quittèrent la place par l’est pour rejoindre la caserne située quelques dizaines de mètres plus loin.

    Rin et Alys patientaient un moment. Elles avaient décidé de suivre le mouvement de loin (un peu sous l’impulsion d’Alys, il est vrai, qui avait dû calmer sa nouvelle amie).

    - Ils vont certainement l’emmener à la caserne, déclara Alys. « La meilleure chose à faire à de l’attendre près de cet endroit ».

    Rin éprouvait quelques difficultés à être d’accord avec la jeune fille aux cheveux bleus, mais elle dût se rendre à l’évidence : il s’agissait certainement de la meilleure solution, et mieux valait ne pas se faire remarquer davantage. Néanmoins, elle ne pouvait pas s’empêcher de se faire du souci pour son frère. Tous deux se trouvaient déjà dans une situation compliquée, et voilà que Len venait de se faire arrêter par la commandante de la garde royale, ni plus ni moins. Alors que l’escorte de Len prenait de plus en plus ses distances, les deux filles se mirent en marche vers le terrain d’entraînement de la police. Elles n’avaient pas réellement de plan ; tout au plus pensaient-elles attendre là un moment et voir comment tout évoluerait.

    Miku et son groupe arrivèrent quelques minutes plus tard devant le bâtiment principal de la caserne. Celui-ci était entièrement construit en bois, de très bonne qualité cependant, et se révélait relativement immense une fois que l’on se tenait à côté. La commandante ouvrit la lourde porte en métal qui marquait l’entrée et ordonna à tous les gardes de retourner à leurs postes, exception faite de Yuma et Gumi qui pénétrèrent dans l’enceinte de la caserne avec elle, Len étant toujours mis aux arrêts. Tous les quatre parcouraient le long couloir central de l’édifice, alors que leurs pas résonnaient sur le parquet. Ils passèrent ainsi entre autres devant une salle d’armes, les dortoirs et ce qui semblait être une cantine avant de rejoindre la salle du fond. Miku ouvrit doucement la porte et s’installa sur le bureau, tandis que Gumi et Yuma ligotaient Len sur la chaise située juste en face. Puis, Miku demanda à ses lieutenants de quitter la salle :

    - Gumi, tu peux aller voir la fin de l’entraînement de la garde, si tu veux… Yuma, tu peux rester devant cette porte, s’il te plait ? demanda-t-elle en montrant le point d’entrée à la pièce.

    Les deux soldats suivirent les ordres, et Yuma se posta juste derrière la porte en bois qu’il referma en ressortant. Il ne restait donc plus que Miku et Len dans une pièce assez petite, composée d’un bureau en son centre (celui-ci était rempli de divers papiers rangés de manière assez chaotique). Quelques cartes ornaient également les murs peints d’une couleur sombre.

    - Ah, ce bureau est vraiment minuscule, je préfère largement le mien à Kyôu, au moins il y a plus de place…

    Len, qui, après cette réplique, avait compris que Miku ne se trouvait à Uchi que pour une unique mission, était toujours attaché à une petite chaise lorsque sa geôlière entama l’interrogatoire.

    - Bon… Autant être directe, tu sais comment Oji a été tué ?

    Len fut surpris par l’aisance avec laquelle Miku avait abordé le sujet. Il pensait qu’elle allait lui poser quelques questions générales avant de passer aux choses sérieuses, mais, visiblement, elle n’avait pas de temps à perdre. Il garda le silence quelques instants, puis répondit :

    - Oui… Je pense qu’il a été tué par arme à feu, vu sa blessure…

    Len se retrouva soudain face au faciès interloqué de Miku, et allait se rendre compte du problème, celui-là même que Rin avait remarqué quelques instants auparavant.

    - Qu’est-ce que c’est une arme à feu ?, s’interrogea-t-elle.

    L’adolescent en vint donc à la même conclusion que sa sœur. Visiblement, personne dans ce monde ne connaissait les pistolets ou les revolvers. Ils ne se battaient qu’avec des armes blanches, comme les sabres. Len comprit peu à peu que son discours près de la tour du chef l’avait mis dans cette situation. Directement, il sentit qu’il s’était lancé lui-même dans un engrenage délicat. Il pouvait toujours jouer le coup de l’amnésie (cela avait bien marché avec Alys), mais, cette fois, il était bien moins certain que cela fonctionnerait. Au final, il ne disposait que de peu de choix, et finit par attendre la prochaine question de Miku.

    - Pourquoi tu ne veux pas répondre ? Qu’est-ce que tu sais ?

    - Rien d’autre que ce que je n’ai déjà dit, répliqua Len.

    Miku marqua une pause. Elle devait de toute évidence changer de stratégie afin d’obtenir des réponses de son prisonnier.

    - Tu sais, je ne te soupçonne pas. J’ai bien remarqué que tu étais à l’extérieur de la tour quand le chef est mort. C’est juste ta réponse de tout à l’heure qui m’a décidée à t’emmener ici…

    Len fut finalement rassuré, un peu tout du moins. De toute évidence, il n’était pas suspecté, mais il se doutait bien que Miku ne lui faisait pas totalement confiance. Il devait rapidement trouver une réponse cohérente à lui fournir, même si celle-ci omettait quelque peu la vérité.

    - J’ai un peu perdu la mémoire. Ma sœur et moi avons été agressés sur la route qui menait au village, et nous avons été recueillis par Alys, la fille à la tresse que vous avez vue.

    Miku considéra Len un moment. Amnésique, tu parles ! Elle savait pertinemment que le garçon lui cachait quelque chose. Malgré son jeune âge, la jeune fille aux couettes bleues possédait déjà assez d'expérience pour déceler les mensonges. Elle en avait déjà suffisamment vécu dans sa courte vie. Pourtant, elle ne releva pas l'affirmation de son prisonnier, préférant rester silencieuse. Elle ne pouvait pas le faire parler en le torturant, il était un témoin bien trop précieux. Miku sortit de la pièce, toujours sans prononcer un seul mot, et partit rejoindre Yuma dans le couloir.

    - - ---------------------- - -

    Pendant ce temps, Rin et Alys attendaient le dénouement de l'interrogatoire de Len à l'extérieur. Elles avaient tout d'abord patienté devant l'immense porte d'entrée de la caserne, puis s’étaient éloignés de quelques dizaines de mètres pour observer le terrain d'entraînement des unités de la garde d'Uchi. Ils devaient s'agir là de leur dernière session de la journée, vu l'heure déjà tardive.

    La cour comportait différentes cibles pour les archers, ainsi que des zones de combat pour les sabreurs. Les katanas et les arcs à flèche constituaient en effet les armes les plus importantes dans tout Sekai. Toutes les gardes devaient donc suivre un entraînement rigoureux au maniement de celles-ci.

    Les deux filles observaient donc de loin, accroupies, les hommes répétant leurs mouvements de combat. Elles virent également quelques archers tentant de décocher quelques flèches. Quelques minutes plus tard, elles aperçurent un visage relativement familier : l'acolyte aux cheveux verts de Miku, Gumi, était venue superviser l'entraînement des troupes. Celui qui semblait être le chef interrompit alors ses hommes, et leur présenta leur invitée. Il leur affirma qu'ils disposaient ici d'une énorme chance de pouvoir profiter des conseils d'une combattante aguerrie. Elle était finalement la numéro deux de la garde royale, la plus prestigieuse du pays de Kuni, chargée personnellement de la protection de la Reine Luka.

    Soudain, un homme de la garde se détacha du groupe bien rangé, et vint se tenir devant Gumi :

    - J'aimerais bien voir de quoi vous êtes capable, Madame !

    L'homme venait de la provoquer en duel, devant ses coéquipiers médusés. Gumi ne bougea pas d'un cil et observa le garde, qui pourtant n'avait pas l'air bien différent des autres. Il portait en effet le même uniforme brun, et était armé du même type de sabre que ses congénères. Rien ne le prédisposait à s'avancer comme tel, et à être aussi irrespectueux. Le guerrier était pourtant relativement grand, environ un mètre quatre-vingt-cinq, ce qui contrastait avec le mètre soixante de Gumi. Cependant, celle-ci ne détacha pas son regard de celui qui l'avait défié, et répondit, alors que le chef de la garde s'inclina comme pour présenter ses excuses :

    - Bonne idée… Ça me permettra de me dégourdir les jambes un peu !

    Les deux duellistes se déplacèrent donc vers la zone de combat centrale de la cour. L'homme prit une allure rapide, mais fut toutefois rattrapé par son supérieur, qui lui demandait une nouvelle fois de renoncer à cette folie, et de s'excuser. Il ne fallait en aucun cas manquer de respect à une personne si importante. Gumi, quant à elle, rejoignait sa place à une allure lente. Elle ne paraissait pas tendue, mais son regard trahissait une certaine concentration. Elle prenait toujours ses combats au sérieux, qu'il s'agisse d'un simple entraînement ou d'une mission cruciale. Contre son gré, le patron de la troupe dût faire office d'arbitre pour ce combat, et espérait que celui-ci ne se finisse pas trop mal. Il faisait partie des seuls ici à avoir déjà vu la fille au sabre en plein combat, et savait parfaitement de quoi elle était capable. Et cela n'allait pas calmer ses inquiétudes. Les deux combattants se situaient de part et d’autre du terrain de combat quand le chef donna le signal de départ.

    L'homme dégaina donc immédiatement son sabre et se lança à une vitesse vertigineuse vers son opposante. Gumi n'avait pas encore défait son sabre de son fourreau, et effectua quelques pas en ligne droite. Arrivée à hauteur de son adversaire, elle vit celui-ci lever son katana dans le but de lui asséner un coup sur la tête de haut en bas. Gumi surprit alors tout l’auditoire en effectuant un pas sur la gauche avec une rapidité déconcertante. Cette manœuvre lui avait permis d’astucieusement esquiver le coup. Le combattant était alors déséquilibré par le coup puissant qu’il venait de tenter (il devait certainement penser qu’il ne disposerait que d’un seul essai afin de battre la lieutenante, et avait donc tout donné dans cette prise, de peur de devoir s’engager dans un combat trop long). La fille aux cheveux verts profita de ce moment de répit pour enfin dégainer son arme. Elle tourna sur elle-même de façon à faire face à son adversaire et lui asséna directement un coup dans le dos. L’homme blessé se retrouva donc genoux au sol. Une plaie béante commençait également à se former au milieu du dos ; les traces rouge écarlate qui tapissaient son vêtement de service pouvaient en attester. Après quelques secondes de souffrance, celui-ci s’effondra ventre au sol, devant ses coéquipiers et spectateurs médusés. Gumi essuya alors lentement le sang qui s’écoulait de la lame de son épée à l’aide de l’uniforme de son adversaire, puis rangea son arme.

    L’arbitre de la courte rencontre ne pouvait prononcer un seul mot, et attendait une réaction de la lieutenante. Celle-ci garda son calme, et se dirigea vers son auditoire :

    - Il faudrait l’emmener à l’infirmerie. Je n’ai pas touché de points vitaux, il devrait s’en sortir mais il faudra rapidement le soigner… En attendant, quelqu’un d’autre veut essayer ?

    Elle se heurta à un silence absolu. Le chef de cohorte s’approcha alors doucement vers elle, et lui présenta une nouvelle fois ses excuses pour le comportement outrancier de son soldat. D’autres gardes s’étaient empressés de ramasser le corps de leur collègue inconscient et se dirigèrent directement vers l’infirmerie. Gumi n’effectua aucune remarque et retourna à l’entrée du camp d’entraînement.

    De loin, Rin et Alys avaient attentivement observé la scène. Comme tous les soldats, elles avaient été impressionnées par la dextérité de la jeune fille, mais également par son comportement impassible. Les membres de la garde royale étaient-ils tous de tels combattants ? Rin éprouvait même quelques difficultés devant un tel spectacle, et détourna les yeux plusieurs fois. Même si elle avait vécu auparavant des conditions difficiles, elle ne s’était jamais retrouvée confrontée à un tel combat. Alys, par contre, ne laissa rien transparaître, comme si elle avait déjà vécu pareille expérience. Cette absence de réaction réveilla en outre la curiosité de Rin. Sa nouvelle amie avait certainement vécu quelque chose de dur dont elle n’avait pas encore parlé. C’était la seule explication que la blonde pouvait apporter. Elle ne voulut toutefois pas encore lui demander directement, et garda cela en tête pour plus tard. Sans doute encore sur l’effet de la scène dont elles venaient d’être témoin, les deux filles demeurèrent au même endroit durant quelques minutes, toujours bien cachées. Puis, voyant que l’entraînement avait pris fin (les soldats commençaient à se mettre en rang avant de rentrer dans leurs dortoirs respectifs), Alys tentait déjà de trouver une porte d’accès à l’intérieur du bâtiment. Rin et elle ne pouvait agir qu’une fois la cour totalement vide, mais il fallait rester vigilant (particulièrement face à Gumi), et préparer un plan d’action. Alys et plus particulièrement Rin ne voulaient pas laisser Len entre les mains de la garde royale, surtout après ce à quoi elles venaient d’assister. Malheureusement, Rin dût s’en remettre quasiment exclusivement à Alys, car elle seule connaissait bien le coin, et était à même de trouver la meilleure manière de pénétrer dans la caserne.

    Quelques minutes après que tous les soldats soient rentrés, Alys et Rin se décidèrent à sortir de leur cache et se faufilèrent discrètement dans la cour. Elles arrivèrent tout d’abord à la porte menant aux dortoirs, mais celle-ci était bien évidemment fermée.

    - Tu as un plan ? demanda Rin.

    - Là-haut, tu vois cette fenêtre ? Je pense que c’est notre meilleure chance d’entrer là-dedans, répondit Alys.

    - Et comment on fait pour arriver jusque-là ?

    - On peut essayer de grimper sur le toit du préau de la cour, et puis de se frayer un chemin jusqu’à la fenêtre…

    - Mais elle pourrait être fermée aussi, souligna justement Rin.

    - Pour l’instant, je n’ai pas d’autre solution, rétorqua Alys. « On n’entre pas dans une caserne comme ça, même dans un village ! ».

    La conversation entre les deux filles fut soudainement interrompue par le bruit aigu d’une lame. Surprises par le bruit, les deux amies se retournèrent et firent face à Gumi, qui se tenait devant elles le sourire aux lèvres.

    - Tiens, comme on se retrouve, plaisanta Gumi, qui tenait en joug Rin et Alys.

    Les deux jeunes gardaient le silence.

    - Je suppose que vous êtes venus pour récupérer le prisonnier. Ne vous inquiétez pas, vous allez vite le rejoindre.

    Elle exhorta ensuite ses deux prisonnières à avancer et à se diriger vers l’entrée principale de la caserne. Le trio entra donc dans l’édifice, et emprunta le même couloir que Len avait parcouru quelques dizaines de minutes plus tôt. Gumi fermait toujours la marche, son sabre bien levé devant elle. Peu après, le groupe arriva en vue de Miku et Yuma, qui étaient en train de discuter au bout du couloir, devant la porte de la pièce où était enfermé Len. La patronne demanda à Gumi de stationner ses deux nouveaux prisonniers dans une pièce adjacente, et puis de revenir pour prendre part à la conversation, afin la commandante dévoile son plan à ses deux lieutenants.

    - -------------------------------- -

    Gumi avait donc emprisonné les deux prisonnières dans une chambre sommaire, qui se situait à la gauche du couloir principal. Elle vint ensuite rejoindre ses deux compagnons. Miku, qui avait déjà commencé à étendre son plan à Yuma, fit un petit résumé à son autre lieutenant :

    - Voilà, je crois que nous devons demander à Len, le prisonnier, de nous accompagner et de s’engager dans la garde royale, lâcha-t-elle.

    Gumi exprima sa surprise par le biais d’une vilaine grimace :

    - Mais, vous êtes certaine de votre choix ? On ne sait même pas d’où il vient… D’ailleurs, on ne sait rien de lui. Comment il a su pour le meurtre ?

    - Je ne sais pas, et c’est bien pour ça que je veux le garder près de nous… Pour le surveiller… Et puis, j’ai comme l’impression qu’il pourra nous être utile, approuva Miku. «Tu as vu comment il a réagi face au corps. Je pense qu’il sait quelque chose, et je compte bien découvrir ce que c’est… »

    Après avoir mis un terme aux protestations de Gumi, Miku continua son explication :

    - Je veux que toi, Yuma, tu t’occupes de son entraînement et que tu deviennes son maître de sabre. S’il vient avec nous, il devra pouvoir se battre. Ça nous permettra aussi de garder facilement un œil sur lui. Je ne pense pas qu’il ait tué Oji, mais il sait quelque chose, j’en suis certaine… C’est pourquoi je veux que tu viennes me signaler tous ses faits et gestes. On en peut en aucun cas le lâcher. Et à part vous deux, j’ai bien peur de ne pouvoir faire confiance à personne.

    Yuma marqua son accord d’un signe de tête. Gumi n’approuvait pas forcément les idées de Miku sur ce point, mais obéit aux ordres. La commandante retourna alors calmement dans le bureau où Len était toujours ligoté, pour lui faire part de son plan.

    Elle s’assit doucement sur la chaise située juste derrière le bureau et fixa Len quelques instants avant de commencer son explication :

    - Voilà, j’ai une proposition à te faire…

    Le jeune blond fut surpris par cette première phrase. Vu la manière dont on l’avait emmené jusque ici, et la façon dont il avait été traité, il s’attendait plus à se retrouver en prison, voire pire. Toutefois, il laissa Miku continuer sans dire un mot.

    - Je veux que tu nous rejoignes dans notre enquête, que tu nous aides. En gros, je te propose d’entrer dans la garde royale.

    Len aurait bien éclaté de rire s’il ne s’était pas retrouvé dans une situation si délicate. Mais que pouvait bien manigancer cette fille pour lui proposer une idée aussi saugrenue ? A cet instant, il ne put s’empêcher de réagir.

    - Vous me demandez d’entrer à votre service, juste après m’avoir arrêté ? Mais je n’y connais rien moi, à toutes ces histoires de combat ! En quoi je pourrai vous aider ?

    Puis, Len posa une question, même s’il avait déjà une petite idée de la réponse :

    - Et, qu’est-ce qui m’arrive si je refuse ?

    La jeune fille aux couettes bleues répondit à toutes ses interrogations en même temps, sous forme d’un petit exposé. Finalement, mieux valait lui expliquer toute la situation directement :

    - Le meurtre auquel tu as assisté tout à l’heure… En fait, c’est le troisième du genre en quelques semaines à Kuni. Deux autres chefs de village ont déjà été assassinés, de la même manière. Jusqu’à maintenant, nous n’avions trouvé aucun indice, que ce soit sur le tueur, ou sur son mode opératoire. Et voilà que toi, un inconnu qui passait par là, parvient à nous fournir une explication sur ces meurtres, même si cela reste un mystère pour moi. Gumi, Yuma et moi avions été envoyés ici pour cette enquête, et je pense que tu peux nous aider, parce que tu sais comment ces trois personnes sont mortes.

    Puis, elle poursuivit, comme pour finir de le convaincre :

    - De toute façon, c’est ça ou la prison. Je peux t’envoyer croupir dans les geôles d’un simple geste de la main.

    D’habitude, Miku n’était pas aussi directe. Mais elle voulait enrôler Len à un tel point, persuadée qu’elle finirait par découvrir ce qu’il cachait, qu’elle fit fi des bonnes manières et privilégia l’efficacité. Il ne fallait absolument pas perdre ce garçon de vue, puisqu’il représentait le seul semblant de piste dont elle disposait jusqu’à maintenant.

    Len était pris au piège. Au final, il n’avait pas vraiment le choix et devait accepter la proposition de Miku. Il lui demanda pourtant quelques secondes pour réfléchir, et demanda à voir sa sœur pour lui en parler.

    - Ça tombe bien ! Ta sœur et son amie sont justement dans la pièce d’à côté, annonça Miku. « Je peux t’emmener les voir tout de suite ».

    La jeune femme défit alors les liens qui attachaient Len à sa chaise. Celui-ci put alors s’étirer quelque peu, assez satisfait de pouvoir bouger après tout ce temps. Il fut ensuite accompagné par Miku, qui agissait toujours avec vigilance, jusque dans la pièce adjacente. Miku avait demandé à ses deux lieutenants de se poster dans des endroits stratégiques de la caserne afin d’empêcher toute tentative d’évasion. On n’était jamais trop prudent.

    Elle laissa donc Len entrer de la pièce exigüe où se trouvaient Rin et Alys, et verrouilla la porte derrière lui à double tour.

    - ------------------------------- -

    A peine fut-il entré que Rin se plongea directement dans les bras de son frère. Celui-ci l’enlaça chaleureusement, et posa son regard par-dessus l’épaule de Rin sur Alys, qui était attablée au centre de la pièce, et le gratifiait d’un petit sourire satisfait.

    - Alors, ils t’ont relâché ? demanda rapidement Rin.

    Len ne sourit pas, et demanda à Rin de s’asseoir calmement, histoire qu’il puisse tout leur expliquer, à elle et à Alys. Le jeune homme baissa le son de sa voix, de peur que Miku ne l’écoute à la porte.

    - Ils m’ont demandé de rejoindre la garde royale, murmura-t-il. « Ils veulent que je les aide à trouver le tueur du chef Oji. »

    Rin était surprise mais demanda immédiatement à son frère de ne pas accepter la proposition. Selon elle, ils avaient d’autres chats à fouetter, et c’était bien trop dangereux. De plus, les deux frères et sœurs étaient déjà suffisamment dans le pétrin pour se permettre d’aggraver davantage leur situation. Pourtant, la jeune blonde ne s’attendait certainement pas à la réponse de son frère :

    - Je pense que je vais accepter… De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix… C’est ça ou je vais en prison. Miku sait que je cache quelque chose, et elle ne reculera devant rien pour savoir quoi… J’ai bien dit que j’étais amnésique, mais elle ne me croit pas, c’est sûr…

    Rin laissa échapper quelques larmes, sans doute sous le coup de la pression qu’elle avait subie depuis l’arrestation de son frère. En outre, elle se rendit compte que, peu importe ce qu’elle disait, la décision de Len était prise (même si c’était à contrecœur).

    - Et puis, c’est une bonne occasion de savoir où on est tombé. Avec un peu de chance, on réussira peut-être à rentrer chez nous, continua Len.

    Cette dernière affirmation commençait à convaincre Rin, qui s’essuyait le visage. En effet, si les armes à feu n’existaient pas dans ce monde, il y avait de grandes chances pour que leur utilisateur, le meurtrier d’Oji, vienne de leur monde. Enquêter sur lui constituait donc la meilleure option pour trouver un chemin de retour. Même si Rin avait du mal à l’accepter, son frère avait raison, et son raisonnement était on ne peut plus logique.

    Leur discussion à peu près terminée, Rin et Len tournaient leur regard vers Alys, qui avait suivi leur conversation en silence jusque-là. Les deux frangins sentaient qu’ils devaient des explications à la jeune fille à la tresse bleue, et s’assirent autour de la table pour tout lui expliquer. Les deux adolescents blonds savaient qu’ils pouvaient lui faire confiance, mais ils n’étaient pas certains qu’Alys ne les croit. Le moment des vérités était venu :

    - Comme tu l’as sûrement remarqué, nous ne sommes pas de ce monde, commença Rin, en observant les réactions d’Alys.

    Celle-ci écouta le discours de Rin et Len paisiblement, ne les interrompant en aucun cas. Ils lui expliquèrent donc leur histoire de bout en bout. Ils lui parlèrent du hangar, du corps de Monsieur Rimo, ainsi que de l’étrange lumière bleuâtre, qui, de toute évidence, les avaient amenés ici. Puis, ils se mirent à lui éclaircir le concept des armes à feu. Ce type d’armes existaient dans leur monde ; ce qui justifiait la réaction de Len devant le cadavre du chef Oji. Finalement, les deux jeunes étaient prêts à tous les sacrifices pour retrouver leur maison.

    - Et voilà pourquoi je dois accepter la proposition de Miku, conclut Len.

    Alys prit cependant quelques instants pour digérer ce nouvel afflux d’informations. En quelques heures, la jeune femme venait de se faire arrêter par la garde royale, et de découvrir deux personnes qui clamaient venir d’un monde parallèle. Même pour un habitant de Sekai, un monde qui connaissait la magie, cela faisait beaucoup. Durant leur explication, la jeune femme leur avait posé quelques questions sur leur monde, principalement pour voir si leur discours était cohérent, malgré le fait que le postulat de départ était complètement fou. Pourtant, Alys sentait au fond d’elle que Rin et Len lui disaient la vérité. Il n’y avait aucun soupçon de mensonge dans leurs voix, et puis, le fait qu’ils voulaient absolument cacher cela à Gumi, Yuma et Miku signifiait certainement que tout ceci était loin d’être faux. Alys ne pouvait rien prouver, mais elle était prête à leur accorder sa confiance. Et puis, elle ne pouvait pas laisser ses deux jeunes ados sans aide dans un monde qui leur était parfaitement inconnu. Ainsi, Alys leur rétorqua à tous les deux :

    - D’accord, je vous crois… et je veux vous aider, je vais vous accompagner, leur annonça-t-elle.

    Len interrompit néanmoins Alys :

    - Attendez, le but est que j’y aille seul. Pas besoin de mêler tout le monde à ça !

    - Parce que tu crois qu’on va te laisser sans aucune aide, lui répondit directement Rin. « Toi et moi, on est dans le même bateau, on doit s’en sortir ensemble… Et si Alys est disposée à nous aider, je nous vois mal refuser. Je préfère avoir une personne de confiance avec moi. En plus, elle connaît bien ce monde… »

    Len marqua une pause pour réfléchir. Il avait bien réalisé qu’il lui serait impossible de faire fléchir les deux filles. Quand elles avaient décidé de quelque chose, c’était définitif.

    - Ok, je vous laisse venir avec moi… Mais au moindre danger, vous fuyez et vous partez d’accord ?

    - Oui, oui… rétorquèrent timidement les deux filles.

    Len frappa alors deux fois à la porte pour signifier à Miku qu’ils avaient terminé et qu’elle pouvait les délivrer. Alors qu’ils entendirent le cliquetis du verrou, Rin se retourna vers Alys et la gratifia d’un large sourire. La jeune blonde avait encore un atout dans sa manche.

    - ----------------------------------- -

    Miku accueillit donc les trois personnes dans son bureau. Elle resta cependant debout, la main toujours posée sur le pommeau de son sabre. Cette pose la gratifia d’une certaine prestance, et inspirait la méfiance chez ses adversaires.

    - Je t’écoute, qu’as-tu décidé ? demanda-t-elle à Len.

    - C’est d’accord, je vous suis… Mais je veux que Rin et Alys restent à mes côtés. Je ne voudrais pas me retrouver totalement seul…

    Miku n’appréciait pas forcément de se retrouver avec deux personnes supplémentaires sur le dos. Mais Len ne lui laissait pas véritablement le choix :

    - C’est ma seule condition. Je veux que ces deux filles restent avec moi.

    - Parce que tu penses être en position pour négocier ? Je peux toujours t’envoyer en prison, s’énerva Miku.

    - Vous avez trop besoin de moi, lui répondit Len, qui avait subitement acquis une énorme confiance. « Sinon, vous ne m’auriez pas proposé de vous rejoindre. En plus, je suis votre seule piste. A votre place, j’éviterai de la gâcher. »

    Miku grommela. Il lui avait joué un bien vilain tour, ce petit jeune ! Cependant, elle dut se ranger du côté de la raison. Ce que disait Len était vrai : il était leur seule piste dans cette enquête qui était en train de la rendre folle, et elle ne pouvait pas lâcher le seul indice qu’elle avait réussi à obtenir depuis des semaines. Ainsi, elle finit par accepter.

    - D’accord, elles peuvent venir avec nous, hurla Miku.

    Puis, elle reprit son calme.

    - Viens, je vais te présenter à Yuma. C’est lui qui s’occupera de ta formation. Tu as de la chance ; je t’ai choisi l’un des meilleurs.

    Mais Miku fut à nouveau coupée, cette fois-ci par Rin :

    - Je veux m’engager aussi !

    La jeune guerrière aux couettes frappa son poing contre le mur, pour laisser échapper son énervement.

    - Qu’est-ce que c’est encore que ça ? Ça va encore durer longtemps toutes ces blagues ?, lança-t-elle.

    - Je ne veux pas suivre mon frère sans rien faire. Moi aussi, je veux me rendre utile. Vous pourriez m’enseigner aussi, se justifia Rin.

