Auteur Sujet: Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier  (Lu 677 fois)

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Ludwig DeLarge

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Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier
« le: 29 avril 2014, 00:20:13 »
Petit drame français des Trente Glorieuses d'un grand restaurateur manipulé par la fille de son ex-femme sensée être morte, retour sur un titre inspiré d'une prose de Rimbaud et une histoire inspirée d'une noirceur relationnelle.




LE SCÉNARIO : (AVEC DU SPOIL EN MORCEAUX CROQUANTS)

André Chatelin est un restaurateur accompli. Il fait le bonheur de ses clients, et de Gérard, qu'il considère comme un fils. Puis un jour, débarque à Paris la fille de son ex-femme venant de mourir, Catherine, avec qui il avait rompu depuis 20 ans. Le but de Catherine ? Se marier avec Chatelin, et prendre son pognon… le tout grâce à un plan monté par sa mère, qui n'est pas morte ! Mais bien droguée jusqu'à la moelle, par contre. Après son fructueux mariage, Catherine va parvenir à embrouiller Chatelin et Gérard, mais Chatelin, découvrant la vérité, va ''séquestrer'' Catherine chez la mère de celui-ci, qui pourtant lui disait depuis le début que cette fille n'était pas bonne. (faut toujours écouter les aïeules, même quand on s'appelle Jean Gabin !)
Bref, lors d'une soirée chez la mère de Chatelin, Catherine en profite pour faire venir Gérard et attendre la venue de Chatelin pour le tuer. Seulement, Gégé voit clair dans le jeu de la gamine, et déclare qu'il n'est pas un assassin. Catherine, si. Asphyxiant l'étudiant en médecine (ironie du sort !) avec un poison, dans sa folie, elle pousse la voiture de ce dernier dans la flotte. Hop, ni vu ni connu, je rentre chez môman Chatelin. Sauf que le chien César était toujours dans la voiture, et, en bon nageur, est revenu jusqu'à la maison le lendemain matin. En même temps que Chatelin, ayant pris du retard. Voyant le chien de Gérard, puis le cadavre de celui-ci fraîchement tiré de l'étang par les secours, il emmène Catherine chez lui, plongé dans le doute. Seulement, il reçoit un coup de téléphone de la gendarmerie, décrivant parfaitement Catherine comme la femme étant présente aux côtés de Gégé juste avant sa mort. Cette fois, plus de doute.
Mais Catherine s'enfuit dans la chambre d'hôtel de sa mère tout juste expulsée, poursuivie par Chatelin et le chien César. Au final, César finit par bouffer Catherine.

Relisez.

Encore.

Non, vous ne rêvez pas. Le chien est rentré en même temps que Catherine dans la chambre, et, pour venger son maître, a dévoré la demoiselle.

…………

En soi, c’est un bon drame. Un peu trop long à démarrer (les 30 premières minutes n'apportent pas grand chose), certes, mais l'intensification des disputes, des embrouilles relationnelles arrive assez bien. C'est un thème que l'on retrouve tout le temps chez Duvivier, en fait. Une femme arrive, fout la pagaille entre les amis, et là, c'est le drame. Peut-être un peu misogyne sur les bords le Julien, au final. Sauf que là, le drame, il se finit d'une façon cocasse. C'est pour moi une fin bâclée, mais en même temps intéressante, car on ne s'y attend pas, et ce n'est pas si absurde que cela au fond. Donc je ne sais vraiment pas quoi penser de cette fin rédigée sur feuille de cannabis. Disons que je n'ai pas d'avis réel.

LA MISE EN SCÈNE

Heureusement, le mise en scène, elle, est impeccable. Les décors sont mondains, sont réels, pleins de vivacités. Il faut dire que les Halles de Paris ont été refaites en studio, et le résultat est bon. Les lumières, elles, sont vraiment bien gérées par contre. C'est quelque chose que je ne peux pas enlever à ce film : l'éclairage retranscrit bien les atmosphères qu'il faut.
Un cadrage très varié et ne manquant rien de chaque réaction des personnages exploite aussi ce que le cinéma a et ce que le théâtre n'a pas.
Un mixage sonore d'une bonne qualité également.

LE JEU

C'est surtout le jeu qui m'intéresse. Jean Gabin fait preuve, encore une fois, d'authenticité dans son personnage. Le grand restaurateur se voit bafoué, manipulé, mais reste naïf, jusqu'à la grande vérité. C'est à cela qu'on reconnaît les grands acteurs : ils peuvent tout vous faire sans même qu'on leur demande. C'est même eux qui vous le demande.
Danièle Delorme, que je ne connaissais pas jusqu'à maintenant, interprète Catherine avec à la fois une pudeur extrême et une folie remarquable. Tout ressort de chez elle (surtout les tripes à la fin), et on en deviendrait presque compatissant pour le drame qui se retourne contre elle. Presque.


LA NOTE DE LUDWIG : 12/20