Auteur Sujet: Les Misérables (1982) de Robert Hossein  (Lu 3420 fois)

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Ludwig DeLarge

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Les Misérables (1982) de Robert Hossein
« le: 27 avril 2014, 13:33:13 »
Pour moi le film qui représente le mieux le bouquin de notre Vic' national. Je ne sais pas trop pas où commencer pour présenter ce chef d'œuvre bien fraaaançais.



LE SCÉNARIO

Adaptation du célèbre roman dressant la peinture sociale d'une France des années romantiques, le script reprend les moments clés sans toutefois les dénaturer à l'américaine. Le drame est là avec son réalisme originel, pas de répliques exagérées. Certaines sont même tirées directement du livre, ce qui renforce un peu la volonté de Hugo dans ce film.
Hossein a essayé de faire le moins de coupures possibles tout en conservant un maximum de détails par rapport à l'univers, et les quelques traces d'humour grinçant. (le repas du baron Gillenormand avec les domestiques, les petits moments de Gavroche aussi) D'où la durée de trois heures sans entr'acte ; durée peu commune et longue pour un film français de cette époque. Et c'est un défi réussi. Seules quelques petites critiques sont à faire : par exemple, à l'origine les filles Thénardier sont habillées comme des princesses, or dans le film elles semblent pauvres et crasseuses tout comme Cosette. C'est un contraste qui manque et qui ne semblait pas gêner vu le budget colossal de 50 millions de francs attribués à l'époque. (Avec l'inflation, cela nous donne à peu près 9 millions d'euros il me semble)
Le film est découpé en cinq parties : Prologue, Livre premier, Livre second, Livre troisième et Épilogue. Ce découpage nous aide à mieux situer les événements quand on n'a pas lu le roman, et aussi à trancher aisément entre certaines séquences.

LA MISE EN SCÈNE

Partie la plus intéressante certainement. La première chose qui m'a frappé est cet éclairage vraiment bien géré. Que ce soit pour la scène de la barricade avec le feu, le bleu sombre du bagne, ou même les clairs étés aux jardins du Luxembourg, on a une lumière travaillée. De même l'étalonnage rend le tout encore une fois réaliste et fidèle à la noirceur du roman et à la saleté boueuse qui règne. Un seul détail assez frappant : au début, lorsque Valjean découvre avec Monseigneur Myriel sa petite chambre, on sent que dans l'escalier c'est un projo' qui éclaire à la place de la bougie. Pas les moyens de se payer comme Kubrick un objectif de la NASA, on le sent bien, mais bon c'est un effort qui aurait pu être amélioré.
Concernant le cadrage et les points de vue, et en parlant de Kubrick tiens, on sent bien que le grand maître a inspiré Hossein. On remarque de nombreux points de fuite au cadrage large, fixe et très bas associé à un parallélisme, notamment dans les chambres où Fauchelevent se fait soigner, les couloirs de la mairie, et lors de la révolte des ouvrières dans l'usine de M. Madelaine. Une inspiration se fait remarquer aussi pendant le plan-séquence MONUMENTAL lors de la découverte de l'usine : je me demande comment Hossein a fait pour installer les rails sur autant d'espace, et faire en sorte que la caméra ne les voit pas une seule fois. De haut en bas, de gauche à droite, du fond au balcon, on a tous les angles de vue possibles dans ce plan, additionné des martelages des ouvrières, où l'on sent la routine pénible de leur travail. Quelques plans similaires aussi à Kubrick, c'est cette scène (toujours dans l'usine) où Fantine se bat contre celle qui a volée sa lettre. C'est du steadycam violent, secoué, qui m'a vraiment rappelé ce passage de Barry Lyndon :
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(à partir de 3:39)
On a ici un contraste avec les plans tout beaux tout propres bien cadrés, renforçant bien la violence. On a aussi droit à quelques arrêts sur image, assez surprenants quand on en a pas l'habitude, et des passages chocs, notamment la transformation du visage de Fantine sur fond noir au fil des lettres envoyées par les Thénardiers.
Les costumes, j'en parlais tout à l'heure, sont authentiques et ne comportent aucune extravagance. La robe de Cosette (adolescente) reste sobre mais très lumineuse, et lorsqu'elle revoit les Thénardier avec Valjean (selon le point de vue du jeune Pontmercy qui regarde par le trou de sa chambre) c'est vraiment le point clair parmi les ténèbres.