    La blonde jeta un œil à son frère Len, passablement courroucé lui aussi (principalement parce qu’elle ne l’avait pas mis au courant de son choix, mais il l’aurait de toute façon probablement refusé). Elle passa également son regard sur Alys, qui lâcha un petit rictus, amusée par la réaction de Len et de Miku.

    - D’accord, aboya Miku. « Je vais demander à Gumi de s’occuper de toi. Mais apprête toi, elle n’est pas tendre. Il est encore temps de faire marche arrière. »

    - Pas question, proclama Rin.

    - Comme tu veux… , conclut la patronne. « Et toi, tu veux aussi devenir membre de la garde ? », demanda-t-elle en se tournant vers Alys.

    - Pas vraiment, réfuta la jeune femme. « Je préfère les accompagner dans le calme, je pourrai aussi vous apporter votre aide si vous en avez besoin ».

    - A la bonne heure !, conclut Miku.

    Le quatuor quitta alors la pièce pour rejoindre le terrain d’entraînement. Miku en profita aussi pour récupérer Yuma et Gumi qui étaient restés à leurs postes respectifs. La nuit était tombée depuis un moment, lorsque les six personnes se retrouvèrent au centre de la cour. Un léger vent faisait se soulever le sable présent sur le sol. Miku positionna devant elle Rin, Len et Alys, alors que Gumi et Yuma se situaient à sa gauche. Elle exposa alors à ses deux subalternes le fruit de ses tractations.

    - Finalement, ces trois personnes vont venir avec nous jusque Kyôu, commença-t-elle. « Yuma, tu seras en charge de la formation de Len, qui a accepté de s’engager ».

    Le jeune homme à la tenue blanche et noire approuva simplement d’un signe de la tête.

    - Gumi, tu seras responsable de Rin ! annonça Miku.

    Contrairement, à son collègue, la fille aux cheveux verts sortit de son silence.

    - Comment ça ? On doit la former aussi ? Mais, je n’ai pas que ça à faire, moi ! objecta-t-elle.

    - C’est un ordre ! hurla Miku.

    - Oui chef ! grommela Gumi dans ses dents, puis elle se retourna quelques secondes pour râler.

    Rin, Len et Alys étaient restés silencieux et attendaient patiemment les instructions de Miku. Rin fut étonnée par la réaction de son nouveau maître de sabre. Mais elle ne regretta pas sa décision : cela allait être difficile, mais elle avait fait le bon choix, elle ne pouvait pas laisser son frère essayer d’arranger les choses seul. Elle se devait d’agir !

    Enfin, Miku reprit la parole afin de décrire à tous la journée du lendemain :

    - Demain soir, nous repartirons pour la capitale. Rin et Len, vous allez dormir ici. Demain matin, on vous remettra tout ce dont vous aurez besoin. On aura également besoin de vous quand nous irons visiter la tour du chef. Alys, tu peux retourner chez toi cette nuit… On se donne rendez-vous demain après-midi pour le départ, si tu veux toujours nous suivre.»

    - Sans aucun doute, répondit-elle.

    - C’est compris pour tout le monde ? demanda Miku.

    - Oui ! répondirent en cœur tous les autres.

    Quelques minutes plus tard, Alys s’apprêtait à retourner chez elle en compagnie d’un garde du village, pour sa sécurité. La jeune femme s’inquiétait de la réaction de sa mère à l’annonce de son départ, mais son choix était acté, et rien ne la ferait changer d’avis. Rin la prit dans ses bras une dernière fois, et lui murmura à l’oreille « Merci pour tout », tandis que Len agit de façon plus timide en lui serrant simplement la main.

    - Faites attention à vous, murmura Alys. « On se revoit demain ».

    Quitter ses deux nouveaux amis s’avéra être plus difficile qu’elle ne le pensait pour Alys. Même s’ils se connaissaient depuis à peine une journée, elle se sentait responsable d’eux, et ne voulait pas les laisser prendre des risques seuls. De plus, les deux frères et sœurs lui avaient avoué leur secret. Elle représentait leur seule personne de confiance, et cela la touchait au plus profond de son être. C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons qu’elle avait insisté pour les accompagner. Rin et Len observèrent Alys s’éloigner dans l’obscurité pour rejoindre les hauteurs du village d’Uchi où elle résidait. Juste avant de quitter la caserne, elle leur adressa une nouvelle fois un salut de la main.

    Demain serait un autre jour… Rin et Len s’étaient lancés dans une série d’événements dont ils n’avaient encore pas la moindre idée.

    Bonne lecture
    « Modifié: 03 juin 2016, 20:51:46 par Jyôka Ryu »

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #7 le: 03 juin 2016, 21:59:53 »
    Bonjour !

    Le chapitre 4 a été publié !

    Spoiler
    Chapitre 4 : La tour

    La nuit avait été particulièrement calme, et pourtant Rin et Len n’avaient que très peu fermé l’œil, et avaient peiné à trouver le sommeil. Les deux adolescents étaient encore sous le choc de la journée précédente et de toutes ses péripéties. Cependant, ce long moment de calme leur avait permis de faire le point chacun de leur côté (ils ne voulaient pas s’empêcher l’un et l’autre d’essayer de dormir). Miku leur avait trouvé une chambre où ils avaient la possibilité de dormir juste à deux. Elle préférait en effet ne pas les mêler au reste des soldats ; la fille aux cheveux bleus considérait toujours Len comme son témoin principal, et ne lui faisait en outre pas totalement confiance. Le jeune blond était bien trop secret à son goût, cela cachait forcément quelque chose. Comme la commandante était d’un caractère tenace, elle était certaine qu’elle finirait par découvrir le fin mot de l’histoire. En attendant, elle devait garder le contrôle sur les deux inconnus, puisqu’elle se méfiait tout autant de Rin. Tout compte fait, la décision de la sœur de les accompagner tombait à pic. Miku avait pu mettre Rin entre les mains de Gumi et disposait donc de deux options qui pourraient lui permettre de découvrir la vérité ; elle finirait bien par faire craquer l’un des deux.

    Au petit matin, Len vit le soleil se lever lentement au loin par la fenêtre de leur chambre. Il ouvrit lentement les yeux et descendit subrepticement du lit superposé en tentant de ne pas réveiller Rin qui était couchée sur le lit inférieur. Il fit quelques pas discrets dans la pièce avant d’essayer d’ouvrir la veille porte en bois qui marquait l’entrée. Celle-ci était verrouillée. Len ne fut pas surpris : la patronne de la garde se méfiait certainement encore de lui, et n’avait pas pris le risque de le laisser s’évader durant la nuit. Il se retourna et observa sa sœur, qui était assise sur le lit et regardait la porte fixement.

    - C’est fermé, annonça Len.

    - Ça t’étonne ? rétorqua malicieusement Rin.

    - Non… attends, je vais essayer de frapper… Il y a peut-être quelqu’un à l’extérieur…

    Len frappa donc doucement trois fois sur la porte, et entendit par la suite un léger « oui » du garde posté juste à droite de l’entrée.

    - Vous pourriez nous ouvrir, s’il vous plaît ? On aimerait bien faire un petit tour dans la cour, demanda gentiment Len.

    S’en suivit un léger cliquetis du verrou, la porte s’ouvrit, et Len vit devant lui un garde d’assez petite taille, affublé de l’uniforme réglementaire de la police d’Uchi.

    - On aimerait bien se dégourdir les jambes dehors… C’est possible ? ajouta Len.

    - Oui, mais je dois vous accompagner ! répondit le garde.

    - Comme vous voudrez !

    Le blondinet fit ensuite un geste en direction de sa sœur pour lui signifier de venir avec lui. Rin se leva alors lentement de son lit et suivit son frère pieds à talons. Ils traversèrent ensuite le petit corridor qui les menait vers la cour principale de la caserne, le même lieu où, la veille, Rin et Alys avaient pu observer l’entraînement et surtout la superbe démonstration de force de Gumi. Len avait réussi à soudoyer le garde pour que celui-ci reste à l’entrée du terrain d’entraînement encore vide, et il put donc s’éloigner de quelques mètres avec sa sœur.

    - Bon, j’ai à te parler, commença-t-il directement.

    - Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Rin.

    - Rien de spécial, mais je pense qu’on doit établir une sorte de stratégie en ce qui concerne Miku et les deux autres. On ne peut pas tout leur dévoiler, et donc il faudra rester prudent.

    Rin marqua un instant de silence, interloquée. D’habitude, c’était elle qui était en quelque sorte la tête pensante du duo. Mais, depuis qu’ils étaient arrivés à Sekai, Len avait pris suffisamment d’assurance, et n’avait pas hésité à prendre ses responsabilités. Son comportement lors de son interrogatoire en était la preuve : il n’hésiterait pas à se mettre en danger, si c’est pour sauver sa frangine. Rin avait finalement compris tout cela, et lui signifia cependant qu’ils étaient ensemble dans cette situation, et qu’ils devraient s’entraider. C’est pourquoi elle avait tant tenu à l’accompagner jusqu’à la capitale et dans son entraînement.

    - On ne peut pas leur donner toutes nos informations trop tôt, c’est notre seul moyen de pression, argumenta Len. « C’est déjà une chance qu’il ne me considère plus trop comme un suspect. Mais je sais que Miku ne me fait pas confiance et me surveille. »

    - Qu’est-ce qu’on peut faire, une fois qu’on ira dans la tour ? On sait bien qu’Oji a été tué avec un pistolet, mais qu’est-ce qu’on peut le dire de plus ? ajouta astucieusement Rin.

    - On verra une fois là-bas, mais on ne leur dit surtout pas qu’on vient d’un autre monde… D’ailleurs même nous, on n’en est pas sûrs… rétorqua son frère.

    - De toute façon, personne ne nous croirait. Je ne suis même pas certaine qu’Alys nous croit, elle.

    - Bon, d’accord, il va falloir improviser. Quand on sera à la tour, reste bien près de moi… On se fera un signe discret quand on aura quelque chose à se signaler… proposa Len.

    - D’accord !

    Leur conversation fut interrompue par le garde qui se trouvait à l’entrée, et qui les avaient exhortés de se rendre auprès de la commandante Miku, qui venait de les appeler, et qui, visiblement, n’aimait pas trop attendre. Les deux jeunes s’exécutèrent donc dans les plus brefs délais et se dirigèrent vers le bureau de la fille aux couettes bleues, non sans s’être échangé un dernier regard complice.

    -------------------------------------------------

    Miku avait rapidement reçu Rin et Len dans son bureau, accompagnée de ses deux fidèles lieutenants, Gumi et Yuma, qui restaient à ses côtés, impassibles. Elle signifiait aux jumeaux qu’il était temps de se rendre à la tour de Monsieur Oji, histoire de faire une dernière vérification des lieux du crime. Ceux-ci avaient déjà été passés au peigne fin par une équipe spéciale, qui par ailleurs avait déjà fait son rapport auprès de la garde royale, mais Miku appréciait particulièrement voir les choses par elle-même. Elle voulait donc s’y rendre une dernière fois, avant de rejoindre directement Kyôu, la capitale. Elle informa Rin et Len qu’une fois là-bas, tous les deux seraient enrôlés dans le programme de formation de la garde royale. Elle ajouta en outre, qu’en raison de leur statut « spécial », en plus d’être formés par Gumi et Yuma, ils seraient certainement amenés à rencontrer la reine Luka, et qu’ils devraient apprendre les us et coutumes en vigueur pour s’adresser à la souveraine. Ils ne suivraient pas non plus le même entraînement que les autres recrues, car Miku voulait absolument les garder en permanence sous sa supervision. Rin, qui apparaissait de plus en plus stressée par les instructions de la patronne, demanda encore confirmation qu’Alys allait bien se joindre à eux. Il valait toujours mieux avoir plusieurs personnes de confiance à ses côtés quand on se lançait dans l’inconnu, et, mis à part Len, Alys était la personne la plus à même de remplir cette fonction. De plus, elle connaissait désormais la vérité sur les jumeaux. Elle avait donc gentiment accepté de les aider à découvrir ce monde si mystérieux.

    - Oui, c’est ce qu’on avait décidé, et je ne reviens jamais sur ma parole, confirma Miku.

    Sur ce, le quintet quitta la caserne et prit la direction du forum du village, déjà bien peuplé à cette heure-ci. Toutefois, la place demeurait définitivement très silencieuse. La population était en effet encore sous le choc du décès de son chef, et cela se sentait. Rin n’avait jamais vu un marché aussi calme. Là où d’ordinaire, les passants aiment parler de tout et de rien, personne ne pipait mot, et les seuls sons qui pouvaient être entendus étaient ceux des vendeurs qui réclamaient l’argent des courses demandées par les clients. Le groupe traversa une partie du marché, et passa devant un boucher et un marchand de légumes, ce qui donna faim aux jumeaux qui n’avaient pas eu le temps de manger. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent en vue de la tour du village, dont l’entrée était désormais gardée par deux soldats. De près, cet édifice était particulièrement imposant. Miku et ses sbires entrèrent et firent vite l’impasse sur le rez-de-chaussée pour se rendre directement dans la pièce la plus importante du bâtiment, les appartements de Monsieur Oji, là où il avait été tué. Len se rappela alors de l’énorme chute du leader d’Uchi qui avait provoqué l’effroi des personnes présentes ce jour-là. Lui-même avait ressenti un fameux choc. Juste avant de monter l’escalier en colimaçon qui constituait le centre de la tour, et qui permettait de voyager entre toutes les pièces de l’habitation, Len remarqua l’impact de balle sur la porte qui menait à cet escalier. Alors que Miku et Gumi commençaient déjà à monter, et que Yuma se tenait juste derrière eux, Len fit un petit signe à sa sœur et lui indiqua à l’aide de ses yeux sa découverte. Rin jeta un regard compréhensif à son frère. Ces deux-là n’avaient pas forcément besoin de mots pour se comprendre ; ils se connaissaient si bien qu’ils pouvaient communiquer uniquement par le regard, ou alors grâce à de petits signes discrets. Cette sorte de pouvoir qu’avaient les jumeaux leur était d’une énorme utilité dans le temps présent. Cela leur permettait de ne pas se faire comprendre par Miku, qui relâchait que très rarement son attention sur eux. Les deux frangins ne dirent pas un mot et suivirent Miku et les autres à travers l’escalier. Celui-ci était fabriqué en pierres jaunâtres et était assez étroit, juste assez pour laisser passer un homme, c’est pourquoi le groupe évoluait en file indienne. Rin et Len furent surpris par les taches de sang qui tapissait les murs à plusieurs endroits. Il était évident que ces meurtres n’avaient pas été commis au moyen d’un sabre. Pourtant, tous les corps avaient été déplacés. Len ne voulait pas encore demander où se trouvait les dizaines de cadavres des hommes qui avaient été tués sauvagement la nuit dernière et continua sa route en même temps que le groupe. Ils arrivèrent ensuite dans la chambre du chef Oji. Rin remarqua une fois de plus que la porte de la pièce avait été ouverte sauvagement au moyen d’une arme à feu. Elle se retourna vers son frère qui fit la même constatation. Miku laissa quelques instants à Rin et Len pour examiner l’endroit à la recherche d’éventuels indices qu’elle n’aurait pu voir. Le jeune blond commençait à hésiter sur ce qu’il pouvait lui dire. Il s’était en effet mis dans une situation particulièrement délicate. Il ne pouvait pas en dévoiler trop sur ce qu’il savait, de peur de trahir son secret personnel, et ne pouvait pas non plus ne rien dire. Miku savait qu’il cachait quelque chose, et allait user de tous les stratagèmes possibles pour que Len se dévoile. Celui-ci devait donc rester extrêmement prudent. Il prit quelques minutes pour faire le tour du propriétaire, toujours sous l’œil attentif de la commandante. En fait, il n’y avait plus grand-chose à observer. Il avait déjà pu voir le corps du chef quand il était tombé du haut de la tour la veille. A part quelques taches de sang par ci par là, rien n’était réellement digne d’intérêt. L’adolescent prenait cependant ces quelques instants de répit pour réfléchir à une stratégie à adopter contre Miku. Devait-il lui donner son avis sur les portes défoncées par les impacts de balle ? Finalement, il ne s’agissait que de la seule bribe d’information qu’il pouvait lui donner, et il ne pouvait pas sortir de la tour sans avoir été utile à la patronne. Peu après, Miku l’interrompit dans sa réflexion :

    - Est-ce que tu as trouvé quelque chose ?

    - Oui, peut-être… hésita Len

    - Vas-y ! Qu’est-ce que c’est ?

    - Le tueur s’est aussi servi de son arme pour ouvrir les portes. Il a tiré dans les serrures. J’ai pu observer cela sur cette porte, et aussi sur celle du rez-de-chaussée, poursuivit le jeune enquêteur.

    Len dut prendre quelques secondes pour expliquer sommairement le fonctionnement d’une arme à feu à Miku. Pour éviter d’éveiller trop les soupçons, il adoptait un discours assez décousu, hésitant plusieurs fois, faisant mine de chercher ses souvenirs.

    - Comment tu sais tout ça ? interrogea tout de même Miku.

    - Je ne sais pas… Mes souvenirs sont assez confus pour l’instant… Len se toucha le front en simulant une céphalée.

    - Tu ne vous rien d’autre ?

    - Non, finit-il.

    Miku lui lança alors un regard sombre. Elle savait que Len ne voulait pas tout lui dire. Toutefois, il s’agissait de son seul témoin, et elle ne voulait pas prendre le risque de lui faire subir un interrogatoire par la torture. Il était bien trop précieux. La commandante resta fidèle à sa stratégie et ne releva pas Len. L’origine de ses connaissances restait pour elle un mystère, qu’elle finirait par découvrir, au fil du temps. Elle se dit qu’il arriverait bien un moment où le jeune homme (ou sa sœur) se trahirait, et elle en profiterait. Le groupe finit par redescendre à l’étage inférieur. Miku voulait encore voir quelque chose. Ils entrèrent quelques secondes plus tard dans une immense pièce, où étaient entreposés les corps des personnes tuées la veille. Rin déglutit difficilement à cette vision d’horreur. Une bonne dizaine de cadavres gisaient à même le sol, des draps sombres recouvraient chacun d’entre eux. Il régnait également une odeur pestilentielle à travers toute la salle. Gumi souleva une des couvertures sur ordre de sa supérieure. On pouvait voir un corps totalement inanimé et nu, frappé d’un impact clair en plein cœur. Le même genre que celui qui avait foudroyé Monsieur Oji. Miku se retourna une nouvelle fois vers Len, qui lui annonça qu’il n’avait rien de plus à dire que ce qu’il n’avait déjà observé auparavant. Tout le monde sortit alors rapidement de la pièce, Rin la première ne pouvant plus supporter l’atmosphère nauséabonde. Miku lança de nouveau un regard suspect vers les jumeaux. Elle ne leur faisait toujours pas confiance. La commandante les laissa prendre quelques mètres d’avance, toujours avec prudence toutefois, et se réunit quelques secondes avec ses deux lieutenants.

    - Qu’est-ce que vous pensez d’eux ? demanda Miku.

    - Ils nous servent à rien, glapit Gumi. « Ils ne nous sont d’aucune utilité, on a rien appris de plus ici… »

    Yuma prit la parole, plus calmement :

    - Comme vous l’aviez dit, je pense qu’ils ne nous disent pas tout, effectivement. Vous avez bien fait de le garder à l’œil…

    - Mais est-ce que ça valait vraiment la peine de les emmener avec nous, et de leur donner un entraînement ? On n’aurait pas pu les faire parler par la force ? demanda Gumi

    - C’est trop risqué… fit Miku. « On prendrait le risque de perdre le seul témoin qu’on a. Non, je préfère agir discrètement. Pendant leur entraînement à Kyôu, essayez d’apprendre des choses sur eux. Gagnez leur confiance... »

    Miku s’interrompit :

    - Oui, même toi, Gumi…

    Celle-ci fit la moue. Elle était en effet assez solitaire et égocentrique, et n’aimait pas forger des relations avec d’autres individus. Les seules personnes qui trouvaient grâce à ses yeux étaient ses deux compères. De plus, elle n’avait pas spécialement envie de perdre son temps à entraîner une nouvelle recrue (c’était d’ailleurs là pour elle l’un des avantages d’être l’un des lieutenants de Miku, elle pouvait avoir la paix, et s’entraîner dans son coin).

    Yuma était plus calme et calculateur. Il avait compris les intentions de sa commandante, et, même s’il pouvait s’agir d’un plan risqué, il pensait également que cela pouvait valoir le coup. Et puis, il ne pouvait rien refuser à Miku, pas après tout ce qu’elle avait fait pour lui.

    Plus loin, les Kagamine profitaient de la distance que leur avait laissée le commando de la garde royale pour discuter plus librement.

    - Alors qu’est-ce que tu en dis ? demanda Len.

    - C’est horrible… gloussa Rin, encore dégoûtée par ce qu’elle venait de voir.

    - Oui, mais sinon, tu n’as rien remarqué de plus ?

    Rin prit un instant pour reprendre ses esprits, puis donna sa réponse à son frère.

    - C’est évident : celui qui a fait ça vient de chez nous… Mais il y a un truc qui me fait réfléchir : les munitions. Avec tout ce qu’il a tiré, il devra bien arriver un moment où le tueur tombera à court de balles. Je me demande ce qu’il va faire dans ce cas-là… Mais je pense qu’il a déjà prévu ça…

    - Tu veux dire qu’il serait capable de rentrer dans notre monde ? rétorqua Len.

    - S’il veut faire le plein de munitions, oui, ou alors il en a emporté un sacré paquet ! Mais, de toute façon, il doit faire tout cela avec un objectif en tête… Combien de chefs de village ont déjà été tués ?

    - Trois, d’après Miku… répondit le frère.

    - Combien il en reste ?

    - Je ne sais pas, je n’ai pas demandé ! s’attrista Len. « Je poserai la question »

    - Faudrait essayer de deviner où le tueur frappera la prochaine fois… Si on arrive à mettre la main dessus, on trouvera à coup sûr un moyen de rentrer chez nous… conclut Rin.

    Sur ces mots, les jumeaux rejoignirent les trois soldats, qui avaient également terminé leur conversation et tous les cinq retournèrent ensuite vers la caserne d’Uchi, pour se préparer à partir pour la capitale.

    ------------------------------------------------

    Alys, de son côté, avait tenté de passer une nuit correcte. Elle aussi était encore choquée par les évènements de la veille. Elle était rentrée assez tard dans la nuit, de telle sorte que sa mère dormait déjà lorsqu’elle fut arrivée chez elle. Le garde qui l’avait accompagnée avait bien attendu qu’elle pénètre à l’intérieur de l’habitation en bois avant de rebrousser chemin. La jeune femme à la tresse patienta quelques instants dans le petit hall d’entrée dans la maison et reprit son souffle. A gauche de l’entrée, elle vit encore la lueur du feu de la cheminée. Son frère, qui venait également de rentrer, l’attendait attablé au centre de la pièce. Il s’était préparé un thé vert bien chaud qu’il était en train de boire doucement, et avait également installé une tasse vide sur la table en prévision de l’arrivée de sa sœur. Quand il vit Alys se diriger vers l’entrée du salon, il commença à engranger la conversion doucement :

    - Où étais-tu ? demanda-t-il.

    - Euh… bafouilla Alys. « C’est compliqué ».

    - Viens t’asseoir, et prends une tasse de thé…

    La jeune femme s’agenouilla doucement sur le tapis devant la table, s’empara délicatement de la théière et se servit une tasse.

    - Maman m’a déjà expliqué pour les deux personnes que tu as recueillies, où sont-elles ?

    - Euh, à la caserne du village, annonça timidement Alys.

    L’homme s’interrompit brusquement. Sur quelques heures, ces deux inconnus avaient déjà réussies à se faire arrêter par la garde ? La sœur ne lui laissa pas le temps de commencer une nouvelle phrase, qu’elle tenta de se justifier.

    - Tu as peut-être entendu que le chef Oji vient d’être tué ? fit-elle.

    - Bien sûr, tout le monde ne parle que de ça au village. J’ai entendu l’alerte en revenant ici.

    - Et bien, les deux inconnus, Rin et Len, doivent être interrogés comme témoins. J’ai été emmenée aussi parce que j’ai vu ce qu’il s’était passé. C’est pour cette raison que j’ai tant traîné à rentrer…

    Le grand frère mima un geste d’acquiescement en direction d’Alys, et continua à siroter sa boisson chaude, toujours d’un calme olympien.

    - J’ai l’impression que tu ne me dis pas tout, continua-t-il.

    - C’est long à expliquer… Il va falloir que je parte un moment pour la capitale, annonça la fille aux cheveux bleus.

    - Et pourquoi ça ?

    - Je dois accompagner mes deux nouveaux amis jusque-là. La garde royale les a réquisitionnés, et je ne voulais pas qu’ils restent seuls. Maman t’a sûrement dit qu’ils étaient amnésiques…

    Alys cachait bien évidemment la vérité qu’elle avait appris quelques dizaines de minutes auparavant de la bouche de Rin et Len. Elle-même avait parfois du mal à accepter que ces deux-là viennent d’un monde parallèle, et que, selon toute vraisemblance, le meurtrier de Monsieur Oji, venait du même endroit. Le grand frère, quant à lui, ne s’énervait toujours pas et reprit :

    - La garde royale, hein ? Tu es certaine que tu n’y vas que pour eux… Ca n’aurait rien à voir avec Papa ?

    - Papa est mort, rétorqua-t-elle. « Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? »

    - Tu pourrais avoir envie de te rapprocher de lui… Il était aussi dans la garde royale… Qu’est-ce que tu crois, que tu pourras marcher sur ses traces ?

    - Je ne compte pas m’engager, je veux seulement aider des amis ! confirma Alys.

    - Tu viens seulement de les rencontrer !

    - Ce n’est pas une raison !

    Le grand frère calma vite le jeu. Le ton commençait à monter et il ne voulait pas réveiller leur mère qui dormait quelques pièces plus loin. Après quelques secondes de silence, il conclut :

    - Tu sais… Ce n’est pas moi que tu vas devoir convaincre… Je sais comment tu es. Quand tu as une idée en tête, impossible de te faire faire marche arrière. Tu lui ressembles trop…

    - A Papa ?

    - Oui, il était aussi comme ça… Impossible de l’empêcher d’aider son prochain.

    - …

    Le jeune homme se releva et emmena sa tasse de thé dans la cuisine adjacente. Puis, il revint dans le salon avant de se diriger vers sa chambre, où il comptait tout de même passer une bonne nuit de sommeil.

    - En tout cas, sache que, si tu as un problème, je serai toujours de ton côté. Tu peux compter sur moi, mais fais bien attention à ce que tu fais et méfie-toi toujours des gens de la garde royale… Et puis, bonne chance pour annoncer ça à Maman !

    - Ne t’inquiète pas, j’y arriverai, finit Alys.

    La jeune femme resta encore quelques instants attablée devant la cheminée à siroter son thé. Elle réfléchissait déjà à sa stratégie pour annoncer la nouvelle à sa mère. Cela n’allait certainement pas être simple. Depuis la mort de leur père, la matrone avait largement tendance à surprotéger ses enfants, puisqu’ils étaient tout ce qui lui restait. Bien sûr, Alys s’était déjà rendue à la capitale, mais pas plus d’une journée, et le comportement qu’adoptait la vieille femme une fois que sa fille était rentrée à la maison n’était pas équivoque : elle s’inquiétait beaucoup. Par conséquent, la fille à la tresse savait pertinemment qu’il n’allait pas être simple de convaincre sa mère, voire même qu’elle n’y parviendrait pas. Mais sa décision était prise, elle partirait pour aider ses nouveaux amis, Rin et Len. Et puis, il était grand temps qu’elle s’émancipe et qu’elle quitte le cocon familial quelques temps ; elle venait tout de même d’avoir vingt-et-un ans et cherchait sa place dans ce monde. Dorénavant, elle avait un objectif, temporaire certes, mais elle y trouvait une grande motivation. Alys cessa de ressasser toutes ces problématiques, et partit dans sa chambre, où elle commença déjà à dresser son petit barda afin de partir pour son voyage. La jeune femme trépignait, elle savait très bien que ce voyage vers Kyôu allait s’avérer bien plus intéressant et aventureux que tous ceux qu’elle avait faits jusque-là, et cette perspective la mit en joie. Finalement, elle finit par se coucher dans son futon, et parvint difficilement à trouver le sommeil.

