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    Auteur Sujet: Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick  (Lu 1908 fois)

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    Ludwig DeLarge

    • Invité
    Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick
    « le: 18 mai 2014, 12:36:45 »
    (Tiré principalement de mon dossier sur l'anticipation)

    Chef d’œuvre tout aussi décalé et puissant que Metropolis, Orange mécanique est imprégné d’un style reflétant et amplifiant toute la gravité de l’histoire et de l’action. Retour point par point sur les caractéristiques de la vision de Stanley Kubrick.



    LE SCÉNARIO

    Basé sur le roman originel d'Anthony Burgess, notre cher Stanley n'avait même pas préparé de script ni découpage technique à proprement parler, et ne travaillait qu'à partir du roman. Certains plans demandaient évidemment de la préparation mais ce que je veux dire, c'est que le tournage s'est fait selon son envie, sans être désordonné.

    Cette improvisation a permis aussi de créer quelques scènes cultes comme la reprise d'Alex DeLarge (l'anti-héros du film, mais il n'est pas de ma famille~) de la chanson Singin' in the Rain, mondialement connue. Ce qui est vraiment frappant dans l'histoire, remaniée par le réalisateur, c'est la façon dont le gouvernement devient lui-même criminel de certains actes qu'il critiquait. Le conditionnement psychologique, les grosses failles du programme Ludovico (Alex devient fou à chaque qu'il entend la Neuvième Symphonie), mais aussi une certaine ironie. Ironie dans le sens où on blâme volontiers Alex pour ses horreurs, mais celles-ci sont un simple miroir du monde dans lequel il évolue. De même, la violence (ultraviolence même) qui est montrée à l'écran n'est pas qu'une simple boucherie ; c'est toujours ce que l'univers autour d'Alex dévoile sans tabou. Bref, pour moi, c'est la plus belle des critiques adressée au gouvernement et à ses comparses. J'ai décidé de développer tout cela dans une reprise de la mise en scène point par point. Ce scénario est assez complexe, et donne plusieurs interprétations, c'est donc très difficile de développer plus sur ce sujet.


    LA MISE EN SCÈNE

    • Alternance entre gros plans et plans généraux.


    On a ici un plan de travelling arrière, effectué en douceur. C’est l’introduction du film. En un seul plan, l’antihéros dans son intégralité y est présenté. Sa psychologie, mais aussi l’univers dans lequel il va évoluer, ses alliés, ses lubies.

    Sa psychologie est révélée au spectateur grâce à un fond noir très oppressant, un plan épaules resserré, mais surtout un regard caméra persistant. Et puis, soudain, la lumière. Pour moi, c’est le meilleur travelling réalisé jusqu’à ce jour car il révèle une puissance d’expressivité incomparable.


    Cette alternance peut aussi se faire en brutalité. Lors d’une séquence de rêverie d’Alex, un champignon atomique est suivi de très près par un gros plan d’Alex, transformé en vampire, et encore une fois, en un regard direct vers la caméra. Cette succession soudaine de plans, et dans un contexte totalement décalé nous pousse à crier un bon cri d’horreur, ou en tout cas un bon sursaut ; je n’ai été immunisé contre cette séquence qu’après 5 visionnages du film…

    Toute cette séquence s’effectue en un montage rapide et saccadé.


    • Montage et vitesse de montage.


    En parlant de montage, un usage particulier des accélérés et des ralentis est présent.

    Dans cette scène très cocasse de in-out in-out, Alex et deux jeunes filles s’adonnent à leur activité, mais en accéléré. Cet accéléré est très excessif puisque le film tourne à plus de trois fois sa vitesse normale. De même, on a le fameux finale de l’opéra Guillaume Tell de Rossini, en version électronique, joué également en accéléré.

    Ceci révèle le caractère machinal de la scène, tout comme les ouvriers de Metropolis. Le sexe (et le viol) est devenu pour l’antihéros une banalité, une habitude, un train de vie. Train de vie qui se reflète dans les différentes œuvres présentes chez d’autres personnages du film, et même dans leurs actes (tableaux de femme dénudée chez la dame aux chats, sexe dans la chambre d’hôpital d’Alex par l’infirmière et le médecin en fin de film, etc).