LE JEU

Que dire… Lino Ventura dans toute sa splendeur. Je l'ai découvert dans la trilogie du Grisbi, et en comédie ou en drame, et ce môsieur sait absolument tout faire. Puis, il a vraiment une tronche de Jean Valjean qui peut se vieillir ou se rajeunir à volonté selon les époques. La prestation de Michel Bouquet en inspecteur Javert est elle aussi remarquable. Il a d'ailleurs eu un César pour ce rôle ; largement mérité. Le regard froid, le ton posé mais supérieur sans être hautain, c'est tout à fait le cruel ''cogne'' du roman.
Éponine a failli me faire verser une larme lors de sa mort. Sur un plan après l'explosion des barricades, on voit la fille de la misère qui a aimé le jeune Pontmercy sans jamais avoir quelque chose en retour, et qui se retrouve à se fondre en excuses pour la lettre cachée. Après avoir demandé un baiser funèbre qu'elle n'a jamais eu, un travelling arrière dévoile toute l'horreur qu'a provoqué la chute de la barricade. C'est plus qu'intense au niveau émotion et mise en scène.

LA MUSIQUE

Pour la petite histoire, Michel Magne, ruiné et dépossédé, s'est suicidé deux ans après avoir composé la musique du film. L'œuvre clé étant un requiem. Ce qui en fait un autorequiem. Écoutez-moi ces voix, ce synthétiseur sombre et ce rythme hypnotique. Comblé avec le ralenti de la bataille de la barricade, on arrive au zénith de l'intensité dramatique. Vraiment.
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LA NOTE DE LUDWIG : 15,5/20

Après cette critique assez synthétique sans être trop courte, je vous laisse avec le plan final, vraiment puissant.
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EDIT : voici un document de tournage extrêmement intéressant, pour ceux qui seraient curieux de voir un petit making-of !
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« Modifié: 28 avril 2014, 15:48:04 par Ludwig DeLarge »

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Re : Les Misérables (1982) de Robert Hossein
« Réponse #1 le: 27 avril 2014, 15:47:31 »
Ce film est véritable chef-d'oeuvre, c'est en effet la meilleure représentation cinématographique du livre de Victor Hugo.

Ce qui est bien dans cette version, c'est que les acteurs doivent aborder un jeu d'acteur différent des autres films, ainsi Lino Ventura et les autres nous montrent un merveilleux talent^^

Juste, tu as fait une petite erreur, ce n'est pas Jean Carmet qui interprète Javert, il interprète Mr Tenardier :P, mais c'est Michel Bouquet. C'est acteur fabuleux ce Michel Bouquet d'après moi, je pense même que c'est LE Javert par excellence ^^ (quoi que John Malkovich n'était pas si mal non plus)

Quant a la musique, le petit requiem de Michel Magne dont tu parles, correspondait parfaitement au film et il est très très bien composé *-*

Merci d'avoir fait un topic sur ce merveilleux film~!

Ma note serait : 16,5

Ludwig DeLarge

  • Invité
Re : Re : Les Misérables (1982) de Robert Hossein
« Réponse #2 le: 27 avril 2014, 18:44:25 »
Ce film est un véritable chef-d'oeuvre, c'est en effet la meilleure représentation cinématographique du livre de Victor Hugo.

Ce qui est bien dans cette version, c'est que les acteurs doivent aborder un jeu d'acteur différent des autres films, ainsi Lino Ventura et les autres nous montrent un merveilleux talent^^

Juste, tu as fait une petite erreur, ce n'est pas Jean Carmet qui interprète Javert, il interprète Mr Tenardier :P, mais c'est Michel Bouquet. C'est acteur fabuleux ce Michel Bouquet d'après moi, je pense même que c'est LE Javert par excellence ^^ (quoi que John Malkovich n'était pas si mal non plus)

Quant a la musique, le petit requiem de Michel Magne dont tu parles, correspondait parfaitement au film et il est très très bien composé *-*

Merci d'avoir fait un topic sur ce merveilleux film~!

Ma note serait : 16,5

Oups, effectivement c'est une belle coquille que j'ai laissé… Je corrige dans l'instant. Oui, le John Malko' a aussi un certain don pour interpréter ce qu'il veut. J'ai vu aussi le film-docu' sur lui, plutôt intéressant.

Le Requiem en question a été composé dans ses années sombres, quand on est dans un tel état on est souvent très inspiré. Trop parfois.