    Le lendemain, Alys se réveilla très tôt, mais comme à son habitude, sa mère était déjà levée. La jeune fille s’était déjà habillée dans sa chambre, et se dirigea d’un pas hésitant vers sa mère. Elle ne savait toujours pas comment aborder le sujet. Elle avait envisagé diverses possibilités pendant la nuit, espérant que celle-ci allait lui porter conseil, mais aucune d’entre elles ne lui semblait parfaite.

    - Bonjour Maman, commença-t-elle timidement.

    - Bonjour… Déjà habillée ? se demanda la matriarche.

    - Oui… Dis, j’ai quelque chose à t’annoncer…, poursuivit Alys.

    Le visage de la mère afficha alors une mine assez sombre et sérieuse. Elle connaissait bien sa fille : quand elle commençait une conversation d’une manière telle, cela n’augurait rien de bon.

    - Vas-y, qu’est-ce qui se passe ?

    Alys lui expliqua alors sommairement ce qui s’était déroulé la veille en compagnie des jumeaux Kagamine. Elle commença par le meurtre d’Oji, ce qui provoqua d’emblée un choc chez sa mère qui n’en était pas encore informée, puis enchaîna sur toutes les péripéties avec la garde royale, et, en particulier, Miku, Gumi et Yuma.

    - Et donc, Rin et Len doivent partir à Kyôu avec la garde royale, finit-elle.

    La mère acquiesça, et se reconcentra sur le bout de pain qu’elle était en train de couper pour son petit déjeuner. Elle ne parvenait toujours pas à comprendre en quoi cela la concernait.

    - Et j’ai décidé de partir avec eux… Ils sont assez perdus, et ne connaissent rien de ce pays, ils ont besoin de moi ! annonça Alys.

    La matrone s’arrêta net, et posa son couteau violemment sur la table de la cuisine.

    - Tu comptes d’embrigader dans la garde royale ? demanda la mère.

    - Non, non, je veux juste être à leurs côtés au cas où ils ont besoin d’aide, répondit Alys.

    - Et tu vas revenir quand ?

    - Je ne sais pas…

    La femme ne dit pas un mot durant quelques secondes, et puis finit par conclure :

    - Je refuse, j’ai besoin de toi ici !

    - Pourquoi faire ? Mon frère est encore là, lui. Il pourra t’aider.

    - Non, c’est trop dangereux… Tu ne dois pas te mêler à la garde royale.

    - Mais pourquoi, c’est à cause de Papa ?

    Cette dernière réplique finit par tirer les larmes des yeux de la mère d’Alys. Son mari était en effet mort durant la Grande Guerre Magique, alors qu’il combattait dans les rangs du Roi de l’époque. Depuis, elle avait engrangé une haine viscérale dans tout ce qui concernait l’armée ou la royauté, et elle refusait plus que tout voir sa seule fille se rapprocher de cette organisation. Réveillé par le vacarme, le grand frère d’Alys apparut doucement dans la cuisine. La mère alpaga alors son fils, croyant trouver en lui un allié de poids.

    - Tu sais ce qu’elle vient de m’annoncer, mon fils.

    - Oui, elle m’en a parlé hier soir… rétorqua le frère.

    - Dis-lui de ne pas céder à cette folie, je t’en prie…

    Le dernier homme de la maison retourna les yeux vers sa mère, après avoir observé une nouvelle fois la détermination dans les yeux de sa sœur.

    - Tu ne pourras rien y faire, maman… Sa décision est prise, lança-t-il.

    Un sourire satisfait s’afficha alors sur le visage d’Alys. Son frère acceptait sa décision, et était prêt à s’occuper de sa mère en son absence. Celle-ci quitta la pièce en pleurs pour se rendre quelques temps dehors, sans même jeter un regard vers sa fille.

    - Elle s’en remettra, confia le frère.

    Alys partit donc prendre son baluchon. Elle s’était déjà apprêtée en vue du voyage, de telle sorte que tout ceci fut relativement rapide. Juste avant de partir, elle enlaça son grand frère une dernière fois, puis se dirigea vers l’extérieur pour tenter de dire au revoir à sa mère. Celle-ci était assise sur une terrasse en bois située à l’arrière de la maison, et fixait l’horizon d’un air perdu. Sans dire un mot, Alys s’approcha d’elle par derrière et la serra dans ses bras.

    - Ne t’inquiète pas, je reviendrai…

    La mère laissa échapper encore quelques larmes. Elle dût se rendre à l’évidence : il était grand temps pour sa fille de prendre sa vie en main, de s’émanciper et de suivre ses propres objectifs. Ne désirant pas la quitter en mauvais termes, la mère se retourna vers Alys et la gratifia d’un sourire timide.

    - Fais bien attention à toi…

    - Compte sur moi ! lui rétorqua joyeusement la fille à la tresse.

    Peu de temps après, les trois membres de la famille se rejoignirent sur le devant de la maison. Alys leur fit un dernier signe avant de se rendre vers la caserne pour retrouver Rin et Len. Peut-être finirait-elle par en apprendre davantage sur l’histoire de sa famille, et sur ce qui était arrivée à son père pendant la guerre ? Elle ne l’avait pas dit directement, mais il s’agissait là d’un des éléments qui l’avait poussé à suivre Miku et la garde royale.

    -- ------------------------------------------ --

    Rin et Len étaient assis côte à côte face au bureau de Miku, qui elle se tenait debout accompagnée de Yuma et Gumi. Les paquetages des cinq futurs voyageurs étaient quasiment prêts dans un coin de la pièce, et la commandante était déjà partie saluer le responsable de la caserne d’Uchi avant son départ. Chaque lieutenant tendit à son élève un sac de taille moyenne.

    - Voici vos uniformes de recrues. Vous me ferez le plaisir de les enfiler dès notre arrivée à Kyôu. Il faudra vous présenter correctement devant la Reine Luka, répéta une nouvelle fois Miku.

    - Parce qu’on va vraiment rencontrer la Reine ? s’étonna Rin.

    - Oui. D’habitude, les nouvelles recrues n’ont pas ce privilège. Mais vu votre statut un peu… particulier, on va dire, je pense qu’il serait de bon ton de vous présenter à elle. Elle suit de très près l’enquête sur les meurtres des chefs de village, vous savez… continua la patronne de la garde royale.

    - En quoi ils sont si importants ? demanda Len.

    Miku eut soudain le visage marqué par l’étonnement. Bien sûr, les jumeaux lui avaient indiqué être amnésiques (et encore, elle n’était pas encore véritablement certaine de cela, mais avait décidé de jouer le jeu), mais comment pouvait-on oublier quelque chose comme ça ? Pourtant, elle se décida tout de même à leur fournir quelques explications.

    - Les sept chefs de village de Kuni sont les personnes les importantes de l’île. Ce sont eux qui siègent au Conseil des Sages, et prennent les décisions pour le pays, en concertation avec la Reine, bien sûr. S’attaquer aux chefs de village, c’est s’attaquer au pouvoir en place, lança Miku.

    Rin et Len s’échangèrent un regard. Ils venaient de comprendre pourquoi une personne de leur monde se mettait à assassiner ces leaders locaux. Cette perspective ne les enchantait guère. Celle-ci pourrait les mettre dans une situation encore plus délicate : si leur secret était dévoilé, et que l’on découvrait l’origine supposée du tueur, les responsables de la garde pourraient vite céder aux amalgames. Ils choisirent donc de rester prudents, et de ne pas tout dévoiler d’entrée de jeu. Leur enquête pourrait éventuellement encore leur faire d’énormes surprises.

    L’entretien terminé, chacun récupéra son bagage, et rejoint la grande diligence, tirée par quatre chevaux noirs et stationnée devant la caserne. Alys attendait le groupe à cet endroit. A la vue de son amie, Rin ne put s’empêcher de lui sauter dans les bras, comme si elles ne s’étaient pas vues depuis des mois. Dans cette atmosphère difficile, il était agréable pour les Kagamine de retrouver leur amie, même si elle l’était depuis peu de temps. Len lui adressa une fois de plus un salut timide, contré cependant par un large sourire qui trahissait son bonheur. Il était particulièrement heureux de la voir aussi, et il se réjouissait également de compter une amie dans cette aventure.

    Le groupe monta alors un par un dans la diligence, les deux lieutenants de Miku fermant la marche, alors que leur patronne était montée en premier. Celle-ci était assez imposante pour six personnes, et était composée de sièges en cuir rouge. Le confort était assez rudimentaire, mais c’était le cas de la plupart des véhicules de ce monde. Le soleil se trouvait encore haut dans le ciel, lorsque la carriole quitta le village d’Uchi. Alys, de son côté, jeta un dernier regard vers son hameau d’origine, et se retourna ensuite, l’esprit fixé vers l’avenir.

    Bonne lecture !

    PS: Désolé pour les doubles posts, mais, apparemment les chapitres sont trop longs pour tenir dans les balises spoiler d'un seul post, ce qui fait que la fin est toujours coupée... Bizarre...

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #8 le: 29 juin 2016, 19:58:24 »
    Voilà, j'ai lu les chapitres 3 et 4 ! J'ai bien aimé, c'était agréable à lire, tu as toujours un bon vocabulaire et très peu de fautes d'orthographe. Je remarque juste qu'il y a souvent des répétitions. Comme dans le chapitre 3, Miku hésite à torturer Len puis se dit que c'est un témoin trop important, et dans le chapitre 4, elle refait exactement cette même constatation. Pareil avec le fait qu'Alys soit la seule personne de confiance pour Rin et Len par exemple. C'est sans doute parce que tu laisses du temps avant d'écrire un nouveau chapitre et donc tu rappelles certaines choses, mais pour moi il n'est pas utile de rappeler trop de choses qui se sont produites dans le chapitre juste avant.
    Sinon j'aime bien l'idée que Rin et Len apprennent à se battre, ça promet pour la suite ^^ Je me demande ce que va faire Alys, ça m'étonnerait qu'elle ne reste que spectatrice. En plus il y a cette histoire avec son père... Enfin, on verra bien. Je sens que je vais adorer Gumi dans ta fiction, elle est classe :p Et je suis contente de voir Yuma aussi, il n'est pas souvent utilisé dans les fictions.
    Bonne continuation ! ;)
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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #9 le: 08 juillet 2016, 18:35:12 »
    Ah content que ça t'ait plu !
    Merci pour tes commentaires ! Oui, j'étais arrivé à la même constatation en ce qui concerne les répétitions quand j'ai relu mes chapitres après... Ça vient sans doute du fait que j'ai enchaîné l'écriture des chapitres 3 et 4 assez vite et donc j'avais pris moins de temps pour relire les chapitres précédents (et j'ai fini par répéter des choses sans le vouloir). Ici, j'ai commencé l'écriture du chapitre 5 et j'ai relu tous les chapitres précédents, pour éviter les répétitions... Je suivrai tes remarques et j'y prêterai encore plus d'attention...
    Si tout va bien, le chapitre suivant devrait arriver à la fin de la semaine prochaine ou dans 2 semaines (je suis pris ce week-end et je ne pourrai pas avancer...) mais teaser: plusieurs nouveaux personnages seront introduits dans ce chapitre (suspense...)


    EDIT: Voilà, j'ai terminé le chapitre 5 ! Il m'aura pris plus de temps que les autres... (au début, je pensais le faire plus court, et au final, il est de la même taille que les autres  :-X :hh:

    Bonne lecture !
    Spoiler
    Et encore merci à Hakuro-Kaoru pour m'avoir permis d'utiliser Genshine Kyuu et Roku  :) ;)


    Chapitre 5 : Kyôu

    Spoiler
    La diligence quittait lentement le village d'Uchi pour se lancer sur le chemin de terre qui marquait la sortie du hameau. Miku avait suggéré au cocher de ne pas se rendre vers la capitale à un rythme trop rapide ; la route vers Kyôu n'était en effet pas très longue, et la commandante préférait se méfier des embuscades qui pouvaient se dresser devant le convoi le long des étendues sauvages. Uchi était effectivement assez retiré du reste de l'île de Kuni, ce qui rendait le village relativement difficile d'accès. De plus, les alentours étaient propices aux pièges tendus par de petits brigands. Pas de quoi faire peur aux trois combattants les plus solides de la garde royale, mais Miku restait prudente, car elle ne savait pas encore comment allaient réagir Rin, Len et Alys en cas de pépin. Il était évidemment plus compliqué de se sortir d'un guet-apens lorsque l'on était accompagné de trois poids morts. Si la patronne avait proposé aux jumeaux Kagamine de s'engager dans la garde, c'était davantage par intérêt personnel (pour l'enquête et les mystères qui les entouraient) que pour leurs aptitudes au combat. Elle nourrissait cependant l'espoir d'être surprise par les adolescents, surtout en les confiant à ses lieutenants de confiance, Gumi et Yuma. Ces deux-là avaient la capacité de transformer n'importe quel homme en combattant aguerri, bien qu’ils n’avaient pas beaucoup officié en tant que formateurs. Quant à Alys, elle ne savait pas véritablement à quoi s’attendre. La fille aux cheveux bleu foncé s’était en quelque sorte imposée, et la commandante la voyait comme un excellent moyen de « contrôler » les jumeaux. Miku ne relâcha donc pas sa vigilance durant le voyage, observant d'un œil exercé tous les buissons et les rochers qu'elle croisait de son regard. Le trajet se déroula cependant sans embûche et le sextet arriva en vue de la capitale alors que le crépuscule commençait à tomber.

    Lorsque le cocher leur annonça leur arrivée à Kyôu, Rin et Len ne purent s'empêcher de passer leurs têtes par la fenêtre de la diligence. Ils avaient largement observé le paysage qui séparait Uchi de la capitale lorsqu'ils se trouvaient dans le véhicule à cheval, mais rien de bien palpitant à se mettre sous la dent. Ils n'avaient vu que des forêts et des plaines. Ici, le spectacle qui se présentait à eux était tout autre. Ils se trouvaient face à face avec la plus grande ville de l'île, et celle-ci était sans commune mesure avec ce qu'ils avaient pu observer auparavant. La carriole passa tout d'abord le portique d'entrée de la ville – celle-ci étant entourée d'énormes remparts en pierre jaune, munis de huit portes d'entrée (quatre dans les coins et quatre au nord, au sud, à l’est et à l’ouest) – et pénétra dans ce que l'on pourrait appeler le quartier populaire de la ville. Miku interloqua immédiatement le cocher, en lui signifiant qu'il aurait été plus judicieux de passer par l'entrée nord de la ville, plutôt que par le sud. Elle désirait en effet rester prudente à propos des personnes que le convoi transportait, et il aurait mieux fallu passer directement par le quartier noble, plus proche du Palais Royal, que de visiter les faubourgs. On ne savait, en effet, jamais à quoi s'attendre dans ces quartiers. En tout cas, pour la discrétion, c'était raté ! Les jumeaux s’étaient déjà mis à admirer la cité par les fenêtres de la diligence et observaient les grands édifices de la capitale. Ceux-ci s'avéraient très  impressionnants (et contrastaient avec ceux qu'ils avaient déjà vu à Uchi), à tel point qu’ils en étaient époustouflés. Les habitations étaient toutes fabriquées en pierres beiges, et s'élevaient de plusieurs étages, la plupart s’étendant sur quatre niveaux. N'importe lequel de ces édifices pouvait sans contexte rivaliser avec la tour du chef Oji dans laquelle le groupe avait débuté son enquête le jour précédent. Voyant la réaction de ses nouveaux compagnons, Gumi lança d’un ton dédaigneux : « Et encore ! Ce n'est rien à côté du quartier noble… Qu'est-ce que vous allez dire quand vous serez devant le Palais Royal ? » Miku souffla également, tandis que Yuma restait impassible. Alys, quant à elle, ne bougea pas, mais se mit à sourire. Elle avait déjà eu l'occasion de se rendre à la capitale de nombreuses fois, et donc elle n’était plus étonnée par son architecture, mais elle pouvait comprendre que celle-ci pouvait impressionner les étrangers (et surtout dans le cas des Kagamine, se disait-elle). Voyant les réactions des autres passagers, les jumeaux décidèrent de concert de se rasseoir calmement sur leur siège, et de ne pas se faire remarquer davantage. Ils restèrent prostrés, alors que le véhicule s'apprêtait à entrer dans le quartier noble, là où se trouvait le quartier général de la garde, ainsi que le Palais Royal de la Reine Luka.

    La ville de Kyôu était donc séparée en deux parties bien distinctes, comme si l’on avait à faire à deux cités différentes. En effet, le quartier noble et le quartier populaire étaient complétement isolés l’un de l’autre, et rares étaient les habitants du « bas peuple » à pouvoir entrer dans les beaux coins de la capitale. La carriole  transportant les six passagers s’avançait devant la porte d’entrée où étaient stationnés deux gardes, chacun équipé d’une armure en cuir rouge. Miku passa discrètement sa tête par la fenêtre de la diligence et ordonna à l’un des vigiles de faire lever l’énorme porte en fer. Celui-ci reconnut immédiatement à qui il avait à faire et s’exécuta aussitôt. Derrière la porte se dressait un immense pont en bois qui traversait le fleuve, et qui marquait encore plus la séparation entre les deux quartiers. De loin, les jumeaux pouvaient déjà observer la différence de niveau de vie qui régnait entre les deux parties de Kyôu.

    -   Ah, ça fait quand même du bien de rentrer chez soi… lança Gumi. « J’en avais marre de passer mon temps dans des villages paumés ».

    Yuma alpaga directement sa collègue à la suite de sa remarque et lui signifia de surveiller son langage en compagnie de leurs invités. L’homme était bien trop poli pour froisser qui que ce soit, et il se souvenait qu’Alys était originaire d’un des « villages perdus » précédemment évoqués par la fille aux cheveux verts. Toutefois, Gumi fit complétement fi de sa remarque, et alla même plus loin.

    -   Ne me dis pas que ça ne te fait pas plaisir de revenir ici ! De toute façon, les voyages, ça n’a jamais été mon truc…

    Yuma ne souleva pas cette dernière réplique et esquissa une expression d’excuse à l’encontre d’Alys, qui lui rendit un sourire furtif. Les Kagamine, quant à eux, étaient encore bien trop occupés à contempler la splendeur des lieux (ils restaient toutefois bien assis) pour se préoccuper d’une quelconque remarque. Ce qu’ils étaient en train de voir différait réellement avec tout ce qu’ils avaient déjà pu voir non seulement depuis leur arrivée à Sekai, mais aussi dans leur propre monde. Ils venaient également d’un quartier pauvre, et étaient peu habitués au luxe. Contrairement au quartier populaire, où les bâtiments étaient certes immenses mais abritaient plusieurs dizaines de familles, les maisons du quartier noble ne servaient de domicile qu’à un ménage à la fois. Par conséquent, là où les édifices destinés au bas peuple se ressemblaient tous, toutes les maisons des nobles étaient personnalisées. En résultait un véritable kaléidoscope de couleurs à travers toutes les rues, qui, en outre, étaient garnies de plusieurs arbres (dont des cerisiers). Alors que la diligence continuait sa route en empruntant la voie principale, les jumeaux pouvaient déjà apercevoir la magnificence du Palais Royal qui se dressait au loin. Celui-ci était également précédé d’une sorte de torii aux côtés duquel se tenaient deux gardes qui avaient directement reconnu la carriole de la patronne de la garde et qui laissèrent donc passer le convoi sans objection. A ce moment-là, Rin commençait pour de bon à remarquer le fossé qui séparait son monde de celui de Miku. La commandante était en effet une personne très respectée (la jeune fille blonde le savait déjà), mais elle avait son ticket d’entrée pour se rendre absolument partout. Personne dans cette ville n’aurait osé la contredire. Rin se plaça de nouveau aux côtés de son frère qui était toujours en train d’observer le Palais. Celui-ci était composé de trois parties, la centrale étant la plus impressionnante. Les murs étaient d’un blanc immaculé, mais les décorations nombreuses qui ornaient ceux-ci apportaient un certain faste à l’ensemble. Les colonnes qui marquaient l’entrée du palais étaient rouges, et de nombreux bibelots couleur or ou argent complétaient le tout. Le toit, quant à lui, revêtait un gris sombre. Les deux autres parties adjacentes étaient assez semblables, si ce n’est qu’elles comportaient un étage de moins. Plus à l’est se trouvait le grand quartier général de la garde royale. Miku annonça aux jumeaux qu’ils allaient devoir tout d’abord rencontrer la Reine Luka, et que, par la suite, ils allaient apprendre à connaître cet endroit. De l’extérieur, celui-ci s’avérait assez cossu, tout en briques rouges, et équipés de remparts solides en pierre noire. On pouvait aussi entre-apercevoir l’immense terrain d’entraînement de l’armée. Quelques minutes plus tard, la diligence s’arrêta juste devant la porte d’entrée de la partie centrale du Palais. Une servante vint ensuite accueillir le groupe et leur ouvrit la porte du véhicule, alors que d’autres serviteurs s’étaient déjà affairés à décharger les bagages de tout le monde. Miku sortit la première, ensuite vinrent Rin et Alys, suivis de près par Gumi qui passait encore son temps à les surveiller d’un air suspicieux. Puis vint le tour de Len, alors que Yuma ferma la marche et claqua la porte de la diligence.

    -   Bienvenue Madame, dit calmement la servante en direction de Miku.
    -   Bonjour Meiko, la Reine va bien ? répondit la commandante.
    -   Très bien, elle vous attend par ailleurs.
    -   Parfait, laissez-nous cinq minutes et nous arrivons…

    Miku fit alors un signe de la main en direction des membres de son groupe, et tous se dirigèrent vers le hall d’entrée du Palais. A peine furent-ils entrés depuis quelques secondes que les jumeaux blonds marquaient une pause, immobilisés par la splendeur et la beauté des lieux. Le hall était en réalité un long et large couloir de plusieurs dizaines de mètres. Des deux côtés, on voyait plusieurs portes qui menaient vers différentes pièces. Plusieurs domestiques vaquaient à leurs occupations, et passaient d’une pièce à une autre via ce couloir, qui constituait le véritable centre du château. Rin et Len furent happés par les tableaux et les bibelots en or massif (ou autres métaux précieux) qui décoraient tout le hall. Il était certain que tous les notables étrangers ne pouvaient être qu’impressionnés une fois entrés dans le Palais Royal de Kuni. C’était également un moyen de montrer sa richesse aux yeux du monde. Le plafond était également très haut, et paré de dorures gravées du plus bel effet. Alors que les jumeaux restaient immobiles, Miku interrompit leur concentration pour les mener vers l’une des pièces de droite. Il était temps pour eux de s’habiller avant de rencontrer la Reine. Alys devait également les accompagner. Alors qu’ils étaient occupés à enfiler leur nouvelle tenue de service, Miku passa en revue les principales règles du protocole :

    -   Comme vous l’avez certainement déjà remarqué, la marche à suivre est très stricte lorsque l’on se trouve devant la Reine. Tout d’abord, vous devez vous avancer d’un pas vers son trône et lui faire un salut. Puis, vous attendez qu’elle vous adresse la parole. Cela ne devrait pas durer, mais ne prononcez pas un mot avant elle, c’est bien compris ?
    -   Oui, chef ! répondirent Rin et Len ensemble.
    -   Et puis, vous êtes priés d’utiliser le terme « Majesté » lorsque vous vous adressez à elle. Tout autre mot est considéré comme malpoli. Alys, je suppose que tu connais déjà tout cela ?
    -   Oui, Madame… rétorqua calmement la jeune fille à la tresse.

    Len lança alors un regard en direction de sa sœur, et lui glissa subrepticement : « Ils n’en font pas un peu trop, là… Elle est coincée à ce point, la Reine ? ». Rin émit un léger gloussement de rire, mais se ravisa très rapidement en voyant l’air sérieux et austère affiché par Miku.   

    Quelques minutes plus tard, les jumeaux et Alys étaient enfin prêts. Rin et Len furent obligés de porter leur nouvel uniforme de recrue de la garde royale. Celui-ci existait en deux versions : Len portait une armure en cuir rouge clair garnie d’épaulettes noires. L’attirail de Rin était assez semblable, si ce n’est que le version féminine était un rien plus légère, et comportait une jupe à la place d’un lourd pantalon.  Meiko avait fourni un joli yukata bleu marine et noir à Alys.  Elle avait enfilé ce vêtement très précautionneusement, et s’était également recoiffée. La jeune femme allait rencontrer la Reine pour la première fois, et elle savait à quel point ceci était un privilège. Il ne fallait donc en aucun cas gâcher cet instant. Les Kagamine étaient loin de ses préoccupations et se regardèrent l’un et l’autre en souriant pendant quelques instants, avant que Meiko ne leur demande à tous de sortir de la pièce. Les trois personnes s’exécutèrent de suite et rejoignirent la servante dans le grand hall.

    -   La salle du trône se trouve juste derrière la grande porte du fond. La Reine vous attend. Suivez-moi,  dit-elle.

    Meiko se tenait à l’avant, Rin, Len et Alys suivaient, tandis que Miku, Gumi et Yuma fermaient la marche. Le groupe progressait à travers le long couloir avant de parvenir à une immense porte en bois sculpté. On pouvait y observer les armoiries de la famille royale, représentées par les plus grands artistes du pays. Meiko frappa trois fois à la porte avant d’actionner l’imposante poignée en argent. Ils entrèrent ensuite tous dans la salle du trône. Celle-ci était particulièrement lumineuse. Les murs étaient encore peints en blanc, et de nombreux tableaux présents sur ceux-ci représentaient les heures de gloire de l’histoire de Kuni. Au centre de la pièce se tenait la Reine Luka, silencieuse, et assise sur son trône. Celui-ci était d’assez simple facture. Il était construit en bois de chêne noble, et comportait quelques sculptures caractéristiques, mais rien de plus. Cependant, le baldaquin qui se trouvait au-dessus du trône palliait grandement ce manque d’allure. Il comportait de longues tentures de soie bleue et le haut était paré d’or et d’émeraude. L’ensemble donnait énormément de prestance à la personne qui avait la chance de s’asseoir à cet endroit. La Reine Luka accueillit ses hôtes avec un large sourire, alors que les Kagamine observaient en long et en large la salle. Même Alys ne put s’empêcher de contempler la richesse des lieux. Quelques secondes plus tard, Meiko prit la parole, alors que Miku et ses lieutenants restaient dans le fond de la pièce, muets :

    -   Voici les trois personnes que vous avez quémandées, Majesté.
    -   Bienvenue à vous, répondit directement la souveraine.

    Meiko fut ensuite heurtée au silence profond des jumeaux, qui avaient pourtant bien pratiqué leur rituel de salut à la Reine, et dût leur signifier dans un murmure de décliner leur identité. Len se lança :

    -   Euh… Je m’appelle Len Kagamine… euh… Majesté…

    Le manque d’assurance de son frère, dont les yeux parcouraient encore l’immensité de la salle, provoqua chez Rin un fou-rire qu’elle eût du mal à contrôler, mais elle fut rapidement rappelée à l’ordre par Meiko, qui lui demanda de se présenter également. La jeune blonde  reprit alors son calme et annonça :

    -   Je m’appelle Rin, je suis sa sœur… C’est un honneur pour moi de vous rencontrer, Majesté.
    -   Quant à moi, je m’appelle Alys, ajouta la jeune femme.

    Rin afficha ensuite une expression de satisfaction en direction de son frère. Elle avait bien mieux géré cette première rencontre que lui, qui cherchait encore ses mots.

    -   Tout l’honneur est pour moi, répondait Luka. « J’ai bien reçu les messages de Miku. Apparemment, vous pourriez lui être d’une grande aide dans l’enquête sur les meurtres des chefs de village. »
    -   Nous ferons de notre mieux, Majesté, rétorqua gentiment Rin.

    A l’arrière, Miku arborait un sourire satisfait. Cette rencontre s’annonçait sous les meilleurs auspices. Rin répondait pour l’instant parfaitement aux interventions de la souveraine. Après s’être présentée devant Sa Majesté, Rin frappa son coude vers le flanc de Len afin d’obtenir une réaction, celui-ci étant toujours perdu dans ses pensées.

    -   Oui… Nous ferons notre possible, Majesté…

    Derrière, Gumi commençait à fustiger l’attitude du garçon, et demanda à sa supérieure ce qu’il lui avait pris à l’emmener ici, celui-ci ne sachant visiblement pas se comporter correctement devant une personne de haut rang.