    Ici, nous avons affaire à la scène de remise en ordre dans la hiérarchie du gang d’Alex. Ils marchent tous d’abord tous près du fleuve, à hauteur égale, puis Alex se met à frapper Dim pour le faire tomber. En infériorité, celui-ci se fait trancher la main, toujours au ralenti.

    Ce ralenti est bien utilisé car le dégoût prononcé lors du tranchage de main se voit directement amplifié. Le plan dure plus longtemps, et le malaise s’épaissit donc.


    • Éclairage varié.


    Un bon exemple d’éclairage intelligent est présent dès le deuxième plan du film, juste après le grand travelling arrière. Ici les quatre droogs s’approchent d’un clochard saoul, sans doute pour le battre.
    Lors de leur avancée, la première chose frappante est la lumière intense située au fond, créant un contre-jour très net, très sec, et surtout contrasté avec le reste. Cette lumière permet aussi, à longue distance, de faire apparaître des ombres étirées et imposantes au sol. Cet éclairage présente tout l’inverse des anges envoyés du ciel ; nous avons affaire à des démons. La lumière derrière est une lumière maléfique, et les ombres au sol sont les ténèbres, les esprits malsains.


    • Points de fuite et parallélisme.


    C’est la marque de fabrique de Stanley Kubrick. Ici, nous avons un point de fuite, menant vers un corridor, avec un certain parallélisme entre les murs et le sol en damier. Tout ceci est couplé avec des miroirs, renforçant l’effet. Mais ce point de fuite, comme dans Metropolis lors de la scène des allers-retours des ouvriers, nous emmène vers l’infini, donc l’étrange, l’inhabituel, l’inconnu... ici, vers un viol inattendu.
    Par ailleurs, j’ai une interprétation toute neuve en tête : ce damier rappelle un échiquier, sur lequel Alex va jouer et va gagner, en... prenant la reine et en paralysant le roi à la fin. Stanley Kubrick était un grand fan d’échecs, et ce symbolisme peut s’avérer tout à fait volontaire.


    • Plans fixes et plans vivants.


    Nous avons souvent affaire également à une succession de plans purement fixes et d’autres plus mouvements, que j’appellerais vivants. Ce plan fixe ici nous aide seulement à situer la scène, à décrire rapidement l’action : Alex mange un plat de spaghettis. On remarque encore ici un certain point de fuite.


    Ceci est contrasté, ailleurs dans le film, avec un plan plus vivant. (caméra à l’épaule qui suit le personnage en vue demi-subjective, ou juste derrière) On fait ici la découverte de l’appartement d’Alex, son train de vie, sa routine. Le spectateur le suit de près, et le surveille jusque chez lui ; on se met à la fois à sa place et à la place de ses surveillants... dont un est dans la pièce, Mr Deltoïd.


    • Ambiance sonore.

    On a, dans la bande-son, une reprise électronique d’anciens thèmes baroques et romantiques, notamment : la Marche pour les funérailles de la reine Mary (Henry Purcell), l’ouverture de la Pie voleuse et le finale de l’opéra Guillaume Tell (Rossini), ainsi que la Neuvième Symphonie de ce bon vieux Ludwig van.


    Kubrick nous trompe encore sur l’époque en mélangeant les styles et les genres musicaux. De même, certaines reprises peuvent soient s’avérer angoissantes, soient paisibles, comme celle de la Marche pour les funérailles. On y a droit au tout début du final lors du travelling, mais aussi lors de la découverte de la chambre d’Alex, en une version plus apaisante, et plus beethovénienne aussi. (mélodie reprise à la flûte électronique)
    En conclusion, Stanley Kubrick dénonce par le biais d’un malaise intense chez le spectateur ainsi que d’une empathie pour l’anti-héros une manipulation politique et psychologique, donnant un contrôle total de l’État sur le peuple. Une empathie pour son état transformé, mais aussi pour son pauvre serpent qui est… mort, visiblement débarrassé par ses parents. Encore une fois, qui est le criminel ? C’est donc une critique du conditionnement potentiel du peuple et de ses dangers notoires comme la déshumanisation ; ainsi, le véritable criminel n’est pas Alex, mais le gouvernement, lui aussi déshumanisé de ce fait. De même, tout ce que Alex commet ou s’imagine se reflète au sein de l’univers dans lequel il évolue. Stanley Kubrick n’hésite pas à mixer humour anglais et ultraviolence pour renforcer l’ambiance de malaise créée et un contraste abrupt.

