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    Auteur Sujet: Marie-Octobre (1959) de Julien Duvivier  (Lu 865 fois)

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    Ludwig DeLarge

    • Invité
    Marie-Octobre (1959) de Julien Duvivier
    « le: 27 avril 2014, 23:04:01 »
    Un ''trial movie'' au très bon suspens et au casting performant. Retour sur ''Marie-Octobre'', celle qui a fait chanter et déchanter toutes les vérités, toute la vérité.


    LE SCÉNARIO (ATTENTION, CONTIENT DU SPOIL MASSIF, MANIPULER AVEC PRÉCAUTION, NE PAS LAISSER À PORTER DES ENFANTS)

    Digne d'un Agatha Christie, ce film est postérieur de deux ans à un autre trial movie sorti de l'autre côté de l'Atlantique, ''12 hommes en colère'', de Sidney Lumet. Ce dernier est considéré comme la référence des ''trial movie'' (film de justice à huis clos pour faire simple) et a quelque peu lancé la mode partout sur le globe. Alors vous allez me dire : ''ui, nan, ce n'est pas un trial movie selon Wikipédia, c'est un drame''. Sauf que l'action se déroule dans une même pièce et le thème central reste un jugement, donc c'est bel et bien un trial.
    Bref, après avoir mis la classification du film au point, passons à la critique. Pour situer l'action, on est en 1954, 9 ans après la fin de la WWII. Des anciens résistants, du réseau ''Vaillance'' qui a été démantelé car dénoncé à la Gestapo, sont invités par cette chère Marie-Octobre pour un dîner… dans l'unique but de savoir qui est le traitre parmi tous ceux présents, traitrise ayant résulté de la mort du commandeur Castille du réseau. Parmi eux, un prêtre, un patron d'un club de strip-tease, (Lino Ventura !) un avocat, un médecin, un inspecteur des impots, et j'en passe… Ce que j'ai adoré, c'est cette gradation dans les sentiments de chacun et la posture qu'ils adoptent tour à tour. D'abord une méfiance s'installe, puis des soupçons rapidement grandis en accusations. On se méfie de tout le monde, et ce qui est génial, c'est que nous public, on a du mal à deviner qui pourrait bien être le traitre. Tour à tour, les accusés (juges en même temps) font porter le drapeau à des personnes différentes. Et lorsqu'ils se sentent concernés, les alibis se confondent. De plus, une histoire de vol de 3 millions de francs des caisses du réseau vient se mêler à cette histoire de traitrise. Double jugement il y a ! Marie-Octobre se retrouve elle-même soupçonnée. Les alibis collent de plus en plus… sauf celui du confident de celle-ci, Rougier. À la toute fin, on apprend alors que Marie-Octobre était l'amante secrète de Castille, et que Rougier, jaloux d'amour, a dérobé cette somme. Mais alors, QUI A DÉNONCÉ LE RÉSEAU ? Qui est le Judas ? Qui a bien pu tuer le regretté feu Castille, surtout ? La tension monte. Soudain, la vieille domestique raconte sa petite histoire, et on se rend compte qu'elle avait parlé, sans mal, du réseau résistant à des agents de police en civil. Et au final… ce n'est pas elle. Marie-Octobre, faisant mine de faire croire que Müller, l'ancien membre de la Wehrmacht l'ayant mise au courant de la traitrise est présent à l'étage (et va descendre reconnaitre le traitre), parvient à faire fuir Rougier qui tente de s'échapper, vite rattrapé par un Lino Ventura très remonté. On apprend au final que Rougier s'est tiré lui-même une balle dans l'épaule pour imiter son arrestation par la Gestapo, et a bien collaboré, dans l'unique but de se débarrasser de son rival amoureux, Castille. Rougier, forcé d'écrire une lettre de suicide, finit par échapper encore une fois aux mains de Ventura et se met à supplier tout le monde. Ne voyant aucune réaction, il se laisse tomber au sol. Le prêtre fait son pamphlet chrétien. Et puis, un coup de feu. Marie-Octobre vient de l'abattre.

    J'ai trouvé bon nombre de choses intéressantes dans ce script. D'abord, l'origine de la traîtrise n'est pas une collaboration par idéologie, mais par jalousie de cœur. Ce qui fait que la raison du jugement finit par basculer totalement en quelques instants. De même, Marie-Octobre finit par tuer de ses mains Rougier. Était-ce pour venger son amant Castille ou bien au pur nom de la justice ? Faut-il prendre pour argent comptant ce que dit le prêtre ? Ce que j'ai remarqué chez Duvivier, c'est qu'il était passionné par cette désintégration soudaine de communauté par des sentiments corrompus, thème que l'on retrouve dans son excellente ''Belle Équipe'' avec Jean Gabin, sorti en 1936. (et censuré par les coco' du Front Populaire de l'époque pour sa soi-disante mauvaise morale)
    Et puis, les dialogues sont très efficaces. Je veux dire, il y a un certain contraste entre l'humour de certains et la situation plus que turbulente. De toute façon, de bons dialoguistes, avouons-le, ce n'est qu'un souvenir d'époque… ah il est loin le temps de Max le Menteur. 'Fin bref. C'était une histoire réfléchie, profonde, et remettant en cause de nombreux aspects sociaux et surtout relationnels.
    J'ai bien aimé la gradation précédemment évoquée, qui est en parallèle avec le match de boxe à la télé, suivi par un obnubilé ancien résistant. Ce qui résume bien tout le film : ils s'en foutent plein sur la gueule, mais au final, pour pas grand chose. Encore une preuve du grand talent de Duvivier pour faire correspondre le plus extérieur de la situation à son intérieur profond.

    LA MISE EN SCÈNE

    Un cadrage varié malgré sa limitation par l'unique décor, très inspiré des ''12 hommes en colère''. Les gros plans émotionnels sont utilisés avec soin et modération. Un des derniers plans, notamment, celui de l'assassinat de Rougier par Marie-Octobre, est d'abord suggestif. Et le public fait la mauvaise suggestion. L'angle de vue est donc très bien choisi pour faire prolonger l'intrigue. Sinon, rien de trop exceptionnel pour le cadrage.
    Niveau éclairage, vu qu'on ne peut pas tellement débattre sur la couleur, on a quand même droit à une bonne gérance des ombres.
    Pour le son, il n'y a pas vraiment de musique, à part peut-être des accents musicaux aux moments clés qui, ma foi, sont bien inutiles et ne font qu'en rajouter une couche.

    LE JEU

    Je ne reviendrais pas sur Lino Ventura qui, même à ses débuts, était une vraie lumière. Vous connaissez certainement Bernard Blier aussi, et le fameux second couteau Robert Dalban, tous trois réunis dans les ''Tontons Flingueurs'', la crème des comédies d'action françaises. Malgré tout, ils n'éclipsent pas pour autant la prestation des autres un peu moins connus. C'est ce qui fait la grandeur de ce film, car contrairement à ''12 hommes en colère'', où Henry Fonda est celui qui finit par persuader tout le monde, tout le monde a sa part de vérité. Duvivier renie donc ce star system sans pour autant mettre par erreur les grandes têtes au ras du plancher, et c'est ce que j'ai apprécié.

    LA NOTE DE LUDWIG : 14,5/20