    Peu après, la Reine reprit la parole :

    -   Je me demande juste comment vous connaissez toutes ces informations. Dans les rapports de la commandante, cette partie n’est pas très claire…
    -   C’est parce que… commença Rin.
    -   Vous êtes pris d’amnésie, je sais, interrompit Luka. « Mais je dois vous avouer que je trouve ceci quelque peu bizarre… ». La Reine reprit son souffle et ajouta après quelques instants. « Quoi qu’il en soit, vous constituez la seule piste que nous ayons, et cette affaire m’inquiète pour l’avenir du pays. »

    Un silence encombra la salle un petit moment, les deux jeunes adolescents ne sachant pas quoi répondre à ces dernières remarques, puis la Reine s’adressa à Alys.

    -   Vous me rappelez quelqu’un…
    -   Je viens du village d’Uchi, répondit Alys qui tenait d’aiguiller la Reine dans ses recherches.
    -   Uchi, vous dites ? Vous ne seriez pas parents avec Monsieur Vo ? demanda-t-elle.
    -   C’était mon père…
    -   Ah, c’est pour cela. Je me disais que vous aviez un air de famille. En tout cas, votre père était un héros. Je l’ai un peu connu, mais sa réputation n’est plus à faire. Toutes mes condoléances en tout cas.
    -   Merci, Majesté ! conclut Alys, visiblement émue.

    Rin et Len regardèrent alors fixement leur amie. Elle leur avait caché tout sur son père, et visiblement il était très connu dans le pays. Les jumeaux commençaient à se dire que la jeune femme ne les avait pas forcément accompagnés dans le seul but de les aider. 

    Quelques instants plus tard, la Reine Luka conclut :

    -   Vous pouvez disposer, j’en ai assez entendu. Encore une fois, merci pour votre collaboration.

    Les sept personnes présentes devant la Reine exécutèrent un nouveau salut dans sa direction. Tous s’apprêtaient à partir lorsque Luka demanda à Miku de rester avec elle quelques instants pour un petit entretien. Celle-ci signifia donc à Gumi et Yuma de s’occuper des Kagamine et de les emmener dans la caserne.

    -   Je vous rejoindrai dès que je peux, finit-elle.

    Miku s’avança donc devant le trône alors que tous les autres quittèrent la salle en silence. Meiko referma doucement la porte derrière elle.

    -   Qu’y a-t-il, Ma Reine ? demanda Miku. 

    Luka se retira de son siège et descendit lentement les quelques escaliers qui se trouvaient devant celui-ci. Elle se retrouvait par conséquent à hauteur de Miku.

    -   A quel point leur fais-tu confiance ?

    Miku marqua un temps d’hésitation, cherchant à produire la meilleure réponse à cette question.

    -   Je sais qu’ils nous cachent des choses, mais ils ne sont pas particulièrement dangereux, selon moi. Et puis, je les ai confiés à Gumi et Yuma : il ne devrait donc rien se passer de grave avec ces deux personnes dans les parages. Je leur ai également demandé de me rapporter leurs moindres faits et gestes. Quant à Alys, je me charge de garder un œil sur elle.
    -   Tu as bien fait, admettait Luka. « Je sens que des heures sombres approchent pour notre pays, et ces deux personnes pourraient s’avérer bien utiles. Mon sixième sens n’a jamais tort ».
    -   Le pouvoir que vous avait hérité de votre mère ? Vous avez eu une vision ?, demanda Miku.
    -   En quelque sorte… Et peux-tu parler plus discrètement ? Tu es la seule à connaître mon secret…
    -   Pardonnez-moi, Majesté.
    -   Bien, ça me rassure de voir que tu t’occupes personnellement de cette affaire. Tu es la seule personne en qui j’ai confiance, ici… confia la Reine.
    -   Merci beaucoup, répondit simplement la commandante. « Et ne vous inquiétez pas, je les surveille de près. »

    -------------------------------------------------

    Alors que Miku s’apprêtait à prendre congé de la souveraine, et à retrouver ses chers appartements situés dans le bâtiment de la garde, Gumi et Yuma accompagnaient Rin, Len et Alys au même endroit afin de les installer là-bas. Quelques minutes après être sorti du Palais, le groupe arriva à un portique en fer (une nouvelle fois gardé par deux soldats). Devant cette porte s’étendait un long sentier de sable fin qui menait au quartier général de la garde royale. Il était constitué d’un seul bloc, construit en briques, dans lequel se trouvaient différentes salles. Tout ce qui était nécessaire à l’armée de Kuni et à la formation des soldats se trouvait dans cet endroit, ce qui expliquait sa taille imposante. L’intérieur du bâtiment restait par ailleurs assez sommaire, en dehors de l’entrée et de quelques pièces importantes. Ici, il ne fallait pas forcément impressionner les diplomates étrangers, par conséquent la décoration n’avait que très peu d’utilité dans un centre d’opérations militaire. Le groupe entra par le bâtiment par la porte centrale. Ensuite, les deux lieutenants conduisirent Rin, Len et Alys jusqu’à leur chambre au troisième étage.

    -   Vous avez de la chance, commença Yuma. « La commandante Miku a refusé que vous ne vous mêliez aux autres recrues. En plus d’avoir un entraînement personnalisé, vous pouvez vous installez dans cette chambre personnelle. En ce qui vous concerne, Alys, nous avons pensé que vous préféreriez rester avec eux… »
    -   Merci grandement, fit Alys.
    -   C’est chouette ça ! compléta Rin.
    -   En quoi consistera notre entraînement, au fait ? demanda Len.

    Gumi coupa alors Yuma, qui s’apprêtait à répondre, dans son élan.

    -   Tu le verras bien assez tôt ! Mais, ça ne sera pas une partie de plaisir pour vous, ça je peux vous l’assurer. Vous allez regretter de ne pas vous retrouver avec les autres !

    Rin et Len ravalèrent leur salive. Depuis leur rencontre, Gumi n’avait pas adopté un ton très commode envers eux, et s’était révélée assez directe. Len se trouvait même chanceux d’avoir  écopé de Yuma comme maître de sabre, alors que sa sœur allait devoir supporter la jeune femme. Yuma était d’un naturel calme, et s’était montré réservé et silencieux jusqu’à maintenant, mais il n’avait pas l’air particulièrement sévère, tout le contraire de sa collègue.

    Les trois nouveaux arrivants se mirent donc à déballer leurs bagages dans leur nouveau lieu de vie. Miku fit alors irruption dans la chambre :

    -   Rin et Len, tenez-vous prêts, votre entraînement débute dès demain matin. Je vous conseille de ne pas vous coucher trop tard aujourd’hui, vous aurez besoin de toute votre énergie. Gumi, Yuma, suivez-moi jusqu’à mon bureau, pour qu’on discute de leur formation, exigea-t-elle.
    -   On peut savoir à quoi on va avoir droit ? demanda Rin.
    -   C’est quand même mieux d’avoir la surprise, non ? rétorqua malicieusement la commandante aux cheveux bleus.

    Gumi se mit à rire discrètement à cette dernière remarque, ce qui ne rassurait pour le moins du monde les jumeaux. Finalement, ils continuèrent à ranger leurs affaires lentement, alors que les trois hauts-gradés partirent pour le bureau de Miku.

    La soirée fut particulièrement calme, les Kagamine préférant suivre les conseils de la patronne de la garde royale. Cependant, ils éprouvèrent des difficultés à trouver le sommeil. Ils ne savaient pas encore réellement dans quelle galère ils venaient de s’embarquer. Rin et Len finissaient même par se demander s’ils allaient parvenir à rentrer chez eux. Pour la première fois, le mal du pays se faisait ressentir pour de bon, tandis qu’ils fixaient la pleine lune par la fenêtre. Alys, qui était restée avec eux tout ce temps, tentait de trouver les mots pour leur remonter le moral. Heureusement avait-elle un don pour ce genre de discours. Elle avait donc réussi à trouver les mots justes pour apaiser ses amis, et leur donner un regain de motivation avant d’affronter les difficultés de l’entraînement du lendemain.

    -----------------------------------------------

    La nuit venait de tomber. La seule lumière disponible dans les quartiers populaires de la capitale était celle reflétée par la pleine Lune qui brillait. A travers les rues étroites se glissait un homme à la frêle silhouette. Celui-ci prenait énormément de précaution quant à ses déplacements et veillait à ne pas être suivi. Finalement, il s’arrêta devant une petite maison située dans l’une des rues étroites qui bordaient l’une des nombreuses places de ce quartier de la ville. Il chercha ses clés dans sa poche, puis ouvrit une petite porte et entra. La maison était composée d’une pièce à vivre, où l’homme passait clairement le plus clair de son temps, au vu de l’état de celle-ci. Plus loin se trouvait une seconde salle, pratiquement vide. Les murs demeuraient gris et vierges de tout ornement. L’étrange jeune homme poursuivit son chemin jusque-là et fit face au mur du fond. Ensuite, il tira sur une petite corde qui fit coulisser le mur jusqu’au sol. Derrière celui-ci se trouvait un petit écran, accompagné de l’un de ces vieux combinés téléphoniques. L’homme s’empara donc de celui-ci, et l’écran s’alluma, mais il n’émit pour l’instant qu’une lumière verte. Quelques instants plus tard, le visage d’un jeune homme aux cheveux rouges s’afficha :

    -   Yohio, au rapport, Monsieur Fukase.

    Fukase, bien installé sur un énorme fauteuil Voltaire, répondit d’un air enjoué :

    -   Bonjour, mon cher Yohio ! Que me vaut ce si charmant appel de ta part ? Comment vas-tu ?
    -   J’ai un problème…
    -   Qu’est-ce qu’il y a ? Parle donc ! demanda Fukase vigoureusement.
    -   Le plan est toujours en marche pour l’instant, mais je n’ai plus de munitions…

    Yohio vit le visage de son chef s’assombrir soudainement. La nouvelle qu’il venait de lui annoncer ne lui avait certainement pas fait plaisir.

    -   Comment ça ? Tu as déjà tout utilisé ? Mais qu’est-ce que tu crois ? Toutes ces armes ne sont pas si faciles à trouver, tu sais ? Je t’avais pourtant dit de les utiliser avec parcimonie, déblatéra Fukase dans une colère noire.
    -   Je sais, mais le meurtre du troisième chef à Uchi s’est révélé plus compliqué que prévu et j’ai donc dû m’employer davantage…

    De l’autre côté de l’écran, on pouvoir voir le jeune homme tenter de reprendre son calme tant bien que mal. Puis, Yohio décida de reprendre la parole :

    -   Et, en plus, je pense que la garde royale est sur mes traces… glissa-t-il doucement.

    Fukase se leva de son siège, se prit la tête entre les mains et se mit à faire les cent pas en émettant quelques cris d’énervement. Quelques instants plus tard, il retrouva son calme et se rassit sur son fauteuil :

    -   Bon, tu en as tué combien déjà ?
    -   Trois chefs, rétorqua Yohio.
    -   Il t’en reste encore quatre ?! Et en plus le temps presse, lança Fukase.

    Celui-ci se mit à réfléchir encore pendant un long moment. Yohio n’osa pas interrompre sa concentration et resta donc parfaitement silencieux. Un peu plus tard, Fukase releva son visage.

    -   Nous allons donc passer au plan B… Je t’envoie les Genshine, je n’ai pas d’autre choix…
    -   Les Genshine, vous êtes sérieux ?
    -   Tu vois une autre solution ?

    Fukase lâcha donc des yeux son écran et appela les jumeaux :

    -   Kyuu, Roku, vous pouvez venir, mes chéris ?

    Deux jeunes garçons aux cheveux verts sortirent donc lentement de la pénombre qui entourait le fauteuil de Fukase. Les deux frères portaient sensiblement la même tenue, à savoir un tee-shirt (de couleur rouge pour Kyuu et jaune pour Roku),  un pantalon noir, et un gilet vert. Ils avaient également chacun en leur possession un grand sabre, rangé dans un fourreau blanc. Alors que Kyuu, l’aîné, arborait un air grave et blasé, Roku affichait un léger sourire.

    -   Depuis quand il nous appelle « mes chéris », celui-là ? lança Kyuu.
    -   Ne t’occupe pas. Monsieur Fukase a toujours été un peu bizarre, rétorqua Roku. 
    -   Ce n’est pas une raison.

    Les jeunes hommes s’installèrent de part et d’autre du siège de Fukase, qui se fit une joie de les présenter à Yohio :
    -   Voici Kyuu et Roku Genshine ! Ce sont mes meilleurs éléments. Je vais te les envoyer afin qu’ils puissent t’aider dans ta tâche… Pour les munitions, je ne pourrais pas t’en fournir pour l’instant, et donc, tu devras te débrouiller avec eux.
    -   Merci beaucoup, Monsieur, répondit l’homme blond.
    -   Kyuu, Roku, préparez-vous, s’il vous plaît, et rendez-vous au téléporteur, demanda Fukase. « Et Yohio, je n’accepterai plus aucun échec, surtout avec ces deux-là de ton côté, c’est bien compris ? »
    -   Oui, Monsieur.
    -   A bientôt, mon cher Yohio.
    -   Au revoir, Monsieur.

    Fukase mit ainsi fin à la conversation. Il eût ensuite un regard satisfait envers les Genshine, et se mit à leur sourire, mais il fut vite refroidi par les protestations de Kyuu.

    -   Et on ne nous demande pas notre avis à nous ?

    Roku tenta alors de faire taire son frère, mais rien n’y fait. Celui-ci aurait bien aimé être mis au courant avant de partir dans l’inconnu, dans un autre monde. Finalement, Roku parvint à calmer son jumeau, et Fukase put prendre la parole.

    -   Je n’ai pas vraiment le choix, tu sais ? Vous seuls pouvez aider Yohio, confirma le chef.
    -   Qu’est-ce qu’on y gagne, à la fin ? demanda l’aîné.
    -   Une place de choix dans mon organisation quand le plan sera terminé. Et je peux augmenter ta paye aussi… Et enfin, n’oublie pas tout ce que tu me dois déjà. Sans moi, vous deux serez déjà morts… termina Fukase.
    -   Oui, oui, on a bien compris, fit Roku, qui voulait calmer le jeu. « Nous allons nous préparer ».

    Quelques dizaines de minutes plus tard, trois personnes se tenaient devant un portique émettant une forte lumière bleue. Kyuu continuait de pester alors que Roku fermait simplement les yeux. De loin, Fukase observait les jumeaux qui se tenaient par la main avant de se lancer vers le halo, et disparaître dans un bruit assourdissant. Il quitta ensuite la pièce le sourire aux lèvres en émettant un rire narquois.

    Les Genshine venaient de faire leur entrée dans Sekai.

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #10 le: 18 juillet 2016, 21:51:31 »
    Salut !

    En tant que prince du double-post, je mets ici le chapitre 6.

    Bonne lecture !

    N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires ou vos remarques !

    Spoiler
    Chapitre 6 : The Raising Fighting Spirit

    - Debout là-dedans, on se bouge !

    Le trio qui dormait dans la petite chambre fut bien surpris par ce réveil brutal. En effet, la voix forte de Gumi avait levé de leurs lits Rin, Len et Alys assez prématurément (sans compter le fait qu'elle tambourinait sans arrêt sur la porte en bois). Les jumeaux savaient bien que leur programme d’entraînement débutait ce jour même, et que celui-ci s’annonçait particulièrement ardu. Toutefois, ils s’étaient mis à l’idée que les formateurs leur laisseraient leur dernière nuit tranquille, et qu’ils allaient pouvoir se reposer jusqu’à l’aube. Or, le soleil ne s’était pas encore levé. Les trois personnes, encore somnolentes, commençaient à peine à entrouvrir les yeux difficilement.

    - C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? insista Gumi.

    Rin finit tant bien que mal par se lever du lit inférieur, et partit doucement ouvrir à la jeune guerrière énervée. Len se retourna vers le mur en soufflant, tandis qu’Alys s’asseyait tranquillement et observait le pas de la porte. Elle y vit le visage rouge écarlate de Gumi, puis Yuma un peu plus en retrait, calme comme à son habitude.

    - Vous êtes encore là ?! On vous avait pourtant bien demandé de vous tenir prêts pour l’entraînement ! hurla la lieutenante.

    - C’est que… On ne pensait pas que vous viendriez si tôt… murmura Rin, encore dans les vapes.

    Cette dernière phrase provoqua la fureur de Gumi.

    - Mais vous vous croyez où ? C’est la garde royale, ici, pas un camp de vacances. Il n’est pas question que je vienne vous réveiller tous les matins.

    Devant la colère mal contenue de sa collègue, Yuma se vit obligé d’intervenir.

    - C’est bon… dit-il. « C’est leur premier jour, ils n’ont pas encore l’habitude. Laisse-leur du temps… », conseilla-t-il.

    - Ouais, mais ils ne partent pas gagnants, rétorqua la jeune femme.

    Elle posa ses yeux sur Rin et Len, qui s’étaient maladroitement réfugiés dans un coin de la pièce.

    - Bon, bougez-vous, je vous attends dans la cour intérieure dans vingt minutes. C’est bien compris ?

    Cette dernière réplique à peine sortie de sa bouche, Gumi retourna sur ses pas, et rejoignit le lieu de rendez-vous, le visage toujours marqué par l’impatience. Yuma avait jugé bon de rester quelques instants supplémentaires, afin de ne pas paraître trop rude auprès de ses nouveaux disciples.

    - Ne vous inquiétez pas, elle est très impulsive, ça va lui passer.

    Rin et Len appréciaient beaucoup les tentatives de consolation de Yuma, mais peinaient encore à trouver leurs mots.

    - Par contre, il va tout de même falloir vous y faire. La discipline est très importante ici, annonça-t-il. « Je vous laisse vous préparer. Dépêchez-vous si vous ne voulez pas vous attirer l’ire de ma charmante collègue une nouvelle fois. »

    Les jumeaux ne purent que répliquer un simple « merci », et exécutèrent tout de suite les ordres. Len se dirigea vers un minuscule cagibi adjacent à la chambre pour se changer, alors que Rin préparait encore son équipement. Après quelques minutes, le frère Kagamine fut paré. Cependant, il fut interloqué par le visage inquiet de sa sœur.

    - Qu’est-ce qu’il se passe ?

    - Je pense qu’elle est inquiète par rapport à Gumi, suggéra Alys.

    - C’est pour ça ? demanda Len.

    Rin ne répondit que par un léger hochement de tête significatif. Elle avait tenté de rester forte depuis sa rencontre avec Gumi, mais elle ressentait une certaine crainte à l’idée de côtoyer sa formatrice au caractère imprévisible pendant un long moment. Len se rassit aux côtés de sa sœur, et lui murmura :

    - Tu n’as pas à t’inquiéter, elle ne pourra pas te faire de mal. Miku lui a interdit.

    La jeune fille blonde releva les yeux vers son frangin.

    - Et puis, elle ne sait pas encore de quoi tu es capable… Je suis certain que tu peux l’étonner, argumenta le frère.

    Ses derniers mots calmèrent légèrement l’inquiétude de Rin. Elle ressentait toujours une certaine appréhension à l’approche du premier entraînement, mais regorgeait d’envie de prouver sa valeur.

    - Il y a aussi une autre chose dont je veux te parler, ajouta-t-il.

    Rin ne répondit pas, et attendait sagement la suite du discours.

    - On sait bien que Gumi et Yuma sont chargés de nous surveiller, et donc, il nous faut rester vigilant. En plus d'être concentrés sur l'entraînement, il ne faut pas nous trahir.

    - Ça, je le sais bien, ajouta Rin.

    - Je trouvais que ce n'était pas bête de le répéter.

    Quelques dizaines de minutes plus tard, le trio descendit vers la cour, et retrouva Gumi et Yuma, qui étaient également accompagnés de Miku. Celle-ci s'avança vers eux, le sourire aux lèvres (ce qui était relativement rare) et s’adressa à eux :

    - Enfin, nous y voilà, c'est le grand jour ! Je vous laisse entre les mains de Gumi et Yuma. Vous me ferez le plaisir de leur obéir au doigt et à l’œil. Vous êtes maintenant des recrues de la garde royale, et malgré votre statut particulier, vous êtes grandement priés de respecter les ordres, c'est compris ?

    - Oui, chef ! rétorquèrent ensemble les jumeaux.

    - Parfait, je retourne à mes affaires alors.

    Miku leur lança un dernier regard et reprit la route de son bureau. Juste avant, elle demanda à Alys de quitter le périmètre de la caserne durant les sessions d'entraînement des Kagamine. Comme elle ne s'était pas engagée au sein de la garde, elle n'avait pas le droit de rester là.

    - Malheureusement, vous n'avez pas l'autorisation d’assister aux formations. Vous avez toutefois le droit de sortir dans la ville. Cependant, faites attention, certains quartiers de la ville sont dangereux, et je ne suis pas responsable de vous.

    - Je comprends, répondit Alys. « Je resterai vigilante ».

    - J'essaierai de vous trouver quelque chose à faire d'ici les prochains jours.

    Alys ne savait pas vraiment comment prendre cette remarque. Était-elle considérée comme une personne totalement inutile ? Elle s'était en quelque sorte imposée dans le groupe, et tentait encore d'y trouver sa place, en dehors de son rôle de soutien pour les jumeaux. Juste avant de partir, elle eût un dernier regard pour Rin et Len, et leur glissa quelques mots : « Bon courage ! Montrez leur ce que vous valez ».

    – -------------------------------------- –

    La cour intérieure de la caserne était vide. En effet, les autres recrues s'entraînaient sur le terrain officiel situé de l'autre côté du bâtiment. Miku désirait plus que tout que la formation des deux adolescents blonds se passe dans le plus grand calme, loin des autres recrues. En outre, cela ne pouvait que faciliter la mission de surveillance de ses deux lieutenants. Rin et Len se tenaient donc au milieu de la cour, juste en face de leurs deux maîtres. Gumi affichait déjà un sourire sadique. Elle était particulièrement satisfaite de ce qu’elle et son comparse avaient prévu pour les deux nouveaux. Le visage de Yuma restait grave et impassible. Après un simple « On va commencer », lancé par le samouraï, Gumi partit chercher quatre sabres en bois. Yuma apporta également un tonneau en métal de taille moyenne.

    - Nous n'avons le droit qu'à des sabres en bois, demanda Len. « Quand allons-nous avoir une vraie arme ? »

    Gumi s'apprêta à lui répondre violemment, mais elle fut arrêtée juste à temps par Yuma, qui lui stipula que le jeune homme était son disciple et qui lui incombait de répondre à sa question.

    - Une chose à la fois, veux-tu ? Nous devons d'abord observer à quel point vous savez déjà maîtriser une arme blanche. Mais crois-moi, tu n'es pas au bout de tes surprises !

    - Et ce tonneau, à quoi il sert ? demanda Rin.

    - Très bonne question, ça ! compléta Gumi. « Tu veux y répondre, Yuma ? » La jeune guerrière à la tenue orange continuait d'émettre quelques gloussements de rire entre-temps. Ce qui ne rassurait pas le moins du monde les jumeaux.

    Le lieutenant aux habits noirs avait en effet apporté avec lui un lourd tonneau, qu’il tenait à bout de bras. Celui-ci contenait un liquide verdâtre, dans lequel Gumi s’empressa de tremper les quatre sabres, avant de les ranger dans leurs fourreaux et d’en restituer deux à ses jeunes élèves. Puis, Yuma donna une explication.

    - Gumi vient d’engluer tous nos sabres de poison. Une seule touche et vous êtes finis. Votre but, pour ce premier exercice, est de nous toucher au moins une fois. Rin, tu combattras avec Gumi, tandis que toi, Len, tu devras t’opposer à moi.

    Les jumeaux sursautèrent soudainement. « Mais vous êtes fous ! On pourrait se tuer, vous et nous. », ajoutèrent-ils ensemble. « Je ne vois pas l’intérêt », conclut Len.

    Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Yuma se lança vers lui à une vitesse vertigineuse. Son sabre était déjà dégainé. Cependant, Len parvint à bloquer l’attaque grâce à ses bons réflexes. Un peu plus loin, Rin, qui avait observé son frère se faire attaquer, se tenait prête à endurer l’assaut de sa formatrice. Elle tremblait quelque peu, un mélange de peur et d’excitation. Elle-même, sur le moment, trouvait ce sentiment bizarre, car elle ne l’avait encore jamais vraiment ressenti. Pour la première fois, elle se trouvait réellement en danger. La jeunette essayait tant bien que mal de garder son calme, alors que son frère continuait à lutter contre les coups de sabre répétés de Yuma. Gumi avait adopté une stratégie différente de celle de son collègue : elle se rapprochait lentement de sa cible et attendait une réaction. Rin avait déjà pu expérimenter pendant quelques temps les méthodes de combat de la lieutenante de Miku, lorsqu’Alys et elle avaient tenté de s’infiltrer dans la caserne d’Uchi. Elle adoptait ici la même technique. Elle patientait. Rin se vit alors dans l’obligation de réagir, sans quoi le combat allait tourner court. Elle ne savait pas, en effet, quels autres tours Gumi pouvait lui jouer. La jeune blonde se lança alors vers son ennemie, en frappant verticalement le sabre vers elle. Gumi, comme toujours, esquiva plutôt facilement le coup. Et, de la même manière que l’officier d’Uchi, Rin perdit l’équilibre. Elle réussit pourtant à ne pas toucher la lame empoisonnée du sabre, et à se reprendre. Peu de temps après, elle refit face à son opposante qui ne bougeait plus d’un cil. La sœur Kagamine resta prostrée, réfléchissant à une autre stratégie. Pendant ce temps, Yuma attaquait toujours aussi violemment Len qui ne pouvait que parer ses attaques.

    - Défends-toi, lui hurla le maître.

    Le jeune garçon était complètement perdu. De plus, il était décontenancé par l’information qu’il venait de recevoir. S’il touchait son formateur, c’était pour le blesser, voire pire. Au final, il n’était pas encore préparé à cela. Ces hésitations se remarquaient dans son style de combat actuel, il n’essayait pas de riposter. De l’autre côté de la cour, Rin et Gumi s’observaient toujours dans le blanc des yeux, quand tout à coup, la première se décida à lancer une nouvelle attaque, similaire à la précédente. Gumi s’apprêtait à pratiquer la même esquive, mais, à cet instant précis, Rin laissa traîner sa jambe juste à côté de celles de Gumi. D’un simple mouvement, elle lui fit perdre l’équilibre et la guerrière aux cheveux verts tomba sur le sol. Alors que Rin s’apprêtait à la frapper à l’aide de son katana en bois, son adversaire retira rapidement son sabre de son fourreau afin de parer l’attaque. Rin continuait à pousser sur son épée pour atteindre Gumi, sans succès. Elle recula ensuite de plusieurs pas, laissant donc la possibilité à son adversaire de se relever. Len se trouvait toujours en difficultés dans son combat, Yuma ayant révélé au grand jour sa force ahurissante. Lors d’un instant de pause durant leur opposition, le blondinet se lança sans trop réfléchir vers le samouraï qui le désarma facilement, le fit tomber et mis rapidement fin à son assaut. Yuma tenait le jeune homme en joug. Pendant ce temps, Rin faisait une nouvelle tentative visant à atteindre la lieutenante. Prise par la hâte du combat, elle contrôla moins bien cette nouvelle attaque. Gumi parvint alors également à lui ôter son katana des mains. Son sabre englué de poison lui effleura le bras, provoquant chez la jeune fille une brûlure lancinante.

    - Je pense qu’on va s’arrêter là, fit Gumi.

    Len observa sa sœur gisant sur le sol, inquiet. Elle venait d’être touchée par le poison, et il ne savait pas encore ce qu’il allait advenir d’elle.

    - Et qu’est-ce qu’on fait pour Rin ? demanda-t-il, affolé.

    - Elle est hors de danger, lui rétorqua Yuma. « Le poison était un leurre. En fait, il ne provoque que des brûlures. »

    Rin, qui s’était rassise dans la terre, fixa les deux formateurs d’un regard mélangé de soulagement et d’une once de colère. A quoi pouvaient-bien servir ces mensonges ?, se demanda-t-elle.

    Les deux guerriers expérimentés avaient déjà anticipé cette interrogation, et s’empressèrent de répondre aux jumeaux, encore tétanisés par ce qui venait de se dérouler.

    - Ce premier exercice vise à vous faire comprendre deux choses, commença Yuma.

    - En fait, ces deux éléments sont liés, compléta Gumi.