    Son style se caractérise par un éclairage très adapté à la scène et à ce qui est exprimé, des points de fuite (inspiré par Metropolis), un certain parallélisme dans l’image ainsi qu’un mélange entre plans fixes et plans vivants, qui suivent le personnage et l’action en un mouvement bousculé, combiné à un montage souvent riche en accélérés et en ralentis.


    LA POLÉMIQUE ET L'INFLUENCE LORS DE SA SORTIE EN SALLES

    Certainement le film le moins bien compris par ses contemporains à l’époque, mais aussi celui qui aura causé le plus de réactions.

    En France, ce film, sans être passé inaperçu ni critiqué de façon dérisoire pour sa violence crue et ses images choquantes (la critique française a immédiatement compris le message que Kubrick comptait adresser), a tout de même eu un succès notoire : plus de 3 millions d’entrées. Mais, étant interdit aux mineurs et dont la distribution se faisait de façon très contrôlée, les classes les plus jeunes n’y avaient, de toute manière, pas accès. (interdit aux moins de 18 ans, classé X à l’époque) Sa réputation s’est donc construite essentiellement par le bouche à l’oreille.

    De l’autre côté de la Manche, au Royaume-Uni, le scandale courait toutes les rues. On recense plus d’une centaine de violences urbaines imitées du film ; de jeunes britanniques, déguisés en droogs, ont été mauvaisement influencés. Stanley Kubrick, ayant reçu des milliers de lettres de familles, de chrétiens, de journalistes, de politiques, a demandé à la Warner d’interdire le film au Royaume-Uni, et la production accepta, fait rare à l’époque. Ce qui exprime bien l’impact porté sur la mentalité de chacun, et la dangerosité associée à ce film. En parler même 20 ans après était encore tabou chez les Britanniques, et ce n’est qu’après la mort de Stanley Kubrick en 1999 que les droits commerciaux de diffusion en DVD ont pu être libérés, et ont contribué par la suite à une popularisation bien plus positive.

    Ainsi, le message de satire politique, psychologique et sociale n’est absolument pas passé à l’époque, et l’ultraviolence présente dans le film n’a été vue que comme une simple boucherie nappée d’actes sexuels.


    LA NOTE FINALE DE LUDWIG : 19/20


    BONUS : une bande-annonce fanmade !


    « Modifié: 01 juin 2014, 17:25:52 par Ludwig DeLarge »

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    Re : Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick
    « Réponse #1 le: 18 mai 2014, 12:40:58 »
    Une très belle fiche et très détaillée ! Même si tout le monde autour de moi m'interdit de voir ce film à cause de ma "délicatesse" émotionnelle ^^'
    J'aime mon award.
    Lachesis elle m'a dit que je peux !

    Ludwig DeLarge

    • Invité
    Re : Re : Orange mécanique (1971) de Stanley Kubrick
    « Réponse #2 le: 18 mai 2014, 12:43:48 »
    Une très belle fiche et très détaillée ! Même si tout le monde autour de moi m'interdit de voir ce film à cause de ma "délicatesse" émotionnelle ^^'

    Yay, merci ! Une sur Metropolis ne va pas tarder à arriver je dois juste remettre en page et héberger les images servant à illustrer chaque argument.

    Ce film est encore interdit aux moins de 16 ans aujourd'hui, et c'est vrai que la première fois qu'on le voit, dès les 30 premières minutes, on est tout retourné. Ça n'a rien à voir avec des films d'horreur, gore ou je ne sais quoi : car ici, c'est un MALAISE épais qui se crée, et chacun de nos sentiments se retrouve corrompu. Bref, un film puissant, mais… toujours un peu dangereux pour les âmes sensibles. Ce qui est certain, c'est qu'il fait réfléchir.

    EDIT : rajouté des infos sur la polémique lors de la sortie. Toujours intéressant aussi.
    « Modifié: 18 mai 2014, 12:46:59 par Ludwig DeLarge »