    - Len, en combat, tu dois prendre tes responsabilités. Ton adversaire sera sans pitié, lui. Tu ne dois pas hésiter à frapper si tu en as l’occasion. Durant notre passe d’armes, tu n’as fait que défendre, sans jamais chercher à contre-attaquer. Toi, ainsi que ton ennemi, vous battez avec des instruments de mort. Il faut que tu aies conscience de cette situation, et que tu passes outre tes hésitations. Sans quoi, tu ne survivras pas. C’est la dure loi du monde dans lequel tu viens d’entrer, analysa le guerrier aux cheveux roses.

    - La deuxième remarque te concerne davantage, Rin, ajouta Gumi. « Comme Yuma l’a dit, tu tiens entre tes mains une arme mortelle. Tu ne peux donc pas te permettre de te lancer sans réfléchir aux conséquences, comme tu l’as fait. Sinon, tu risques de te blesser par ta faute. »

    - En gros, il vous faut trouver un équilibre entre la prise de risques et la prudence, entre l’attaque et la défense. C’est là toute l’essence, la subtilité et le secret de l’art du combat au sabre, conclut Yuma.

    Rin et Len s’étaient entre-temps agenouillés sur le sol terreux qui recouvrait toute la cour d’entraînement, écoutant attentivement les remarques de leurs maîtres. Ils éprouvaient également l’impression d’avoir énormément appris en à peine cinq minutes. Voilà donc ce que dégageaient deux guerriers de légende. Même si les jumeaux étaient toujours sous le choc de leurs récents combats, ils tombèrent d’admiration devant les deux nouveaux professeurs, et finirent même par les remercier chaleureusement pour tous ces enseignements.

    La suite de la journée s’était tout de même passée plus calmement. Après une pause d’une demi-heure, durant laquelle les deux recrues purent partager un repas frugal avec Gumi et Yuma (ils commençaient en même temps à apprendre à connaître ces deux personnes, la jeune fille aux cheveux verts se montrant pourtant toujours aussi froide et directe), ils enchaînèrent par des exercices techniques jusqu’au crépuscule. Les Kagamine avaient tout d’abord besoin d’apprendre les bases du combat au sabre.

    __ ----------------------------------------------- __

    Alys venait juste de sortir du quartier général de la garde royale. En partant, elle observait de loin l’entraînement de ses deux amis, et voyait clairement que celui-ci s’annonçait difficile. Cependant, elle savait très bien au fond d’elle-même qu’elle ne leur serait d’aucune utilité durant cette journée, et qu’il valait mieux profiter de ce temps libre pour découvrir la ville de Kyôu en détail, plutôt que de constituer une gêne à la fois pour les formateurs et les nouvelles recrues. Alys s’était déjà rendue de nombreuses fois dans la capitale, mais pas plus d’un seul jour. La plupart du temps, elle y allait sur ordre de sa mère pour lui rapporter quelques commissions. Finalement, elle ne connaissait que très peu cette cité, puisqu’elle visitait à chaque fois les mêmes endroits, et que ceux-ci se trouvaient en outre bien souvent à l’entrée de la ville. Et puis, pour la première fois, elle avait l’occasion de visiter le quartier noble, privilège très rare. Son père avait beau être un héros de la garde royale, sa famille n’étalait pas sa célébrité au grand jour, et préférait vivre dans l’intimité. Cette situation apportait quelques avantages (en grande partie, l’isolement dans le village d’Uchi leur permettait de vivre tranquillement sans pression), mais tous les membres du clan d’Alys avaient par conséquent dû faire une croix sur certains privilèges. La jeune femme déambulait tranquillement le quartier riche, s’arrêtant quasiment tous les dix mètres afin d’admirer les sakura en fleurs par cette saison. Elle s’assit quelques temps au pied d’un de ceux-ci, et fit une pause. Elle réfléchit quelques instants au sujet de la véritable raison qu’il l’avait poussée à suivre les jumeaux. Bien sûr, elle s’était attachée à eux très rapidement, mais elle ne pouvait nier que sa venue avait également un rapport avec le passé de son père. Elle ne l’avait que très peu connu, puisqu’il fut tué durant la Grande Guerre Magique alors qu’elle n’avait que six ans, mais elle en gardait un souvenir impérissable. Depuis des années, elle mourait d’envie de découvrir ce qu’il l’avait poussé à s’engager dans cette guerre, à abandonner sa famille. Ce sentiment s’était une fois de plus ravivé après la rencontre avec la Reine Luka. Alys savait parfaitement que le statut qu'avait acquis son père avait forcément un lien avec son secret de famille.

    Elle finit par se relever et reprendre sa route vers le quartier populaire. En effet, si la partie noble de la ville était sans hésitation la plus jolie de toutes, l’essentiel de la vie de Kyôu se passait plus loin. Là-bas, on pouvait y trouver les marchés artisanaux, les artistes qui y donnaient quelques spectacles au milieu des rues. Bref, de l’animation ! Et c’était justement ce qu’Alys recherchait pour cette journée. Elle commença donc par franchir le pont qui reliait les deux parties de la cité, et passa dans le quartier populaire à l’aide d’un laisser-passer préalablement confié par Miku (en fait, celui-ci lui serait plus utile pour revenir à son point de départ). Elle présenta ce document au garde, qui la laissa passer en lui affichant un sourire radieux, et non sans la prévenir une nouvelle fois du danger que pouvait constituer cette partie de la ville. Il s’agissait là d’une habitude chez les sentinelles placées sur le pont, les habitants du quartier noble étant réputés relativement naïfs et peu prévenants. Et les brigands de la plus grande partie de la cité ne se privaient pas pour en profiter. Alys franchit l’immense portique en bois, et arriva en direction d’une petite place sur laquelle était amassés une petite dizaine de commerçants. Le bruit des conversations entourait tout le forum, et la jeune femme à la tresse était déjà enchantée par cette ambiance. Au milieu de la population grouillante, elle aperçut un groupe de jeunes enfants, apparemment menés par un jeune garçon aux cheveux rouges assez efféminé. Elle passa devant eux sans crier gare, alors que chaque membre du groupe s’était mis à l’observer attentivement. Tandis qu’Alys continuait sa promenade tranquillement, le groupe de jeunes s’approchait d’elle dans une sorte de formation en triangle. Ils étaient cinq : l’un d’entre eux s’empara de la tête d’Alys, après avoir effectué un splendide saut, et lui banda les yeux à l’aide d’un foulard noir. Dans le même temps, le leader du groupe, assisté d’un autre garçon, s’occupait à attacher Alys autour de la taille, tandis que les deux derniers lui prirent les jambes. La jeune femme perdit l’équilibre et tomba tête la première sur le sol. Les cinq malfrats eurent ensuite tout le temps nécessaire pour finaliser leur prise et l’emmener. Alys, inconsciente à la suite du choc, était fait prisonnière de manière assez déroutante.

    Quelques heures plus tard, elle se réveilla en plein milieu d’une pièce sombre dont la seule lumière émanait d’une énorme bougie. La salle ne disposait d’aucune fenêtre, et il lui était donc impossible de deviner l’endroit où elle venait d’être enfermée. La villageoise ouvra lentement les yeux et aperçut progressivement deux silhouettes : la première était assez petite, elle reconnut rapidement le garçon qui venait de l’attirer dans un guet-apens. La deuxième ombre était clairement celle d’un homme adulte. La lumière jaune émise par la bougie faisait ressortir ses cheveux d’un bleu éclatant. Il portait majoritairement des habits bleus, mais une énorme veste blanche qui traînait presque sur le sol recouvrait le tout.

    - Quelle bonne prise tu as eu là, Namine. L’homme mystérieux félicita grandement son disciple.

    - Merci, Monsieur. Je l’ai vu sortir du quartier noble, et donc je me suis dit qu’elle devait posséder un bon paquet de richesses sur elle, répondit Namine Ritsu, le jeune garçon efféminé aux cheveux rouges.

    - Sur ce point-là, tu t’es peut-être un peu trompé. Elle n’a aucun objet de valeur sur elle. Mais si elle provient du quartier noble, on devrait pouvoir lui soutirer pas mal d’argent, ne fut-ce que grâce à la rançon.

    - Attention Monsieur, elle se réveille ! prévint le jeune garçon.

    L’homme interrompit directement son discours et s’adressa directement à Alys, qui le fixait dans les yeux.

    - Bon, tu vas me dire d’où tu viens tout d’abord, quelle est ta famille ? L’homme adopta volontairement un ton extrêmement direct.

    - Vous pourriez au moins vous présenter, plutôt que de paraître malpoli. Et aussi en profiter pour me dire ce que je fais ici. Alys ne se montra absolument pas impressionnée et parvint à continuer de parler de manière très calme.

    - Pardonnez mon impolitesse. Je me nomme Kaito, mais on m’appelle aussi « Le Parrain ». Je suis pour ainsi dire, le patron de cette partie de la cité.

    - Enchanté. Mais qu’est-ce que vous voulez de moi ?

    - Que tu nous dises d’où tu viens, pour qu’on puise savoir ce que l’on peut soutirer de toi ou de ta famille. Je suis certain que tu viens d’une des familles les plus importantes du quartier noble, non ?

    - Vous vous trompez complètement. Je viens du village d’Uchi, à quelques dizaines de kilomètres d’ici.

    Kaito lança donc un regard noir vers Namine. Ce qui s’annonçait comme une excellente prise en vue d’une rançon s'avérait finalement ne pas être une si bonne affaire que ça.

    - Pourtant, Namine t’a bien vu sortir du quartier riche. Qu’est-ce que tu faisais là-bas ?

    - Je venais de la garde royale, annonça Alys.

    - La garde royale, dis-tu ? Ça c’est intéressant !

    Namine Ritsu tira alors la manche de la veste de Kaito, comme pour intervenir.

    - Monsieur, ce n’est pas un peu dangereux de se mêler à la garde royale ?

    - Mais non, Namine. Si nous restons fins et intelligents, nous pourrions recevoir un bon paquet de pognon en échange de la fille ! Quel est ton nom par ailleurs ? demanda-t-il.

    - Alys, rétorqua-t-elle simplement.

    - Quel joli nom !

    Kaito s’adressa ensuite à ses deux comparses qui étaient restés terrés à l’entrée de la cellule.

    - Détachez ses liens, et enfermez là ici en attendant. Je vais de ce pas écrire une lettre pour la garde royale.

    Les deux hommes s’exécutèrent, alors que Kaito s’éloignait paisiblement dans la pénombre. Alys, quant à elle, ne broncha pas et ne paniqua aucunement. Cependant, elle guettait la première occasion à sa disposition pour s’enfuir de cet endroit.

    __-------------------------------------------__

    Alys était toujours prisonnière dans sa cellule, et faisait les cent pas en cercle. Elle resta toutefois d’un calme imperturbable. Soudain, un sbire de Kaito frappa à la porte pour la prévenir qu’il venait lui apporter de la nourriture. Prudemment, elle s’approcha de la porte, et entendit très clairement deux voix différentes. Visiblement, Kaito n’était pas assez imprudent pour permettre à Alys de s’échapper en se défaisant d’une seule personne. Peu après, une jeune femme munie d’un plateau d’assez petite taille entra dans la cellule. Alys restait assise en plein centre de la pièce et ne bougea pas d’un cil. L’autre disciple de Kaito était resté posté à l’entrée de la salle. Juste au moment où la serveuse s’abaissa à hauteur de la jeune femme à la tresse, celle-ci lui asséna un coup tranchant à l’arrière de la nuque, qui la mit knock-out sur le coup. A cet instant, l’autre soldat se rendit compte du danger que constituait la prisonnière et se lança vers elle, uniquement armé d’un long couteau. Alys esquiva habilement son coup de couteau avant de lui passer un enchaînement de coups de pieds violents dans le ventre, et de lui faire perdre l’équilibre à l’aide d’un fauchage habile visant ses deux jambes. L’ennemi au sol, Alys put prendre facilement le contrôle et lui fit perdre connaissance en lui pratiquant un petit étranglement dont elle avait le secret. Toute cette manœuvre avait pu être exécutée sans le moindre bruit, si ce n’était le claquement du plateau de nourriture sur le sol sablonneux de la cellule. La porte toujours ouverte, la fille à la tresse s’extrayait subrepticement de sa prison. Elle progressa lentement à travers les couloirs sombres qui s’étendaient devant elle à perte de vue, toujours à l’affût de l’arrivée de l’un ou l’autre ennemi. Quelques secondes plus tard, Alys se retrouva nez à nez avec une énorme porte en bois qu’elle ouvrit prudemment. Elle se retrouva dans ce qui ressemblait vaguement à une salle de réunion où se trouvaient six personnes, dont Kaito, qui furent bien étonnés par sa présence. Ils hésitèrent un instant, mais les hommes se dirigèrent finalement vers la jeune femme étant donné que leur parrain avait donné l’ordre de s’emparer d’elle. Alys ferma les yeux un dixième de seconde, comme pour se concentrer, et se plaça en position de combat. Les cinq hommes de Kaito se rapprochaient toujours d’elle, munis de leurs armes d’une qualité lamentable. En effet, contrairement à la garde royale, Kaito ne pouvait trouver assez d’argent pour fournir à ses hommes un arsenal assez performant. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était lancé dans le kidnapping, les demandes de rançon et autres larcins. En quelques secondes, Alys désarma les deux premiers assaillants et parvint à les repousser de quelques mètres, lui permettant ainsi de se concentrer un moment sur les trois derniers ennemis. Ces derniers tentèrent de l’encercler. Toutefois, Alys les gratifia d’un saut impressionnant qui réussit à la placer juste derrière le malfrat qui se trouvait à se gauche. Elle se retourna et le prit par le cou, son avant-bras droit contrôlant sa trachée. Elle exerça une pression sur celle-ci, ce qui fit perdre connaissance à cet inconnu, tandis que les deux autres agresseurs n’osaient même plus bouger, pétrifiés par l’étonnante habilité au combat de leur prisonnière. Elle profita de cet instant de répit pour replacer une de ses techniques de combat spéciales. Elle fit de nouveau un saut, juste dans l'espace situé au milieu de ses deux derniers ennemis et leur asséna chacun un immense coup de pied en même temps, en pratiquant une sorte de grand écart à quelques décimètres du sol. Les hommes furent sonnés et mis hors d'état de nuire. Alors qu'Alys se débarrassait des derniers gêneurs, Kaito se réfugia dans la pièce d'à côté, où se trouvait son assistante.

    - Yukari, où est Leora ? lança-t-il dans l’excitation. Il en profita également pour se dissimuler sous le bureau de la jeune femme.

    - Partie en mission, vous l'avez envoyée dans le nord de la ville, vous ne vous rappelez pas ? répondit-elle en suivant son chef dans sa cachette.

    Ils furent rapidement rejoints par Namine Ritsu, qui grâce à sa petite taille, avait pu étonnement échapper aux différents assauts d'Alys. Il faut dire aussi que celle-ci ne cherchait pas à semer la désolation à l’intérieur du repère ; elle voulait juste se débarrasser simplement des hommes qui se mettaient en travers de son chemin.

    - Jamais là quand on a besoin d'elle, celle-là. Elle nous aurait bien été utile ici. Et toi, Namine, tu aurais pu me dire que cette fille maîtrisait le Koryu, l’art du combat à mains nues ! beugla le mafieux aux cheveux bleus.

    - Je n’en savais rien ! regretta le jeune garçon.

    - Oui, ben, informe-toi avant d'enlever quelqu'un alors. Si j'avais su, j'aurais rapatrié Leora ici !

    Leur conversation fut interrompue par la guerrière à la tresse qui venait de pénétrer dans le bureau. Juste en entrant, elle remarqua la porte de sortie. Elle balaya ensuite calmement la salle du regard, et observa les trois personnes accroupies lâchement sous le bureau situé dans le coin de la pièce. Elle les fixa tout en restant d’un calme olympien, puis leur demanda avec le sourire.

    - La sortie, c'est bien par-là ?

    - Oui, répondit timidement Kaito.

    - Merci bien !

    Alys prit alors la direction du quartier populaire. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour retrouver son chemin, et pour retourner vers le quartier général de la garde royale. Cette journée s'était avérée bien plus animée que prévu, et la jeune femme avait bien envie de son reposer pour de bon.

    Au repaire des mafieux, Kaito, Yukari et Namine étaient restés cachés plusieurs minutes sous le bureau de la secrétaire. Kaito reconnut ensuite les lieux et remarqua les dégâts causés par l'étonnante fille qu'il pensait avoir sous son emprise. Il serra les dents et se retourna vers Yukari.

    - Appelle-moi Leora tout de suite ! Cette Alys va apprendre qu'on ne se moque pas impunément de Kaito !

    __ --------------------------------- __

    A plusieurs dizaines de kilomètres de là, le soleil venait de se coucher. Les lumières fournies par les lampions qui parsemaient le village de Furisato, situé tout à fait au nord de l'île de Kuni, venaient à peine de s'allumer. Le hameau regorgeait encore d'activité à cette heure-là. Trois ombres mystérieuses s'approchèrent de l'entrée du village, et s'arrêtèrent juste à l’orée de la forêt.

    - Le quatrième chef est celui de Furisato. Comme tous les autres, sa demeure est située dans les environs du centre du village. C'est notre prochaine cible, annonça un blondinet.

    De derrière lui sortirent de la pénombre deux jeunes garçons aux cheveux verts, leurs mains respectives posées sagement sur leur sabre.

    - On y va quand ? vociféra Kyuu, qui commençait à s'impatienter. « Ça devient long là ! ».

    - Tu ne peux pas patienter un instant, mon petit ? Yohio se montra particulièrement familier avec le frère Genshine. « On ira une fois la nuit tombée, les sentinelles du village seront moins sur les gardes ».

    Le visage de Kyuu changea subitement. Lui, qui affichait un sourire discret il y a quelques secondes, arborait désormais une expression de colère. Il retira une partie de son sabre de son fourreau, et s'adressa vindicativement à Yohio :

    - Tu m'as appelé comment ?

    Le sbire blond avait déjà compris que sa dernière réplique n'avait pas plu à son collègue. La réputation des jumeaux Genshine, et plus particulièrement de Kyuu et son mauvais caractère, n'était plus à faire, mais Yohio était tout de même étonné de voir le jeune garçon aussi susceptible.

    - Je suis désolé, rétorqua-t-il doucement, en essayant de calmer le jeu.

    - Je préfère ça, conclut Kyuu, alors que Roku le prit par les bras pour l'éloigner et le calmer.

    - Ce n'est peut-être pas le moment de se quereller, conseilla Roku.

    Kyuu fit fi de la remarque de son frère. « Encore une réflexion comme celle-là, et je t'entaille ! ». Yohio commençait à montrer lui aussi une mine renfrognée, ce qui conduisit Roku à s'excuser de nouveau pour le comportement de son jumeau.

    L'atmosphère s'apaisa après plusieurs minutes, alors que le trio guettait le meilleur moment pour entrer dans le village de Furisato.

    Hors ligne Hakuro-Kaoru

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #11 le: 02 août 2016, 21:45:53 »
    Spoiler
    Et bien, elle se défend bien la petite ALYS ! Voilà qui donne un tout autre regard sur le personnage. Et ça promet de lui donner un rôle important ;)
    Ca m'a fait rire comment Kaito passe pour un lâche, d'habitude je ne l'imagine pas comme ça x)
    Pas mal le passage de l'entrainement, ça me fait penser à ce qui se passe généralement dans les manga (le faux poisons, la "leçon de morale". Je suis sûre que Rin et Len apprendront vite ;)
    Au fait, je suis impressionnée par ta capacité d'adaptation. Tu as demandé l'autorisation d'utiliser mes jumeaux à la fin du chapitre 4, et ils apparaissent déjà dans le chapitre 5 (encore merci d'ailleurs ^^). Là, Leora apparait à JE, et elle est déjà mentionnée dans le chapitre 6. Tu improvises bien ^^
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    Re : Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #12 le: 05 août 2016, 17:54:42 »
    Spoiler
    Spoiler
    Et bien, elle se défend bien la petite ALYS ! Voilà qui donne un tout autre regard sur le personnage. Et ça promet de lui donner un rôle important ;)
    Ca m'a fait rire comment Kaito passe pour un lâche, d'habitude je ne l'imagine pas comme ça x)
    Pas mal le passage de l'entrainement, ça me fait penser à ce qui se passe généralement dans les manga (le faux poisons, la "leçon de morale". Je suis sûre que Rin et Len apprendront vite ;)
    Au fait, je suis impressionnée par ta capacité d'adaptation. Tu as demandé l'autorisation d'utiliser mes jumeaux à la fin du chapitre 4, et ils apparaissent déjà dans le chapitre 5 (encore merci d'ailleurs ^^). Là, Leora apparait à JE, et elle est déjà mentionnée dans le chapitre 6. Tu improvises bien ^^
    Ah, ALYS peut chacher bien des choses  ;)
    Oui, Kaito passe un peu pour un incapable, ça doit venir du fait que l'aime pas trop en temps normal, et du coup je suis plus méchant avec lui^^
    Le passage de l'entraînement, c'est mon côté "dragonballesque". Mais bien vu, ce sont effectivement les références que j'avais x)
    Merci encore pour le compliment. J'avais déjà l'idée avec tes jumeaux avant de te demander, c'est pour ça que j'ai pu écrire leurs parties assez vite. Et pour Leora, l'idée m'est venu comme ça, je peux pas vraiment l'expliquer haha... En tout cas, c'est très gentil !

    Et voilà le chapitre 7... J'espère que ça vous plaira !

    Spoiler
    Chapitre 7 - Genshine Kyuu et Roku

    Le village de Furisato était encore bien actif, même en cette heure tardive. Celui-ci était à peine plus étendu que celui d'Uchi, mais était particulièrement réputé pour son atmosphère maritime et pour son marché aux poissons, qui se tenait deux fois par semaine, du petit matin jusqu'au début de la nuit. Les touristes du monde entier se pressaient également en été pour profiter du climat agréable de la région. Grâce aux activités proposées aux visiteurs, la petite bourgade était devenue l'une des plus riches de l'île, et par conséquent, son chef profitait d'une place de choix au Conseil des Sages. Plus encore que les autres membres, son opinion était écoutée. Le village était entouré, comme les autres, d'énormes palissades de bois, sur lesquelles étaient postés à des endroits réguliers des sentinelles chargées de la surveillance des alentours. À l'extérieur du hameau, juste à l'entrée de la forêt se tenaient trois personnes, guettant le meilleur moment pour faire leur approche. Deux d'entre elles étaient des jumeaux aux cheveux verts, tandis que l'autre bénéficiait d'un physique élancé et de cheveux blond platine. Le trio restait dans la pénombre sur ordre de Yohio, le blond, qui ne voulait en aucun cas se précipiter.

    - Cachez vos armes. Nous allons tenter d'entrer discrètement, conseilla-t-il.

    Les jumeaux Genshine obéirent en silence. Kyuu, l'aîné, était bien trop impatient pour interrompre son collègue, même s'il n'appréciait pas recevoir des ordres. Roku, le cadet, était bien plus posé et faisait souvent office d'intermédiaire entre son frère et les étrangers. Souvent, il s'agissait de calmer les ardeurs de Kyuu et de présenter ses excuses à la personne d'en face. Cependant, Roku était l'unique personne au monde qui pouvait se permettre de dire n'importe quoi à son frère sans que celui-ci ne réagisse de façon impulsive. Même Fukase, leur chef, qui les avait pourtant recueillis alors qu'ils se trouvaient tous les deux dans une situation difficile, n'avait pas ce pouvoir. Les trois malfrats dissimulèrent alors leurs armes sous leurs vêtements. Yohio avait remarqué que les gardes du village se tenaient en hauteur, et n'avaient certainement pas le temps de descendre pour les fouiller. En outre, il pensait profiter de l'obscurité pour cacher au mieux ses mauvaises intentions. Le trio se dirigea alors vers la porte sud de Furisato. Celle-ci mesurait plusieurs mètres de haut, et deux soldats se tenaient en son sommet. A l'approche des trois ombres, l'un d'entre eux intervint :

    - Halte ! Déclinez votre identité !

    - Nous sommes juste trois voyageurs qui recherchons l'hospitalité pour la nuit. J'ai entendu dire que Furisato disposait des meilleures auberges du pays, en plus d'être un magnifique endroit, rétorqua Yohio très diplomatiquement.

    Roku fut impressionné par l’étrange et efficace rhétorique de son comparse, alors que Kyuu, qui n'appréciait absolument pas Yohio, se contentait de l'imiter en grimaçant, faisant au passage ricaner son frère quelques secondes. Tandis que les deux gardes considéraient les nouveaux visiteurs, Yohio glissa aux jumeaux :

    - Arrêtez, vous allez tout faire rater !

    A la suite de cette remarque, Roku retint immédiatement la manche de son frère, craignant sa réaction. Celui-ci serra les dents en signe de protestation, mais n'alla pas plus loin. Il était assez intelligent et savait que ce n'était pas le moment de se faire remarquer. Sans plus de recherches, les deux gardes laissèrent le groupe pénétrer à l'intérieur de l'enceinte de Furisato. Yohio signifia aux jumeaux de l'accompagner par un petit signe, et dès qu'ils furent à sa hauteur leur murmura :

    - Prenez garde, nous sommes entrés bien trop facilement. C'est louche !

    - C'est peut-être votre « stratégie » qui a bien fonctionné ! argumenta Roku.

    - Ça ne marche jamais aussi bien. Ils cachent quelque chose.

    Après avoir passé la grande porte des remparts qui s'était ouverte lentement, le trio passa à travers quelques rues étroites avant d'arriver vers la place principale du village. C'était à cet endroit même que ce tenait le célèbre marché aux poissons. Les trois combattants purent alors observer le grand nombre de personnes qui visitait les nombreuses échoppes. Le tout dégageait une odeur particulière, sans aucun doute causée par l'amas des différentes espèces d'animaux marins vendus.

    - Ça pue ! s'exclama Kyuu. « On doit vraiment se dépêcher ! Je ne veux pas passer une minute de plus dans un endroit pareil ! »

    Yohio aurait bien voulu lui donner raison, mais l'homme était davantage concentré sur les hordes de soldats et de gardes supplémentaires qui patrouillaient dans l'ensemble du bourg.

    - Ce n'est vraiment pas bon, tout ça ! Je n'ai jamais vu un village aussi bien gardé, murmura-t-il.

    - Il va falloir être prudent, conseilla Roku.

    - On va tout d'abord observer les alentours de l'habitation du chef, et on avisera après, finit Yohio.

    Kyuu écoutait la conversation à moitié, le visage caché sous sa veste, davantage préoccupé par l'odeur que dégageait le lieu.

    - Vous faites ce que vous voulez, Yohio. Du moment qu'on parte rapidement d'ici, lança-t-il.

    Ils se dirigèrent ensuite vers une petite ruelle à l'écart, et firent une pause. Yohio sortit de sa poche un plan détaillé du village, qu'il avait préalablement préparé, et le déplia devant les Genshine.

    - La maison du chef se trouve sur la côte, à l'extrême nord de Furisato. D'après ce que nous avons déjà vu, on peut supposer que celle-ci sera particulièrement bien surveillée. Je propose donc de se rendre discrètement là-bas dans un premier temps, et d'ensuite élaborer une stratégie.

    Sa phrase terminée, il attendait une réaction des jumeaux. Se heurtant à un silence absolu, il fit une légère mimique sur son visage.

    - Qu'est-ce que vous attendez ? demanda Kyuu quelque peu violemment. « On ne va pas acquiescer à chaque phrase. On y va, et vite ! »

    Yohio rangea alors rapidement la carte et mena les Genshine vers le cap nord du village. De loin déjà, ils purent observer l'imposante demeure du chef O'Umi. Celle-ci trahissait sa richesse, ainsi que celle de sa région. Contrairement aux autres maisons du village, son habitation était construite en pierres jaunes, typiques du coin, et de nombreuses décorations rappelant pour beaucoup l'histoire maritime du pays de Kuni ornaient les extérieurs et les jardins. Cette maison ne pouvait toutefois pas rivaliser avec la magnificence du Palais Royal de Kyôu, mais possédait bien plus de prestance que toutes les demeures de chefs de village que Yohio avait observées jusque-là, et malgré le fait que celle-ci était de plain-pied. Mais le trio n'avait cure d'observer l'architecture du bâtiment, et se concentrait surtout sur les troupes dispersées autour de celui-ci, bien plus nombreuses que les autres fois. Yohio et les Genshine ne le savaient pas, mais Miku, la patronne de la garde royale, était parvenue à dégager de nombreuses unités de soldats supplémentaires qui furent affectés à la surveillance des villages où aucun meurtre n'avait encore été commis.

    - Ils se méfient, dit Yohio. « Et ils emploient déjà les grands moyens. »

    - On pourrait tenter d'entrer en force, vociféra Kyuu, avec courage.

    Yohio n'eut même pas l'occasion d'intervenir.

    - Mais tu as vu combien ils sont ? On ne s'en sortira jamais, lui rétorqua son frère.

    - D'autant plus qu'il s'agit ici de troupes bien entraînées. Pas des fantassins habituels, compléta le jeune homme blond. « Le mieux est de tenter de trouver une entrée secrète, et de pénétrer discrètement dans le bâtiment. Ah, si seulement il me restait encore quelques munitions ».

    - Fallait pas tout gaspiller inutilement, répondit Kyuu, à raison.

    Il voulut rajouter une injonction du type « espèce d'imbécile », mais observa son frère qui lui faisait des signes et renonça à cette idée.

    Le sbire de Fukase resta silencieux.

    - Venez, on va faire le tour par la plage. Il y a peut-être un accès plus facile de ce côté-là.

    Peu de temps après, le groupe arriva sur la plage de sable jaune de Furisato. D'habitude, celle-ci était très fréquentée par les visiteurs de passage, mais il commençait à se faire tard, et le trio ne croisa que quelques groupes de jeunes. Kyuu leur adressa un regard menaçant, comme de la défiance (et en même temps, c'est l'impression qu'il cherchait à donner à tout le monde), tandis que les deux autres compagnons ne faisaient que les ignorer. Tous les trois continuaient de marcher, alors que le soleil se couchait à l'horizon, présentant un spectacle assez appréciable. Cependant, le groupe ne s’en occupait guère et avait d'autres chats à fouetter. En outre, cela ne collait pas particulièrement à l'ambiance du moment. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent une nouvelle fois près de la demeure du chef. L'entrée principale qui donnait accès à la mer était gardée, mais Yohio décela un autre passage. Il vit, en effet, caché dans les dunes, une sorte de gros tuyau qui semblait mener à leur destination.

    - Je pense que c'est là notre seul moyen d'entrée, annonça-t-il.

    - Vous plaisantez, là. Ça va nous mener où, ce truc, dans les toilettes ? beugla Kyuu.

    - Tu vois une autre solution ? Yohio s'excusa pour cette formulation un peu familière, lorsqu'il vit la main de Kyuu s'approcher dangereusement du pommeau de son sabre. « Excusez-moi, mais je ne vois pas d'autre manière de faire », reprit-il après quelques hésitations.

    Les frères, et plus particulièrement l'aîné, durent se faire une raison. Il fallait éviter le plus possible de se faire remarquer. Dans le cas contraire, tout l’ensemble de leur mission était mis en péril. Roku rappela à son jumeau que Fukase les avaient chargés d'une mission à caractère furtif, et non pas un massacre. La discrétion devait rester une priorité.

    - D'accord, nous allons encore patienter un peu, le temps que le soleil se couche pour de bon. Une fois, la nuit tombée, on pourra se mouvoir plus facilement, proposa Yohio.

    –---------------------------------------

    Il était presque une heure du matin lorsque les trois ombres s'approchaient de l'endroit qu'elles avaient auparavant désigné comme point d'entrée. Les guerriers progressaient prudemment et lentement dans les dunes afin de passer entre les mailles du filet dressé par les gardes autour de la maison. Finalement, ils étaient parvenus assez facilement au tuyau d'entrée. Il faut dire que Yohio et les Genshine (malgré leur jeune âge) disposaient de suffisamment d'expérience dans ce domaine.

    - Bon, j’ai imaginé un ordre pour progresser, commença Yohio. « Roku, je propose que vous passiez en premier, je resterai au milieu, et vous, Kyuu, vous fermerez la marche. De cette façon, vous pourriez me protéger en cas de pépin, puisque vous êtes les meilleurs sabreurs. »

    Le jeune blond avait bien saisi la manière de s'adresser aux jumeaux, afin de faire passer au mieux ses idées, surtout en ce qui concernait Kyuu. Son raisonnement était pratiquement sans faille. L'aîné esquissa même un petit sourire lorsque Yohio leur avoua qu’il les considérait comme des combattants d'exception. Pour la première fois, celui-ci venait de remonter dans son estime. Néanmoins, Kyuu eut une objection :

    - Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je voudrais passer en premier, proposa-t-il

    - Qu’est-ce que ça change ? demanda Yohio.

    - Je préfère me trouver en première garde. Roku, tu te tiendras à l’arrière.

    Roku s’exécuta sans prononcer un seul mot. Yohio, quant à lui, fut un peu déçu de ne pas voir sa stratégie appliquée au pied de la lettre. De plus, il ne saisissait pas vraiment ce que cela changeait. Pourtant, le cadet avait bien compris la raison de l’objection de son frère. Celui-ci voulait assumer son rôle d’aîné, comme il l’avait toujours fait. Pour Kyuu, Roku représentait la personne la plus précieuse au monde, et il ne voudrait en aucun cas le perdre. En conséquence, il agissait souvent de manière surprotectrice avec celui-ci, bien que ses talents au combat ne soient plus à prouver. Ils progressèrent lentement à travers le long tuyau sombre, celui-ci étant assez large, heureusement, pour faire passer les trois personnes. Quelques minutes plus tard, Roku informa les autres qu'il percevait une lueur blanche au loin, signe que la sortie était proche. Kyuu s'inquiétait déjà de savoir où ils allaient atterrir. Finalement, point de toilettes à la sortie, le tuyau faisant probablement partie d'une ancienne canalisation d'eau qui n'avait pas été condamnée. Personne ne gardait la sortie. Le sbire de Fukase s'auto-félicita donc d'avoir trouvé ce qui constituait sans doute la seule faille de la surveillance.

    Ils se retrouvèrent donc dans ce qui semblait être une sorte de sous-sol, certainement d'anciennes oubliettes désaffectées. En effet, le village de Furisato avait été construit il y a longtemps et constituait l'un des premiers ensembles d’habitations du pays de Kuni. Les habitants étaient par ailleurs extrêmement fiers de leur patrimoine et n'hésitaient pas à en faire part aux touristes de passage. Mais, par conséquent, de nombreux bâtiments, dont la demeure du chef, étaient très anciens et certaines parties de l'architecture pouvaient parfois laisser à désirer, conduisant alors les propriétaires à abandonner certaines pièces. C'était le cas ici, au plus grand bonheur de Yohio et des Genshine. Ce sous-sol n'était absolument pas surveillé, ce qui laissa le temps au trio pour élaborer encore davantage leur stratégie. Roku souleva alors un problème de taille : même si les capacités de sabreurs des jumeaux n'étaient plus à prouver, il est bien plus compliqué de tuer un homme directement à l'arme blanche, plutôt qu'au moyen d'un pistolet. Yohio avait profité de cet énorme avantage sur ses ennemis lors de ses trois dernières attaques. Ici, non seulement ses capacités au sabre s'avéraient plus que basiques, mais la tâche qui les attendaient s'annonçait ardue, même pour des combattants aguerris.

    - De toute façon, nous n'avons pas vraiment le choix, argumenta Kyuu. « Je ne trouve pas d'autre solution. Le mieux est de progresser furtivement à travers le bâtiment, en essayant de se faire repérer le moins possible, et d'arriver jusqu'au chef rapidement. Et là, on finit le travail. »

    Yohio avait beau trouver Kyuu quelque peu présomptueux de nature, il devait bien avouer que son interprétation de la situation était plus que correcte. Heureusement avait-il bien étudié la structure de la maison avant de lancer son opération (c'était une habitude chez lui, mais pour cette fois, il y avait accordé encore plus d'attention). La maison ne disposait que d'un seul étage (en plus du sous-sol), mais disposait de nombreuses pièces, toutes séparés par des portes coulissantes. Selon Yohio, il serait très probable de trouver des soldats dispersés un peu partout. Par chance, l’exiguïté des salles de la maison empêchait la formation d'une horde de soldats à un endroit donné, ce qui laisserait aux Genshine tout l'espace pour faire valoir leurs talents au combat. Yohio proposa alors de tourner cette situation à leur avantage. Il avait tracé sur une feuille de papier un petit itinéraire menant à la chambre du chef, où celui-ci se trouverait sans aucun doute. Les jumeaux n'auraient donc qu'à progresser avec lui à travers l'habitation et d'éliminer les gêneurs au fur et à mesure.

    - Oui, oui...opina Kyuu. « En gros, vous nous laissez faire tout le travail… Vous servez à quoi dans cette histoire ? »

    - On peut dire que je fais office de stratège, rétorqua Yohio, laissant échapper un léger soupçon d'hésitation.

    L'aîné laissa échapper un éclat de rire pendant quelques secondes, puis reprit son sérieux. « Je le sens mal, votre plan », avoua-t-il. « Nous ne pouvons pas en même temps nous occuper des gardes et veiller à votre sécurité. Pour être franc, vous nous gênez plus qu'autre chose. »

    - Je peux vous aider pour les combats aussi. Je ne suis pas un novice, vous savez, se justifia Yohio.

    - Oui, c'est ce qu'on va voir. En tout cas faites bien attention à vous.

    Roku interrompit la conversation entre les deux hommes, en leur signifiant, qu'il était temps d'agir et qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de suivre les ordres de leur chef, Fukase.

    - Oui, ben celui-là, il va m'entendre quand on sera rentrés, râla Kyuu.

    Le petit groupe finit donc par emprunter le petit escalier qui menait au rez-de-chaussée de l’habitation. Une certaine excitation commençait à gagner les jumeaux, comme avant chaque combat. C'est à cela que l'on reconnaissait les véritables guerriers. Yohio, quant à lui, ne pouvait pas cacher une certaine inquiétude. Cette déferlante de sentiments se ressentait dans l’atmosphère et pouvait s'observer sur les visages des trois personnes. Arrivés en haut de l'escalier, Roku poussa la grosse porte en fer qui barrait le passage, suivi de Kyuu et de Yohio. Ils pénétrèrent dans une sorte de débarras, duquel ils purent entendre les quelques voix des gardes qui étaient postés dans la pièce d'à côté. Selon l'analyse du cadet Genshine, ils ne devaient pas être plus de quatre.

    -Prenez ceci, fit Roku en tendant à ses deux compagnons une étoffe de tissu chacun. « Il vaut mieux dissimuler nos visages, on n'est jamais trop prudent. »

    - Bien vu, frangin ! compléta Kyuu. « Vous n'aviez pas d'idée comme celle-ci Yohio », ajouta-t-il en signe de défiance.

    Le blondinet ne prit pas la peine de répondre, et enfila le bout de tissu noir autour de son visage.

    Les jumeaux retenaient leur respiration avant d'entrer dans la pièce. Leur opération avait définitivement débuté.

    – ------------------------------------------- –

    Tout s'était finalement passé très vite. Les quatre premiers gardes croisés n'avaient été qu'une formalité pour les jumeaux, qui purent enfin user de leurs talents. Yohio s'était pour l'instant contenté d'observer la scène et se tenait dans un coin, par crainte de gêner les frères. Bien que le spectacle proposé fût pour le moins funeste, le sbire ne put s'empêcher d'admirer les splendides mouvements de combat des Genshine. Toute prise avait un but, et il ne put observer aucune démarche inutile. Les frères ne faillirent décidément pas à leur réputation. Ils continuèrent leur mission dans un silence absolu, si ce n'est le cri des gardes pétris par la douleur. Une seule chose à redire cependant : comme Roku l'avait annoncé auparavant, presque aucun garde n'était tué sur le coup, le but étant tout d'abord de se frayer un chemin jusqu'au leader du village, et de mettre hors champ tous les ennemis. Yohio s'attelait tout de même à achever quelques soldats, à l'aide de son sabre. Après être passés dans quelques pièces et éliminé plusieurs sentinelles, toujours en silence et sans s'être fait repérés, Roku s'arrêta net et se tourna vers Yohio ;

    - Qu'est-ce que vous faites depuis tout à l'heure ?

    - Je tente d'éliminer les témoins potentiels le plus possible. Vous épargnez beaucoup trop de personnes, objectiva Yohio.

    - On nous a engagé uniquement pour tuer le chef, pas pour faire le plus de victimes possible.

    Au fond de lui-même, Roku était embêté par la tournure de l'opération. Le cadet n'était pas d'un naturel malsain, et, s'il tentait d'effectuer au mieux sa tâche, il était d'avis que tuer tous les occupants du bâtiment ne lui était d'aucune utilité. Seul comptait le chef du village. Pour Kyuu, il fallait mettre ses opposants hors combat, sans se préoccuper du fait de savoir si ses attaques étaient létales ou pas. Cependant, l’aîné ne recherchait pas spécialement la mort de son adversaire. Roku, malgré son indéniable don de combattant, n'était pas une machine à tuer. Par conséquent, la manière de fonctionner de Yohio le gêna terriblement. Il n'était déjà pas bien utile dans le feu de l'action, se contentant simplement de passer derrières les frères. En outre, il poussait un soupir mêlé d'excitation et de satisfaction à chaque fois qu'il venait d'ôter la vie d'un garde. Et Roku n'éprouvait absolument pas l'envie de faire équipe avec un psychopathe.

    - Plutôt que de satisfaire vos instincts meurtriers, vous pourriez nous aider à terminer notre mission, ajouta Roku.

    Une fois n'est pas coutume, c'est Kyuu qui dût mettre un terme à l'animosité qui régnait entre les deux équipiers. Il n'appréciait pas Yohio plus que cela, et se tiendrait de toute manière toujours du côté de son frère, mais il avait conscience que, plus l'équipe traînait à l'intérieur de la maison, plus le danger serait présent. Le but premier de cette attaque était de tout finir très rapidement, et de ne pas s'interrompre pour des états d'âme. Le groupe aurait tout le temps d'en discuter après. Roku se rangea alors près de son aîné, non sans lui monter une expression du visage bien significative de son état d'esprit. Kyuu acquiesça et lui murmura qu'il le comprenait, mais qu'il ne fallait pas s'arrêter pour l'instant. Yohio se tenait toujours derrière les deux jeunes hommes aux cheveux verts, et tous s’avancèrent vers les pièces suivantes.

    Quelques minutes plus tard, le trio pénétra dans une immense chambre située à l’extrémité est de la demeure. Au fond de la pièce se tenait O'Umi, entouré par cinq gardes. Trois d’entre eux se lancèrent donc respectivement vers Kyuu, Roku et Yohio. Ces soldats s’avéraient être d’un niveau bien supérieur à celui de ceux que le trio avait rencontré auparavant. Par conséquent, le combat s’éternisait quelque peu, alors que les deux derniers gardes restaient bien stationnés auprès du chef du village. Il fallait plus que tout éviter que celui-ci se fasse occire par une manœuvre habile de l’un des trois ennemis. Kyuu avait bien esquivé les premières attaques de son ennemi, avant de s’engager dans une lutte âpre au sabre avec lui. Durant tout le combat, il garda le sourire aux lèvres, son concurrent affichant perpétuellement une mine déconfite. Après quelques dizaines de secondes, Kyuu parvint à faire dévier la trajectoire de l’épée de son adversaire. Celui-ci déséquilibré, l’aîné des Genshine en profita pour l’assommer d’un coup de pommeau, puis le mit hors combat en lui assénant un coup tranchant dans le dos. Le garde balbutia quelques instants puis s’effondra sur le sol, juste devant O’Umi.

    Roku s’occupa également assez rapidement de son ennemi. Celui-ci avait tenté l’épreuve de force avec le cadet, jugeant sans doute qu’il avait toutes ses chances vu le physique relativement frêle du cadet. Mal lui en a pris, car le combattant aux cheveux verts fit bien mieux que lui tenir tête. Leurs deux sabres s’étaient entrechoqués de façon assez violente, laissant échapper un bruit caractéristique. Roku approcha ensuite son arme dangereusement vers le visage de son adversaire, puis parvint à le désarmer. Il le mit finalement hors d’état de nuire, en lui donnant un furieux coup de genou dans le visage, ce qui le mit knock out sur le coup.

    Yohio éprouva quant à lui d’énormes difficultés à se montrer au niveau du garde qui lui faisait face. Ses mouvements étaient particulièrement hésitants et désarticulés. Il n’avait, en effet, suivi que quelques cours de combat au sabre, et se montrait bien plus talentueux au tir. Malheureusement, son talent ne lui était d’aucune utilité dans la situation présente. Il ne pouvait pas non plus compter sur l’aide des jumeaux, bien trop occupés à combattre les deux soldats restants aux côtés du chef. Son adversaire réussit à le transpercer à l’aide de la pointe de son épée au niveau de l’épaule gauche. Yohio tomba à genoux, et hurla de douleur tout en se protégeant la plaie de sa main droite. Le garde profita de ce moment de répit (les Genshine étant toujours en train de se battre avec les gardes, sous les yeux paniqués du chef O’Umi) pour se rendre en courant vers une petite alcôve située à sa gauche. Cette petite pièce comportait trois cages dans lesquelles étaient enfermés des corbeaux. Le soldat prit un bout de papier et griffonna très rapidement un petit message : « Attaque en cours à Furisato. Le chef O’Umi est menacé ! ». Il attacha le message à la patte droite de l’oiseau, lorsque qu’il entendit la porte de derrière s’ouvrir violemment. Il vit ensuite apparaître Roku Genshine sur le pas, et entendit au loin les cris de douleur de son chef, achevé définitivement par Kyuu. Roku courut vers lui afin de l’empêcher d’envoyer ce message, mais il arriva trop tard ; le garde ayant déjà lancé le corbeau en lui donnant l’ordre d’apporter ce papier au quartier général de la garde royale, à Kyôu. Le cadet fit perdre connaissance au garde, en lui pratiquant un étranglement (cette prise fut assez facile à exécuter, le soldat étant déjà à bout de forces). Roku jeta ensuite un œil par la fenêtre, et vit arriver une nouvelle équipe, menée par un homme brun à lunettes, habillé d’un kimono noir. Aussitôt, il rejoignit son frère qui se tenait aux côtés de Yohio, toujours à terre.

    - Kyuu, il faut filer ! Un nouveau commando arrive vers nous !

    L’aîné se releva, mais fut subitement interrompu par Yohio, qui s’exprima avec difficulté.

    - Vous n’allez pas me laisser ici ?

    Les frères prirent quelques secondes pour réfléchir, se consultèrent d’un simple regard, puis Kyuu prit la parole.

    - Désolé, Yohio, mais nous nous mettons en danger si nous restons plus longtemps ici.

    - Vous n’allez pas me laisser aux mains de la garde ? répéta inlassablement l’homme blond.

    - Vous préférez qu’on vous achève tout de suite ? proposa le grand frère.

    Yohio poussa alors un cri de peur, tandis que Roku tira son frère par le bras, et lui demanda de ne pas perdre son temps. Finalement, les Genshine s’enfuirent par la porte du fond, laissant Yohio à son triste sort.

    Quelques minutes plus tard, le nouveau commando fit irruption dans la chambre du chef. Le lieutenant à la tête de l’unité se dirigea directement vers la dépouille d’O’Umi pour l’analyser. Il confirma très vite son décès. Sa concentration fut ensuite troublée par l’un de ses subalternes :

    - Lieutenant Hiyama, nous tenons un suspect. Il est vivant !

    - Mettez le directement aux arrêts et enfermez le dans les geôles, ordonna le chef de l’escouade, Hiyama Kiyoteru.

    Yohio fut alors emmené par plusieurs gardes vers la caserne du village de Furisato, alors que le lieutenant continuait d’observer lentement mais scrupuleusement les dégâts que venaient de commettre les trois assaillants, à la recherche d’éventuels autres indices.

    - ----------------------------------------------------------- -

    Quelques heures plus tard, au quartier général de la garde royale, le soleil commençait à émettre ses premiers rayons de la journée. Rin et Len avaient déjà commencé leur entraînement quotidien, en compagnie de leurs formateurs, Gumi et Yuma. Miku se trouvait dans son bureau, situé au plus haut étage du bâtiment, en compagnie d’Alys.

    La jeune femme à la tresse était revenue très tard de son escapade en ville, et portaient encore les marques du combat mené pour s’évader du repère de Kaito. Miku et les autres avaient bien tenté d’obtenir des informations quant à ces blessures, mais Alys avait préféré passer sous silence toute son aventure, expliquant simplement s’être fait agressée par un malfrat dans une rue mal famée du quartier populaire. Elle avait ensuite déclaré que son assaillant avait été pris à partie par l’un des gardes de la ville. Elle avait volontairement passé sous silence son enlèvement par le plus grand mafieux de la ville, ainsi que sa maîtrise du Koryu, l’art du combat à mains nues. En effet, la jeune femme ne désirait pas que ses talents ne soient dévoilés pour le moment, craignant la réaction de la commandante de la garde royale.

    Dans son bureau, Miku tentait toujours de lui faire avouer la vérité, sans succès. Soudain, un corbeau vint se poser sur le rebord de la fenêtre de la commandante. Celle-ci se dirigea immédiatement vers l’animal et retira le message qu’il tenait à sa patte. Son visage afficha subséquemment une expression d’étonnement et d’horreur. Elle se pencha vers la fenêtre qui donnait sur la cour où les jumeaux Kagamine continuaient de s’entraîner et hurla de vive voix :

    - Arrêtez tout ! Le chef du village de Furisato vient d’être attaqué ! On se rend directement là-bas.

    Gumi et Yuma se mirent au garde à vous, alors que Rin et Len levaient naïvement la tête vers Miku.

    - Nous aussi, demandèrent-ils

    - Bien sûr ! rétorqua Miku. « Préparez tous vos affaires au plus vite. On part tous les six pour Furisato ! »


    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #13 le: 05 septembre 2016, 21:02:23 »
    Ohayo à tous !

    Et je reviens avec deux nouveaux chapitres !

    Voici le huitième :

    Spoiler
    Le soleil venait de se lever lorsque Miku reçut le message du corbeau venant de Furisato. Elle qui s'était prévue une journée relativement calme se vit dans l'obligation de changer ses plans. L'attaque de la demeure du chef O'Umi annonçait une nouvelle étape dans son enquête. Après avoir prévenu ses deux sbires ainsi que leurs disciples qui s'entraînaient dans la cour sablonneuse du bas, elle descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient vers le terrain d'entraînement, poussivement suivie par Alys, qui éprouvait du mal à suivre son rythme et son entrain. Dans le patio de la caserne de la Garde royale, Miku retrouvait Gumi, Yuma, Rin et Len.

    - Que s'est-il passé ? demanda Yuma.

    - Le chef de Furisato vient d'être attaqué ! C'est la première fois que nous recevons un message aussi rapidement. Vous préparez immédiatement vos affaires et on se rejoint dans une petite heure devant l'entrée de la caserne. Rin et Len, vous venez bien sûr avec nous, commanda Miku.

    - Oui, chef ! répondirent les jumeaux, qui avaient appris bien rapidement les usages en cours dans l'armée.

    Alors que les quatre soldats rejoignaient leurs quartiers, Miku se retourna vers Alys :

    - Tu viens aussi avec nous, exigea-t-elle. « J'ai l'impression que tu pourras nous être utile. Et puis, tu auras tout le temps de m'expliquer ce qu'il t'est arrivé hier pendant le voyage ».

    Alys ne put refuser les ordres de Miku. Bien qu'elle ne se fût pas engagée dans la garde, et que, par conséquent, elle n'avait aucun compte à lui rendre, sa situation était quelque peu spéciale vis-à-vis des autres. Et puis, Miku pouvait faire preuve d'énormément de persuasion. Par prudence, mieux ne valait pas la contrarier.

    - Parfait alors ! Va préparer tes affaires aussi. Pendant ce temps, je vais informer la Reine de notre départ.

    Hatsune Miku était une jeune femme prévoyante. Elle gardait toujours dans un coin de son bureau un sac contenant quelques vêtements et des produits de première nécessité, au cas où un voyage d'urgence comme celui-ci s'imposait. Elle était donc déjà prête, et put se diriger directement vers le Palais de Kyôu, afin d'informer la Reine Luka de l'avancée de l'enquête. Elle y entra par l'accès principal, celui-là même qui donnait sur cet immense couloir, où toute la ménagerie du château s'attelait au fonctionnement de la cour. Les serviteurs ne prêtèrent même pas attention à l'arrivée de la patronne de la Garde, même s'il s'agissait d'un personnage important. Miku en avait l'habitude et partit directement à la recherche de Meiko, la première servante, qui à cette heure-ci, devait certainement se trouver dans son bureau.

    L'office de Meiko était adjacent à la salle du trône. Cette proximité permettait à la servante de satisfaire immédiatement la moindre demande de la souveraine. Par politesse, Miku frappa à la porte qui était déjà ouverte, alors que Meiko était tranquillement assise sur son siège, le bureau étant rempli de diverses paperasses qu'elle était en train de remplir déjà de bon matin.

    - Excuse-moi, Meiko, glissa timidement Miku.

    - Oh, commandante, entrez, entrez. La servante paraissait gênée par le désordre.

    - Bonjour, dis, je peux voir la Reine quelques instants. Je dois l'informer de mon départ pour le nord de l'île. Une nouvelle attaque a eu lieu.

    - Bien sûr ! rétorqua immédiatement Meiko. Puis un rictus serré apparut sur son visage. La multiplicité des attaques commençait à l'inquiéter. « Je vais la chercher de ce pas ! »

    Quelques instants plus tard, la patronne de la garde fut invitée à entrer dans la salle du trône. En effet, elle faisait partie des personnes auxquelles la Reine ne refusait aucune entrevue. Mieux encore, Luka était même capable de bouleverser son emploi du temps pour Miku, surtout en cette période de troubles.

    - Bonjour Miku, lança la Reine du haut de son trône. Ce matin encore, celle-ci portait une tenue très élégante, comme à son habitude. Cette robe bleu marine ornée de divers bijoux se mariait à la perfection avec ses longs cheveux roses. Cela contrastait avec l'uniforme de Miku, qui, même s'il était relativement seyant dû à son rang, n'en restait pas moins un habit militaire.

    - Ma Reine, je viens vous informer que je pars pour le village de Furisato. Le chef O'Umi vient d'être attaqué. J'emmène avec moi Yuma et Gumi, bien sûr, ainsi que les jumeaux et Alys. Ne vous inquiétez pas, je vous ai affrété une garde spéciale pour votre protection en mon absence. Miku voulait avant tout rassurer sa souveraine.

    - Ce n'est pas la peine, je pars avec vous ! lâcha Luka comme si de rien était, provoquant une expression de stupeur sur le visage de son interlocutrice. Celle-ci ne manqua pas de répondre soudainement.

    - Mais c'est très dangereux ma Reine ! Nous sommes à la poursuite d'un tueur ! Et selon toute vraisemblance, il s'attaque au pouvoir en place, vous êtes certainement une de ses prochaines cibles. Nous ne pouvons pas prendre de tels risques, s'emporta Miku.

    - Justement, en cette période difficile, je pense qu'il serait bon que je sorte un peu, histoire de donner un peu de courage à la population. Eux aussi doivent s'inquiéter. Je dois leur montrer que quoi qu'il arrive, la Reine ne tremblera pas. C'est mon devoir.

    Miku appréciait la candeur de la Reine Luka. Mais, étant donné le danger, elle tenta par tous les moyens de faire fléchir sa patronne et amie. La commandante de la garde constituait sans aucun doute la seule personne du pays qui pouvait se permettre de se lancer de telle manière dans une discussion animée avec la Reine. C'était le résultat de leurs nombreuses années d'amitié, et de tout ce qu'elles avaient déjà vécu ensemble, et cela bien avant que Luka n'accède au trône.

    - Je sais ce que vous pensez, vous ne vous sentez pas encore légitime pour le trône de Kuni, et tout cela est dû à votre secret, lança Miku.

    - Chut ! On pourrait t'entendre, rétorqua Luka, paniquée.

    La Reine se retira de son trône et descendit lentement les escaliers pour se retrouver à la même hauteur que la jeune femme aux couettes bleues. Son amie venait de taper juste, elle avait deviné ses intentions.

    - Tu sais que je dois montrer plus que n'importe qui que je mérite ma place ici...lui avoua la Reine.

    - Je ne vois pas pourquoi, vous êtes déjà légitime aux yeux du peuple, vous êtes la fille de l'ancien Roi de Kuni, et seule héritière à votre poste. Tout le reste n'a que peu d'importance.

    - Si seulement tout le monde pouvait penser comme toi. Luka fit couler une légère larme, puis reprit son discours. « Je t'en prie. Laisse-moi vous accompagner. En plus, j'aurai la meilleure escorte possible, avec Gumi et Yuma, et leurs deux disciples prometteurs ». La Reine prit doucement la main de Miku, qui la fixa tendrement un moment dans les yeux.

    - Bon d'accord ! Mais attention, ce voyage ne sera pas de tout repos, et nous ne pourrons pas emprunter le carrosse royal, afin de conserver notre discrétion, l'informa la commandante.

    - Ce n'est pas bien grave ! Je vais demander immédiatement à Meiko de préparer mes affaires pour le voyage, finit la Reine. Puis, elle se dirigea vers l'office de sa servante par une porte située à la droite de la salle, alors que Miku prit congé, non sans exprimer un léger soupir d'agacement à la sortie.

    – –--------------------------------------------- –

    Pendant ce temps, Gumi et Yuma se tenaient à l'entrée de la chambre de Rin, Len et Alys, alors que les jumeaux s'apprêtaient pour le départ. Tout cela sous les soufflements répétés de la lieutenante aux cheveux verts, qui pestait à l'égard de sa disciple à cause de sa lenteur.

    - Allez, grouille-toi ! hurla-t-elle. « Je ne t'ai donc rien appris depuis le temps que tu es ici ».

    - En même temps, ils ne sont même pas arrivés depuis une semaine, prétextait Yuma.

    - Ce n'est pas une raison ! Comment on peut être si lent ? hurla-t-elle.

    Rin et Len accéléraient le moment alors que les cris de leur formatrice s'intensifiaient. Durant leurs quelques jours dans la Garde royale, ils avaient tout de même appris à ne pas la froisser, et avaient même commencé à supporter un peu son sale caractère. Même si elle ne le remarquait pas, il s'agissait pourtant là d'une belle évolution. En effet, beaucoup de soldats bien plus aguerris que les Kagamine n'osaient même pas s'approcher de Gumi. Alys, quant à elle, était déjà prête, et observaient les jumeaux se mouvoir dans tous les sens, un petit sourire en coin.

    - Regardez ! Alys n'est même pas une recrue, et elle est déjà prête, elle ! Vous devriez en prendre de la graine, ajouta la guerrière.

    La jeune femme à la tresse bleutée ne prononça pas un mot, de crainte d'encore aggraver le cas de ses amis. Elle ne fit qu'accentuer son sourire. Elle devait bien avouer qu'elle trouvait la situation pour le moins cocasse.

    Miku entra alors soudainement dans la pièce. Immédiatement, ses deux sbires se mirent au garde-à-vous, et exhortèrent les Kagamine d'en faire de même. Alys se leva respectueusement, davantage par politesse que par us militaire.

    - Changement de programme ! commença la patronne. « Nous avons un léger problème. La Reine nous accompagne dans notre voyage ».

    Les cinq personnes qui se trouvaient face à elle eurent tous sans exception une expression de stupeur sur leur visage. Si celle des jumeaux et d'Alys n'allaient pas plus loin que le simple étonnement, Gumi et Yuma avaient déjà calculé toutes les conséquences que cette venue provoquait à leur mission, surtout en des temps aussi difficiles.

    En colère, Gumi lança : « Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Elle est malade ? C'est bien trop dangereux ! »

    - Un peu de respect, tu veux ! Tu parles de la Reine, là, demanda Miku.

    - Ça ne change rien ! Si elle nous accompagne, ça complique tout ! Il faut déjà qu'on s'occupe de ces trois-là !

    - Vous avez déjà appris pas mal de choses à Rin et à Len. Et puis, je pense qu'Alys pourra se débrouiller toute seule, et qu'elle n'a pas besoin de votre protection.

    Miku jeta alors un regard suspect à Alys. Le même matin, la guerrière aux couettes n'était pas parvenue à déceler le secret de la villageoise, qui était revenue légèrement blessée du quartier populaire de la capitale. La commandante savait pertinemment qu’elle lui cachait quelque chose. Miku avait même un don pour ce type de déductions, et voulut lui signifier par ce regard qu'elle comptait bien tout découvrir, comme elle le ferait également pour Rin et Len.

    Yuma prit alors la parole. Contre toute attente, il se rangeait plutôt du côté de Gumi, même s'il parvenait à rester posé :

    - Je ne voudrais pas paraître négatif, mais il faut bien avouer que Gumi a raison.

    - Et ben voilà ! ajouta Gumi joyeusement.

    - Vous pensez bien que j'ai tenté de la soudoyer. Je ne suis pas satisfaite plus que vous de la tournure des événements, mais la Reine pense que c'est un bon moyen de rassurer le peuple après tous ces assassinats, et de montrer qu'elle ne ressent aucune peur. Elle était tellement décidée que je n'ai pas pu lui faire entendre raison. Je ne pouvais pas la mettre aux arrêts, quand même ! Et puis, pas de discussion, c'est un ordre !

    - D'accord, soupirèrent les deux lieutenants.

    Sur ces mots, Miku retourna sur ces pas et donna rendez-vous à ses cinq compagnons une demi-heure plus tard, devant la porte du Palais Royal. Gumi se retourna alors vers les jumeaux, et leur signala :

    - Vous avez intérêt à vous tenir à carreaux, parce qu'on aura d'autres choses à faire qu'à jouer les nounous avec vous.

    – ----------------------------------------------- –

    Quelques dizaines de minutes plus tard, le sextet s'était réuni devant la porte du Palais Royal. Leur diligence, tirée par quatre chevaux bien entraînés, était déjà prête, le cocher aux commandes. De loin, ils virent arriver la Reine accompagnée de Meiko le long du sentier qui menait vers l'entrée du château. Miku s'inquiétait de voir Luka emporter bien trop de bagages pour un voyage aussi inattendu que celui-ci, mais il n'en était rien. Certainement sous les conseils de sa servante, la Reine ne s'était encombré que du strict minimum, et avec même pensé à se changer. Elle portait donc une robe cintrée de couleur sombre, ses cheveux longs et roses étaient relâchés. Son allure contrastait réellement avec tout le faste dont elle faisait preuve par temps normal, en raison de son statut. La commandante de l'armée n'y voyait que des avantages. Cela leur permettrait de ne pas trop attirer l'attention, non seulement pendant le trajet, mais aussi une fois arrivés à Furisato. Gumi, Yuma, Rin, Len et Alys saluèrent la Reine respectueusement, les trois derniers étant très impressionnés à l'idée de passer plusieurs heures avec elle. Len, particulièrement, paraissait assez stressé à l'idée de devoir suivre le protocole en permanence, lui qui n'avait déjà pas fait forte impression lors de leur première rencontre. Il déglutit plusieurs fois avec difficulté, et dût subir les moqueries (gentillettes) de sa sœur qui avait parfaitement compris son problème.

    Finalement, le voyage se déroula sans encombre jusqu'au village. Len n'avait que peu ouvert la bouche, par crainte de mal réagir, se contenant de répondre poliment aux questions de la Reine Luka. Par chance, celle-ci ne se révéla pas trop curieuse sur leurs origines, devinant certainement que les jumeaux n'auraient aucune envie de lui en apprendre davantage.

    Dans Furisato, le petit carrosse se gara devant la maison de feu le chef O'Umi. Un groupe formé par plusieurs gardes du village, accompagné par quelques soldats de la Garde royale fournis par Miku les attendaient. A leur tête se trouvait le lieutenant Hiyama Kiyoteru, qui paraissait un peu stressé et sérieux sous ses grosses lunettes. Gumi et Yuma sortirent tout d'abord du convoi, suivi par Rin, Len et Alys qui furent tous salués calmement par le groupe. Suivit Miku, qui put bénéficier d'un splendide garde-à-vous de toute la compagnie. Quelques instants plus tard sortit la Reine Luka. Une expression de stupeur pouvait se lire sur tous les visages des soldats présents, sans exception. Tous rencontraient la Reine pour la première fois. Il était tellement rare que celle-ci ne s'aventure en dehors de son palais. Tous s'agenouillèrent devant elle, avant que la souveraine ne leur demande de se relever d'un simple geste. Ensuite, Hiyama s'avança vers elle :

    - Ma Reine, c'est un honneur de vous recevoir ici. Votre visite, quoi qu'impromptue, me remplit de joie, commença-t-il poliment.

    - Merci, lieutenant Hiyama. Mais ne perdons pas de temps voulez-vous ? Que s'est-il passé ici ? demanda la Reine.

    Entre-temps, Miku s'était avancée afin de se mêler à la conversation, tandis que tous les autres restèrent à l'arrière, tenant de suivre la conversation de loin.

    - Le chef O'Umi a été tué, comme vous le savez certainement.

    Personne ne marqua d'expression de surprise après cette réplique. Miku ne s'attendait pas vraiment à une bonne nouvelle, et s'était déjà préparée au pire.

    - Est-ce que je pourrais voir le corps ? interrogea la commandante.

    - Oui, bien sûr. Venez avec moi.

    Le groupe suivit et pénétra dans la demeure de l'ancien leader. Luka fut prise d'un léger choc à la vue de tous ces murs tâchés de sang et des corps de soldats décédés au combat qui gisaient sur le sol. Un si triste spectacle n'aurait jamais dû être montré à une Reine. Miku se posa à ces côtés comme pour la rassurer et la soutenir, tandis que la Reine reprit ses esprits et poursuivit son chemin. Pendant ce temps, Hiyama continuait ses explications :

    - Comme vous pouvez le constater, la plupart des gardes ont été attaqués. Et pourtant, on ne dénombre que peu de pertes. La grande majorité des soldats présents souffrent de blessures graves mais leurs jours ne sont pas en danger. Dans le style, c'est un véritable travail d'orfèvre! Ils n'ont massacré quasiment que le strict minimum.

    Miku interrompit le discours du lieutenant en lui signifiant d'éviter de glorifier le travail des malfrats. Mais, elle dût bien avouer qu'il avait raison en quelque sorte. Et cela l'ennuyait profondément. En effet, cette attaque ne ressemblait à aucune des trois précédentes, qui avaient particulièrement tourné au jeu de massacre ; il ne restait aucun survivant. Ici, elle eût l'impression que le tueur avait changé de mode opératoire, et ceci n'était jamais de bon augure. Elle garda pour l'instant ses réflexions pour elle, alors que le groupe arrivait devant la dépouille de l'ancien chef.

    Gumi et Yuma, et même Rin et Len étaient désormais habitués à ce genre de spectacle d'horreur. Les jumeaux maîtrisaient maintenant davantage leurs émotions et réussissaient à cacher leur dégoût. Len parvint même à faire le tour des différentes pièces à la recherche d'éventuels indices. Finalement, c'était la raison pour laquelle il se trouvait là. Il en arriva à la même conclusion que Miku, le ou les tueurs n'avaient pas utilisé d'armes à feu cette fois. Mais pourquoi donc ? se demanda-t-il. Il se dirigea vers sa sœur pour lui demander son avis :

    - Tu as remarqué, ils ont tous été tué au sabre. Plus de pistolet. C'est bizarre.

    - Peut-être qu'ils n'ont plus de munitions, en conclut judicieusement Rin.

    - Tu veux dire qu'ils sont assez stupides pour ne pas prévoir assez de balles pour boucler tous leurs assassinats ?

    - Ben oui, c'est évident ! Ils ne sont peut-être pas aussi malins qu'ils en ont l'air. Ils peuvent aussi faire des erreurs.

    - Ouais, mais ils ont quand même réussi leur coup. Ça veut dire qu'ils ont dans leurs rangs des personnes qui maîtrisent le combat au sabre. Et plutôt bien, vu ce que l'on voit ici.

    Leur conversation fut soudainement interrompue par Miku.

    - Vous pouvez vous taire deux minutes ! On se recueille ici !

    En effet, les cinq autres membres du groupe s'était dispersés en cercle autour de la dépouille d'O'Umi, et observaient une minute de silence, la Reine Luka versa même quelques larmes, encore sous le choc du décès du chef. Une fois celle-ci terminée (les Kagamine ayant entre-temps rejoint le groupe), Miku s'adressa aux jumeaux :

    - On va terminer la visite de la maison, mais après, il faut qu'on parle. C'est compris ?

    - Oui, chef, répondirent militairement Rin et Len.

    Le petit état-major de la Garde royale fit rapidement le tour de l'habitation, toujours accompagné des explications du lieutenant Hiyama. Au final, il n'y avait qu'à voir diverses traces de sang sur les murs, ainsi que les quelques cadavres de corps mutilés, les nombreux blessés ayant été transportés à l'hôpital. Ils arrivèrent enfin dans la salle principale du chef, à l'endroit même où il fut tué, et refirent rapidement un état des lieux.

    - C'est ici que l'on a arrêté le suspect. Il est en ce moment même dans la prison du village, lança Hiyama Kiyoteru.

    - Quoi ? fit Miku. « Vous avez un suspect et vous nous le dites que maintenant ? C'est la chose la plus importante ! »

    - Mais quel débile ! se contenta de déclarer Gumi.

    - Je veux le voir immédiatement, ordonna Miku.

    - Bien, rétorqua Hiyama en baissant la tête.

    La commandante fit une pause un instant afin de donner ses instructions à son groupe. D'une part, elle demanda à Gumi et Yuma de se rendre à l'hôpital interroger les victimes de la nuit, afin de savoir s'ils n'avaient pas pu apercevoir le visage de leurs assaillants. D'autre part, elle ordonna à Rin, Len et Alys de les accompagner, elle, la Reine et le lieutenant, pour aller interroger le suspect arrêté. Les deux sbires s’exécutèrent et quittèrent la maison immédiatement. La commandante n’appréciait pas spécialement devoir se séparer de ses deux subalternes (puisqu’en outre, il fallait assurer la protection de Luka), mais elle n’avait pas d’autre choix. Elle était certaine que les Kagamine pouvaient s’avérer utiles durant l’interrogatoire. Au final, elle se retrouvait seule pour protéger la Reine, mais ce n’était pas la première fois. Elle demanda cependant à Gumi et Yuma de faire vite, car elle aurait rapidement besoin d’eux. La commandante n’osait pas envoyer qu’un seul homme à l’hôpital, par mesure de sécurité, mais elle ne désirait pas non plus rester seule trop longtemps, afin de pouvoir gérer la protection de la Reine. Miku s'éclipsa un instant avec les jumeaux. Elle avait quelques questions à leur poser. Hiyama fut lui bien embêté de se retrouver seul avec la souveraine et une jeune femme qui lui était complètement inconnue, et ne savait pas vraiment comment réagir.

    Miku, Rin et Len se réfugièrent dans le petit cagibi regroupant les corbeaux.

    - Bon, il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi le tueur s'est-il mis à supprimer ses victimes au sabre maintenant ? Pourquoi n'a-t-il pas utilisé son ancienne méthode ? Je suis certaine que vous savez pourquoi !

    Miku paraissait extrêmement directe. Rin et Len avaient bien une idée de la raison qui avait poussé le meurtrier à changer ses plans, mais comme toujours, les jumeaux tentaient de ne pas trop se dévoiler. Cela commençait à devenir difficile. Déjà dans la tour du village de Kuni, Len s’était attelé à fournir des explications assez sommaires, faisant mine de chercher dans ses souvenirs. Il adopta une fois de plus la même stratégie. Cette fois-ci, il prit comme référence ses anciens discours, et reparla des munitions. Selon son hypothèse, le tueur ne possédait plus de munitions et avait dû se lancer dans un plan B. Miku ne l’interrompit pas. Bien sûr, ce déferlement d'informations le rendait suspicieux, mais ce n'était pas le moment de se lancer dans une séance d’interrogatoire avec les Kagamine. Ils ressortiraient forcément les mêmes excuses qu'auparavant, et elle ne pouvait toujours pas se permettre d'être trop sévère avec eux. Secrètement, elle espérait que la suite de l'enquête les force à dévoiler leurs secrets petit à petit. Miku remercia enfin Len pour ses éclaircissements et tous les trois retournèrent dans la salle adjacente rejoindre la Reine, Hiyama et Alys. La commandante reprit immédiatement la parole, et donna ses ordres d'une façon pour le moins assurée.

    - Bon, vous allez m'emmener voir ce suspect, et vous bloquez toutes les issues du village.

    - D'accord, fit Hiyama. « Mais pourquoi restreindre l'accès au village ? »

    - Je veux que personne ne sorte d'ici avant que j'aie fini d'interroger cet homme. De toute évidence, il avait des complices. Vu le niveau des hommes que j'ai envoyé ici, un seul combattant n'aurait jamais réussi à venir à bout d'eux.

    - Oui, je comprends. Mais qu'est-ce qui vous fait penser que ses complices n’aient pas déjà quitté Furisato ? demanda judicieusement le lieutenant.

    - Je n'en suis pas certaine, mais je pense qu'ils doivent s'inquiéter de la poursuite de leur plan. Quelque chose me dit qu'ils ne sont pas loin, et qu'ils surveillent les faits et gestes de l'homme qu'on a arrêté, de peur qu’il ne mette leur plan en péril. D'ailleurs, parlez-moi plus du prisonnier…

    Alys s'approcha un instant de Rin et de Len, et leur demanda ce que Miku avait bien pu leur demander. Elle se méfiait des desseins de la commandante, surtout en ce qui concernait les jumeaux, qui s'empressèrent de la rassurer :

    - Toujours la même chose, elle est persuadée qu'on lui cache des choses, et veut nous demander notre avis sur tout ce qui se passe ici, expliqua Rin. « Mais elle ne se montre pas menaçante, ne t'inquiète pas... ». Len approuva les dires de sa sœur d'un signe de tête, et Alys poussa un soupir de soulagement.

    Le groupe quitta la maison et se dirigea à pied vers la prison du village. Ils passèrent devant la carrosse qui les avait amenés ici, lorsque Miku alpaga Rin et Len et leur demanda de la suivre encore quelques instants. Elle pénétra dans la diligence, et leur demanda de patienter. Quelques secondes plus tard, la patronne en ressortit munie de deux sabres officiels de la Garde royale, qu'elle donna aux jumeaux. En outre, elle leur glissa silencieusement :

    - Je vous donne ceci en cas d'urgence. Faites attention, il ne s'agit pas ici d'un exercice. Je pensais pouvoir m'occuper seule de la protection de la Reine, mais les complices du tueur pourraient s'avérer plus gênants que prévu. Portez ça à votre ceinture, et restez sur vos gardes…

    Les jumeaux avaient imaginé différemment le moment où on allait leur remettre officiellement leur sabre. De plus, ils pensaient que cet instant allait arriver plus tard. Ici, les événements se bousculaient. Ils durent effectuer pas mal d'efforts afin de supporter la pression. Ils jetèrent un regard quelque peu inquiet sur le reste du groupe, et plus particulièrement sur la jeune femme à la tresse bleue, qui les gratifia d'un sourire rassurant qui leur donna du baume au cœur. Ils rejoignirent les trois autres personnes et redoublèrent de concentration. Pendant ce temps, Hiyama retraçait à Miku l'arrestation de leur prisonnier.

    – ----------------------------------------------------- –

    Gumi et Yuma arrivaient enfin à l'entrée de l'hôpital qui regroupait tous les soldats blessés lors de l'assaut de la veille. Les deux lieutenants spéciaux de la Garde s'adressèrent directement à une infirmière qui leur ouvrit la porte de la salle où se trouvaient les gardes blessés, une fois que les deux combattants eurent décliné leur identité. Elle leur expliqua que la plupart des soldats allait pouvoir s'en tirer ; en effet, ce type de blessures était assez courant dans leur corps de métier, et le service médical de Furisato était passé maître dans l'art de soigner les blessures de guerre. Pourtant, l'infirmière ne put s'empêcher de se laisser aller à une petite confession :

    - C'est bizarre ! C'est la première fois que je vois ça. D'habitude, le nombre de morts dans les cas comme celui-ci augmente en flèche, même après leur arrivée à l'hôpital. Mais ici, on dirait que leurs ennemis ne voulaient que les mettre hors d'état de nuire, mais sans pour autant les tuer. Depuis hier, nous n'avons compté qu'un seul soldat mort suite à ses blessures, alors qu'on les compte par dizaines d'habitude.

    - Merci beaucoup, lui rétorqua poliment Yuma. « Vous pensez qu'on peut se permettre de s'entretenir avec certains d'entre eux ? Notre but est d'obtenir le plus d'informations possible sur leurs assaillants... »

    - Bien sûr ! Répondit l'infirmière. « Les soldats en meilleure santé sont ceux qui se trouvent à l'entrée de la pièce. Je pense qu'ils pourront davantage vous aider… », leur conseilla-t-elle. « Excusez-moi, mais je vais devoir vous laisser... »

    - D'accord, encore merci ! lança Gumi.

    Yuma regarda ensuite son équipière d'un air étonné. « Depuis quand tu es aussi aimable ? » s'interrogea-t-il en souriant.

    - Je fais un travail sur moi, rigola-t-elle. « Comme quoi, il n'est jamais trop tard. »

    Les deux sbires s'avancèrent ensuite vers le lit d'un soldat. Celui-ci était assis tranquillement et était plongé dans la lecture d'un livre de stratégie militaire, bien connu de Gumi et Yuma. Cet ouvrage faisait en effet partie des indispensables à connaître une fois que l'on voulait monter de niveau dans l'armée.

    - Bonjour, fit Yuma. « Très bonne lecture ! Le passage sur les mouvements de cohorte est particulièrement intéressant ! On se présente : je suis Yuma, et voici ma coéquipière Gumi, lieutenants spéciaux de la Garde royale. » Gumi fit un signe de la main pour saluer le garde.

    Celui-ci ne put cacher l'étonnement sur son visage. « Vous êtes Gumi et Yuma, les bras droits de la commandante Miku ?! Chargés de la protection de la Reine ! C'est un honneur pour moi de vous rencontrer. » Malgré sa blessure, le soldat afficha un large sourire qui trahit son enthousiasme. Puis demanda quelques instants après : « Mais pourquoi deux personnes aussi importantes que vous désirent me parler ? »

    - Justement, nous travaillons à l'enquête sur l'attaque dont vous avez été victime hier. Nous aimerions savoir ce que vous avez vu. Toute information pourra nous être utile, expliqua le lieutenant à la tenue noire.

    - Est-ce que vous avez pu voir le visage de vos ennemis ?, interrogea Gumi.

    - Non, malheureusement, Madame. Ils avaient pris soin de dissimuler leur visage sous un bout de tissu. Tout s'est passé très vite, ils étaient très habiles, et avaient probablement bien préparé leur coup. Ils ne se sont pas lancés dans leur attaque sans réfléchir, et ont attaqué les pièces une par une, en silence, si bien que nous ne les avions pas entendus… Ils étaient trois : un grand homme longiligne avec les cheveux blonds. De ce que j'ai entendu, celui-ci a été arrêté.

    - Oui, justement. La commandante Miku est en train de l'interroger. Qu'en est-il des deux autres ?

    - Hatsune Miku est ici ?! s'étonna le garde. « J'aimerai tellement la voir ! », s'enthousiasma-t-il.

    - Venez-en au fait ! coupa sèchement Gumi. « On est pressé ! » Visiblement, son élan de bonté n'avait duré que quelques instants, et la combattante aux cheveux verts avait repris ses bonnes vieilles habitudes.

    - Oui, Madame. Donc, en plus de l’homme qui a été arrêté, il y avait deux jeunes hommes aux cheveux verts, courts. Ils se ressemblaient, je me demande si ce n’était pas des jumeaux.

    - Oh, d’autres suspects ?! hurla Gumi. « Il faut vite prévenir Miku ! Est-ce que vous avez autre chose pour nous ? »

    - Non, malheureusement, ajouta l’homme. « Il faut dire que… ».

    Il n’eut même pas le temps de terminer sa phrase que Gumi emprunta le chemin de la sortie. Même s’il était impatient, Yuma prit tout de même le temps de remercier leur témoin pour son aide, de sorte de ne pas passer pour une personne asociale et froide, comme sa collègue. Les deux combattants se dirigèrent ensuite vers la prison de Furisato, où Miku leur avait demandé de la rejoindre. Ils recroisèrent de nouveau l’infirmière qui les avait accueillis à l’entrée, mais Gumi ne fit pas preuve de davantage de familiarités, et gronda Yuma, qui selon elle perdait trop de temps à saluer tout le monde.

    ----------------------------------------------- -
    Cachés dans la pénombre provoquée par les arbres, deux jeunes hommes observaient une scène au loin. Ils virent un étrange cortège de personnalités se déplacer vers la prison du village, tous d’un pas décidé. Ils portaient toujours leurs masques de fortune, et seuls leurs cheveux verts trahissaient leur identité.

    - Tu es certain qu’ils l’ont enfermé ici, Roku ?

    - Oui, c’est la prison. A mon avis, ils veulent l’interroger…

    - Mais, attends, la fille aux cheveux roses là-bas, ce ne serait pas la Reine Luka ? s’étonna Kyuu Genshine.

    - Cela m’étonnerait, rétorqua son frère. « Ils ne se permettraient pas de transporter une personne si importante sur le lieu d’un crime… »

    - Et pourtant, je suis certain d’avoir vu un portrait d’elle chez Fukase. C’est elle ! Pas de doute possible.

    - Mais qu’est-ce que ça change, demanda Roku. « Ce n’est pas comme si elle était sans défense, des gardes sont là pour la protéger ! »

    - C’est quand même une bonne occasion ! En plus, il nous faut être sûr que Yohio ne lâche rien sur nos plans. Il vaut mieux aller surveiller. On va s’infiltrer en douceur dans la prison. », ordonna l’aîné.

    - S’infiltrer dans une prison… Mais tu es un grand malade !

    Kyuu n’écouta même pas les remarques de son frère, et se dirigea directement vers l’arrière du bâtiment. Roku n’eut d’autre choix que de le suivre. Peut-être arriverait-il à refroidir ses ardeurs, et à le faire entendre raison…

    Hors ligne Jyôka Ryu

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    Re : Jyôka se met à écrire !
    « Réponse #14 le: 05 septembre 2016, 21:04:24 »
    Et voici le chapitre 9, avec une petite surprise à la fin  :hh:

    Bonne lecture !

    N'hésitez pas à me donner vos retours, je cherche toujours à m'améliorer, et je suis ouvert à tout^^

    Spoiler
    Chapitre 9 - The Shawshank Redemption

    Hiyama Kiyoteru menait tranquillement le groupe composé de Miku à sa tête, suivie de près par la Reine Luka, alors que Rin, Len et Alys marchaient quelques mètres derrière. Ces trois derniers étaient encore impressionnés par les pensionnaires de l'endroit. Il s'agissait en effet de la première fois qu'ils pénétraient dans une prison. Après avoir traversé le petit hall d'entrée, le lieutenant Hiyama avait ouvert une lourde porte en fer qui menait vers les geôles. La prison de Furisato n'était pas bien grande, tout au plus servait-elle à mettre aux arrêts quelques petits bandits qui erraient dans la région. En grande majorité, les plus grands criminels du pays séjournaient dans la Prison royale, qui se situait un peu à l'écart de la ville de Kyôu. Cette prison était bien connue de la commandante Miku, car, en plus de sa tâche de protectrice attitrée de la souveraine, elle représentait également le bras armé de la justice du pays de Kuni. Et même si elle avait déjà eu à faire à de nombreuses responsabilités, Miku dût bien avouer que c'était la première fois qu'elle se retrouvait confrontée à une affaire aussi mystérieuse et sordide. Elle, d'habitude si assurée, commençait à douter de sa propre capacité à résoudre ces meurtres, et ne parvenait pas à deviner de quoi l'avenir serait fait. Ces moments de doutes ne lui arrivaient pas souvent, et tout au plus, duraient-ils que quelques secondes, mais elle s'efforça tout de même à garder bonne figure, car, cette fois, la Reine, qui avait toute sa confiance, avait décidé de l’accompagner. L'échec n'était pas acceptable.

    Le groupe progressait donc à travers un long couloir sombre, à peine éclairé par quelques bougies placées çà et là. Rin, Len et Alys sursautèrent parfois à cause des injonctions des prisonniers, qui s'exclamaient devant la beauté de la jeune femme à la tresse en des termes peu élogieux. Il arrivait même que quelques malfrats eurent des mots tendancieux à l'égard de Rin (souvent ces remarques étaient très gênantes et glauques). Len serra les dents pendant quelques instants pour contenir sa colère. Il ne supportait pas que l'on dise quoi que ce soit sur sa sœur. Bien sûr, Rin était bien loin d'être une fille faible, il en avait conscience, mais c'était plus fort que lui, le lien qui l'unissait à sa jumelle était si fort, qu'il ne supportait aucune remarque envers elle, surtout des mots aussi lubriques. Et, quand il s'agissait de protéger Rin, le jeune garçon était capable de tout.

    Heureusement, le sextet ne demeura pas très longtemps dans ce couloir. Le suspect, Yohio, avait en effet été placé à l'écart des autres détenus, sans doute à cause de sa dangerosité, et de son caractère précieux. Il disposait donc d'une cellule spéciale, un peu plus grande que la moyenne, et composée d'un petit lit, d'une table, d'une chaise, et de toilettes installées dans un coin. Lorsque le groupe entra tout à tour dans la pièce de la cellule, Yohio était assis tranquillement sur son siège, ligoté, et observait d'un regard sombre tous les arrivants. A cet instant, Hiyama commença :

    - Pour l'instant, il nous a juste dit son nom, Yohio, mais nous n'en savons pas plus. Mes subalternes ont bien essayé de le faire parler, mais sans succès.

    - Peut-être n'y êtes-vous pas allé assez fort… suggèra Miku.

    - Je ne sais pas… Je pensais faire une tentative par moi-même, plutôt que de laisser cela à mes collègues, si cela ne vous dérange pas.

    - Faites donc, confirma Miku. Derrière elle, la Reine approuva d'un signe de tête.

    Alors qu’Hiyama pénétra dans la cellule, Miku s'approcha des Kagamine :

    - Faites attention, essayez d'observer le prisonnier, et de déceler n'importe quel comportement suspect. Non seulement, cela fait partie de votre formation de la Garde royale, mais j'ai aussi le sentiment que vous pourriez découvrir quelque chose…

    La commandante laissa planer le doute dans ses mots, et pourtant elle était assurée de la véracité de son discours. Elle savait précisément que quelque chose liait les jumeaux à Yohio. Elle piétinait d'impatience de recoller les pièces du puzzle. Pour l'instant, l'urgence se situait à cet endroit même, alors que tout le groupe se trouvait devant le suspect principal des meurtres commis dans tout le pays. Pour Miku, le mystère des Kagamine était devenu quelque peu « secondaire », bien que celui-ci ne quittât pas totalement son esprit. Finalement, tout ceci allait bien finir par se décanter tout seul, au fur et à mesure de l'enquête ; elle en était persuadée.

    Le lieutenant Hiyama avait pris place sur une chaise en bois, juste en face de Yohio, à l'autre bout de la petite table. Le malfrat ne regardait jamais le policier dans les yeux et garda tête baissée. Kiyoteru avait établi une stratégie : il était contre la torture et pensait qu'elle ne menait à rien, et pensait pouvoir négocier avec Yohio.

    - Nous avons quelques propositions à vous faire : vous collaborez avec la police de Furisato, et nous abandonnons les charges contre vous.

    Yohio ne répondit pas, garda le silence quelques instants, puis laissa échapper un immense éclat de rire.

    - C'est donc là votre idée ? Vous pensez pouvoir me soudoyer en me proposant un tel chantage ? lança-t-il avec un sourire à faire glacer le sang. « Vous pouvez continuer à vous amuser de la sorte, mais je vous le dis tout de suite, cela ne fonctionnera pas. Il n'y a aucun moyen que vous ne me proposez davantage que ce que me donne déjà mon patron ! »

    - Donc, vous travaillez quelqu'un, vous n'êtes pas le cerveau du réseau… Merci, ça nous fait déjà une information, ajouta ironiquement le lieutenant.

    Hiyama agissait de manière plus fine qu'il n'en avait l'air. En homme intelligent, il avait saisi qu'il ne possédait certainement aucun moyen de faire fléchir son suspect. Toutefois, après l'avoir observé quelques temps, il avait remarqué que celui-ci n'était pas doté d'une grande intelligence, il pouvait donc jouer un peu avec lui.

    Le groupe observa tranquillement la scène. Malgré son tour de force de la première question, Hiyama ne parvint plus à faire parler Yohio, qui se méfiait. Miku devenait de plus en plus impatiente. Selon elle, ce n'était pas la bonne méthode. Ce genre d'hommes était irrécupérable, et il n'existait aucun moyen de négocier correctement avec eux. La commandante de la garde n'était pas une adepte de la torture, mais devait parfois se résoudre à l'employer en cas d'extrême nécessité. Cela lui était déjà arrivé (et elle détestait ça), et elle s'était promise à elle-même d'éviter le plus possible ce genre de pratiques, mais la situation était grave. Elle cogna alors sur les barreaux de la cellule à l'aide de son katana, et ordonna au lieutenant de lui laisser la place. Celui-ci s'exécuta, il était bien trop à cheval sur la hiérarchie pour refuser quoi que ce soit à la guerrière aux couettes bleues. Les deux soldats se croisèrent à l'entrée de la cellule, lorsque Miku se retourna :

    - Len, tu viens avec moi !

    – ---------------------------------------------- –

    Les frères Genshine se trouvaient toujours devant la prison. Ils observaient avec attention l'entrée principale de celle-ci, cachés chacun derrière deux gros chênes. La porte était gardée par deux soldats. Roku profita de ce petit moment de calme afin de raisonner son aîné, qui s'était selon lui lancé dans une mission bien trop périlleuse :

    - Kyuu, c'est de la folie ! Cet endroit doit être super sécurisé ! En plus, il y a toute l'escorte de la Reine à l'intérieur. On ne pourra pas s'en défaire juste à deux.

    - Oui, tu as certainement raison, rétorqua l'aîné. Kyuu pouvait faire preuve d'une grande impulsivité, et il lui arrivait souvent de se lancer sans trop réfléchir. Heureusement, la seule personne qui pouvait le faire changer d'avis était toujours à ses côtés, son jumeau Roku. « N'empêche que je ne suis pas à l'aise avec Yohio là-dedans. Quel imbécile! Je n'ai pas confiance en lui, il pourrait cracher le morceau, et je voudrais m'assurer qu'il ne dise rien ! »

    Le cadet devait bien avouer que son frère disait vrai. Lui non plus n'avait pas d'atomes crochus avec l'homme aux cheveux blond platine (c'était peu de le dire), et il ne se réjouissait pas à l'idée de devoir aller le sauver, mais il fallait protéger leur secret. Roku était pourtant légèrement satisfait : son frère semblait avoir renoncé à l'idée de prendre la Reine en otage. Il avait tout de même pris quelques minutes pour revoir son jugement. Il n'empêche que leur petite escapade dans la prison restait potentiellement extrêmement dangereuse. Il fallait donc établir un plan d'action.

    - Bon qu'est-ce qu'on fait ? Demanda judicieusement Roku.

    - Je ne sais pas… On ne peut pas se lancer comme ça, c'est trop risqué. Il faudrait d'abord savoir où se trouve Yohio, et puis on voit… conclut Kyuu.

    Le duo se mit donc à faire le tour du bâtiment, à la recherche d'éventuels indices sur sa disposition. N'importe quoi pouvait leur donner une quelconque information, de la forme des murs à l’emplacement des fenêtres équipées de barreaux. L'aîné des Genshine faisait complètement confiance à son frère sur ce coup-là, Roku ayant déjà prouvé ses capacités d'analyse de nombreuses fois. Ils arrivèrent vers l'arrière de la prison quand ils entendirent une voix familière. C'était Yohio, qui venait de répondre au lieutenant Hiyama et qui refusait son marché. Ceci rassura les Genshine : d'une part, il semblait bien que le guerrier blond ne voulait aucunement collaborer avec l'ennemi, et d'autre part, ils avaient enfin découvert sa geôle. Le seul hic résidait dans le fait que celle-ci se trouvait tout à l'arrière de la prison, et qu'il fallait donc traverser tout le bâtiment sans être repéré, avant d'éventuellement pouvoir le libérer. Leur petite escapade commençait tout doucement à ressembler à une mission-suicide. « Qu'importe ! », lança Kyuu. « Nous n'avons pas vraiment le choix, il faut bien nous résoudre à le libérer, sinon Fukase nous en tiendra rigueur ». Le grand frère marqua un instant de pause « Il commence vraiment à me casser les noix, celui-là ! Qu'est-ce qui a pris Fukase d'engager un débile pareil ? » Roku se contenta de rire discrètement sous sa tunique, mais il devait bien avouer qu'il était assez d'accord avec son jumeau.

    Les Genshine finirent donc leur tour de la prison, et commençaient déjà à réfléchir à un plan.

    - Notre seul moyen, c'est de faire diversion… On crée la pagaille chez les prisonniers, en espérant que ça dérange leur interrogatoire, et on s'infiltre en douceur, en espérant qu'il n'y ait pas assez de monde vers Yohio pour qu'on puisse le libérer…

    L'idée de Kyuu n'était certainement pas la meilleure du monde mais c'était la seule dont ils disposaient. Au grand dam de Roku qui se rendait bien compte de la problématique, mais qui trouvait toujours cette opération bien trop risquée pour le résultat qu'elle pouvait apporter, à savoir libérer une ordure de la pire espèce, qui en plus, pouvait de nouveau les déranger dans le cadre de la suite des opérations. Cependant, Fukase leur avait bien stipulé de collaborer avec lui, et il fallait obéir aux ordres. Ils se rendirent donc vers l'entrée de la prison et firent rapidement perdre connaissance aux deux gardes présents.

    - Bon, allons-y !

    – ----------------------------------------------- –

    Miku entra dans la cellule de Yohio, auréolée d'une prestance sans pareille. Len la suivait plutôt discrètement, se demandant encore en quoi il pourrait l'aider. Il n'avait en effet aucune connaissance de ce type de pratiques, il se retrouvait même pour la première fois face à face avec un criminel. Il ne se sentait pas à l'aise et cela se remarquait sur son visage. Par contre, Miku faisait preuve d'une aisance à toute épreuve : elle s'installa tranquillement sur la chaise située en face de Yohio, et le gratifia d'un sourire ponctué de malice. D'un geste, elle signifia à Len de se placer à sa droite. Puis, elle s'empara d'un petit couteau qui était placé dans un fourreau situé à sa cuisse gauche et commença à jouer avec sur la table, toujours sans adresser un seul mot au suspect, le sourire aux lèvres de façon permanente. Afin d'apporter encore plus de tension, elle commença même à murmurer entre ses lèvres l'air d'une célèbre chanson du pays. Len observait la scène, désemparé, il ne saisissait pas à quoi rimait tout cela. Toutefois, il n'adressa aucune remarque à la commandante, pensant qu'elle avait sans doute une idée derrière la tête, tant elle avait l'air sûre d'elle-même.

    Miku continuait tout son petit jeu un petit instant, tandis que Yohio ne bougeait pas d’un poil. Puis, la patronne s’arrêta soudainement, et lui posa sa première question :

    - Alors, on sait très bien que c’est toi qui as tué les chefs de village… Tu pourrais nous apprendre plus sur tes objectifs ? demanda-t-elle, en jouant avec son couteau.

    - Vous pensez me faire peur ? Vous ne me ferez jamais parler ! hurla le jeune blond, en y ajoutant un rire narquois.

    La commandante garda le silence, et se dirigea vers l’arrière de la chaise sur laquelle le prisonnier était assis. Elle sectionna d’un coup les liens qui attachaient ses mains. Yohio fut un peu plus libre de ses mouvements, bien que son tronc soit toujours attaché au siège. Il posa alors calmement ses mains sur la table. Miku reprit sa place, juste à côté de Len qui s’interrogeait toujours sur la stratégie de son chef, mais il ne bronchait pas. Sa sœur et lui avaient tout intérêt à laisser faire Miku. Si Yohio lâchait quelques informations, cela pourrait peut-être leur permettre de trouver un moyen de rentrer chez eux. Cela restait toujours leur objectif, et même si les évènements s’étaient enchaînés rapidement, ils ne l’avaient jamais perdu de vue.

    Miku se rassit lentement, et reposa sa question :

    - Une nouvelle fois, quel est votre objectif ? La chute de l’Etat ?

    Yohio continua à faire la sourde oreille, et pourtant la jeune femme aux cheveux bleus continuait à sourire. Derrière, le groupe composé de Rin, Alys, la Reine Luka et le lieutenant Hiyama observait la scène avec attention.

    - Une dernière fois, tu vas répondre à ma question ?

    - Pfff… souffla Yohio.

    Soudainement, le couteau de Miku vint se planter dans le plat de la main du malfrat, ce qui causa chez lui une douleur lancinante. Il émit quelques gémissements (lui qui était déjà blessé), alors que Miku se mit à pousser un rire sadique.

    - Bon, on va passer à l’étape suivante, alors ! Len, j’ai besoin de toi, tu peux le tenir le temps que je continue l’interrogatoire ?

    Len s’exécuta. Le dernier mouvement de Miku l’avait surpris, ainsi que toute l’assemblée, et il ne voulait en aucun cas la contrarier. La commandante s’empara alors de la main droite du prisonnier et la posa à plat sur la table en bois.

    - Bon, je t’explique… A chaque question sans réponse, c’est une phalange en moins… Fais attention, tu n’en as que vingt-huit ! Alors, je commence, que cherchez-vous à faire ?

    Yohio continuait à hurler et gesticuler, pendant que Len luttait pour le tenir tranquille et pour éloigner sa vue de cette scène, de la même façon que Rin et Alys, qui ne tenaient pas spécialement à assister à pareille torture. Luka et Hiyama restaient, quant à eux, concentrés. Le prisonnier ne répondait toujours pas à la question, alors Miku enchaîna :

    - Tu préfères quel doigt en premier ? L’index ? Le majeur ?

    - Vous êtes complètement folle, rétorqua Yohio.

    - Mauvaise réponse !

    Et Miku lui sectionna la première phalange de l’index. Le sang coulait abondement sur la table en bois et tâchait quelque peu les vêtements et le visage de la jeune femme. Mais elle n’en eût cure et continua ;

    - Plus que vingt-sept chances ! Qu’est-ce que vous cherchez ?

    De l’autre côté des barreaux de la prison, Rin et Alys exhortaient Miku d’arrêter ce massacre. La femme à la tresse bleutée supplia même poliment la Reine pour arrêter ce massacre. Celle-ci l’ignora simplement, puis, quelques instants plus tard, ajouta pour se justifier :

    - Cela ne me plaît pas plus qu’à vous, vous savez, mais nous n’avons pas d’autre choix, malheureusement. L’expression de son visage montrait qu’elle était sincère. « Je veux protéger mon pays, et, croyez-moi, je ne suis pas fière de ce que nous sommes en train de faire là ! J’éprouve énormément de difficultés à rester impassible devant une telle scène mais il le faut… ». Puis, la souveraine crût bon d’ajouter : « Pour Miku non plus, ce n’est pas facile… Elle joue la comédie pour cacher son dégoût de ce genre de pratiques, vous savez… »

    Alys tint son silence, subjuguée par la réponse de la Reine. Ces personnes avaient dû déjà voir pas mal d’horreurs pour réagir de la sorte. Les histoires que l’on racontait un peu partout au sujet de leur rôle dans le Grande Guerre Magique, alors qu’elles n’étaient que des enfants, seraient donc vraies ? La villageoise d’Uchi rejoint ensuite Rin dans un coin. La fille blonde ne pouvait pourtant défaire son regard de son frère, qui lui devait supporter tout cela aux premières loges.

    Miku coupa ensuite la première phalange du majeur de Yohio, puisqu’il n’avait de nouveau pas daigné répondre.

    - Qui vous commande ? Quel est son but ?

    Au milieu des cris de douleurs, Yohio finit par lâcher « Fukase, son nom est Fukase ! »

    - Ah, ben voilà, on avance ! lança Miku avant de se rasseoir calmement. Elle rappela ensuite Len à ses côtés. Le jumeau était particulièrement satisfait de ce moment de calme. Il avait tenté de garder son calme et de faire bonne figure devant tout le monde, mais ceci ne s’avérait pas évident. Quoi qu’il en soit, Miku continua ses interrogations, plutôt satisfaite du déroulé de l’entretien.

    - Qui est ce Fukase ? Où peut-on le trouver ?

    - Ah, il se trouve bien loin ! Il est hors de votre portée… Vous devriez demander aux deux blonds là, je pense qu’ils pourront vous dévoiler pas mal de choses, ajouta-t-il en fixant Len puis Rin dans le blanc des yeux. « Vous savez de quoi je parle ! Je me demande bien comment vous êtes arrivés jusqu’ici, vous deux… »

    Miku se retourna alors rapidement vers les jumeaux, alors que soudainement, des cris horribles et forts se firent entendre de la prison, mettant un terme à l’interrogatoire.

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    Les frères Genshine venaient de blesser chacun à leur tour les deux premiers prisonniers qui se tenaient près de l’entrée. D’un seul coup, Kyuu transperça la cuisse gauche de l’homme plutôt bien bâti qui était situé à sa gauche. Roku, quant à lui, s’était occupé du criminel de droite en lui entaillant l’épaule. Leur plan avait fonctionné, le but étant de créer la pagaille chez les prisonniers afin de faire diversion, et de forcer le groupe qui était en train d’interroger leur collègue, à sortir.

    Les jumeaux s’étaient dissimulés dans un coin sombre, bien aidés par la lumière tamisée qui régnait dans l’endroit et ils attendaient patiemment. Ils virent ensuite la poignée de la porte bouger, puis Hiyama Kiyoteru sortir, suivi de près par Hatsune Miku, la Reine Luka, Rin, Len et Alys, dans cet ordre. Le lieutenant se rendit immédiatement près des deux premières cellules et remarqua les prisonniers blessés. Miku s’écria ensuite :

    - Rin, Len, protégez la Reine à tout prix, on a un problème !

    Dans l’ombre, Roku se faufila discrètement dans la pièce où se trouvait Yohio, à l’abri des regards, tandis que Kyuu s’engagea dans un combat avec la commandante de la Garde royale. Selon le comportement des autres personnes présentes, il avait remarqué qu’elle était celle qui présentait le plus de danger, les Kagamine se contentant de se tenir près de la Reine Luka.

    Il tenta une manœuvre par derrière, qui ne trompa aucunement Miku, qui dégaina son sabre à une vitesse vertigineuse pour parer le coup de l’aîné aux cheveux verts.

    - Vous êtes donc le complice de ce Yohio… Enchantée ! Par contre, ce n’est pas très noble de votre part de venir m’attaquer dans le dos.

    - Au diable la noblesse ! Seul le résultat compte ! lança Kyuu.

    - Alors, venez ! défia la guerrière aux couettes.

    Kyuu se lança alors vers la commandante, tandis que les cris des prisonniers continuaient de retentir dans tout l’endroit. Contrairement aux autres ennemis qu’elle avait déjà eu à affronter, celui-ci s’avança plutôt prudemment. Il était rapide, certes, mais il ne se précipitait pas pour autant. C’était signe d’une très belle habilité au combat. De plus, ce garçon était plutôt agile et parvenait à esquiver les coups de Miku sans utiliser son sabre, ce qui lui donna alors l’occasion de contre-attaquer immédiatement. Le combat dura plusieurs minutes, au milieu des bruits de fracassements des lames entre elles, et des kïais poussés par les combattants. Plus le combat avançait, plus Miku se montrait dubitative par rapport au style de combat de Kyuu. On aurait dit que son but n’était que de gagner du temps, rien de plus. En effet, aucune attaque de sa part n’était accompagnée de suffisamment d’implication pour blesser son adversaire. L’aîné avait tout calculé : il savait pertinemment qu’il n’avait pas le niveau pour se mesurer à la patronne de la Garde royale, bras droit personnel de la Reine Luka, et avait donc axé son combat dans un sens précis. Il s’agissait pour lui de sa seule façon de s’en sortir. Il n’avait qu’à espérer que son cadet ne traîne pas trop à libérer Yohio, puisque toutes les autres personnes potentiellement gênantes étaient occupées.

    De son côté, Roku avait réussi à pénétrer dans la cellule de Yohio sans être vu. Bien sûr, le lieutenant Hiyama avait pris soin de refermer la porte à barreaux qui retenait le garçon blond en cage.

    - Ah, vous voilà, comment vous allez-faire pour me sortir de là, maintenant ? Fallait réfléchir avant ! pesta Yohio méchamment, et ce, malgré ses blessures.

    - Taisez-vous ! s’écria Roku. « Et laissez-moi faire »

    Roku sortit alors de sa poche un revolver six coups qu’il avait pris le soin de charger auparavant.

    - Ça vous étonne, n’est-ce pas ? Fukase nous a procuré la dernière arme pour l’instant en sa possession. Mais comme on ne dispose de quelques balles, il vaut mieux l’utiliser avec parcimonie. C’est pour cette raison qu’on ne vous en a pas parlé, à vous, l’espèce de psychopathe.

    Yohio ne protesta pas, assez satisfait de voir là une issue à son calvaire. Roku tira ensuite trois fois dans la serrure (vidant de ce fait le chargeur), détruisit celle-ci et fit sortir son collègue de sa prison. Le cadet eût juste le temps d’envelopper la main de son collègue (avec deux phalanges coupées) dans un petit linge avant de filer. La détonation avait eu pour effet de prévenir Miku, Rin, Len, Alys, Luka et Hiyama du pot-aux-roses.

    - Qu’est-ce que c’est encore que cela ? Ah, zut, il y en avait un autre ! s’écria la patronne. Puis, elle se retourna vers Kyuu : « C’était juste une diversion, ton petit cinéma ? »

    Kyuu ne lui répondit que par un large sourire. Toutefois, il devait garder sa concentration puisque Miku ne baissait en aucun cas sa garde. L’aîné se contentait juste de lui bloquer le chemin pour que Roku et Yohio puissent s’enfuir tranquillement. De son côté, Miku poussa plusieurs fois quelques cris de colère, étant donné l’évolution de la situation. Son principal suspect était en train de s’enfuir, mais elle ne pouvait pas abandonner son poste. Elle devait continuer à protéger la Reine, car Kyuu n’allait pas manquer l’occasion de s’emparer d’elle si la commandante baissait sa garde. Il en était de même pour les Kagamine, qui accomplissaient plutôt bien leur mission pour l’instant, mais ne pouvaient pas bouger non plus.

    Alys se tenait alors dans un coin. Elle pouvait agir, mais cela signifiait également trahir son secret. Elle hésitait… Sa famille, et surtout son père, avaient déjà tellement souffert. La jeune femme à la tresse craignait de subir le même sort. Pendant ce temps, Roku laissa Yohio près de la sortie, et retourna près du groupe de combattants pour s’occuper du duo de jumeaux blonds qui protégeaient la Reine avec le lieutenant Hiyama. La situation devenait critique : tous étaient en train de lutter, alors que Yohio se dirigeait tranquillement vers la sortie. C’est alors qu’Alys fit un bond majestueux dont elle avait le secret pour s’élever au-dessus des combats en cours et se lancer à la poursuite du jeune blond. Elle le rattrapa finalement très vite, et lui asséna un coup de pied retourné en pleine tête qui le mit hors d’état de nuire. En une seule série de mouvements, la jeune femme avait réussi à retourner la situation en leur faveur. Les Genshine avaient échoué dans leur mission, puisqu’il leur était impossible de traîner un corps inconscient dans cette situation.

    En outre, deux autres guerriers attendus depuis longtemps firent leur apparition sur le pas de la porte de la prison. Gumi et Yuma revenaient de leur tour à l’hôpital, et se retrouvèrent directement nez-à-nez avec un petit champ de bataille en puissance. Ils identifièrent les jumeaux gêneurs et dégainèrent leurs sabres respectifs simultanément, puis se dirigèrent vers les combattants aux cheveux verts, afin de prêter main forte à Miku.

    - Ca sent mauvais ! lança Roku à son frère. « Je crois que nous devrions battre en retraite ! Tant pis pour Yohio ! »

    - Je suis d’accord, répondit l’aîné. « On file ! »

    Les jumeaux arrêtèrent immédiatement le combat, et profitèrent de leur excellente pointe de vitesse pour s’extirper de la prison. Gumi, Miku et Yuma s’attelaient bien sûr à tenter de les suivre, mais les trois combattants durent se mettre à l’évidence : ils n’étaient pas aussi rapide qu’eux.

    Quelques minutes plus tard, le calme était revenu. Tout le groupe était encerclé autour du corps inconscient de Yohio, et reprenait son souffle.

    - Bon, on a un suspect, ce n’est pas si négatif ! dit Gumi.

    - Oui, mais je ne suis pas rassurée avec ces jumeaux dans la nature, ajouta Miku. « Yuma, une fois à la capitale, tu lanceras un avis de recherche dans tout le pays pour ces deux frères aux cheveux verts. »

    - D’accord, répondit-il simplement.

    - Quand à celui-ci, il vient avec nous à Kyôu, finit la commandante en pointant du doigt leur prisonnier allongé sur le sol.

    Miku se retourna ensuite vers le trio formé par Rin, Len et Alys. Son expression de visage reflétait bien son état d’humeur, si bien qu’aucun des trois n’osa prononcer un seul mot.

    - Vous trois, on aura des choses à se dire une fois rentrés à la capitale.

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    Les frères Genshine venaient de quitter le village, et s’étaient réfugiés dans la forêt. La nuit commençait à tomber et Roku venait de remplir leurs gourdes d’eau dans la rivière située tout près d’eux.

    - Ca va Kyuu ? Tu n’es pas blessé ?

    - Non et toi ? demanda le frère.

    - Je n’ai rien.

    Kyuu souffla plusieurs fois, et pesta sur son échec. Bien sûr, son plan était risqué mais les jumeaux était passés tellement près de l’exploit que la chute n’en était que plus dure. De plus, les deux frères allaient devoir en informer Fukase, leur chef, et ils savaient à quel point celui-ci pouvait se montrer de forte méchante humeur dans des cas comme celui-là.

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    A Kyôu, la capitale, la nuit tombait également. Le quartier populaire de la ville avait retrouvé son calme après l’agitation habituelle de la journée. Dans le centre se trouvait une maison assez imposante, près de laquelle peu de personnes osaient s’aventurer. Pourtant, une jeune femme aux cheveux rouges se dirigeait avec fermeté vers la porte de cette maison et y entra sans même frapper. A l’intérieur, elle fit face à un bureau en désordre derrière lequel se trouvait une autre jeune femme au milieu de sa paperasse.

    - Bonsoir Yukari ! Il paraît que Kaito m’a demandée ?

    Yuzuki Yukari se releva et afficha un large sourire à sa visiteuse.

    - Bonsoir Leora ! Oui, le boss t’a demandée. Il dit avoir une mission spéciale pour toi.

    - Qu’est-ce qu’il me veut encore celui-là. J’espère qu’il me paiera bien cette fois !

    - Il te l’expliquera bien mieux que moi, s’excusa Yukari. « Il est dans la pièce d’à-côté. Ta présence va le réjouir. Il n’a pas le moral au beau fixe pour l’instant. »

    Leora poussa la porte qui menait vers le bureau de Kaito, et s’écria directement :

    - Salut Kaito ! Qu’est-ce que tu me veux cette fois-ci ?

    Elle s’arrêta immédiatement lorsqu’elle vit l’état dans lequel se trouvait la pièce. Tables cassées, murs tâchés de sang, tel était le spectacle qui s’offrait à elle.

    - Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? demanda Leora.

    - Une bourde de notre cher ami Namine ici présent, rétorqua le mafieux en désignant son petit associé. « Il pensait nous apporter une proie facile, et cette fille a mis tout mon repère dans cet état. »

    Leora laissa Kaito continuer son discours.

    - C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait appel à toi. D’après ce que cette fille nous a révélé, elle venait de la Garde royale, dans le quartier noble. Je veux que tu la retrouves et que tu la ramènes. Je veux lui apprendre les bonnes manières. Elle finira par me respecter.

    La femme aux cheveux rouges marqua son étonnement :

    - Mais, tu as toute une équipe à ton service. Pourquoi tu voudrais me payer juste pour chasser une seule femme ? Tu connais pourtant mes tarifs.

    - Il y a une chose que je ne t’ai pas dite. Cette fille maîtrise le Koryu.

    Leora s’asseya sur le siège disposé juste en face du bureau de Kaito, un large sourire aux lèvres.

    - Ça devient intéressant tout ça ! Je serai ravie de t’aider dans ce cas. Cela m’intrigue, nous sommes plus beaucoup à pratiquer le Koryu ces temps-ci…

    - Si tu me la ramènes, je te paierai deux fois plus que d’habitude. Marché conclu ?

    - Bien sûr, avec plaisir ! rétorqua Leora, avant de pousser un rire sadique.